Revendiquer le droit à l’éducation

Par Éric Martin | Collège Édouard-Montpetit

Dans un texte intitulé « L’éducation n’est pas un droit », Frédéric Bastien, professeur d’histoire au collège Dawson s’appuie sur des philosophes libéraux comme Hobbes ou Locke pour avancer que le droit à l’éducation n’existe pas, le réduisant à une formule mystificatrice pour faire taire les gens favorables à la hausse des frais de scolarité.

Or, si M. Bastien ne se limitait pas à la lecture des penseurs libéraux classiques, il pourrait consulter l’article 26 de la Déclaration universelle des droits de l’homme ratifiée en 1948 par les Nations Unies, qui stipule que « Toute personne a droit à l’éducation ». D’après l’ONU, ce droit fondamental reste menacé dans le monde, notamment à cause de la pauvreté : « Le droit à l’éducation est un droit fondamental de l’homme, indispensable à l’exercice de tous les autres droits de l’homme. […] Cependant, des millions d’enfants et d’adultes restent privés de la possibilité de s’éduquer, le plus souvent à cause de la pauvreté. »

M. Bastien pourrait aussi consulter le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels (PIDESC) de 1966 qui précise l’intention des gouvernements signataires d’instaurer progressivement la gratuité de l’université: « Les États parties au présent Pacte reconnaissent le droit de toute personne à l’éducation ». Les États signataires du PIDESC, dont fait partie le Canada, vont plus loin, et s’engagent à instaurer progressivement la gratuité scolaire jusqu’à l’université : « L’enseignement supérieur doit être rendu accessible à tous en pleine égalité, en fonction des capacités de chacun, par tous les moyens appropriés et notamment par l’instauration progressive de la gratuité. »

Entre légalisme et justice

On doit par contre donner raison sur un point à M. Bastien : les droits édictés dans la Déclaration des droits de l’homme et le PIDESC ont été tout au plus proclamés, mais n’ont pas de portée juridique effective. Cela signifie que les gouvernements peuvent manquer à leur engagement, et continuer de les bafouer. C’est par exemple ce qui se produit en ce moment, quand on hausse les frais de scolarité et que l’on réduit l’accès à l’enseignement supérieur.

Mais cela veut aussi dire que les étudiants et étudiantes du Québec ont raison de protester contre l’action des gouvernements qui vont non seulement à l’encontre de leurs engagements internationaux, mais aussi à l’encontre des droits humains les plus fondamentaux. Si, par exemple, Rosa Parks n’avait pas refusé de céder sa place dans l’autobus  à un passager « blanc » le 1er décembre 1955, la lettre de la loi serait restée la même, et nos sociétés tolèreraient encore que l’on ne respecte pas l’un des droits humains les plus fondamentaux : l’égalité en dignité et en droit, peu importe la couleur de la peau. Cet exemple montre bien comment les droits ne sont pas donnés de tout temps, mais que la loi, au contraire, peut se tromper, et peut être persuadée de changer s’il s’avère qu’elle est injuste. Un droit n’est donc pas seulement quelque chose que l’on invoque, c’est aussi quelque chose que l’on conquiert.

De même pour l’éducation : l’instauration du droit à l’éducation gratuite à tous les niveaux pour tous est ce que les pays de l’ONU ont reconnu comme étant la finalité la plus juste et la plus égalitaire. La lettre de la loi, hélas, n’a pas encore suivi, et les gouvernements s’orientent aujourd’hui au contraire vers des politiques qui foulent aux pieds cet autre droit fondamental qu’est l’accès égalitaire à l’éducation publique.

Dans la perspective légaliste de M. Bastien, cela est très bien, puisqu’il est favorable à la hausse des frais de scolarité, et considère le droit à l’éducation comme une « mystification ». Or, pour les étudiant-e-s et nombre de professeurs qui tiennent à l’école publique, dont je suis, le mépris actuel du droit universel à l’éducation n’est pas un argument suffisant pour cesser de l’exiger. La défense du statu quo a toujours quelque chose de facile, mais dans ce cas-ci, elle se place en porte-à-faux avec la recherche d’une véritable justice, et d’une éducation qui soit habitée par l’esprit de l’égalité.

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