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Les deux théories du procès de Rémy Couture

Les deux textes ci-dessous ont été lus hier par le juge lors du procès de Rémy Couture dans ses « directives générales » aux membres du jury. Le premier a été produit par le ministère public, le deuxième par la défense de Rémy Couture. Nous les reproduisons dans l’ordre dans lesquels ils ont été lus par le juge.

Théorie du ministère public

La preuve présentée démontre hors de tout doute raisonnable que Rémy Couture a produit, mis en circulation et possédé pour fins de mise en circulation du matériel obscène.

Rémy Couture admet avoir produit, mis en circulation et possédé pour fins de mise en circulation les images produites sous les cotes P-3, P-4 et P-5.

Ces images illustrent les activités criminelles et déviantes d’un personnage masqué dont les victimes sont presque exclusivement des jeunes femmes dénudées. Ces images mêlent explicitement la sexualité, la violence, le crime et la cruauté. Cet amalgame constitue la caractéristique principale et dominante de ces images.

Ces images ont été accessibles sur internet de 2006 à 2009 sans avertissement aux mineurs. Le site qui les hébergeait a été visité par des dizaines sinon des centaines de milliers d’internautes. Ces images n’étaient pas bloquées et pouvaient donc être copiées par ceux qui y accédaient.

La mise en circulation de ces images emporte un risque réel et appréciable de préjudice pour la collectivité, soit celui de prédisposer certains hommes, mineurs ou majeurs, à adopter des comportements antisociaux, sexuellement agressifs et même criminels à l’endroit des femmes.

Ce type de comportements porte atteinte à la dignité, à la liberté et à l’autonomie dont chacune et chacun est en droit de jouir en société. Ce type de comportements est donc incompatible avec le bon fonctionnement de la société.

Les témoignages rendus par les Dr Malamuth et Collins démontrent qu’il existe un risque réel de préjudice associé à l’exposition des images produites par Rémy Couture.

Pour certains hommes mineurs ou majeurs, ayant des traits antisociaux ou délinquants, des prédispositions à l’agressivité, notamment sexuelle, ou des déviances sexuelles, l’exposition à ces images est susceptible de renforcer certaines fausses croyances socialement nuisibles, comme le mythe du viol, de cristalliser et renforcer certaines fantaisies sexuelles déviantes, de favoriser les comportements agressifs à l’endroit des femmes, attiser le passage à l’acte et de faciliter la commission de crimes graves comme l’agression sexuelle et le meurtre. La gravité du préjudice appréhendé est donc élevée et sérieuse.

Enfin, ces images sont sans valeur artistique. Elles sont le produit d’une démarche qui recherche l’extrême, qui exploite la violence sexuelle parce que tabou, qui ne vise qu’à provoquer la répulsion pour la répulsion, le dégoût pour le dégoût, une démarche où répugner est une fin en soi et pour laquelle la violence sexuelle est un objet privilégié.

Théorie de la défense

Le travail de Rémy Couture, qu’il s’agisse des photos ou des deux vidéos, ne constitue pas de la pornographie, ni de la pornographie violente, non plus qu’une exploitation indue des choses sexuelles et ne peut donc pas répondre à la définition de l’obscénité en droit criminel.

D’abord, la sexualité n’est pas une caractéristique dominante du matériel, bien qu’on retrouve dans plusieurs scènes un amalgame de la chose sexuelle et de l’horreur, l’élément sexuel étant secondaire à la démarche qui est celle de reproduire, de raconter, de dépeindre l’horreur.

Ensuite, l’intention de l’accusé n’était d’aucune façon malveillante, malintentionnée, coupable. L’accusé ne visait pas à dépraver ou à corrompre. On parle, en droit, « d’intention criminelle », ce que l’accusé n’avait pas. Plus clairement, il n’avait pas l’intention de produire du matériel obscène. Jamais il n’a voulu, ni même imaginé, exciter sexuellement le visiteur de son site. Son intention était même à l’opposée : il voulait effrayer, dégoûter. Que certaines personnes atteintes de troubles de la personnalité (les antisociaux) ou de déviances sexuelles (le sadiques sexuels) puissent être excitées par les images de Rémy Couture ne peut pas justifier une condamnation criminelle car ni le droit, ni l’art, ni même l’internet, ne pourraient être régulés en fonction d’une minorité de gens malades. Au surplus, la théorie de la défense sur cette question est à l’effet que le lien n’a jamais été démontré entre l’exposition à de la violence sexuelle et un passage à l’acte.

Enfin, l’accusé suivait une démarche artistique sérieuse et, en ce sens, son travail possède un mérite artistique, qu’on l’apprécie ou non, qu’il nous choque ou non. « L’objet profond » de l’œuvre de l’accusé était de mettre en scène les gestes abjectes d’un psychopathe, et c’est la raison pour laquelle la sexualité est entrée en scène. La sexualité n’était pas gratuite, elle servait le but de la démarche.

Le matériel de l’accusé n’outrepasse pas le seuil de ce que la société est capable d’accepter. Il n’est pas plus cru, pas plus violent, que bien d’autres images auxquelles certaines personnes sont exposées, si elles aiment le genre. D’aucune manière le matériel de l’accusé n’est susceptible de causer un préjudice à la société, ce critère du préjudice étant l’élément essentiel en matière d’obscénité et des autres infractions d’ordre moral.

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Sixième mise à jour à l’inventaire d’une première réception

Par Simon Labrecque, Montréal, et Cornelias Qumbe, Candiac

La sixième mise à jour au texte maintenant collectif de Cornelias Qumbe est disponible dans le document original. Les informations concernant le lancement du livre montréalais proviennent de Cornelias Qumbe, et les informations concernant la table-ronde au Salon du livre de Montréal proviennent de Simon Labrecque, l’enregistrement est disponible ici.

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Inventorier une première réception: autour du livre Les Nouveaux Visages du nationalisme conservateur au Québec

Par Cornelias Qumbe, Candiac

Un bruit, une rumeur se fait de plus en plus insistante dans le monde universitaire et para-universitaire des sciences sociales et de la pensée politique le long de la rivière des Outaouais, entre le centre-ville d’Ottawa et le centre sud de l’île de Montréal. Entre ces deux bulles de résonances métropolitaines, le bruit qui occupe la troisième n’a fort probablement pas atteint ceux et celles qui habitent le sol. (Étant donné qu’il s’agit de débats académiques, elle ne le fera probablement pas directement, bien qu’ultimement les pratiques d’habitation soient un enjeu essentiel de ces énoncés savants qui s’accordent et discordent.) Dans des salles, des corridors et des fauteuils des deux pôles, cependant, on sent une certaine excitation – et les citations circulent.

L’occasion de cette excitation est la publication d’un livre, Les Nouveaux Visages du nationalisme conservateur au Québec, co-écrit par Jean-Marc Piotte & Jean-Pierre Couture. Le livre est publié dans la collection « Débats », chez Québec Amérique, avec le concours de la Chaire de recherche du Canada en études québécoises et canadiennes (CRÉQC). Le titulaire de cette chaire, Alain-G. Gagnon, est également directeur de la collection « Débats ». Cette information peut sembler anodine, mais dans la bulle de discours dont il est ici question, les positionnements et réseautages des intellectuels québécois sont précisément ce qui fait problème. Piotte & Couture proposent en effet une cartographie de ce qu’ils nomment « le nationalisme conservateur au Québec ».

Est-il trop tôt pour parler de la première réception de l’ouvrage ? Il est tôt, sans doute, mais le caractère polémique de cette première réception pousse à inventorier les documents qui la constituent. L’objectif est de créer et de maintenir une archive chronologique exhaustive de ce qui se dit en rapport avec ce livre. Cette archive, cet inventaire pourra ainsi servir de référence aux interprétations à venir.

Pourquoi ce livre plutôt qu’un autre ? Simplement, parce qu’il est rare de pouvoir documenter « en direct » la formation d’un ou de plusieurs débats qui se situent explicitement aux frontières du monde académique et de l’espace public québécois.

Ceux et celles qui croiseront ou produiront des documents liés à cette réception sont invité(e)s à les intégrer à cet inventaire. Pour ce faire, contactez le blog de Trahir en reprenant le format documentaire utilisé ci-dessous, dans la section 2.

Cet inventaire est pensé dans une perspective polémologique, plutôt que polémique.

1. L’occasion : Les Nouveaux Visages du nationalisme conservateur au Québec

Les auteurs. Jean-Marc Piotte est professeur émérite en science politique à l’Université du Québec à Montréal (UQAM). Jean-Pierre Couture est professeur adjoint à l’École d’études politiques de l’Université d’Ottawa. Ils participent tous deux au Collectif de rédaction de la revue À bâbord!. À l’automne 2011, ils ont donné un séminaire à l’UQAM sur la problématique abordée dans leur livre.

L’ouvrage. On peut consulter une brève présentation du livre sur le site de Québec Amérique. Il est composé de 6 chapitres. La table des matières se lit comme suit :

Introduction : Qu’entendons-nous par nationalisme conservateur ?
Chapitre 1 : Joseph Yvon Thériault ou la tradition contre la modernité
Chapitre 2 : Jacques Beauchemin ou la sacralisation d’une nation
Chapitre 3 : Éric Bédard ou notre maître le passé
Chapitre 4 : Marc Chevrier ou la république élitiste
Chapitre 5 : Gilles Labelle ou la quête du souverain
Chapitre 6 : Stéphane Kelly ou le ressentiment d’une génération
Conclusion : Un réseau intellectuel hégémonique

La longueur des chapitres est variable : de 27 pages pour Labelle et 26 pour Beauchemin à 18 pour Thériault, 17 pour Bédard, 16 pour Chevrier et 15 pour Kelly. L’introduction fait 6 pages et la conclusion 17.

Les thèses. Ces six auteurs ont été choisis car, selon les co-auteurs, ils prennent part à un courant singulier dans  la pensée politique contemporaine au Québec. Les co-auteurs le nomment « nationalisme conservateur » et le lient au nationalisme d’avant la Révolution tranquille.

Piotte & Couture distinguent en effet deux tendances dans le camp souverainiste contemporain au Québec : un nationalisme qui serait le fait de « néoconservateurs » (p. 12) et un « nationalisme pluraliste » (p. 11). Cette dernière tendance aurait dominé les débats publics et académiques de 1995 à 2007, soit de la défaite référendaire du Oui aux débats sur les « accommodements raisonnables ». L’autre tendance, selon les co-auteurs, « identifie la nation québécoise à sa souche canadienne-française » (p. 11). Elle serait devenue prépondérante et exercerait « une influence grandissante sur le P[arti] Q[uébécois] » depuis 2007-2008.

Avancer ce diagnostic – l’importance grandissante d’un « nationalisme conservateur » – et le documenter semblent être les objectifs premiers du livre.

Selon Piotte & Couture, bien que les six auteurs étudiés « ne soutiennent pas toujours les mêmes positions »,

des dénominateurs communs [leurs] permettent de les regrouper sous le chapeau du nationalisme néoconservateur : le passéisme, la critique conservatrice de la modernité, l’épistémologie idéaliste, l’oubli ou le rejet de l’apport des sciences sociales et l’euphémisation de leur conservatisme (p. 12).

Dans cette perspective, Piotte & Couture commentent les travaux de chaque auteur. Ils s’intéressent aussi à « la dissémination du nationalisme conservateur à travers les revues d’idées, les regroupements militant et les chaires de recherche qui l’alimentent » (p. 16). Ils considèrent que « le réseau intellectuel néoconservateur désigne un groupe très structuré qui brouille souvent les pistes entre le statut universitaire de ses travaux et la visée politique et idéologique de ses luttes » (p. 16). C’est principalement dans la conclusion que cette analyse est menée.

À la question « qu’entendons-nous par réseau intellectuel », ils répondent :

D’abord, précisions que cela n’a rien à voir avec une théorie du complot. Au contraire, la sociabilité intellectuelle et littéraire est un phénomène moderne qui définit un aspect fort important du travail des écrivains, des philosophes et des savants. Elle constitue cette arène relativement autonome où les œuvres et les idées nouvelles prennent forme et sont jugées, discutées, sanctionnées par les autres participants au jeu. La vie intellectuelle québécoise est tout aussi riche de ses regroupements qui se nouent autour d’institutions d’enseignements, d’associations littéraires ou professionnelles, de revues, de journaux et de maisons d’édition qui occupent des positions distinctes et hiérarchisées. Ces coalitions se forment aussi en fonction des différents marchés (public ou savant) et des régions (métropolitaine ou périphérique), et selon les lignes idéologiques et partisanes (la gauche, la droite, le souverainisme, le fédéralisme) qui influencent nécessairement le contexte de production intellectuelle et la place qu’un auteur ou un groupe d’essayistes prennent dans cet espace (pp. 149-150).

Selon cette approche, qui rappelle celle de Pierre Bourdieu et certaines propositions de la « théorie de l’acteur-réseau », les six auteurs étudiés sont dits participer, quoique de manières différentes, à « l’auteur collectif néoconservateur » dont Piotte & Couture affirment l’existence. Par « auteur collectif », les co-auteurs entendent « une coalition idéologique qui exploite des ressources organisationnelles et symboliques communes et qui opère une division du travail intellectuel visant à couvrir une diversité de registres langagiers et d’espaces médiatiques et institutionnels » (p. 150). Le livre se concentre sur l’auteur collectif « nationaliste conservateur », mais d’autres « coalitions idéologiques » pourraient être identifiées.

Cet « auteur collectif néoconservateur » existe-t-il dans le Québec contemporain ? Piotte & Couture sont-ils convaincants ? Il revient à ceux et celles qui ont lu le corpus commenté dans le livre de répondre à ces questions.

Cet inventaire s’intéresse à ce livre parce qu’il suscite des réactions conflictuelles. Dans une perspective polémologique (au sens large du terme : l’étude des conflits de toutes sortes), c’est son caractère « polémogène » qui est intéressant, plutôt que les énoncés spécifiques ayant trait aux divers courants du nationalisme québécois, aux travaux commentés par Piotte & Couture, ou aux thèses avancées dans le livre.

2. La réception : inventaire en cours

Cet inventaire est organisé chronologiquement. Chaque document sélectionné est répertorié sous la date de sa publication (ou sous celle qui s’en rapproche le plus, si la date n’est pas assurée). Le document est répertorié avec son titre, son ou ses auteur(e)s, et son contexte de publication (journal, site internet, etc.).

La sélection d’un document est effectuée en fonction d’une mention explicite du livre de Piotte & Couture. Si ce n’est pas le cas, un astérisque (*) précède la « fiche » du document en question et une explication de son inclusion est donnée.

Un résumé succinct suit ces détails formels. Résumer ou rendre compte d’un document est un geste à fort potentiel polémique. C’est pour cette raison que le résumé sera très court et tentera d’être le plus neutre possible.

Tous les documents réfèrent en principe au livre de Piotte & Couture. Si un document réfère à d’autres documents répertoriés, une note indique la teneur de cette référence.

23 août 2012

Voir la cinquième mise à jour (18 novembre 2012), la note à l’entrée du 12 novembre 2012.

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1er septembre 2012

Document : http://www.ledevoir.com/culture/livres/358116/le-retour-du-nationalisme-conservateur

Titre : Le retour du nationalisme conservateur

Auteur(e)(s) : Louis Cornellier

Publication : Le Devoir, section « Livres » ; le texte a été repris sur vigile.net : http://www.vigile.net/Le-retour-du-nationalisme

Résumé : Dans la première partie, l’auteur utilise le conditionnel pour parler de la thèse selon laquelle le « nationalisme conservateur » constitue un réseau influent au Québec. Il écrit que « les critiques qu’ils [Piotte & Couture] lui réservent ont le mérite d’alimenter le débat, mais elles manquent de nuances et sont parfois empreintes de mauvaise foi ». Dans la seconde partie, Cornellier indique que parmi les six auteurs étudiés, il faudrait soustraire « les sociologues Beauchemin et Thériault » de la catégorie de la « droite conservatrice ». Le reste du texte détaille les positions de ces deux sociologues en rapport avec la critique de Piotte & Couture. L’« horizon commun » proposé par ces sociologues est dit ne pas exclure, « comme le suggèrent Piotte et Couture, les minorités, mais les invite plutôt à participer pleinement à la singulière aventure nationale québécoise ». Cornellier conclut : « À la fois polémique et savant, cet essai tendancieux pour lecteurs avertis nourrit malgré tout un débat fondamental pour l’avenir du Québec ».

Note : Certains des énoncés de Cornellier sont repris explicitement, le 29 septembre 2012 [voir ci-dessous], dans la « réplique » publiée sur le site du Centre interdisciplinaire de recherche sur la citoyenneté et les minorités (CIRCEM), que Piotte & Couture associe au « réseau » qu’ils cartographient.

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10 septembre 2012

Voir la deuxième mise à jour (1er octobre 2012).

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11 septembre 2012 Document : http://www.pressegauche.org/spip.php?article11600

Titre : À propos des « nouveaux visages du nationalisme conservateur au Québec »

Auteur(e)(s) : Bernard Rioux

Publication : Presse-toi à gauche!, section « Livres »

Résumé : L’auteur juge le livre « important ». Il souligne que « la partie théorique de l’ouvrage est peu développée » et il pose une série de questions par rapport aux « présupposés théoriques » des deux auteurs (par ex. : « Quelle est leur définition de la nation ? »). Il écrit que « l’intérêt du livre, nous semble moins reposer sur la description du conservatisme des différents auteurs analysés, que sur certaines réponses à des questions stratégiques que [le] livre suggère ». Il termine par « un souhait : que ce livre soit une ouverture à une recherche plus ambitieuse sur la réalité de la nation québécoise aujourd’hui comme cadre complexe de nos combats émancipateurs ».

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12 septembre 2012

Voir la troisième mise à jour (2 octobre 2012).

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25 septembre 2012

Document : http://www.pressegauche.org/spip.php?article11707

Titre : Le repli identitaire

Auteur(e)(s) : Jean-Pierre Couture & Jean-Marc Piotte

Publication : Presse-toi à gauche!, section « Politique »

Résumé : Une image de la couverture du livre accompagne cet article. Les auteurs réagissent à la publication de deux textes dans les pages « Idées » du Devoir du 22 septembre, l’un de Jean Dorion sur la « Charte de la laïcité », l’autre de Pierre Nepveu, « Au-delà du français menacé ». Après avoir résumé chaque texte, les auteurs affirment : « Ces deux postures de repli, l’une religieuse et l’autre linguistique, sont alimentées par le repli identitaire qui s’est installé au PQ depuis la crise des accommodements raisonnable de 2007-2008 ». Ils réitèrent une de leurs thèses : « Menés par le sociologue Jacques Beauchemin devenu sous-ministre du gouvernement Marois pour le dossier linguistique, les penseurs du repli identitaire ont désagrégé le néonationalisme social et politique des années 1960-1970 et disqualifié le modèle d’intégration pluraliste incarné politiquement par Gérald Godin et défendu intellectuellement par Gérard Bouchard, Micheline Labelle, Michel Seymour et d’autres ». Ils concluent par ces lignes : « Il nous semble évident que ce repli nationaliste conservateur ne peut qu’affaiblir le Québec, en effritant ses appuis à l’étranger et en s’aliénant les énergies de toutes les minorités qui pourraient participer à la construction d’une nation québécoise inclusive. »

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26 septembre 2012

Document : http://www.radio-canada.ca/emissions/plus_on_est_de_fous_plus_on_lit/2012-2013/chronique.asp?idChronique=246802

Titre : Les nouveaux visages du nationalisme conservateur au Québec

Auteur(e)(s) : Christian Nadeau

Publication : Première chaîne de la radio de Radio-Canada, émission « Plus on est de fous plus on lit! »; résumé écrit et version audio disponibles sur le site internet

Résumé : Le résumé de la chronique insiste surtout sur Thériault et Beauchemin (aucune mention des quatre autres auteurs). Christian Nadeau apprécie l’aspect « cartographique » du livre, mais affirme qu’« il échoue à présenter un projet continu; il montre un assemblage de thèse de différents auteurs », mais pas de « projet politique cohérent ». Il distingue deux registres dans les interventions des auteurs étudiés : un registre académique et un registre « d’intervention public »; le second permet des interventions plus radicales. Il souligne l’importance de l’influence des intellectuels, qui est moins ponctuelle que celle des journalistes d’opinion. Il note aussi que les conservateurs en question ne se réclament pas du libertarisme. Par ailleurs, la lecture donne parfois l’impression que « ce sont des profs de gauche de l’UQAM qui parlent à des profs de droite de l’UQAM ». Il conclut en disant que le livre présente les auteurs étudiés comme étant déterminés par la conjoncture, plutôt que de véritablement montrer comment ils participent à reconfigurer cette conjoncture. « C’est un début », mais d’autres livres présentant une histoire des intellectuels dans le Québec contemporain seraient requis.

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[date incertaine, mais antérieure au 27 septembre 2012]

Document : (voir image ci-contre)

Titre : Solidaire du professeur Gilles Labelle

Auteur(e)(s) : François Charbonneau [sous toute réserve ; la photographie provient d'un profil Facebook]

Publication : [lieu non identifié ; selon ce qui a été dit au lancement outaouais du livre (voir ci-dessous, 27 septembre), sur une porte de bureau dans les couloirs de l’École d’études politiques de l’Université d’Ottawa]

Résumé : L’auteur exprime son « indignation ». Il affirme que les co-auteurs « inventent de toute pièce un ennemi imaginaire », « à la manière du sénateur Joseph MacCarthy dans les années 1950 », « histoire de se donner le beau rôle dans un combat du bien contre le mal qui n’existe que dans leur esprit ». Il insiste en particulier sur ce que les co-auteurs disent du professeur Labelle et affirme que ce dernier « ne correspond pas à l’image qu’en offrent ces deux polémistes ». Il fait appel à la solidarité du « milieu universitaire » face à « la hargne dont [Labelle] est injustement l’objet dans ce livre ». Il parle de « calomnie » et de « diffamation » et conclut par cette phrase : « Se taire devant l’avanie, c’est la cautionner. »

Note : Cette lettre a été lue par le professeur Dimitri Karmis lors de la conférence organisée pour le lancement de l’ouvrage, à Ottawa, le 27 septembre. Le professeur Karmis, qui était un des panelistes invités, n’a cependant pas commenté la lettre.

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27 septembre 2012

Document : http://onoups.blogspot.ca/2012/09/blog-post.html

Titre : Inauguration des activités 2012-2013/Lancement de l’ouvrage Les Nouveaux visages du nationalisme conservateur au Québec

Auteur(e)(s) : Observatoire des nouvelles pratiques symboliques (ONOUPS)

Publication : L’événement a eu lieu à La Cour des arts, à Ottawa, de 17h à 20h

Résumé : Trois panelistes invités ont insisté sur l’importance du livre et sur la validité de son diagnostic. Stéphanie Demers, de la Faculté d’éducation de l’Université du Québec en Outaouais a insisté sur l’influence qu’ont eut les « nationalistes conservateurs » dans la révision du programme d’enseignement de l’histoire au secondaire, et sur l’évacuation d’une perspective de luttes de classes et de l’étude empirique des pratiques sociales. Darren O’Toole, de la Faculté de droit de l’Université d’Ottawa, a insisté sur les distinctions entre les nationalistes conservateurs québécois et ceux du reste du Canada, tout en notant qu’ils ont souvent recours à des termes similaires (« bien commun », « intérêt général », etc.). Il souligne que les auteurs discutés par Piotte & Couture ont souvent des ambitions d’influence politique, mais qu’au Québec, les « conservateurs » ont un discours beaucoup plus culturel qu’économique, contrairement à ce qui est le cas dans les milieux anglophones. Dimitri Karmis, professeur à l’École d’études politiques de l’Université d’Ottawa a parlé de l’atmosphère dans laquelle le livre est reçu et a souligné l’importance de cartographier des lignes de forces dans le milieu intellectuel québécois contemporain. Couture & Piotte ont présentés leur démarche d’ensemble et ont répondu aux questions du public. Parmi celles-ci, un homme a mentionné que le livre était « diffamatoire » au sujet de Gilles Labelle et qu’« on lui conseille de ne pas le lire ». D’autres personnes ont souligné l’importance de l’acte de nommer qu’opère le livre, ouvrant ainsi à d’autres études; d’autres encore ont questionné la méthodologie de l’ouvrage et les incertitudes qui persistent quand à la cohérence du réseau étudié.

Note 1 : La lettre de François Charbonneau a été lue au cours de la conférence et le compte-rendu de Louis Cornellier a été mentionné. La nomination de Beauchemin à un poste de sous-ministre a été commentée et le fait que l’émission bazzo.tv diffusait un débat sur « le nationalisme de droite a-t-il le droit d’exister?» a été noté.

Note 2 : Couture a mentionné l’intervention d’Alain-G. Gagnon (éditeur du livre) du 10 septembre 2012, dans laquelle ce dernier affirmait qu’il aurait hésiter à publier le livre s’il avait su que les auteurs critiqués ne publieraient pas nécessairement de réplique.

*addendum au 27 septembre 2012

Document : http://video.telequebec.tv/video/12218/le-nationalisme-de-droite

Titre : Le nationalisme de droite a-t-il le droit d’exister ?

Auteur(e)(s) : Marie-France Bazzo, Mathieu Bock-Côté & Jean-Martin Aussant

Publication : Segment de l’émission bazzo.tv, présenté à la télévision et sur le site internet de Télé-Québec

Résumé : Bien qu’aucune mention du livre ne soit faite dans cette émission, l’expression « nationalisme de droite » évoque « nationalisme conservateur ». De plus, Mathieu Bock-Côté, intervenant invité, est mentionné et considéré par Piotte & Couture comme un acteur médiatique important pour le réseau étudié, principalement en dehors des milieux académiques.

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29 septembre 2012

Document : http://www.sciencessociales.uottawa.ca/circem/documents/CIRCEM_Replique_septembre_2012.pdf

Titre : CIRCEM – Réplique à l’ouvrage de Jean-Marc Piotte et Jean-Pierre Couture, Les nouveaux visages du nationalisme conservateur au Québec, Montréal, CRÉQC et Québec Amérique,collection «débats», 2012.

Auteur(e)(s) : [Signataires] E.-Martin Meunier, Stéphane Vibert, François Charbonneau, Michel Bock, Richard Dubé & Alvaro P. Pires [tous professeurs à l’Université d’Ottawa]

Publication : Sur la version française du site du Centre interdisciplinaire de recherche sur la citoyenneté et les minorités (CIRCEM), section « Nouveautés et événements »

Résumé : Les auteurs commencent par reprendre deux énoncés du compte-rendu de Cornellier [1er septembre 2012]. Ils écrivent que « l’ouvrage de Piotte et Couture est non seulement « tendancieux », mais plusieurs de ses thèses « manquent de nuances et sont parfois empreintes de mauvaise foi » (Le Devoir, samedi le 1er septembre 2012) ». Ils insistent sur « l’étiquette infâmante » de conservateur et sur la puissance d’évocation de ce terme dans « l’imaginaire collectif ». Ils affirment que l’ouvrage est « un pamphlet polémique voire falsificateur par endroit, qui non seulement fait dire un peu tout et n’importe quoi aux auteurs incriminés dans le seul but de les discréditer, mais se porte même parfois au-delà de la limite de l’acceptable allant jusqu’à accuser certains – sans gêne ni preuve autre que des interprétations pauvres, tordues et faussées de leurs écrits – de flirter avec l’autoritarisme ». Le livre est qualifié de « brûlot » qui est « discrédit[é], au plan intellectuel et scientifique », par « la multitude d’erreurs, de contresens, de citations tronquées et de fautes épistémologiques » qu’il est dit contenir. Ils insistent en particulier sur le chapitre consacré à Gilles Labelle, « directeur [du CIRCEM] lors de l’écriture de l’ouvrage », et affirment que Piotte & Couture ne comprennent pas ses travaux. La dernière partie de la réplique concerne le CIRCEM, qui est présenté comme un lieu de débats libres et ouverts qui « ne saurait être en aucun cas, pour qui prend le soin de s’intéresser à ses activités, ramené à un club politique, à un organe d’opinion ou à une officine conservatrice de bas étage ». Piotte & Couture sont dit affirmer le contraire.

Note : Mention du compte-rendu de Cornellier.

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1er octobre 2012

Publication du présent inventaire.

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Première mise à jour (1er octobre 2012)

1er octobre 2012

Document: http://lautjournal.info/default.aspx?page=3&NewsId=4040

Titre : Une critique du réseau néoconservateur par le réseau néofédéraliste

Auteur(e)(s) : Pierre Dubuc

Publication : Sur le site internet de L’Aut’Journal

Résumé : L’auteur souligne que l’ouvrage serait « fort précieux » « si nos grands réseaux adoptaient l’usage américain » d’identifier, dans les médias, « les différents intervenants par leur affiliation politique et idéologique ». Il souligne que la démonstration de la parenté idéologique des auteurs étudiés « n’est pas toujours évidente, ni leur parti-pris politique commun – à notre connaissance Thériault est fédéraliste et Beauchemin souverainiste ». L’aspect le plus convaincant du livre est dit être l’analyse du réseau, qui « mériterait d’être poussée encore plus loin, au plan politique », pour rendre compte du fait que plusieurs intervenants ont « reporté aux calendes grecques la souveraineté ». Après avoir souligné l’importance de Quebecor pour la dissémination du conservatisme, l’auteur signale qu’il a « de profondes divergences » avec les co-auteurs, entre autres quant à « leur appui en filigrane au ‘nationalisme civique’ par opposition au ‘nationaliste ethnique’ ». Dans la dernière partie, il écrit que Piotte aurait rejeté le projet souverainiste pour insister sur « les revendications sociales ». Il y aurait « là un autre réseau qui mériterait une analyse détaillée » ; Piotte s’y verrait attribuée l’étiquette de « néofédéraliste ».

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Deuxième mise à jour (1er octobre 2012)

10 septembre 2012

Document : http://www.radio-canada.ca/emissions/medium_large/2011-2012/chronique.asp?idChronique=243128

Titre : Le nationalisme québécois périmé?

Auteur(e)(s) : Catherine Perrin [animatrice], Aïda Kamar, Jacques Beauchemin, Alain-G. Gagon & Brendan Kelly

Publication : Sur les ondes de la première chaîne de la radio de Radio-Canada, dans l’émission « Médium large »; sur le site internet, le livre est référencé dans la section « Pour en savoir plus »

Résumé : L’ouvrage est discuté au début ; il est dit servir de « prétexte ». Alain-G. Gagnon [éditeur] dit que les auteurs ne se situent pas eux-mêmes par rapport au nationalisme ; « ils ne font qu’attribuer des notes », sans se définir comme nationalistes, bien qu’ils montrent plus de sympathie pour les « nationalistes progressistes » que pour les « nationalistes réactionnaires » (les « bons nationalistes » contre les « mauvais nationalistes »). Il avait aussi été « convenu », lors de la décision de publier, que certains auteurs critiqués publieraient une « réplique ». Sinon, Gagnon « aurait peut-être hésité avant de publier le livre, car c’est vraiment un livre à débat, où il y a une confrontation majeure ». Il s’attendait à ce que Thériault, Beauchemin et Bédard « puissent leur donner une réplique satisfaisant, pour un plein débat de la communauté politique québécoise ». Jacques Beauchemin dit que la réplique viendra « peut-être », mais qu’il est « un peu fatigué de ce débat-là », que des oppositions « peu fructueuses » sont faites entre « bons » et « mauvais » nationalistes. Beauchemin refuse l’étiquette « ethnicisante » et n’utiliserait pas celle de « conservateur ». Il dit qu’il importe de se référer à une « histoire longue » de la nation québécoise. Aïda Kamar [Vision Diversité] est d’accord. Brendan Kelly [The Gazette] affirme que les anglophones sont évacués de cette histoire. Beauchemin dit que le problème du nationalisme est sa trop grande ouverture ; « on est obsédé par la question autochtone, par exemple ». Il dit que certains voudraient faire des autochtones « les premiers québécois », mais que cette lecture est « excessive » : « eux-mêmes ne se considèrent pas comme ça », et ce serait « contre-intuitif sur le plan historique ». Cette trop grande ouverture aurait « un effet d’obscurcissement » : « la majorité franco-québécoise n’est plus capable de se reconnaître comme être collectif », comme si son histoire était « sans direction ». Gagnon dit qu’il importe que plus d’allophones se sentent concernés. Kamar et Kelly disent que les nouvelles générations ne posent pas le débat dans les mêmes termes. Gagnon dit que l’avenue principale d’inclusion dans le « projet nationaliste » est « la citoyenneté », « avoir des chances égales dans la société ». Kamar insiste pour que le projet soit plus clair. Beauchemin dit qu’il faut rassembler « tous les québécois » autour du « pôle » qu’est « la majorité franco-québécoise », « sans complexe ». Cette « majorité elle-même n’est plus capable de se nommer ». Kelly dit que le « notre passé » de Beauchemin n’est pas celui des anglophones.

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Troisième mise à jour (2 octobre 2012)

12 septembre 2012

Document : http://jeanpaulcoupal.blogspot.ca/2012/09/reglements-de-comptes-uq-corral.html

Titre : Règlements de comptes à U.Q. Corral

Auteur(e)(s) : Jean-Paul Coupal

Publication : Sur le blog « Lettres à un jeune philosophe de l’histoire et autres essais par Jean-Paul Coupal »

Résumé : Ce long texte (près de 8900 mots) est divisé en sept (7) sections principales. L’auteur affirme que, « [d]ans cet ouvrage, nous retrouvons les mots et surtout la pensée de Jean-Marc Piotte, bien qu’il ait été assisté par un jeune professeur de l’Université d’Ottawa, Jean-Pierre Couture, à la fabrication de ce livre ». Après avoir reconnu l’existence d’un « virage à droite » en Occident et affirmé que « [l]es intellectuels d’ici sont, depuis toujours, […] les pires colonisés de la société québécoise […] », l’auteur affirme que « ceux qui sont les porteurs du nouveau visage du nationalisme conservateur effrayent plus qu’ils ne sont dangereux, dans la mesure où leur audience dépasse peu le niveau du monde universitaire ». En ce sens, Piotte & Couture « leur prêtent une influence sociale qu’ils n’ont pas ». L’auteur identifie l’interprétation de la Révolution tranquille comme l’enjeu autour duquel gravitent le livre et les travaux qui y sont présentés. Il affirme de Piotte que « sa contribution à la critique des nationalistes conservateurs ne dépasse pas celle qu’il aurait pu faire en 1970 ». Il consacre plusieurs paragraphes à une critique de la conception marxiste de l’histoire et privilégie plutôt la reconnaissance des « apports de la psychologie collective en tant que science humaine des représentations sociales […] ». Il affirme par ailleurs qu’« entre Piotte et les intellectuels du nationalisme conservateur, il y a un effet-miroir, un renvoi d’un marxisme sclérosé à un nationalisme désabusé; d’une philosophie de l’histoire et de la société qui s’est prise pour une science à un rejet quasi total du scientifique pour une approche métaphysique ou “transcendantal” du phénomène national. Plutôt que d’être une critique constructive, le pamphlet de Piotte s’avère être un coup de pédale sur l’accélérateur de la régression de la pensée québécoise. » L’auteur consacre ensuite plusieurs paragraphes à une critique des travaux historiographiques de S. Kelly et É. Bédard. La dernière section principale est consacrée à une sorte de sociologie des intellectuels baby-boomers, arguant que « les intellectuels issus de la Révolution tranquille ont gagné sans mérite les postes, les salaires, les conventions collectives et la sécurité d’emploi qui devaient être refusés à ce que M. Kelly appelle la Génération X. Le Rapport Parent, la création des CEGEP, des universités du Québec en province et à Montréal, et de Concordia dans le milieu anglophone, ouvraient des emplois disponibles à tous, même à ceux qui souvent n’avaient pas une maîtrise en poche. » L’auteur affirme que « Cette différence [générationnelle] de traitement est au cœur des ressentiments de la droite néo-conservatrice contre une gauche qui n’a jamais su faire son autocritique historique. » Il considère que la génération des baby-boomers, dans l’université, « devint une gérontocratie qui sélectionna ses disciples, ses successeurs, en fonction de leur capacités limitées », et que « Cette déchéance d’institutions improvisées amène aujourd’hui la production de thèses coûteuses et sans résultats effectifs ou pratiques : leurs producteurs s’attaquent à des problématiques mal cernées ou servant de “nègres” aux enseignants établis qui produisent des quantités incroyables d’articles que personne – pas même eux – ne lit. » Selon lui, « Les intellectuels de gauche, incapables de se renouveler au-delà du marxisme, furent en fait les premières victimes de cette incomplétude générationnelle. Ils ont été les premiers à retourner au nationalisme, aux socialismes utopiques ou même au christianisme, quand ils n’ont pas été entièrement séduits par la nouvelle technologie informatique ». En conclusion, il affirme que « les solutions Bédard ou Kelly, pour s’en tenir à l’historiographie, sont sans lendemain. »

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Quatrième mise à jour (25 octobre 2012)

Du 3 au 5 octobre 2012

Document : http://www.facebook.com/UnionLibreUQAM/posts/323139964450628 / une capture d’écran (du 25 octobre 2012) est disponible ici

Titre : [sans titre]

Auteur(e)(s) : Union libre UQAM [« auteur collectif », plus tard signé David Sanschagrin, René Delvaux et Vanessa Gauthier Vela] ; Jonathan Lalande Bernatchez ; Raphaël Crevier ; Jonathan Raîche Casavant ; Véronique Pronovost ; René Delvaux [à titre individuel] ; [Jean-Pierre Couture et Jean-Marc Piotte : réponse publiée par Union libre UQAM ; voir ci-dessous] ; El-chinwi Amine

Publication : Sur la page Facebook d’Union libre, « Le journal des étudiantes et étudiants en science politique et en droit de l’UQAM »

Résumé : Ce document est une discussion qui commence par la publication d’un « hyperlien » par Union libre vers le « communiqué » émis par le CIRCEM. Union libre présente ce communiqué comme une « réponse à la polémique soulevée par le séminaire de maîtrise « Le courant intellectuel néoconservateurs au Québec » tenu au département de science politique de l’UQAM à l’automne 2011, et face à la publication récente de l’ouvre [de Piotte et Couture] ». Union libre résume le communiqué du CIRCEM (et ajoute des exemples, concernant M. Chevrier et S. Kelly, qui ne sont pas dans ledit communiqué), selon lequel, écrit Union libre, « la démarche des professeurs [Couture et Piotte] est davantage une entreprise de diffamation qu’une invitation à appréhender intellectuellement un phénomène politique qu’ils tentent de cartographier ». Union libre écrit : « À la lecture du livre de Piotte et Couture, il est en effet difficile de ne pas éprouver un certain malaise face à ce qui ressemble à de l’acharnement et de la mauvaise foi ». Ce premier message se termine par une citation de Christian Topalov, selon qui « l’assertion “école” […] est une stylisation qui est aussi une arme. » Jonathan Lalande Bernatchez commente ce message en disant qu’il a « un malaise avec le fait qu’une personne utilise le compte FB de l’Union libre pour défendre les positions du CIRCEM ». Il demande à l’auteur(e) du premier message de s’identifier et affirme que « La thèse de Piotte et Couture est argumenté et une critique sérieuse doit aborder cet argumentaire ». Dans les messages suivants, il est dit qu’il est « justifié » qu’Union libre diffuse les positions du CIRCEM, mais pas que le journal défende ces positions. Union libre répond et écrit, entre autres choses : « Il n’a fait que rappeler qu’un débat intellectuel implique une éthique de la discussion bel et bien absente de l’approche de [Couture & Piotte] pour toute personne qui se donne la peine de lire leur ouvrage et d’y comparer les thèses des auteurs qu’ils citent. Le communiqué du CIRCEM s’inscrit aussi dans cette perspective ». Avant de signer, D. Sanschagrin, R. Delvaux et V. Gauthier Vela écrivent « nous nous revendiquons de l’éthique de la discussion ». Lalande Bernatchez réitère qu’Union libre défend la position du CIRCEM et qu’« il ne faudrait pas confondre un ton polémique avec de la diffamation ». Véronique Pronovost note qu’Union libre a affirmé que « le communiqué du CIRCEM s’inscrit aussi dans cette perspective » mais qu’Union libre remet seulement en cause « les intérêts et motivations » de Piotte & Couture, pas du CIRCEM. Le 5 octobre, vers 00:30, une longue réponse de R. Delvaux affirme que « La nature de la polémique autour de cette publication en est une sur la forme et la méthode, pas sur le contenu ou les idées véhiculées. » Delvaux écrit avoir « éprouvé un réel malaise à la lecture du livre [de Piotte et Couture] » et avoir « du mal à croire qu’un tel texte puisse être édité par la CRÉQC, une Chaire de recherche de l’UQAM; j’avais par moments l’impression de lire un livre de Normand Lester ou un truc publié chez Stanké. » Il affirme avoir « différentes raisons de reprocher à l’exercice son manque de rigueur et d’honnêteté intellectuelle » et sur « La démarche » et « La méthodologie ». Il rappelle l’intention du message original d’Union libre en conclusion. Quelques minutes plus tard, Lalande Bernatchez répond dans un long commentaire, mentionnant que « ce livre était destiné à un auditoire plus large que le monde académique ». Il indique également qu’« il faut garder en tête que les signataires du communiqué du CIRCEM sont loin d’être des analystes qui interviennent à distance dans cette polémique. Ils sont tout à fait impliqués. » Au cours de la journée, Union libre publie le texte « Réponse à la diatribe de CIRCEM », signé Couture & Piotte [voir-ci dessous]. Enfin, El-chinwi Amine écrit que « ce livre est un regard d’ensemble » et qu’« on aurait pu faire un livre sur chaque auteur ». Ce commentaire affirme que « des réseaux d’influence bien présents dont le CIRCEM fait partie malheureusement » expliquent peut-être que « peu de professeurs sont enclins à faire une critique de front de la nouvelle sensibilité ». En post-scriptum, il est indiqué que « la collection débat de Québec Amérique expose des essais universitaires polémiques et n’est pas une collection de livres scientifiques ».

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5 octobre 2012

Document : http://onoups.blogspot.ca/2012/10/reponse-au-circem.html

Titre : Réponse à la diatribe du CIRCEM, [ré-intitulée] Jean-Pierre Couture et Jean-Marc Piotte répondent au CIRCEM

Auteur(e)(s) : Jean-Pierre Couture & Jean-Marc Piotte

Publication : D’abord dans la discussion sur la page Facebook d’Union libre, le 5 octobre à 13:10 (publié par l’utilisation Union libre UQAM; voir compte-rendu ci-dessus); puis sur la page d’Union libre dans une publication à part, le 5 octobre à 20:04; puis sur le site de l’Observatoire des nouvelles pratiques symboliques, http://onoups.blogspot.ca/2012/10/reponse-au-circem.html (la date est incertaine, mais Jean-Pierre Couture a publié un hyperlien vers cette publication sur la page Facebook du groupe « Onoups » le 15 octobre). Notons que la publication sur le site de l’Onoups est intitulée « Jean-Pierre Couture et Jean-Marc Piotte répondent au CIRCEM », et indique « Cette réponse n’engage que les signataires. »

Résumé : Couture & Piotte écrivent espérer que la « diatribe de la part du CIRCEM […] n’empêchera pas un travail rigoureux de réception et de discussion intellectuelle. » Ils se défendent de l’accusation « d’associer malhonnêtement les auteurs, dont nous avons étudiés les écrits, à une étiquette qui serait “infamante”. Il n’est en rien. » Ils affirment que chaque auteur est inscrit, « sans que nous gommions leurs différences », dans « le nationalisme conservateurs » tel qu’ils l’identifient. Après avoir ajouté qu’historiquement, « l’importance de la pensée conservatrice au Québec est la norme et non l’exception », les co-auteurs invitent les auteurs étudiés, s’ils le désirent, à produire « leur propre critique du conservatisme ». Les co-auteurs nient avoir « diabolisé cette mouvance, car nous ne pensons pas qu’elle doive l’être. » Ils affirment également n’avoir « jamais critiqué les personnes elles-mêmes que nous respectons, mais uniquement les idées qu’elles soutiennent. Nous souhaitons qu’il en soit de même pour nous. » Ils affirment ne pas être « au-dessus de la mêlée » et ne refuseront « aucune occasion » de se prêter à « un examen public et intellectuel » de leur propos. Ils invitent les auteurs étudiés « à défendre leurs idées eux-mêmes » et espèrent « vivement qu’ils le feront. » Ils concluent en affirmant que « des débats intellectuels vigoureux » peuvent être menés au Québec « tout en respectant les personnes, leur dignité et leur liberté », après avoir noté que « nous ne savons que trop bien que le milieu universitaire et médiatique québécois, sans doute tricoté trop serré, est très frileux face aux débats, contrairement à ce que cultivent les Français, les Britanniques ou les Allemands ».

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Cinquième mise à jour (18 novembre 2012)

30 octobre 2012

Document : http://lelibraire.org/chroniques/essai-quebecois/de-vifs-debats-intellectuels-se-profilent-tant-mieux

Titre : De vifs débats intellectuels se profilent : tant mieux!

Auteur(e)(s) : Normand Baillargeon

Publication : Le Libraire. Le bimestriel des librairies indépendantes, Chroniques – Essais québécois

Résumé : L’auteur recense trois (3) livres, soit Les nouveaux visages du nationalisme conservateur au Québec, de Piotte & Couture, La culture des patriotes, sous la direction de Charles-Philippe Courtois & Julie Guyot (Septentrion, 2012), et Les lois fondamentales de la stupidité humaine, de Carlo M. Cipolla (PUF, 2012, 1re éd. en 1976). La première partie de la recension est consacrée à l’ouvrage de Piotte & Couture. L’auteur affirme que les co-auteurs, « deux penseurs et militants identifiés à la gauche, ont entrepris un repérage de [la] présence nationaliste et conservatrice dans le paysage intellectuel et médiatique québécois ». Après avoir mentionné qu’il a du respect et de l’amitié pour des personnes des « deux clans en présence », l’auteur présente la thèse et les conclusions de l’ouvrage. Il affirme que « [l]’ouvrage est savant ; il est aussi polémique ». Il dit espérer que les personnes critiquées « auront l’occasion de présenter leur contre-argumentaire, idéalement dans un ouvrage, ce dont bénéficieront et la vie intellectuelle et la conversation démocratique au Québec ». Dans la deuxième partie , l’auteur note que Marc Chevrier, l’un des six (6) auteurs étudiés par Piotte & Couture, a contribué à La culture des patriotes un texte qui « donne à découvrir […] les références à Aristote dans la pensée de Papineau ». Au sujet du même livre, il écrit : « Piotte & Couture verront sans doutes dans nombre de ces textes la marque de cet idéalisme qu’ils déplorent; d’autres y verront un apport significatif à notre connaissance d’un épisode majeur de notre histoire et à l’élucidation de ce « républicanisme » des patriotes ». Enfin, la troisième partie présente le « malicieux petit livre de l’économiste Carlo M. Ciporral (1922-2000) sur la stupidité ».

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12 novembre 2012*

Document : http://vimeo.com/53357282

Titre : Les Nouveaux Visages du nationalisme conservateur

Auteur(e)s : Québec Amérique [courte entrevue avec Jean-Pierre Couture]

Publication : sur le compte Vimeo de Québec Amérique

Résumé : Couture présente les objectifs du livre et insiste sur l’importance de se rappeler l’héritage « progressiste ». Il dit qu’« en interpellant des auteurs contemporains, des vivants qui écrivent, qui se positionnent dans l’espace public avec des idées avec lesquelles nous sommes, nous, en désaccord », le livre peut « briser un tabou par lequel […] on ne rend pas beaucoup de comptes sur ce que l’on pense, hormis à des gens […] qui sont déjà d’accord avec nous ». Il dit que « ce qui sous-tend l’ouvrage à un niveau de l’histoire longue c’est que ça fait mal être un penseur en Amérique française, colonisée […] et là, on dirait que l’on exige de nos auteurs comme de nous-mêmes que nous nous considérions comme des penseurs, qui avons le droit d’être en désaccord et doivent se reconnaître l’un et l’autre comme des interlocuteurs valables ». Il dit : « On joue sur une blessure, où on aimerait mieux ne pas parler, et là on veut forcer un débat, on veut forcer les gens à parler—c’est une curiosité en soi. »

* Note du curateur [information obtenue d'un tiers]: L’entrevue avec Québec Amérique a eu lieu très exactement le 23 août 2012 (soit avant la sortie du livre).

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Sixième mise à jour (19 novembre 2012)

13 novembre 2012

Affiche du lancement montréalais

Document : [Affiche du lancement montréalais, voir ci-contre]

Titre : [Lancement montréalais du livre de Piotte & Couture]

Auteur(e)s : [invités] Pascale Dufour (Université de Montréal), Martin Petitclec (UQAM), Rémi Bachand (UQAM), [co-auteur] Jean-Pierre Couture (Université d’Ottawa) & Jean-Marc Piotte (UQAM), [animatrice] Manon Massé (Québec Solidaire)

Publication : un événement Facebook a été créé et le lancement a également été annoncé sur le site des Nouveaux cahiers du socialisme. Le lancement a eu lieu au bar Les Pas Sages, rue Rachel à Montréal, à partir de 17:30.

Résumé : Les invités ont parlé dix (10) minutes chacun, puis les co-auteurs ont été invités à répondre pendant quelques minutes chacun. Une dizaine de questions ont ensuite été posées par les gens présents dans le bar, permettant des échanges entre les invités, les co-auteurs et le public. Rémi Bachand a d’abord posé la question des « leçons à tirer de la controverse autour du livre ». Il a souligné l’importance du nationalisme comme mode de légitimation d’actions sur la scène internationale, qu’il oppose à une perspective de classe. Il réitère la critique selon laquelle les écrits de auteurs étudiés sont parfois cités « hors contexte » et parle d’une « interprétation peu généreuse ». Cependant, il cite un passage de l’article « Nos pluralistes » de Gilles Labelle, paru dans Argument, qu’il qualifie de « pamphlet » et affirme qu’il n’est « pas surprenant » que la gauche l’attaque; ce « pamphlet » démontrerait également une « interprétation peu généreuse ». Il termine en soulignant l’importance de « déconstruire l’idée que le nationalisme est nécessairement de gauche » (idée qui serait propre au Québec), en demandant « pourquoi personne n’accepte de se faire traiter de conservateur ou de gens de droite », et affirme que le livre transgresse l’impératif de « ne pas trop nommer de noms ». Pascale Dufour qualifie ensuite le livre d’ « exercice salutaire pour la réflexion collective », en particulier parce qu’il identifie « comment le néonationalisme conservateur circule ». Elle mentionne la critique de Cornellier dans Le Devoir et affirme que, contrairement à ce dernier, elle trouve intéressant de mettre ensemble des auteurs très distincts. Elle énonce certains « doutes » sur quelques « présupposés » de co-auteurs, en soulignant que toute critique de la modernité n’est pas conservatrice, qu’il faudrait clarifier l’influence française de type « troisième République » sur la pensée des auteurs étudiés, et qu’il faudrait maintenant construire « les nouveaux visages du pluralisme au Québec ». Martin Petitclerc, qui a critiqué « la nouvelle sensibilité » dans l’enseignement de l’histoire qui peut être associée au « nationalisme conservateur », affirme que ce qui lie les auteurs étudiés est la critique du progressisme. Ce serait ce principe qui créerait une solidarité malgré les tensions et les divergences d’opinions. Il affirme que les discours étudiés ont assez peu d’impact chez les intellectuels et les militants, mais qu’ils sont « récupérés par les pouvoirs politiques et économiques ». Dans sa réponse, Couture mentionne qu’il était « nécessaire » de « caricaturer » pour interpeller des gens « qui espéraient ne pas être lus ». Piotte réitère qu’ils ne refuseront aucune invitation et qu’ils souhaitent des débats « vigoureux » et « respectueux des personnes ». Les questions du public ont concerné (1) le fait que Labelle fait aussi partie de réseaux « de gauche » (comme les Cahiers du socialisme) ; (2) le statut de la figure du visage (cristallisent-ils des tendances, ou les créent-ils ?) ; (3) une clarification de l’invitation qui aurait été lancée à Marc Chevrier à participer au séminaire de Piotte & Couture ; (4) l’affirmation que le livre s’attaque plus aux personnes qu’aux discours ; (5) le projet d’indépendance ; (6) la présence (ou l’absence) de femmes nationalistes conservatrices ; (7) le rôle de Marie-France Bazzo dans la construction des « médiatiques de droites » ; (8) l’affirmation que le livre étudie les discours plutôt que les personnes ; (9) l’importance d’étudier le conservatisme des progressistes et la généalogie des mots qui sont utilisés ; et (10) la position des auteurs par rapport au postmodernisme.

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16 novembre 2012 (informations soumises par Simon Labrecque)

Document : [enregistrement audio]

Titre : Le Salon du livre de Montréal présente : Politique – le malaise québécois.

Auteur(e)s : Jean-Marc Piotte, Mathieu Bock-Côté et Nicolas Lévesque [invités], Pierre Cayouette [animateur]

Publication : Table ronde au Salon du livre, vendredi le 16 novembre, 20h.

Résumé : Le site web du Salon du livre de Montréal annonçait l’événement dans ces termes : « Cinquante ans après le début de la Révolution tranquille, le Québec apparaît comme une société déboussolée, en mal de repères idéologiques, notent certains observateurs. Une société divisée, aussi, comme en témoigne le résultat des élections générales du 4 septembre. Où en est le projet souverainiste? Avec Mathieu Bock-Côté, Fin de cycle (Boréal), Jean-Marc Piotte, Une amitié improbable (Lux) et Nicolas Lévesque, Le Québec vers l’âge adulte (Nota Bene). Animation : Pierre Cayouette. » Lors de la présentation des invités, Cayouette a présenté Piotte pour son livre de correspondances avec Pierre Vadeboncoeur, mais aussi en tant que co-auteur du livre Les Nouveaux Visages du nationalisme conservateur au Québec. Cela justifie l’inclusion de cet événement dans l’inventaire de la réception du livre. De plus, Piotte et Couture considèrent que Bock-Côté défend des « thèse nationalistes conservatrices » (voir l’article de Couture sur Bock-Côté). Après les présentations, Bock-Côté a dit que le Québec faisait le deuil de certains grands idéaux qui ont mené la Révolution tranquille. La société québécoise est divisée et une tendance antinationaliste de droite a fait le procès de l’idée même de commun en défendant une vision individualiste de la société. Il parle de la nécessité d’un moment de refondation. Piotte dit que la possibilité de projets collectifs passe par la remise en question du néolibéralisme. Lévesque parle de la fin des grands systèmes de pensée et des logiques binaires en appelant à un renouveau de la pensée et des rapports entre philosophie et politique. Plus tard, il dit se retrouver devant deux conservatismes et considère que les oppositions droite/gauche et souverainiste/fédéraliste sont dépassées. Piotte dit que la critique de l’histoire a été nécessaire lors de la Révolution tranquille, qui a donné confiance au peuple québécois. Bock-Côté dit qu’on peut maintenant tenir ensemble l’héritage de la Révolution tranquille et l’héritage prérévolutionnaire, sans nostalgie. L’animateur a ensuite demandé quels sont les projets mobilisateurs à l’horizon. Lévesque parle de la nécessité de réinvestir et de s’approprier les institutions, de délaisser les marges. Il considère le « printemps québécois » comme un début, mais souligne qu’un projet collectif demande du temps. Piotte inscrit ce printemps dans un « mouvement mondial » contre la domination de la finance. Bock-Côté parle de la nécessité de se doter d’une « nouvelle boussole » et de « réparer » certains fondements de la société québécoise, dont l’école, pour que de grands projets collectifs deviennent de nouveau possibles. Sur la question du rôle des intellectuels, Lévesque dit que la moindre présence des intellectuels (comparée aux années 1960) s’explique par la spécialisation des savoirs et qu’il importe de promouvoir la « fin des spécialistes ». L’école doit jouer un rôle dans cela. Piotte dit que la grande différence est le rôle accru de la télévision : les gens que l’on entend vont à la TV mais n’écrivent plus de livres (il souligne que Bock-Côté est présent à la télévision, mais qu’il écrit aussi). Ce sont le plus souvent des journalistes qui participent aux débats. Bock-Côté dit qu’on en finira bientôt avec l’enthousiasme pour les médias sociaux, qui favorisent la réaction immédiate plutôt que le rythme plus lent de la pensée. Lévesque dit que dans un Québec souverain, le Québec pourrait se doter de sa propre politique médiatique. Bock-Côté dit qu’il y a de la pensée, les revues comme Argument (Cayouette nomme À bâbord), et qu’il faut réapprendre la discipline physique de la lecture. Piotte dit qu’il reste optimiste (c’est « une position politique » fondamentale) et que la liberté d’expression est remarquable, si l’on compare aux années 1950. Il dit qu’il est nécessaire de continuer à penser et de défendre rigoureusement nos positions tout en respectant les personnes. (Il n’y a pas eu d’échanges avec la salle.)

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Appel aux acteurs du milieu des arts – lettre à Christine Saint-Pierre

Nous avons (malheureusement) reçu cet appel trop tard, déjà quelque 2600 personnes ont signé la lettre, Le Devoir du mercredi 13 juin a publié les noms. Nous tenons toutefois à le partager.

Ceci est un appel à tous les acteurs du milieu culturel afin de dire haut et fort et d’une seule voix que la rhétorique de la peur dont use le gouvernement pour justifier de l’usage de la force est dangereux, indigne d’une société démocratique et extrêmement violent. Face aux propos de la ministre de la Culture, qui estimait que le carré rouge est le symbole de la violence et de l’intimidation, nous nous devons de combattre le mépris affiché et persistant de nos représentants politiques vis-à-vis notre intelligence.

Nous attendons des milliers de signatures.

Le délai est court parce que le temps presse.

SVP, envoyez votre nom à lettrealaministre@gmail.com avant mercredi [13 juin 2012].

Nous compilerons les signatures et enverrons la lettre par courriel à la ministre, à l’opposition, à QS ainsi qu’aux principaux quotidiens, hebdomadaires et véhicules d’information pertinents.

Madame Christine Saint-Pierre,
Ministère de la Culture, des Communications et de la Condition féminine
225, Grande Allée Est
Québec (Québec)  G1R 5G5

Madame la ministre,

C’est avec grand désarroi que nous avons pris connaissance des propos que vous avez prononcés ce vendredi 8 juin, propos selon lesquels « nous, on sait ce que ça veut dire le carré rouge, ça veut dire l’intimidation, la violence, ça veut dire aussi le fait qu’on empêche des gens d’aller étudier » (dans Le Nouvelliste et Le Devoir). Nous nous trouvons aujourd’hui dans l’obligation de vous demander de présenter des excuses publiques pour ces propos démagogiques qui tentent de discréditer la légitimité du port du carré rouge et de réduire malhonnêtement le sens qui lui est attaché, méprisant du coup le choix réfléchi et affirmé de très nombreux membres de la communauté artistique québécoise.

Que la ligne de parti vous oblige à une certaine réserve, nous le comprenons, mais que vous prêtiez si facilement votre ministère comme tribune à ce type de propagande alors qu’il est chargé d’administrer et de représenter les intérêts du milieu culturel québécois, nous indigne profondément: vous n’êtes pas sans savoir que la grande majorité des acteurs de ce milieu arborent fièrement le carré rouge. Tout comme le Premier ministre se doit d’être le représentant des intérêts de tout un peuple (chose qui, malheureusement, est actuellement mise en doute au Québec), une ministre de la Culture ne peut se permettre de mépriser les artistes et les travailleu(rs)ses culturel(le)s qui fondent les raisons d’être de son ministère.

Si votre objectif, en stigmatisant la violence associée au mouvement étudiant, est de vous faire du capital politique, nous tenons à vous rappeler que ce genre de stratagème éveille ce qu’il y a de plus boueux dans les consciences, et que de ne pas le savoir est indigne d’une ministre de la Culture. Or ce ne sont pas les voix qui manquent pour relever le sens et le niveau du débat que de toute évidence vous travaillez à abaisser: ces voix constituent le terrain fertile de la culture et viennent précisément de ce pan de la société qui oppose une culture humaniste à cette culture d’entreprise qui violente la libre pensée. Si le seul argument que vous décidez d’opposer à ce schisme idéologique profond est le recours à la peur pour justifier la nécessité du maintien de l’ordre, nous tenons à vous rappeler que ce flirt est extrêmement dangereux, et que dresser les vieux épouvantails de la peur au service de l’ordre rappelle de très mauvais souvenirs d’une histoire pas si lointaine.

Il est plus que temps que vous et les membres de votre parti preniez les responsabilités qui vous incombent en tant que représentants politiques quand vous usez de tels moyens de propagande pour diviser l’opinion publique, en stigmatisant le port du carré rouge comme un geste soutenant la violence. Vous aimez « oublier » que ce mot qui vous vient si fréquemment aux lèvres n’est pas incarné par les centaines de milliers de personnes, étudiants et citoyens qui marchent chaque soir dans nos rues, mais par un corps policier qui multiplie honteusement les gestes de brutalité envers des manifestants pacifiques. Vous aimez « oublier », aussi, que cette violence est celle de vos mots menteurs et méprisants, de votre inaction et de votre irrespect envers une part grandissante de notre population. Ce glissement sémantique témoigne de votre condescendance vis-à-vis de notre intelligence et du peu de respect que vous avez pour les raisons profondes et réfléchies d’arborer ce bout de tissu rouge. Une ministre de la Culture doit savoir faire preuve de discernement et ne pas rater l’occasion d’élever le débat au-dessus de la mêlée. Ce ne fut malheureusement pas le cas ce vendredi 8 juin et nous exigeons des excuses pour ce faux pas qui tente de nous plonger dans une rhétorique de la peur et dénigre par le fait même l’intelligence du milieu culturel et de ses représentants, qu’ils portent ou non le carré rouge. Nous ne pouvons consentir à cet abaissement du débat sur la place publique et cautionner par notre silence vos propos irrespectueux.

En espérant que vos mensonges cesseront rapidement de leurrer notre population, nous signons tous, acteurs et actrices du milieu culturel québécois.

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From Latin America to Quebec: Violence as an Irreducible Political Debate

By Martin Breaugh, André Corten, Charles Deslandes, José Antonio Giménez Micó, Catherine Huart, Vanessa Molina and Ricardo Peñafiel*

Violence is frightening. For many it is enough to cause nightmares. The world is increasingly violent. For mass media, it is the violent “news” which grabs the most attention. Yes, the media magnify violence, but violence is nonetheless there. Since 2001, violence has become terrorism. Since 2001, violence has become evil itself: an evil whose very existence (or designation) triggers a self-protective reaction from the established order. But identifying violence is not so straightforward. It is also a way of interpreting reality: it’s legal yet violent, it’s illegal yet not necessarily violent! The student strike in Quebec this spring, its ensuing repression, and the pressure it generates — whether at the Palais des congrès in Montreal during the Premier’s speech to Plan Nord investors, in downtown Montreal during evening demonstrations, or in Victoriaville at the Liberal Party Congress — forces us to reassess what violence tells us.

Before discussing the so-called “fake” semantic debates surrounding the word “violence,” let’s take a look at the street-driven transformations that have taken place in Latin America since 2000. In the 1990s, Latin America entered its period of “democratic transition.” Legality and elections replaced dictatorships, summary arrests, torture and forced disappearances. But soon afterward the population began to realize that legality was the Trojan horse of neo-liberalism. Perhaps the most emblematic sign of this new awareness was the Bolivian “water war.” In the year 2000, Bolivia’s constitutionally elected president privatized the water supply. The street protests that erupted against it lasted four months. In the same constitutional context there followed two gas wars. Despite violent repression in the guise of legality, the street imposed another voice. The indigenous peoples no longer had to wear ties or be elected in order to be heard. The landless spoke up, blockading and occupying the cities. Violent repression was justified in the name of legality, whereas street violence questioned this very legality. The mobilization on the streets exposed the limits of representative democracy. But who exactly was calling all this into question and seeking to paralyze and outflank the established order that had replaced the dictatorships? None other than the plebs**, a mass movement, though not a monolithic one, one that cannot be interpreted as representing a class, lobby, or of any other special interest group. It was a heterogeneous movement whose unifying characteristic was its persistent exclusion from the social order, or, at the very least, its exclusion from the institutional structures and official channels where “decision-making takes place.”

In Quebec, as elsewhere in the modern industrialized West, we are not in a period of “democratic transition,” and any comparison with Latin America would be on shaky ground. Representative democracy is relatively well established here, especially in terms of electoral practices and civil rights. A certain kind of right to dissent has managed to make headway thanks to the on-going struggles of union, civic, and grass-roots groups and has led to domestic legislation and international treaties legalizing and enshrining the freedom of assembly and of speech. And yet, these “rights” — which have been granted in order to prevent the escalation of conflict that is part and parcel of any hierarchical society from getting beyond its control — are now being called into question by a government that refuses to give any legitimacy to extra-parliamentary forms of public expression. By stigmatizing acts of civil disobedience and peaceful protests as being violent, and by ignoring the protestors’ demands and trying to obstruct them by means of the violence of conservative legality, as if they were acts of sedition, the current government has endeavoured to render the students (as well as the broader group that supports them) in a plebeian position — sans titres, voiceless, without the legal right to speak out on the validity of the law or its procedures.

What is currently happening in Quebec can be seen as the beginning of a plebeian challenge to the legitimacy of the elected government’s decisions and of the State power that carries them out. Within the student movement and its numerous supporters one can see the characteristics of a heterogeneous popular movement that is attempting to overwhelm the established order, within which it has no place, neither in terms of its values or the structural rigidity which it attempts to impose. This Québécois movement calls into question the fact that the representative democracy with which it is familiar is being transformed input from outside, a transformation that can be characterized as the passage from the universal social welfare state to a system based on pay-as-you-go user fees. This phenomenon is not new, but has become generalized in tandem with an   increasingly inflexibility in the workings of representative democracy. The public in general is addressed as if it were separated into market segments.

In the street, ideas of legality and violence are currently being redefined. New sans titres are springing up. Students are not workers, it is said, and therefore don’t have the right to strike. It’s true they don’t negotiate the way unions do; instead, they put pressure on hierarchies, including those within their own organizations. The tribune of the plebs is contested: it is the street that speaks. In Bolivia, the “unofficial voices” have been identified as the indigenous peoples, just as in Quebec they are the students, but the issue has gone beyond immediate group interests and has become a questioning of the entire system. Beyond the issue of tuition fees, the students are gradually proving to be a secessionist force that refuses to be marginalized. They are challenging the monopoly on the definition of violence that the State accords itself. The violence which the CLASSE refuses to condemn — that which is carried out against symbols of the economic, structural, symbolic and repressive violence that they endure — now becomes a legitimate posture. At the very least, there is a struggle to establish its legitimacy. Such is the nature of a living political struggle, which is not pre-planned and which does not operate according to the pre-conceived parameters of conventional politics, limited to the negotiation of private interests according to predefined procedures.

Une version française de ce texte est aussi disponible.

También hay una versión en español de este artículo.

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Note :

* The signatories are researchers of GRIPAL (Research Group on Political Imaginaries in Latin America), research team which has just published a collective book on popular uprisings and spontaneous direct actions in Latin America: L’interpellation plébéienne en Amérique latine. Violence, actions directes et virage à gauche, Paris/Montréal, Karthala/PUQ, 2012.

** The name "plebs" refers to an experience, that of achieving political agency and assuming the dignity and responsibility of political action. Plebs is not the name of a social category or of an identity, but refers rather a political event of the highest order: the passage from a sub-political status to that of a full-fledged political subject." Source: Martin Breaugh, The Plebeian Experience, New York: Columbia University Press, forthcoming.

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Kidnapping politique

Par François Marcil, étudiant à la maîtrise en histoire à l’UQAM, et Vanessa Gauthier Vela, étudiante à la maîtrise en science politique à l’UQAM

Note du curateur: Ce texte circule sur le Web, nous avons cru bon le partager à notre tour.

Anarchopanda pour la gratuité scolaire, pris en photo lors d’une manifestation le 11 mai. Anarchopanda aurait été du groupe des manifestants arrêtés par la Sûreté du Québec.

Ce mardi 15 mai, 18 personnes sont montées à bord d’un autobus jaune à Montréal en direction du Collège Lionel-Groulx à Sainte-Thérèse. Elles voulaient soutenir la lutte contre une injonction qui obligeait l’administration du cégep à donner ses cours malgré le vote de grève des étudiants et étudiantes.

À peine passé Laval, quatre voitures de la Sûreté du Québec ont intercepté l’autobus et l’ont détourné vers un de leurs postes. Un policier est entré et a donné l’ordre de sortir un par un. À aucun moment, la police n’a répondu lorsque ces personnes cherchaient à savoir si elles étaient en état d’arrestation. Dirigées dans une cellule, elles ont été fouillées, ainsi que leurs sacs, par une police incapable de leur lire leurs droits ou les informer sur la situation. Ce n’est qu’à la sortie des premières personnes que celles encore à l’intérieur de l’autobus ont su qu’en fait, elles n’étaient pas en arrestation, mais « seulement détenues ». La police, harassée de questions, a fini par invoquer l’article 31 du Code criminel. Celui-ci permet, sous motifs raisonnables, de détenir des personnes s’apprêtant à violer la paix. Mais aucun « motif raisonnable » n’a pu sortir de la bouche d’une police visiblement embêtée de faire face à des personnes connaissant leurs droits.

Sous interrogation, elles ont été identifiées et questionnées sur leurs occupations et leurs intentions, ce à quoi elles n’avaient absolument pas à répondre. Après ces interrogatoires aberrants et un délai supplémentaire de près d’une heure, la police a finalement cessé sa séquestration. Les « détenu-e-s » se sont engagé-e-s à ne pas aller vers le Collège Lionel-Groulx et se sont fait escorter par quatre autos-patrouille jusqu’au métro Côte-Vertu.

Aucun motif raisonnable n’a justifié l’application de l’article 31 pour la simple raison qu’il n’y en avait aucun possible. La SQ le savait très bien. Elle cherchait tout simplement à empêcher des citoyen-ne-s d’exercer leurs droits et à continuer à ficher le mouvement étudiant. Aucune excuse ne justifiait un tel geste. La police démontrait ainsi clairement qu’elle est au-dessus des lois, des droits et du simple bon sens. Elle n’hésite pas à utiliser tous les moyens pour faire peur aux gens.

Ironiquement, voyant les évènements survenus dernièrement, ces personnes ont eu malgré tout la chance de ne pas se faire matraquer, poivrer, gazer, blesser. Clairement, l’incapacité à dénouer la crise étudiante s’enlise dans la logique d’un État policier. Nous tenons à saluer la détermination de tous ceux et celles qui ne reculeront pas devant cet arsenal de la peur pour défendre nos droits et par la même occasion, leur réitérer notre entière solidarité.

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De l’Amérique latine au Québec: la violence, un débat irréductiblement politique

Par Martin Breaugh, André Corten, Charles Deslandes, José Antonio Giménez Micó, Catherine Huart, Vanessa Molina et Ricardo Peñafiel*

La violence fait peur. Pour beaucoup, objet de cauchemars. Le monde est de plus en plus violent. Les médias sélectionnent l’information à partir d’un critère de violence « accrocheuse », ils la grossissent, mais elle est là. Depuis 2001, la violence est devenue terrorisme. Avec 2001, la violence, c’est le mal. Un mal dont la simple existence (ou désignation) appelle une réaction de l’ordre établi au nom de sa protection. Mais la violence est aussi un mode de lecture de la réalité : c’est légal et pourtant violent, c’est illégal et pourtant pas nécessairement violent ! La grève étudiante au Québec ce printemps, la répression qu’elle subit et la pression qu’elle fait – au Palais des congrès de Montréal lors du discours du Premier ministre aux investisseurs du Plan Nord, au centre-ville de la métropole lors des manifestations nocturnes, à Victoriaville lors du congrès général du Parti libéral – nous force à réévaluer ce que la violence nous dit.

Avant de revenir aux soi-disant « faux débats » de sémantique autour du mot « violence », regardons l’Amérique latine qui s’est transformée par les rues depuis 2000. Dans les années 1990, l’Amérique latine était entrée dans la « transition démocratique ». La légalité, les élections remplaçaient la dictature, les arrestations, la torture, les disparitions. Mais bientôt une conscience émerge dans la population : on se rend compte que la légalité est le cheval de Troie du néolibéralisme. Peut-être le signal le plus emblématique de cette conscience est la « guerre de l’eau » en Bolivie. On est en 2000, le pays a un président constitutionnel, celui-ci privatise l’eau. Durant quatre mois, la population proteste dans la rue. Toujours face à des gouvernements constitutionnels, à la guerre de l’eau succèdent deux guerres du gaz. Malgré la violence répressive couverte par la légalité, la rue impose une autre voix. Les indigènes ne doivent plus porter de cravates ou se faire élire pour se faire entendre. Les « sans titres » parlent, occupent et bloquent les villes. La violence répressive est justifiée par la légalité, la violence de la rue questionne cette légalité. La rue devient le lieu d’une mobilisation qui expose les limites de la démocratie représentative. Mais au fait, qui questionne, qui tente de paralyser l’ordre établi qui a remplacé les dictatures, qui essaie de le faire déborder pour se faire entendre ? C’est la plèbe**, une masse non-monolithique qui ne peut pas être lue en termes de classe, de lobby, ni d’autre groupe d’intérêt. Une masse hétérogène dont le critère de base est l’exclusion persistante de l’ordre social ou, du moins, l’exclusion des instances politiques institutionnelles qui le déterminent, l’exclusion des lieux officiels où « se prennent les décisions ».

Au Québec, comme ailleurs dans l’Occident moderne industrialisé, on n’en est pas à la « transition démocratique » : toute comparaison risque d’être bancale. La démocratie représentative y est relativement bien implantée ; sur le plan de la culture électorale et des droits civiques notamment. Un certain droit à la dissidence a fini par se frayer un chemin en fonction de luttes syndicales, populaires et civiques d’ici et d’ailleurs, au point de se traduire jusque dans les législations nationales et les traités internationaux, légalisant et encadrant les droits d’association et d’expression. Pourtant, ces « droits » – qui ont été concédés pour empêcher que la conflictualité inhérente à toute société hiérarchisée ait à se rendre à des degrés ultimes – se voient aujourd’hui remis en question par un gouvernement qui refuse de reconnaître une quelconque légitimité aux formes extra-parlementaires d’expression publique. Stigmatisant comme violents les actes de désobéissance civile autant que les manifestations dans l’ensemble pacifiques, ignorant leurs interpellations ou lançant sur eux une violence conservatrice du droit, comme s’il s’agissait d’actes de sédition, l’actuel gouvernement place les étudiants (de même qu’un ensemble beaucoup plus large les appuyant) dans une position de « plèbe », de sans voix, de sans titres pour statuer sur le bien-fondé de la loi ou de sa procédure.

Ce qui se produit actuellement au Québec peut ainsi être lu comme l’embryon d’une remise en question plébéienne de la légitimité des décisions prises par le gouvernement élu et, tout autant, de la force d’État qui les applique. Dans le mouvement étudiant et les nombreux appuis qu’il récolte, on peut voir les traits de cette plèbe hétérogène qui tente de faire déborder l’ordre dans lequel elle ne trouve pas de place, dans lequel elle ne se reconnaît pas, ni sur le plan des valeurs, ni sur le plan de la rigidité des procédures qu’on tente de lui imposer. Cette plèbe québécoise remet en cause le fait que la démocratie représentative qu’elle connaît, ou souhaite, se transforme sans qu’elle n’ait à dire mot, passant d’un État social à un système généralisé d’utilisateurs payeurs. Le phénomène ne date pas d’aujourd’hui, mais se généralise en rigidifiant le fonctionnement de la démocratie représentative. On s’adresse au public comme à un marché compartimenté.

Dans la rue, on redéfinit la légalité et la violence. De nouveaux « sans titre » surgissent. Les étudiants ne sont pas des travailleurs, dit-on : ils n’ont pas droit à la grève. En effet, ils ne négocient pas comme les syndicats ; ils font pression sur les hiérarchies y compris à l’intérieur de leur propre organisation. La figure du tribun est contestée : c’est la rue qui parle. En Bolivie, les « sans titre » ont été identifiés aux indigènes, comme au Québec aux étudiants, mais la question déborde des intérêts immédiats du groupe qui devient le symbole de la remise en question d’un système. Tout doucement, au-delà de la question des frais de scolarité, les étudiants se dévoilent comme force de sécession refusant d’être marginale. Ils contestent le monopole que l’État s’accorde pour définir la violence. La violence que la CLASSE refuse de condamner, celle portée contre des symboles de la violence économique, structurelle, symbolique et répressive qu’ils subissent, se présente alors comme légitime. Du moins, elle fait l’objet d’une lutte pour l’établissement de sa légitimité. Et c’est là une lutte politique vivante, qui s’invente au fur et à mesure où elle se fait – qui ne se limite pas, tel que le veut la politique convenue, à négocier des intérêts privés selon des procédures prédéfinies.

También hay una versión en español de este artículo.

There is also an English version of this article.

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Note :

* Les auteurs, chercheurs du GRIPAL (Groupe de recherche sur les imaginaires politiques en Amérique latine), ont collaboré à l’écriture d’un ouvrage sur les soulèvements populaires et les actions directes spontanées en Amérique latine : L’interpellation plébéienne en Amérique latine. Violence, actions directes et virage à gauche, Paris/Montréal, Karthala/PUQ, 2012.

** Le terme « plèbe » réfère à une expérience qui consiste à réaliser un projet politique et à assumer la dignité et la responsabilité de l’action politique. « Plèbe » ne désigne ni une catégorie sociale, ni une identité, mais réfère à un événement politique de la plus grande importance : le passage d’un statut infrapolitique à celui de sujet politique dans toute sa plénitude. (Source : Martin Breaugh, The Plebeian Experience, New York : Columbia University Press, sous presse.)

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De Latinoamérica a Quebec: la violencia, un debate irreductiblemente político

Por Martin Breaugh, André Corten, Charles Deslandes, José Antonio Giménez Micó, Catherine Huart, Vanessa Molina y Ricardo Peñafiel*

La violencia da miedo; para mucha gente, es como una especie de pesadilla. El mundo es cada vez más violento. Los medios seleccionan la información a partir de un criterio de violencia “atractiva”, la magnifican, pero ahí está. Desde 2001, la violencia se ha convertido en terrorismo. Desde 2001, la violencia es el mal. Un mal cuya simple existencia (o designación) reclama una reacción del orden establecido en nombre de su protección. Pero la violencia también es un modo de lectura de la realidad: ¡es legal y sin embargo violento, es ilegal pero no necesariamente violento! La huelga estudiantil actual en Quebec nos lleva a reevaluar lo que la violencia dice.

Antes de volver a los presuntos falsos debates de semántica en torno a la palabra “violencia”, observemos Latinoamérica, que se ha transformado desde las calles a partir del año 2000. En los años 1990, América Latina se encuentra en un período de “transición democrática”. La legalidad y las elecciones reemplazan las dictaduras, las detenciones, la tortura y las desapariciones. Pero una consciencia va emergiendo en la población: la legalidad es también un caballo de Troya del neoliberalismo. Quizá la señal más emblemática de esta consciencia es la “guerra del agua” en Bolivia. Nos encontramos en 2000, el país tiene un presidente constitucional, éste privatiza el agua. Durante cuatro meses, la población protesta en la calle. Siempre en contextos de gobierno constitucional, a la guerra del agua suceden dos guerras del gas. A pesar de la violencia represiva cubierta por la legalidad, la calle impone otra voz. Los indígenas ya no deben ponerse corbatas o ser elegidos para hacerse oír. Los “sin títulos” hablan, ocupan y bloquean las ciudades. La violencia represiva se justifica por la legalidad, la violencia de la calle cuestiona esta legalidad. La calle se convierte en el lugar de una movilización que expone los límites de la democracia representativa. Pero de hecho, ¿quién cuestiona, quién intenta paralizar el orden establecido que ha reemplazado a las dictaduras, quién trata de hacer que este orden se desborde para hacerse oír? Se trata de la plebe**, una masa no monolítica que ya no puede ser leída en términos de clase, de lobby ni de ningún otro grupo de interés. Una masa heterogénea cuyo criterio de base es su exclusión persistente del orden social o, al menos, su exclusión de las instancias políticas institucionales que lo determinan, su exclusión de los lugares oficiales donde “se toman las decisiones”.

En Quebec, como en otros lugares del Occidente moderno industrializado, no nos encontramos en ninguna “transición democrática”: la democracia representativa está relativamente bien implantada, sobre todo por lo que respecta a la cultura electoral y a los derechos cívicos. Aquí y allá, cierto derecho a la disidencia se ha ido abriendo camino en función de luchas sindicales, populares y cívicas, hasta el punto de traducirse en las legislaciones nacionales y en los tratados internacionales, que legalizan y delimitan los derechos de asociación y de expresión. Sin embargo, estos “derechos” –que han sido concedidos para impedir que la conflictividad inherente a cualquier sociedad jerarquizada llegue a su paroxismo– son hoy impugnados por un gobierno que se niega a reconocer la más mínima legitimidad a las formas extraparlamentarias de expresión pública. Estigmatizando como violentos los actos de desobediencia civil así como las manifestaciones, en conjunto pacíficas; ignorando sus interpelaciones o abalanzándose sobre éstas como si de actos de sedición se tratara, una violencia conservadora basada en el derecho, el gobierno actual coloca a los estudiantes (así como al conjunto mucho más amplio que los apoya) en una posición de “plebe”, de sin voz, de sin títulos para establecer lo bien fundado de la ley o de su procedimiento.

Lo que se produce actualmente en Quebec puede así ser leído como el embrión de un cuestionamiento plebeyo de la legitimidad de las decisiones tomadas por el gobierno electo, así como de la fuerza de Estado que las aplica. En el movimiento estudiantil y los numerosos apoyos que recibe, se pueden apreciar los rasgos de esta plebe heterogénea que intenta hacer que desborde un orden en el cual no encuentra su lugar, en el cual no se reconoce, ni en el plano de los valores ni en el de la rigidez de procedimientos que intenta imponerle. Esta plebe quebequense no acepta que, sin que se le permita siquiera abrir la boca, esta democracia representativa que conoce o desea se transforme de un Estado social a un sistema generalizado de usuarios que pagan por los servicios que reciben [utilisateurs-payeurs]. El fenómeno no es nuevo, pero se generaliza a medida que el funcionamiento de la democracia representativa se va volviendo cada vez más rígido y el público se va convirtiendo en un mercado separado en compartimentos [compartimenté].

En la calle se redefine la legalidad y la violencia. Emergen nuevos “sin títulos”. Se dice que los estudiantes no son trabajadores: no tienen derecho a la huelga. En efecto, no negocian como lo hacen los sindicatos; presionan a las jerarquías, incluidas las existentes en el interior de su propia organización. Se contesta la figura del tribuno: quien habla es la calle. En Bolivia, los “sin títulos” han sido identificados a los indígenas, a los obreros, a los mineros, en Quebec a los estudiantes, pero la cuestión desborda los intereses inmediatos del grupo, que se transforma en el símbolo del cuestionamiento de todo un sistema. Tranquilamente, más allá de la cuestión de las tasas académicas, los estudiantes se desvelan como fuerza de secesión que se niega a ser marginal. Los estudiantes contestan el monopolio que el Estado se concede para definir la violencia. La violencia que la CLASSE se niega a condenar, la que se dirige contra los símbolos de la violencia económica, estructural, simbólica y represiva que sufren, se presenta entonces como legítima; o, al menos, es el objeto de una lucha por el establecimiento de su legitimidad. Se trata de una lucha política viva, que se va inventando a medida que se va haciendo: que no se limita, como lo quisiera la política al uso, a negociar intereses privados según procedimientos predefinidos.

Une version française de ce texte est aussi disponible.

There is also an English version of this article.

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Note :

* Los autores, investigadores del Grupo de Investigación sobre los Imaginarios Políticos en América Latina (GRIPAL, por sus siglas en francés), han colaborado en la redacción de una obra sobre los levantamientos populares y las acciones directas espontáneas en Latinoamérica: L’interpellation plébéienne en Amérique latine. Violence, actions directes et virage à gauche, Paris/Montréal, Karthala/PUQ, 2012.

** El término “plebe” se refiere a una experiencia que consiste en realizar un proyecto político y en asumir la dignidad y responsabilidad de la acción política. “Plebe” no designa una categoría social o una identidad, sino que más bien se refiere a un evento político del más alto grado: el paso de un estatus infrapolítico al de un sujeto político en toda su plenitud. (Fuente: Martin Breaugh, The Plebeian Experience, New York: Columbia University Press, en prensa.)

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Pétition pour les profs – à partager

Via Le Globe (nous reproduisons l’entièreté du billet avec les ajouts du Globe)

À TOUS LES PROFS de niveau universitaire et collégial, et même secondaire et primaire :

Nous avons présentement environ 400 signatures, il en faut 1625 avant demain midi [ajout: vendredi le 13 avril]. Faites circuler et signez !

Il y a présentement une pétition qui circule sur le site des profs contre la hausse des frais de scolarité demandant la démission de madame Line Beauchamp et on demande de la partager avec les différents enseignants de nos cégeps. IL FAUT 1625 SIGNATURES AVANT VENDREDI 12H [ajout: vendredi le 13 avril]. Je me permet donc de faire circuler. Libre à vous de la signer!

Vous devez donner votre nom complet et votre affiliation (discipline et cégep, université, école secondaire ou primaire) dans un courriel envoyé à jeanmarccote@msn.com

Voici le texte qui sera envoyé:

Considérant l’incapacité de la ministre Line Beauchamp de dénouer la crise avec le mouvement étudiant et la société civile;

Considérant les informations trompeuses transmises par la ministre à la cl…asse moyenne et aux contribuables soucieux d’une saine gestion;

Considérant que la ministre refuse systématiquement et de manière idéologique de considérer la juste part autrement que dans les poches de notre jeunesse;

Considérant que le retour en classe forcé alimentera une confrontation et engendrera des situations potentiellement dangereuses pour les étudiants, les enseignants et le personnel;

Considérant les mandats d’assemblées générales majoritaires obtenus légalement par des associations étudiantes représentantes uniques des étudiants membres (Loi sur l’accréditation et le financement des associations d’élèves ou d’étudiants. Section V, article 28);

Considérant que nous sommes professeurs et enseignants solidaires des étudiants;

Nous demandons la démission de Mme Line Beauchamp, ministre de l’Éducation, du sport et des loisirs et que le Premier Ministre détermine un nouvel interlocuteur qui mettra en place une véritable table de négociation pour évaluer les diverses solutions mises de l’avant.

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Jeu de mots: le rebranding du Parti libéral du Québec

Aidez le blog de Trahir à repérer les glissements de sens des expressions utilisées par le Parti libéral du Québec dans le débat sur la hausse des droits de scolarité!

L’exercice est collectif.

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