Archives de Catégorie: Martin Parrot

Martin Parrot est doctorant en humanities à l’Université York (Toronto). Il habite présentement à Limoilou.

Lettre ouverte à la rédaction du journal Le Soleil, à propos d’une lettre d’opinion de Bernard Guay

Par Martin Parrot, Limoulou

Je vous écris afin d’exprimer mon incompréhension la plus totale au sujet des raisons de la publication, ce matin, d’une lettre d’opinion intitulée « Pour en finir avec les grèves étudiantes » signée Bernard Guay. Je suis indigné qu’un journal comme le vôtre publie une lettre faisant l’apologie du fascisme. Qu’elle ait été retirée ou non par la suite ne change rien au geste initial. Que l’auteur propose des solutions telles que celles utilisées par les groupes fascistes du XXe siècle afin de « nettoyer » la société devenue « insalubre », non seulement est-ce haineux et violent, mais c’est tout à fait inadmissible qu’un tel propos soit diffusé par votre journal. La droite est une chose, le fascisme, une toute autre chose. M. Guay ne se limite pas à exprimer une opinion de droite, il s’appuie sur le fascisme afin de proposer une « solution » pour en finir avec les grèves.

Vous savez, je l’espère, quels sorts étaient réservés aux « méchants gauchistes » dans les régimes fascistes d’Italie, d’Allemagne, et d’Espagne des années 1920-1930? C’étaient les prisons sans procès, les assassinats, et les camps de concentration. Relisez vos livres d’histoires; vous venez de vous faire les portes-paroles d’une des mouvances sociale les plus cruelles et inhumaines des derniers siècles. C’est honteux et méprisable.

J’espère que vos lecteurs s’en souviendront longtemps.

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"À ce moment précis de l’Histoire…" Le lancement de Nouveau Projet à Québec

Par Martin Parrot, Limoilou

Nouveau Projet est un magazine culturel, social et politique tout droit sorti des têtes de Nicolas Langelier et de Jocelyn Maclure, ses co-fondateurs et coéditeurs. Ils ont présenté leur magazine au Cercle à Québec le 15 mars dernier lors de son deuxième lancement. Ce fut un événement assez intéressant, où l’on aurait pu croire que toute la Faculté de philosophie, au demeurant grand supporteur du magazine, s’était approprié  la salle de spectacle. La Faculté avait même délégué son doyen, outre plusieurs professeurs et nombre d’étudiants. J’ai été agréablement surpris de l’ouverture des Langelier et Maclure, et de leur disponibilité envers les lecteurs présents afin de discuter du projet, de son timing et du paysage intellectuel québécois. Au-delà d’un stunt publicitaire, les éditeurs, ainsi que plusieurs contributeurs au premier numéro, étaient présents pour rencontrer leur lectorat et tâter le terrain du nouveau magazine. Nouveau Projet apparaît être une création artisanale qu’il sera intéressant de suivre dans les prochaines années.

Avec un registre de textes variés dont les objets vont de la fiction à l’agriculture, en passant par la philosophie, la bédé, la critique, la psychologie et la politique, le magazine est très rafraîchissant. Le travail d’édition est bon et les images collent bien malgré la publicité. Toutefois, vu le type de publication et le lectorat, je suis d’avis qu’une composition plus aérée des images et des boîtes-textes aurait été encore plus agréable. Enfin, chose à souligner, Nouveau Projet réussit à être un excellent magazine « grand publique »; on semble avoir eu soin de produire et de présenter des textes souvent intelligents qui ne finissent pas par être cryptiques ou trop spécialisés, ce qui aurait eu pour conséquence de le limiter à la séduction d’une kabbale de pugilistes académiques.

Cependant, le revers de ce dernier point est la mollesse de certains textes; on nous laisse parfois sur notre faim. Les citations à gogo, notamment celles des Marc Aurèle, Foucault, Jameson et al. en ouverture nous indiquent clairement que les éditeurs ratissent large et se réclament d’une longue lignée de commentateurs (pseudo) humanistes. Dans l’introduction, comme dans plusieurs textes, l’art de la citation est loin d’être maîtrisé: on cite pour croire et pour clore, et non pour ouvrir ou pour trahir. On trouve aussi d’occasionnelles formules vides sur la noirceur de notre époque, l’importance de se prendre en main, et celle, multipliée à souhait, de se raconter. Oprah, mentionnée quelque part, s’en réjouirait. Tout cela, bien sûr, dans le texte de Langelier qui introduit le numéro, mais aussi dans plusieurs des textes du dossier (Sur)vivre au 21e siècle. C’est dans ce dossier qu’on trouve les textes les plus lourds, particulièrement ceux de Maclure et Taylor qui sont froids et truffés de sentences laborieuses, de jugements hâtifs et de moralisme implicite. Les auteurs auraient gagné à élaborer un peu plus leurs opinions, et à délier leurs textes voilés d’étranges suppositions quant à l’engagement spirituel et à la quête de sens chez nos contemporains, et ce, quelque soit la difficulté d’aborder le thème de la spiritualité dans une telle revue.

On trouve aussi dans ce premier numéro des textes ludiques et réjouissants, je pense surtout à ceux de Caroline Allard, d’Alex Cruz et de Cyrill Gonzales, et au reportage de Laurent K. Blais. Le bédé-reportage de Jimmy Beaulieu et de Caroline Rodgers, ainsi que la section « Commentaires » au grand complet sont eux aussi très bien ficelés. On pourra espérer que les éditeurs s’inspireront de ces textes pour les prochains numéros, tout comme on souhaite déjà que le dossier (Sur)vivre au 21e siècle ne reflète qu’en apparence les objectifs éditoriaux de Langelier et Maclure, qui, somme toute, ne font que répéter, en guise de diagnostique sur notre « époque », qu’une une banale moralisation. Certes, les articles sont assez cohérents entre eux, mais, ironiquement, si le contenu des futurs numéros reproduit cette cohérence, non seulement Nouveau Projet s’enfermera-t-il dans un drôle de carcan, mais le magazine deviendra un simple collage de lieux communs – et les citations en ouverture en auront alors prophétisé le destin. Enfin, il faut le souligner à nouveau: malgré ses incertitudes quant au contenu, ce nouveau magazine est un très beau projet; encore une fois, c’est une initiative qu’il vaut la peine de célébrer.

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