On apprend aujourd’hui la mort d’Aaron Swartz. Jeune informaticien talentueux, il a contribué à la création du format RSS, alors qu’il n’avait que 14 ans, ainsi qu’au site Web Reddit.

Photo d’Aaron Swartz, tirée du blog de sa conjointe Quinn Norton: "My Aaron Swartz, whom I loved"
Swartz s’était ensuite engagé dans l’activisme Web, notamment en collaborant à la création de Creative Commons (un régime de droits d’auteurs libre sur lequel se base la Revue Trahir) et de l’organisme Demand Progess, qui a milité contre les lois antipiratages SOPA et PIPA.
Il était poursuivi depuis 2011 pour avoir téléchargé plus de quatre millions d’articles scientifiques sur JSTOR dans l’intention d’en permettre la diffusion libre et gratuite. Récemment, JSTOR avait abandonné sa plainte, mais les poursuites avaient tout de même été maintenues contre lui (pour plus de détails, voir le billet « Prosecutor as bully » de Larry Lessig).
Aaron Swartz s’est suicidé, il avait 26 ans.
– Mise à jour, 13 janvier 2013 –
Il y a quelques jours, avant le suicide d’Aaron Swartz, JSTOR annonçait que les articles de plus de 1200 revues scientifiques tirées de ses archives étaient désormais accessibles gratuitement au public.
Hier, la famille d’Aaron Swartz a fait parvenir aux médias un communiqué officiel dans lequel elle écrit :
Aaron’s death is not simply a personal tragedy. It is the product of a criminal justice system rife with intimidation and prosecutorial overreach. Decisions made by officials in the Massachusetts U.S. Attorney’s office and at MIT contributed to his death. The US Attorney’s office pursued an exceptionally harsh array of charges, carrying potentially over 30 years in prison, to punish an alleged crime that had no victims. Meanwhile, unlike JSTOR, MIT refused to stand up for Aaron and its own community’s most cherished principles.
La mort d’Aaron n’est pas seulement une tragédie personnelle. Elle est le produit d’un système de justice pénale en proie à l’intimidation et à la démesure des procureurs. Les décisions prises par les responsables du bureau du procureur des États-Unis du Massachusetts et au Massachusetts Institute of Technology (MIT) ont contribué à sa mort. Le bureau du procureur des États-Unis a déposé contre lui un ensemble des charges exceptionnellement sévères, qui aurait pu avoir pour conséquence une condamnation de plus de 30 ans de prison, pour punir un crime présumé qui n’avait fait aucune victime. Pendant ce temps, contrairement à JSTOR, le MIT a refusé de défendre Aaron et les principes les plus chers de sa propre communauté. [Traduction libre.]
Dans un article intitulé « The inspiring heroism of Aaron Swartz », Glenn Greenwald écrit :
Swartz was destroyed by a "justice" system that fully protects the most egregious criminals as long as they are members of or useful to the nation’s most powerful factions, but punishes with incomparable mercilessness and harshness those who lack power and, most of all, those who challenge power.
Swartz a été détruit par une « justice » qui protège pleinement les pires criminels en autant qu’ils soient membres des factions les plus puissantes de la nation ou utiles à celles-ci, mais elle punit avec une cruauté et une sévérité incommensurable ceux qui n’ont pas de pouvoir et, surtout, ceux qui mettent au défi le pouvoir. [Traduction libre.]
En hommage à Aaron Swartz et aux idéaux de l’accès libre au savoir sur Internet, des chercheurs universitaires mettent en ligne en ce moment sur Twitter, avec le hashtag #pdftribute, leurs publications.
Please share: Academics posting their papers online in tribute to Aaron Swartz using hashtag #pdftribute.
—
Anonymous (@YourAnonNews) January 13, 2013
uelle sur une affiche vieille de plus de soixante-dix ans (ce qui en soi dépasse l’entendement), la première vidéo tourne son message en nostalgie patriotique et nationaliste dans une situation qui n’a rien à voir avec le temps de la guerre. Le message «Keep Calm and Carry On», qu’on voudrait nous faire prendre pour une énième manifestation du flegmatisme britannique, possède pourtant son lot de connotations, notamment celle d’une indifférence pour les enjeux sociaux. En d’autres mots, adapter un slogan de la Seconde Guerre mondiale à notre monde actuel, c’est aussi en redéfinir son sens à partir de la même signification: le sens se voit renversé. «Garder son calme» aujourd’hui, ce n’est plus faire preuve de courage devant l’ennemi, c’est simplement faire preuve de paresse, et le slogan, loin de vouloir être l’emblème d’une résistance, devient le message propagandiste ordinaire d’un pouvoir en place qui veut que rien ne change. La parodie, pour sa part – et que certains voudraient voir, paradoxalement, comme «cynique» -, vient nous rappeler qu’une telle adaptation ne peut se faire aisément, qu’il y a encore des «comiques» qui veillent au grain.
