Par René Lemieux | Université du Québec à Montréal
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Hier, Yves-Thomas Dorval du Conseil du Patronat du Québec (CPQ) faisait une sortie publique contre les médias sociaux. La sortie n’est pas passé inaperçue, et la réponse fut rapide, notamment, on se l’imagine, dans les médias sociaux (Jean-François Lisée en a aussi fait une critique sur son blogue). Outre ce qui ressemble fort à une menace d’intervention de la part du CPQ dans les débats politiques actuelles (en fin d’article – assez inquiétant qu’on se permette une telle menace…), la critique contre les médias sociaux s’articule ainsi :
Il n’y a pas si longtemps, tous les grands débats de société se tenaient principalement dans des journaux, des postes de radio et des chaînes de télévision, a rappelé M. Dorval. Ces médias étaient soumis à des règles professionnelles et juridiques visant à assurer la rigueur, l’équilibre et la véracité des informations rapportées.
L’arrivée d’Internet a amené l’explosion de médias sociaux où l’information se fait plus personnalisée, mais aussi beaucoup moins objective, rigoureuse et fiable, estime-t-il. Or une proportion grandissante de la population — particulièrement chez les 35 ans et moins — s’informe désormais principalement auprès de ces médias. Cette évolution pose un problème particulier aux gouvernements et aux entreprises qui sont soumis à des règles très strictes de communication.
Depuis ce matin, on peut retrouver une nouvelle application sur le Web, Le bullshitteur, qui vous permet, à condition d’être inscrit sur Twitter, de faire parler à la manière d’un ventriloque un automate à l’image de Jean Charest et à la voix mécanisée :
En entrant une phrase quelconque, vous faites bullshitter Jean Charest. Outre l’effet comique de l’esthétique robotisée (image parodique de la langue de bois de la politique?), le fond de l’humour est bien évidemment de montrer que Jean Charest est une « marionnette », critique contre les politiciens un peu facile, on l’admettra. On voit donc depuis ce matin quelques adeptes de Twitter s’en donner à cœur joie, d’abord en faisant dire à Jean Charest ce qu’il pourrait voir dit comme bullshit :
J'ai jamais été mal cité, excepté une fois, en direct. bullshitteur.ca #assnat #plq
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Alexandre Leclair (@alexleclair) April 25, 2012
Je suis plein de bonne volonté! Demandez aux investisseurs du Plan Nord! bullshitteur.ca #assnat #plq
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Catherine Ostiguy (@cath_ostiguy) April 25, 2012
Line Beauchamp condamne donc le @MESRQ qui n'ont pas respecter la trève! #ggi #polqc bullshitteur.ca #assnat #plq
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Frédéric Beauchamp (@Gushmu) April 25, 2012
De l'or, de l'encens et de la myrrhe pour tout le monde! bullshitteur.ca #assnat #plq
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URBANIA (@_URBANIA) April 25, 2012
Ou encore, ce qu’on aimerait peut-être qu’il dise :
Vive le Québec, libre. bullshitteur.ca #assnat #plq
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(@Davidt) April 25, 2012
La jeunesse québécoise est formidable ! bullshitteur.ca #assnat #plq #ggi #non1625
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Guylaine Charest (@GuylaineCharest) April 25, 2012
On doit célébrer la très grande imagination de ces développeurs Web pour l’usage de leur technique dans un objectif politique. On avait déjà vu Angry Grévistes, un jeu vidéo à la Mario Bros., qui, lorsque vous aviez accumulé les 1625 pièces d’or, vous permettait d’affronter Robeauchamp. Ou Richardmartineau.ca qui vous permettait de répéter une opinion de Richard Martineau avec un choix de mots préétabli, manière de montrer que toutes les opinions (redondantes) de Martineau sont formulées à partir de préjugés.
Ces petites applications Web permettent, pourrait-on dire, un défoulement humoristique en ce qui a trait aux enjeux politiques – mais n’est-ce pas justement la critique du CPQ? Le phénomène des médias sociaux ne nous détourneraient-ils pas de la vérité du dialogue nécessaire dans les débats politiques? En fait, dans le cas du Bullshitteur, l’humour est à son comble non pas quand on fait dire à Jean Charest quelque chose qu’il n’aurait pas dit, ni quand on lui prête des paroles qu’on désirerait entendre, mais à ce point précis où on lui fait répéter ce qu’il a déjà dit – dans l’adéquation de la phrase dite autrefois avec celle qui est dit à nouveau :
Nous sommes prêts! bullshitteur.ca #assnat #plq
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Gaiia Justice (@GaiiaJ) April 25, 2012
Depuis le début, ma porte est ouverte. bullshitteur.ca #assnat #plq
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(@iericksen) April 25, 2012
On pourrait appeler cela l’effet « Tina Fey ». S’il y a un « détournement » de la vérité, ce n’est pas parce qu’on lui préfère autre chose (un mensonge, une contre-vérité), mais parce qu’on lui redonne un espace, un contexte, pour qu’elle soit performée à nouveau : la vérité de Jean Charest, une fois répétée, ne peut que devenir ce qu’elle a toujours été, et paraître telle une parodie.

