Gilles Deleuze en chinois

Par Deng Gang | aussi disponible en format pdf

Présentation par le traducteur

J’ai traduit le texte intégral de « Platon et le simulacre », le premier texte en appendice à Logique du sens, Éditions de Minuit, 1969, pages 292 à 307.

J’ai le plaisir de participer à ce projet de traduction des textes de Deleuze, qui est devenu un incontournable de la vie intellectuelle française contemporaine, et même au-delà, en Chine, notamment, et dans le monde. Deleuze exerce actuellement une influence de plus en plus importante en Chine.

J’ai choisi ce texte, parce qu’il s’agit de la lecture deleuzienne du platonisme et du « renversement du platonisme ». Selon Deleuze, le motif de la théorie des Idées doit être cherché du côté de la sélection : il s’agit de faire la différence entre « la chose » et « l’image », « l’original et la copie », etc. N’est-ce pas aussi une sorte de « Zheng Ming » (justifier les noms, rendre les noms conformes aux idées des noms) de Confucius ? On peut voir là la possibilité de trouver quelque chose de commun entre Confucius et Platon. Mais l’écart est évident : ce qui importe pour Platon, c’est d’éliminer les « faux prétendants » pour trouver le vrai ; pour Confucius, ce qui importe d’abord, c’est d’être « le vrai prétendant », par des exercices politiques et morales.

Difficultés de la traduction

Il y a d’abord les termes qu’on ne peut pas trouver dans la langue chinoise. Dans la traduction d’une langue vers une autre, il y a toujours des mots dont on ne peut traduire le sens exact, puisqu’il n’existe pas du tout dans l’autre langue. Cela est particulièrement vrai dans le cas de deux langues qui se sont développées indépendamment l’une de l’autre. La langue chinoise est à cet égard un « étranger » pour les langues indo-européennes. Par exemple, la traduction du terme « simulacre » que l’on retrouve dans le titre m’a longtemps posé problème. J’ai finalement décidé de le traduire par « huangxiang », un néologisme qui évoque au lecteur chinois un sens étranger et distant : « huang » suggère un sens très proche de « simulacre », et ce mot évite qu’on le comprenne vulgairement.

Ensuite, il y a des groupes de mots qui viennent d’une même racine dont ont ne peut trouver de mots chinois évoquant le même sens au lecteur. Par exemple, « l’imparticipable, le participé, le participant »; « la justice, les justes »; « prétendre, prétendant, faux prétendant ». La langue chinoise est une langue sans déclination et sans conjugaison. Elle ne peut pas fournir de mots pour exprimer la nuance et la liaison des significations entre des mots comme « l’imparticipable, le participé, le participant ». Mais j’ai essayé de les traduire à partir d’un même mot chinois, comme 不可分有者 (l’imparticipable), 被分有 (le participé), 分有者 (le participant), ici c’est 分有 « fenyou » (« fenyou » veut dire participer, partager) qui sert de fondement pour ces trois mots.

Afin de traduire le texte et faire de Deleuze un locuteur chinois, j’ai essayé d’inventer des mots et des expressions. Comme un proverbe chinois le dit – et c’est ce que j’ai fait –, il faut « lancer une brique pour inciter les autres à sortir leur jade ». J’attends toujours sincèrement les critiques du lecteur et surtout de meilleures traductions de Deleuze à venir.

Deng Gang, traducteur

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