Archives mensuelles : mars 2012

« À ce moment précis de l’Histoire… » Le lancement de Nouveau Projet à Québec

Par Martin Parrot, Limoilou

Nouveau Projet est un magazine culturel, social et politique tout droit sorti des têtes de Nicolas Langelier et de Jocelyn Maclure, ses co-fondateurs et coéditeurs. Ils ont présenté leur magazine au Cercle à Québec le 15 mars dernier lors de son deuxième lancement. Ce fut un événement assez intéressant, où l’on aurait pu croire que toute la Faculté de philosophie, au demeurant grand supporteur du magazine, s’était approprié  la salle de spectacle. La Faculté avait même délégué son doyen, outre plusieurs professeurs et nombre d’étudiants. J’ai été agréablement surpris de l’ouverture des Langelier et Maclure, et de leur disponibilité envers les lecteurs présents afin de discuter du projet, de son timing et du paysage intellectuel québécois. Au-delà d’un stunt publicitaire, les éditeurs, ainsi que plusieurs contributeurs au premier numéro, étaient présents pour rencontrer leur lectorat et tâter le terrain du nouveau magazine. Nouveau Projet apparaît être une création artisanale qu’il sera intéressant de suivre dans les prochaines années.

Avec un registre de textes variés dont les objets vont de la fiction à l’agriculture, en passant par la philosophie, la bédé, la critique, la psychologie et la politique, le magazine est très rafraîchissant. Le travail d’édition est bon et les images collent bien malgré la publicité. Toutefois, vu le type de publication et le lectorat, je suis d’avis qu’une composition plus aérée des images et des boîtes-textes aurait été encore plus agréable. Enfin, chose à souligner, Nouveau Projet réussit à être un excellent magazine « grand publique »; on semble avoir eu soin de produire et de présenter des textes souvent intelligents qui ne finissent pas par être cryptiques ou trop spécialisés, ce qui aurait eu pour conséquence de le limiter à la séduction d’une kabbale de pugilistes académiques.

Cependant, le revers de ce dernier point est la mollesse de certains textes; on nous laisse parfois sur notre faim. Les citations à gogo, notamment celles des Marc Aurèle, Foucault, Jameson et al. en ouverture nous indiquent clairement que les éditeurs ratissent large et se réclament d’une longue lignée de commentateurs (pseudo) humanistes. Dans l’introduction, comme dans plusieurs textes, l’art de la citation est loin d’être maîtrisé: on cite pour croire et pour clore, et non pour ouvrir ou pour trahir. On trouve aussi d’occasionnelles formules vides sur la noirceur de notre époque, l’importance de se prendre en main, et celle, multipliée à souhait, de se raconter. Oprah, mentionnée quelque part, s’en réjouirait. Tout cela, bien sûr, dans le texte de Langelier qui introduit le numéro, mais aussi dans plusieurs des textes du dossier (Sur)vivre au 21e siècle. C’est dans ce dossier qu’on trouve les textes les plus lourds, particulièrement ceux de Maclure et Taylor qui sont froids et truffés de sentences laborieuses, de jugements hâtifs et de moralisme implicite. Les auteurs auraient gagné à élaborer un peu plus leurs opinions, et à délier leurs textes voilés d’étranges suppositions quant à l’engagement spirituel et à la quête de sens chez nos contemporains, et ce, quelque soit la difficulté d’aborder le thème de la spiritualité dans une telle revue.

On trouve aussi dans ce premier numéro des textes ludiques et réjouissants, je pense surtout à ceux de Caroline Allard, d’Alex Cruz et de Cyrill Gonzales, et au reportage de Laurent K. Blais. Le bédé-reportage de Jimmy Beaulieu et de Caroline Rodgers, ainsi que la section « Commentaires » au grand complet sont eux aussi très bien ficelés. On pourra espérer que les éditeurs s’inspireront de ces textes pour les prochains numéros, tout comme on souhaite déjà que le dossier (Sur)vivre au 21e siècle ne reflète qu’en apparence les objectifs éditoriaux de Langelier et Maclure, qui, somme toute, ne font que répéter, en guise de diagnostique sur notre « époque », qu’une une banale moralisation. Certes, les articles sont assez cohérents entre eux, mais, ironiquement, si le contenu des futurs numéros reproduit cette cohérence, non seulement Nouveau Projet s’enfermera-t-il dans un drôle de carcan, mais le magazine deviendra un simple collage de lieux communs – et les citations en ouverture en auront alors prophétisé le destin. Enfin, il faut le souligner à nouveau: malgré ses incertitudes quant au contenu, ce nouveau magazine est un très beau projet; encore une fois, c’est une initiative qu’il vaut la peine de célébrer.

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Portfolio: le spectacle interactif Trame vu par Mathieu Gagnon

Dans le cadre du 30e anniversaire des Rendez-Vous du cinéma québécois, les finissants du baccalauréat en médias interactifs de l’École des médias de l’UQAM se sont approprié le clocher de leur université avec le spectacle interactif Trame, présenté le 25 février 2012 à la Nuit blanche de Montréal en lumière. Les photos ci-dessous ont été prises par Mathieu Gagnon le mercredi 22 février lors de la soirée VIP.

© Mathieu Gagnon, photographe

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Lettre aux étudiant-e-s québécois-es

Par Olivier Roy | Université d’Ottawa

Je suis un étudiant de l’Université d’Ottawa. Au cours de la dernière année, j’ai payé 4393 $ de frais de scolarité. Avoir été étudiant à temps plein pendant toute cette période, j’aurais payé 6426 $.

En principe, comme je paie les frais de scolarité parmi les plus élevés au pays, je devrais recevoir un enseignement de qualité, un excellent soutien pour la complétion de mes études, de bons services de mon université, tout cela en vue d’obtenir un diplôme qui a de la « valeur ».

Et pourtant, il n’en est rien…

Et pourtant, l’embauche des professeurs à temps plein est bien en deçà des attentes…

Et pourtant, plus de la moitié des cours au premier cycle sont enseignés par des chargé-e-s de cours au statut très précaire…

Et pourtant, l’Université d’Ottawa rechigne à l’idée d’offrir certains services, à traiter les étudiants comme tout organisme chercherait à bien traiter sa clientèle…

Et pourtant, l’Université d’Ottawa is open for business, où sa commercialisation à outrance, des services alimentaires à la vente des noms de ses pavillons, ne fait plus aucun doute…

Et pourtant, je pourrais continuer sur cette veine…

J’étais avec vous à Montréal le 22 mars dernier.

Par solidarité, oui. Mais aussi pour vous dire ceci : ce modèle d’enseignement supérieur que le gouvernement Charest souhaite importer d’ailleurs a depuis longtemps cessé de travailler pour les étudiant-e-s.

L’Université d’Ottawa ne cesse d’augmenter ses frais de scolarité. Pourtant, depuis 1999-2000, elle a dégagé plus de 537 millions de dollars en surplus. En 2006-2007, année record, ce fut 103 millions de dollars. En 2010-2011, c’est plus de 41 millions de dollars qu’elle a ainsi engrangé.

Et pourtant, le Bureau des Gouverneurs devra se pencher sur une énième hausse des frais de scolarité de près de 5%, le maximum toléré par le gouvernement de l’Ontario…

En regardant cela, je ne peux m’empêcher de me sentir comme le nigaud qui fait marcher son moulin, comme disait Félix. Un sentiment sans doute partagé par plusieurs de mes collègues ici à Ottawa.

Des frais de scolarité qui augmentent sans de meilleurs services, un meilleur enseignement : quelle « valeur » cela donne-t-il à mon diplôme?

Ne répondez pas, j’ai (trop) peur de la réponse…

Et pourtant, je devrais avoir le sentiment de payer ma « juste part »…

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Portfolio: la manifestation du 22 mars vue par Mathieu Gagnon (2)

Le 22 mars 2012 a eu lieu à Montréal une manifestation étudiante dans le cadre de la grève contre la hausse des droits de scolarité. Considérée comme une des plus grandes manifestations qu’a connu le Québec, elle a réunis plus de 200 000 personnes. Mathieu Gagnon partage avec nous quelques images de cette manifestation.

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Classé dans Mathieu Gagnon

Portfolio: la manifestation du 22 mars vue par Mathieu Gagnon (1)

Le 22 mars 2012 a eu lieu à Montréal une manifestation étudiante dans le cadre de la grève contre la hausse des droits de scolarité. Considérée comme une des plus grandes manifestations qu’a connu le Québec, elle a réunis plus de 200 000 personnes. Mathieu Gagnon partage avec nous quelques images de cette manifestation.

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Jeu de mots: le rebranding du Parti libéral du Québec

Aidez le blog de Trahir à repérer les glissements de sens des expressions utilisées par le Parti libéral du Québec dans le débat sur la hausse des droits de scolarité!

L’exercice est collectif.

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L’oubli de la parodie: l’histoire de l’affiche « Keep Calm and Carry On »

Par René Lemieux | Université du Québec à Montréal

Voici une vidéo qui circule en ce moment sur Internet, produite par la librairie Barter Books de Alnwick (Northumberland, Royaume-Uni):

Mis en ligne le 27 février 2012, la vidéo présente, grâce à des images d’archive, la fameuse affiche «Keep Calm and Carry On» commandée par le ministère de l’Information du Royaume-Uni en 1939, jamais affichée publiquement mais redécouverte en 2000 dans cette même librairie.

On retrouve toutefois sur YouTube une vidéo antérieure (datée du 16 décembre 2011) par Robyn Schneider (voir son compte sur Twitter), peut-être moins intéressante du point de vue de la facture – l’éternel vlog saccadé, produit grâce à un montage rapide -, mais qui nous informe au moins: 1) de la tentative actuel de la librairie Barter Books (celle-là même qui a créé la première vidéo) d’acquérir les droits d’auteur pour le slogan, 2) des raisons du pourquoi on est tant fascinés par cette affiche (l’affiche n’a pas été oubliée, elle est restée enfouie dans notre histoire), 3) de l’ironie à vouloir utiliser cette affiche alors qu’elle était destinée à une grande catastrophe (l’occupation de la Grande-Bretagne par l’Allemagne nazie).

Ce que les deux vidéos n’arrivent toutefois pas à mettre de l’avant, ce sont les parodies qui ont été faites dès la redécouverte de cette affiche. BuzzFeed en recense quelques-unes. Car outre le fait que la librairie s’arroge un droit de propriété intellectuelle sur une affiche vieille de plus de soixante-dix ans (ce qui en soi dépasse l’entendement), la première vidéo tourne son message en nostalgie patriotique et nationaliste dans une situation qui n’a rien à voir avec le temps de la guerre. Le message «Keep Calm and Carry On», qu’on voudrait nous faire prendre pour une énième manifestation du flegmatisme britannique, possède pourtant son lot de connotations, notamment celle d’une indifférence pour les enjeux sociaux. En d’autres mots, adapter un slogan de la Seconde Guerre mondiale à notre monde actuel, c’est aussi en redéfinir son sens à partir de la même signification: le sens se voit renversé. «Garder son calme» aujourd’hui, ce n’est plus faire preuve de courage devant l’ennemi, c’est simplement faire preuve de paresse, et le slogan, loin de vouloir être l’emblème d’une résistance, devient le message propagandiste ordinaire d’un pouvoir en place qui veut que rien ne change. La parodie, pour sa part – et que certains voudraient voir, paradoxalement, comme  «cynique» -, vient nous rappeler qu’une telle adaptation ne peut se faire aisément, qu’il y a encore des «comiques» qui veillent au grain.

Ou encore, pour parodier la première vidéo, ce que tente de nous dire la librairie doit peut-être être compris ainsi: face à la tentative d’une appropriation intellectuelle d’un message par une librairie, simplement pour des considérations marchandes, rester calme et faites comme si de rien n’était.

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Classé dans René Lemieux