Chroniques ordinaires d’étudiantEs québécoisEs

Par Marie-Ève Bélanger | Université d’Ottawa

Un refrain étonnant tourne dans les médias depuis quelques semaines. On nous assomme d’histoires personnelles d’étudiantes et d’étudiants érigés en vaillants défenseurs du système d’éducation québécois et de la solidarité transgénérationnelle parce qu’elles refusent la grève. Portraits.

Sophie a peur de manquer ses cours

Ça a commencé avec les étudiants qui ne voulaient pas manquer un cours. Typique. Il y en a toujours eu, et ce sont les mêmes qui, lorsque la professeure, à la fin d’un cours ou d’une explication particulièrement compliquée ou stimulante demande « Y-a-t-il des questions? » lèvent la main pour chanter leur ritournelle bien connue : « Est-ce que ce sera à l’examen? », provoquant un découragement bien compréhensible chez le maître. Celles-là n’avaient pas saisi le sens de la transmission du savoir. On s’y attendait.

La première fois de Charles

Ensuite, il y a eu celles qui, pour la première fois, ont participé à une assemblée étudiante. Des assemblées, il y en a toutes les semaines quelque part sur le campus, mais enfin, passons. Est-ce exaltant, transcendant, libérateur, magique? Non, c’est un groupe de gens pas d’accord qui parlent en même temps, qui se répètent, se contredisent, se huent, ne s’écoutent pas, prennent des décisions avec des amendements contraires, votent à main levée et ne savent pas compter. En plus, il y a trop de monde et le mec à côté mange des chips aux cornichons et ça me lève le cœur, bref, la démocratie participative. Et là ils ont été déçus les pauvres bleus. Elles ont voulu rentrer à la maison : la démocratie c’est « une personne, une voix » mais personne ne m’écoute. Ah, ça c’est déjà une leçon! Mais ils n’étaient pas venus pour apprendre quelque chose. On s’y attendait aussi.

Jules veut payer plus

Bon, ceux-là ils nous ont un peu pris au dépourvu, je pressens que même les libéraux ne s’y attendaient pas. Mais en fin de compte, qui peut les blâmer? Dans les bras des médias, des partis politiques et des autres forces conservatrices de l’État elles ont trouvé ce réconfort et cette valorisation individuelle qu’ils avaient perdue au profit du bien commun lorsqu’ils se sont présentés à l’assemblée. Et ce ne sont certainement pas les médias, les partis politiques ou les forces conservatrices de l’État qui vont les détromper ou les corriger lorsqu’ils répètent inlassablement que le problème c’est l’argent et que la solution c’est l’argent. Ce n’est pas une question d’argent, qu’on se le dise.

Le droit à l’opinion de Christine

« Chez un individu, le syndrome du larbin est un comportement pathologique visant à prendre systématiquement la défense des classes les plus favorisées au détriment de celles dont il est issu. » Et le comble, ce sont les visages et les propos effrayés d’étudiants et d’étudiantes qui, de leur maigre corps s’érigent bravement en petits soldats du système, dernier rempart de protection contre les hordes sauvages qui vont l’anéantir a coup de grèves et de gestes déraisonnables. Ils pensent défendre l’humanité contre l’idéologie, elles défendent en fait l’institution contre l’humanité à coups de « j’ai le droit à mon opinion! ». Mouais, la libre expression à son meilleur.

Tout un défilé de pauvres jeunes gens chez qui on sent la peur de l’avenir, du changement et du désordre; et c’est vrai qu’ils sont divertissants. Mais les questions profondément politiques et sociales méritent qu’on leur accorde une attention soutenue, pas simplement un vox pop ou une fenêtre de télé-réalité. Ces grandes questions mettent en jeu des décisions importantes sur les modalités du vivre-ensemble et sur la mise en œuvre d’une certaine vision du monde. Ne laissons pas les exigences d’un système économique fondé sur l’immédiateté nous dicter le temps de notre réflexion politique.

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