Étudiants, recteurs et autres bovidés: réflexion sur l’intérêt général

Par Jean François Bissonnette, Ottawa

Le débat actuel sur la hausse des droits de scolarité semble trop souvent se cantonner à des arguments de nature comptable, qu’ils soient relatifs au financement du système universitaire, ou encore à une problématique d’accessibilité pensée en termes d’élasticité des prix.

Comme des arguments de ce type peuvent tout autant soutenir que remettre en cause le bien-fondé de la politique gouvernementale, il est à craindre qu’ils n’obscurcissent la compréhension des intérêts divergents qui expliquent la raison même du débat.

Pour peu que l’on admette l’idée d’un « intérêt général », celui de la collectivité dans son ensemble, il apparaît que les institutions éducatives ont pour fonction, par-delà la simple production du savoir et la formation d’une main-d’œuvre qualifiée, d’assurer la transmission d’un « monde » que les générations antérieures lèguent aux suivantes.

Sous ce rapport, l’éducation universitaire n’a de sens qu’en tant qu’elle relève d’un don, gratuit et inconditionné, que la société se fait à elle-même, et qui lui permet de nourrir l’épanouissement intellectuel et culturel de ses membres, que ceux-ci fréquentent l’institution ou pas.

Bien entendu, ce don est en même temps une dépense, et il faut sans doute veiller à ce que celle-ci soit viable, c’est-à-dire que les institutions chargées d’accomplir cette transmission puissent le faire en disposant de tous les moyens requis.  Encore faut-il qu’elles gardent les yeux sur cette tâche.

Or, c’est ici que l’intérêt des universités entre en conflit avec celui de la société qui pourvoie à leur financement.  Les recteurs universitaires s’acharnent depuis plusieurs années à augmenter le budget de leurs institutions, et tous les moyens semblent bons pour y parvenir, de la philanthropie aux partenariats avec l’industrie, en passant par les subventions à la recherche, les droits de scolarité et autres « frais afférents ».

L’idée sous-jacente à ce mode de gestion n’est plus celle de donner, mais de recevoir, inversant de ce fait le principe fondamental de l’institution, cela afin de se livrer à une forme d’accumulation illimitée qui ne vise plus rien d’autre qu’à croître indéfiniment.

Pour justifier la hausse, Jean Charest affirme qu’il est de l’intérêt du Québec d’avoir des universités « concurrentielles ».  Cette rhétorique ne sert en fait qu’à encourager le grenouillage des administrations universitaires, qui ne pensent qu’à enfler dans l’espoir d’égaler quelques bœufs indifférents et lointains.

Or, grossir infiniment ne fait pas une meilleure université.  La hausse des droits de scolarité n’a rien à voir avec la qualité de l’éducation, contrairement à ce que les recteurs veulent nous faire croire pour cacher leur boulimie.  C’est plutôt dans sa gratuité que l’éducation a de la valeur, car elle est don.

L’intérêt du Québec ne se confond pas avec celui, particulier, du lobby universitaire, mais au contraire, avec l’intérêt des étudiants, qui comprennent bien volontiers qu’après avoir reçu, ce sera à leur tour de donner.

Ne mettons pas la charrue devant les bœufs.  C’est en donnant tout à ses jeunes, plutôt qu’à la corporation des recteurs, que le Québec a le plus à gagner.

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