Archives quotidiennes : 26 mars 2012

Lettre aux étudiant-e-s québécois-es

Par Olivier Roy | Université d’Ottawa

Je suis un étudiant de l’Université d’Ottawa. Au cours de la dernière année, j’ai payé 4393 $ de frais de scolarité. Avoir été étudiant à temps plein pendant toute cette période, j’aurais payé 6426 $.

En principe, comme je paie les frais de scolarité parmi les plus élevés au pays, je devrais recevoir un enseignement de qualité, un excellent soutien pour la complétion de mes études, de bons services de mon université, tout cela en vue d’obtenir un diplôme qui a de la « valeur ».

Et pourtant, il n’en est rien…

Et pourtant, l’embauche des professeurs à temps plein est bien en deçà des attentes…

Et pourtant, plus de la moitié des cours au premier cycle sont enseignés par des chargé-e-s de cours au statut très précaire…

Et pourtant, l’Université d’Ottawa rechigne à l’idée d’offrir certains services, à traiter les étudiants comme tout organisme chercherait à bien traiter sa clientèle…

Et pourtant, l’Université d’Ottawa is open for business, où sa commercialisation à outrance, des services alimentaires à la vente des noms de ses pavillons, ne fait plus aucun doute…

Et pourtant, je pourrais continuer sur cette veine…

J’étais avec vous à Montréal le 22 mars dernier.

Par solidarité, oui. Mais aussi pour vous dire ceci : ce modèle d’enseignement supérieur que le gouvernement Charest souhaite importer d’ailleurs a depuis longtemps cessé de travailler pour les étudiant-e-s.

L’Université d’Ottawa ne cesse d’augmenter ses frais de scolarité. Pourtant, depuis 1999-2000, elle a dégagé plus de 537 millions de dollars en surplus. En 2006-2007, année record, ce fut 103 millions de dollars. En 2010-2011, c’est plus de 41 millions de dollars qu’elle a ainsi engrangé.

Et pourtant, le Bureau des Gouverneurs devra se pencher sur une énième hausse des frais de scolarité de près de 5%, le maximum toléré par le gouvernement de l’Ontario…

En regardant cela, je ne peux m’empêcher de me sentir comme le nigaud qui fait marcher son moulin, comme disait Félix. Un sentiment sans doute partagé par plusieurs de mes collègues ici à Ottawa.

Des frais de scolarité qui augmentent sans de meilleurs services, un meilleur enseignement : quelle « valeur » cela donne-t-il à mon diplôme?

Ne répondez pas, j’ai (trop) peur de la réponse…

Et pourtant, je devrais avoir le sentiment de payer ma « juste part »…

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