Lettre aux étudiant-e-s québécois-es

Par Olivier Roy | Université d’Ottawa

Je suis un étudiant de l’Université d’Ottawa. Au cours de la dernière année, j’ai payé 4393 $ de frais de scolarité. Avoir été étudiant à temps plein pendant toute cette période, j’aurais payé 6426 $.

En principe, comme je paie les frais de scolarité parmi les plus élevés au pays, je devrais recevoir un enseignement de qualité, un excellent soutien pour la complétion de mes études, de bons services de mon université, tout cela en vue d’obtenir un diplôme qui a de la « valeur ».

Et pourtant, il n’en est rien…

Et pourtant, l’embauche des professeurs à temps plein est bien en deçà des attentes…

Et pourtant, plus de la moitié des cours au premier cycle sont enseignés par des chargé-e-s de cours au statut très précaire…

Et pourtant, l’Université d’Ottawa rechigne à l’idée d’offrir certains services, à traiter les étudiants comme tout organisme chercherait à bien traiter sa clientèle…

Et pourtant, l’Université d’Ottawa is open for business, où sa commercialisation à outrance, des services alimentaires à la vente des noms de ses pavillons, ne fait plus aucun doute…

Et pourtant, je pourrais continuer sur cette veine…

J’étais avec vous à Montréal le 22 mars dernier.

Par solidarité, oui. Mais aussi pour vous dire ceci : ce modèle d’enseignement supérieur que le gouvernement Charest souhaite importer d’ailleurs a depuis longtemps cessé de travailler pour les étudiant-e-s.

L’Université d’Ottawa ne cesse d’augmenter ses frais de scolarité. Pourtant, depuis 1999-2000, elle a dégagé plus de 537 millions de dollars en surplus. En 2006-2007, année record, ce fut 103 millions de dollars. En 2010-2011, c’est plus de 41 millions de dollars qu’elle a ainsi engrangé.

Et pourtant, le Bureau des Gouverneurs devra se pencher sur une énième hausse des frais de scolarité de près de 5%, le maximum toléré par le gouvernement de l’Ontario…

En regardant cela, je ne peux m’empêcher de me sentir comme le nigaud qui fait marcher son moulin, comme disait Félix. Un sentiment sans doute partagé par plusieurs de mes collègues ici à Ottawa.

Des frais de scolarité qui augmentent sans de meilleurs services, un meilleur enseignement : quelle « valeur » cela donne-t-il à mon diplôme?

Ne répondez pas, j’ai (trop) peur de la réponse…

Et pourtant, je devrais avoir le sentiment de payer ma « juste part »…

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14 Commentaires

Classé dans Olivier Roy

14 réponses à “Lettre aux étudiant-e-s québécois-es

  1. Je ne savais pas que l’université se résumait aux cours et au gardiennage (« un excellent soutien pour la complétion de mes études »). Et de quels services parlent tu?? il y a en a une listes assez impressionnantes à l’UO!! Je ne me rappelle pas d’avoir été déçu à ce niveau, au contraire!. Pour ma part, je constate que j’ai eus beaucoup plus d’opportunités d’implication à l’UO que lorsque j’étudiais du côté du qc.

    Pour le prix, oui c’est cher, mais c’est un investissement… Je suis pauvre depuis que je suis sorti du qc, je garde espoir qu’un jour, ma dette d’étude aura disparu… Mon diplome (mais surtout mon réseau, ma formation et mes souvenirs) restera avec moi à jamais!!..

    Ps. paraît qu’il donne des diplômes dans les boites de « crackjack », pour moi de 5$, tu auras ta juste part!!

    Cordialement,

    Max Gou

    • J’éviterai de tomber dans la caricature, comme vous vous êtes plu à la faire dans votre commentaire.
      Je soulignerai simplement que l’Université d’Ottawa résiste à l’idée d’offrir du soutien individuel pour la rédaction universitaire, un service répondant aux attentes des étudiant.e.s travailleurs.euses, une politique efficace contre le harcèlement et la discrimination, une formation en santé et sécurité au travail et aux études offerte à toute la communauté universitaire, et j’en passe. À cela s’ajoute un manque de transparence et d’imputabilité de l’administration de l’Université quant à sa gestion financière et administrative.
      Votre diplôme, votre réseau, votre formation, et vos souvenirs peuvent être obtenues à moindre coût ailleurs, le prix payé n’ayant aucun lien avec ces variables (sauf l’exception d’un diplôme obtenu dans une boîte de CrackerJack…. mais ça, vous vous en doutez sans doute, n’était pas le point de ma missive… Ah, caricature, quand tu nous tiens).
      Tant mieux si vous avez pu vous en sortir et bénéficier de cette formation à l’Université d’Ottawa. Seulement, depuis la publication de cette lettre, bon nombre d’étudiant.e.s ont manifesté leur accord quant à son contenu.
      J’imagine qu’elle est le reflet d’une certaine réalité qui, au-delà du gardiennage, indique que l’Université d’Ottawa ne rencontre pas les attentes des étudiant.e.s à plusieurs égards.
      Tant mieux pour vous si votre passage à l’Université d’Ottawa vous a été profitable, mais peut-être n’aviez-vous pas d’attentes particulière… au-delà de celle de payer très cher cette formation universitaire, bien entendu.

  2. Catherine

    Je réponds pour te remercier de ce billet 🙂
    Tu défends bien un des points que le côté pour la hausse, ici à Québec, nous donne constamment. Et tu viens de prouver que ça fera probablement pareil ici : notre diplôme n’aura pas plus de valeur.

  3. Paul

    http://oncampus.macleans.ca/education/2010/11/10/our-20th-annual-university-rankings/

    Other than McGIll, the University of Ottawa is ranked higher than any other university of Quebec. If you’re ranting about the quality of education in Ontario, why would you think we have it better (or as good) here with lower tuition fees?

    • You seem to take for granted that rankings are un-biased, neutral surveys.
      Many amond the higher education community cast doubts on such surveys, saying that they are basically marketing tools. Most of the data collected is unreliable, the surveys, incomplete, many relevant actors, not contacted. And most importantly, they are conducted by third-party organisations that may not fully understand the working of the Academia.
      On this matter, please review this article: http://www.insidehighered.com/views/2007/04/02/samarasekera.
      It is from the president of the University of Alberta. If you think a student can be mistaken here, you may agree that the president of a University may be more knowledgeable about the shortcomings of a Maclean’s ranking of Canadian universities. If you are not satisfied with her answer, please make a bit of research on this matter.

  4. Sylvain Savard

    Un petit commentaire rapide, si ce n’est pas les étudiants qui paient, et bien, la facture revient aux travailleurs, alors ce n’est pas en disant aux étudiants de ne pas payer mais plutôt de dire au gouvernement d’assurer d’avoir la compétence devant la classe afin de maximiser la qualité d’enseignement. Aux HEC, il y a une note donnée aux professeurs à la fin de chaque session afin de donner l’opportunité de continuer la carrière dans cette université… Pourquoi pas!?

    • Les universités ont plusieurs sources de financement, tout comme les gouvernements qui financent leurs activités, également. Ce n’est pas nécessairement les travailleurs qui paieront.
      J’ajouterai cependant que plusieurs travailleurs, solidaires des étudiants et soucieux d’enrichir leur communauté, seraient plus qu’enthousiastes à l’idée de contribuer à l’enrichissement de la société. Avec une telle attitude, c’est tout le monde qui en sort gagnant économiquement, politiquement, culturellement, socialement, etc…
      Pour ce qui est de l’évaluation de l’enseignement, faut-il encore que l’Université écoute. Elle ne cesse de résister à l’embauche de professeurs à temps plein, entre autres choses. Des classes de 150+ étudiants, elles font légion à Ottawa.
      Je précise que la qualité de l’enseignement n’est pas seulement liée à la performance du professeur, trop souvent le centre de cette évaluation, mais aussi d’un ensemble plus vaste trop souvent ignoré…

  5. petitemarie002

    Je sais que tu ne veux pas qu’on te réponde! Mais J’AIME! 🙂

  6. Chuck Landry

    Je ne suis pas d’accord avec la manière dont vous faites la comparaison. En Ontario, vous êtes les gens qui paient le taux d’imposition le plus faible au pays (avec l’Alberta). Il est donc normal que vous en déboursiez plus de vos poches pour l’université pour que le gouvernement puisse en débourser moins (dû, encore une fois, à votre faible taux d’imposition). Ce qui entre dans les poches de l’université pourrait être la même quantité qu’au Québec. Ce qu’il faut comprendre c’est que les professeurs et les professionnels sont syndiqués et leurs salaires augmentent d’année en année. L’argent doit provenir de quelque part. Le gouvernement qui a proposé le gel des frais de scolarité a réellement causé un problème: à la place d’augmenter les frais d’année en année, peu à peu, pour combler les salaires et l’augmentation général des coûts, il décide qu’il sera déficitaire et il dompe le problème sur le dos du « prochain gouvernement ». Ce prochain gouvernement, c’est celui qui doit dire que ça n’a pas de sens et que cette contribution devrait venir de la part des étudiants. Après la hausse, vous comprendrez qu’ils ne paient encore que 16% de la facture totale.

    Ayant dit cela, j’aimerais que mes intentions soient claires. Je crois qu’il faut s’assurer que tous les gens qui ont la capacité et le désir d’aller à l’université puisse être en mesure de le faire. Je suis d’accord qu’il reste encore du travail à faire du côté du gouvernement. Cependant, je ne vois pas cette hausse comme étant la passerelle vers un Québec capitaliste. Le monde va mal, le Québec va mal mais cette hausse n’est certainement pas le plus gros indicateur.

    • L’ouvrage « Université inc. » répondrait à bon nombre de vos remarques. Je vous en sugère la lecture. Je n’oserai donc répondre à celles-ci puisque l’ouvrage est un incontournable qui fait en quelques dizaines un argumentaire plus solide que je ne pourrai le faire en ces quelques lignes.
      D’autres parts, il faut distinguer entre taux d’imposition (payé proportionnellement au revenu, mesure progressive qui permet un équilibre dans la contribution de chacun.e à la communauté selon sa capacité à y contribuer) et frais de scolarité (payé selon le principe utilisateur-payeur, mesure régressive qui ne fait pas de cas de la capacité de payer de l’utilisateur). La première est préférable parce qu’elle ouvre la porte à la mobilité sociale, à l’accessibilité, à l’égalité des chances.
      Vous ne croyez pas que cette hausse est le premier pas vers une université marchande? Il suffit d’entendre les défenseurs de la hausse « vanter » le modèle ontarien pour s’en convaincre. Bien marchande, l’université ontarienne n’est pourtant pas à envier. La lecture d’un texte publié par quelques professeurs de l’Université d’Ottawa publié dans ce présent blogue vous en convaincra (j’espère). J’ajouterai à leur texte que, même lorsqu’elle dégage des surplus indécents, l’Université d’Ottawa augmente ses frais de scolarité. Elle vient d’ailleurs tout juste de les augmenter de 4% à 8% pour la prochaine année. Est-ce cela, le modèle à suivre? Ce modèle fait plutôt oeuvre de cancre…

      • Chuck Landry

        Ce que je voulais faire ressortir c’est que votre discussion modifie 2 variables à la fois: vous dites que l’étudiant paie plus et donc, qu’il devrait s’attendre à avoir de meilleurs services. Or, cela ne serait vrai que si la contribution du gouvernement restait constante (ce qui n’est pas le cas ici). Dans ce cas-ci, on sait que la contribution gouvernementale est moins grande que celle au Québec. En fin de compte, même si l’étudiant ontarien payait plus, il est possible que l’université se retrouve avec le même montant d’argent qu’au Québec.. dans ce cas, il ne faudrait pas s’attendre à des meilleurs services.

        En ce qui concerne l’université marchande, je vous réfère à un document publié par le ministère « Un plan de financement des universités équitable et équilibré » qui montre que dans les années 60, l’étudiant contribuait à 26,4% de son éducation tandis qu’en 2017, il n’en paierait que 16,9%. Les tendances à long terme montrent une diminution de la contribution individuelle. Ça semble indiquer que la société s’éloigne du concept de l’université marchande.

  7. Emmanuelle Potvin

    Bonjour,
    Juste un petit exemple pour démontrer que ce n’est pas parce qu’on paye plus cher pour nos cours qu’on a des meilleures conditions d’enseignement ou des meilleures chances de réussite.
    Je suis étudiante en droit civil à l’Université d’Ottawa, j’habite au Québec et mes frais de scolarité pour cette année ont été de 7932.64$ ,
    Mes professeurs, mes collègues et moi avons été plus que surpris d’apprendre que pour l’examen de l’École de Barreau 2010-2011, l’Université d’Ottawa a eu la pire moyenne des universités qui enseignent le droit civil. Voir: http://www.ecoledubarreau.qc.ca/media/cms_page_media/127/stats-prov-univ-2010-11_1.pdf

    Ceci n’est qu’un exemple mais il y a sûrement d’autres situations similaires à travers le pays.

  8. René Z.

    Un documentaire sur le financement des universités en Ontario, par La Rotonde: http://dai.ly/Jdw49y

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