Archives mensuelles : juin 2012

De Saint-John Perse à Édouard Glissant, ou L’errance enracinée et sa critique

Par Mourad Masbah | cet article est aussi disponible en format pdf

Chez Édouard Glissant, le thème de l’errance occupe une place essentielle. Pour lui, l’action d’errer tient étroitement aux deux notions de racine et d’identité. L’identité – qui est un ancrage dans une culture – et la racine – qui est un ancrage dans une terre – sont interpellées et modulées par l’expérience de l’errance. En effet, si l’errance peut renforcer et enrichir l’identité à partir du moment où elle trace le chemin vers un accomplissement de l’être, elle peut s’avérer par contre une réaction contre la racine, une dénégation de l’idée de racine totalitaire. Glissant aime citer Kant qui, au début de la Critique de la raison pure, apparente les nomades aux sceptiques qui de temps en temps éprouvent le besoin de « rompre le lien social »[1]. Ce qui induit la pensée suivante : le nomadisme et l’errance interviennent comme une remise en question des structures sociales établies et enracinées, et constituent le moyen pour certains, en l’occurrence les sceptiques, pour poursuivre la liberté qu’offrent les grands chemins. La psychologie du sceptique vis-à-vis de l’idée de racine, de lien durable à une terre, l’amène à se cabrer contre la sédentarité, à adopter le mode de vie nomade. L’idée d’enracinement fait horreur à cet errant qui croit y entrevoir le début d’une limitation de son être, l’aliénation à un idéal aux allures despotiques. Pour résumer les choses, disons que la racine est fermée, limitée, elle emmure les hommes dans une façon de vivre autotélique, tandis que l’errance est ouverte, évolutive, jamais satisfaite d’une idée ni soumise à elle ; elle est liberté. Édouard Glissant met sur la sellette la notion de racine qui est à l’origine de tous les torts entraînés par une vision suffisante de soi et dépréciative de l’autre. C’est pourquoi, il veut amener son lecteur à entamer une réflexion bénéfique sur une nouvelle notion qui débarrasse l’idée de racine de son caractère totalitaire sans pour autant voir l’identité de l’individu broyée : il s’agit du rhizome. Le rhizome est un concept que Glissant emprunte à Gilles Deleuze et à Félix Guattari. Il le définit comme une « racine démultipliée, étendue en réseaux dans la terre ou dans l’air, sans qu’aucune souche y intervienne en prédateur irrémédiable »[2]. L’esprit du rhizome se fonde donc sur la démultiplication et récuse l’unicité de la racine. Le rhizome serait une sorte de tentative de constituer une identité ouverte, non déterminée par les schèmes réducteurs d’une racine unique. D’ailleurs, l’âge d’or de l’humanité, pense Glissant, est celui que représentaient l’Occident préchrétien, l’Amérique précolombienne, l’Afrique et l’Asie des grands conquérants. A cette époque-là, l’identité n’était pas encore déterminée par l’appartenance à une nation mais à une culture. Ce n’est qu’avec l’expansion de l’Empire romain que l’idée de nation s’est installée. La passion nouvelle de se définir, de définir son identité par rapport à une racine a trouvé alors les moyens de se fortifier. Cette nouvelle situation a logiquement donné lieu à deux pratiques nouvelles liées à la racine et à l’enrichissement : la première est sédentarisation, la seconde est le nomadisme en flèche. Glissant écrit à ce propos : « C’est donc là, en Occident, que le mouvement se fige et que les nations se prononcent, en attendant qu’elles répercutent sur le monde »[3].

Du point de vue de Glissant, l’époque romaine a vu la naissance et la recrudescence d’un phénomène inexistant auparavant. Il s’agit du figement ; et comprenons par figement la fin en Occident du nomadisme errant. Cette sclérose a eu un double résultat :

  1. Le concept de nation prend forme ; l’idée de racine totalitaire se renforce et se solidifie vu que l’humanité passe d’une période historique à une autre, de l’ère nomade à l’ère sédentaire ;
  2. Cette sédentarisation elle-même n’est qu’une phase d’attente, de gestation avant de passer à une forme de nomadisme totalement différente du nomadisme errant qui jusque là était une façon de vivre homogène et tolérante : il s’agit de ce que Glissant nomme « Nomadisme en flèche » ; c’est-à-dire la conquête de nouvelles terres, l’expansion nationale (en terme actuel : la colonisation). Mais ce qui distingue ce nomadisme nouveau (le nomadisme en flèche) du nomadisme ancien (l’errance), c’est que l’errance n’aboutissait pas à la sédentarisation ; l’errant ne désirait pas s’installer et s’incruster dans une terre qui n’est pas la sienne ; l’ami des grands chemins ne cherchait pas l’enracinement puisque l’expérience de l’errance en son essence la plus propre émane d’une volonté de « contrevenir à la racine »[4]. Par contre, le nomadisme en flèche part de l’idée de conquête en vue de réguler certains désordres économiques, Hegel l’explique si bien dans son livre Principes de la philosophie du droit[5]. Or, la conquête aboutit elle-même à l’enracinement. Le conquérant recherche la sédentarité, imposant à la population conquise sa vision du monde, mais aussi pillant et dévastant tout ce qui n’est pas en conformité avec ses propres valeurs. Glissant écrit : « Mais les descendants des Huns, des Vandales ou des Wisigoths, comme aussi des Conquistadores, qui imposaient leurs clans, se sont stabilisés en se fondant dans leurs conquêtes. Le nomadisme en flèche est un désir dévastateur de sédentarité[6]. »

Ainsi, le nomadisme en flèche s’éloigne-t-il de l’errance qui, quant à elle, s’élargit à un rapport non totalitaire à la terre et épouse le mouvement d’un désir ontologique dont la principale fin est la découverte du monde. De ce fait, ce qui stimule l’errant est de voir en la terre une source inépuisable de connaissances : et la joie de l’errant est d’embrasser ce que le monde peut lui offrir et parfois ce que le monde lui cache. Il se rapproche ainsi du poète qui est certain que l’être réside dans le monde et que cet être obéit nécessairement à la dialectique de l’éclaircie et de la réserve[7]. Cette poétique de l’errance est ce que Glissant appelle « Poétique de la Relation ». Il écrit à ce propos :

Dans la poétique de la Relation, l’errant, qui n’est plus le voyageur ni le découvreur ni le conquérant, cherche à connaitre la totalité du monde et sait déjà qu’il ne l’accomplira jamais – et qu’en cela réside la beauté du monde[8].

Ainsi, l’errant, selon Édouard Glissant, est-il le garant d’un rapport non totalitaire à la terre ni à l’autre. Sa conscience de la diversité l’amène à refuser la généralisation telle qu’elle est conçue et pratiquée par le nomadisme en flèche. L’errant « récuse l’édit universel […] qui résumait le monde en évidence transparente »[9], estime Glissant ; et nous pouvons déceler ici une critique de la globalisation. Cela expliquerait également l’intérêt de cet auteur pour deux créations contemporaines qui, selon lui, « jouent le jeu de la Relation ». Il s’agit de « l’œuvre en quelque sorte théologique de William Faulkner [où] il s’agira de fouiller les racines d’un lieu évident, le Sud des États-Unis. Mais [où] la racine prend les allures d’un rhizome, les certitudes ne sont pas fondées, la relation est tragique » et « l’œuvre erratique de Saint-John Perse, en quête de cela qui bouge, de ce qui va en absolu. Œuvre qui convie à la totalité – jusqu’à l’exaltation irréductible d’un universel qui s’épuise, de trop se dire »[10]. En évoquant ces deux auteurs chez qui se réalise selon lui certains principes de la poétique de la Relation, on peut déceler un consentement total à Faulkner tandis que l’assentiment à Perse nous semble (et ce n’est qu’une hypothèse) fortement nuancé. En effet, si l’œuvre de Perse est présentée par Glissant comme une invitation à l’absolu, que veut exactement dire cette « exaltation de l’universel qui s’épuise de trop se dire » ? N’y a-t-il pas là une sorte de reproche qui subsiste malgré l’admiration fortement témoignée ? Glissant ne semble-t-il pas insinuer que l’époque n’est plus favorable à une culture de l’universel, que cet universel et au bout de compte condamné à l’épuisement ? Pour tenter de répondre à ces questions nous avons pensé à confronter deux textes poétiques des deux auteurs (Perse et Glissant) et qui nous paraissent contenir certains éléments de réponses : il s’agit de Vents écrit par Saint John Perse en 1945 et des Indes que Glissant a publié dix ans plus tard. L’intérêt de ces deux textes est qu’ils traitent du même sujet (la conquête de l’Amérique) avec les mêmes outils (les deux textes empruntent la forme du poème épique) mais avec des perspectives et des visées différentes même si le départ de l’épopée chez les deux poètes est identique : c’est le rêve d’un ailleurs qui est à la source de l’aventure. Un rêve séculaire qui hante les hommes aussi loin qu’on peut remonter dans le temps. Perse écrit :

Des terres neuves par là-haut, comme un parfum puissant de grandes femmes mûrissantes, […]

Et c’est fraîcheur d’eaux libres et d’ombrages pour la montée des hommes de tout âge, chantant l’insigne mésalliance,

Et c’est fraîcheur de terre en bas âge, comme un parfum des choses de toujours.

Et comme un songe prénuptial où l’homme encore tint son rang, à la lisière d’un autre âge…[11]

Perse évoque ici l’appel de cette terre neuve. Terre en « bas âge », terre qui garde encore jalousement des éléments de l’enfance de l’humanité, terre fraîche dont le « songe prénuptial » berce les hommes depuis toujours ; peut-être même depuis la Chute d’Adam. Car, le désir d’une terre du divin et du mythe, pure, terre d’avant la civilisation n’est pas seulement le désir du conquérant, mais de tout homme. C’est le rêve du paradis perdu. Cette idée se renforce encore plus dans le poème de Glissant qui commence ainsi :

1492. Les grandes Découvertes s’élancent sur l’Atlantique, à la recherche des Indes. Avec eux le poème commence. Tous ceux aussi, avant et après ce Jour Nouveau, qui ont connu leur rêve, en ont vécu ou en sont morts. L’imagination crée à l’homme des Indes toujours suscitées[12].

La pérennité du rêve d’une terre seconde naît d’un rapport problématique avec le monde et se nourrit d’un désir d’origine religieuse, le désir d’«une terre prophétesse, limon du rêve »[13]. Pour Glissant, ce rêve ancestral de l’ailleurs, quand il se conjugue à la difficulté d’être, aboutit irrémédiablement au nomadisme en flèche. C’est pour cette raison que Glissant s’attarde dans son poème sur des atrocités commises par les conquistadors, chose dont le poème de Perse ne fait aucun cas. Ce qui nous amène à nous interroger sur le sens de cette différence entre les deux textes sur ce point. Une interrogation qui nous conduit à analyser l’origine de la conquête de l’Amérique dans les deux poèmes.

Dans le poème de Perse, c’est le vent qui est à la source du départ. Les vents qui prennent une importance extrême dès les premiers versets du poème prennent à leur charge de montrer aux hommes la voie à suivre :

C’étaient de très grands vents sur toutes faces de ce monde

De très grands vents en liesse par le monde qui n’avaient d’aire ni de gîtes.

Qui n’avaient garde ni mesure, et nous laissaient, hommes de paille,

En l’an de paille sur leur erre… Ah ! Oui, de très grands vents sur toutes faces de vivants ![14]

Ces vents-là qui s’apparentent à de « très grandes forces en croissance sur toutes pistes de ce monde »[15], faces auxquelles les hommes ne sont que des « hommes de paille » et dont le mouvement est illimité, incompressible, ne symbolisent-ils pas l’Histoire au sens hégélien du terme ; c’est-à-dire une histoire qui s’accomplit en elle-même et qui n’obéit qu’à sa propre dialectique, cette sorte de « géant »[16] dont nul ne peut freiner la marche et qui avance en ne faisant cas ni des hommes ni de leur condition ? Tout porte à croire que c’est de cette connotation que Perse a voulu charger le vent dans son poème. Et c’est là que le dialogisme entre le poème de Glissant et celui de Perse atteint une intensité inouïe. Julia Kristeva avance que le dialogisme entre deux textes ou l’intertextualité se manifeste dans les deux phénomènes d’« absorption » et de « réplique »[17]. Et la réplique de Glissant à Perse et la suivante :

De quelles Indes voici l’approche et la louange, ou quel est ce Capitaine

(Aveuglé de vents ou de diamants ?)

Glissant s’interroge si ce sont les vents (l’histoire) qui commandent le désir de conquérir ou c’est plutôt l’aveuglement par la richesse des terres conquises. Il finit par se pencher du côté de la seconde hypothèse. Il écrit alors :

Ces conquérants convoitèrent jusqu’à en mourir les mines d’or et d’argent du Nouveau monde. Ils vainquirent le rivage, puis la forêt, puis les Andes, puis les Hauts plateaux avec leurs villes désertées. Ils saccagèrent l’espace, dans leur fureur cupide et follement mystique[18].

Il est vrai que la violence extrême des conquérants est évoquée également dans le texte de Perse :

Nous avançons mieux nos affaires par la violence et par l’intolérance

La condition des morts n’est pas notre souci, ni

Celle du failli.

L’intempérance es notre règle, l’acrimonie du sang Notre bien-être…[19]

S’écrient les conquistadores. Cependant, Perse semble soulever la question suivante : peut-on arrêter l’histoire, peut-on s’opposer au mouvement des vents ? D’autant plus qu’« elles instituaient un nouveau style de grandeur où se haussaient nos actes à venir »[20] et ce, malgré « leur goût d’enchères, de faillites », malgré les « grands désastres intellectuels »[21] qui s’en suivent ? Perse est sans doute conscient des grands désordres qui résultent de ce que Glissant appelle « nomadisme en flèche », néanmoins, pour lui, « les vents sont forts»[22]. Et puis, le poète a pour devoir d’accompagner l’histoire et de soutenir son mouvement. Les conquérants de Perse affirment :

Et le Poète aussi est avec nous, sur la chaussé des hommes de son temps.

Allant le train de notre temps, allant le train de ce Grand vent.[23]

Nous savons le parti pris de Saint-John Perse pour l’histoire, sa conception de la poésie comme à la fois parole et action dirigée vers l’avenir. Lui-même écrit dans son Discours de Florence :

Nous t’invoquons, Poètes, à l’aventure d’un nouvel âge. Il n’est rien de futur qui ne s’ouvre au poète. Créer, toujours, fut promouvoir et commander au loin. Et le poète préféré se hâte dans l’histoire… Éternelle invasion de la parole poétique.[24]

De ce fait, sa vision de la conquête de l’Amérique est en harmonie avec sa conception historique de la poésie. Il s’agit d’aller de l’avant quelles que soient les circonstances. Et c’est en cela que Glissant s’éloigne de lui. Ce dernier critique cette résolution de l’avant et croit même qu’elle est pour beaucoup dans la philosophie du nomadisme en flèche. Il avance que « ce qui ‘tient’ l’envahisseur, avant que sa conquête le gagne, c’est l’en-avant »[25]. Autrement dit, une vision historique qui ne tient compte que de l’avenir, abstraction faite de la condition humaine qui n’aboutit qu’à la cruauté et la violence. Dans un autre texte intitulé « Une errance enracinée », il exprime clairement son reproche à Saint John Perse :

Le départ et l’errance sont interprétés chez Saint-John Perse comme rejet des histoires des peuples, mais leur munificence comme assomption de l’Histoire, au sens hégélien. Cette errance-là n’est pas enrhizomée, mais bien enracinée : dans un vouloir et une Idée. L’Histoire ou sa négation, l’intuition de l’Un, voilà les pensées magnétiques de l’Occident, où Saint-John Perse, a fondé son nom. Il a cru que la condition de la liberté est pour chacun de n’être pas gouvernée par une histoire, sinon celle qui se généralise, ni limité par un lieu, si celui-ci n’est spirituel. Cette dimension héroïque de l’universel nous permet de nous retrouver dans son œuvre, même alors que nous en récusons les modèles généralisants[26].

Perse reste pour Glissant le poète qui a chanté le départ héroïque et l’héroïsme universel. En ce sens, il est l’héritier des grands poètes épiques de l’antiquité. Néanmoins, un abîme demeure entre les deux créateurs : Perse est le poète des Vents, de la force transcendante de l’histoire, du culte de l’avenir, mais sa poétique fait peu de cas de l’histoire de l’individu et préfère l’histoire générale aux histoires particulières des peuples, Glissant est le poète des Indes, de la terre déchirée par la folie du nomadisme en flèche, mais aussi et surtout de l’identité subjective, de la souffrance de l’individualité dans le torrent houleux de l’histoire. Cette opposition de vues s’est naturellement répercutée dans les Indes qui constitueraient, selon cette perspective, une réplique au poème de Perse. En effet, si Perse met plus l’accent sur l’héroïsme des conquérants, hommes de l’avenir, et dans ce cas symbole du Poète, Glissant fait place dans son texte à la douleur des peuples conquis, réprimées ou exterminées, à la déchirure de l’identité et à l’inanité du rêve des conquérants d’avoir une terre seconde. Le troisième chant de son poème relate l’épisode symbolique de la première rencontre du conquérant avec la terre neuve et mystérieuse en mettant en relief l’absurde et la violence de cette rencontre :

Chaque vaisseau séduit sa baie silencieuse ; mystère de sable

Battez la charge : Frappez l’eau ! Clameurs, débroussaillez la solitude de la vierge !

La forêt au palanquin de sa tiédeur, nous bercera d’amour, et de boisson nous guérira !

Amour ! Ô beauté nue ! où sont les sentinelles ? Voici que paraissent les amants.

Ils ont pour allouer l’or de la vierge, une balance ; et pour tuer, ils sont peseurs de foudre.

Leur langage te sera viril, ô terre, ô femme éblouie, ton sang rouge mêlé à ta glaise rouge [27].

Telle une vierge, la terre neuve est d’abord regardée amoureusement par les conquérants. Mais détrompons-nous, car l’emploi du mot « amour » par Glissant ici est parfaitement ironique. En effet, les amants (les conquérants) pèsent l’or de la vierge (la terre). Très vite, on passe de la catégorie du désir-passion à celle du désir violent et cupide. Ce qui témoigne de l’incapacité du nomadisme en flèche à rester fidèle à un idéal quelconque, et partant de la fausseté de toute vision générale de l’histoire. Pour Glissant, le rêve de liberté qui habite et mobilise le nomadisme débouche immanquablement sur la brutalité envers autrui. Cela explique l’image violente du sang qui se mêle à la terre et l’étonnement, l’éblouissement de la vierge à l’attitude inexplicable hautement cruelle de ces conquérants que le poète appelle ironiquement « amants ». La terre innocente est désormais livrée à la souillure, l’identité pure au déchirement et à l’éclatement. C’est là que le lecteur découvre la faillite de la pensée du « vent » ; c’est là que la conception généralisante et totalitaire de l’histoire montre son incapacité à mettre en marche un projet esthétique qui soit également soucieux de l’homme :

Ô vierge : l’alchimiste de votre corps, le voici, soldat de foi,

Et qui vous aime d’un grand vent de folie et de sang, il est en vous !

Venez sur le rivage de votre âme ! Tendez vos trésors à vos Conquistadores[28].

Pour Glissant, tant que le nomadisme s’éloigne de l’esprit de l’errance, et se rapproche de la conquête, c’est-à-dire tant que le nomadisme reste prisonnier du stade esthétique et n’arrive pas à évoluer vers le stade éthique, il y a risque de totalitarisme. Car l’errance a un double fondement esthétique et éthique ; elle regroupe le beau et le bon ; elle élabore à la fois une conception belle et tolérante des hommes et de la terre ; elle cultive et nourrit un souci de l’autre ; elle est plus proche du particulier que du général ; tandis que le nomadisme en flèche reste cantonnée dans la sphère esthétique ; et regardant les hommes d’en haut, il ne croit qu’à une seule beauté : celle qui s’enracine dans l’histoire générale.

 

Bibliographie

Saint-John Perse, Œuvres complètes, Paris : Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », 1972,

Édouard Glissant, Les Indes, Un champ d’îles, La terre inquiète, Paris : Seuil, « Point », 1965.

Édouard Glissant, « L’errance, l’exil », in Poétique de la Relation, Paris : Gallimard, « NRF » 1990.

Julia Kristeva, Sémeiotiké. Recherche pour une sémanalyse, Paris : Seuil, 1969.

Jacques D’Hondt, Hegel, Textes et débats, Paris : Le livre de poche, 1984.

Martin Heidegger, « L’origine de l’œuvre d’art », in Chemins qui ne mènent nulle part, traduit de l’allemand par Wolfgang Brokmeir, Paris : Gallimard, 1980.


Notes

[1] Édouard Glissant, « L’errance, l’exil », in Poétique de la Relation, Paris, Gallimard, « NRF » 1990, p. 23.

[2] Ibid.

[3] Ibid, p. 26.

[4] Ibid, p. 27.

[5] Hegel pense que la colonisation peut s’avérer être un palliatif provisoire aux contradictions qui affectent intérieurement et inexorablement l’économie d’une nation. Cependant, il donne au concept de « colonisation » un sens quelque peut archaïque puisqu’il pense à une colonisation de dépeuplement et non à une colonisation systématique décidée par l’Etat en pleine connaissance de cause. Il écrit : « La société civile est poussée par là à conquérir des colonies. L’augmentation de la population produit déjà d’elle-même cet effet, mais à cela s’ajoute ce fait qu’une masse de cette population n’est plus en mesure d’assurer par son travail la satisfaction de ses besoins, lorsque la production dépasse les besoins de la consommation ». (Voir Jacques D’Hondt, Hegel, Textes et débats, Paris, Le livre de poche, 1984, p. 85.).

[6] Poétique de la Relation, op. cit, p. 24.

[7] Voir Martin Heidegger, « L’origine de l’œuvre d’art », in Chemins qui ne mènent nulle part, traduit de l’allemand par Wolfgang Brokmeir, Paris, Gallimard, 1980, p. 61.

[8] Poétique de la Relation, op. cit, p. 33.

[9] Ibid.

[10] Ibid, p. 34.

[11] Saint-John Perse, Œuvres complètes, Paris, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », 1972, p. 200.

[12] Édouard Glissant, Les Indes, Un champ d’îles, La terre inquiète, Paris, Seuil, « Point », 1965, p. 67.

[13] Saint-John Perse, op. cit, p. 127.

[14] Ibid, p. 179.

[15] Ibid, p. 183.

[16] Le mot est de Hegel qui s’en sert pour caractériser la marche de l’histoire. (Cf. Hegel, Textes et débats, op. cit, p. 90-91).

[17] Semeiotiké, Recherche pour une sémanalyse, Paris, Seuil, 1969, p. 88.

[18] Les Indes, Un champ d’îles, La terre inquiète, op. cit, p. 89.

[19] Saint-John Perse, op. cit, p. 191.

[20] Ibid, p. 183.

[21] Ibid.

[22] Ibid.

[23] Ibid, p. 229.

[24] Ibid, p. 457.

[25] E. Glissant, « L’errance, l’exil », in Poétique de la Relation, op. cit, p. 25.

[26] Ibid, p. 53.

[27] Les Indes, Un Champ d’îles, La terre inquiète, op. cit, p. 92.

[28] Ibid, p. 29.

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Rousseau interactif

Par René Lemieux | Université du Québec à Montréal

Jean-Jacques Rousseau redeviendrait-il pertinent pour penser le politique? Le philosophe genevois du XVIIIe siècle devient en tout cas la base intellectuelle d’un « essai interactif », Rouge au carré (ou Rouge2), conçu par l’École de la Montagne rouge, le projet multidisciplinaire Capitaine Soldat et l’agence Commun, en collaboration avec le magazine Urbania, et disponible sur le site Web de l’Office national du film du Canada, en lien évidemment à la grève étudiante que vit le Québec.

Le projet interactif se présente comme une plateforme où sont lus vingt-deux très courtes citations de Rousseau (vingt provenant du Contrat social, et deux autres de la Lettre à D’Alembert sur les spectacles et des Considérations sur le gouvernement de Pologne). La forme en aphorismes, imposée au texte de Rousseau, permet au « lecteur » de voyager dans le texte sans itinéraire pré-établi, quelque chose comme une lecture labyrinthique non-linéaire. L’aspect interactif des images, d’un très beau graphisme – noir et rouge -, permet quant à lui, pour chacune des citations, un temps de pause, un temps de réflexion qu’une lecture plus assidue des textes n’auraient peut-être pas permis.

La lecture change de forme, sans nécessairement en perdre au niveau de la qualité. Il s’agit en tout cas d’un très bel exercice esthétique sur la philosophie politique comme matière première.

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Les protestataires d’Occupy London sont les vrais disciples de Jésus, même s’ils méprisent la religion

Traduction d’un article par Terry Eagleton, par René Lemieux, Montréal

Pour le moment du moins, la fabrique de la cathédrale Saint-Paul à Londres semble avoir reculé. Dans un renversement légèrement comique, son doyen a démissionné alors que les protestataires pourraient être en mesure de rester sur place jusqu’en 2012. Le personnel de la cathédrale pourra tout de même se consoler du fait que les manifestants campent pacifiquement sur le parvis de l’édifice sacré, alors que leur maître se serait beaucoup moins bien comporté. Au lieu d’occuper l’endroit avec une pancarte devant le temple de Jérusalem, il aurait plutôt investi violemment les lieux.

Le grabuge que Jésus a produit dans ce lieu des plus sacrés, chassant les marchands et renversant leur tables, fut probablement suffisant pour lui donner une condamnation à la peine capitale. Frapper le temple, c’était frapper le cœur du judaïsme. Ce vagabond sorti de nul part a mis au défi l’autorité même des grands prêtres. Même ses camarades n’ont probablement vu dans ce défi incroyable rien de moins qu’un sacrilège.

On ne nous dit pas si les policiers anti-émeute de l’époque (les gardiens du temple) l’ont traîné hors des lieux, mais ils se seraient sûrement sentis justifié de le faire. Certains membres de la caste dirigeante juive auraient cherché une excuse pour faire taire cet agitateur populiste. Dans l’ambiance survoltée du temps pascal, ils ont craint qu’il pût déclencher une insurrection qui aurait eu pour effet de faire intervenir la puissance impériale de Rome sur le territoire juif. Si les prêtres étaient vraiment à la recherche d’une excuse pour se débarrasser de lui, Jésus semble leur avoir donner celle qu’ils recherchaient sur un plateau d’argent. Peu après ce drame politique, il était mort. Non seulement mort, mais crucifié, ce qui, pour les Romains, était un châtiment réservé aux infractions politiques. Cloué et montré en spectacle à la vue de tous, vous deveniez un avertissement pour les prochains qui voudraient se rebeller.

Qu’avait Jésus contre les marchands du temple? Il ne pouvait s’agir pour lui d’être opposé aux transactions commerciales. En fait, il semble qu’il ait eu lui-même, dans son entourage, un homme d’argent, Judas Iscariote – même s’il n’est pas le genre d’homme à donner une bonne réputation au métier de comptable. Il ne pouvait pas non plus penser que la religion avait le moindrement rapport avec de telles mondanités. « Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu, » (Mt 22:21) n’est pas une déclaration stipulant que la politique soit une chose, et la religion une autre. Tout juif familier avec les Écritures sait que la justice, la compassion, l’accueil de l’étranger et la protection des pauvres contre la violence du riche, appartiennent au domaine religieux.

C’est le système dans lequel faisaient partie les marchands du temple qui a poussé Jésus à une telle rage. Ces marchands se trouvaient au temple parce que les fidèles s’y rendaient pour offrir des sacrifices et, pour ce faire, devaient amener avec eux un agneau ou quelques colombes. Cela voulait aussi dire qu’il leur fallait faire un long voyage pour voir très souvent leurs offrandes rejetées à l’arrivée par les prêtres du temple, parce que jugées trop impures ou imparfaites. C’était donc plus sûr de s’acheter un animal sur place et, pour cela, vous pouviez avoir besoin de changer la monnaie de votre localité d’origine en devise métropolitaine.

Il y avait néanmoins une opinion répandue selon laquelle ces actes devenaient des parodies d’un véritable sacrifice. Ce que vous offriez n’était pas de vous – ou du moins, l’avait été que pour un bref moment. Vous aviez besoin de donner à Dieu quelque chose qui était une partie de vous même, pas quelque chose de l’ordre du prêt-à-donner. Jésus était sans doute d’accord avec cette opinion, tout comme les pharisiens avec qui Jésus avait beaucoup en commun, malgré ce que les chrétiens peuvent en penser. Il croyait qu’un don devait être d’une certaine manière l’expression intime du donneur, et que le système du temple avait brisé ce lien vital. Le rite dans son ensemble était devenu automatisé et dépersonnalisé.

En cela, Jésus ne fait qu’un avec un autre prophète juif plus tardif, Karl Marx, dont le concept d’aliénation implique une rupture similaire entre le produit et le producteur. Avec le capitalisme, Marx pensait que les hommes et les femmes cessaient de se reconnaître dans leurs œuvres, fabriqués de leurs propres mains. Jésus n’était pas anticapitaliste, pas plus que Dante était darwinien. Mais il était prêt à risquer sa vie pour défendre ce qu’il voyait comme une forme authentique du don contre un système qui l’appauvrissait. En tant que tel, il aurait probablement compris ce contre quoi protestent ceux qui grelotent sur le parvis de Saint-Paul. Ils ont certainement réussi à faire tomber dans une panique impie la caste dirigeante d’un lieu si pieux, exactement comme Jésus l’a fait. De ce point de vue, ils sont ses disciples, même si beaucoup d’entre eux peuvent, à bon droit, mépriser la religion.

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L’indifférence est une violence qui frappe plus fort qu’un coup de matraque

Par Isabelle Côté | 11 juin 2012

Suis-je en colère? Oui, sans aucun doute. En fait, j’ai du mal à identifier les émotions et sentiments qui assaillent mon être. C’est un mélange explosif de colère, de déception, de découragement, d’impuissance, de honte, d’inimité, de crainte, de désespoir… Quoi d’autres? J’en ai du mal à trouver les mots.

Avec cette grève étudiante, nous avons assistés à la plus grande mobilisation citoyenne de l’histoire du Québec. Une mobilisation regorgeant d’imagination, de joie, de fierté et d’espoir. Notre jeunesse a su mettre à contribution son intelligence et son imagination de façon à toucher et à sensibiliser une grande partie des Québécois(es). Si bien que 200 000 citoyen(nes) solidaires sont sorti(e)s dans la rue le 22 mars 2012, 300 000 encore le 22 avril, près de 400 000 le 22 mai. Quelle beauté! Mais le gouvernement a fait la sourde oreille et continue à ce jour à faire la sourde oreille (on passera sur les mises en scène de négociations perdues d’avance).

Cela fait aujourd’hui 49 jours que des manifestations nocturnes ont lieu. Des manifestations essentiellement pacifiques. Je suis en mesure de l’affirmer, car j’ai participé au moins au trois quart de celles-ci. Pacifiques, dans la mesure où le SPVM ne s’en mêle pas trop à vrai dire. Quand ils ont commencé à réprimer de façon violente ce mouvement, ils ont contribué à radicaliser un mouvement à la base très pacifique.

Or, cette violence est décriée par des médias complices, non pas des étudiants ou du mouvement, mais de la police politique, c’est-à-dire à la solde de Jean Charest et des intérêts qu’il défend, qui courent dans nos rues depuis plusieurs semaines. Nous ne voyons aucune image dans les médias de masse de la brutalité policière et des arrestations arbitraires qui se produisent quotidiennement, qui sèment la colère ainsi que la révolte qui à leur tour mènent à des émeutes. Mais des images de cette colère et de cette révolte qui se traduisent par des gestes violents émanant d’une minorité, ils nous les tournent en boucle en s’assurant de bien rentrer dans la tête des gens l’idée que le mouvement est violent, extrême, anarchiste, communiste, voire même terroriste.

Je suis de celle qui se fait courir après et qui tente du mieux qu’elle peut d’échapper aux matraques, au poivre et aux gaz, soir après soir. Ceux qui me connaissent savent très bien que je suis pacifique, non-violente et loin d’être une terroriste. Je ne suis qu’une professeure, une mère, une femme, une citoyenne, de plus en plus indignée, qui se soucie de justice sociale, d’équité, de respect des droits et de la démocratie et de l’environnement… Bref qui se soucie de léguer un meilleur avenir à nos enfants. Et en tant que citoyenne, je tente de me faire entendre dans la rue, de la même façon que nos ancêtres ont fait pour gagner nos acquis sociaux. Pourtant, on me coure après sans discrimination. Je dois vous l’avouer, je suis traumatisée. Je n’ai pas d’autres mots pour qualifier ce que je vis depuis des semaines que ceux de terrorisme d’État. Ma vie ne sera plus jamais la même. On parle d’essoufflement du mouvement. Je crois plutôt que certains sont terrorisés et n’osent plus revenir. Et croyez-moi que je les comprends tout-à-fait.

Mais le comble de l’indécence s’est produit cette fin de semaine coïncidant avec les festivités du Grand-Prix. Des gens vêtus de leur plus beaux habits ont voulu profiter de ces festivités. Je ne leur en veux pas du tout et je les comprends. Il m’arrive aussi de sortir de temps en temps et de prendre du bon temps. Mais comment comprendre que certaines de ces personnes ont pu prendre plaisir et se divertir, attablées à leur terrasse, de voir des manifestants se faire violenter par l’anti-émeute présente en nombre disproportionné? Comment comprendre que certaines personnes circulaient à travers toute cette violence comme si rien n’avait lieu, comme si tout était «normal»? N’ont-ils point de capacité d’indignation?

En fait, je le comprends d’une certaine façon et le mets sur le compte de l’individualisme exacerbé qui ronge notre société. Sur l’individualisme dans lequel règne le chacun pour soi, le Me Myself and I, le Je Me Moi. Mais au delà de la théorie, mon coeur à bien du mal à comprendre que l’on puisse à ce point être individualiste. Évidemment, je sais bien que seule ma tête peut comprendre, mais elle ne peut empêcher mon coeur de saigner.

Déjà en 1840, Alexis de Tocqueville, dans De la démocratie en Amérique, mettait en garde contre les dangers du despotisme dans les sociétés démocratiques: «Je veux imaginer sous quels traits nouveaux le despotisme pourrait se produire dans le monde: je vois une foule innombrable d’hommes semblables et égaux qui tournent sans repos sur eux-mêmes pour se procurer de petits et vulgaires plaisirs, dont ils emplissent leur âme. Chacun d’eux, retiré à l’écart, est comme étranger à la destinée de tous les autres: ses enfants et ses amis particuliers forment pour lui toute l’espèce humaine; quant au demeurant de ses concitoyens, il est à côté d’eux, mais il ne les voit pas; il les touche et ne les sent point; il n’existe qu’en lui-même et pour lui seul, et s’il lui reste encore une famille, on peut dire du moins qu’il n’a plus de patrie». Voilà! C’est ce à quoi j’ai assisté médusée cette fin de semaine. L’indifférence est une violence qui frappe plus fort qu’un coup de matraque.

Que l’on soit pour ou contre la grève, pour ou contre la hausse des droits de scolarité, rien ne justifie une telle répression. J’ai honte de certains de mes concitoyens complices par leur silence. Encore heureuse que le reste du monde nous admire.

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Coup de théâtre à Victoriaville

Par Isabelle Côté | 5 mai 2012

Prologue

Quelle désolation que le spectacle d’hier soir [4 mai] à Victoriaville. Je vous imagine assis bien confortablement dans votre salon, au chaud et au sec, plongeant une main dans votre pop corn, et regardant avec effroi et indignation ces images qu’on vous passe en boucle. Hier soir, à Victoriaville, une intifada. Une intifada stratégiquement planifiée.

Acte I – scène 1

Des milliers de citoyen(ne)s réunis sous un air festif dans le stationnement du Wal-Mart de Victoriaville, à quelques mètres de L’hôtel le Victorin où avait lieu le Congrès du PLQ. Ces citoyen(ne)s étaient bien déterminé(e)s à perturber cette réunion regroupant les militants du PLQ. Solidaires, en chantant, ils ont marché d’un pas ferme et résolu vers le lieu de rencontre.

Sur les lieux, des clôtures non solidifiées, plantées stratégiquement là, en attente d’être renversées de façon à fournir une justification pour une intervention bien musclée des forces de l’ordre, de cet Ordre si vénéré. Le résultat ne se fit pas trop attendre. De fait, au bout de plus ou moins 20 minutes, les multiples bombes lacrymogènes pleuvaient littéralement sur la foule constituée d’étudiant(e)s, de citoyen(ne)s tout azimut et de tous âges… De tous âge, oui, car parmi la foule, des vieillards, des enfants et au moins un bébé que j’ai aperçu. Honte à ces forces de l’ordre!

Acte I- scène 2

La foule est indignée et en colère. Avec raison d’ailleurs. Des personnes âgées, mais d’autres plus jeunes aussi, sont grandement incommodées par ces gaz. Heureusement, des gens plus aguerris, majoritairement des membres du black bloc, circulent parmi les gens, leur viennent en aide et les soulagent avec leur mélange de maalox et d’eau qui fait des miracles contre les brûlures aux yeux causées par ces gaz. La foule se disperse, puis revient là où le vent pousse les gaz dans la direction opposée. Entretemps, une dame a reçu une balle de caoutchouc en pleine gueule. Sur une civière, les dents dans les mains, elle fut transportée à l’hôpital en ambulance.

Acte II- scène 1

Une bonne partie de la foule, de plus en plus en colère, finit par se retrouver sur le terrain adjacent de l’hôtel où se tenait le Congrès.  La mise en scène avait été soigneusement mise en place pour une véritable intifada. En effet, le terrain adjacent à l’hôtel en question était nul autre qu’un champs de roches! Un champs de roches! Pffff… Comment ne pas être porté à penser que tout cela n’était pas un hasard? Il nous faut supposer qu’en décidant de tenir son Congrès à cet endroit, le PLQ avait certainement dû faire évaluer l’emplacement, le site, les terrains environnants, etc., par son équipe de sécurité. Nul besoin d’être un expert en stratégie pour le comprendre. Or, ce qui devait arriver arriva donc: les roches se sont mises à pleuvoir sur les agents de l’anti-émeute munis de leur armure. J’observais la scène et me suis dit que ça n’allait pas tarder qu’une formation d’agents de l’anti-émeute allait certainement arriver par l’arrière et ainsi forcer les gens à retourner vers la rue. Mais non! Ils sont restés là pendant plus d’une heure à se faire lancer des roches. Sans blagues! Il urge de remplacer le responsable tactique et stratégique responsable de la sécurité pour cette journée.

Acte II- scène 2

Tout-à-coup, ce policier qui sort de nulle part, seul et sans armure, il se retrouve parmi la foule et se jette sur un manifestant. Mais à quoi donc a-t-il pensé? Peut-être avait-il inhumé trop de ces gaz? Quoiqu’il en soit, c’est à ce moment que plusieurs dizaines de manifestants se sont rués pour venir en aide à ce manifestant et s’en sont pris à ce policier. Un camion de la SQ est arrivé à sa rescousse, roulant à toute vitesse parmi la foule. Scène surréaliste.

Épilogue

Enfin, au terme de tout cela, c’est Jean Charest qui en sort grand gagnant. La manipulation médiatique a certainement bien fait son oeuvre et les méchants étudiants anarchistes et terroristes ont su être dépeints comme extrêmement violents. Alors que Jean Charest, le bon père de famille parvenant avec une main de fer à calmer ces enfants rebelles, va passer pour le héros. Le héros, le grand sauveur qui aura réussi à mettre un terme au chaos, à résoudre ce conflit à la suite de négociations qui tombaient, comme par hasard, juste à point. Bravo M. Charest pour cette extraordinaire mise en scène et cette habile récupération médiatique et politique de l’événement. Bravo! Bravo! Bravo!

Réveillez-vous! Osez la liberté!

Voilà 250 ans, David Hume […] était intrigué par la «facilité avec laquelle les plus nombreux sont gouvernés par quelques-uns, la soumission implicite avec laquelle les hommes abandonnent» leur destin à leurs maîtres. Cela lui paraissait surprenant, car «la force est toujours du côté des gouvernés». Si le peuple s’en rendait compte, il se soulèverait et renverserait ceux qui le dirigent. Il en concluait que l’art du gouvernement est fondé sur le contrôle de l’opinion, principe qui «s’étend aux gouvernements les plus despotiques et les plus militarisés, comme aux plus libres et aux plus populaires» […] Il serait plus exact de dire que plus un gouvernement est «libre et populaire», plus il lui devient nécessaire de s’appuyer sur le contrôle de l’opinion pour veiller à ce qu’on se soumette à lui […]. Le peuple est un «grand animal» qu’il faut dompter, disait Alexander Hamilton — Noam Chomsky, Le profit avant l’homme, 2004.

N.B.: Ce texte ne reflète que ma vision personnelle des événements.

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Appel aux acteurs du milieu des arts – lettre à Christine Saint-Pierre

Nous avons (malheureusement) reçu cet appel trop tard, déjà quelque 2600 personnes ont signé la lettre, Le Devoir du mercredi 13 juin a publié les noms. Nous tenons toutefois à le partager.

Ceci est un appel à tous les acteurs du milieu culturel afin de dire haut et fort et d’une seule voix que la rhétorique de la peur dont use le gouvernement pour justifier de l’usage de la force est dangereux, indigne d’une société démocratique et extrêmement violent. Face aux propos de la ministre de la Culture, qui estimait que le carré rouge est le symbole de la violence et de l’intimidation, nous nous devons de combattre le mépris affiché et persistant de nos représentants politiques vis-à-vis notre intelligence.

Nous attendons des milliers de signatures.

Le délai est court parce que le temps presse.

SVP, envoyez votre nom à lettrealaministre@gmail.com avant mercredi [13 juin 2012].

Nous compilerons les signatures et enverrons la lettre par courriel à la ministre, à l’opposition, à QS ainsi qu’aux principaux quotidiens, hebdomadaires et véhicules d’information pertinents.

Madame Christine Saint-Pierre,
Ministère de la Culture, des Communications et de la Condition féminine
225, Grande Allée Est
Québec (Québec)  G1R 5G5

Madame la ministre,

C’est avec grand désarroi que nous avons pris connaissance des propos que vous avez prononcés ce vendredi 8 juin, propos selon lesquels « nous, on sait ce que ça veut dire le carré rouge, ça veut dire l’intimidation, la violence, ça veut dire aussi le fait qu’on empêche des gens d’aller étudier » (dans Le Nouvelliste et Le Devoir). Nous nous trouvons aujourd’hui dans l’obligation de vous demander de présenter des excuses publiques pour ces propos démagogiques qui tentent de discréditer la légitimité du port du carré rouge et de réduire malhonnêtement le sens qui lui est attaché, méprisant du coup le choix réfléchi et affirmé de très nombreux membres de la communauté artistique québécoise.

Que la ligne de parti vous oblige à une certaine réserve, nous le comprenons, mais que vous prêtiez si facilement votre ministère comme tribune à ce type de propagande alors qu’il est chargé d’administrer et de représenter les intérêts du milieu culturel québécois, nous indigne profondément: vous n’êtes pas sans savoir que la grande majorité des acteurs de ce milieu arborent fièrement le carré rouge. Tout comme le Premier ministre se doit d’être le représentant des intérêts de tout un peuple (chose qui, malheureusement, est actuellement mise en doute au Québec), une ministre de la Culture ne peut se permettre de mépriser les artistes et les travailleu(rs)ses culturel(le)s qui fondent les raisons d’être de son ministère.

Si votre objectif, en stigmatisant la violence associée au mouvement étudiant, est de vous faire du capital politique, nous tenons à vous rappeler que ce genre de stratagème éveille ce qu’il y a de plus boueux dans les consciences, et que de ne pas le savoir est indigne d’une ministre de la Culture. Or ce ne sont pas les voix qui manquent pour relever le sens et le niveau du débat que de toute évidence vous travaillez à abaisser: ces voix constituent le terrain fertile de la culture et viennent précisément de ce pan de la société qui oppose une culture humaniste à cette culture d’entreprise qui violente la libre pensée. Si le seul argument que vous décidez d’opposer à ce schisme idéologique profond est le recours à la peur pour justifier la nécessité du maintien de l’ordre, nous tenons à vous rappeler que ce flirt est extrêmement dangereux, et que dresser les vieux épouvantails de la peur au service de l’ordre rappelle de très mauvais souvenirs d’une histoire pas si lointaine.

Il est plus que temps que vous et les membres de votre parti preniez les responsabilités qui vous incombent en tant que représentants politiques quand vous usez de tels moyens de propagande pour diviser l’opinion publique, en stigmatisant le port du carré rouge comme un geste soutenant la violence. Vous aimez « oublier » que ce mot qui vous vient si fréquemment aux lèvres n’est pas incarné par les centaines de milliers de personnes, étudiants et citoyens qui marchent chaque soir dans nos rues, mais par un corps policier qui multiplie honteusement les gestes de brutalité envers des manifestants pacifiques. Vous aimez « oublier », aussi, que cette violence est celle de vos mots menteurs et méprisants, de votre inaction et de votre irrespect envers une part grandissante de notre population. Ce glissement sémantique témoigne de votre condescendance vis-à-vis de notre intelligence et du peu de respect que vous avez pour les raisons profondes et réfléchies d’arborer ce bout de tissu rouge. Une ministre de la Culture doit savoir faire preuve de discernement et ne pas rater l’occasion d’élever le débat au-dessus de la mêlée. Ce ne fut malheureusement pas le cas ce vendredi 8 juin et nous exigeons des excuses pour ce faux pas qui tente de nous plonger dans une rhétorique de la peur et dénigre par le fait même l’intelligence du milieu culturel et de ses représentants, qu’ils portent ou non le carré rouge. Nous ne pouvons consentir à cet abaissement du débat sur la place publique et cautionner par notre silence vos propos irrespectueux.

En espérant que vos mensonges cesseront rapidement de leurrer notre population, nous signons tous, acteurs et actrices du milieu culturel québécois.

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Rapport de circulation immédiat, 2

Par Simon Labrecque | Université de Victoria

Montréal, dimanche le 10 juin 2012. — « Le dimanche du Grand prix »

Départ : 13:35, Rosemont
Arrivée : 15:35, Rosemont

Objectifs :

  1. Aller y voir une fois de plus.
  2. Aller se faire voir, mais pas trop.

Depuis hier, j’ai lu cet article (qui doit circuler) dans Le Devoir sur l’attention policière accrue portée aux personnes portant un « carré rouge », et sur la « détention préventive et temporaire » de plusieurs.

Dans l’esprit d’une invitation militante à « aller en même temps au Grand Prix », j’entreprends tout de même, et pour une seconde fois, de :

  1. Mettre à l’épreuve la fluidité de la circulation contrôlée dans les transports en commun autour du lieu de « l’événement »; y relever lesdits contrôles; expérimenter les effets de la présence circulante.
  2. Intégrer un flux dirigé sans partager la direction; manifester ce non partage en y faisant autre chose—ici, lire et noter—, dont un titre cherchant à faire problème.

Attirail :

  1. De la guerre (Carl von Clausewitz [éd. abrégée et présentée par Gérard Chaliand; nouvelle trad. par Laurent Murawiec], Éditions Périn, Paris, 2006)
  2. Matériel de notation, dont un petit appareil photographique
  3. Titre de circulation/droit de passage
  4. À noter : aucun « carré rouge » épinglé, soit comme d’ordinaire; je porte toutefois un stylo rouge à la boutonnière (poche de chemise)

Feuille de route :

13:40 Autobus. Place assise. Faible fréquentation.

« Se cramponner à un Absolu, éluder les difficultés d’un trait de plume et s’obstiner en toute rigueur logique à toujours aller vers les extrêmes en y jetant chaque fois toutes ses forces, c’est n’édicter avec son trait de plume qu’une lettre morte, qui ne dit rien au monde réel. » (Clausewitz, p. 42)

J’ai noté depuis ce matin comment les bruits d’avion et ceux s’apparentant à des « explosions » sont remarquables ces jours-ci. Les chocs causés par le freinage de l’autobus sont surprenants selon une modalité similaire.

13:51 Station Joliette. Une voiture du SPVM à l’extérieur.

« Dès que les deux adversaires ne sont plus de purs concepts, mais des États et des gouvernement doués d’individualité, la guerre cesse d’être une idéalité, et devient plutôt le déroulement d’une action qui se développe sous l’effet de ses propres lois. C’est alors la réalité telle qu’elle se présente qui doit livrer les données permettant d’évaluer l’inconnu à venir. » (Clausewitz, p. 45)

13:56 Deux policiers sur le quai (moins que hier).

14:00 Direction Angrignon. Assez populeux. Place debout.

« 16. L’attaque et la défense sont de nature différente et de forces inégales, elles ne sont donc pas des pôles opposés. » (Clausewitz, p. 50)

14:06 Station Berri-UQAM. Aucun policier rencontré sur le quai, ni à l’étage au-dessus. Une dizaine d’agents du SPVM et une dizaine de la STM à l’étage de la rondelle.

14:10 Extérieur de la Grande Bibliothèque. Deux agents (SPVM). Un léger stress me travaille, connaissant ma destination.

14:15 Retour à l’intérieur. Comme hier, plus on approche du quai en direction de Longueuil, plus la présence policière est importante. Les gens avec des sacs se font demander de les ouvrir. Je dénombre une vingtaine d’agents (SPVM) sur le dernier palier avant le quai. Le stylo rouge semble attiré le regard de ceux et celles qui me croisent, mais après une « inspection » très rapide, le regard se détourne.

14:18 Direction Longueuil. Place assise. Deux agents par wagon.

« On est toujours plus enclin à surestimer la force de l’adversaire et à sous-estimer la sienne; la nature humaine est ainsi faite. Une appréciation imparfaite de la situation, avouons-le, contribue sérieusement à enrayer l’action militaire et à en modérer le principe. » (Clausewitz, p. 52)

« 20. Dès lors, il ne manque plus que le hasard pour faire de la guerre un jeu, et c’est ce qui se produit le plus fréquemment. » (Clausewitz, p. 53)

14:22 Débarquement insulaire. Très forte présence policière. Sortie autorisée différente que celle d’hier (autre côté). Présence impressionnante à l’extérieur, soit partout où peut se porter le regard, ou presque.

14:25 Je remarque, sous un arbre, un groupe de cinq jeunes dans la vingtaine avec deux policiers qui semblent remplir un rapport, l’un deux assis de côté sur un quatre-roues. Le son des formules 1 vibre à un rythme singulier, invariant par variations. Promenade.

14:40 Clausewitz à la Biosphère.

« Bien que notre entendement se sente toujours tenu d’aller vers plus de clarté et de certitude, notre esprit est néanmoins souvent attiré par l’incertitude. Plutôt que d’emprunter avec l’entendement les méandres étroits de l’investigation philosophique et de la causalité logique, afin de gagner, quoique à peine conscient de lui-même, des sphères où il se sent étranger et n’aperçoit aucun des objets qui lui sont déjà connus, il préfère s’attarder avec la force de l’imagination dans le domaine de l’accidentel et de la fortune. Au lieu de l’amère nécessité, il préfère se griser au royaume des possibles. » (Clausewitz, p. 54)

« 1. Mine : excavation pratiquée sous un ouvrage pour le faire sauter au moyen d’un explosif. (N.d.T.) » (Murawiec dans Clausewitz, p. 55, note 1)

14:46 Assis à une petite table à piquenique, j’aperçois deux filles arborant le carré rouge, marchant. L’une d’elles à un petit sac. Content de voir qu’elles peuvent circuler…! Plus loin, un policier lourdeau en « armure » marche d’un pas mou, seul. L’ « art public » de la Biosphère n’a probablement jamais été aussi bien gardé, si l’on en croit le son quasi constant de l’hélicoptère au-dessus de la région.

Je crains de moins en moins de me faire appréhender, étant dans un lieu où les policiers patrouillent rarement, et tout près des camions des médias. Remarque méthodologique : éviter que l’auto ethnographie ne tourne mal, soit en confidence, soit en confessions. Néanmoins : accalmie ressentie; le soleil plombe. Deux types de chaleur, donc.

14:51 Une autre fille avec carré rouge, avec deux garçons.

« Si le dessein est modeste, faible l’élan de l’enthousiasme dans les masses, celles-ci auront plutôt besoin d’être incitées à l’action que d’être retenues » (Clausewitz, p. 57)

14:58 Patrouille de trois policiers (SPVM) à cheval. Les chevaux ont un « masque », une visière protectrice. Les touristes sont curieux.

15:03 Je quitte les lieux. À l’entrée du métro, un haut gradé de la police donne une « conférence de presse ».

Sur les quais, une vingtaine de policiers (SPVM)

« Les forces armées doivent être détruites, c’est-à-dire être réduites à une condition où elles ne sont plus aptes à continuer la lutte. Dans ce qui suit, soulignons-le ici, quand nous parlons de ‘détruire les forces ennemies’, c’est uniquement en ce sens que l’expression doit être entendue. » (Clausewitz, p. 60)

15:07 Direction Berri-UQAM. Place assise. Environ six policiers (SPVM) dans le wagon de tête.

« Dans la réalité, avec l’incapacité à résister plus avant, il y a deux raisons de faire la paix. La première est l’invraisemblance de la victoire, la deuxième son coût trop élevé. » (Clausewitz, p. 62)

« Le bilan de l’énergie déjà dépensée et de celle qui reste à dépenser pèse d’un poids encore supérieur dans la décision de faire la paix. » (Clausewitz, p. 63)

15:15 Direction Honoré-Beaugrand. Debout. Fatigue en effet très marquée… Mais pourquoi? Elle semble disproportionnée par rapport à la teneur de ce que j’ai fait, c’est-à-dire une courte promenade et un peu de lecture.

« La troisième méthode est la plus importante en raison de la fréquence des cas où elle est applicable; elle consiste à user l’adversaire. Le terme n’est pas seulement choisi pour exprimer la chose en un mot, mais parce qu’il exprime pleinement ce qu’il veut dire, et qu’il est moins figuré qu’il n’y paraît au premier regard. Dans le concept d’usure au cours du combat entre l’épuisement progressif des forces physiques et de la volonté causé par la durée de l’action. » (Clausewitz, p. 65)

15:25 Station Joliette. Deux policiers (SPVM) à l’extérieur, aucun à l’intérieur. Direction Saint-Michel. Place assise.

« Si nous voulons durer plus longtemps que l’adversaire dans le conflit, nous devons nous contenter d’objectifs modestes, car, de nature, les objectifs ambitieux coûtent plus cher que les modestes; l’objectif le plus modeste que nous puissions nous fixer est l’autodéfense simple, c’est-à-dire un combat dénué de dessein positif. On y disposera de moyens relativement supérieurs et l’issue sera mieux assurée. Jusqu’où peut aller cette démarche négative? À l’évidence, pas jusqu’à une passivité complète, car endurer n’est plus combattre. La résistance est une activité, dont le but est de détruire une grande quantité de forces adverses au point de forcer l’ennemi à abandonner ses buts. C’est à cela que tend chaque action isolée, et c’est en cela que consiste le caractère négatif de notre intention.

Incontestablement, chacune des actions menées dans le cadre de cette intention négative n’a pas un rendement aussi important qu’une action positive, si toutefois elle était réussie. Mais c’est là que gît la différence : la première réussit plus facilement et offre donc plus de sécurité. Ce qu’elle perd en efficacité par action, elle le rattrape dans le temps, c’est-à-dire dans la durée. C’est ainsi que le dessein négatif, en quoi consiste le principe de la simple résistance, est également le moyen naturel de surpasser l’adversaire dans la durée, c’est-à-dire de l’user.

[…] Si le dessein négatif, soit l’allocation de tous nos moyens à la simple résistance, occasionne une supériorité dans le conflit, et si celle-ci suffit à contrebalancer la supériorité quantitative de l’adversaire, la simple durée du conflit suffira alors à forcer l’adversaire à dépenser ses énergies au-delà de ce que permet son objectif politique—ce qui le contraindra à l’abandonner. On voit ainsi comment l’usure de l’adversaire comprend la plupart des cas où le faible résiste au fort. » (Clausewitz, pp. 65-66)

15:35 Arrivée. Je découvre, via Twitter, que je ne suis pas le seul à être allé me promener pour lire aujourd’hui.

Je découvre aussi que plusieurs « arrestations préventives » ont eu lieu, peu avant que je me trouve sur l’île, et probablement pendant (dans Le Devoir et La Presse).

17:15 Ces lignes écrites.

Principal enseignement pratique :

On sent physiquement le stress lié aux chances accrues de l’arbitraire policier.

Le Rapport de circulation immédiat 1 est aussi disponible.

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