Lettre ouverte à Yves Boisvert à propos de la fin de la grève étudiante

Par Annie Dulong | Montréal, 21 septembre 2012

En réponse à «Les lendemains de la « victoire » étudiante», chronique de Yves Boisvert

Monsieur,

Peut-être n’avez vous pas compris le sens de la lutte menée par les étudiants: ils sont, déjà, de plus en plus nombreux à avoir à dépendre des banques alimentaires et des prêts des banques (en plus de leurs prêts étudiants) pour réussir à vivre quelque part tout près du seuil de pauvreté. Les bonifications du système des prêts et bourses, utilisées par le gouvernement Charest pour tenter de faire avaler la pilule d’une augmentation de 82%, ne correspondent en fait qu’à des mesures déjà demandées depuis fort longtemps, bien avant la hausse. À aucun moment les étudiants ont-ils dit qu’ils ne voulaient pas payer. Ils ont plutôt dit, et très sagement d’ailleurs, qu’ils voulaient payer après: pas en enrichissant les banques, seules bénéficiaires des intérêts des prêts de l’Aide financière aux études, mais en remboursant le gouvernement, sous la forme d’une «taxe» à l’éducation. Voilà le sens de la gratuité qui vous fait si peur. Je n’aurais aucun problème, par exemple, à devoir, pendant 5 ans, payer cette taxe sur mon revenu de diplômée (disons 4%) qui finirait par couvrir amplement les coûts réels de ma formation, et nous serait retourné à tous, collectivement. Beaucoup plus efficace et rentable, d’ailleurs, que de maintenir des générations d’étudiants dans la pauvreté, et de les grever ensuite pendant qu’ils remboursent, durant 15 ans, leurs prêts étudiants à coup de 500$/mois. Vous avez déjà essayé d’avoir une vie vaguement normale d’adulte diplômé quand vous avez déjà 500$ par mois à rembourser, et ce, sans compter vos prêts à la banque, le loyer, etc.? Ça ne fait pas des étudiants de grands consommateurs, donc ils paient moins de taxes, donc ils rapportent moins! Je ne suis pas économiste, mais même la littéraire que je suis voit le problème! Les nouveaux médecins et ingénieurs, dont la formation coûte diablement plus cher que celle des littéraires, philosophes, etc., et qui bénéficieront d’un excellent salaire dès leur sortie de l’université, paieraient le même pourcentage, et rembourseraient davantage. Difficile de trouver des torts à cette solution qui assurerait une plus grande accessibilité aux études supérieures, peu importe le revenu familial, la classe sociale, la formation, etc., tout en créant un fonds pour l’éducation des générations futures et en finançant directement le gouvernement et les universités, au lieu d’enrichir toujours plus les banques.

Et si, après tout cela, on se mettait en fait à parler d’autres manières de financer l’éducation? Et si on sortait de nos chemins habituels qui consistent à en demander toujours plus aux plus pauvres? Voilà le sens de la démarche des étudiants et de tous ceux qui, depuis 6 mois, ont marché avec eux. Voilà l’orientation, aussi, que voudront suggérer les étudiants lors des états généraux.

2 Commentaires

Classé dans Annie Dulong

2 réponses à “Lettre ouverte à Yves Boisvert à propos de la fin de la grève étudiante

  1. Annie, le plus difficile n’est pas de terminer ces études de qualité discutable, mais de trouver de l’emploi ici pour déloger les baby-boomers qui n’ont plus de fond de retraite! Alors ne me fais pas le discours du  »Je n’aurais aucun problème, à payer cette taxe (pendant 5 ans dans la même entreprise) sur mon revenu de diplômée » , à moins d’être travailleur autonome ou de vivre en Alberta!

  2. Vous mélangez beaucoup de choses: je considère mes études comme n’étant pas de qualité discutable: j’ai fréquenté 3 universités, et eu la chance de croiser les professeurs et chargés de cours très qualifiés. Bien sûr, comme dans n’importe quel domaine, il y a de temps à autres des cours décevants, mais c’est loin d’être la norme. Le propre des études universitaires, c’est aussi de nous conduire à devenir de plus en plus autonomes et aptes à la recherche. Je considère donc que si un cours m’est apparu inutile, c’est probablement en bonne partie parce que je n’ai pas fait correctement mon boulot d’étudiante puisqu’il me revenait de compléter par des lectures et d’utiliser la matière enseignée pour approfondir mes connaissances. Nous ne sommes pas des éponges passives, nous avons un rôle à jouer dans notre formation. Les baby-boomers: ce ne sont pas nécessairement eux qui limitent l’accès à des emplois stables. Les limites que nous rencontrons se situent bien plus, à mon avis, du côté de la précarisation des emplois, de la disparition des emplois permanents. Quant au 4%, croyez-moi, même avec un salaire assez misérable, il serait autrement plus facile à assumer que les remboursements de prêts étudiants. Et surtout, il ne serait pas assujetti aux intérêts qui ne profitent qu’aux banques, et non au gouvernement!

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