Pourquoi l’Union européenne mérite le prix Nobel de la paix

Par Marie-Ève Bélanger, Bruxelles

Le prix Nobel de la paix vient d’être octroyé à l’Union européenne, une communauté qui n’échappe pas à la crise financière secouant présentement de nombreux États à travers le monde. Cependant, et peut-être pour la première fois de son histoire, l’Europe, même acculée à la crise, adopte la mise en œuvre d’un mode de résolution pacifique des conflits plutôt que de prendre les armes contre elle-même. Et si l’impossibilité du recours à la guerre pour régler la crise économique sur le territoire européen semble aujourd’hui une évidence, il n’en a pas toujours été ainsi.

L’histoire européenne est marquée par une succession ininterrompue de guerres fratricides qui, générations après générations, se sont employées à ravager, charcuter et diviser le continent. D’abord au profit des grands royaumes, puis des grands empires, et enfin, des grands États, ces guerres ont périodiquement décimé les peuples européens par leur pillage, leur destruction, leur assassinat. Au début des années 1950, les Communautés Européennes se sont érigées sur les cendres encore chaudes de la deuxième guerre mondiale, dans un espace politique vide, déserté par un État en faillite. « Plus jamais ça! » S’écriait-on en 1945, plus jamais quoi? Plus jamais la guerre, bien entendu, mais aussi plus jamais l’État, cet État qui, de guerre en guerre reste incapable de contenir sa puissance, et dont les frontières représentent toujours un objet de convoitise pour ses voisins. Cette violence, celle de la conquête, est à l’origine de la fondation l’État et elle en dicte toute la structure; les intervalles de paix sont toujours temporaires dans le monde interétatique.

L’intention de la construction européenne est justement de rompre ce lien – que 400 ans d’histoire nous avait fait envisager comme inaltérable – entre l’acte de violence originel et la construction du politique. Le projet de préservation de la paix mène l’Union à refuser absolument d’envisager la guerre comme alternative possible dans la résolution des conflits. Et c’est véritablement là toute l’originalité de la construction européenne : avec la communauté est né un processus politique nouveau, se situant en dehors du cycle de la violence, c’est-à-dire hors la nécessité de répondre à la violence par la violence. L’Union est créée pour préserver la paix, c’est vrai, mais surtout elle est le fruit d’un processus pacifique. Le projet européen est donc radicalement différent du projet étatique puisqu’il puise son origine dans une action politique conduite par une volonté de paix, et non un acte de violence. C’est cette volonté fondatrice qui, traversant toute l’histoire de la construction européenne, permet aujourd’hui d’envisager des solutions pacifiques aux conflits européens.

Inévitablement, les résultats contemporains de la mise en œuvre du projet européen en déçoivent plusieurs. Être en paix, c’est-à-dire ne pas être en train de s’entre-tuer, n’a pas réglé tous les problèmes sociaux et politiques comme le mirage libéral – et non pas européen – l’avait laissé sous-entendre. Mais il ne faut pas confondre les effets : le produit de la paix, ce n’est pas le bonheur, c’est l’absence de guerre. Et en ce sens, il semble que la reconnaissance du rôle joué par la construction européenne depuis plus de 60 ans dans l’établissement et le maintien de la paix sur un territoire de plus en plus vaste et encore promis à l’élargissement, soit tout à fait appropriée.

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