Charlie et moi (n’allons plus) à la manif

Par Marie-Ève Bélanger, Bruxelles

Charlie et moi, on est inséparables. On fait toujours tout ensemble. La plupart du temps on s’amuse bien et on rigole beaucoup. On a nos blagues et nos habitudes, on s’invente une vie toutes les deux. Des fois je l’engueule en disant « NON Charlie! », alors elle m’imite, et je me sens un peu ridicule. Toute la journée elle dit « mamamamamaman » et souvent je pense : « Moi, maman? » Charlie est née quelques mois avant le printemps érable.

Charlie avec son papa, Rafaël Peels.

Charlie avec son papa, Rafael Peels, à la manifestation du 27 mars 2012 à Bruxelles, Belgique, contre la hausse des droits de scolarité au Québec.

Là où je vais, Charlie va. Et comme chez nous, la réflexion et la critique, c’est aussi une hygiène de vie, Charlie s’est régulièrement retrouvée allaitée dans des réunions du Parti Socialiste de Lutte, endormie dans mes bras aux comités constitutionnels, étendue sur son doudou au campement des indignés ou juchée sur les épaules d’un camarade pour m’encourager à exprimer notre colère collective au mégaphone; je l’ai trainée sur des kilomètres de manifs, elle a bravement traversé des heures d’assemblée et elle a fièrement porté un peu partout sa minuscule pancarte « solidarité transgénérationnelle ». Ensemble, on a pris la rue et on a dit « nonononononon ». Sa socialisation s’est faite – se fait – dehors, au cœur de nos espaces publics et politiques et parmi ses concitoyennes et concitoyens; pas seulement entre les quatre murs d’une garderie. Surtout, grâce à elle, ma lutte a pris un sens et l’importance de nos combats me semble encore plus grande.

Quand je suis quelque part, Charlie n’est jamais bien loin. Et ma nouvelle mission dans la vie, c’est de l’aimer et de la protéger. Je l’aide à comprendre comment traverser la rue, je lui tiens la main quand on marche ensemble, je la prends dans mes bras quand c’est glissant ou quand elle est fatiguée. Je ne sors jamais sans quelques fruits secs, une ou deux couches et une bouteille d’eau, au cas où. Je donne des bisous sur ses bobos. Je souffle sur sa nourriture quand c’est trop chaud et je mets ses petites mains dans mon cou si elles sont froides. Je m’inquiète déjà de ses premières chicanes, de sa première peine d’amour, de son premier jour d’école, de sa première chute à vélo. Alors inutile de dire que maintenant, quand il y a des manifs, Charlie et moi on reste à la maison : on a « le droit » d’y aller, mais « c’est dangereux ». On est autant en colère qu’avant, on se sent aussi concernées, aussi tristes, aussi découragées. Mais maintenant, on mesure vraiment notre impuissance et on se sent seules et surtout, isolées. C’est exactement ça, la violence symbolique.

Dans mon ventre, il y a un petit frère ou une petite sœur pour Charlie. Une raison de plus pour manifester, une raison de plus pour ne pas manifester. Comment est-il aujourd’hui possible pour moi de concilier la maternité et l’engagement politique à travers l’action directe? N’est-il pas de mon devoir de citoyenne et de mère d’enseigner à mes enfants l’importance de la participation politique en tout temps et de la désobéissance civile lorsque la situation l’impose? Est-ce que je me suis engagée dans une lutte d’émancipation que je ne peux mener que lorsque les circonstances sont favorables?

Femme, je suis encore une fois privée de parole et d’espace public de par ma condition; pire, être invisible et sans voix m’interdit de me surprendre de mon insignifiance. J’ai toujours défendu l’idée qu’il fallait multiplier les stratégies, et qu’au mur de la pensée unique de droite nous devions opposer une multitude d’idées et de projets réalistes et délirants pour éviter de tomber dans le dogmatisme. Simplement, je n’aurais jamais pensé être structurellement privée du choix de mes stratégies, ou forcée dans des compromis qui me mettent mal à l’aise devant mes enfants. Aujourd’hui, je poursuis la lutte pour que Charlie n’ait jamais besoin de choisir entre la maternité et l’engagement politique, et pour qu’elle sache reconnaître la place, la valeur et l’importance des deux. Ce n’est pas gagné.

18 Commentaires

Classé dans Marie-Ève Bélanger

18 réponses à “Charlie et moi (n’allons plus) à la manif

  1. Denise Groulx

    Oh mon Dieu comme j’aime ce que tu écris ma belle. Je suis tellement mais tellement de ton bord. Je commence à avoir peur moi aussi. Tu sais, la dernière fois que j’ai eu peur comme cela, c’était pendant la Crise d’Octobre. Je m’en balançais un peu plus car j’avais 20 ans… Mais, là, avec l’âge, je commence à me dire qu’ils pourraient me faire mal au point oû mes os ne se ressouderaient jamais. Je ne sais pas encore si j’irai le 22 avril. Pour la journée de la Terre. J’espère qu’on sera nombreux. Je t’embrasse jolie maman. Ne lâche pas. Tu auras d’autres moyens de démontrer ta liberté d’expression dans quelque temps.

    Courage et bon accouchement.

    • Marie-Ève

      Ce message me touche beaucoup. Nos luttes prennent leurs racines dans celles qui les ont précédées, quelle inspiration pour nous et nos filles! Solidarité! On ne se laissera pas abattre! Merci et courage aussi à toi camarade!

  2. Izabelle

    Merci beaucoup! Je me permet de partager mon quotidien-tout ce qu’il y a de plus cheesy- en tant que maman qui ne veut pas démordre de l’importance de militer…
    _________________________________________________________
    En tant que maman de Flo (5 ans), je ne vais plus manifester avec elle depuis un bon moment. Disons qu’à 5 ans c’est difficile de comprendre que les chevaux, il ne faut pas les flatter et que «libérer les chevaux» c’est pas un slogan qui incite à tout le monde à faire un tour de poney. (C’est pas juste, c’est seulement les policiers qui ont droit de le faire!). À 5 ans, quand maman se fait arrêter, c’est inquiétant.
    «Est-ce que ça existe des gentils policiers, maman?»
    «Bah…heu…. -insérez la réponse la plus boiteuse possible ici-.. Ouais, ceux qui vont te sauver des «méchants» ou je sais pas trop….»
    «Maman, pourquoi M. a un gros bobo au visage?»
    « Ben il a reçu quelque chose au visage… C’est tombé du ciel…»
    «Quoi!? Tu veux dire que c’est la pluie qui a briser son oeil?»
    Et moi d’essayer d’être honnête: «Oui on a eu peur. Oui il va s’en sortir. Oui ok, ma puce, je te le dis honnêtement, ce sont les policiers qui ont tiré un projectile. M. va être ok. Veux-tu qu’on lui prépare un oeil de pirate? Ce serait chouette un oeil de pirate. Je pense qu’il aimerait ça!»
    Et bang, on glisse sur le terrain glissant de la violence. Des armes. De la guerre. Des méchants et des gentils… Pourquoi, comment, qui? La justice? C’est quoi ça.. «
    C’est quoi la différence entre légal et légitime maman?»
    Ma fille elle a prit un coup de vieux en quelques mois….
    « Maman, tu vas ou ce soir?»
    «Heuuu… Voir des amis ma puce, je rentre tantôt»
    «Je veux pas que les policiers te fasse mal…»
    «T’inquiète ma puce je vais pas manifester, voyons!» (Menteuse)
    (Flo me connait. Je suis incapable de lui mentir… Je finis toujours par avouer)

    Ce qui et différent maintenant, c’est que de sa naissance à ses 4 ans, Florence c’était une militante. Elle participait à des rassemblements populaires et elle adorait ça. Il y a eu un moment l’an dernier, à partir duquel je ne l’ai plus amener avec moi…
    «Je veux venir moi aussi! Regarde maman! On veux étudier, On veux pas s’embêter! A-tten-tion! on est pas des cornichons! Je connais bien mes slogans!»
    (Malaise)
    «Florence, c’est trop dangereux..»
    «Alors si c’est dangereux, n’y va pas! Je veux pas que tu te fasses mal maman!»
    « Ben en fait c’est plus complexe que ça….etc. etc. etc. (Conversation qui ne fini pas avec Florence et avec bien des adultes, par ailleurs. Le problème c’est que certains adultes ont les même réflexions que ma fille de 5 ans, seulement, ils sont bien plus têtus)»

    Enfin je pourrais en faire un roman..!
    ________________________________________________________

    Merci ça fait du bien ce que tu as écrit.
    Je te préviens,, tu risques d’avoir de sacrées discussions avec ta Charlie. C’est incroyable tout ce qui se passe dans la tête de ma Flo. Et ça ne fait qu’être de plus en plus complexe et nuancé. C’est incroyable le regard qu’ils ont la-dessus en bas âge..

    • Denis H

      Bonjour Izabelle,
      J’ai eu du mal a lire votre message d’un seul coup, il m’a tiré les larmes aux yeux. Je me suis reconnu dans votre message. Papa d’un petit garçon qui a aussi 5 ans, il en a vu des manifs au printemps dernier, il en connaît des slogans, il en crée aussi, il en a même créé un pour sa pancarte pour la marche du 22 avril 2012, il l’a garde jalousement.
      J’ai fait face et continue à faire face aux mêmes questions vis-à-vis la police. Pas facile parfois de nuancer gentils vs méchants; que parfois c’est bien de désobéir (donc qu’il nous désobéisse… Ne suis-je pas surpris qu’à la maternelle on me dise qu’il a un problème avec l’autorité?) C’est déjà pas facile de vivre avec des convictions de liberté, de justice, d’égalité, de solidarité; ajouter d’être parent à tout ça…
      Mais faut garder espoir et de se dire que nous avons dans les jambes, dans les bras, avec de la morve, qui nous empêche de dormir la nuit et le matin des raisons rempli d’amour inconditionnel pour continuer à lutter à tous les jours. Et que si on ne peut pas aller à la manifestation, on peut inculquer nos valeurs à nos enfants.

  3. Marie-Ève

    Merci d’avoir partagé ton histoire avec moi, Dans un sens, ça me rassure de savoir que cette discussion existe entre une mère et sa fille bien que les circonstances soient difficiles. Personne ne va nous l’offrir cette liberté, il faut la saisir et la faire exister, particulièrement dans nos rapports sociaux. J’imagine que ta fille et la mienne vont se croiser dans la rue dans quelques années! Merci aussi à toi Florence, jeune camarade. On a besoin de toi pour nous aider à nous défaire de nos chaînes et à rendre leur liberté aux chevaux.

  4. Hélène Morin

    Je suis une vieille militante et moi aussi je commence à avoir. J’étais à la manif du 22 mars et j’ai sentie un énorme malaise dans le plexus solaire. Je me suis éloignée juste à temps. Un peu plus loin et 10 minutes plus tard, les arrestations commençaient après une tactique de souricière de la police. Marie-Ève, Denise, Isabelle, on est toutes du même bord. On lâche pas et on fait ce qu’on peut, chacune à sa manière. Ce que j’aime c’est la solidarité entre les filles, d’Amérique, d’Europe ou d’Afrique, toutes les filles qui disent non à l’oppression.

  5. Paul

    Ma question est est ce que vos parents vous amenais à des manifestations lorsque vous étiez enfant?

    • Denise Groulx

      Paul,

      Non, parce que nos parents n’étaient pas politisés, ils étaient de la génération ayant vécu la Grande Noirceur, l’Autorité pour eux c’était sacré. C’est ma génération qui les a secoués, ils nous ont écoutés, ils étaient rarement d’accord au début, que ce soit sur la Crise d’Octobre, la pilule, l’avortement, le féminisme, les femmes ayant des jobs non traditionnels, les syndicats, le Parti québécois ou encore Pierre Elliot Trudeau.

      Notre musique, nos lectures, nos films, nos discussions autour de la table durant des heures. Eux, nous parlaient d’être prudents, de respecter l’autorité, de prendre soin de notre santé physique, psychique et aussi spirituelle. Ils nous donnaient de bons conseils même si parfois, nous avions tendance à nous en balancer comme de l’an 40.

      Mais, dans ma famille, nous avions de la chance: nos parents bien qu’inquiets pour mourir quand nous sommes descendus à Québec en novembre 1969 pour faire valoir notre droit à protéger notre langue, nous ont laissé libres d’y aller. Ils n’ont pas dormi durant quelques nuits, ils ont eu peur quand ils ont vu à la télé l’anti-émeute foncer sur la rue Saint-Jean. et ils ont poussé un soupir de soulagement quand nous sommes arrivés au petit matin.

      Quand je descendais dans la rue au lieu de faire du necking avec les gars, je ne suis pas certaine qu’ils étaient plus rassurés. Mais, ils nous ont laissé aller. Je leur dois beaucoup à mes parents de la majorité silencieuse. Des québécois de la terre, les premiers arrivés de leur campagne dans les années 40-50 pour travailler à la . »shop »….

      Jamais nos parents ne nous auraient interdit de manifester. Car ils savaient que la liberté était une vertu qui méritait d’être respectée.

      Alors, voilà. Nous avons foncé et nos parents nous ont aimé quand même.

  6. Vous exprimez magnifiquement bien votre hésitation et votre sentiment d’impuissance. Je ne comprends cependant pas le lien avec le fait que vous soyez une femme. Ça n’existerait pas si vous étiez un homme?

    • Marie-Ève

      Je vous donne une héroïne et vous me demandez: « mais où est le héros? »
      C’est naturel, c’est pour ça que je l’ai fait. Merci d’avoir reconnu toute la portée féministe de ce texte et de cet engagement.

      Je ne parle pas de ma relation de couple ou de ma vie de famille ici, je parle de la transmission de valeurs et de l’enseignement que je dois prodiguer à mon enfant par la parole, par l’action et par l’exemple. Je ne veux pas faire garder Charlie pendant que je vais manifester, je veux le faire avec elle, pour lui apprendre que c’est ça qu’on fait quand la société part à la dérive. C’est ça l’action directe, c’est ça la démocratie, la liberté. Je suis dans une relation de partage, je ne veux pas exclure Charlie de ces combats, c’est ensemble qu’on doit les mener.

      Quant au texte, vous pouvez faire l’exercice de changer « maman » par « papa » et je pense que cela prendra plus de sens pour vous. Je comprends que vous vous sentiez exclus du discours: en tant que femme, ça m’arrive tout le temps d’être invisible dans l’espace public. Je féminise les textes dans ma tête pour me sentir concernée.

      En plus, il me semble que je pointe vers une question qui touche spécifiquement les femmes en tant que genre: la maternité, avoir un bébé dans son ventre. Si votre femme est enceinte est-ce que vous pensez: « JE ne peux pas aller à la manif, c’est trop dangereux » ou plutôt « ELLE ne peut pas aller à la manif, c’est trop dangereux »? Moi, je ne veux pas que quelqu’un aille me représenter à la manif, c’est justement contre ça que je me bat: Harper ne me représente pas, Marois ne me représente pas, les médias ne me représentent pas, la police ne me représente pas, j’en ai marre, je veux me représenter moi-même, c’est bien la moindre des choses, non?

      Je ne veux pas avoir besoin d’être protégée ou de sentir que je met mon intégrité physique en danger lorsque je vais manifester. Avoir un bébé dans le ventre, et je ne vous accuse pas de ne pas pouvoir en faire l’expérience, comprenez-moi bien, ne doit pas me forcer à garder la maison et à garder le silence, au contraire. Cette expérience féminine et féministe mérite sa place dans l’espace public parmi les autres expériences et les autres voix concordantes et discordantes de la révolte. C’est aussi ça, varier les tactiques.

      • Votre grossesse change effectivement la donne, j’en conviens tout à fait. Mais vous sembliez indiquer que c’était une raison de plus pour ne pas aller manifester. J’avais l’impression que ce n’était pas le coeur de votre problème, mais plutôt la goutte qui faisait déborder le vase. Si c’était au centre de vos préoccupations, je comprends mieux votre point de vue.

        Mais en centrant votre texte sur la maternité elle-même, sans parler de la grossesse même, on se sent bien davantage qu’exclu en tant qu’homme: on se sent visé. Parce que vous indiquez que c’est votre statut de femme qui vous demande de choisir entre ne pas manifester (pour protéger votre fille) et aller manifester (pour lui montrer comment se représenter politiquement). Je ne peux pas changer « père » pour « mère » ici, vous semblez proposer que la société vous exige, en tant que mère, d’être celle qui doit « mieux » choisir ses activités de sorte de s’assurer que votre enfant soit en sécurité. Or, il me semble que la décision incombe à n’importe quel parent, qu’il soit père ou mère.

  7. Simon

    Simon, (pas moi, mais l’autre 🙂 Il s’agit de droits civiques. Au début du siècle, les associations féministes se sont battues pour que les femmes prennent une part active dans la sphère publique celles-ci étant confinées à la sphère privée (maison, enfants, ménages ou missions religieuses). Leurs demandes étaient faites sur la base que, dans une démocratie, à défaut d’avoir une représentation adéquate, les minorités sont désavantagées dans le processus politique. Il faut leur donner des moyens institutionnels pour assurer leur représentation. Nous avons donc modifié la Constitution pour s’assurer que les femmes aient des droits civiques et politiques. Aujourd’hui, avec la violence des manifestations (autant de la police que de CERTAINS manifestants) la possibilité de se réunir pacifiquement et de manifester est quelque sorte brimée. Et oui, comme père de famille monoparentale, je consent que cette situation peut exister en tant qu’homme. Mais nous sommes encore dans un monde où les inégalités entre homme et femme existent. Pour cette raison, que ce texte est très intéressant: il soulève un aspect des inégalités que nous avions peut être ignoré. Quoiqu’il en soit, ce texte me touche dans mon humanité. Bon courage à tous les militants!

    • Il n’y a pas d’inégalité dans cette situation. Ce que je lis dans ce texte, c’est que parce qu’elle est une femme (et c’est une condition vraisemblablement), elle doit faire ce choix. Je trouve ça particulièrement déplorable d’être si résignée pour quelqu’un qui semble militer très activement pour changer la société. Que cette situation semble naturelle et ne cause aucun remous me trouble profondément et je crois que ça fait partie des choses qu’il faut changer le plus rapidement possible. On n’a pas fait tout ce féminisme pour en être encore là.

  8. odin

    aller à une manif avec un enfant en bas âge est irresponsable…

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