Archives quotidiennes : 9 octobre 2013

Gisèle Sapiro sur la traduction

Par René Lemieux, Montréal

Dans une conférence, Gisèle Sapiro fait un compte-rendu de ses recherches sociologiques sur la traduction, cette dernière entendue notamment comme importations et exportations de biens symboliques[1]. Dans les trois dernières minutes de l’enregistrement, une question est posée à propos de la condition du traducteur aux États-Unis (la réponse commence à 99 min). Je retranscris une partie de la réponse, qui s’intéresse spécifiquement au problème de la professionnalisation (impossible) de la traduction en sciences humaines:

Je milite, en tout cas j’aimerais militer pour une réflexion collective sur les traductions des sciences humaines, parce que je pense que le problème est très différent de la traduction littéraire et il est trop facilement assimilé aux traductions littéraires. De fait, la condition des traducteurs de sciences humaines, elle est adossée, dans les organisations et les associations professionnelles, à celle des traducteurs littéraires, alors que les problèmes ne sont pas du tout les mêmes. Par exemple, il y a un problème de professionnalisation quasi impossible dans le secteur des sciences humaines parce que la professionnalisation, elle impliquerait une forme de capacité généraliste qui rend très difficile la spécialisation requise pour traduire les sciences humaines. Il y a des tensions comme ça. Moi, je serais pour développer une réflexion, même d’inscrire la traduction parmi les pratiques, dans les masters de différentes disciplines comme exercice intellectuel. Cela permettrait aussi la professionnalisation de certains dans la traduction, comme une des activités intellectuelles parmi d’autres, ce que la traduction a très longtemps été, avant sa professionnalisation assez récente.


Référence

Sapiro, Gisèle, «La place du français dans le marché de la traduction à l’heure de la mondialisation. Déclin ou renouveau?», conférence dans le cadre du Séminaire Créer et diffuser en Francophonie organisé par l’association Francophonie-ENS, 13 avril 2012, 103 min 42 s.


Note

[1] Pour les recherches de Gisèle Sapiro, voir les ouvrages collectifs qu’elle a dirigés: Translatio. Le marché de la traduction en France à l’heure de la mondialisation, Paris, CNRS-éditions, 2008, et Traduire la littérature et les sciences humaines: conditions et obstacles, Paris, Éditions du Ministère de la Culture et de la Communication, 2012, sur lequel Sapiro a accordé un court entretien à «La Suite dans les idées» sur France Culture.

Ce billet a d’abord été publié sur le site du Laboratoire de résistance sémiotique.

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