Les bigoteries et leurs frontières

Par Marie-Ève Bélanger, Genève

La violence inouïe des débats entourant l’adoption et la procréation assistée pour les couples homosexuels nous est devenue ordinaire. La peur. L’ignorance. L’ignorance nourrie par la peur, la peur s’abreuvant d’ignorance; un abcès qui, dans un mouvement circulaire lent et ininterrompu, se remplit de lui-même, s’aveugle, se gonfle, grimace et éclate dans une convulsion toxique : le jugement en guise de manière d’habiter le monde.

Établir une frontière. Établir toutes les frontières concevables. La multiplication des frontières enraie le mouvement. Contraint à l’immobilisme, le voyageur se transforme en un être inquiet. Moins il y a de mouvement, plus le décompte est aisé. Un – rien avant un – deux – rien entre les deux. Contenir l’espace chaotique et illimité des possibles, ramener le nombre des devenirs à une quantité raisonnable.

Devenir parent. Un projet sans réussite possible : regarder un autre grandir pour une fois. Chercher à l’atteindre sans y parvenir, puis l’atteindre, mais mal. Être incapable de l’aider, jamais, contempler, impuissante, son champ de bataille, croiser son regard parfois, sans certitude. Et l’aimer désespérément, d’un amour impossible, sans frontières, l’aimer entre chaque battement de cœur, une infinité suspendue entre un et deux. Elle m’en voudra, bientôt.

Il existe des pensées plus stériles que des ventres vides. Une certaine façon de dire les choses qui les rend repoussante, peut-être volontairement. Des parents sont barbares. Ils commettent des violences insensées, des humiliations qui stigmatisent et traumatisent. Détourner son regard de la famille nucléaire, ne serait-ce qu’un instant, c’est ignorer l’essentiel du révoltant, peut-être volontairement.

La bigoterie est infertile. À une bonne question, un débat important et une réflexion éthique nécessaire, elle répond en traçant une frontière. Une frontière qui encercle, qui englue, qui engloutit, qui s’érige comme un miroir, rassurant : je suis du bon côté. Mais un miroir n’a jamais fait que miroiter; il est inapte à engendrer une réflexion qui ne se développe que dans l’établissement d’un rapport à l’autre.

Il faut qu’on se parle.

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