Chronologie d’un bras de fer: la grève à l’UQAM

Tract sans signature distribué lors du rassemblement du 24 avril 2015 contre les expulsions politiques à l’UQAM.

À tous ceux et toutes celles qui souhaitent comprendre la généalogie de la crise actuelle à l’UQAM, et saisir la réalité des levées de cours telle que l’ont vécue plusieurs personnes qui y ont participé au cours des dernières semaines, voici une (relativement) brève chronologie des événements à partir du déclenchement de la grève à l’UQAM.

16 mars : Déclenchement de la grève à l’Association facultaire étudiante des Arts (AFÉA).

20 mars (vendredi) : À la veille du déclenchement de la grève de plusieurs associations facultaires, l’administration annonce les convocations de 9 étudiant-e-s auprès du comité de discipline. Le même jour, René Delvaux apprend que son dossier a été fermé, sans l’accord de son directeur de maîtrise, du directeur de son programme et du vice-doyen de la faculté. Ces procédures enfreignent le règlement 2 et la politique 25 de l’UQAM. Justine Boulanger, première convoquée et seule déléguée étudiante au Conseil exécutif, siège également avec René Delvaux au Conseil d’administration de l’UQAM. En ce sens, la comparution de Justine devant le Comité exécutif, initialement prévue pour le 27 mars, soit une semaine avant les autres étudiant-e-s, aurait éliminé de facto la seule représentation étudiante du comité, laissant l’ensemble des autres personnes visées seules devant un comité essentiellement composé par la haute direction, juge et partie. De plus, les actions pour lesquelles ces personnes sont convoquées (notamment des levées de cours et des manifestations internes) regroupaient toutes plusieurs dizaines de personnes, mais seules 10 personnes sont ciblées. Certaines de ces actions remontent à 2013 et leur utilisation la veille du déclenchement de la grève démontre la volonté de l’administration de casser la grève en faisant craindre des représailles aux personnes qui participeraient aux activités normales d’une grève.

Cette répression politique est une atteinte grave à la démocratie étudiante, au droit de grève, au droit d’association et à la liberté d’expression. En s’attaquant directement à certains-es étudiants-es, l’administration de l’UQAM bouleverse des vies (précarisation, isolement et pertes d’emploi); vies qu’elle instrumentalise afin de menacer l’ensemble des membres de la communauté qui s’impliquent politiquement dans l’université. Cette campagne de peur doit être dénoncée. Les expulsé-e-s ont d’ailleurs reçu l’appui de l’ensemble des associations facultaires, du SPUQ, du SCCUQ, du Conseil académique facultaire de politique et droit, du département de sciences juridiques de l’École des médias, ainsi que de nombreux autres organismes extérieurs à l’UQAM.

23 mars : Déclenchement officiel d’une grève reconductible à l’Association facultaire étudiante des sciences humaines (AFESH), à l’Association des étudiants et des étudiantes de la Faculté des sciences de l’éducation (ADEESE) et dans les modules de la faculté de sciences politiques et droit; ainsi que d’une grève jusqu’au 2 avril à l’Association facultaire des étudiant-e-s de langues et communication (AFELC). Deux nouvelles compagnies de gardien-ne-s de sécurité, Garda et Gardium apparaissent sur le campus. Malgré le fait que les levées de cours se déroulent dans le calme, des gardien-ne-s de sécurité suivent toutes les personnes qui effectuent les levées de cours, prennent des notes et filment leurs faits et gestes. Des gardien-ne-s filment également les chargé-e-s de cours et professeur-e-s qui, devant le très faible nombre de personnes présentes en classe et les levées de cours, décident de ne pas donner leur cours. Les agent-e-s de sécurité leur mettent ainsi de la pression pour qu’ils et elles donnent leur cours malgré ces conditions. Plusieurs étudiant-e-s commencent à être suivi-e-s dans tous leurs déplacements à l’UQAM, même lorsque les levées de cours sont terminées et des gardien-ne-s circulent en tout temps autour des locaux des associations modulaires en prenant des notes.

27 mars : Rassemblement solidaire de plus de 300 personnes à la Place Pasteur, devant les bureaux du rectorat, contre les expulsions et suspensions pour des motifs politiques. Les convocations sont reportées au plus tôt au 24 avril.

30 mars (lundi) : Début de la grève à l’Association étudiante du secteur des sciences (AESS) jusqu’au 2 avril. Blocage des pavillons du campus central contre les expulsions et la répression politique à l’UQAM. L’UQAM demande la journée même une injonction pour empêcher toute activité qui perturberait de quelque manière que ce soit le cours normal des activités de l’université. Les associations facultaires en sont avisées vers 23h. On peut ainsi supposer que l’injonction était déjà prête et que l’UQAM n’attendait qu’un prétexte pour en faire la demande.

1er avril (mercredi) : Suivant une audience survenue le lendemain après-midi, le juge Mongeon, de la Cour supérieure, a rendu une décision le 1er avril. L’injonction est accordée à l’UQAM et est applicable dès le lendemain. Celle-ci touche cinq associations étudiantes facultaires, ainsi que chacun-e de ses exécutant-e-s, le SéTUE (syndicat des employé-e-s étudiant-e-s) et toute personne inconnue se trouvant à proximité de l’UQAM.

Elle vise à empêcher toute activité de perturbation, militante et politique, au sein et à proximité des murs de notre université. Plus exactement, ces activités concernent toute levée de cours, manifestation, ligne de piquetage, blocage ou tout autre dérangement de l’enseignement ou de la recherche au sein des murs de l’UQAM ou dans un périmètre extérieur de moins de deux mètres de ceux-ci.

2 avril : Manifestation nationale contre l’austérité et les hydrocarbures à Montréal. Le SPUQ (syndicat des professeur-e-s et maîtres de langues) est en grève pour une journée et distribue du matériel d’information contre la répression politique à l’UQAM, en solidarité avec les expulsé-e-s. Durant les levées de cours du soir, une personne est poursuivie par une gardienne de sécurité jusqu’à l’extérieur de l’UQAM, est arrêtée en pleine rue, puis détenue au Centre sportif pendant près de deux heures, avant d’être livrée à la police. La gardienne affirme qu’elle aurait ainsi procédé à une « arrestation citoyenne ».

3 avril au 6 avril : Congé pascal. Le 6 avril, malgré l’injonction, l’AFESH reconduit à forte majorité la grève, qui devient une grève générale illimitée.

7 avril (mardi) : Un déjeuner-rassemblement est organisé devant les locaux de l’AFESH, de l’AFESPED et de l’AFEA le matin. En raison de l’injonction, les levées de cours changent de forme : quelques personnes identifient les cours qui se donnent malgré la grève, font un message d’information à la classe qui rappelle le mandat de grève et invitent les personnes à respecter la grève et à quitter volontairement la classe. Dans les quelques cas où le cours se poursuit, des personnes masquées (afin d’éviter d’être accusé-e-s d’outrage au tribunal ou de subir des sanctions disciplinaires de l’UQAM) se rendent dans la classe et empêchent la tenue du cours en faisant du bruit. La même stratégie est répétée pour les cours de l’après-midi et du soir. Durant la journée, la direction de l’UQAM envoie un message au syndicat des professeur-e-s et au syndicat des chargé-e-s de cours, dans lequel elle indique qu’il n’y aura pas de reprise rémunérée des cours et que tou-te-s les responsables de cours sont tenu-e-s de dispenser leur cours, peu importe le nombre de personnes présentes (dispositions contraires aux conventions collectives de ces syndicats).

8 avril (mercredi) : Les gardien-ne-s de sécurité semblent avoir désormais reçu la consigne d’intervenir physiquement pour empêcher la levée des cours. Alors que des personnes masquées et non-masquées tentent de lever les quelques cours qui se donnent malgré les tournées d’information, des gardien-ne-s de sécurité leur bloquent l’accès aux salles de classe, tentent de les démasquer et les poursuivent à l’extérieur jusqu’aux Habitations Jeanne-Mance. Suite à cette nouvelle négation du droit de faire respecter la grève, une manifestation interne très populeuse est organisée à 14h afin de lever les cours de l’après-midi. Dans le pavillon J.-A.-DeSève, la manifestation est interrompue par une intervention policière durant laquelle le SPVM procède à 22 arrestations brutales et arbitraires pendant qu’éclatent de violentes altercations entre gardien-ne-s de sécurité, policier-ère-s et manifestant-e-s : des policiers et policières tabassent à coup de matraque des étudiant-e-s franchement en état de choc devant ce revirement de situation, pendant que des gardien-ne-s de sécurité se permettent de prendre à la gorge des étudiant-e-s, de les tirer vers la police, voire deviennent si brutaux-ales qu’ils et elles sont évacué-e-s par leurs propres collègues. Un groupe de professeur-e-s forment une ligne entre la police et la manifestation.

Des pourparlers commencent spontanément entre le SPVM, des professeur-e-s, des étudiant-e-s. Le SPVM se retire avec les 22 arrêté-e-s et la direction de l’UQAM prend le relai des négociations. Au terme de quelques heures, la direction refuse en bloc toutes les demandes qui lui sont adressées. Les étudiant-e-s qui attendaient la fin des négociations, dans un sit-in improvisé sur le lieu des arrestations, sont furieux et furieuses et décident d’occuper le pavillon, ce qui durera finalement jusqu’à minuit. En fin de journée, l’ADEESE vote le retour en classe pour le lendemain

9 avril (jeudi) : Les membres de l’AFEA décident de poursuivre la grève jusqu’au 3 mai. Un quatrième groupe de gardiens de sécurité, caractérisés par une attitude, des techniques et un physique de bouncers, fait son apparition à l’UQAM. L’administration multiplie les consignes contradictoires aux chargé-e-s de cours et professeur-e-s toute la journée.

13 avril (lundi) : Les levées de cours se poursuivent tant bien que mal, mais prennent énormément de temps et ne fonctionnent que parce que l’immense majorité des groupe-cours sont solidaires de la grève (des gens écrivent à leur association pour demander que leur cours soit levé afin qu’ils et elles puissent respecter la grève alors que d’autres se lèvent volontairement lors des tournées d’information). Dans les faits, très peu de cours sont à « lever », mais chaque cours qui s’oppose peut occuper pendant près de 2 heures les personnes qui lèvent le cours, précisément parce que les méthodes de levées ne sont pas violentes et n’impliquent que du bruit ou de la discussion avec les personnes présentes, mais également parce que, depuis l’injonction, l’accès aux locaux de ces quelques cours est bloqué par des gardien-ne-s. En fin de journée, quelques étudiant-e-s aux cycles supérieurs en science politique rencontrent le rectorat de l’UQAM dans une discussion informelle.

14 avril : La Commission des études adopte à majorité une prolongation de la session d’hiver 2015 jusqu’au 19 juin.

15 avril : Un étudiant est arrêté en lien avec les levées de cours par des policier-ère-s alors qu’il fume une cigarette devant l’UQAM. Il est toujours détenu pour une durée indéterminée. Il faut mentionner que le juge a justifié sa décision de le maintenir en état d’incarcération jusqu’à sa comparution en prétextant la nécessité de maintenir la confiance du public dans l’administration de la justice. Il est important de souligner que dans des cas similaires, où la personne n’a pas d’antécédent judiciaire, les accusé-e-s sont libéré-e-s sous promesse de comparaître. Il faut également insister sur le fait qu’au moment de prononcer ce jugement, l’arrestation de notre camarade n’avait pas été diffusée dans les médias de masse. Ces deux éléments nous permettent de soutenir que notre camarade est présentement incarcéré pour des causes uniquement politiques et que sa détention est instrumentalisée afin de servir de punition exemplaire pour tenter de briser le mouvement de grève.

16 avril : Un comité, formé d’un-e délégué-e de chaque association facultaire et d’un-e délégué-e de chaque association modulaire en grève de la faculté des sciences politiques et de droit, rencontre des représentants de l’administration de l’UQAM afin de discuter de l’état de la situation à l’UQAM. Le Conseil d’administration rejette durant l’après-midi la proposition de prolongement de la session de la Commission des études, maintient le calendrier de la session d’Hiver 2015 qui prend fin le 3 mai et propose de mettre un « incomplet temporaire » jusqu’au 30 juin à tou-te-s les étudiant-e-s n’auraient pas terminé leur session en date du 3 mai.

21 avril : La commission des études adopte une série de positions faisant valoir un positionnement contre les expulsions politiques, contre l’annulation de la ré-admission à la maîtrise de René Delvaux par décision unilatérale de l’administration et contre la judiciarisation du conflit notamment par l’intervention des agent-e-s du SPVM sur le campus. Elle adopte également une proposition de ne pas prolonger la durée de la session, se rangeant ainsi derrière le plan de validation de la session imposé par le conseil d’administration.

22 avril : Le conseil d’administration valide l’essentiel des recommandations de la commission des études et annonce que la session se terminera au 3 mai, que les ententes d’évaluation pourront être ré-ouvertes unilatéralement par les personnes en charge du cours jusqu’au 15 mai, lorsque les conditions le permettent, que la période d’annulation des cours sans mention d’échec et sans remboursement est prolongée jusqu’au 15 juin et que les notes doivent remises au 30 juin.

Des assemblées générales extraordinaires sont prévues dans les prochains jours dans les associations étudiantes en grève.

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Une réponse à “Chronologie d’un bras de fer: la grève à l’UQAM

  1. Information complémentaire | Lettre du comité interfacultaire sur la situation à l’UQAM: http://uqam-info.blogspot.ca/2015/04/lettre-du-comite-interfacultaire_25.html

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