Lettre ouverte au directeur général du Collège Rosemont

Par Michel Seymour, professeur de philosophie à l’Université de Montréal

Le 6 mai 2015

Stéphane Godbout
Directeur général
Collège Rosemont

 

Monsieur Godbout,

J’ai appris dans les journaux que votre collège avait procédé à la suspension de six professeur-e-s.

J’estime que c’est une démarche qui ne se justifie d’aucune façon, quel que soit l’angle d’approche.

Sur le fond, vous comprendrez que les professeur-e-s protestent contre des coupes de 41 millions de dollars au niveau collégial. Vous devriez être à leur côté pour contester ces compressions au lieu de leur imposer des suspensions.

Ensuite, les professeur-e-s ont décidé comme des centaines d’autres organisations au Québec de faire une grève sociale. À ma connaissance, votre collège est le seul endroit où des personnes ont été suspendues pour avoir posé ce geste.

Ensuite, la demande d’injonction demandée par le gouvernement à la dernière minute servait à casser le mouvement d’opposition à sa politique d’austérité. Cette démarche s’inscrit dans un contexte plus large où la contestation et la dissidence sont de plus en plus réprimées.

Une société qui ne tolère plus la contestation et la dissidence est une société autoritaire.

Les directions collégiales et universitaires ont beaucoup à se faire pardonner depuis qu’elles ont appuyé la loi 12 (le projet de loi 78 ) du gouvernement Charest. C’était de l’avis de tous (Ligue des droits et libertés, Commission des droits de la personne, Amnistie internationale, Nations Unies, juristes québécois, Barreau du Québec, etc.) une loi qui brimait le droit à la liberté d’expression, de manifestation et d’association, pour ne pas mentionner en plus l’atteinte à la liberté académique des professeur-e-s.

Les directions collégiales et universitaires se sont quand même rangées aux côtés du gouvernement Charest dans cette aventure périlleuse. Cette posture idéologique trahit le fossé qui ne cesse de se creuser entre, d’une part, les directions collégiales et universitaires et, d’autre part, les forces créatrices des collèges et universités, à savoir les professeur-e-s, les étudiant-e-s et les chargé-e-s de cours.

Or, cette distance heurte de plein fouet l’idée même de collégialité qui devrait être au cœur du fonctionnement des collèges et des universités. Les directions universitaires et collégiales ne sont pas des patronats, mais des administrations au service des forces créatrices qui œuvrent au sein de ces établissements.

La seule chose honorable à faire dans les circonstances est de mettre fin immédiatement aux suspensions de ces six professeur-e-s.

Sincèrement,

 

Michel Seymour
Professeur de philosophie à l’Université de Montréal

 

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