Du non-droit de manifester

Par Peggy

Bonjour amies et amis, de près ou de loin,

Je vous fais parvenir cette lettre pour ajouter ma voix à ceux et celles (groupes, personnes, organismes, coalitions, collectifs) qui, depuis longtemps malheureusement, nous parlent de répression et de brutalité policières. Ceux et celles que, pour beaucoup d’entre nous, nous croyons à peine, dont nous diminuons l’ampleur des témoignages, que nous préférons ne pas croire.

L’intimidation, la violence, la brutalité et la répression qu’infligent aujourd’hui les membres de la Police sont bien réelles. Elles sont même banalisées par les discours médiatiques, par le silence de la classe politique au gouvernement; et depuis quelques mois, elles sont devenues systématiques, impunies, ignorées, diminuées, voire encouragées.

Cette année, ce sont les étudiant-e-s dont la parole n’est pas plus considérée que du crottin. Ils et elles ont été traîné-e-s dans la boue en plus d’être totalement et violemment réprimé-e-s. Ce sont les plaintes des groupes communautaires qui sont ignorées. Ce sont les cris et les griefs des citoyen-ne-s et des groupes sociaux de toutes sortes qui sont tout bonnement méprisés et écrasés.

La Police, aujourd’hui, réprime de façon éhontée et systématique, en toute impunité.

Même les nombreux vidéos montrant la brutalité policière qui circulent dans les médias indépendants et sociaux ne freinent pas cette dite Police. Et, de toutes façons, aucun média n’en parle sérieusement, il ne s’agit que de banalisation de l’escalade répressive et autoritaire.

Plus personne aujourd’hui ne s’étonne que ce soient des brigades anti-émeutes (de centaines d’individus) qui interviennent dès le début des rassemblements ou des manifestations. Ne devraient-elles pas justement intervenir en cas d’émeutes?

Je dis « intervenir » mais ce vendredi 1er mai, j’ose dire que les différentes branches policières ont attaqué les rassemblements. Sans raison apparente, sans avertissement, sans annonce, nous nous sommes vu-e-s chargé-e-s par des dizaines d’hommes armurés et armés qui ont eu recours à toutes les manœuvres que permettent leur équipement, leur force et leur nombre.

Les autorités – quelles qu’elles soient – ne voulaient tout simplement pas que des milliers de personnes se rassemblent et manifestent leur mécontentement.

Soyons honnêtes, aujourd’hui, en 2015, au Québec, les policiers battent, cognent, matraquent, poussent, bousculent, brassent, crient, insultent, braquent à bout portant, intimident, répriment, brutalisent, marquent, hurlent, traumatisent, tordent les bras, sprayent du poivre et des lacrymogènes à tout-va, galopent, mordent.

C’est honteux, en plus d’être injuste et injustifié, rageant, fâchant, effrayant, choquant pour bien du monde qui en ont fait les frais ou en ont été témoins.

Voici ce qui m’est arrivé :

4490699178_3349055e0aJe suis partie depuis le rdv de Frontenac, tout se déroule pour le mieux lors de notre trajet par différentes artères pour nous rendre jusqu’au rdv du Square Philips au centre-ville. Arrivé-e-s, au coin des rues Ontario et Saint-Urbain, nous avons été chargé-e-s par des dizaines d’hommes déversés hors de fourgons blancs. Toute la foule (je dirais 300 personnes) a été prise de panique, a commencé à courir en tout sens, a crié, a remonté la rue Saint-Urbain, qui est très étroite et achalandée d’autos. Avec Isabelle et deux amies, pour ne pas être prises dans la foule paniquée, nous nous sommes esquivées et avons pris la ruelle sur notre gauche. Nous avons ralenti, nous avancions avec nos bouteilles d’eau à la main quand cinq hommes (ou six, je ne sais plus vraiment) ont eux aussi choisi la ruelle et nous ont couru après en tapant les boucliers et en criant. Nous avons levé les bras en l’air en criant à notre tour « On n’a rien fait, on n’a rien fait! » Ils se sont rués sur nous en nous poussant avec leur boucliers, en levant la matraque, en nous poussant corps à corps, encore et encore. Une des amies s’est retrouvée projetée contre le mur adjacent. Elle se retourne pour continuer son chemin, ce que les policiers nous criaient de faire tout en nous en empêchant, et l’un d’eux – je le revois très, très nettement – de tout son élan et sa hargne, lui assène un énorme coup violent de matraque dans la fesse. Elle en a eu le souffle et la marche coupés. L’aidant et me retournant, je constate qu’Isabelle a été violemment jetée à terre, elle est sur les genoux, la tête au sol, je me jette sur elle afin d’offrir une protection aux coups qui pourraient venir, on nous pousse encore, on se relève, on tente de s’éloigner, ils sont toujours et encore sur nous, corps à corps à nous brutaliser, ils ne nous laissent pas « bouger ». L’un d’eux, en me marchant sur le pied et à bout portant donc, lève son fusil à bombes lacrymogènes sur moi, pour me menacer encore. Je lui crie de « se calmer », que « ça va pas bien!? » J’ai aussi vu la hargne et le mépris dans ses yeux. Là, ils ont enfin décidé de nous laisser un peu plus tranquilles et de nous laisser prendre nos distances. C’était pour mieux se détourner et se concentrer sur deux autres jeunes gens qui s’étaient cachés sous un porche. Ils sont allés les déloger en les frappant à leur tour.

Merci la Police.

Nous avons été attaquées et molestées (sans aucune mesure avec le contexte) par cinq ou six hommes protégés de casques, protections aux membres, de boucliers et armés de matraques, grands d’au moins 6 pieds, costauds et lourdement équipés. Nous ne représentions aucune menace, nous n’étions ni armées ni cagoulées, en short et tee-shirt, nous n’avons fait aucune provocation, nous marchions pour nous éloigner de la foule, des gaz et de la police, nous faisons 5 pieds 3.

Leur comportement est, en soi, un abus basique : « usage excessif, mauvais ou injustifié », « usage injuste d’un pouvoir ». Ils ont effectivement agi en totale démesure, en total excès, sans justification, de manière totalement disproportionnée avec la situation. C’est honteux. C’est la Police de Montréal aujourd’hui.

Et encore!, nous n’avons eu « que ça » (une fesse blessée (l’amie), des bleus partout (Isabelle), un orteil cassé (moi)), ce qui me fait évidemment penser à tous ceux et toutes celles qui ont été blessé-e-s d’une façon ou d’une autre.

Cette année, la contestation sociale, étudiante ou non!, est totalement réprimée, violentée, matraquée, poivrée, emprisonnée, bafouée, salie et stigmatisée. C’est difficile de l’admettre car nous sommes au Québec, mais la situation aujourd’hui est inquiétante et ne fait qu’empirer.

Ce vendredi 1er mai, les autorités ont cherché à m’effrayer, m’ont intimidée, ont cherché à me faire comprendre à moi et mes ami-e-s que nous n’avions pas notre place dans l’espace public, que nous n’avions pas de parole.

Ça n’aura pas marché, j’ai mal à mon corps et à mon cœur mais ça ne marchera pas. Il faut continuer d’exister, même dans l’adversité.

Poster un commentaire

Classé dans Peggy

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s