Entretien avec Yves Dion – traduction et édition. 1re partie: la situation des traducteurs au Québec et au Canada

Accordé à Karina Chagnon et René Lemieux le 3 juillet 2015 (aussi disponible en format pdf)

À titre de directeur de l’Association des traducteurs et traductrices littéraires du Canada (ATTLC), pouvez-vous nous expliquer le mandat de cette association et le rôle qu’elle joue auprès de ses membres?

On est 150 membres de plein droit, des personnes qui ont déjà fait une traduction littéraire. Il y en a une cinquantaine ou un peu plus qui sont membres associés, donc des gens qui aspirent à devenir traducteurs littéraires ou bien qui aiment assez la littérature pour vouloir faire avancer le projet de la traduction littéraire. Et il y a aussi les membres étudiants, encore une cinquantaine de membres étudiants qui étudient en traduction ou en lettres et qui s’intéressent à la traduction littéraire.

L’Association a été fondée en 1975, donc on fête les 40 ans cette année. Elle été fondé par Patricia Claxton qui voyait que le traducteur souffrait d’un manque de reconnaissance, pour ce qui est des droits. Dès les premières années, l’Association – Patricia Claxton, Philip Stratford, mais aussi Ray Ellenwood – ont cherché et ont réussi à intégrer la traduction comme œuvre d’art à part entière dans la Loi sur le droit d’auteur canadien.

L’association travaille aussi avec les éditeurs pour que ceux-ci ne cachent pas le nom du traducteur. Plus ça va, et plus on va retrouver le nom du traducteur en quatrième de couverture plutôt que sur la page de garde comme on le fait d’ordinaire. Certains éditeurs vont aller jusqu’à mettre le nom du traducteur sur la page couverture.

Le combat n’est pas terminé. Du côté des médias, par exemple, lorsque ces derniers parlent d’un livre canadien-anglais, américain, allemand, et qu’ils taisent le nom du traducteur, nous trouvons ça un peu déplorable, et avec raison, parce que dans le fond, la plume qu’on lit, ce n’est pas celle de l’auteur, c’est bien celle du traducteur. Alors, cette dernière année on s’est battu pour qu’on souligne le nom du traducteur dans les articles et ça a donné des résultats. Les Libraires, par exemple, suite à nos arguments, a changé son fusil d’épaule. Maintenant, il nomme presque continuellement le nom des traducteurs. On a réussi à convaincre les gens de La Presse aussi. Le Devoir faisait déjà un bon travail en ce sens, mais il y a encore du travail à faire.

L’autre chose que nous faisons à l’ATTLC, c’est de rejoindre le public en faisant plusieurs événements mettant de l’avant la traduction littéraire : lectures publiques, activités où le public peut lui-même être amené à traduire des textes littéraires et voir que faire de la traduction littéraire n’est pas easy. C’est un art.

 

Quand vous parlez de traduction littéraire comme genre, évidemment on exclut toutes les traductions de type pragmatique. Et au niveau des sciences humaines et sociales, est-ce que c’est inclus là-dedans?

C’est drôle parce que dans mon livre à moi, oui. Mais ça dépend de quel ouvrage en sciences humaines on parle. On est tous conscients qu’il y a des ouvrages en histoire ou en sociologie qui sont plus des relevés de données. Alors là, ça ressemble un peu plus à de l’écriture pragmatique. Mais il y a des écrits – quand on pense à Michel de Certeau, par exemple, ou quand on pense à Heidegger, à Sloterdijk ou à Agamben, je suis désolé, c’est de l’écriture, c’est le dire et le dit; la façon de dire la chose dit elle-même quelque chose. Et là, effectivement, on rentre dans les sciences humaines au même titre qu’un écrivain – on parle d’un écrivain quand on parle d’Heidegger.

Ça nous ramène à la question du traducteur littéraire en tant qu’artiste. Mais j’aimerais ça travailler sur la nuance justement du problème qu’on a avec le mot « traducteur » et « traducteur littéraire ». Tantôt, vous faisiez une distinction entre le traducteur et le traducteur littéraire. On est aux prises avec l’écriture. Quand tu es écrivain, le terme signifie « écriture de livre ». On pourrait reformuler avec la distinction écriture/rédaction. Tu n’écris pas des articles, tu n’écris pas des guides pratiques quand tu es écrivain. Et d’ailleurs, quand tu fais de la rédaction pour des enseignes et tout, on t’appelle « rédacteur professionnel ». On a du mal présentement, selon moi, avec cette idée qu’on doit garder le mot traducteur et qu’on est obligé d’ajouter l’épithète « littéraire ».

 

Alors que « traducteur » devrait déjà avoir ce caractère-là.

Ou avoir un autre terme, « translit », je ne sais pas, et qui nous permettrait de faire cette distinction. Ce qui a fait dire à certains traducteurs qu’ils sont aussi des auteurs. C’est drôle d’avoir à, en fin de compte, prendre un terme qui appartient à un autre groupe pour se donner une crédibilité. Un pianiste classique ne dit pas qu’il est lui aussi un compositeur. Il est un artiste, certes, mais il reste un pianiste. Ils n’ont pas besoin de faire cette distinction-là. Et j’ai l’impression, autant de la part du public que de la part des traducteurs eux-mêmes dans le milieu du livre, qu’on a toujours à défendre cette position d’artiste à cause de ça.

 

Quelles sont les principales difficultés que le traducteur ou la traductrice peut rencontrer dans son travail et quelle aide l’Association peut-elle lui apporter?

Ça, c’est une autre question. C’est une autre question dans la mesure où l’Association n’est pas là pour ça. Dans sa traduction, dans son rapport à l’éditeur, c’est autre chose. S’il ou elle a des problèmes dans la négociation de contrat, par exemple, on peut intervenir ou, du moins, on peut être appelé à intervenir, c’est arrivé. Ça ne donne pas toujours le résultat voulu ni pour un ou pour l’autre, on s’entend. Mais on essaie d’intervenir. On n’a aucun levier juridique. Nous pouvons donner des pistes, mais, de toute façon, la loi est là pareil. Et notre travail c’est aussi de rappeler aux antagonistes qu’on ne peut aller à l’encontre de la loi. On travaille dans le cas où une traduction est considérée mauvaise, par exemple, par un éditeur. On peut mettre sur pied un comité pour évaluer la qualité de la traduction et donner notre aval ou pas dans un cas de litige. Mais si on revient à votre question « dans son travail », évidemment, toute forme d’association implique un réseau. Je le vois, moi, sur Facebook, avec notre groupe, quelqu’un a de la difficulté, il fait appel aux autres. On a aussi des regroupements qui travaillent sur des questions justement de droits d’auteur. On a un petit groupe qui s’appelle Trad anonyme, par exemple. Trad anonyme, c’était pour tous ces gens qui ne signalaient pas qui traduisaient les livres dans les revues. Qu’est-ce qu’on faisait? Bien, lorsque ça arrivait, on envoyait des messages au média concerné, et toute la gang se mobilisait. Alors ça a changé des choses.

 

D’où viennent les membres? Est-ce que la plupart sont des gens qui ont une formation en traduction et qui ont décidé de faire de la traduction littéraire ou bien, au contraire, ce sont des gens qui ont soit déjà une formation ou un intérêt en littérature qui deviennent traducteurs?

51ajIM-r0cL._SX258_BO1,204,203,200_Les deux. Parce que, contrairement à l’OTTIAQ [Ordre des traducteurs, terminologues et interprètes agréés du Québec] qui exige une formation pour être reconnu comme traducteur agréé, en traduction littéraire, ça prend ou bien une formation en traduction ou bien une formation en lettres. D’ailleurs, pour le Conseil des arts du Canada, qui est quand même notre référence, on partage pas mal les mêmes critères, pour avoir droit à une subvention, il faut avoir au moins publié un livre. Et là, on peut faire une demande pour devenir traducteur littéraire, donc faire une demande pour une subvention pour la traduction d’un livre auprès du Conseil des arts du Canada, ou bien avoir une formation en traduction. Donc, ils viennent des deux. Et même, je dirais qu’il y a des membres comme celui qui a gagné le GG de traduction en 2014, Peter Feldstein, qui a une formation en mathématiques. Il est devenu interprète pendant des années et il s’est lancé dans la traduction de livres. Il fait un travail impeccable. Les gens en traduction littéraire viennent de partout, c’est l’intérêt pour la littérature.

 

Que pensez-vous de la formation en traduction aujourd’hui?

C’est une formation pratique, mais elle est très bonne. Le problème actuel n’est pas tant lié à la formation des traducteurs. Il y a du chemin à faire, comme dans tout domaine. Pour ma part, j’aimerais qu’on développe davantage la pratique d’écriture. Le problème en traduction que j’ai vu, c’est qu’il y a beaucoup de traducteurs qui ne lisent pas de livres. Ils écrivent bien, mais ils manquent de nuances dans l’écriture, parce qu’ils n’ont pas lu suffisamment. Le mimétisme, c’est important. Mais ça, c’est inhérent aux gens. En autant qu’on remplit les critères puis qu’on fait sa formation, tu y arrives, tant mieux. Après ça, il y a des lacunes. Puis veut, veut pas, la traduction, c’est comme la plomberie – c’est un drôle d’exemple… J’ai un copain électricien, il a fait sa formation pour être électricien, ça a duré deux ans. Il va être apprenti pendant trois ans avant de pouvoir lui-même exercer. Bien, grosso modo, la plupart des traducteurs, quand ils arrivent sur le marché du travail, ils doivent apprendre à traduire. Ils ont les outils à la base, mais voilà, c’est la pratique qui en fera des traducteurs.

 

Qu’est-ce qui vous a amené à être directeur de l’Association?

Ça fait des années que je suis dans le milieu du livre. J’ai étudié en littérature et même, quand j’étais en littérature à l’UQAM, quand je faisais ma maîtrise, j’avais organisé des colloques et des événements. Quand j’ai quitté les études, j’ai commencé à travailler pour une revue qui s’appelle Livres d’ici, qui malheureusement a fermé ses portes récemment. Livres d’ici, c’est un peu comme Quill & Quire du côté anglophone ou Livres hebdo en France. C’est une revue qui couvre le milieu de l’édition et donc tous les enjeux de l’édition. On ne s’adresse pas tant au public, c’est une revue pour les professionnels. À l’intérieur de cette boîte-là, à un moment donné, j’ai organisé un colloque qui s’appelait « Le livre à la croisée des langues », qui s’est tenu au Salon du livre de Montréal en 2004. Ça faisait un bout de temps qu’une question m’interpelait : comment ça se fait qu’il y a deux cultures au Canada et que les deux ne se rencontrent pas? L’Association existait depuis 1975, mais à la revue, on ne connaissait pas l’ATTLC. Donc, j’avais cette volonté de créer un rapprochement entre le Canada français et le Canada anglais sur le plan éditorial et j’avais proposé ce colloque où on discute justement, qu’en est-il des deux solitudes dans la littérature… Et Patrimoine Canada, ce qu’on appelle le Fonds du livre du Canada aujourd’hui, ça s’appelait le PADIÉ à l’époque, avait tellement aimé le projet qu’il en avait fait l’événement marquant leurs 25 ans d’existence. Donc au Salon du livre de Montréal, en 2004, il y a eu ce gros colloque, en plusieurs volets, avec plusieurs tables rondes, sur la question de la traduction littéraire, enfin, sur les échanges de livres qui impliquent obligatoirement la traduction littéraire. Et quelques années plus tard, il y a un poste qui s’ouvrait à l’ATTLC. C’était un petit poste à l’époque, de trois jours par semaine. L’Association m’a embauché, parce qu’ils voyaient que je pouvais donner de la visibilité à l’Association par les colloques que j’organisais. Puis avec les années, je suis allé chercher plus de subventions et là, voilà, je suis là.

 

Avez-vous déjà traduit?

Je n’ai jamais traduit! [rires] Je dis souvent : « Je n’ai pas le Surmoi de la langue pour faire de la traduction. » Parce que je pense que les traducteurs des fois sont pas mal plus près des grammairiens. Ils peuvent s’obstiner pendant une semaine sur un point-virgule, ce que les écrivains ne font pas d’ordinaire. Donc, je n’ai pas été approché en tant que traducteur – d’ailleurs, l’UNEQ a été dirigée longtemps par des gens qui n’étaient pas écrivains. De toute façon, mon travail en tant que directeur de l’Association, ce n’est pas de faire de la traduction, on s’entend. Être sensible à leurs enjeux, leur donner de la visibilité, savoir rédiger des demandes de subventions parce qu’on en fait plein, c’est tout.

 

Vous connaissez un peu la condition des traducteurs et des traductrices aux États-Unis et en France, comment qualifieriez-vous leurs conditions au Canada et au Québec? Les conditions sont meilleures?

Oui, c’est nettement mieux. Les traducteurs disposent de plus de temps pour traduire; on respecte plus le droit moral de la traduction. Donc, on respecte le travail du traducteur davantage, et non seulement par les éditeurs, mais par le Conseil des arts qui octroie les subventions à la traduction qui exige davantage de l’éditeur et qui paie mieux aussi. Quand les gens en France savent combien on reçoit par mot, ils sont jaloux.

 

C’est combien par mot?

Nous, ici, c’est 0,18 $ pour la fiction, 0,20 $ pour le théâtre et 0,25 $ pour la poésie, par mot.

 

Ça, ce sont des standards?

Ce sont des standards, mais c’est plus que des standards, c’est la subvention que le Conseil des arts du Canada donne qui détermine les tarifs. L’éditeur ne peut pas donner en deçà de ça. Il est obligé de donner ce que la subvention donne.

 

Et au niveau des sciences humaines et sociales, ces barèmes-là existent-ils? Il y a une réflexion là-dessus?

Le Conseil des arts subventionne aussi les essais. Ça dépend quel type d’essai. Si ce sont des essais qu’on pourrait appeler littéraires ou plus libres, oui, ils sont subventionnés au même titre. C’est de la prose, c’est comme le littéraire, 0,18 $. Et il faut savoir qu’il y avait aussi la Fédération canadienne des sciences humaines qui avait quelques subventions à la traduction pour des essais et la SODEC aussi.

 

Au niveau du droit, quelle est la différence entre ce qui se passe au Québec et au Canada? L’Association, c’est pour tout le Canada? C’est bilingue?

Oui, pour tout le Canada. Elle comprend les francophones et les anglophones. Parmi nos revendications, il y a aussi celle qui permettrait de reconnaitre le travail du traducteur ou de la traductrice canadien·ne peu importe la provenance du livre. Pour l’instant, le Conseil des arts du Canada ne donne des subventions que pour les textes d’écrivains qui sont installés en territoire canadien. On a un projet présentement, on a commencé à émettre nos opinions sur la question auprès des instances gouvernementales, le Conseil des arts du Canada et tout. C’est que parmi nos membres, on a des membres qui traduisent vers le russe, on a des membres qui traduisent du roumain vers le français, etc. Pourtant, il y a des subventions à l’édition étrangère, donc pour des livres canadiens publiés à l’extérieur du pays. Ce qui veut dire que si tu as un livre québécois que tu veux traduire en Chine, le gouvernement donne de l’argent pour que ce livre canadien soit traduit en Chine. Par contre, on ne donne pas de subvention à une traductrice canadienne francophone qui traduit un livre d’un lusophone qui vit au Brésil. Situation d’autant plus curieuse sachant que le Canada est reconnu pour ses traducteurs, pour son travail sur la traduction, donc les traducteurs, les traductologues. On a une réputation de qualité, ne serait-ce que parce qu’on est un pays réellement bilingue. Je veux dire que sur le plan politique, le pays est bilingue et on inclut bien plus que deux langues, comme c’est le cas de plusieurs pays bilingues. Et nous trouvons qu’il y aurait un travail à faire de ce côté-là. Prenons un principe en économie, quand on dit « investir dans son facteur abondant », le pays a intérêt à investir dans son facteur abondant. Nous, c’est les traducteurs, pourquoi on n’investirait pas là-dessus? Pourquoi on ne ferait pas en sorte que le Canada devienne une plaque tournante de la traduction littéraire à travers le monde, un pays d’expertise? On aimerait ça éventuellement défendre toute traduction canadienne, peu importe le pays d’origine de l’auteur.

 

Quelles sont les revendications futures?

On rêve qu’un jour, les subventions aillent directement aux traducteurs, avec un droit de regard de l’éditeur certes. Parce que présentement, la subvention, elle est donnée à l’éditeur et l’éditeur remet ça aux traducteurs. Il y a parfois des éditeurs qui paient très en retard ou qui parfois oublient de donner un paiement et ça, c’est un peu déplorable.

 

Comment fonctionnent les subventions pour les traductions littéraires?

Commençons avec le droit d’auteur : le droit d’auteur, c’est un droit qui est là pour protéger, effectivement, l’auteur, afin qu’on respecte son travail et que, du coup, il soit rémunéré pour le travail qu’il fait. On va parler seulement pour un auteur pour l’instant. Quand l’auteur écrit un livre et qu’il l’a terminé, il va approcher un éditeur pour que celui-ci puisse diffuser son livre. C’est le travail de l’éditeur d’améliorer le livre en question, non seulement les fautes d’orthographe, mais aussi de donner une ligne éditoriale et de voir les problèmes inhérents au livre. L’auteur fait appel à un éditeur, parce qu’il a l’expertise d’avoir lu plusieurs livres, d’avoir édité plusieurs livres, de les avoir menés à leurs termes et, après ça, de les mettre en marché. Donc, l’auteur va demander à l’éditeur non seulement de faire ce travail, mais de le représenter à travers le monde moyennant, en fin de compte, une cession de droits. Et quand on cède le droit, on cède le droit pécuniaire. Ça veut dire que tu cèdes tes droits pécuniaires de ton livre. Des fois, c’est des contrats de deux ans, quatre ans, ad vitam æternam. Parce que le droit d’auteur se divise en deux; c’est pour ça qu’en anglais, ils parlent de rights and royalties. Les royalties pour les anglophones, moi, j’appelle ça les droits pécuniaires, c’est le droit de faire de l’argent avec le livre. C’est l’auteur qui cède ces droits-là et, ce faisant, pour toute vente du livre, il y a 10 % (c’est pas mal le standard) qui va revenir à l’auteur. Cependant, dans ces droits-là, il ne cède pas ses droits moraux. Les droits moraux, c’est l’écriture même du livre. L’éditeur ne peut pas faire ce qu’il veut avec le livre; il ne peut pas prendre un extrait de texte pour faire des publicités sans demander à l’auteur; il ne peut apporter des changements au livre sans le demander à l’auteur… Donc, le livre, à quelque part, appartient toujours à l’auteur. Tout ce qui existe à l’éditeur, ce sont les droits pécuniaires.

Quand on fait une traduction, puisque les droits commerciaux appartiennent à l’éditeur, celui qui veut faire une traduction de ce livre-là n’appelle pas l’auteur, mais appelle l’éditeur. Et donc, il y a une cession de droits pour la traduction du livre. Cette fois-ci, c’est le 10 % qui va aller à l’éditeur original et qui, d’ordinaire, va séparer son droit selon l’entente convenue avec l’auteur. Mais on peut négocier. Les gros bestsellers comme J. K. Rowling, ils peuvent demander davantage. Et, de toute façon, l’éditeur de la traduction est tellement content qu’il va vendre des milliers et des milliers de livres, qu’il accepte. Ou des fois, c’est un 5 000 $ ou un 50 000 $. Tu achètes les droits pour 50 000 $ plus 10 %. Ce faisant, par contre, tu te dis, mais qu’est-ce qui va aller au traducteur? C’est pour ça que rarement les traducteurs vont recevoir un pourcentage de vente. Parce qu’ils ont des subventions à la traduction qui les paient bien. Et quand on pense que lorsqu’un auteur écrit un livre, à moins que ce soit un bestseller, il n’y a que le traducteur qui va faire de l’argent. Mais parce qu’aussi, cette écriture-là, elle est née de pulsions alors que l’autre, celle de la traduction, c’est un contrat.

Évidemment, il n’y a pas de droits pour le pourcentage de redevances pour les traducteurs outre la subvention. Mais, il arrive parfois que certains traducteurs, quand il y a des livres qui vendent plus ou qu’à partir d’un certain nombre, ils peuvent demander un, deux ou trois pour cent, mettons à partir de 5 000 ou 10 000 copies vendues, ce qui est rare, on est rendu dans les bestsellers au Québec. Mais des fois, c’est juste symbolique; quand ça vend bien, ça peut payer des soupers, mais c’est tout.

À propos de l’édition, juste pour expliquer quelque chose que j’explique toujours parce que personne ne le sait. Parfois, on accuse l’éditeur d’être avare, mais l’éditeur ne fait pas d’argent. Sur le prix d’un livre, il y a 40 %, selon la loi, qui va au libraire. Il y a à peu près 17 % qui va au distributeur qui lui, n’est pas subventionné. Donc, ça fait 57 %. Tu as 10 % qui va à l’auteur, donc on est rendu à 67 %. Il reste 33 % à l’éditeur. Il y a un certain pourcentage, mais là, on parle en termes de montant d’argent, qui va à l’imprimeur, au personnel comme le correcteur si on ne le fait pas soi-même, le graphiste, etc. Donc, il n’y a plus grand-chose qui reste à l’éditeur. C’est pour ça aussi qu’il y a des subventions à la publication qui permettent d’offrir une diversité et ne pas offrir que des bestsellers.

La suite de l’entretien dans la deuxième partie : la condition d’un éditeur au Québec.

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