Entretien avec Yves Dion – traduction et édition. 2e partie: la condition d’un éditeur au Québec

Accordé à Karina Chagnon et René Lemieux le 3 juillet 2015, suite de la première partie (aussi disponible en format pdf)

Comment pourrait se résumer le projet des éditions Le bout du mille?

Le bout du mille est né d’un projet conjoint entre Sophie Campbell, David Renault et moi. Sophie Campbell est traductrice, elle avait cotraduit le livre portant sur la carrière de Pierre Elliott Trudeau, Just Watch Me. Elle vit en France, comme David. Ces deux-là trouvaient, entre autres, que certains livres, mettons québécois ou canadiens-anglais qui ont été traduits en France, utilisaient des jargons ou bien parisien ou autre. Ce faisant, selon eux, on ne sentait plus l’Amérique. Et ça, ça les faisait friser (tous les deux ont les cheveux raides!). Ils se sont dit que ça serait bien d’offrir quelque chose d’autre. C’est drôle, quand ils ont pensé à ça, ils n’ont peut-être pas assez regardé ce qui se faisait au Québec chez certaines maisons d’édition. Il y en a même des françaises qui font un très bon travail. Je pense à Verdier, par exemple, que j’aime beaucoup. Ils font vraiment un bon travail où tu as l’impression, quand tu lis un auteur allemand, d’être toi-même en Allemagne. Il n’en reste pas moins, et là je suis d’accord avec eux, qu’il y a quand même un gros travail à faire en ce sens. Et de là, nous est venue l’idée de partir une maison d’édition. Donc, l’idée est partie de nous trois qui voulions offrir à la fois des traductions et l’intégration de nouvelles technologies dans les livres.

Même si on n’est pas rendus là, parce que ça prend des fonds, on veut offrir des livres multiplateformes. Par exemple, on a un auteur qui écrit des pièces de théâtre et qui a écrit des micropièces. On a le projet où on pourrait présenter dans le livre, en cliquant sur un point si c’est un livre électronique, ou en mettant des liens Internet en bas de page, si c’est un livre papier, les pièces de théâtre en question, des conférences et des débats. Jouer, en fin de compte, avec les différentes plateformes. D’autres livres qu’on aimerait faire aussi c’est de présenter des photos en parallèle, un peu comme Sebald a fait dans ses livres. Donc on veut travailler avec les livres électroniques : plus d’interaction, voire créer des blogues pour les personnages. Dans un roman, quand un personnage a un blogue, tu pourrais lire sans le blogue, mais le blogue ajouterait quelque chose. Grosso modo, c’est un peu le projet.

Le bout du mille, le nom, d’une part, c’est parce qu’au départ on avait notre bureau dans l’ancienne maison de David et Sophie dans le Mile End. Le bout du mille, parce que ça représentait pour nous, l’effervescence très multiethnique, le regard sur Montréal ou sur le Québec de gens qui ne sont pas de Montréal. Donc, des regards autres sur une société. Moi, j’aime beaucoup ces regards hybrides là, ces rencontres, ces pensées transversales. On avait nommé notre maison Le bout du mille pour ça, mais aussi parce que je pense que, présentement, le milieu de l’édition arrive à un certain bout du chemin. Arriver au bout du mille, c’est comme arriver au bout du chemin. Oui, il y a de nouveaux chemins qui sont à être tracés et c’est là qu’on est rendus, au bout du mille. Et ce que ça veut dire… On peut inventer à partir de là.

 

Par rapport aux autres maisons d’édition, qu’est-ce que Le bout du mille a de particulier? D’où venait le désir d’offrir quelque chose de nouveau?

Une façon d’offrir certaines traductions, je dirais, et d’offrir des livres multiplateformes. Sinon, après ça, ce qu’on a à offrir, c’est nous. Comme toutes les maisons d’édition ont leur propre filtre, on ne sait pas quels sont nos filtres à nous, même nos inconscients, mais c’est ça qu’on offrira. C’est de donner une visibilité à certains auteurs. Je le fais déjà, moi, avec l’Association. Je me dis : « Si je suis capable de l’offrir pour une association, pourquoi je ne serais pas capable de l’offrir pour une maison d’édition? » Une certaine forme de visibilité, mais pour le reste, je ne le sais pas. J’ai le goût de me lancer à l’aventure.

 

Y avait-il une insatisfaction par rapport aux autres maisons d’édition?

Non. C’est un désir personnel. Ce n’est pas un désir contre les autres; c’est un désir pour soi.

 

Au niveau des maisons d’édition, voyez-vous ça comme une compétition ou il y a de la place pour tout le monde?

Il y a de la place. C’est sûr qu’il y a une compétition, mais la compétition est saine. On va offrir autre chose, c’est tout. La compétition est peut-être plus avec l’intérêt du lecteur. Séduire le lecteur. Le livre se vend moins bien qu’il se vendait. Mais je pense qu’on est en période où on doit redéfinir comment vendre les livres, comment vendre la musique. Qu’est-ce qui arrive avec Internet? Qu’est-ce qu’on fait avec tout ça? On est en gros questionnement. Peut-être que les livres multiplateformes, c’est ce qu’on offrira de plus, mais on n’est même pas rendus là encore. Ce qu’on va offrir, c’est notre désir et nos traductions. À quelque part, je suis bien placé pour en parler. Puis David fait des beaux livres. D’ailleurs les libraires me disent que nos livres sont beaux. Ça fait que c’est une plus-value. On va jouer sur notre plus-value et on va voir.

 

Savez-vous, jusqu’à maintenant, de quoi ont l’air les ventes?

img1c1000-9782981486813J’essaie de comprendre toutes ces données-là. On commence, alors il y a plein de choses qui m’échappent. Je pense que j’en suis rendu à peu près à la moitié des livres imprimés qui sont vendus et il y a deux livres à présent. Là, faut savoir qu’il y a des livres qui sont en France aussi. Je verrai ce que ça donne parce qu’on les vend aussi en France, à la Librairie du Québec à Paris puis j’ai même vu des livres en Bourgogne, alors ils sont quand même un peu visibles en Europe. Aussi, le livre Montréal mélodie, ils sont en train d’en faire un film alors j’ai l’impression que, quand le film va sortir, je pourrai donner un second souffle à celui-là. Le livre que Pier-Pascale Boulanger a traduit, ça ne me surprendrait pas qu’il fasse l’objet d’études en traduction puisque la traduction est excellente et certains profs aussi trouvent qu’elle est excellente, alors ça pourrait jouer en notre faveur. On verra en septembre. Mais pour l’instant, c’est à peu près la moitié des livres de vendus sur les 400 exemplaires imprimés pour chacun des deux livres. Et l’autre facteur que je voudrais ajouter aussi avec Le bout du mille, c’est qu’en première page de couverture et en quatrième de couverture, nous mettons le nom du traducteur, on met une petite bio, une petite présentation du traducteur. Parce que les deux participent grandement à ce que vous avez entre les mains et, pour moi, on se doit de respecter ça.

Mais il nous faut apprendre à faire la promotion de nos livres. On est en période d’apprentissage. C’est triste, parce que les deux livres mériteraient une meilleure couverture. Le livre de Golda Fried était en lice pour le Prix du Gouverneur général en 2005, donc c’est un livre qui était déjà reconnu et il a été choisi pour faire un film, mais les ventes ne sont pas au rendez-vous. Elles le sont d’une certaine manière, dans le sens que j’ai de bonnes ventes pour une maison qui commence. On est passé en entrevue à Catherine et Laurent à CIBL, on a fait une couverture sur nous dans Le Devoir. Le Devoir a même fait un article sur Montréal mélodie qui m’a échappé. Ça fait qu’on a deux regards sur Le bout du mille par Le Devoir. Il y a aussi Les Libraires qui a fait une couverture d’un de nos titres, Montréal mélodie, et il y a aussi Archambault qui a mis un « on aime » sur un de nos livres, encore une fois, Montréal mélodie. Alors, déjà, ça commence bien.

 

Comment avez-vous choisi de faire traduire le livre d’Howard Roiter, De pertes en fils?

img1c1000-9782981486806C’est Pier-Pascale Boulanger, la traductrice, qui est venue me voir et qui m’a dit : « J’aimerais traduire ça à un moment donné si ça t’intéresse. » Je lis le livre, je suis sous le charme, je l’envoie à mon coéditeur, David. Il lit le livre et, au départ, il ne veut pas le traduire parce qu’il trouve que le personnage est trop un enfoiré et qu’il le met trop en calvaire. Je lui dis alors : « Donc, le livre est efficace! » Ça lui a pris du temps à réaliser que j’avais raison. S’il le hait, c’est que le livre marche, que le livre est bon.

 

Au niveau de la traduction, est-ce que vous avez une ligne?

Oui. Ça se passe à Montréal présentement, alors je veux que ça sente Montréal. Si ça se passait en Irlande, je voudrais que ça sente l’Irlande. Donc, tu n’auras pas d’argot parisien dans mes traductions, mais je ne suis pas fervent non plus d’avoir un argot obligatoirement québécois. On essaie d’être le plus nord-américain dans les livres qui sont nord-américains. Ça ne veut pas dire qu’on sacre tout le temps. J’aime bien l’idée d’inventer des jargons, de laisser des mots en anglais s’il le faut. Je n’ai pas de problèmes avec ça. Il faut que ce soit impeccablement écrit aussi, mais il faut que ce soit nerveux. Même si je crois au style du traducteur, je crois à la rythmique, en fin de compte, de l’ouvrage original. Puis on verra; c’est du cas par cas, c’est pièce par pièce. Il y a une ligne éditoriale certes, mais je vais toujours respecter la plume du traducteur, tout le temps. Parce qu’une traduction, c’est la rencontre entre deux plumes.

 

D’un point de vue de la traduction, il y a un certain désir d’actualiser l’auteur, de le rendre contemporain, mais, en même temps, de faire sortir le lecteur de ses habitudes.

Oui. Si ça se passe dans un milieu anglophone, il faut que le lecteur sente que, comme univers, ça ne se passe pas en français. On revient avec l’école de la réception, Jauss, Gadamer et tout. Déjà, avec ces gens-là, on disait qu’une traduction, c’est un regard de lecture. C’est pour ça que là où les écrits vont rester, donc que les originaux vont rester, les différentes traductions vont refléter l’époque dans laquelle on est. Markowicz, je pense, est un bel exemple avec Dostoïevski. Au départ, on traduisait ce dernier à la mode très française parce que c’était encore l’époque des Belles-lettres en France. Lorsqu’on traduit les Russes maintenant, on essaie de se rappeler que c’était écrit dans une langue beaucoup plus brute.

 

Pour la traduction de Here Comes Hymie (De pertes en fils), avez-vous donné carte blanche à Pier-Pascale Boulanger pour la traduction?

Oui. Je lui ai fait confiance et puis on l’a retravaillée aussi, même si sa traduction était extraordinaire, on l’a retravaillée. C’était quand même un ouvrage de longue haleine. Il y a des choses qu’on désirait, mais ça revient à la question de la nervosité. Je voulais que ça vibre; je voulais qu’où ça craque dans l’original, que ça craque dans la traduction. Il y a des tensions, il y a des brèches. Moi, je crois beaucoup à l’importance des brèches.

 

Est-ce que Here Comes Hymie était connu auparavant?

Il a eu un certain retentissement quand il est sorti, mais pas énorme. Je pense que le travail de l’éditeur de l’original était correct – il a fait faillite –, mais peut-être pas suffisant. Il était à Vancouver… Puis en plus, il a écrit d’autres livres comme A Voice From the Forest et, surtout, tiré d’une entrevue, Voices From the Holocaust, qui a eu plus de retentissement encore, je pense. Voices From the Holocaust, c’est plus une espèce d’essai, une entrevue avec des gens qui ont passé par les camps. Peut-être éventuellement, je ne sais pas, je vais regarder ça. A Voice From the Forest m’intéresserait. C’est l’histoire d’un Juif qui a été dans le maquis. Il n’a pas joint les groupes armés russes et donc il fuyait tous les groupes armés, autant allemands que russes, parce que, justement, il était juif. Je trouve le récit intéressant. On va regarder ce que ça donne. Pour la question des écritures de la communauté juive, oui, au même titre que la communauté arabe, que la communauté portugaise… J’aime bien ces regards autres.

 

Ces genres d’écritures vont-ils être priorisés dans les traductions?

On va être sensibles. Pas prioriser, mais on va être sensibles à ça. N’empêche qu’on pourrait publier un livre sur l’histoire d’un camionneur si son récit est intéressant. On ne vise pas nécessairement le grand public, mais on aimerait que ça vende bien. C’est toujours ça. Vendre bien, mais offrir quand même des ouvrages de facture assez littéraire.

 

À propos des traductions, avez-vous le souci de ne pas faire une traduction trop en québécois puisque le livre sera distribué en France aussi?

Non. Ça, par contre, non. C’est drôle, j’ai une de mes amies qui a quand même eu un bon succès en France récemment. Pas un énorme succès, mais bon. C’est Mémé attaque Haïti, et ses livres, ça sacre, ça parle – on a dit d’elle que c’était la nouvelle Michel Tremblay – ça a été quand même bien reçu en France. Selon moi, ceux qui sont le plus frileux, ce sont les éditeurs en France. Ce n’est pas le lecteur. Le lecteur, je pense qu’il est capable d’en prendre, même s’il a besoin parfois d’aide. Mommy marche en France. Tout le monde est capable de faire un effort et ils vont faire des efforts. Et aussi, il faut savoir que le jargon dans un livre, c’est quand même 3, 4 ou 5 % d’un livre. C’est drôle, Texaco de Patrick Chamoiseau, je crois qu’il est Martiniquais, qui a eu le prix Goncourt il y a quelques années, c’était écrit dans la langue des îles. Il n’a pas eu besoin d’une traduction. Alors pour des originaux, c’est bien correct, mais quand c’est le temps des traductions, non, il faut que ce soit en français de France. Si on fait de la coédition, je vais défendre nos traductions. Je ne dis pas qu’à quelques occasions tu peux dire, « OK, là, effectivement, ça pose problème pour l’autre auditoire », mais ça ne crée pas beaucoup de changements.

 

Pour quelqu’un qui n’a jamais traduit, mais qui s’intéresse à la traduction, quelles sont les étapes pour proposer une traduction à un éditeur?

À titre de directeur de l’ATTLC, je reçois plein d’appels à ce sujet de la part de traducteurs qui aspirent à traduire un livre. Il ne faut pas dire que le livre qui se vend bien dans la langue originale va nécessairement bien se vendre dans la langue d’arrivée. On n’a pas nécessairement toujours les mêmes intérêts et inversement, un livre qui a suscité un intérêt moyen dans la langue originale rejoindra peut-être un plus large auditoire dans la langue d’arrivée. Alors, tout projet est possible.

Pour revenir à la question, une personne qui aimerait traduire un livre ne doit pas le traduire si elle est intéressée par celui-ci. Tu ne commences pas par dire : « Wow, ce livre-là, je l’aime beaucoup, je vais le traduire et je vais envoyer le manuscrit à une maison d’édition. » Si moi, en tant qu’éditeur, je trouve que le livre est très intéressant, rien ne dit que je ne ferai pas appel à quelqu’un d’autre pour le traduire parce que je pense qu’il fera un meilleur travail. Pour un traducteur, ce qui est préférable, lorsqu’il est intéressé par un livre, c’est de commencer par demander l’autorisation à l’auteur pour l’amadouer, parce que, pour un auteur, c’est comme gagner un prix d’avoir accès à une traduction, des fois, c’est même mieux qu’un prix. Une fois que c’est fait, l’idéal, c’est de traduire un ou deux chapitres, dépendamment de la longueur des chapitres ou des extraits. Lorsque c’est fait, présenter le livre à une maison d’édition d’arrivée, celle qui va s’occuper de la traduction. Ajouter au dossier la réception que ce livre a eue, s’il y en a eu une : ce livre-là a gagné tel prix, ce livre-là a fait l’objet d’une couverture dans les médias, on dit de cet auteur qu’il est l’auteur de l’avenir, etc. Quelques éléments qui vont permettre de vendre le livre. Il faut savoir que ce n’est pas la pratique la plus courante, mais ça peut fonctionner.

Dans le monde de l’édition, présentement, on marche plus par des foires d’échanges de droit, donc, des échanges entre éditeurs. Mais c’est bienvenu que les traducteurs puissent proposer des livres même si ce n’est pas encore la façon de faire. En Allemagne, ça marche beaucoup plus comme ça. Les passeurs sont les traducteurs. Ici, les passeurs, ce sont encore les foires d’échanges de droits.

 

Donc, avec un dossier de traduction et quelques chapitres traduits, les traducteurs peuvent aller magasiner une édition pour leur traduction.

Moi, c’est ce que je propose. Ça ne veut pas dire que ça marche toujours. Comme je disais, il y a encore une façon de faire, un modus operandi

 

Avec Le bout du mille, il va y avoir autant des œuvres originales que des traductions?

Présentement, on a beaucoup de traductions et on vient même de signer pour une autre traduction d’Italo Svevo, qui est un peu comme le Marcel Proust de l’Italie. Et on est en train de négocier les droits pour un ouvrage sur Cézanne. Donc, on va travailler la traduction d’essais sur les œuvres d’art et éventuellement sur la philo.

 

Pour terminer, votre travail en tant qu’éditeur, était-ce quelque chose que vous vouliez faire depuis longtemps?

Oui, quelque part. On m’avait même offert le projet, il y a plusieurs années. Ça fait longtemps que je suis dans le milieu du livre; ça fait longtemps que j’ai le désir d’offrir, moi aussi, quelque chose. Je connais plusieurs étudiants qui sont venus me voir pour leur mémoire de maîtrise ou leur doctorat. Plusieurs. Et j’aime ça faire ça. Pour moi, ce n’est pas du travail supplémentaire.

 

Donc, le travail d’éditeur a aussi une partie qui est, en soi, pédagogique, peut-être?

Voilà. De réorienter, de travailler le style, la structure argumentative, même dans le cas de romans, d’offrir une cohérence. J’ai raté ma carrière de professeur d’université, alors je vais le faire en édition. Et David avait le désir de créer sa propre maison d’édition quand il m’a approché, et c’est mon grand ami, alors c’était facile de dire : « Oui, OK! »

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