Archives mensuelles : août 2018

Taillader les moules pour en sucer la moelle

Notes de terrain pour une critique du film La selva negra/The Modern Jungle, de Saul Kak et Charles Fairbanks, v.o. zoque, espagnol, s.-t. anglais, Mexique et États-Unis, 2016, 71 min.

Par Simon Labrecque, Montréal

Au festival Présence autochtone, hier soir à 18 h 30, un programme double était projeté au cinéma de l’Université Concordia. Il y avait d’abord, Jeune Inuk – Tranches de vie (2017, 32 min), de Laure Bourru. Images surprenantes, souvent jamais vues, dont de merveilleux plans de la chasse ou de la pêche aux moules, sous la glace du Nounavik, à marée basse en plein février. Dangereuse grotte éphémère, remplie de jeunes guidés par un aîné, avec la cinéaste à leurs côtés! On dirait un cénote, ces étonnants trous typiques du Yucatan – et nous voilà déjà propulsés au sud du Mexique, près de la Selva Negra.

(À mes côtés, un vieil ami en visite, avec qui on fréquentait justement le bar Cenote, « watering hole » mi-politique, mi-occulte, dans un sous-sol de la rue Yates, à Victoria, Bici, où nous fûmes « sensibilisés aux enjeux autochtones », faute de pouvoir le mieux dire. C’est lui qui m’a fait connaître Michael Taussig, il a été le premier à le traduire en français, et j’apprends le jour même, par hasard, que Mon musée de la cocaïne paraîtra justement cet automne, mais en France, aux éditions B42!)

Des moules arctiques, on passe aux coquilles d’un ruisseau du Chiapas, dénichées puis décortiquées à la machette par une élégante dame âgée, qui en retire le substantifique escargot. Cette juxtaposition de deux cueillettes, à la fin d’un film et au début de l’autre, justifie à elle seule la composition du programme double.

La Selva Negra, donc : le peuple de l’escargot, les Zoques, et tout se bouscule : don Juan et doña Carmen, les deux documentaristes et l’argent donnés aux documentés (du bon cinéma : suivez l’argent!, dixit le film noir, mais aussi Robert Bresson filmant des mains, et Denys Arcand qui s’essaie…), la médecine et la foi (le cul-de-sac de la croyance[1], avec cette question sur le serpent qui ne guérit pas le cancer, d’un anthropologue dans la salle se demandant s’il doit ajouter une note à son livre en préparation sur la médecine traditionnelle, pour dire qu’il sait que ça ne fonctionne pas, mais qu’eux y croient…), la hernie discale qui brise l’estomac du guérisseur traditionnel et la vente pyramidale d’une nouvelle poudre guérisseuse, le chamane et la caméra…

(Dans mon corps : un burrito du M4, à côté de la bibliothèque de Concordia, bœuf barbacoa, riz brun/fèves noires, fromage/crème sûre, salsas douces tomates/maïs, coriandre et thé glacé aux framboises Pure Leaf. Pour dessert : petits gâteaux libanais aux pistaches et à l’eau de rose, avec du sucre en poudre, acheté par un autre ami dans la remarquable nouvelle épicerie bondée et pleine à craquer, juste à côté. Grosse chaleur dehors. Maxime Bernier en une de tous les médias pour des « tweets » insignifiants… Guerres commerciales qui feront monter le prix du papier de toilette, campagnes électorales où le PQ se débattra pour ne pas mourir… Fait chaud! Aux alentours, plus près, récits de succès, carrières inespérées, récits de catastrophes, un plan d’aide qui a viré au vinaigre, etc. Tranches de vie urbaines.)

Le petit cinéma est bien rempli et l’air climatisé est juste et bon. Le réalisateur de La Selva Negra, Saul Kak (prononcer ça-houle), est assis juste devant moi, une rangée en contrebas. Il bénéficie d’une traduction chuchotée en espagnol, pour comprendre ce qui se dit en français et en anglais, dans la salle, à propos du premier film puis du sien. Le gringo Charles Fairbanks, l’autre réalisateur, est absent.

Je ne sais rien du chamanisme. Je sais à peine ce qu’en dit Michael Taussig, dans certains de ses ouvrages, et surtout dans la perspective de la « magie mimétique »[2]. Je crois donc que le chamanisme implique des cascades d’intuitions, des flashs brusques et évanescents, des accélérations et de gros ralentis, et beaucoup, beaucoup de malaises vrais, difficiles, graves, pas drôles pantoute, la tête sur le billot pour-de-vrai, un « espace de mort » sérieux comme la maladie qui tue pour-de-vrai, quelque chose de prenant, de saisissant et d’incontournable comme la certitude qu’on va vomir jumelée à de grosses sueurs froides et une baisse de pression : instant de clarté! Le principal protagoniste, don Juan, qui est une sorte de guérisseur, raconte à un médecin qui l’ausculte pour une hernie qu’il travaille la terre, et qu’en plus, il touche au chamanisme, « un métier de pauvre » (a poor man’s work). Le film s’ouvre avec une cérémonie pour un enfant, avec moult chandelles, herbes, œufs et incantations. Il y aura aussi une danse avec une tête de cerf, dans une scène de rêve. Où trouve-t-on le chamanisme, dans ce film, si ce n’est partout ailleurs également?

Don Juan quête de l’argent aux réalisateurs parce qu’il est malade et qu’il veut se rendre à l’hôpital, en ville. Il quête aussi parce qu’il veut essayer les « produits miracles » OmniLife, vendus par son oncle et son associé, qui est de toute évidence véreux (les réalisateurs tentent de dissuader Juan d’en acheter, mais celui-ci veut voir, surtout que selon la publicité, tout le pays en prend, et surtout les riches et les puissants – et qu’arrivera-t-il, de toute façon, s’il va à la ville cinq fois et qu’il ne peut pas être opéré, de toute façon? Il aurait perdu 3000 pesos, justement le coût de la « cure » de suppléments diététiques). Il quête parce qu’il travaille pour les documentaristes en passant du temps devant leur caméra; on appelle ça un salaire. Saul Kak est venu du Chiapas nous présenter son film splendide, et il nous a dit en espagnol que les peuples autochtones de sa région ont été transformés en quêteux. Comme le dit doña Carmen, dans le film, après avoir raconté la mort de son mari, il y a 45 ans, aux mains de propriétaires terriens qui lui en voulaient d’avoir retrouvé des documents démontrant les titres territoriaux autochtones, c’est l’argent, c’est la monnaie qui rend pauvre, dans ce monde – à la jonction de plusieurs mondes. Et les documentaristes en apportent avec eux, du change.

La discussion avec le réalisateur après le film a permis de souligner la beauté des images, ainsi que le remarquable « mélange des genres » relevés par les étudiants en cinéma, et qui fait osciller le long métrage entre documentaire, fiction onirique et mise en abyme. Dans le film, il est en effet question du succès du film, et on voit don Juan et doña Carmen se regarder dans une salle de cinéma comme celle où on se trouve. Ces autoréférences s’expliquent notamment par le fait que le tournage a duré cinq ans. Les ragots à propos des réalisateurs, mais aussi à propos de leurs protagonistes, ont eu le temps de se répandre dans la communauté et le voisinage!

Le syncrétisme des genres fait écho au syncrétisme des rituels de doña Carmen, qui récite un « Je vous salue Marie » en enterrant une offrande à la terre-mère, faite de café versé en signe de croix, de pattes de poulet, de bouillon, etc. Il y a d’autres prières similaires, en plus des prières de don Juan, qui font appel à un Père puissant. Il y a aussi un syncrétisme dans les paysages : les scènes urbaines jouxtent les scènes dans la forêt, où l’on cueille et cultive le maïs, où on fend du bois, dans les collines surplombant un hameau agricole qui est le lieu de fusillades nocturnes dont on ne sait pratiquement rien, en définitive.

J’aurais voulu poser une question sur cette violence armée, mais je ne suis pas arrivé à la formuler. Tout ce que je sais du Chiapas, c’est que ce fut, et que c’est peut-être encore, le lieu de la résistance zapatiste, sur laquelle je sais assez peu de choses, en fait, sinon qu’elle implique le mythique sous-commandant Marcos, dont on parlait encore beaucoup au Sommet des Amériques en 2001, à Québec, suite à l’apparition du mouvement sur la scène internationale en 1994. Je repense au journal Le monde diplomatique et me demande ce qu’il en reste, aujourd’hui… Le film présente une critique du capitalisme, de ses effets sur les cultures, les vies quotidiennes, les corps et les rêves, mais il ne montre pas l’autonomie locale comme une hypothèse vivante. Pas d’appel à joindre une révolte organisée, par exemple. Le zapatisme aurait-il fait son temps? Il n’appartient pas au réalisateur de m’instruire là-dessus, alors j’ai ravalé ma question et me suis promis de faire la recherche.

Tout cela dépayse ce spectateur du Nord, en tout cas! Doña Carmen déclare son impuissance tout en montrant sa persistance. Don Juan semble donner son impuissance en spectacle, en incitant à douter de son endurance. Il le fait en regardant dans l’œil de la caméra, en faisant même toucher sa tumeur au cameraman, qui travaille caméra à la main. C’est donc comme si c’était nous, en dix, vingt, trente Thomas face au Christ… Un truc de guérisseur? Touche ma plaie, tu vas voir… Il joue avec nos doutes et nos peurs, il nous mime cherchant à le mimer, par le médium du film, il nous touche donc à son tour, filmé, filmant. C’est peut-être ça, le chamanisme. Une question de contacts, pour-de-vrai.

 


Notes

[1] Sur cette question, voir les premiers chapitres de Jeanne Favret-Saada, Les mots, la mort, les sorts. La sorcellerie dans le bocage, Paris, Gallimard, 1977.

[2] Voir Michael Taussig, Mimesis and Alterity: A Particular History of the Senses, New York et Londres, Routledge, 1992. Voir aussi Michael Taussig, Shamanism, Colonialism, and the Wild Man: A Study in Terror and Healing, Chicago, University of Chicago Press, 1987, et Michael Taussig, The Magic of the State, New York et Londres, Routledge, 1997.

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How to read and understand Pier Paolo Pasolini’s “Adulto? Mai”?

By Cécile Voisset

Adulto? Mai – mai, come l’esistenza
che non matura – resta sempre acerba,
di splendido giorno in splendido giorno –
io non posso che restare fedele
alla stupenda monotonia del mistero,
Ecco perché, nelle felicità,
non mi sono abbandonnato – ecco
perché nell’ansia delle mie colpe
non ho mai toccato un rimorso vero.
Pari, sempre pari con l’inespresso,
all’origine di quello che io sono. 

(Roma, 1950. Diario)

 

There is nothing but reality for Pasolini in taking such an oath: never be an adult, never! He observed it his whole life, faithfully. Loyally. To be surprised, to observe, to be unsatisfied by anything: neither compromises nor corruption, in order not to give up, not to betray oneself. He hated lies and easiness.

To ever be young in mind, to maintain oneself in youth, is not being infantile; on the contrary, such a difficult way consists in preserving a sort of representation; we may call that “naivety”, in the good sense of the term; Pasolini didn’t conceptualize his thinking but we approach it by this word: “naivety” was for him a sort of native or uncorrupted representation or state of mind[1]. Surely naivety is the contrary of adulthood according to Pasolini who wrote, in Against Television: “Please, don’t misunderstand me: there is an identity between innocence and constituted values, and destruction of innocence is destruction of values.”

Actually, any child could have observed that most of the adults play a part and cheat, for most of their lives. The Italian writer, poet and film-maker defended the sacred, which is not innocence. His main refusal of conformism was a strong desire to remain unbending (total, he probably would have said).

Pasolini thus sets a philosophical example of fighting against illusions, and shows us the institutional ways that keep them alive.

There is a fear which is nonsense or a false problem. It deals with the question of age. This sort of question proceeds from a narrow vision of the mind. If you think being young is better than being old, you are wrong because you are unnecessarily regretting the past which is, by definition, over. Nostalgia is also a fault, it is a bad and stupid feeling, for the very fact that the past is always behind us and that we’ve to look ahead and forward, in front of us. It doesn’t matter that we cannot preserve or keep a young soul (the Pasolini vow, his natural instinct): youth symbolizes energy or strength, a sane state of mind which differs most of time from adulthood when people are imprisoned by conventions or codes or obligations of all sorts, which often maintain the self in immaturity, and consequently, in dependence; someone who fears growing old is not free and unhappy.

The fear of growing old is factually a fear of dying, which is, of course, a natural and especially human fear, because knowing our own finitude is a law of our human condition, i.e. our limits both in time and in space. The lesson of it here is that we have to take advantage of life, to organize, and to save time. It’s really a question of health, and health depends on us: body is influenced by the mind too, we must take care of them both.

Someone who is fed up with images of glory, i.e. with appearances, surely knows that appearances are nothing but a trap, an illusory way, in fact the opposite of reality or existence, since that pride is the opposite of wisdom, i.e. a way of living in confidence or by its own. Thus, believing in them, in what one can call “surface” and/or “superficiality”, doesn’t change anything.

P. P. Pasolini was never fooled by social and moral injunctions and so on. His faithfulness to himself, that we read in “Adult? Never”, is really misunderstood. His innumerable and silly opponents preferred to talk of Pasolinian scandal: shame on them. It is not only unfair, it is also erroneous.


Note

[1] Naivety (often) regards children, but not only them; this concept also deals with the point of social class; for example, the upper class ignores naivety because, they have the power (the money, and so on).

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Classé dans Cécile Voisset-Veysseyre

Damnations d’Ulster

Critique des ouvrages Hill Search: The Robert Corrigan Story (2014, 134 p.), Hill Tales: Still Searching (2015, 172 p.), et Hill Notes: ‘Glimpses’ of Before (2017, 158 p.), de Steven L. Cameron, Sainte-Agathe-de-Lotbinière, à compte d’auteur.

Par Simon Labrecque

Écoute, Chubby, si tu commences à prendre les détours irlandais, on n’a pas fini de louvoyer!

Calliope, dans Le ciel de Québec, de Jacques Ferron

 

Ce qui compte dans Le salut de l’Irlande, ce n’est pas l’Irlande, mais le salut.

Propos attribués à Luc Gauvreau

 

Approche

Il existe de nombreux liens matériels et symboliques entre l’Irlande et le Québec, ainsi que de nombreuses façons d’étudier ces liens. Dans Le vert et le bleu. Identité québécoise et identité irlandaise au tournant du XXe siècle (Presses de l’Université de Montréal, 2011), par exemple, l’historien professionnel Simon Jolivet se concentre sur une période précise, pour en montrer toute la texture. Plus récemment, l’ouvrage collectif Le Québec et l’Irlande. Culture, histoire, identité (Septentrion, 2014), publié sous la direction de Linda Cardinal, Simon Jolivet et Isabelle Matte, a proposé un aperçu des « études irlando-québécoises » dans une pluralité de perspectives historiques, linguistiques, politiques, et même littéraires. Le salut de l’Irlande, de Jacques Ferron (du Jour, 1970), et James Joyce, l’Irlande, le Québec, les mots. Essai hilare (Trois-Pistoles, 2006), de Victor-Lévy Beaulieu, s’y voient consacrés un chapitre chacun, le premier écrit par Jerry White (pp. 224-240), et le second, par Marc Chevrier (p. 201-223).

Dans tous les cas, une impression tenace insiste, chez moi, lorsque je me penche en amateur sur de tels écrits : l’impression que le Québec a moins à voir avec l’Irlande « tout court » (symbolisée par les villes de Dublin, Cork, Limerick, Galway, ou même Sligo) qu’avec l’Irlande du Nord (c’est-à-dire avec les villes de Belfast, Derry/Londonderry, Omagh, ou Armagh, sinon avec Letterkenny, dont les armoiries contiennent deux fleurs de lys vertes). Dans Le Québec et l’Irlande, cette question est explorée par l’historien professionnel André Poulin, dans le chapitre « L’Irlande du Nord et le Québec dans les années 1960 : deux sociétés à la croisée des chemins » (pp. 112-134), qui est parsemé d’appels à mener de plus amples recherches. Le présent texte s’inscrit dans le sillage de ces appels, en prenant comme matériaux trois ouvrages récemment publiés à compte d’auteur par l’historien amateur Steven L. Cameron, qui consacre sa retraite à étudier et à faire connaître l’histoire tumultueuse de la présence irlandaise dans la région de Lotbinière, sur la rive sud de Québec.

Donner suite et prendre à rebours « le salut de l’Irlande » en approchant de multiples « damnations d’Ulster », comme je le propose par mon titre, c’est bien sûr passer de l’île d’émeraude en entier, ou de la république qui en occupe la majeure partie (l’Eire, ou l’Irlande « proprement dite »), à l’Ulster, cette vieille province septentrionale dont six comtés (Antrim, Armagh, Down, Fermanagh, Derry et Tyrone) appartiennent aujourd’hui au Royaume-Uni, sous le nom d’Irlande du Nord. Mais l’Ulster ne se réduit justement pas à l’Irlande du Nord, au sens politique et juridique de cette dernière expression, car la province est traditionnellement formée de neuf comtés (aux comtés susmentionnés, il faut ajouter Cavan, Donegal et Monaghan). C’est cette complexité des dénominations, ainsi que cette incertitude des frontières, des contours et des limites, qui permettent d’emblée de rapprocher le Québec (ou le Canada français, le Canada-Est, le Bas-Canada, ou le Canada « proprement dit ») et l’Ulster[1]. C’est là qu’il faut creuser, si l’on partage le souci des profondeurs; c’est là-dessus qu’il faut surfer, si l’on privilégie les surfaces.

 

Localités

Qu’en est-il de toutes ces « campagnes », « régions » ou « provinces », entre plaines et montagnes, entre mers, lacs et rivières, qui ne se réduisent pas aux villes, grandes ou petites? Ne permettent-elles pas d’évoquer des rapports d’analogie entre le Canada ou le Québec, d’une part, et l’Eire ou l’Ulster, d’autre part? De ce côté-ci de l’Atlantique, c’est du moins dans de telles contrées « périphériques » que Steven L. Cameron inscrit ses recherches.

Hill Search (2014), Hill Tales (2015) et Hill Notes (2017) sont des ouvrages publiés à compte d’auteur. Ils se déploient aux flancs et au cœur des collines des comtés de Lotbinière et des Appalaches (anciennement le comté de l’Amiante), et tout particulièrement, autour des villages de Saint-Sylvestre (aux limites de l’ancienne seigneurie de Saint-Gilles de Beaurivage) et de Saint-Jacques-de-Leeds (chef-lieu de l’ancien canton de Leeds), le long des vieux chemins Craig et Gosford. Ces ouvrages entremêlent les références aux documents d’archives et à la tradition orale, qui trament ensemble l’histoire locale. Situés sur la rive sud du fleuve Saint-Laurent, ces lieux furent partiellement défrichés et peuplés par des colons d’origine irlandaise, parmi lesquels se retrouvaient à la fois des catholiques et des protestants. Cameron se réclame de cet héritage irlandais au Québec. Il travaille à préserver ce legs de l’oubli.

En plus de passer par l’écriture, ce travail mémoriel emprunte une voie que je qualifierais de communautaire. En effet, Cameron a déjà été vice-président de la Société littéraire et historique de Québec. Il est aussi cofondateur d’un groupe du patrimoine irlandais, Coirneal Cealteach (Celtic corner, ou Coin celtique), qui a participé à la mise en valeur d’au moins trois sites dans la région : une croix celtique et un cercle de pierres érigés à la mémoire des ancêtres irlandais, à Sainte-Agathe-de-Lotbinière; un tronçon d’environ 100 pieds du vieux chemin Craig, préservé dans son état d’origine, également à Sainte-Agathe; et le cimetière irlandais Saint-Jean-l’Évangéliste, jadis oublié, perdu dans la forêt environnante, et que Cameron a redécouvert dans le rang Sainte-Marguerite de Saint-Sylvestre, lors des recherches dont il rend compte dans ses trois ouvrages. Notons que d’autres organisations font un travail similaire à celui de Cameron. La Corporation des chemins Craig et Gosford, par exemple, organise un circuit touristique de près de 200 km, en collaboration avec les autorités locales, depuis le tournant de ce siècle. De façon générale, le patrimoine irlandais au Québec demeure néanmoins assez méconnu, à l’exception de quelques cimetières, quelques églises, quelques croix, et du lieu historique national de la Grosse-Île-et-le-Mémorial-aux-Irlandais.

 

Matière (à) critique

M’intéressant de biais à ce legs irlandais, par intérêt pour l’histoire de la région de Chaudière-Appalaches, j’ai découvert les livres de Cameron avec enthousiasme. Ensemble, ils me semblaient promettre de donner à lire les résultats d’une recherche que je n’aurais pas à faire… J’ai donc entrepris de les lire tous, afin d’évaluer l’intérêt et la faisabilité d’une traduction, partielle ou complète, qui pourrait bénéficier d’une subvention d’un organisme fédéral encourageant les échanges linguistiques au Canada. L’éditeur qui se verrait présenter un tel projet pourrait ainsi limiter les coûts de production de l’ouvrage. Au terme de mes lectures, cependant, je demeure incertain qu’un tel projet puisse se réaliser. Pour en avoir le cœur net, il me faudrait d’abord vérifier dans quelle mesure un projet de traduction peut aussi prendre la forme d’une réécriture passablement radicale de l’œuvre originale! C’est qu’à bien des égards, les textes de Cameron me semblent pouvoir bénéficier d’un travail éditorial significatif…

Ces textes sont ceux d’un amateur, dans les deux principaux sens du terme. D’une part, ce sont les textes d’un passionné curieux, d’un amoureux enthousiaste, du porteur d’une vocation qui n’a pas besoin d’être rémunéré pour voir la tâche à accomplir s’imposer comme une véritable exigence dans son quotidien. Or, si le travail est marqué par la longue durée, par des années et des années de fouilles patientes, par l’intérêt soutenu pour des histoires entendues de longue date, provenant souvent des souvenirs d’enfance de celui qui était entouré d’aînés bavards, récits revisités au seuil de la retraite, l’œuvre de Cameron témoigne aussi d’un sentiment d’urgence. Cette urgence, c’est celle de la publication rapide, même confidentielle, comme forme de préservation de l’histoire locale, menacée de disparaître, étant donné l’inéluctable écoulement du temps. Un enthousiasme certain caractérise par ailleurs la narration, où s’exprime fréquemment une véritable fascination pour les détails parfois infimes et les nuances souvent subtiles, établies, voire découvertes par l’auteur-chercheur, dont on sent alors la fierté.

D’autre part, et peut-être en conséquence de l’urgence et de l’enthousiasme de l’amateur, les livres de Cameron peuvent sembler manquer d’une certaine rigueur, qu’on associe habituellement (et peut-être trop rapidement) aux ouvrages qui sont le fait de professionnels. Je crois cependant que ce sont surtout les signes de la rigueur, plus que la rigueur elle-même, qui manquent aux trois ouvrages, publiés de façon confidentielle.

 

Formalités

C’est lorsqu’ils sont absents que nous constatons avec le plus de clarté ce que nous considérons comme les signes essentiels et normaux de la « science » historique moderne. Il en va ainsi des notes, des paragraphes et des références bibliographiques, dans les livres de Cameron.

Plutôt que de parsemer ses textes de notes de bas de page ou de fin de texte, sagement numérotées, donnant à lire des références précises à une ou plusieurs pages d’un ou de plusieurs autres textes, l’auteur inclut seulement quelques notes explicatives en fin de chapitre, identifiées par des astérisques (*, **, ***) et regroupées sous la formule « Please Note », dans le premier ouvrage (Hill Search). Pour des raisons qui sont sans doute plus esthétiques que logiques, ce dispositif semble moins rigoureux encore que l’absence complète de notes (explicatives ou de référence) dans les deux ouvrages subséquents, Hill Tales et Hill Notes.

Dans tous les ouvrages, le texte est composé de phrases complètes, mais plutôt que d’être regroupées en paragraphes de manière uniforme, ces phrases prennent souvent la forme de listes ou de séries de puces (bullet points). Dans le premier ouvrage, ces puces elles-mêmes varient, sans qu’il soit possible d’identifier les raisons de cette variation formelle. Ce sont parfois des cercles noirs, parfois des crochets, parfois des lettres minuscules… Encore une fois, les deux ouvrages subséquents semblent plus rigoureux, car une uniformisation a eu lieu : toutes les puces sont des cercles noirs. Il demeure que la présence même de ces puces suggère un certain manque d’aisance dans l’utilisation des logiciels de traitement de texte et dans la maîtrise des signes extérieurs de la rigueur savante, qui passe par l’expression (même implicite) des raisons du passage d’un texte en paragraphes suivis à des listes plus ou moins longues. Ces raisons manquent parfois à l’appel; le texte semble se briser, sans qu’on nous dise pourquoi. Si Cameron se revendique d’un type louable d’inachèvement, en caractérisant ses recherches comme des « travaux en cours » (work in progress), ses choix formels et stylistiques d’éditeur laissent parfois croire à un inachèvement plus menaçant pour ses propos : une forme de laxisme, d’inattention aux détails, alors que l’historien amateur nous propose justement de revisiter une série de récits méconnus en démêlant les menus détails qui les trament.

Enfin, malgré cela, l’auteur prend soin d’inclure une liste de références à la fin de chaque ouvrage. Il introduit cette liste par les trois paragraphes suivants, que je traduis :

INTRODUCTION : Le texte n’est pas accompagné de notes en bas de page comme c’est le cas pour la plupart des écrits académiques. Cela étant dit, un effort supplémentaire a été fait pour assurer que soit respectée la division entre fait, rumeur et opinion. Même ce qui relève de la tradition orale a été maintenu dans la dimension qui lui est propre. Une part du récit provient de cette tradition orale, mais les noms des individus ont été protégés (tel que promis par l’auteur).

Il serait toutefois injuste de présumer que l’auteur a utilisé les sources adéquates. La liste de documents de référence qui suit offrira donc au lecteur un certain degré d’assurance quant au fait qu’une vigilance assidue a été mise en œuvre. Elle donnera aussi, aux lecteurs qui le désirent, quelques pistes précises pour entreprendre des recherches supplémentaires.

Plusieurs sources ont été utilisées, ces dernières années, pour enquêter sur les récits présentés. La liste qui suit fournit l’ensemble des items consultés. Les nombreuses « promenades » effectuées dans les collines et les cimetières qui avaient un lien direct avec les récits ont été d’une importance cruciale, bien qu’elles ne soient pas incluses dans cette liste. (Hill Tales, p. 155)

Suivent plus de cinquante références, catégorisées par type de document (livres, registres paroissiaux, recensements, cartes, etc.). Il manque souvent le lieu de publication et le nom de l’éditeur. Le titre, l’année de publication et le nom de l’auteur, généralement présents, seront suffisants, dans la plupart des cas, pour qui voudrait retrouver une source… Cependant, le fait que la section bibliographique soit intitulée « Reference Documents A La Biblio » provoque, du moins pour moi, une diminution de l’apparence de rigueur que l’auteur a voulu donner. Je reçois plutôt les signes d’une contradiction performative : il est dit qu’il est fait quelque chose, mais en le disant, c’est plutôt l’envers de ce qui est dit qui se trouve à être fait.

Malgré ces considérations stylistiques et formelles, le contenu ou le fond des ouvrages de Cameron témoigne bien du souci de rigueur avec lequel les recherches ont été menées. Bon nombre des notes du premier ouvrage concernent les orthographes variées des noms propres d’individus impliqués dans l’histoire de Robert Corrigan, cet Irlandais d’origine catholique, converti à l’anglicanisme, mort des suites des blessures encourues lors d’une violente altercation avec plusieurs Irlandais catholiques, lors de la foire agricole de Saint-Sylvestre*, en 1855. En plus de relever la pluralité des orthographes de tel ou tel nom, Cameron explique fréquemment son choix de privilégier l’un d’entre eux.

À ce souci de rigueur s’ajoute néanmoins l’un des inconvénients de l’urgence et de l’enthousiasme menant à l’autoédition ou à l’autopublication : Cameron lui-même manque parfois de constance, en faisant des erreurs dans certains patronymes, et tout particulièrement dans les noms des Canadiens français qui jouent un rôle dans les récits irlandais. Dans Hill Notes, troisième ouvrage de la série, Cameron publie une liste des erreurs qui se sont introduites dans les volumes précédents, affirmant que celles-ci lui sont toutes attribuables, et que son souci de rigueur le porte à en proposer un relevé honnête et systématique. Cette liste omet encore des coquilles dans les noms propres. Quoi qu’il en soit, l’auteur demande à son lectorat de le contacter pour lui faire part de toute erreur, ou encore de toute piste à explorer. Voici une erreur surprenante que j’ai notée : en tête de chaque page de droite, dans Hill Notes, se trouve le titre de l’ouvrage précédent, Hill Tales… Je doute qu’un éditeur ait laissé passer une telle coquille.

 

Alliances, alliages

L’auteur n’a pas attendu qu’un éditeur sanctionne son travail pour le publier. Il y a assurément une noblesse de l’autoédition, si ce n’est que la noblesse du refus des diktats du « marché du livre », qui impose le langage des ventes, des prix et des profits – ou du moins, des revenus : « arriver kif-kif », « balancer »… L’autoédition est, pour une part, un don, un geste gratuit et même déficitaire, même si les pratiques de l’impression sur demande permettent désormais de réduire les pertes sur le plan financier. Par ailleurs, dans les champs de l’histoire locale et régionale au Québec, l’autoédition est elle-même une tradition. L’un des ouvrages phares de ces deux champs, l’Histoire de la seigneurie de Lauzon, de Joseph-Edmond Roy, est composé de cinq tomes. Or, « seul le premier tome est publié par un éditeur, les autres le sont à compte d’auteur et sont en vente chez lui au 9 de la rue Wolfe à Lévis! »[2]

Cette mention de l’archétype de l’historien amateur respecté qu’est Joseph-Edmond Roy, notaire, professeur, membre de la Société royale du Canada, et même maire de Lévis, me permet de souligner deux choses. La première est que l’œuvre de l’historien amateur est marquée par la confidentialité, comme par définition, même si l’auteur est un notable et que ses ouvrages trouvent un écho certain en leur temps. La confidentialité du travail de Cameron semble plus marquée que celle du travail de Roy, mais le premier a tout de même reçu un accueil favorable dans la presse de langue anglaise de la région de Québec, à la radio de la CBC et au Morrin Center.

La deuxième chose que la mention de l’Histoire de la seigneurie de Lauzon permet de souligner relève justement de la langue. Les sources secondaires de Cameron sont principalement anglophones. Il ne cite pas Roy, par exemple, bien que celui-ci, dans son magnum opus, raconte et documente plusieurs des épisodes qui fascinent Cameron. L’histoire de Robert Corrigan est ainsi rapportée à la suite d’une réflexion générale sur les rapports acrimonieux entre colons irlandais et canadiens-français, d’une part, et entre colons irlandais catholiques et protestants, d’autre part, sur la rive sud du Saint-Laurent, dans les années 1850. Suit une autre histoire, qui est aussi reprise par Cameron, à propos de John O’Farrell et John O’Grady. Les paragraphes se succèdent ainsi sous la plume de Roy :

C’est après le départ du curé Nelligan de Saint-Sylvestre, en 1851, que les querelles entre les différentes factions s’envenimèrent de plus en plus. C’est alors que l’on vit, en 1855, par exemple, un nommé Corrigan, jury d’un comice agricole, coupable de ne pas avoir jugé suivant les goûts de la faction dominante, tué de sang froid, au milieu d’une fête populaire. Les orangistes, furieux de la mort de l’un des leurs, voulurent mettre tout à feu et à sang; le gouvernement dût expédier la police et le militaire pour essayer de rétablir la paix et de découvrir les meurtriers que l’on cherchait à cacher. Et, quand les personnes, soupçonnées de ce crime atroce, furent acquittées par les tribunaux, faute de preuves contre elles, on craignit pendant quelques temps qu’il n’y eût des combats sanglants entre catholiques et protestants. La troupe dût stationner pendant plusieurs mois dans la région afin d’écarter cette nouvelle guerre des Camisards.

Dans l’hiver de 1858, il y avait des élections générales parlementaires. Le comté de Lotbinière, dans lequel la paroisse de Sylvestre se trouvait incluse, avait alors pour député un excellent homme, dévoué, serviable, le notaire Joseph Laurin. Ce député, aux yeux des gens de Saint-Sylvestre, avait un grand défaut puisqu’il n’était pas Irlandais. Mais comment le remplacer par un des leurs dans un comté où la grande majorité était française? Un avocat de Québec, nommé John O’Farrell, brigua quand même les suffrages, comptant bien sur quelques tours de sa façon pour remporter le comté en dépit du vote français. Le jour de la votation arrivé, la paroisse de Saint-Sylvestre, qui avait à peine 300 voteurs, inscrivit 2780 voix en faveur d’O’Farrell qui fut déclaré élu. Il avait suffi d’une bande de meneurs bien stylés pour jouer cette pièce dégoûtante. Les conspirateurs s’étaient emparés des cahiers du bureau de votation, puis, enfermés dans le presbytère, ils les avaient manipulés à leur guise. Il va sans dire que la justice eut plus tard sa revanche qu’O’Farrell perdit un siège si illégitimement gagné et que la paroisse de Saint-Sylvestre fut privée pendant quelques années de son droit de suffrage, mais cet épisode sert à illustrer ce que nous avons dit précédemment.

Le curé John O’Grady, qui avait remplacé M. Nelligan en 1851, soupçonné d’avoir trempé dans la fraude O’Farrell, dût laisser Saint-Sylvestre précipitamment, et aller se réfugier chez l’évêque de Portland[3].

Suit le récit des tentatives répétées des colons irlandais pour bloquer l’accès au curé canadien-français qui succéda à John O’Grady, En effet, le curé Drolet fut empêché d’entrer dans l’église où il devait célébrer, et c’est un notable protestant d’un village voisin qui l’aida à déjouer le blocus. Que savons-nous, aujourd’hui, de telles histoires? Pratiquement rien, si l’on ne lit pas Roy, Cameron, ou quelques autres.

Dans les références de Hill Search, Cameron cite le roman Sur le chemin Craig (Stanké, 1983), de Madeleine Ferron, comme une version fictive de plusieurs des évènements qui l’intéressent. La Beauceronne d’adoption avait elle aussi fourni une liste de références à son lectorat, en fin d’ouvrage. Pour sa part, Cameron promet maintenant de publier un roman sur l’avocat de Québec, John O’Farrell, après avoir travaillé la « non-fiction ».

Dans ses ouvrages, Cameron se propose d’évaluer bon nombre des similitudes et des différences entre les multiples « versions » des histoires locales et régionales qui l’intéressent, mais il me semble passer à côté de sources francophones majeures, du point de vue de l’historiographie. Sans vouloir trop insister sur ce vieux cliché, je dirai simplement qu’une édition française des livres de Cameron pourrait participer à réduire l’écart entre les « deux solitudes », qui refont surface au cœur même des efforts contemporains pour complexifier, sinon pour compliquer, les récits qui circulent sur les façons d’habiter le territoire qui porte aujourd’hui le nom de Québec. La plus grande distance entre les violences passées et le présent, qui n’est certes pas sans violence, reste sans doute la plus grande différence entre l’Ulster et la vallée du Saint-Laurent, lorsque vient le temps de travailler nos rapports individuels et collectifs à l’histoire.

Si c’est par l’alliance de recherches confidentielles que de tels efforts peuvent être renouvelés, des deux côtés de l’Atlantique, je dois conclure que la lecture des ouvrages de Cameron ne me « sauve » pas d’une recherche. En effet, si le travail a pu me sembler être déjà fait, il demeure que la recherche pourrait être menée tout autrement, par d’autres, et que cette altérité même pourrait être profitable à une meilleure compréhension des liens à la fois matériels et symboliques qui se nouent entre l’Ulster et la vallée du Saint-Laurent. Plutôt que de conclure que tout est accompli, il vaut donc sans doute mieux conclure, encore une fois, qu’il reste du pain sur la planche, ou de la chair sur l’os. Cent fois sur le métier… ou son absence! La pratique historienne de Steven L. Cameron incite et encourage à mener à bien de telles recherches, à compte d’auteur.

 

* Addendum de la rédaction

Suite à sa lecture de la présente critique, Steven L. Cameron nous souligne une erreur : Robert Corrigan est mort à la foire agricole de Saint-Sylvestre, et non de Leeds.

 


Notes

[1] Pour une puissante tentative de se ressaisir d’un sens « original » du mot Canada, voir Jean Morisset, Sur la piste du Canada errant. Déambulations géographiques à travers l’Amérique inédite, Montréal, Éditions du Boréal, 2018.

[2] Alain Laberge, « 1897. Joseph-Edmond  Roy, Histoire de la seigneurie de Lauzon », dans Claude Corbo (dir.), Monuments intellectuels de la Nouvelle-France et du Québec ancien. Aux origines d’une tradition culturelle, Montréal, Presses de l’Université de Montréal, 2014, p. 368.

[3] Joseph-Edmond Roy, Histoire de la seigneurie de Lauzon, vol. 5, Lévis, s.é., 1904, pp. 73-74. À l’aune de ce second récit électoral, les lecteurs de Jacques Ferron qui sont au fait de la vie et de la mort de Rédempteur Faucher, « petit truand » qui inspira le personnage de Rédempteur Fauché, dans Le ciel de Québec, pourront noter que le corps de ce « fixeur d’élections », qui travailla pour Moïse Darabaner dans les années 1960, fut trouvé tout près de là, avec une demi-douzaine d’autres cadavres, le long de l’ancienne route Gosford, entre Sainte-Agathe et Saint-Gilles-de-Lotbinière, en 1965. L’adjectivation du nom Faucher, devenu Fauché, est ici le signe du travail de « fictionnage » du docteur admirable.

 

Sainte-Agathe-de-Lotbinière

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Classé dans Simon Labrecque