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Chronologie d’un bras de fer: la grève à l’UQAM

Tract sans signature distribué lors du rassemblement du 24 avril 2015 contre les expulsions politiques à l’UQAM.

À tous ceux et toutes celles qui souhaitent comprendre la généalogie de la crise actuelle à l’UQAM, et saisir la réalité des levées de cours telle que l’ont vécue plusieurs personnes qui y ont participé au cours des dernières semaines, voici une (relativement) brève chronologie des événements à partir du déclenchement de la grève à l’UQAM.

16 mars : Déclenchement de la grève à l’Association facultaire étudiante des Arts (AFÉA).

20 mars (vendredi) : À la veille du déclenchement de la grève de plusieurs associations facultaires, l’administration annonce les convocations de 9 étudiant-e-s auprès du comité de discipline. Le même jour, René Delvaux apprend que son dossier a été fermé, sans l’accord de son directeur de maîtrise, du directeur de son programme et du vice-doyen de la faculté. Ces procédures enfreignent le règlement 2 et la politique 25 de l’UQAM. Justine Boulanger, première convoquée et seule déléguée étudiante au Conseil exécutif, siège également avec René Delvaux au Conseil d’administration de l’UQAM. En ce sens, la comparution de Justine devant le Comité exécutif, initialement prévue pour le 27 mars, soit une semaine avant les autres étudiant-e-s, aurait éliminé de facto la seule représentation étudiante du comité, laissant l’ensemble des autres personnes visées seules devant un comité essentiellement composé par la haute direction, juge et partie. De plus, les actions pour lesquelles ces personnes sont convoquées (notamment des levées de cours et des manifestations internes) regroupaient toutes plusieurs dizaines de personnes, mais seules 10 personnes sont ciblées. Certaines de ces actions remontent à 2013 et leur utilisation la veille du déclenchement de la grève démontre la volonté de l’administration de casser la grève en faisant craindre des représailles aux personnes qui participeraient aux activités normales d’une grève.

Cette répression politique est une atteinte grave à la démocratie étudiante, au droit de grève, au droit d’association et à la liberté d’expression. En s’attaquant directement à certains-es étudiants-es, l’administration de l’UQAM bouleverse des vies (précarisation, isolement et pertes d’emploi); vies qu’elle instrumentalise afin de menacer l’ensemble des membres de la communauté qui s’impliquent politiquement dans l’université. Cette campagne de peur doit être dénoncée. Les expulsé-e-s ont d’ailleurs reçu l’appui de l’ensemble des associations facultaires, du SPUQ, du SCCUQ, du Conseil académique facultaire de politique et droit, du département de sciences juridiques de l’École des médias, ainsi que de nombreux autres organismes extérieurs à l’UQAM.

23 mars : Déclenchement officiel d’une grève reconductible à l’Association facultaire étudiante des sciences humaines (AFESH), à l’Association des étudiants et des étudiantes de la Faculté des sciences de l’éducation (ADEESE) et dans les modules de la faculté de sciences politiques et droit; ainsi que d’une grève jusqu’au 2 avril à l’Association facultaire des étudiant-e-s de langues et communication (AFELC). Deux nouvelles compagnies de gardien-ne-s de sécurité, Garda et Gardium apparaissent sur le campus. Malgré le fait que les levées de cours se déroulent dans le calme, des gardien-ne-s de sécurité suivent toutes les personnes qui effectuent les levées de cours, prennent des notes et filment leurs faits et gestes. Des gardien-ne-s filment également les chargé-e-s de cours et professeur-e-s qui, devant le très faible nombre de personnes présentes en classe et les levées de cours, décident de ne pas donner leur cours. Les agent-e-s de sécurité leur mettent ainsi de la pression pour qu’ils et elles donnent leur cours malgré ces conditions. Plusieurs étudiant-e-s commencent à être suivi-e-s dans tous leurs déplacements à l’UQAM, même lorsque les levées de cours sont terminées et des gardien-ne-s circulent en tout temps autour des locaux des associations modulaires en prenant des notes.

27 mars : Rassemblement solidaire de plus de 300 personnes à la Place Pasteur, devant les bureaux du rectorat, contre les expulsions et suspensions pour des motifs politiques. Les convocations sont reportées au plus tôt au 24 avril.

30 mars (lundi) : Début de la grève à l’Association étudiante du secteur des sciences (AESS) jusqu’au 2 avril. Blocage des pavillons du campus central contre les expulsions et la répression politique à l’UQAM. L’UQAM demande la journée même une injonction pour empêcher toute activité qui perturberait de quelque manière que ce soit le cours normal des activités de l’université. Les associations facultaires en sont avisées vers 23h. On peut ainsi supposer que l’injonction était déjà prête et que l’UQAM n’attendait qu’un prétexte pour en faire la demande.

1er avril (mercredi) : Suivant une audience survenue le lendemain après-midi, le juge Mongeon, de la Cour supérieure, a rendu une décision le 1er avril. L’injonction est accordée à l’UQAM et est applicable dès le lendemain. Celle-ci touche cinq associations étudiantes facultaires, ainsi que chacun-e de ses exécutant-e-s, le SéTUE (syndicat des employé-e-s étudiant-e-s) et toute personne inconnue se trouvant à proximité de l’UQAM.

Elle vise à empêcher toute activité de perturbation, militante et politique, au sein et à proximité des murs de notre université. Plus exactement, ces activités concernent toute levée de cours, manifestation, ligne de piquetage, blocage ou tout autre dérangement de l’enseignement ou de la recherche au sein des murs de l’UQAM ou dans un périmètre extérieur de moins de deux mètres de ceux-ci.

2 avril : Manifestation nationale contre l’austérité et les hydrocarbures à Montréal. Le SPUQ (syndicat des professeur-e-s et maîtres de langues) est en grève pour une journée et distribue du matériel d’information contre la répression politique à l’UQAM, en solidarité avec les expulsé-e-s. Durant les levées de cours du soir, une personne est poursuivie par une gardienne de sécurité jusqu’à l’extérieur de l’UQAM, est arrêtée en pleine rue, puis détenue au Centre sportif pendant près de deux heures, avant d’être livrée à la police. La gardienne affirme qu’elle aurait ainsi procédé à une « arrestation citoyenne ».

3 avril au 6 avril : Congé pascal. Le 6 avril, malgré l’injonction, l’AFESH reconduit à forte majorité la grève, qui devient une grève générale illimitée.

7 avril (mardi) : Un déjeuner-rassemblement est organisé devant les locaux de l’AFESH, de l’AFESPED et de l’AFEA le matin. En raison de l’injonction, les levées de cours changent de forme : quelques personnes identifient les cours qui se donnent malgré la grève, font un message d’information à la classe qui rappelle le mandat de grève et invitent les personnes à respecter la grève et à quitter volontairement la classe. Dans les quelques cas où le cours se poursuit, des personnes masquées (afin d’éviter d’être accusé-e-s d’outrage au tribunal ou de subir des sanctions disciplinaires de l’UQAM) se rendent dans la classe et empêchent la tenue du cours en faisant du bruit. La même stratégie est répétée pour les cours de l’après-midi et du soir. Durant la journée, la direction de l’UQAM envoie un message au syndicat des professeur-e-s et au syndicat des chargé-e-s de cours, dans lequel elle indique qu’il n’y aura pas de reprise rémunérée des cours et que tou-te-s les responsables de cours sont tenu-e-s de dispenser leur cours, peu importe le nombre de personnes présentes (dispositions contraires aux conventions collectives de ces syndicats).

8 avril (mercredi) : Les gardien-ne-s de sécurité semblent avoir désormais reçu la consigne d’intervenir physiquement pour empêcher la levée des cours. Alors que des personnes masquées et non-masquées tentent de lever les quelques cours qui se donnent malgré les tournées d’information, des gardien-ne-s de sécurité leur bloquent l’accès aux salles de classe, tentent de les démasquer et les poursuivent à l’extérieur jusqu’aux Habitations Jeanne-Mance. Suite à cette nouvelle négation du droit de faire respecter la grève, une manifestation interne très populeuse est organisée à 14h afin de lever les cours de l’après-midi. Dans le pavillon J.-A.-DeSève, la manifestation est interrompue par une intervention policière durant laquelle le SPVM procède à 22 arrestations brutales et arbitraires pendant qu’éclatent de violentes altercations entre gardien-ne-s de sécurité, policier-ère-s et manifestant-e-s : des policiers et policières tabassent à coup de matraque des étudiant-e-s franchement en état de choc devant ce revirement de situation, pendant que des gardien-ne-s de sécurité se permettent de prendre à la gorge des étudiant-e-s, de les tirer vers la police, voire deviennent si brutaux-ales qu’ils et elles sont évacué-e-s par leurs propres collègues. Un groupe de professeur-e-s forment une ligne entre la police et la manifestation.

Des pourparlers commencent spontanément entre le SPVM, des professeur-e-s, des étudiant-e-s. Le SPVM se retire avec les 22 arrêté-e-s et la direction de l’UQAM prend le relai des négociations. Au terme de quelques heures, la direction refuse en bloc toutes les demandes qui lui sont adressées. Les étudiant-e-s qui attendaient la fin des négociations, dans un sit-in improvisé sur le lieu des arrestations, sont furieux et furieuses et décident d’occuper le pavillon, ce qui durera finalement jusqu’à minuit. En fin de journée, l’ADEESE vote le retour en classe pour le lendemain

9 avril (jeudi) : Les membres de l’AFEA décident de poursuivre la grève jusqu’au 3 mai. Un quatrième groupe de gardiens de sécurité, caractérisés par une attitude, des techniques et un physique de bouncers, fait son apparition à l’UQAM. L’administration multiplie les consignes contradictoires aux chargé-e-s de cours et professeur-e-s toute la journée.

13 avril (lundi) : Les levées de cours se poursuivent tant bien que mal, mais prennent énormément de temps et ne fonctionnent que parce que l’immense majorité des groupe-cours sont solidaires de la grève (des gens écrivent à leur association pour demander que leur cours soit levé afin qu’ils et elles puissent respecter la grève alors que d’autres se lèvent volontairement lors des tournées d’information). Dans les faits, très peu de cours sont à « lever », mais chaque cours qui s’oppose peut occuper pendant près de 2 heures les personnes qui lèvent le cours, précisément parce que les méthodes de levées ne sont pas violentes et n’impliquent que du bruit ou de la discussion avec les personnes présentes, mais également parce que, depuis l’injonction, l’accès aux locaux de ces quelques cours est bloqué par des gardien-ne-s. En fin de journée, quelques étudiant-e-s aux cycles supérieurs en science politique rencontrent le rectorat de l’UQAM dans une discussion informelle.

14 avril : La Commission des études adopte à majorité une prolongation de la session d’hiver 2015 jusqu’au 19 juin.

15 avril : Un étudiant est arrêté en lien avec les levées de cours par des policier-ère-s alors qu’il fume une cigarette devant l’UQAM. Il est toujours détenu pour une durée indéterminée. Il faut mentionner que le juge a justifié sa décision de le maintenir en état d’incarcération jusqu’à sa comparution en prétextant la nécessité de maintenir la confiance du public dans l’administration de la justice. Il est important de souligner que dans des cas similaires, où la personne n’a pas d’antécédent judiciaire, les accusé-e-s sont libéré-e-s sous promesse de comparaître. Il faut également insister sur le fait qu’au moment de prononcer ce jugement, l’arrestation de notre camarade n’avait pas été diffusée dans les médias de masse. Ces deux éléments nous permettent de soutenir que notre camarade est présentement incarcéré pour des causes uniquement politiques et que sa détention est instrumentalisée afin de servir de punition exemplaire pour tenter de briser le mouvement de grève.

16 avril : Un comité, formé d’un-e délégué-e de chaque association facultaire et d’un-e délégué-e de chaque association modulaire en grève de la faculté des sciences politiques et de droit, rencontre des représentants de l’administration de l’UQAM afin de discuter de l’état de la situation à l’UQAM. Le Conseil d’administration rejette durant l’après-midi la proposition de prolongement de la session de la Commission des études, maintient le calendrier de la session d’Hiver 2015 qui prend fin le 3 mai et propose de mettre un « incomplet temporaire » jusqu’au 30 juin à tou-te-s les étudiant-e-s n’auraient pas terminé leur session en date du 3 mai.

21 avril : La commission des études adopte une série de positions faisant valoir un positionnement contre les expulsions politiques, contre l’annulation de la ré-admission à la maîtrise de René Delvaux par décision unilatérale de l’administration et contre la judiciarisation du conflit notamment par l’intervention des agent-e-s du SPVM sur le campus. Elle adopte également une proposition de ne pas prolonger la durée de la session, se rangeant ainsi derrière le plan de validation de la session imposé par le conseil d’administration.

22 avril : Le conseil d’administration valide l’essentiel des recommandations de la commission des études et annonce que la session se terminera au 3 mai, que les ententes d’évaluation pourront être ré-ouvertes unilatéralement par les personnes en charge du cours jusqu’au 15 mai, lorsque les conditions le permettent, que la période d’annulation des cours sans mention d’échec et sans remboursement est prolongée jusqu’au 15 juin et que les notes doivent remises au 30 juin.

Des assemblées générales extraordinaires sont prévues dans les prochains jours dans les associations étudiantes en grève.

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La guerre qu’on nous fait: manifeste de profs contre tout ce qui vient avec l’austérité

Le texte qui suit circule depuis ce matin dans les réseaux sociaux – une version pdf est aussi partagée. Anonyme, il nous invite à le partager, c’est ce que la revue Trahir a choisi de faire.

 

Chers amis, chères amies, connu-e-s ou inconnu-e-s,

Notre texte ne récolte pas de signatures dont le nombre et la notoriété relative de certain-e-s auraient pour fonction de donner de l’importance à cette parole collective. En ces temps où le tout-sécuritaire marginalise toute contestation, nous faisons le pari de l’anonymat comme force capable d’impacts éventuels. Votre implication reste toutefois essentielle pour la diffusion du texte et de ses idées. Donnez-lui de la visibilité et cette visibilité sera un nouveau travail collectif qui montrera que, derrière ce texte, nous sommes nombreux et nombreuses. Si l’analyse que vous y trouverez vous semble juste, si vous êtes capables de passer par-dessus quelques maladresses, métaphores ou changements de registre que vous auriez évités, alors devenez un des relais dont a besoin, pas seulement ce petit texte, mais toute la force contre-hégémonique qu’il nous faut construire, pas à pas, contre la machine qui nous fait la guerre. Et n’attendons plus qu’on nous organise : faisons-le nous-mêmes là où nous le pouvons avec les moyens qui sont les nôtres, à saisir ou à inventer! Ce manifeste est une contribution en ce sens.

 

La guerre qu’on nous fait

Manifeste de profs contre tout ce qui vient avec l’austérité

Nous refusons l’appauvrissement humain, social, politique et intellectuel que l’offensive antisociale appelée austérité fait subir au monde, lui donnant ce visage patibulaire, cynique, servile, tout juste navré, médiocre, un brin sadique.

Cette offensive menée pour satisfaire les intérêts des élites économiques vise à soumettre, secteur par secteur, les personnes et les choses au règne contraignant de la marchandisation et du profit tout-puissant.

Depuis longtemps mise en œuvre, cette révolution conservatrice est avant tout une guerre menée contre les mécanismes collectifs de redistribution des richesses, de mise en commun des ressources pour faire face aux aléas de la vie. Même imparfaits, même incomplets, les services publics sont les arrangements minimaux de solidarité qui témoignent d’un souci collectif pour une vie juste. Et pour défendre cela nous sommes prêts à nous battre.

Dans notre domaine, celui de l’éducation, une telle révolution procède par l’instrumentalisation des savoirs, de l’enseignement et de la recherche, arrimés de plus en plus entièrement aux seules exigences toxiques, mortifères, de l’accumulation et de l’optimisation. L’introduction, en force et partout, de techniques et mesures managériales, adossées au grand calcul néolibéral, ratatine l’éducation comme système et comme geste. Loin de cet appauvrissement, l’éducation que nous défendons consiste à soutenir l’aventure des esprits en train d’apprendre et d’interroger les réalités, et à assumer avec eux toute l’intensité affective et intellectuelle qu’elle engage.

Cette offensive généralisée s’attaque aux ressources et aux pouvoirs qui constituent nos milieux. Comme acteurs et actrices du monde de l’éducation (et nos camarades de la santé et des services sociaux en savent aussi quelque chose), nous ne cessons de constater les multiples atteintes aux temps et espaces où s’exercent notre autonomie professionnelle et notre collégialité. L’exercice de notre responsabilité se rétrécit à mesure que croît une bureaucratie managériale et ses instances de contrôle infantilisantes sous couvert de reddition de comptes débiles.

Dans la société tout entière, c’est l’ensemble des formes de l’action collective que l’austérité prend pour cible. L’action syndicale, autonome ou directe, la grève, les pratiques politiques contre-hégémoniques, hors de la scène parlementaire, sont de plus en plus marginalisées, criminalisées, suspectées (de radicalité notamment), méprisées, réprimées au nom de la protection d’un ordre des choses naturalisé, scellé, poli et policier, placé hors d’atteinte derrière des vitrines qu’on ne pourrait que lécher.

Cette neutralisation de notre capacité d’action participe d’un dispositif de dépolitisation qui tente de nous faire prendre pour des nécessités des décisions politiques. Cette affaire-là n’est pas banale. Elle fait violence, symboliquement et effectivement, aux conditions mêmes du commun et de toute communauté : la politique, et son cœur, la conflictualité. La révolution dont l’austérité est le visage confine la politique à un terrain neutralisé, procéduralisé. Reste la forme aseptisée et infiniment appauvrie d’un système incarné par ses politiques professionnel-le-s.

Cette violence a ceci d’insidieux qu’elle impose les termes mêmes du débat par lequel nous essayons de la déplier pour nous en défendre. Elle soumet le sens des mots à sa seule autorité et nous tire par la langue sur son terrain marketing où seule prévaut la relation de l’approvisionnement commercial. Même quand on prétend le protéger, le citoyen n’est qu’un « client ». S’efface dès lors la portée politique de ses exigences. Si le mot chien n’a jamais mordu personne, la langue du pouvoir, au contraire, performe directement une guerre contre cette autre richesse mise à mal : les idées et les langages servant à dire la complexité du monde.

L’austérité est donc un appauvrissement intérieur, où dominent la crainte des sanctions et la faim des récompenses, le stress et l’insécurité sociale, la peur de l’avenir et la peur de l’autre, peur bleue – peur rouge – peur blanche. État d’esprit assiégé, redoutable producteur d’impuissance et de docilité. Les êtres par lui créés seront faits sur mesure pour un système libéral-paternaliste. Un système où les formes mêmes de notre présence au monde sont captives, où l’audace, la création et l’invention voient détournées leurs forces éruptives au profit de la rengaine plate de l’innovation.

Ne reste alors qu’à devenir un bon entrepreneur de soi, à mesurer la valeur de sa vie à l’aune de ses biens, de ses placements et de ses investissements, à voir en l’autre au mieux un partenaire, au pire un compétiteur dans l’infernale roue de fortune néolibérale.

Également compromise avec la violence faite aux territoires et à leurs composantes naturelles, l’austérité est la face coupante d’un abandon de la richesse commune de notre géographie à des projets de transport et d’extraction (de pétrole notamment) écocidaires, autant de désastres toujours déjà là et que rien ne pourra réparer. Pour le néolibéral austère comme pour l’homme blanc dont parlait le chef Seattle il y a plus d’un siècle et demi, la terre est un ennemi à piller; lorsqu’il l’a conquise et exploitée, il va plus loin; il l’enlève à ses enfants et cela ne le tracasse pas; son appétit la dévore et ne laisse derrière lui qu’un désert.

En fait, c’est l’ensemble du territoire humain et social, et tout ce qui fait la valeur de la vie, sa véritable richesse, c’est tout cela qui est ainsi traité comme un corps malade à assainir, un budget à compresser. Et puis des ruines, d’où l’on tire les diamants noirs des millionnaires s’adonnant à l’évasion et l’évitement fiscaux.

La charge dont austérité est le nom euphémisé, c’est la capture de nos existences par le travail, toujours plus de travail, qui consume le cœur de nos vies et le temps de nos meilleures années. Elle vole les jours que nous ne passerons pas à vivre, à bien vivre ensemble, à prendre soin les uns des autres, à aimer, à discuter, à mettre bout à bout nos solitudes, à inventer des manières nouvelles de faire, de dire, de fabriquer, de penser.

La guerre qu’on nous fait se réfracte dans tous les espaces de nos vies. Elle plie nos rythmes et notre quotidien, ses gestes et ses heures, à ses obligations. Elle nous frappe toutes et tous, nous sépare des territoires communs que nous essayons d’habiter pour les ouvrir aux dispositifs de l’extraction pour le profit privatisé.

Nous refusons les névroses du tout-marchandise et son angoisse sociale.

Nous refusons le peu où on nous réduit.

Nous refusons notre réification triple de contribuable-consommateur-majorité silencieuse.

Nous refusons la grande honte de vouloir la vie bonne pour toutes et tous.

Nous nous organisons.

C’est ici que croît la rose, c’est ici que nous dansons!

Version pdf du texte.

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Ma vision de la manifestation du 4 mai 2012 à Victoriaville

L’auteur de ce texte a préféré garder l’anonymat.

Vers 18h15, je stationne mon auto sur une rue résidentielle à l’Ouest du centre des congrès. J’arrive à pied sur la route 116 par le nord. Je suis à contresens de la foule gazée constituée de personnes de tout âge. Je réussis à parvenir au-devant de l’entrée du centre des congrès. La grande majorité des manifestants est refoulée vers le sud. Mes yeux se mettent à picoter. Ayant de la difficulté à respirer, je décide de rebrousser chemin. Je contourne le centre des congrès en passant par le boulevard Bonaventure.

Je rejoins la foule à côté du Pacini. Une cannette de gaz lacrymogène est lancée en plein visage d’une jeune manifestante. On sent que la colère monte.

Un groupe se détache du noyau des manifestants et tente de se rapprocher du centre des congrès en passant à l’ouest du magasin de luminaires (dans le même bâtiment que le Pacini). Il n’y a qu’une dizaine de policiers, bien nerveux, à cet endroit. Le nombre de manifestants s’accroît. Du gaz lacrymogène est lancé. J’ai envie d’écrire « encore une fois ». Mais cette phrase reviendrait si souvent dans mon texte qu’il rendrait la lecture ardue. Pour répliquer, les manifestants saisissent des pierres sur ce terrain de stationnement en terre battue. Tout juste à côté, des palettes de matériaux de construction attirent le regard. Il y a des briques et des morceaux de bois. Les manifestants s’en font des munitions. Les containers et les remorques de poids lourds deviennent leur centre de résistance. Des policiers sont appelés en renfort. Je pense que c’est à ce moment que le nuage de gaz est le plus intense. C’est probablement à ce moment également que les membres du Parti libéral du Québec sont « incommodés » à l’intérieur du centre des congrès. Ça, c’est pas drôle! Les policiers foncent vers la fortification de fortune. Les manifestants se replient et rejoignent le rassemblement sur la 116.

Pendant que les manifestants remontent vers la route, un camion fonce sur des étudiants. C’est le fameux extrait montré en boucle à la télévision. Spontanément, les manifestants se ruent vers le camion. La colère, voire la rage, atteint son paroxysme. Les manifestants sont scandalisés, avec raison, de voir que l’on fonce sur leurs semblables. Les policiers répliquent par des gaz et, cette fois-ci, des balles de caoutchouc.

Un jeune homme gît au sol. On dit que son œil est en mauvais état. Il est transporté sous le portail d’entrée du Centre funéraire Grégoire et Desroches. Un photographe tente de prendre des clichés du blessé. Apparemment, le photographe travaille pour le Journal de Québec. Les amis du blessé le repoussent vigoureusement. Les vautours de l’empire Québécor ne sont visiblement pas les bienvenus. L’ambulance tarde à arriver. Pourtant, il y a déjà une ambulance à côté du Pacini. Un policier blessé est secouru avant le manifestant. Vingt longues minutes passent avant qu’une autre ambulance arrive au centre funéraire.

Le pas des policiers en direction des manifestants est de plus en plus rapide. Ces derniers reculent vers le centre d’achats. Les clôtures du bâtiment Picard servent à diviser la manifestation en deux groupes. Je perds de vue ceux qui marchent sur la route 116.

Je retourne à mon auto, j’écoute la radio en me rendant à Québec. Je suis dégoûté d’entendre la version des policiers dans les médias. On ne reparlera du jeune étudiant qui a perdu son œil que le lendemain matin…

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Bon dieu, me voilà militante étudiante

Bonjour M. Lagacé,

Je suis chercheure en musique populaire et doctorante en communication à l’Université McGill. Comme beaucoup de mes collègues (ou plutôt de mes amis, pas mal tous inscrits dans différents programmes d’études supérieures d’universités montréalaises), je suis contre la hausse de frais de scolarité proposée par le gouvernement Charest. Et je vous écris aujourd’hui pour vous expliquer pourquoi je suis d’avis que négocier, comme les choses sont présentées en ce moment, serait inacceptable (contrairement à ce que vous laissez entendre à la fin de votre article «Flics, étudiants et gel»).

Tout d’abord, il faut savoir ce que j’étudie. En communication, domaine assez privilégié puisqu’encore non-balisé (non-balisable, diront certains), on peut faire un peu n’importe quoi. Ma thèse de doctorat porte sur le projet autobiographique du groupe Mötley Crüe. Oui, vous avez bien lu : Mötley Crüe. J’ai lu les six (six!) autobiographies que les différents membres de ce groupe spray-netté des années 1980 ont écrit depuis les dix dernières années et je les analyse sur approximativement 300 pages (je suis rendue à 150). Je compte utiliser ces autobios pour montrer comment le mythe «sex, drugs and rock n’ roll» est construit, maintenu, opéré, à quoi il sert. Je touche notamment à des questions comme le rôle des femmes dans la culture rock, la culture de la thérapie ambiante, comment celle-ci empêche le changement social, et comment la rébellion est devenue une valeur vide dans notre culture. J’ai écrit mon mémoire de maîtrise (toujours en communication) sur les compétitions d’air guitar (oui, oui) et comment, plus spécifiquement, les idées de féminité et de masculinité y sont construites et déployées. Bref, deux choses sont à retenir de mes recherches : 1) je les fais car j’ai du gros fun à étudier cela, 2) malgré ce que je me raconte parfois, je dois avouer qu’elles ont très peu de pertinence sociale. La recherche en musique populaire (s’inscrivant aux confluents de la sociologie, de la musicologie et des études littéraires, pour faire court), c’est l’fun, mais je n’apporte rien à ma société (à part des rires gras lors de fêtes entre amis). Malgré tout, je suis une férue analyste sociale et je crois qu’il est important que chaque citoyen ait accès à ce genre de réflexion. J’insiste là-dessus, ce sera important pour la suite des choses.

Ensuite, il faut comprendre comment les professeurs et les étudiants et les universités font des sous. Les professeurs, tout d’abord. Ils sont engagés surtout sur la base d’une chose : peuvent-ils écrire une tonne d’articles et même un livre (souvent basé sur leurs recherches doctorales) au cours des deux-trois prochaines années (s’ils ont déjà publié comme des bêtes lors de leurs années doctorales, c’est mieux), en plus d’enseigner 4 cours/session, de monter un nouveau cours, de bâtir un nouveau projet de recherche, d’organiser un colloque? Si oui, t’es embauché! Bon, j’exagère un peu la charge qui est demandée aux nouveaux profs, mais à peine. Les «vieux» profs, forts de leur permanence, n’ont pas la vie plus facile : la pression pour publier est aussi forte et il faut que les projets de recherche roulent, toujours pour pouvoir publier le plus d’articles/livres possibles, donner le plus de communications possibles à des colloques internationaux, participer à différents comités administratifs de l’université, etc. Leur seul répit réside dans le fait qu’ils ont davantage le choix de laisser un ou deux cours à des chargés de cours (et même là, ceci n’est pas toujours bien vu). En somme, les professeurs sont surtout motivés par ce qu’on appelle le «publish or perish». Publie, toujours plus, quitte à te répéter ou à bâcler des articles, ou ben on te fait savoir que tu n’as pas ta place dans l’académie.

Les doctorants, maintenant. Il y a en beaucoup. Ils ne sont pas nécessairement payés pour penser et il y en a trop pour le nombre de postes de professeurs disponibles. Résultat : 1) c’est la course aux bourses (trop courtes) du Conseil de recherche en sciences humaines du Canada (CRSH) et du Fonds québécois de recherche Société et Culture (FQRSC), 2) c’est la course pour avoir des charges de cours, laissées vacantes par quelques profs, 3) c’est la course pour publier (publier, toujours), afin d’avoir une avance sur nos collègues doctorants lorsqu’un poste sera disponible, peut-être. En bref, c’est la course pour avoir des sous et pour un poste qui n’est même pas garanti au bout du compte. Comment écrire une thèse de 300 pages (qui demandent temps et réflexion) dans tout ça? Il y en a qui arrive à jongler publication, écriture, enseignement (et même bébé); je les admire plus que tout. La plupart de mes collègues croisés en ces nombreuses années ont deux solutions : s’encabaner pour écrire la thèse, en vivant maigrement sur des économies ou… tout lâcher et essayer de se trouver un emploi dans un marché du travail souvent hostile aux ex-étudiants des cycles supérieurs. Mais d’abord, si c’est si désavantageux faire un doctorat, pourquoi y a-t-il autant de doctorants? Si on doit aller du côté des raisons psychologiques, personnellement, je fais un doctorat car c’est ce que j’ai toujours voulu faire et que la passion de la musique m’y a amenée. Il n’y a jamais eu de calculs stratégiques là-dedans, ou de croyances en «plus t’es éduquée, plus tu vas réussir, plus tu vas faire de l’argent». En toute honnêteté, j’ignore si mes compatriotes y croient, s’ils ont fait un calcul stratégique ou s’ils sont autant motivés par la passion que moi (quoique je soupçonne le feu dans le ventre d’être très présent). Alors bon, pourquoi les universités encouragent-elles le recrutement massif dans les cycles supérieurs? 1) Les doctorants sont du cheap labor : ils enseignent pour 6000$-7000$ la session (des pinottes comparativement aux salaires et avantages sociaux des profs, qui les méritent bien, par ailleurs) et ils aident ces mêmes profs en devenant assistant d’enseignement. Et 2) les doctorants nourrissent les coffres de l’université (avoir des milliers d’étudiants payer 3000$ – en me fiant à mes propres frais de scolarité à McGill – par année durant 6, 7, 10 ans parfois – eh oui! -, c’est non-négligeable). En conséquence de ce surplus de doctorants, le diplôme de doctorat est dévalorisé et ne veut plus rien dire sur le marché du travail (sur lequel plusieurs doivent se positionner, puisque les postes de profs sortent au compte-goutte), et de nombreux doctorants sont ainsi appelés à travailler en-dessous de leurs capacités réelles. Mais bon, je m’égare.

Les universités, enfin. Depuis que la grogne autour de la hausse des frais d’université s’intensifie (donc depuis quelques semaines tout au plus), nous voyons plusieurs éditoriaux, vidéos, pamphlets expliquant comment les universités gagnent et répartissent leur argent. Les profs et le personnel non-enseignant occupent un grand poste budgétaire, bien sûr. Ne parlons même pas des salaires des nombreux cadres qui explosent çà et là. Mais que dire de la publicité (ce qui est appelé «le positionnement stratégique») et l’achat et l’entretien des édifices? Oui, car la véritable vache à lait des universités, ce sont les étudiants au baccalauréat. Plus d’étudiants au baccalauréat, plus d’argent. Mais qui dit plus d’étudiants au baccalauréat dit «marché» des étudiants de bac (d’où l’effervescence, approchant le 1er mars, des pubs de toutes les sortes pour attirer les étudiants sortant du cégep) et la recherche d’espaces, deux «besoins» qui ressemblent par moments à une course à l’armement. D’ailleurs, concernant les dangers et périls des acquis immobiliers universitaires, je n’ai que deux mots : Îlot Voyageur. Ça rappelle des souvenirs? (En outre, la recherche d’étudiants et d’espace expliquent la curieuse étendue des campus «accomodants», comme l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue et l’Université de Sherbrooke… à Longueuil.) Mais bon, en bref, les universités font de l’argent avec leur «excellence» (déterminée selon un rang plaçant premières les universités où les recherches sont les plus publiées!), avec les subventions de recherche (souvent données en tenant compte de cette «excellence») et avec les partenariats avec l’industrie privée (qui se basent aussi sur cette «excellence»). En bref, le «publish or perish» a le bras long et des ramifications qui déterminent non seulement la «qualité» d’un chercheur, mais aussi celle de l’université qui l’a engagé. Même si la recherche n’a pas été bien menée, ce qui compte est la circulation, la mise en public, le punch, comment elle peut faire voir l’université, comment elle peut faire profiter le secteur privé. D’ailleurs, en ce sens, il n’est aucunement surprenant que les bourses et subventions de recherche soient accordées en priorité aux recherches qui vont vers (reach out) le public et qui engagent le secteur privé; en fait, des recherches qui publicisent (dans le sens premier, celui de «rendre public», et aussi dans le sens second, «faire de la publicité à») l’université. En somme, l’université (ses profs et ses doctorants) sont de plus en plus forcés à produire des recherches soi-disant pertinentesutilespragmatiques. Il n’est pas difficile de voir que ma recherche sur Mötley Crüe, les recherches de mon amoureux sur les relations texte-image dans le roman contemporain, celles de mes amis (en vrac : la lecture empathique, la légende urbaine des snuff movies, l’histoire de la communication entre 1920 et 1950, la métafiction en bande dessinée, les manières de raconter notre histoire dans nos musées, l’impact du 11 septembre dans l’imaginaire contemporain, les discours produits sur des auto-représentations à caractère sexuel d’artistes femmes actuelles de 1990 à nos jours, l’Anti-Œdipe de Deleuze et Guattari dans la poésie de Ginsberg, les effets sociotechniques du GPS sur la conduite humaine, le rapport entre musique, migration et patrimonialisation, les fondements de l’autoritarisme au Turkménistan, l’impact des installations sportives de proximité dans les quartiers défavorisés, le rapport à l’écriture des étudiants en formation initiale à l’enseignement qui échouent au test de certification en français écrit pour l’enseignement, le poème en prose et l’élaboration d’un langage rappelant le travail de mémoire et d’archivage convoqué par les albums de photographies de famille, le regard, le désir et le fantasme dans le phénomène de l’hypersexualisation des jeunes filles au cinéma, et bien d’autres), bref des recherches qui sont surtout motivées par la passion de l’objet de recherche et le désir d’aller au bout d’une réflexion, sont compromises. Ces recherches, dont l’utilité sociale n’est pas aussi évidente qu’un remède contre le cancer, par exemple, sont menées par des citoyens allumés, réfléchis, responsables, curieux, innovateurs, créatifs, cultivés, autonomes et critiques. Des citoyens qui pourraient faire 1001 boulots sans devoir se recycler à chaque fois que le marché du travail se modifient. Des citoyens qui peuvent «lire» dans une société afin de l’orienter pour le mieux.

Il ne fait aucun doute que la hausse des frais de scolarité (j’y arrive, j’y arrive) ne contribuerait pas à mieux payer les profs, ou à en engager plus. Ou à améliorer la qualité de l’enseignement (je ne connais aucun prof ou chargé de cours qui se dit «je suis mal payé, donc j’enseigne mal», voyons donc), ou la valeur du diplôme.

Cette hausse servirait à renforcer ce système qui fonctionne certes, mais qui ne va pas dans la bonne direction. Elle servirait à recruter toujours plus de doctorants comptant leurs cennes en leur donnant des charges de cours ou des contrats d’assistanat faméliques, elle servirait à donner des ressources à des secteurs de recherche qui peuvent épauler (lire : se faire mener le bout du nez par) le secteur privé, soit surtout les sciences pures appliquées, elle servirait à rendre l’université un magasin pour les diplômés du cégep, où l’on va pendant 3 ans pour se coller aux besoins de l’industrie (industrie qui mènerait, par la bande, ce sur quoi les profs font des recherches), elle servirait à rendre caduques les humanités et sciences sociales (littérature, sociologie, communication, éducation, psychologie, musicologie, histoire de l’art, urbanisme, etc.), car souvent ces disciplines n’ont pas d’assises pragmatiques pouvant se traduire en cash dans l’espace civique. Elle servirait à faire taire des citoyens qui pourraient aider leur société.

Accepter de négocier cette hausse de frais de scolarité, ce serait accepter que cette voie soit correcte et adéquate pour le futur de l’université, pour le futur de nos collègues plus jeunes (avec qui nous travaillerons), et éventuellement celui de nos enfants. Pour ma part, pour toutes les raisons que j’ai expliquées, cette voie est inacceptable. Il faut, pour l’heure, refuser en bloc toute négociation.

Cordialement.

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