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Lettre ouverte à la ministre Hélène David pour la défense du site patrimonial du Mont-Royal

Par les Ami·e·s du parc Rutherford | Montréal, le 20 juillet 2015

Chère Madame la Ministre David,

Nous venons par la présente solliciter de votre bienveillance une attention particulière et diligente au projet du parc Rutherford bénéficiant d’une subvention du ministère de l’Éducation, des Loisirs et des Sports. Comme groupe de citoyen·ne·s, nous avons plusieurs raisons de contester l’usage des deniers publics pour un tel projet. Il viole de façon flagrante les normes environnementales, patrimoniales et l’accès citoyen à l’espace public. Nous avons interpellé en vain les élus et souhaitons en appeler à votre jugement et au principe de précaution à titre de ministre de tutelle de cet espace.

Entre 2009 et 2010, l’ancienne administration municipale a adopté, sans consultation publique, un projet d’aménagement d’un terrain synthétique multisports, pour le moins nébuleux, dans un parc de quartier de Ville-Marie, le parc Rutherford. Ce parc public est, conformément à la déclaration de l’arrondissement historique et naturel du Mont-Royal, un « site patrimonial protégé » soit : « un territoire qui présente un intérêt pour sa valeur archéologique, architecturale, artistique, emblématique, ethnologique, historique, identitaire, paysagère, scientifique, urbanistique ou technologique »[1].

Notre parc est donc situé dans le Site patrimonial du Mont-Royal entre les rues Dr Penfield, des Pins et McTavish, en surface du réservoir d’eau McTavish. La mairie avait en 2009 décidé de fermer ce parc alléguant la sécurité antiterroriste, suscitant une mobilisation citoyenne qui a rouvert le parc. C’est le même élan qui anime les citoyen·ne·s constitué·e·s en association, les Ami·e s du parc Rutherford, alarmé·e·s par des dimensions inquiétantes de ce projet.

Le 21 décembre 2010, proposé par Sammy Forcillo et appuyé par Jocelyn Ann Campbell, est adopté d’appuyer le dépôt d’une demande de « financement au Programme d’infrastructures Québec-Municipalités du ministère des Affaires municipales, des Régions et de l’Occupation du territoire et à tout autre programme de subvention provincial et fédéral, dans les mêmes termes financiers, pour le projet d’aménagement d’un terrain multisport [sic] avec surface synthétique au parc Rutherford »[2].

Il est troublant de noter que l’étude de faisabilité de 2011 sur l’aménagement du parc Rutherford est effectuée par un fonctionnaire de la Ville qui devient, quelques semaines plus tard, président de la compagnie qu’il a fondée, Expertise Sports Design LG. Elle a préalablement obtenu de la Ville de Montréal plusieurs contrats d’aménagement de terrains sportifs.

La nouvelle administration, qui dit se démarquer de pratiques peu transparentes, a relancé le projet en profitant de la réfection de la membrane du réservoir d’eau situé sous ce parc, et des travaux de raclage de la façade de la falaise attenante. Ces travaux ont exposé les racines de nombreux arbres et certains ont désormais disparu. Pour ne pas perdre la subvention, l’administration municipale accélère la cadence des travaux au mépris des consultations, des avertissements et du principe de précaution en alléguant des faits distordus.

L’aménagement du terrain multisports en gazon synthétique et à l’éclairage intempestif répondrait à une demande sportive grandissante. En réalité, il est réservé en priorité à l’Université McGill qui participe au financement de l’aménagement. Ceci restreint l’accès du parc Rutherford aux Montréalais·es et résident·e·s du Plateau Mont-Royal et de Ville-Marie qui l’utilisent depuis des décennies. Cet endroit de sérénité est un espace récréatif, sportif, familial et de détente. McGill dispose de 4 terrains de sports, dont 3 en gazon synthétique dans un rayon de 1 km. Il lui est loisible d’aménager le terrain à l’entrée de son campus sur la rue Sherbrooke. Interpellé en vain pour qu’il reconsidère le projet, le maire Coderre a déclaré qu’il a pris lui-même cette décision.

Les fragments SBRr (Styrene-butadiene rubber recyclé) des terrains synthétiques comporteraient des risques à long terme sur la santé des usagers, mais aussi sur les installations d’eau. Le déversement de produits organiques de la montagne exige un assainissement onéreux des terrains synthétiques sans lequel la désagrégation des fragments s’accélère. Si le parc est interdit aux chiens en raison de leurs déjections, comment cette membrane empêcherait-elle les infiltrations des produits toxiques, fongicides, herbicides et autres bactéricides? Nous demandons la divulgation de l’étude d’impact environnementale notamment sur les risques de contamination de l’eau.

La détérioration de la qualité de l’air et l’augmentation significative de la température intensifieront les îlots de chaleurs au centre-ville (voir aussi une présentation par un étudiant de l’UQAM) en proie au smog. Ce projet d’aménagement va à l’encontre des initiatives environnementales de lutte aux îlots de chaleur et de ses effets sur la santé publique.

Le terrain synthétique occupe l’immense portion praticable du parc et les 26 % allégués de sa surface par rapport à l’aire totale incluent les versants abrupts, la station météorologique d’Environnement Canada, les installations du système des eaux ou de sécurité, tous inaccessibles. Les résident·e·s et les Montréalais·es n’auront accès à leur parc de quartier et à leur espace patrimonial que les fins de semaine, McGill ayant l’usage exclusif le reste du temps. Ceci est une privatisation de l’espace public où le contribuable est ponctionné de 2 250 000$ pour se voir privé de l’accès au parc, quasiment réservé aux étudiant·e·s de McGill. Ceux-ci ont d’ailleurs refusé en référendum de contribuer aux 260 000$ des 750 000$ correspondant à l’apport de McGill. Ces montages pour le moins occultes sont conséquents avec d’autres pratiques douteuses au sein de l’administration municipale quant à l’octroi des études de faisabilité, des contrats et des aménagements des terrains sportifs.

La Table de concertation du Mont-Royal a émis des réserves à ce projet. Suite à nos pressions, vous auriez reçu de plusieurs organismes des objections à ce réaménagement. En contradiction avec le Plan de protection et de mise en valeur du Mont-Royal, le Plan de conservation du site patrimonial du Mont-Royal et la Promenade « Fleuve-Montagne » du 375e de Montréal, ce projet doit impérativement être arrêté et votre autorité et jugement pourraient aider à y sursoir.

En lieu et place, et au mépris des divisions internes de fonctionnaires sur ce projet, a été modifiée la résolution CA12 240466 afin d’annuler le mandat accordé au Bureau Expertise Parcs de la Direction des grands parcs et du verdissement, pour la réalisation des services professionnels requis au projet de réaménagement d’un terrain multisports au parc Rutherford. L’appel d’offres a été émis et une compagnie retenue. Il n’est pas surprenant que, pour se disculper des agissements que nous avons divulgués sur la scène publique, la ville s’empresse de préciser que « la firme Expertise Sports Design LG a donc été déclarée non conforme ».

Madame la ministre David, au lieu de gazon synthétique, il faut rétablir l’espace herbacé naturel et réhabiliter la végétation ainsi que le milieu humide. En consultant notre page Facebook, vous pourriez vous enquérir d’autres alternatives, plus conformes avec votre mandat, réalisées par les étudiant·e·s finissant·e·s de la Faculté de l’aménagement de l’Université de Montréal, ainsi qu’une série d’études et de réactions pour préserver un des plus vieux réservoirs patrimoniaux d’Amérique du Nord. En ces temps d’austérité, les sommes à dépenser sans consultations publiques pourraient être utilisées à des fins plus écologiques et sociales. Nous vous demandons, à l’instar de divers organismes déjà interpellés [3], de maintenir le caractère multiusager et multifonctionnel en tout temps du parc Rutherford pour que les Montréalais·es puissent pleinement bénéficier de cet espace patrimonial et de son aire naturelle et donc de sursoir à cette subvention publique ou en tous cas à la conditionner à une étude environnementale.

En espérant que vous porterez une attention spéciale à cette missive, nous vous prions d’agréer l’expression de nos salutations distinguées.

Ami·e·s du parc Rutherford


 

Notes

[1] Gouvernement du Québec, Loi sur le patrimoine culturel, chap. 1, art. 2, alinéa 9.

[2] Ville de Montréal/Ville-Marie. Procès-verbal de la séance ordinaire du conseil d’arrondissement, mardi 21 décembre 2010.

[3] Les amis de la montagne, Héritage Montréal, CRE-Montréal, Centre d’écologie urbaine de Montréal, CCMP, CMP, etc.

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Photo tirée du site District Montréal.

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Lettre ouverte à nos collègues du doctorat en sémiologie de l’UQAM

Cette lettre est aussi disponible en format pdf.

Une grève étudiante est en cours au Québec depuis le 16 mars 2015. Au plus fort du débrayage jusqu’ici, plus de 150 000 étudiant·e·s issu·e·s de multiples établissements d’enseignement dans la province ont joint leur voix à la contestation. À l’UQAM, plusieurs associations étudiantes demeurent à ce jour en grève, la plupart ont même voté des mandats de grève générale illimitée ou reconductible à long terme face à l’absence d’ouverture au dialogue de la part de nos dirigeants, au premier chef le ministre de l’éducation François Blais, qui favorise la répression.

Mardi le 7 avril, le recteur de l’UQAM, Robert Proulx, a décidé unilatéralement de ne pas prolonger la session malgré la grève qui a eu lieu et se poursuit au sein de l’UQAM. Ce faisant, le recteur fait fi du règlement interne, car la fixation du calendrier et les règles en matière d’évaluation relèvent de la Commission des études. Dans un mémo interne, le recteur oblige les professeur·e·s à donner leur cours, même devant une classe vide, même s’il y a des agents anti-émeute dans les corridors, même si leurs étudiant·e·s se font battre sous leurs yeux. Cette décision du recteur va à l’encontre du droit des professeur·e·s inscrit dans leur convention collective, c’est-à-dire le droit d’avoir un environnement de travail sain et de ne dispenser des cours que lorsque la situation le permet, dans le respect de leur profession aussi bien que dans le respect des étudiant·e·s à qui ils ou elles enseignent. (Aussi, la convention collective des professeur·e·s est échue depuis deux ans et la direction de l’UQAM propose une baisse de salaire générale de 2% et une détérioration des conditions de travail, l’augmentation de la tâche, etc., cela alors que les professeur·e·s de l’UQAM ont déjà les conditions d’emploi les moins favorables des quatre universités montréalaises).

Mercredi le 8 avril, vers 16h, le Service de police de la ville de Montréal (SPVM) est entré à l’intérieur de l’UQAM pour la deuxième fois depuis le début de la grève à la demande du recteur Robert Proulx dans le but d’arrêter les levées de cours (votées démocratiquement en assemblées générales). Vingt-deux arrestations ont eu lieu au niveau métro du pavillon J.-A.-DeSève (DS). Vingt-deux étudiant·e·s ont été mis à terre par les agents de sécurité (l’équipe courante de Garda et l’équipe temporaire de Gardium) de l’UQAM ainsi que par les forces de police anti-émeute. Ces étudiant·e·s ont été amenés dans une salle de cours vide. Alerté·e·s, plusieurs professeur·e·s de l’UQAM se sont dépêchés de rejoindre la foule étudiante, qui protestait contre la présence du SPVM et contre la violence exercée par les agents, et se sont mis en première ligne face à la barrière policière qui protégeait l’accès à la salle de cours. Certain·e·s ont voulu négocier avec les policiers pour se rendre dans la salle où étaient arrêtés les étudiant·e·s. Le vice-recteur Marc Turgeon s’est présenté pour tenter d’apaiser la foule, nous laissant croire qu’une négociation serait possible. Entre temps, les policiers sont partis au poste avec les étudiant·e·s arrêté·e·s, alors qu’on nous affirmait qu’une négociation allait pouvoir s’effectuer. Quarante minutes plus tard, nous avons compris qu’aucune négociation n’aurait véritablement lieu : nous avons été trompés. Les étudiant·e·s arrêté·e·s font face à des accusations criminelles et risquent jusqu’à cinq ans de prison. Leur seul crime est d’avoir tenté de faire respecter le droit de grève voté démocratiquement. Or, le gouvernement actuellement au pouvoir nie formellement qu’un tel droit existe. Devons-nous rappeler que le droit de grève s’exerce depuis le 13e siècle au sein de l’Université?

Vers 17h, une occupation du rez-de-chaussée du Pavillon J.-A-DeSève a commencé en vue de contester les mesures drastiques prises par la direction de l’UQAM. Plus de 300 personnes étaient réunies, autant des chargé·e·s de cours et des professeur·e·s que des étudiant·e·s. En parallèle, un groupe formé de professeur·e·s, de chargé·e·s de cours et d’étudiant·e·s est parti négocier avec le recteur. Ils et elles avaient trois revendications :

  1. le retrait de l’injonction obtenue par la Direction de l’UQAM auprès de la Cour supérieure de Montréal (lui permettant de faire appel à la police aussi souvent que souhaité) ;
  2. l’annulation des expulsions politiques des neuf étudiant·e·s (expliquée ci-après) ;
  3. l’assurance que le SPVM ne revienne jamais dans l’UQAM.

Vers 20h, les professeur·e·s, chargé·e·s de cours et étudiant·e·s en négociation ont essuyé une fin de non recevoir de la part de Robert Proulx. Le recteur est resté campé sur ses positions et n’a pas voulu engager de dialogue, ni faire de compromis. Il a d’ailleurs admis qu’il assumait pleinement la situation.

Vers 00h15, Proulx a donné l’autorisation au SPVM d’entrer dans l’UQAM par tous les moyens (des policiers ont fracassé les portes vitrées du pavillon donnant sur la rue Ste-Catherine) afin de pénétrer dans l’établissement, munis de masques à gaz, pour briser l’occupation. De nouvelles arrestations s’en sont suivies.

Suite à ces événements, il est de notre devoir de réaffirmer notre droit de grève ainsi que de dénoncer la désinformation et la rhétorique médiatique qui défend le pouvoir et fait fi des enjeux réels du conflit. Il est aussi de notre devoir de prendre position à l’égard de la direction de l’UQAM.

 

Réaffirmons notre droit de grève!

L’UQAM a investi un demi-million de dollars pour engager la nouvelle équipe de sécurité (Gardium) et ce, sans appel d’offre, ce qui est contraire aux règles d’éthique de la fonction publique. Un demi-million de dollars que l’administration met là-dedans, pour ficher, battre et « arrêter préventivement » les étudiant·e·s au lieu de l’investir dans l’enseignement et la recherche. Et on nous dit qu’on manque d’argent, ce qui justifie la politique d’austérité contre laquelle cette grève a été engagée. Plusieurs millions de dollars ont aussi été investis au cours des deux dernières années dans un système de caméras de sécurité à la fine pointe, pour être sûr de pouvoir scruter tous nos faits et gestes au nom de la sécurité. Et on nous parle de rigueur budgétaire, de couper dans le salaire des professeur·e·s, de réduire l’offre de cours. On nous dit que l’austérité est nécessaire, qu’il n’existe pas d’autre solution.

Le profilage politique (fichage, espionnage) de la part de l’administration de l’UQAM, à travers leur corps de gardien·ne·s, a déjà mené à des avis d’expulsion officiels pour neuf étudiant·e·s. Parfois pour un an, parfois à vie. Les faits qui sont reprochés à ces étudiant·e·s remontent dans certains cas à plusieurs mois. Or, ces menaces d’expulsion ont été émises en bloc en tout début de grève et tout porte à croire qu’elles ont pour principal objectif de casser le mouvement. Elles participent d’une stratégie d’intimidation de la part de la Direction visant à dissuader toute personne de s’engager politiquement au sein de l’université (par exemple, le seul fait d’être élu·e au sein d’une association étudiante devient suspect). Les personnes sur qui planent ces menaces d’expulsion ont pour la plupart été élues démocratiquement par le corps étudiant lors d’Assemblées générales souveraines. Les Associations étudiantes sont reconnues par l’UQAM en vertu d’un règlement interne officiel, la politique 32, qui reconnaît le droit d’association et de représentation des étudiant·e·s. Les étudiant·e·s élu·e·s sont donc nos représentant·e·s légitimes, qui siègent sur des comités de l’université en accord avec le règlement interne. Or, ils et elles sont menacé·e·s d’expulsion, et dans la foulée de la répression actuelle plus aucun·e étudiant·e ne siège aux comités les plus importants de l’UQAM, ni au CA, ni à la Commission des études, ni au « comité de discipline » chargé de renvoyer ces mêmes étudiant·e·s. Donc on refuse le droit aux étudiant·e·s d’être représenté·e·s en les expulsant sur une base politique. Il s’agit, encore une fois, de répression politique fondée sur le déni du droit à la dissidence. Ce droit à la dissidence, nous le répétons, est fondamental en démocratie. Des voix s’élèvent pour dénoncer le fait que certains individus sont masqués, mais les raisons en sont pourtant simples : ils et elles se prémunissent contre un éventuel fichage politique et se protègent face à la judiciarisation excessive menée par l’UQAM.

De nombreuses personnes dénoncent « l’escalade des moyens de pression ». N’est-ce pas cela faire grève? Trouver des moyens de déranger et de troubler l’ordre établi? L’histoire nous montre que c’est ainsi qu’on obtient gain de cause. Permettez-nous de citer le professeur Jean-François Hamel du département d’études littéraires de l’UQAM :

À ceux [et celles] qui n’ont pas le sens de l’histoire, il faudrait peut-être rappeler que l’UQAM n’est pas seulement issue du rapport Parent et de son parti pris pour le « droit à l’éducation », dont nos gouvernants ont perverti la signification. L’UQAM est née des émeutes de McGill français et de la vague d’occupations des cégeps de l’automne précédent. Depuis 1969, l’UQAM est indissociable de l’histoire des mouvements sociaux, qu’elle nourrit de ses forces vives, et dont elle relaie la pensée critique dans l’espace public. Ceux [et celles] qui, aujourd’hui, défendent l’UQAM et incarnent son histoire, ce sont les étudiants.

 

Dénonçons la rhétorique et la désinformation médiatique!

En tant que sémiologues, nous devons faire montre de recul quant à la rhétorique du gouvernement et des médias de presse. Des termes tels que « vandalisme », « intimidation » ou encore « violence », servant à qualifier (et disqualifier) les diverses formes de manifestations étudiantes, doivent être déconstruits. La représentativité, la justesse, la pertinence et les sources des informations, de même que le cadrage médiatique et les foyers d’énonciation doivent être impérativement questionnés. Nous sommes dans une guerre des signes en plus d’une guerre des corps (étudiant, policier, professoral, administratif). On entend dire que les revendications des étudiant·e·s ne sont pas claires et que le terme « austérité » lui-même est vague. Ne jouons pas le jeu de certains médias qui consiste à rendre floues des propositions réelles et évidentes : ceux-là noient les signes jusqu’à les rendre inintelligibles.

 

Demandons la démission des dirigeants de l’UQAM!

Pour l’ensemble des arguments apportés dans cette lettre, nous dénonçons la dérive autoritaire et sécuritaire de la direction de l’UQAM et, à l’instar d’un front commun de professeur·e·s, de chargé·e·s de cours et d’étudiant·e·s, nous exigeons sur le champ la démission du recteur Robert Proulx ainsi que du vice-recteur à la vie universitaire Marc Turgeon et ce, sans prime de départ. D’autre part, depuis le début de la grève, Louise Poissant, doyenne de la Faculté des arts, a fait preuve d’un manque de réactivité flagrant. Nous déplorons son silence qui semble cautionner la répression politique.

Puisque l’Université appartient à la communauté, il n’est pas du ressort d’une oligarchie répressive et autoritaire de décider de son avenir, c’est à la collectivité de débattre et de déterminer le chemin à suivre.

Sachez enfin que le comité de programme (composé de manière paritaire de délégué·e·s étudiant·e·s élu·e·s démocratiquement en assemblée générale de l’Association des étudiantes et étudiants en sémiologie de l’UQAM et de professeur·e·s rattaché·e·s à notre programme) s’est clairement positionné, le 9 avril 2015, de manière à dénoncer la décision de l’administration quant au non prolongement de la session et exige fermement la réhabilitation de la Commission des études dans son rôle qui est de fixer le calendrier et de valider l’enseignement dispensé au sein de l’UQAM. En solidarité avec les professeur·e·s qui subissent le contrecoup de cette grève, il est de première importance de continuer à se battre pour la défense d’une pleine liberté pédagogique et politique au sein de notre université.

 

Signataires

Emmanuelle Caccamo
Simon Levesque
Yan St-Onge
Lucile Crémier
Karina Chagnon
Bruno Laprade
Joséane Beaulieu-April
Fabien Richert
René Lemieux
Meriam Ouertani
Nizar Haj Ayed

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La guerre qu’on nous fait: manifeste de profs contre tout ce qui vient avec l’austérité

Le texte qui suit circule depuis ce matin dans les réseaux sociaux – une version pdf est aussi partagée. Anonyme, il nous invite à le partager, c’est ce que la revue Trahir a choisi de faire.

 

Chers amis, chères amies, connu-e-s ou inconnu-e-s,

Notre texte ne récolte pas de signatures dont le nombre et la notoriété relative de certain-e-s auraient pour fonction de donner de l’importance à cette parole collective. En ces temps où le tout-sécuritaire marginalise toute contestation, nous faisons le pari de l’anonymat comme force capable d’impacts éventuels. Votre implication reste toutefois essentielle pour la diffusion du texte et de ses idées. Donnez-lui de la visibilité et cette visibilité sera un nouveau travail collectif qui montrera que, derrière ce texte, nous sommes nombreux et nombreuses. Si l’analyse que vous y trouverez vous semble juste, si vous êtes capables de passer par-dessus quelques maladresses, métaphores ou changements de registre que vous auriez évités, alors devenez un des relais dont a besoin, pas seulement ce petit texte, mais toute la force contre-hégémonique qu’il nous faut construire, pas à pas, contre la machine qui nous fait la guerre. Et n’attendons plus qu’on nous organise : faisons-le nous-mêmes là où nous le pouvons avec les moyens qui sont les nôtres, à saisir ou à inventer! Ce manifeste est une contribution en ce sens.

 

La guerre qu’on nous fait

Manifeste de profs contre tout ce qui vient avec l’austérité

Nous refusons l’appauvrissement humain, social, politique et intellectuel que l’offensive antisociale appelée austérité fait subir au monde, lui donnant ce visage patibulaire, cynique, servile, tout juste navré, médiocre, un brin sadique.

Cette offensive menée pour satisfaire les intérêts des élites économiques vise à soumettre, secteur par secteur, les personnes et les choses au règne contraignant de la marchandisation et du profit tout-puissant.

Depuis longtemps mise en œuvre, cette révolution conservatrice est avant tout une guerre menée contre les mécanismes collectifs de redistribution des richesses, de mise en commun des ressources pour faire face aux aléas de la vie. Même imparfaits, même incomplets, les services publics sont les arrangements minimaux de solidarité qui témoignent d’un souci collectif pour une vie juste. Et pour défendre cela nous sommes prêts à nous battre.

Dans notre domaine, celui de l’éducation, une telle révolution procède par l’instrumentalisation des savoirs, de l’enseignement et de la recherche, arrimés de plus en plus entièrement aux seules exigences toxiques, mortifères, de l’accumulation et de l’optimisation. L’introduction, en force et partout, de techniques et mesures managériales, adossées au grand calcul néolibéral, ratatine l’éducation comme système et comme geste. Loin de cet appauvrissement, l’éducation que nous défendons consiste à soutenir l’aventure des esprits en train d’apprendre et d’interroger les réalités, et à assumer avec eux toute l’intensité affective et intellectuelle qu’elle engage.

Cette offensive généralisée s’attaque aux ressources et aux pouvoirs qui constituent nos milieux. Comme acteurs et actrices du monde de l’éducation (et nos camarades de la santé et des services sociaux en savent aussi quelque chose), nous ne cessons de constater les multiples atteintes aux temps et espaces où s’exercent notre autonomie professionnelle et notre collégialité. L’exercice de notre responsabilité se rétrécit à mesure que croît une bureaucratie managériale et ses instances de contrôle infantilisantes sous couvert de reddition de comptes débiles.

Dans la société tout entière, c’est l’ensemble des formes de l’action collective que l’austérité prend pour cible. L’action syndicale, autonome ou directe, la grève, les pratiques politiques contre-hégémoniques, hors de la scène parlementaire, sont de plus en plus marginalisées, criminalisées, suspectées (de radicalité notamment), méprisées, réprimées au nom de la protection d’un ordre des choses naturalisé, scellé, poli et policier, placé hors d’atteinte derrière des vitrines qu’on ne pourrait que lécher.

Cette neutralisation de notre capacité d’action participe d’un dispositif de dépolitisation qui tente de nous faire prendre pour des nécessités des décisions politiques. Cette affaire-là n’est pas banale. Elle fait violence, symboliquement et effectivement, aux conditions mêmes du commun et de toute communauté : la politique, et son cœur, la conflictualité. La révolution dont l’austérité est le visage confine la politique à un terrain neutralisé, procéduralisé. Reste la forme aseptisée et infiniment appauvrie d’un système incarné par ses politiques professionnel-le-s.

Cette violence a ceci d’insidieux qu’elle impose les termes mêmes du débat par lequel nous essayons de la déplier pour nous en défendre. Elle soumet le sens des mots à sa seule autorité et nous tire par la langue sur son terrain marketing où seule prévaut la relation de l’approvisionnement commercial. Même quand on prétend le protéger, le citoyen n’est qu’un « client ». S’efface dès lors la portée politique de ses exigences. Si le mot chien n’a jamais mordu personne, la langue du pouvoir, au contraire, performe directement une guerre contre cette autre richesse mise à mal : les idées et les langages servant à dire la complexité du monde.

L’austérité est donc un appauvrissement intérieur, où dominent la crainte des sanctions et la faim des récompenses, le stress et l’insécurité sociale, la peur de l’avenir et la peur de l’autre, peur bleue – peur rouge – peur blanche. État d’esprit assiégé, redoutable producteur d’impuissance et de docilité. Les êtres par lui créés seront faits sur mesure pour un système libéral-paternaliste. Un système où les formes mêmes de notre présence au monde sont captives, où l’audace, la création et l’invention voient détournées leurs forces éruptives au profit de la rengaine plate de l’innovation.

Ne reste alors qu’à devenir un bon entrepreneur de soi, à mesurer la valeur de sa vie à l’aune de ses biens, de ses placements et de ses investissements, à voir en l’autre au mieux un partenaire, au pire un compétiteur dans l’infernale roue de fortune néolibérale.

Également compromise avec la violence faite aux territoires et à leurs composantes naturelles, l’austérité est la face coupante d’un abandon de la richesse commune de notre géographie à des projets de transport et d’extraction (de pétrole notamment) écocidaires, autant de désastres toujours déjà là et que rien ne pourra réparer. Pour le néolibéral austère comme pour l’homme blanc dont parlait le chef Seattle il y a plus d’un siècle et demi, la terre est un ennemi à piller; lorsqu’il l’a conquise et exploitée, il va plus loin; il l’enlève à ses enfants et cela ne le tracasse pas; son appétit la dévore et ne laisse derrière lui qu’un désert.

En fait, c’est l’ensemble du territoire humain et social, et tout ce qui fait la valeur de la vie, sa véritable richesse, c’est tout cela qui est ainsi traité comme un corps malade à assainir, un budget à compresser. Et puis des ruines, d’où l’on tire les diamants noirs des millionnaires s’adonnant à l’évasion et l’évitement fiscaux.

La charge dont austérité est le nom euphémisé, c’est la capture de nos existences par le travail, toujours plus de travail, qui consume le cœur de nos vies et le temps de nos meilleures années. Elle vole les jours que nous ne passerons pas à vivre, à bien vivre ensemble, à prendre soin les uns des autres, à aimer, à discuter, à mettre bout à bout nos solitudes, à inventer des manières nouvelles de faire, de dire, de fabriquer, de penser.

La guerre qu’on nous fait se réfracte dans tous les espaces de nos vies. Elle plie nos rythmes et notre quotidien, ses gestes et ses heures, à ses obligations. Elle nous frappe toutes et tous, nous sépare des territoires communs que nous essayons d’habiter pour les ouvrir aux dispositifs de l’extraction pour le profit privatisé.

Nous refusons les névroses du tout-marchandise et son angoisse sociale.

Nous refusons le peu où on nous réduit.

Nous refusons notre réification triple de contribuable-consommateur-majorité silencieuse.

Nous refusons la grande honte de vouloir la vie bonne pour toutes et tous.

Nous nous organisons.

C’est ici que croît la rose, c’est ici que nous dansons!

Version pdf du texte.

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Manifeste pour un Québec inclusif

Note du comité de rédaction de la revue Trahir

Ce texte circule depuis aujourd’hui en réponse à l’annonce de la Charte des valeurs québécoises du gouvernement du Parti québécoise. Nous le rendons disponible à nos lecteurs pour qu’un dialogue ouvert, collectif et constructif puisse avoir lieu sur le rôle et la nature de la laïcité au Québec.

Il a d’abord été publié sur les sites de Faits et causes et du Voir.

Nous sommes un collectif issu des milieux juridique, philosophique et journalistique auquel ont bien voulu se joindre des citoyens de tout horizon et origine. Nous rassemblons des souverainistes, des fédéralistes et des « agnostiques » quant à l’avenir constitutionnel du Québec.

Empreints d’inquiétude, nous prenons la plume pour dénoncer le projet annoncé par le gouvernement du Parti québécois de Charte des valeurs québécoises (anciennement, la Charte de la laïcité). Les orientations principales de ce projet furent annoncées lors de la dernière campagne électorale et réitérées par des fuites savamment orchestrées dans les médias, avant d’être officiellement annoncées par le ministre Bernard Drainville. Cette Charte viserait à donner des balises « claires » encadrant les demandes d’accommodements religieux, à garantir la neutralité de l’État en interdisant notamment aux fonctionnaires de porter des signes religieux « ostensibles » et à rien de moins que rétablir la « paix sociale ».

D’entrée de jeu, le fait que le gouvernement désigne les rares demandes d’accommodements comme responsables d’une crise sociale en dit long sur le travail accompli par certains des chroniqueurs médiatiques les plus en vue de la province. Les unes explosives et populistes, les commentaires à l’emporte-pièce et les analyses en surface ont marqué le paysage médiatique du Québec depuis l’émergence du débat public sur les accommodements religieux. Utilisant moult raccourcis, les tabloïds et les chaînes d’informations en continu ont dépeint Montréal assiégée, envahie de demandes d’accommodements déraisonnables de la part d’immigrants intransigeants. Au fil des années, ils ont réussi à ancrer chez plusieurs de nos concitoyens une crainte réelle quant à la survie de l’identité Québécoise. Nous constatons aujourd’hui avec regret que notre gouvernement cherche à exploiter cette peur dans un but électoraliste.

Nous dénonçons vivement qu’une poignée d’événements anecdotiques ayant marqué l’imaginaire serve de justification à notre gouvernement pour retirer des droits fondamentaux à certains de nos concitoyens les plus vulnérables. La publication de ce manifeste vise à expliquer à nos concitoyens et à nos décideurs les fondements de notre opposition.

I. Incohérence

Ce n’est probablement pas par hasard que le gouvernement a choisi de rebaptiser sa Charte de la laïcité sous le vocable de Charte des valeurs québécoises. En effet, l’utilisation du terme « laïcité » pour qualifier un tel projet a dû paraître incongrue, même aux bonzes gouvernementaux. Rappelons que le port de signes religieux ostensibles devra être banni chez les fonctionnaires, pour garantir l’apparence de neutralité et d’impartialité de l’État. Pourtant, le crucifix installé au-dessus du fauteuil du président de l’Assemblée nationale, dans l’enceinte où les lois sont adoptées, lui, demeurera.

M. Drainville expliquait que ce crucifix était un symbole historique, patrimonial, plutôt que religieux. Or, la totalité des symboles religieux sont ancrés dans l’histoire, c’est pour cette raison que les croyants leur accordent autant d’importance. En somme, l’impression qui se dégage de cette mesure est celle d’une laïcité à deux vitesses dans laquelle les symboles religieux majoritaires sont célébrés, même à l’intérieur des plus hauts échelons de notre démocratie parlementaire, alors que les symboles religieux minoritaires doivent être bannis en tant que menace à nos valeurs. Les symboles minoritaires s’en trouvent ainsi stigmatisés.

D’entrée de jeu, cette Charte des valeurs  pose plusieurs questions insolubles, de par leur nature même. D’abord, qu’est-ce qu’un signe ostensible? Est-ce que le kirpan, signe religieux invisible puisque porté sous les vêtements, serait considéré comme un signe ostensible? Qu’en est-il d’un crucifix qui serait porté sous les vêtements? Serait-il permis d’arborer une croix imprimée sur un chandail? Est-ce que tous les foulards masquant les cheveux seront considérés comme religieux? À partir de quelle longueur une barbe sera-t-elle considérée comme un symbole religieux? Et qui établira le caractère religieux d’un bout de tissus?

Par ailleurs, c’est à tort que le ministre Drainville affirme qu’il n’existe pas de balises claires en matière d’accommodements religieux, ce qui entraînerait l’obligation morale pour l’État de légiférer afin de clarifier le processus. En réalité, pour qu’un accommodement soit accordé, il doit y avoir 1) une croyance religieuse sincère; 2) une violation réelle du droit à la liberté de religion; 3) un accommodement proposé n’imposant pas une contrainte excessive aux droits d’autrui. S’il existe un besoin en matière d’accommodement religieux, nous soumettons qu’il s’agit plutôt d’un besoin criant d’éducation. À ce titre, la Commission des droits de la personne et de la jeunesse pourrait publier un guide explicatif, à portée pédagogique, au bénéfice des gestionnaires concernées. Une chose est certaine : l’ajout de certaines conditions à remplir pour alourdir le fardeau des demandeurs d’accommodements ne fera rien pour simplifier ou clarifier le débat. Au contraire, l’ajout de ces conditions devra forcément passer l’étape du contrôle constitutionnel devant les tribunaux, lequel monopolisera inutilement temps et argent, dans le but de rajouter des « balises claires » à celles qui le sont déjà et qui fonctionnent.

Nous souhaitons également dénoncer l’association fallacieuse faite par certains commentateurs entre multiculturalisme canadien et respect des minorités religieuses. Loin d’être une invention canadienne, la liberté de religion fut protégée par différents instruments dans la majorité des pays démocratiques, lors de la deuxième moitié du vingtième siècle. À ce titre, le Québec a légiféré sur ce sujet, avant que le fédéral ne le fasse, en adoptant sa propre Charte des droits et libertés de la personne en 1975, soit sept ans avant la Charte canadienne des droits et libertés. De plus, la Charte québécoise des droits va encore plus loin que sa contrepartie fédérale en régissant également les rapports de droits privés. C’est donc dire que le Québec a choisi historiquement d’accorder une protection supplémentaire aux groupes vulnérables, incluant les minorités religieuses. Et Pierre Elliott Trudeau n’a rien à voir là-dedans!

II. Effet d’exclusion

Nous osons espérer que l’objectif du gouvernement n’est pas d’exclure des milliers de nos concitoyens d’un emploi dans la fonction publique. Pourtant, sous le couvert de la promotion de la neutralité de l’État, l’effet prévisible de l’interdiction d’arborer tout symbole religieux apparent sera d’exclure dans les faits les citoyens incapables de choisir entre le respect des exigences de leur conscience et celles de leur emploi. C’est justement pour éviter ce genre de dilemme que les Chartes des droits ont protégé depuis plus de trente ans la liberté de conscience et de religion.

Parmi les problèmes urgents en matière d’intégration se trouve le taux de chômage dramatique affectant les immigrants québécois. Or, l’interdiction de symbole religieux dans la fonction publique, les écoles et les garderies ne peut qu’exacerber l’exclusion des immigrants du marché du travail québécois. À cet égard, cette interdiction ne pourra que vulnérabiliser d’avantage les femmes portant le hijab et creuser les inégalités entre les hommes et les femmes, notamment sur le plan de l’accessibilité à l’emploi. Il est donc à prévoir que cette Charte présentée comme un outil pour favoriser l’atteinte de l’égalité des sexes ait plutôt l’effet contraire.

Par ailleurs, la démagogie et le populisme de certains chroniqueurs repris à leur avantage par certains politiciens ne pourra que renforcer cette exclusion. Ainsi, quand le ministre Drainville indique que ce sera la fin des « passe-droits », quand le gouvernement cautionne les déclarations de la présidente de la Fédération de soccer québécoise à l’effet que les Sikh voulant porter leur turban n’auront qu’à « jouer dans leur cour », cela renforce les préjugés déjà existants à l’encontre des minorités religieuses et renforce l’impression qu’ont certains québécois qu’en acceptant d’accommoder un groupe d’individus en faveur de son intégration, on lui accorde un privilège. Pire encore, en entrevue à l’émission 24 heures en 60 minutes, sur les ondes de RDI, le 23 août 2013, le ministre Drainville a donné l’exemple des vitres du YMCA qui auraient été teintées à la demande de Juifs hassidiques pour justifier l’urgence d’intervenir. Or, cet événement anecdotique n’a rien à voir avec le concept d’accommodement raisonnable, tel que développé en application de nos Chartes des droits. Il en va de même pour la fameuse anecdote de la cabane à sucre interrompue par une prière musulmane, ou pour celle des sapins de Noël retirés des lieux publics. Les récentes déclarations du ministre responsable nous inquiètent donc au plus haut point, car elles semblent confirmer que les mesures mises de l’avant par le gouvernement sont fondées sur des anecdotes stéréotypées plutôt que sur l’analyse factuelle.

Avec ce projet de Charte des valeurs québécoises, le Parti québécois complète son virage d’un nationalisme civique, vers un nationalisme d’exclusion, de rejet de l’autre et de repli sur soi. Ironiquement, en exigeant de certains québécois qu’ils choisissent entre leur identité québécoise et le respect de leurs droits fondamentaux, le Parti Québécois risque bien plus d’affaiblir cette identité que de la renforcer.

III. Peur de l’autre

La Charte des valeurs québécoises propose une conception exclusive de la laïcité au nom d’une identité commune. Bien que la question identitaire au Québec réclame certainement que l’on s’y attarde avec tout le sérieux qu’elle mérite, elle nécessite également de laisser les voies de communication et de dialogue ouvertes à tous les québécois. La question identitaire doit également soulever la question corrélative de la citoyenneté si tant il est vrai qu’un débat démocratique doit prendre en considération l’égalité morale et juridique de tous les citoyens qui composent le démos. Quels sont les critères d’appartenance à une communauté politique : l’appartenance ethnique, l’appartenance linguistique, l’appartenance culturelle, l’appartenance religieuse, l’appartenance civique? Si l’on résiste à la tentation de diaboliser les défenseurs de cette conception de la laïcité en leur imputant des intentions racistes et xénophobes (car cela ne conduit qu’à polariser les positions de part et d’autre et de couper les possibilités d’un échange véritable), il n’en demeure pas moins que les conséquences de la Charte peuvent être considérées comme une forme de xénophobie politique. On peut comprendre l’intention initiale qui anime ce projet de laïcité : rendre l’espace public neutre de toute partialité particulière. Néanmoins, c’est mal comprendre et mal cibler les enjeux fondamentaux d’une conception politique – et non pas métaphysique – de la laïcité. Les débats au sujet des croyances religieuses sont insolubles et il est souhaitable, par ailleurs, qu’une société démocratique caractérisée par le libre exercice de la raison conduise à la protection juridique et politique de la liberté de conscience et de la diversité religieuse. Nous ne pouvons qu’aspirer à une laïcité politique qui se manifeste non pas physiquement, mais dans l’esprit de laïcité qui doit orienter l’exercice de nos fonctions sur la place publique. Rendre invisible les appartenances culturelles et religieuses est une tentative naïve et illusoire de nier le fait incontournable du pluralisme au sein de nos sociétés ouvertes. Une conception d’autant plus naïve que certains parmi nous portons nos divergences culturelles, ethniques et religieuses sur les traits de nos visages et la couleur de notre peau (plusieurs asiatiques sont bouddhistes, par exemple). Le véritable test de la laïcité est d’accepter à la fois la visibilité des différences et la nécessité d’un consensus au sujet de l’esprit de tolérance et d’impartialité qui doit gouverner nos interactions dans le respect de ces différences.

En ce qui a trait à l’argument de l’égalité homme/femme, des débats extrêmement importants doivent incontestablement avoir lieu sur la place publique afin de promouvoir et de protéger les droits des femmes au sein de la société québécoise. Toutefois, l’arrimage entre les notions de laïcité et d’égalité conduit à des interprétations problématiques. Le fait d’interdire le port des signes religieux, et en particulier, avouons-le, le port du voile par les femmes dans l’espace public contrevient à un ensemble de principes fondamentaux démocratiques liés aux droits individuels, la liberté de conscience et de religion et les droits des minorités. La Charte des valeurs québécoises aurait pour effet de reporter un fardeau excessif… sur les femmes. De ce point de vue, d’aucuns pourraient considérer cette conception de la laïcité comme étant, au fond, beaucoup plus sexiste, occidentaliste et paternaliste qu’il n’y paraît à première vue. Plusieurs voix féministes, dont celles qui se sont ralliées aux positions de la Fédération des femmes du Québec dans le contexte de la Commission Bouchard-Taylor, témoignent du fait que la lutte pour les droits des femmes ne doit pas se faire au détriment de la liberté de croyance. Non seulement faut-il respecter l’autonomie des femmes en termes de croyances religieuses et leur probité morale et professionnelle dans l’exercice de leurs diverses professions et fonctions publiques, mais si jamais des doutes persistent dans l’esprit de certains quant à des formes de discrimination pernicieuse qui pourraient leur causer préjudice, des mesures coercitives les empêchant d’afficher leur croyance religieuse ne sont pas nécessairement plus importantes ni plus efficaces que l’examen des déterminants sociaux qui peuvent engendrer des contraintes limitant l’exercice de leur liberté. En d’autres termes, il se pourrait que travailler à assurer l’égalité des chances, l’égalité d’accès à l’éducation, l’égalité des conditions socio-économiques d’existence, l’égalité des moyens d’expression, l’égalité des options ouvertes pour tous et toutes au sein d’une société démocratique soient les mesures fondamentales qu’une société juste devraient plutôt promouvoir au nom de l’égalité des sexes à travers ses politiques publiques.

IV. Pente glissante

S’ajoute à ce qui précède le fait suivant : toute opération visant à hiérarchiser certaines libertés civiles constitue la recette parfaite pour un dérapage annoncé. Les droits fondamentaux sont, par définition, fondamentaux. Ceux-ci se doivent ainsi de trôner, par la force des choses, au sommet de la hiérarchie de l’ordre constitutionnel. Conséquemment, toute entreprise de modulation ou de hiérarchisation desdits droits nécessite à la fois un consensus sociétal et un motif autant transcendant que déterminé au préalable. Force est de constater qu’aucune de ces conditions ne semble réunie en l’espèce.

Prenons, à titre d’illustration, la marotte actuelle du ministre Drainville : l’impératif de l’égalité homme/femme, laquelle serait, dixit le ministre, une valeur québécoise en mal de protection. Le ministre sait-il que la Charte canadienne, à son article 28, et la Charte québécoise, à son article 50.1, protègent déjà cette même égalité des sexes ? Est-il aussi sans savoir le caractère prédominant de cette disposition sur toute application, théorique ou pratique, du multiculturalisme? Ensuite, est-il possible au ministre Drainville d’expliquer en quoi le fait d’interdire quelconque signe religieux chez le fonctionnaire vient assurer l’égalité souhaitée ?

Admettons plutôt ceci : la présente opération en est une qui relève, de façon peu subtile, du faux-fuyant. Un simple prétexte visant à imposer certaines valeurs, une certaine conception de la pratique religieuse, nécessairement celles d’une majorité artificielle, au détriment de divers droits, fondamentaux, des minorités. Et c’est justement l’endroit où le bât blesse.

En fait, l’essence même de toute charte des droits est d’assurer le respect des droits des minorités vulnérables à l’encontre des diktats de la majorité.  C’est ce que souhaitait le concert des nations lors de l’adoption de la Déclaration universelle des droits de l’Homme. Ce que désirait aussi l’ensemble des assemblées législatives occidentales ayant inscrit, à même leur constitution ou loi quasi-constitutionnelle, ces principes faisant nécessairement consensus auprès de la communauté internationale.

Par voie de conséquence, toute modification à ces derniers, rappelons-le, ne peut être prise à la légère. La banalisation de la violation de certains droits individuels, surtout au motif de prétexte électoraliste, comporte visiblement en elle-même le gène intrinsèque de dérapages ultérieurs. Il est facile, en fait, d’identifier ce genre d’opération populiste. Ce qui est plus complexe, par contre, est de prédire avec succès l’ampleur des dommages causés par celle-ci.

Conclusion

Avec l’annonce du projet de Charte des valeurs québécoises et les réactions qu’elle suscite, nous reconnaissons qu’il existe un certain inconfort dans la population québécoise, qui réclame des «balises claires» et qui souhaite voir sa culture et son identité solidifiées. Or, nous croyons que ces différents besoins n’ont pas à être coiffés d’un imposant appareil législatif dont les conséquences sur les libertés individuelles des minorités, et, par le fait même, de tout un chacun, pourraient être dévastatrices.

En ce qui concerne les balises, elles existent déjà. Il suffit  de les publiciser et de les vulgariser auprès des administrateurs et des citoyens de façon à ce qu’ils se sentent suffisamment outillés pour accommoder les besoins de minorités sans que cela ne brime la majorité. En termes de culture et d’identité, le Québec pourra continuer de célébrer son authenticité à travers une culture riche et protégée par un modèle d’intégration qui a fait ses preuves. L’inquiétude ressentie quant à la survie et l’épanouissement de l’identité québécoise ne font que confirmer le bienfondé d’investir dans la culture et rappelle l’importance d’enseigner l’histoire à l’école de façon à ce que les générations futures se sentent forts d’une identité qui a su évoluer et traverser vents et tempêtes. Nous croyons que la Charte de la langue française ainsi que la Charte des droits et libertés de la personne sont des outils nécessaires et suffisants pour protéger les valeurs québécoises.

Par ailleurs, jamais, dans l’histoire, l’exclusion, telle que nous la ressentons dans un projet de charte qui imposera à une minorité de choisir entre sa conscience et sa survie, n’a fait partie des valeurs québécoises. Le Québec a toujours été une terre d’accueil chaleureuse où chacun a pu apporter sa contribution à la grande courtepointe sociale. Nous croyons que c’est par une plus grande mixité sociale et non par l’ostracisme de certains individus que nous pourrons continuer à vivre en harmonie. L’identité québécoise ne passe pas par le rejet de l’Autre.

Nous invitons donc le gouvernement à réviser sa position quant à son projet de charte des valeurs québécoises, une charte qui pourrait avoir des conséquences irréversibles sur les droits de minorités et, par le fait même, sur la justice et la paix sociale. Nous invitons aussi nos concitoyens à être plus exigeants envers le gouvernement, de sorte qu’il ne se contente pas de participer à la création de toute pièce d’une crise dont il se prétendrait le sauveur au lieu de s’attaquer aux enjeux qui menacent véritablement le tissu social, tels que l’économie, l’emploi, la culture, la justice et l’éducation.

Il serait tentant d’accepter une solution simple à un problème complexe. Nous invitons nos concitoyens à ne pas se laisser amadouer par des propositions populistes qui répondent à des craintes non fondées, mais plutôt à s’informer sur les conséquences potentielles de telles dispositions. Surtout, nous demandons au gouvernement d’abandonner tout projet qui aurait pour effet de vulnérabiliser davantage un pan de la population et d’effriter la portée des droits fondamentaux sur lesquels se base la paix sociale si chère aux Québécois.

Mise à jour du 11 septembre

Un site web pour le manifeste a été lancé, on peut aussi y trouver une nouvelle liste de signataires.

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Septième et dernière mise à jour d’une première réception

Par le Comité de rédaction de Trahir, Montréal

Nous avons reçu récemment quelques documents concernant la réception du livre Les Nouveaux Visages du nationalisme conservateur au Québec : 1) un extrait du livre La République québécoise de Marc Chevrier et 2) une recension par Alexandre Turgeon. Ils ont été ajoutés au document original. À nos yeux, la recension du livre par Turgeon constitue la limite entre une première  et une deuxième réceptions. La présente mise à jour sera donc la dernière.

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Les deux théories du procès de Rémy Couture

Les deux textes ci-dessous ont été lus hier par le juge lors du procès de Rémy Couture dans ses « directives générales » aux membres du jury. Le premier a été produit par le ministère public, le deuxième par la défense de Rémy Couture. Nous les reproduisons dans l’ordre dans lesquels ils ont été lus par le juge.

Théorie du ministère public

La preuve présentée démontre hors de tout doute raisonnable que Rémy Couture a produit, mis en circulation et possédé pour fins de mise en circulation du matériel obscène.

Rémy Couture admet avoir produit, mis en circulation et possédé pour fins de mise en circulation les images produites sous les cotes P-3, P-4 et P-5.

Ces images illustrent les activités criminelles et déviantes d’un personnage masqué dont les victimes sont presque exclusivement des jeunes femmes dénudées. Ces images mêlent explicitement la sexualité, la violence, le crime et la cruauté. Cet amalgame constitue la caractéristique principale et dominante de ces images.

Ces images ont été accessibles sur internet de 2006 à 2009 sans avertissement aux mineurs. Le site qui les hébergeait a été visité par des dizaines sinon des centaines de milliers d’internautes. Ces images n’étaient pas bloquées et pouvaient donc être copiées par ceux qui y accédaient.

La mise en circulation de ces images emporte un risque réel et appréciable de préjudice pour la collectivité, soit celui de prédisposer certains hommes, mineurs ou majeurs, à adopter des comportements antisociaux, sexuellement agressifs et même criminels à l’endroit des femmes.

Ce type de comportements porte atteinte à la dignité, à la liberté et à l’autonomie dont chacune et chacun est en droit de jouir en société. Ce type de comportements est donc incompatible avec le bon fonctionnement de la société.

Les témoignages rendus par les Dr Malamuth et Collins démontrent qu’il existe un risque réel de préjudice associé à l’exposition des images produites par Rémy Couture.

Pour certains hommes mineurs ou majeurs, ayant des traits antisociaux ou délinquants, des prédispositions à l’agressivité, notamment sexuelle, ou des déviances sexuelles, l’exposition à ces images est susceptible de renforcer certaines fausses croyances socialement nuisibles, comme le mythe du viol, de cristalliser et renforcer certaines fantaisies sexuelles déviantes, de favoriser les comportements agressifs à l’endroit des femmes, attiser le passage à l’acte et de faciliter la commission de crimes graves comme l’agression sexuelle et le meurtre. La gravité du préjudice appréhendé est donc élevée et sérieuse.

Enfin, ces images sont sans valeur artistique. Elles sont le produit d’une démarche qui recherche l’extrême, qui exploite la violence sexuelle parce que tabou, qui ne vise qu’à provoquer la répulsion pour la répulsion, le dégoût pour le dégoût, une démarche où répugner est une fin en soi et pour laquelle la violence sexuelle est un objet privilégié.

Théorie de la défense

Le travail de Rémy Couture, qu’il s’agisse des photos ou des deux vidéos, ne constitue pas de la pornographie, ni de la pornographie violente, non plus qu’une exploitation indue des choses sexuelles et ne peut donc pas répondre à la définition de l’obscénité en droit criminel.

D’abord, la sexualité n’est pas une caractéristique dominante du matériel, bien qu’on retrouve dans plusieurs scènes un amalgame de la chose sexuelle et de l’horreur, l’élément sexuel étant secondaire à la démarche qui est celle de reproduire, de raconter, de dépeindre l’horreur.

Ensuite, l’intention de l’accusé n’était d’aucune façon malveillante, malintentionnée, coupable. L’accusé ne visait pas à dépraver ou à corrompre. On parle, en droit, « d’intention criminelle », ce que l’accusé n’avait pas. Plus clairement, il n’avait pas l’intention de produire du matériel obscène. Jamais il n’a voulu, ni même imaginé, exciter sexuellement le visiteur de son site. Son intention était même à l’opposée : il voulait effrayer, dégoûter. Que certaines personnes atteintes de troubles de la personnalité (les antisociaux) ou de déviances sexuelles (le sadiques sexuels) puissent être excitées par les images de Rémy Couture ne peut pas justifier une condamnation criminelle car ni le droit, ni l’art, ni même l’internet, ne pourraient être régulés en fonction d’une minorité de gens malades. Au surplus, la théorie de la défense sur cette question est à l’effet que le lien n’a jamais été démontré entre l’exposition à de la violence sexuelle et un passage à l’acte.

Enfin, l’accusé suivait une démarche artistique sérieuse et, en ce sens, son travail possède un mérite artistique, qu’on l’apprécie ou non, qu’il nous choque ou non. « L’objet profond » de l’œuvre de l’accusé était de mettre en scène les gestes abjectes d’un psychopathe, et c’est la raison pour laquelle la sexualité est entrée en scène. La sexualité n’était pas gratuite, elle servait le but de la démarche.

Le matériel de l’accusé n’outrepasse pas le seuil de ce que la société est capable d’accepter. Il n’est pas plus cru, pas plus violent, que bien d’autres images auxquelles certaines personnes sont exposées, si elles aiment le genre. D’aucune manière le matériel de l’accusé n’est susceptible de causer un préjudice à la société, ce critère du préjudice étant l’élément essentiel en matière d’obscénité et des autres infractions d’ordre moral.

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Sixième mise à jour à l’inventaire d’une première réception

Par Simon Labrecque, Montréal, et Cornelias Qumbe, Candiac

La sixième mise à jour au texte maintenant collectif de Cornelias Qumbe est disponible dans le document original. Les informations concernant le lancement du livre montréalais proviennent de Cornelias Qumbe, et les informations concernant la table-ronde au Salon du livre de Montréal proviennent de Simon Labrecque, l’enregistrement est disponible ici.

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Inventorier une première réception: autour du livre Les Nouveaux Visages du nationalisme conservateur au Québec

Par Cornelias Qumbe, Candiac, et alii

1689-240xUn bruit, une rumeur se fait de plus en plus insistante dans le monde universitaire et para-universitaire des sciences sociales et de la pensée politique le long de la rivière des Outaouais, entre le centre-ville d’Ottawa et le centre sud de l’île de Montréal. Entre ces deux bulles de résonances métropolitaines, le bruit qui occupe la troisième n’a fort probablement pas atteint ceux et celles qui habitent le sol. (Étant donné qu’il s’agit de débats académiques, elle ne le fera probablement pas directement, bien qu’ultimement les pratiques d’habitation soient un enjeu essentiel de ces énoncés savants qui s’accordent et discordent.) Dans des salles, des corridors et des fauteuils des deux pôles, cependant, on sent une certaine excitation – et les citations circulent.

L’occasion de cette excitation est la publication d’un livre, Les Nouveaux Visages du nationalisme conservateur au Québec, co-écrit par Jean-Marc Piotte & Jean-Pierre Couture. Le livre est publié dans la collection « Débats », chez Québec Amérique, avec le concours de la Chaire de recherche du Canada en études québécoises et canadiennes (CRÉQC). Le titulaire de cette chaire, Alain-G. Gagnon, est également directeur de la collection « Débats ». Cette information peut sembler anodine, mais dans la bulle de discours dont il est ici question, les positionnements et réseautages des intellectuels québécois sont précisément ce qui fait problème. Piotte & Couture proposent en effet une cartographie de ce qu’ils nomment « le nationalisme conservateur au Québec ».

Est-il trop tôt pour parler de la première réception de l’ouvrage ? Il est tôt, sans doute, mais le caractère polémique de cette première réception pousse à inventorier les documents qui la constituent. L’objectif est de créer et de maintenir une archive chronologique exhaustive de ce qui se dit en rapport avec ce livre. Cette archive, cet inventaire pourra ainsi servir de référence aux interprétations à venir.

Pourquoi ce livre plutôt qu’un autre ? Simplement, parce qu’il est rare de pouvoir documenter « en direct » la formation d’un ou de plusieurs débats qui se situent explicitement aux frontières du monde académique et de l’espace public québécois.

Ceux et celles qui croiseront ou produiront des documents liés à cette réception sont invité(e)s à les intégrer à cet inventaire. Pour ce faire, contactez le blog de Trahir en reprenant le format documentaire utilisé ci-dessous, dans la section 2.

Cet inventaire est pensé dans une perspective polémologique, plutôt que polémique.

1. L’occasion : Les Nouveaux Visages du nationalisme conservateur au Québec

Les auteurs. Jean-Marc Piotte est professeur émérite en science politique à l’Université du Québec à Montréal (UQAM). Jean-Pierre Couture est professeur adjoint à l’École d’études politiques de l’Université d’Ottawa. Ils participent tous deux au Collectif de rédaction de la revue À bâbord!. À l’automne 2011, ils ont donné un séminaire à l’UQAM sur la problématique abordée dans leur livre.

L’ouvrage. On peut consulter une brève présentation du livre sur le site de Québec Amérique. Il est composé de 6 chapitres. La table des matières se lit comme suit :

Introduction : Qu’entendons-nous par nationalisme conservateur ?
Chapitre 1 : Joseph Yvon Thériault ou la tradition contre la modernité
Chapitre 2 : Jacques Beauchemin ou la sacralisation d’une nation
Chapitre 3 : Éric Bédard ou notre maître le passé
Chapitre 4 : Marc Chevrier ou la république élitiste
Chapitre 5 : Gilles Labelle ou la quête du souverain
Chapitre 6 : Stéphane Kelly ou le ressentiment d’une génération
Conclusion : Un réseau intellectuel hégémonique

La longueur des chapitres est variable : de 27 pages pour Labelle et 26 pour Beauchemin à 18 pour Thériault, 17 pour Bédard, 16 pour Chevrier et 15 pour Kelly. L’introduction fait 6 pages et la conclusion 17.

Les thèses. Ces six auteurs ont été choisis car, selon les co-auteurs, ils prennent part à un courant singulier dans  la pensée politique contemporaine au Québec. Les co-auteurs le nomment « nationalisme conservateur » et le lient au nationalisme d’avant la Révolution tranquille.

Piotte & Couture distinguent en effet deux tendances dans le camp souverainiste contemporain au Québec : un nationalisme qui serait le fait de « néoconservateurs » (p. 12) et un « nationalisme pluraliste » (p. 11). Cette dernière tendance aurait dominé les débats publics et académiques de 1995 à 2007, soit de la défaite référendaire du Oui aux débats sur les « accommodements raisonnables ». L’autre tendance, selon les co-auteurs, « identifie la nation québécoise à sa souche canadienne-française » (p. 11). Elle serait devenue prépondérante et exercerait « une influence grandissante sur le P[arti] Q[uébécois] » depuis 2007-2008.

Avancer ce diagnostic – l’importance grandissante d’un « nationalisme conservateur » – et le documenter semblent être les objectifs premiers du livre.

Selon Piotte & Couture, bien que les six auteurs étudiés « ne soutiennent pas toujours les mêmes positions »,

des dénominateurs communs [leurs] permettent de les regrouper sous le chapeau du nationalisme néoconservateur : le passéisme, la critique conservatrice de la modernité, l’épistémologie idéaliste, l’oubli ou le rejet de l’apport des sciences sociales et l’euphémisation de leur conservatisme (p. 12).

Dans cette perspective, Piotte & Couture commentent les travaux de chaque auteur. Ils s’intéressent aussi à « la dissémination du nationalisme conservateur à travers les revues d’idées, les regroupements militant et les chaires de recherche qui l’alimentent » (p. 16). Ils considèrent que « le réseau intellectuel néoconservateur désigne un groupe très structuré qui brouille souvent les pistes entre le statut universitaire de ses travaux et la visée politique et idéologique de ses luttes » (p. 16). C’est principalement dans la conclusion que cette analyse est menée.

À la question « qu’entendons-nous par réseau intellectuel », ils répondent :

D’abord, précisions que cela n’a rien à voir avec une théorie du complot. Au contraire, la sociabilité intellectuelle et littéraire est un phénomène moderne qui définit un aspect fort important du travail des écrivains, des philosophes et des savants. Elle constitue cette arène relativement autonome où les œuvres et les idées nouvelles prennent forme et sont jugées, discutées, sanctionnées par les autres participants au jeu. La vie intellectuelle québécoise est tout aussi riche de ses regroupements qui se nouent autour d’institutions d’enseignements, d’associations littéraires ou professionnelles, de revues, de journaux et de maisons d’édition qui occupent des positions distinctes et hiérarchisées. Ces coalitions se forment aussi en fonction des différents marchés (public ou savant) et des régions (métropolitaine ou périphérique), et selon les lignes idéologiques et partisanes (la gauche, la droite, le souverainisme, le fédéralisme) qui influencent nécessairement le contexte de production intellectuelle et la place qu’un auteur ou un groupe d’essayistes prennent dans cet espace (pp. 149-150).

Selon cette approche, qui rappelle celle de Pierre Bourdieu et certaines propositions de la « théorie de l’acteur-réseau », les six auteurs étudiés sont dits participer, quoique de manières différentes, à « l’auteur collectif néoconservateur » dont Piotte & Couture affirment l’existence. Par « auteur collectif », les co-auteurs entendent « une coalition idéologique qui exploite des ressources organisationnelles et symboliques communes et qui opère une division du travail intellectuel visant à couvrir une diversité de registres langagiers et d’espaces médiatiques et institutionnels » (p. 150). Le livre se concentre sur l’auteur collectif « nationaliste conservateur », mais d’autres « coalitions idéologiques » pourraient être identifiées.

Cet « auteur collectif néoconservateur » existe-t-il dans le Québec contemporain ? Piotte & Couture sont-ils convaincants ? Il revient à ceux et celles qui ont lu le corpus commenté dans le livre de répondre à ces questions.

Cet inventaire s’intéresse à ce livre parce qu’il suscite des réactions conflictuelles. Dans une perspective polémologique (au sens large du terme : l’étude des conflits de toutes sortes), c’est son caractère « polémogène » qui est intéressant, plutôt que les énoncés spécifiques ayant trait aux divers courants du nationalisme québécois, aux travaux commentés par Piotte & Couture, ou aux thèses avancées dans le livre.

2. La réception : inventaire en cours

Cet inventaire est organisé chronologiquement. Chaque document sélectionné est répertorié sous la date de sa publication (ou sous celle qui s’en rapproche le plus, si la date n’est pas assurée). Le document est répertorié avec son titre, son ou ses auteur(e)s, et son contexte de publication (journal, site internet, etc.).

La sélection d’un document est effectuée en fonction d’une mention explicite du livre de Piotte & Couture. Si ce n’est pas le cas, un astérisque (*) précède la « fiche » du document en question et une explication de son inclusion est donnée.

Un résumé succinct suit ces détails formels. Résumer ou rendre compte d’un document est un geste à fort potentiel polémique. C’est pour cette raison que le résumé sera très court et tentera d’être le plus neutre possible.

Tous les documents réfèrent en principe au livre de Piotte & Couture. Si un document réfère à d’autres documents répertoriés, une note indique la teneur de cette référence.

23 août 2012

Voir la cinquième mise à jour (18 novembre 2012), la note à l’entrée du 12 novembre 2012.

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1er septembre 2012

Document : http://www.ledevoir.com/culture/livres/358116/le-retour-du-nationalisme-conservateur

Titre : Le retour du nationalisme conservateur

Auteur(e)(s) : Louis Cornellier

Publication : Le Devoir, section « Livres » ; le texte a été repris sur vigile.net : http://www.vigile.net/Le-retour-du-nationalisme

Résumé : Dans la première partie, l’auteur utilise le conditionnel pour parler de la thèse selon laquelle le « nationalisme conservateur » constitue un réseau influent au Québec. Il écrit que « les critiques qu’ils [Piotte & Couture] lui réservent ont le mérite d’alimenter le débat, mais elles manquent de nuances et sont parfois empreintes de mauvaise foi ». Dans la seconde partie, Cornellier indique que parmi les six auteurs étudiés, il faudrait soustraire « les sociologues Beauchemin et Thériault » de la catégorie de la « droite conservatrice ». Le reste du texte détaille les positions de ces deux sociologues en rapport avec la critique de Piotte & Couture. L’« horizon commun » proposé par ces sociologues est dit ne pas exclure, « comme le suggèrent Piotte et Couture, les minorités, mais les invite plutôt à participer pleinement à la singulière aventure nationale québécoise ». Cornellier conclut : « À la fois polémique et savant, cet essai tendancieux pour lecteurs avertis nourrit malgré tout un débat fondamental pour l’avenir du Québec ».

Note : Certains des énoncés de Cornellier sont repris explicitement, le 29 septembre 2012 [voir ci-dessous], dans la « réplique » publiée sur le site du Centre interdisciplinaire de recherche sur la citoyenneté et les minorités (CIRCEM), que Piotte & Couture associe au « réseau » qu’ils cartographient.

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10 septembre 2012

Voir la deuxième mise à jour (1er octobre 2012).

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11 septembre 2012 Document : http://www.pressegauche.org/spip.php?article11600

Titre : À propos des « nouveaux visages du nationalisme conservateur au Québec »

Auteur(e)(s) : Bernard Rioux

Publication : Presse-toi à gauche!, section « Livres »

Résumé : L’auteur juge le livre « important ». Il souligne que « la partie théorique de l’ouvrage est peu développée » et il pose une série de questions par rapport aux « présupposés théoriques » des deux auteurs (par ex. : « Quelle est leur définition de la nation ? »). Il écrit que « l’intérêt du livre, nous semble moins reposer sur la description du conservatisme des différents auteurs analysés, que sur certaines réponses à des questions stratégiques que [le] livre suggère ». Il termine par « un souhait : que ce livre soit une ouverture à une recherche plus ambitieuse sur la réalité de la nation québécoise aujourd’hui comme cadre complexe de nos combats émancipateurs ».

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12 septembre 2012

Voir la troisième mise à jour (2 octobre 2012).

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25 septembre 2012

Document : http://www.pressegauche.org/spip.php?article11707

Titre : Le repli identitaire

Auteur(e)(s) : Jean-Pierre Couture & Jean-Marc Piotte

Publication : Presse-toi à gauche!, section « Politique »

Résumé : Une image de la couverture du livre accompagne cet article. Les auteurs réagissent à la publication de deux textes dans les pages « Idées » du Devoir du 22 septembre, l’un de Jean Dorion sur la « Charte de la laïcité », l’autre de Pierre Nepveu, « Au-delà du français menacé ». Après avoir résumé chaque texte, les auteurs affirment : « Ces deux postures de repli, l’une religieuse et l’autre linguistique, sont alimentées par le repli identitaire qui s’est installé au PQ depuis la crise des accommodements raisonnable de 2007-2008 ». Ils réitèrent une de leurs thèses : « Menés par le sociologue Jacques Beauchemin devenu sous-ministre du gouvernement Marois pour le dossier linguistique, les penseurs du repli identitaire ont désagrégé le néonationalisme social et politique des années 1960-1970 et disqualifié le modèle d’intégration pluraliste incarné politiquement par Gérald Godin et défendu intellectuellement par Gérard Bouchard, Micheline Labelle, Michel Seymour et d’autres ». Ils concluent par ces lignes : « Il nous semble évident que ce repli nationaliste conservateur ne peut qu’affaiblir le Québec, en effritant ses appuis à l’étranger et en s’aliénant les énergies de toutes les minorités qui pourraient participer à la construction d’une nation québécoise inclusive. »

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26 septembre 2012

Document : http://www.radio-canada.ca/emissions/plus_on_est_de_fous_plus_on_lit/2012-2013/chronique.asp?idChronique=246802

Titre : Les nouveaux visages du nationalisme conservateur au Québec

Auteur(e)(s) : Christian Nadeau

Publication : Première chaîne de la radio de Radio-Canada, émission « Plus on est de fous plus on lit! »; résumé écrit et version audio disponibles sur le site internet

Résumé : Le résumé de la chronique insiste surtout sur Thériault et Beauchemin (aucune mention des quatre autres auteurs). Christian Nadeau apprécie l’aspect « cartographique » du livre, mais affirme qu’« il échoue à présenter un projet continu; il montre un assemblage de thèse de différents auteurs », mais pas de « projet politique cohérent ». Il distingue deux registres dans les interventions des auteurs étudiés : un registre académique et un registre « d’intervention public »; le second permet des interventions plus radicales. Il souligne l’importance de l’influence des intellectuels, qui est moins ponctuelle que celle des journalistes d’opinion. Il note aussi que les conservateurs en question ne se réclament pas du libertarisme. Par ailleurs, la lecture donne parfois l’impression que « ce sont des profs de gauche de l’UQAM qui parlent à des profs de droite de l’UQAM ». Il conclut en disant que le livre présente les auteurs étudiés comme étant déterminés par la conjoncture, plutôt que de véritablement montrer comment ils participent à reconfigurer cette conjoncture. « C’est un début », mais d’autres livres présentant une histoire des intellectuels dans le Québec contemporain seraient requis.

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[date incertaine, mais antérieure au 27 septembre 2012]

10723247_10154706787010074_993185214_nDocument : (voir image ci-contre)

Titre : Solidaire du professeur Gilles Labelle

Auteur(e)(s) : François Charbonneau [sous toute réserve ; la photographie provient d’un profil Facebook]

Publication : [lieu non identifié ; selon ce qui a été dit au lancement outaouais du livre (voir ci-dessous, 27 septembre), sur une porte de bureau dans les couloirs de l’École d’études politiques de l’Université d’Ottawa]

Résumé : L’auteur exprime son « indignation ». Il affirme que les co-auteurs « inventent de toute pièce un ennemi imaginaire », « à la manière du sénateur Joseph MacCarthy dans les années 1950 », « histoire de se donner le beau rôle dans un combat du bien contre le mal qui n’existe que dans leur esprit ». Il insiste en particulier sur ce que les co-auteurs disent du professeur Labelle et affirme que ce dernier « ne correspond pas à l’image qu’en offrent ces deux polémistes ». Il fait appel à la solidarité du « milieu universitaire » face à « la hargne dont [Labelle] est injustement l’objet dans ce livre ». Il parle de « calomnie » et de « diffamation » et conclut par cette phrase : « Se taire devant l’avanie, c’est la cautionner. »

Note : Cette lettre a été lue par le professeur Dimitri Karmis lors de la conférence organisée pour le lancement de l’ouvrage, à Ottawa, le 27 septembre. Le professeur Karmis, qui était un des panelistes invités, n’a cependant pas commenté la lettre.

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27 septembre 2012

Document : http://onoups.blogspot.ca/2012/09/blog-post.html

Titre : Inauguration des activités 2012-2013/Lancement de l’ouvrage Les Nouveaux visages du nationalisme conservateur au Québec

Auteur(e)(s) : Observatoire des nouvelles pratiques symboliques (ONOUPS)

Publication : L’événement a eu lieu à La Cour des arts, à Ottawa, de 17h à 20h

Résumé : Trois panelistes invités ont insisté sur l’importance du livre et sur la validité de son diagnostic. Stéphanie Demers, de la Faculté d’éducation de l’Université du Québec en Outaouais a insisté sur l’influence qu’ont eut les « nationalistes conservateurs » dans la révision du programme d’enseignement de l’histoire au secondaire, et sur l’évacuation d’une perspective de luttes de classes et de l’étude empirique des pratiques sociales. Darren O’Toole, de la Faculté de droit de l’Université d’Ottawa, a insisté sur les distinctions entre les nationalistes conservateurs québécois et ceux du reste du Canada, tout en notant qu’ils ont souvent recours à des termes similaires (« bien commun », « intérêt général », etc.). Il souligne que les auteurs discutés par Piotte & Couture ont souvent des ambitions d’influence politique, mais qu’au Québec, les « conservateurs » ont un discours beaucoup plus culturel qu’économique, contrairement à ce qui est le cas dans les milieux anglophones. Dimitri Karmis, professeur à l’École d’études politiques de l’Université d’Ottawa a parlé de l’atmosphère dans laquelle le livre est reçu et a souligné l’importance de cartographier des lignes de forces dans le milieu intellectuel québécois contemporain. Couture & Piotte ont présentés leur démarche d’ensemble et ont répondu aux questions du public. Parmi celles-ci, un homme a mentionné que le livre était « diffamatoire » au sujet de Gilles Labelle et qu’« on lui conseille de ne pas le lire ». D’autres personnes ont souligné l’importance de l’acte de nommer qu’opère le livre, ouvrant ainsi à d’autres études; d’autres encore ont questionné la méthodologie de l’ouvrage et les incertitudes qui persistent quand à la cohérence du réseau étudié.

Note 1 : La lettre de François Charbonneau a été lue au cours de la conférence et le compte-rendu de Louis Cornellier a été mentionné. La nomination de Beauchemin à un poste de sous-ministre a été commentée et le fait que l’émission bazzo.tv diffusait un débat sur « le nationalisme de droite a-t-il le droit d’exister?» a été noté.

Note 2 : Couture a mentionné l’intervention d’Alain-G. Gagnon (éditeur du livre) du 10 septembre 2012, dans laquelle ce dernier affirmait qu’il aurait hésiter à publier le livre s’il avait su que les auteurs critiqués ne publieraient pas nécessairement de réplique.

*addendum au 27 septembre 2012

Document : http://video.telequebec.tv/video/12218/le-nationalisme-de-droite

Titre : Le nationalisme de droite a-t-il le droit d’exister ?

Auteur(e)(s) : Marie-France Bazzo, Mathieu Bock-Côté & Jean-Martin Aussant

Publication : Segment de l’émission bazzo.tv, présenté à la télévision et sur le site internet de Télé-Québec

Résumé : Bien qu’aucune mention du livre ne soit faite dans cette émission, l’expression « nationalisme de droite » évoque « nationalisme conservateur ». De plus, Mathieu Bock-Côté, intervenant invité, est mentionné et considéré par Piotte & Couture comme un acteur médiatique important pour le réseau étudié, principalement en dehors des milieux académiques.

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29 septembre 2012

Document : http://www.sciencessociales.uottawa.ca/circem/documents/CIRCEM_Replique_septembre_2012.pdf

Titre : CIRCEM – Réplique à l’ouvrage de Jean-Marc Piotte et Jean-Pierre Couture, Les nouveaux visages du nationalisme conservateur au Québec, Montréal, CRÉQC et Québec Amérique,collection «débats», 2012.

Auteur(e)(s) : [Signataires] E.-Martin Meunier, Stéphane Vibert, François Charbonneau, Michel Bock, Richard Dubé & Alvaro P. Pires [tous professeurs à l’Université d’Ottawa]

Publication : Sur la version française du site du Centre interdisciplinaire de recherche sur la citoyenneté et les minorités (CIRCEM), section « Nouveautés et événements »

Résumé : Les auteurs commencent par reprendre deux énoncés du compte-rendu de Cornellier [1er septembre 2012]. Ils écrivent que « l’ouvrage de Piotte et Couture est non seulement « tendancieux », mais plusieurs de ses thèses « manquent de nuances et sont parfois empreintes de mauvaise foi » (Le Devoir, samedi le 1er septembre 2012) ». Ils insistent sur « l’étiquette infâmante » de conservateur et sur la puissance d’évocation de ce terme dans « l’imaginaire collectif ». Ils affirment que l’ouvrage est « un pamphlet polémique voire falsificateur par endroit, qui non seulement fait dire un peu tout et n’importe quoi aux auteurs incriminés dans le seul but de les discréditer, mais se porte même parfois au-delà de la limite de l’acceptable allant jusqu’à accuser certains – sans gêne ni preuve autre que des interprétations pauvres, tordues et faussées de leurs écrits – de flirter avec l’autoritarisme ». Le livre est qualifié de « brûlot » qui est « discrédit[é], au plan intellectuel et scientifique », par « la multitude d’erreurs, de contresens, de citations tronquées et de fautes épistémologiques » qu’il est dit contenir. Ils insistent en particulier sur le chapitre consacré à Gilles Labelle, « directeur [du CIRCEM] lors de l’écriture de l’ouvrage », et affirment que Piotte & Couture ne comprennent pas ses travaux. La dernière partie de la réplique concerne le CIRCEM, qui est présenté comme un lieu de débats libres et ouverts qui « ne saurait être en aucun cas, pour qui prend le soin de s’intéresser à ses activités, ramené à un club politique, à un organe d’opinion ou à une officine conservatrice de bas étage ». Piotte & Couture sont dit affirmer le contraire.

Note : Mention du compte-rendu de Cornellier.

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1er octobre 2012

Publication du présent inventaire.

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Première mise à jour (1er octobre 2012)

1er octobre 2012

Document: http://lautjournal.info/default.aspx?page=3&NewsId=4040

Titre : Une critique du réseau néoconservateur par le réseau néofédéraliste

Auteur(e)(s) : Pierre Dubuc

Publication : Sur le site internet de L’Aut’Journal

Résumé : L’auteur souligne que l’ouvrage serait « fort précieux » « si nos grands réseaux adoptaient l’usage américain » d’identifier, dans les médias, « les différents intervenants par leur affiliation politique et idéologique ». Il souligne que la démonstration de la parenté idéologique des auteurs étudiés « n’est pas toujours évidente, ni leur parti-pris politique commun – à notre connaissance Thériault est fédéraliste et Beauchemin souverainiste ». L’aspect le plus convaincant du livre est dit être l’analyse du réseau, qui « mériterait d’être poussée encore plus loin, au plan politique », pour rendre compte du fait que plusieurs intervenants ont « reporté aux calendes grecques la souveraineté ». Après avoir souligné l’importance de Quebecor pour la dissémination du conservatisme, l’auteur signale qu’il a « de profondes divergences » avec les co-auteurs, entre autres quant à « leur appui en filigrane au ‘nationalisme civique’ par opposition au ‘nationaliste ethnique’ ». Dans la dernière partie, il écrit que Piotte aurait rejeté le projet souverainiste pour insister sur « les revendications sociales ». Il y aurait « là un autre réseau qui mériterait une analyse détaillée » ; Piotte s’y verrait attribuée l’étiquette de « néofédéraliste ».

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Deuxième mise à jour (1er octobre 2012)

10 septembre 2012

Document : http://www.radio-canada.ca/emissions/medium_large/2011-2012/chronique.asp?idChronique=243128

Titre : Le nationalisme québécois périmé?

Auteur(e)(s) : Catherine Perrin [animatrice], Aïda Kamar, Jacques Beauchemin, Alain-G. Gagon & Brendan Kelly

Publication : Sur les ondes de la première chaîne de la radio de Radio-Canada, dans l’émission « Médium large »; sur le site internet, le livre est référencé dans la section « Pour en savoir plus »

Résumé : L’ouvrage est discuté au début ; il est dit servir de « prétexte ». Alain-G. Gagnon [éditeur] dit que les auteurs ne se situent pas eux-mêmes par rapport au nationalisme ; « ils ne font qu’attribuer des notes », sans se définir comme nationalistes, bien qu’ils montrent plus de sympathie pour les « nationalistes progressistes » que pour les « nationalistes réactionnaires » (les « bons nationalistes » contre les « mauvais nationalistes »). Il avait aussi été « convenu », lors de la décision de publier, que certains auteurs critiqués publieraient une « réplique ». Sinon, Gagnon « aurait peut-être hésité avant de publier le livre, car c’est vraiment un livre à débat, où il y a une confrontation majeure ». Il s’attendait à ce que Thériault, Beauchemin et Bédard « puissent leur donner une réplique satisfaisant, pour un plein débat de la communauté politique québécoise ». Jacques Beauchemin dit que la réplique viendra « peut-être », mais qu’il est « un peu fatigué de ce débat-là », que des oppositions « peu fructueuses » sont faites entre « bons » et « mauvais » nationalistes. Beauchemin refuse l’étiquette « ethnicisante » et n’utiliserait pas celle de « conservateur ». Il dit qu’il importe de se référer à une « histoire longue » de la nation québécoise. Aïda Kamar [Vision Diversité] est d’accord. Brendan Kelly [The Gazette] affirme que les anglophones sont évacués de cette histoire. Beauchemin dit que le problème du nationalisme est sa trop grande ouverture ; « on est obsédé par la question autochtone, par exemple ». Il dit que certains voudraient faire des autochtones « les premiers québécois », mais que cette lecture est « excessive » : « eux-mêmes ne se considèrent pas comme ça », et ce serait « contre-intuitif sur le plan historique ». Cette trop grande ouverture aurait « un effet d’obscurcissement » : « la majorité franco-québécoise n’est plus capable de se reconnaître comme être collectif », comme si son histoire était « sans direction ». Gagnon dit qu’il importe que plus d’allophones se sentent concernés. Kamar et Kelly disent que les nouvelles générations ne posent pas le débat dans les mêmes termes. Gagnon dit que l’avenue principale d’inclusion dans le « projet nationaliste » est « la citoyenneté », « avoir des chances égales dans la société ». Kamar insiste pour que le projet soit plus clair. Beauchemin dit qu’il faut rassembler « tous les québécois » autour du « pôle » qu’est « la majorité franco-québécoise », « sans complexe ». Cette « majorité elle-même n’est plus capable de se nommer ». Kelly dit que le « notre passé » de Beauchemin n’est pas celui des anglophones.

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Troisième mise à jour (2 octobre 2012)

12 septembre 2012

Document : http://jeanpaulcoupal.blogspot.ca/2012/09/reglements-de-comptes-uq-corral.html

Titre : Règlements de comptes à U.Q. Corral

Auteur(e)(s) : Jean-Paul Coupal

Publication : Sur le blog « Lettres à un jeune philosophe de l’histoire et autres essais par Jean-Paul Coupal »

Résumé : Ce long texte (près de 8900 mots) est divisé en sept (7) sections principales. L’auteur affirme que, « [d]ans cet ouvrage, nous retrouvons les mots et surtout la pensée de Jean-Marc Piotte, bien qu’il ait été assisté par un jeune professeur de l’Université d’Ottawa, Jean-Pierre Couture, à la fabrication de ce livre ». Après avoir reconnu l’existence d’un « virage à droite » en Occident et affirmé que « [l]es intellectuels d’ici sont, depuis toujours, […] les pires colonisés de la société québécoise […] », l’auteur affirme que « ceux qui sont les porteurs du nouveau visage du nationalisme conservateur effrayent plus qu’ils ne sont dangereux, dans la mesure où leur audience dépasse peu le niveau du monde universitaire ». En ce sens, Piotte & Couture « leur prêtent une influence sociale qu’ils n’ont pas ». L’auteur identifie l’interprétation de la Révolution tranquille comme l’enjeu autour duquel gravitent le livre et les travaux qui y sont présentés. Il affirme de Piotte que « sa contribution à la critique des nationalistes conservateurs ne dépasse pas celle qu’il aurait pu faire en 1970 ». Il consacre plusieurs paragraphes à une critique de la conception marxiste de l’histoire et privilégie plutôt la reconnaissance des « apports de la psychologie collective en tant que science humaine des représentations sociales […] ». Il affirme par ailleurs qu’« entre Piotte et les intellectuels du nationalisme conservateur, il y a un effet-miroir, un renvoi d’un marxisme sclérosé à un nationalisme désabusé; d’une philosophie de l’histoire et de la société qui s’est prise pour une science à un rejet quasi total du scientifique pour une approche métaphysique ou “transcendantal” du phénomène national. Plutôt que d’être une critique constructive, le pamphlet de Piotte s’avère être un coup de pédale sur l’accélérateur de la régression de la pensée québécoise. » L’auteur consacre ensuite plusieurs paragraphes à une critique des travaux historiographiques de S. Kelly et É. Bédard. La dernière section principale est consacrée à une sorte de sociologie des intellectuels baby-boomers, arguant que « les intellectuels issus de la Révolution tranquille ont gagné sans mérite les postes, les salaires, les conventions collectives et la sécurité d’emploi qui devaient être refusés à ce que M. Kelly appelle la Génération X. Le Rapport Parent, la création des CEGEP, des universités du Québec en province et à Montréal, et de Concordia dans le milieu anglophone, ouvraient des emplois disponibles à tous, même à ceux qui souvent n’avaient pas une maîtrise en poche. » L’auteur affirme que « Cette différence [générationnelle] de traitement est au cœur des ressentiments de la droite néo-conservatrice contre une gauche qui n’a jamais su faire son autocritique historique. » Il considère que la génération des baby-boomers, dans l’université, « devint une gérontocratie qui sélectionna ses disciples, ses successeurs, en fonction de leur capacités limitées », et que « Cette déchéance d’institutions improvisées amène aujourd’hui la production de thèses coûteuses et sans résultats effectifs ou pratiques : leurs producteurs s’attaquent à des problématiques mal cernées ou servant de “nègres” aux enseignants établis qui produisent des quantités incroyables d’articles que personne – pas même eux – ne lit. » Selon lui, « Les intellectuels de gauche, incapables de se renouveler au-delà du marxisme, furent en fait les premières victimes de cette incomplétude générationnelle. Ils ont été les premiers à retourner au nationalisme, aux socialismes utopiques ou même au christianisme, quand ils n’ont pas été entièrement séduits par la nouvelle technologie informatique ». En conclusion, il affirme que « les solutions Bédard ou Kelly, pour s’en tenir à l’historiographie, sont sans lendemain. »

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Quatrième mise à jour (25 octobre 2012)

Du 3 au 5 octobre 2012

Document : http://www.facebook.com/UnionLibreUQAM/posts/323139964450628 / une capture d’écran (du 25 octobre 2012) est disponible ici

Titre : [sans titre]

Auteur(e)(s) : Union libre UQAM [« auteur collectif », plus tard signé David Sanschagrin, René Delvaux et Vanessa Gauthier Vela] ; Jonathan Lalande Bernatchez ; Raphaël Crevier ; Jonathan Raîche Casavant ; Véronique Pronovost ; René Delvaux [à titre individuel] ; [Jean-Pierre Couture et Jean-Marc Piotte : réponse publiée par Union libre UQAM ; voir ci-dessous] ; El-chinwi Amine

Publication : Sur la page Facebook d’Union libre, « Le journal des étudiantes et étudiants en science politique et en droit de l’UQAM »

Résumé : Ce document est une discussion qui commence par la publication d’un « hyperlien » par Union libre vers le « communiqué » émis par le CIRCEM. Union libre présente ce communiqué comme une « réponse à la polémique soulevée par le séminaire de maîtrise « Le courant intellectuel néoconservateurs au Québec » tenu au département de science politique de l’UQAM à l’automne 2011, et face à la publication récente de l’ouvre [de Piotte et Couture] ». Union libre résume le communiqué du CIRCEM (et ajoute des exemples, concernant M. Chevrier et S. Kelly, qui ne sont pas dans ledit communiqué), selon lequel, écrit Union libre, « la démarche des professeurs [Couture et Piotte] est davantage une entreprise de diffamation qu’une invitation à appréhender intellectuellement un phénomène politique qu’ils tentent de cartographier ». Union libre écrit : « À la lecture du livre de Piotte et Couture, il est en effet difficile de ne pas éprouver un certain malaise face à ce qui ressemble à de l’acharnement et de la mauvaise foi ». Ce premier message se termine par une citation de Christian Topalov, selon qui « l’assertion “école” […] est une stylisation qui est aussi une arme. » Jonathan Lalande Bernatchez commente ce message en disant qu’il a « un malaise avec le fait qu’une personne utilise le compte FB de l’Union libre pour défendre les positions du CIRCEM ». Il demande à l’auteur(e) du premier message de s’identifier et affirme que « La thèse de Piotte et Couture est argumenté et une critique sérieuse doit aborder cet argumentaire ». Dans les messages suivants, il est dit qu’il est « justifié » qu’Union libre diffuse les positions du CIRCEM, mais pas que le journal défende ces positions. Union libre répond et écrit, entre autres choses : « Il n’a fait que rappeler qu’un débat intellectuel implique une éthique de la discussion bel et bien absente de l’approche de [Couture & Piotte] pour toute personne qui se donne la peine de lire leur ouvrage et d’y comparer les thèses des auteurs qu’ils citent. Le communiqué du CIRCEM s’inscrit aussi dans cette perspective ». Avant de signer, D. Sanschagrin, R. Delvaux et V. Gauthier Vela écrivent « nous nous revendiquons de l’éthique de la discussion ». Lalande Bernatchez réitère qu’Union libre défend la position du CIRCEM et qu’« il ne faudrait pas confondre un ton polémique avec de la diffamation ». Véronique Pronovost note qu’Union libre a affirmé que « le communiqué du CIRCEM s’inscrit aussi dans cette perspective » mais qu’Union libre remet seulement en cause « les intérêts et motivations » de Piotte & Couture, pas du CIRCEM. Le 5 octobre, vers 00:30, une longue réponse de R. Delvaux affirme que « La nature de la polémique autour de cette publication en est une sur la forme et la méthode, pas sur le contenu ou les idées véhiculées. » Delvaux écrit avoir « éprouvé un réel malaise à la lecture du livre [de Piotte et Couture] » et avoir « du mal à croire qu’un tel texte puisse être édité par la CRÉQC, une Chaire de recherche de l’UQAM; j’avais par moments l’impression de lire un livre de Normand Lester ou un truc publié chez Stanké. » Il affirme avoir « différentes raisons de reprocher à l’exercice son manque de rigueur et d’honnêteté intellectuelle » et sur « La démarche » et « La méthodologie ». Il rappelle l’intention du message original d’Union libre en conclusion. Quelques minutes plus tard, Lalande Bernatchez répond dans un long commentaire, mentionnant que « ce livre était destiné à un auditoire plus large que le monde académique ». Il indique également qu’« il faut garder en tête que les signataires du communiqué du CIRCEM sont loin d’être des analystes qui interviennent à distance dans cette polémique. Ils sont tout à fait impliqués. » Au cours de la journée, Union libre publie le texte « Réponse à la diatribe de CIRCEM », signé Couture & Piotte [voir-ci dessous]. Enfin, El-chinwi Amine écrit que « ce livre est un regard d’ensemble » et qu’« on aurait pu faire un livre sur chaque auteur ». Ce commentaire affirme que « des réseaux d’influence bien présents dont le CIRCEM fait partie malheureusement » expliquent peut-être que « peu de professeurs sont enclins à faire une critique de front de la nouvelle sensibilité ». En post-scriptum, il est indiqué que « la collection débat de Québec Amérique expose des essais universitaires polémiques et n’est pas une collection de livres scientifiques ».

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5 octobre 2012

Document : http://onoups.blogspot.ca/2012/10/reponse-au-circem.html

Titre : Réponse à la diatribe du CIRCEM, [ré-intitulée] Jean-Pierre Couture et Jean-Marc Piotte répondent au CIRCEM

Auteur(e)(s) : Jean-Pierre Couture & Jean-Marc Piotte

Publication : D’abord dans la discussion sur la page Facebook d’Union libre, le 5 octobre à 13:10 (publié par l’utilisation Union libre UQAM; voir compte-rendu ci-dessus); puis sur la page d’Union libre dans une publication à part, le 5 octobre à 20:04; puis sur le site de l’Observatoire des nouvelles pratiques symboliques, http://onoups.blogspot.ca/2012/10/reponse-au-circem.html (la date est incertaine, mais Jean-Pierre Couture a publié un hyperlien vers cette publication sur la page Facebook du groupe « Onoups » le 15 octobre). Notons que la publication sur le site de l’Onoups est intitulée « Jean-Pierre Couture et Jean-Marc Piotte répondent au CIRCEM », et indique « Cette réponse n’engage que les signataires. »

Résumé : Couture & Piotte écrivent espérer que la « diatribe de la part du CIRCEM […] n’empêchera pas un travail rigoureux de réception et de discussion intellectuelle. » Ils se défendent de l’accusation « d’associer malhonnêtement les auteurs, dont nous avons étudiés les écrits, à une étiquette qui serait “infamante”. Il n’est en rien. » Ils affirment que chaque auteur est inscrit, « sans que nous gommions leurs différences », dans « le nationalisme conservateurs » tel qu’ils l’identifient. Après avoir ajouté qu’historiquement, « l’importance de la pensée conservatrice au Québec est la norme et non l’exception », les co-auteurs invitent les auteurs étudiés, s’ils le désirent, à produire « leur propre critique du conservatisme ». Les co-auteurs nient avoir « diabolisé cette mouvance, car nous ne pensons pas qu’elle doive l’être. » Ils affirment également n’avoir « jamais critiqué les personnes elles-mêmes que nous respectons, mais uniquement les idées qu’elles soutiennent. Nous souhaitons qu’il en soit de même pour nous. » Ils affirment ne pas être « au-dessus de la mêlée » et ne refuseront « aucune occasion » de se prêter à « un examen public et intellectuel » de leur propos. Ils invitent les auteurs étudiés « à défendre leurs idées eux-mêmes » et espèrent « vivement qu’ils le feront. » Ils concluent en affirmant que « des débats intellectuels vigoureux » peuvent être menés au Québec « tout en respectant les personnes, leur dignité et leur liberté », après avoir noté que « nous ne savons que trop bien que le milieu universitaire et médiatique québécois, sans doute tricoté trop serré, est très frileux face aux débats, contrairement à ce que cultivent les Français, les Britanniques ou les Allemands ».

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Cinquième mise à jour (18 novembre 2012)

30 octobre 2012

Document : http://lelibraire.org/chroniques/essai-quebecois/de-vifs-debats-intellectuels-se-profilent-tant-mieux

Titre : De vifs débats intellectuels se profilent : tant mieux!

Auteur(e)(s) : Normand Baillargeon

Publication : Le Libraire. Le bimestriel des librairies indépendantes, Chroniques – Essais québécois

Résumé : L’auteur recense trois (3) livres, soit Les nouveaux visages du nationalisme conservateur au Québec, de Piotte & Couture, La culture des patriotes, sous la direction de Charles-Philippe Courtois & Julie Guyot (Septentrion, 2012), et Les lois fondamentales de la stupidité humaine, de Carlo M. Cipolla (PUF, 2012, 1re éd. en 1976). La première partie de la recension est consacrée à l’ouvrage de Piotte & Couture. L’auteur affirme que les co-auteurs, « deux penseurs et militants identifiés à la gauche, ont entrepris un repérage de [la] présence nationaliste et conservatrice dans le paysage intellectuel et médiatique québécois ». Après avoir mentionné qu’il a du respect et de l’amitié pour des personnes des « deux clans en présence », l’auteur présente la thèse et les conclusions de l’ouvrage. Il affirme que « [l]’ouvrage est savant ; il est aussi polémique ». Il dit espérer que les personnes critiquées « auront l’occasion de présenter leur contre-argumentaire, idéalement dans un ouvrage, ce dont bénéficieront et la vie intellectuelle et la conversation démocratique au Québec ». Dans la deuxième partie , l’auteur note que Marc Chevrier, l’un des six (6) auteurs étudiés par Piotte & Couture, a contribué à La culture des patriotes un texte qui « donne à découvrir […] les références à Aristote dans la pensée de Papineau ». Au sujet du même livre, il écrit : « Piotte & Couture verront sans doutes dans nombre de ces textes la marque de cet idéalisme qu’ils déplorent; d’autres y verront un apport significatif à notre connaissance d’un épisode majeur de notre histoire et à l’élucidation de ce « républicanisme » des patriotes ». Enfin, la troisième partie présente le « malicieux petit livre de l’économiste Carlo M. Ciporral (1922-2000) sur la stupidité ».

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12 novembre 2012*

Document : http://vimeo.com/53357282

Titre : Les Nouveaux Visages du nationalisme conservateur

Auteur(e)s : Québec Amérique [courte entrevue avec Jean-Pierre Couture]

Publication : sur le compte Vimeo de Québec Amérique

Résumé : Couture présente les objectifs du livre et insiste sur l’importance de se rappeler l’héritage « progressiste ». Il dit qu’« en interpellant des auteurs contemporains, des vivants qui écrivent, qui se positionnent dans l’espace public avec des idées avec lesquelles nous sommes, nous, en désaccord », le livre peut « briser un tabou par lequel […] on ne rend pas beaucoup de comptes sur ce que l’on pense, hormis à des gens […] qui sont déjà d’accord avec nous ». Il dit que « ce qui sous-tend l’ouvrage à un niveau de l’histoire longue c’est que ça fait mal être un penseur en Amérique française, colonisée […] et là, on dirait que l’on exige de nos auteurs comme de nous-mêmes que nous nous considérions comme des penseurs, qui avons le droit d’être en désaccord et doivent se reconnaître l’un et l’autre comme des interlocuteurs valables ». Il dit : « On joue sur une blessure, où on aimerait mieux ne pas parler, et là on veut forcer un débat, on veut forcer les gens à parler—c’est une curiosité en soi. »

* Note du curateur [information obtenue d’un tiers]: L’entrevue avec Québec Amérique a eu lieu très exactement le 23 août 2012 (soit avant la sortie du livre).

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Sixième mise à jour (19 novembre 2012)

13 novembre 2012

Affiche du lancement montréalais

Document : [Affiche du lancement montréalais, voir ci-contre]

Titre : [Lancement montréalais du livre de Piotte & Couture]

Auteur(e)s : [invités] Pascale Dufour (Université de Montréal), Martin Petitclec (UQAM), Rémi Bachand (UQAM), [co-auteur] Jean-Pierre Couture (Université d’Ottawa) & Jean-Marc Piotte (UQAM), [animatrice] Manon Massé (Québec Solidaire)

Publication : un événement Facebook a été créé et le lancement a également été annoncé sur le site des Nouveaux cahiers du socialisme. Le lancement a eu lieu au bar Les Pas Sages, rue Rachel à Montréal, à partir de 17:30.

Résumé : Les invités ont parlé dix (10) minutes chacun, puis les co-auteurs ont été invités à répondre pendant quelques minutes chacun. Une dizaine de questions ont ensuite été posées par les gens présents dans le bar, permettant des échanges entre les invités, les co-auteurs et le public. Rémi Bachand a d’abord posé la question des « leçons à tirer de la controverse autour du livre ». Il a souligné l’importance du nationalisme comme mode de légitimation d’actions sur la scène internationale, qu’il oppose à une perspective de classe. Il réitère la critique selon laquelle les écrits de auteurs étudiés sont parfois cités « hors contexte » et parle d’une « interprétation peu généreuse ». Cependant, il cite un passage de l’article « Nos pluralistes » de Gilles Labelle, paru dans Argument, qu’il qualifie de « pamphlet » et affirme qu’il n’est « pas surprenant » que la gauche l’attaque; ce « pamphlet » démontrerait également une « interprétation peu généreuse ». Il termine en soulignant l’importance de « déconstruire l’idée que le nationalisme est nécessairement de gauche » (idée qui serait propre au Québec), en demandant « pourquoi personne n’accepte de se faire traiter de conservateur ou de gens de droite », et affirme que le livre transgresse l’impératif de « ne pas trop nommer de noms ». Pascale Dufour qualifie ensuite le livre d’ « exercice salutaire pour la réflexion collective », en particulier parce qu’il identifie « comment le néonationalisme conservateur circule ». Elle mentionne la critique de Cornellier dans Le Devoir et affirme que, contrairement à ce dernier, elle trouve intéressant de mettre ensemble des auteurs très distincts. Elle énonce certains « doutes » sur quelques « présupposés » de co-auteurs, en soulignant que toute critique de la modernité n’est pas conservatrice, qu’il faudrait clarifier l’influence française de type « troisième République » sur la pensée des auteurs étudiés, et qu’il faudrait maintenant construire « les nouveaux visages du pluralisme au Québec ». Martin Petitclerc, qui a critiqué « la nouvelle sensibilité » dans l’enseignement de l’histoire qui peut être associée au « nationalisme conservateur », affirme que ce qui lie les auteurs étudiés est la critique du progressisme. Ce serait ce principe qui créerait une solidarité malgré les tensions et les divergences d’opinions. Il affirme que les discours étudiés ont assez peu d’impact chez les intellectuels et les militants, mais qu’ils sont « récupérés par les pouvoirs politiques et économiques ». Dans sa réponse, Couture mentionne qu’il était « nécessaire » de « caricaturer » pour interpeller des gens « qui espéraient ne pas être lus ». Piotte réitère qu’ils ne refuseront aucune invitation et qu’ils souhaitent des débats « vigoureux » et « respectueux des personnes ». Les questions du public ont concerné (1) le fait que Labelle fait aussi partie de réseaux « de gauche » (comme les Cahiers du socialisme) ; (2) le statut de la figure du visage (cristallisent-ils des tendances, ou les créent-ils ?) ; (3) une clarification de l’invitation qui aurait été lancée à Marc Chevrier à participer au séminaire de Piotte & Couture ; (4) l’affirmation que le livre s’attaque plus aux personnes qu’aux discours ; (5) le projet d’indépendance ; (6) la présence (ou l’absence) de femmes nationalistes conservatrices ; (7) le rôle de Marie-France Bazzo dans la construction des « médiatiques de droites » ; (8) l’affirmation que le livre étudie les discours plutôt que les personnes ; (9) l’importance d’étudier le conservatisme des progressistes et la généalogie des mots qui sont utilisés ; et (10) la position des auteurs par rapport au postmodernisme.

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16 novembre 2012 (informations soumises par Simon Labrecque)*

Document : [enregistrement audio]

Titre : Le Salon du livre de Montréal présente : Politique – le malaise québécois.

Auteur(e)s : Jean-Marc Piotte, Mathieu Bock-Côté et Nicolas Lévesque [invités], Pierre Cayouette [animateur]

Publication : Table ronde au Salon du livre, vendredi le 16 novembre, 20h.

Résumé : Le site web du Salon du livre de Montréal annonçait l’événement dans ces termes : « Cinquante ans après le début de la Révolution tranquille, le Québec apparaît comme une société déboussolée, en mal de repères idéologiques, notent certains observateurs. Une société divisée, aussi, comme en témoigne le résultat des élections générales du 4 septembre. Où en est le projet souverainiste? Avec Mathieu Bock-Côté, Fin de cycle (Boréal), Jean-Marc Piotte, Une amitié improbable (Lux) et Nicolas Lévesque, Le Québec vers l’âge adulte (Nota Bene). Animation : Pierre Cayouette. » Lors de la présentation des invités, Cayouette a présenté Piotte pour son livre de correspondances avec Pierre Vadeboncoeur, mais aussi en tant que co-auteur du livre Les Nouveaux Visages du nationalisme conservateur au Québec. Cela justifie l’inclusion de cet événement dans l’inventaire de la réception du livre. De plus, Piotte et Couture considèrent que Bock-Côté défend des « thèse nationalistes conservatrices » (voir l’article de Couture sur Bock-Côté). Après les présentations, Bock-Côté a dit que le Québec faisait le deuil de certains grands idéaux qui ont mené la Révolution tranquille. La société québécoise est divisée et une tendance antinationaliste de droite a fait le procès de l’idée même de commun en défendant une vision individualiste de la société. Il parle de la nécessité d’un moment de refondation. Piotte dit que la possibilité de projets collectifs passe par la remise en question du néolibéralisme. Lévesque parle de la fin des grands systèmes de pensée et des logiques binaires en appelant à un renouveau de la pensée et des rapports entre philosophie et politique. Plus tard, il dit se retrouver devant deux conservatismes et considère que les oppositions droite/gauche et souverainiste/fédéraliste sont dépassées. Piotte dit que la critique de l’histoire a été nécessaire lors de la Révolution tranquille, qui a donné confiance au peuple québécois. Bock-Côté dit qu’on peut maintenant tenir ensemble l’héritage de la Révolution tranquille et l’héritage prérévolutionnaire, sans nostalgie. L’animateur a ensuite demandé quels sont les projets mobilisateurs à l’horizon. Lévesque parle de la nécessité de réinvestir et de s’approprier les institutions, de délaisser les marges. Il considère le « printemps québécois » comme un début, mais souligne qu’un projet collectif demande du temps. Piotte inscrit ce printemps dans un « mouvement mondial » contre la domination de la finance. Bock-Côté parle de la nécessité de se doter d’une « nouvelle boussole » et de « réparer » certains fondements de la société québécoise, dont l’école, pour que de grands projets collectifs deviennent de nouveau possibles. Sur la question du rôle des intellectuels, Lévesque dit que la moindre présence des intellectuels (comparée aux années 1960) s’explique par la spécialisation des savoirs et qu’il importe de promouvoir la « fin des spécialistes ». L’école doit jouer un rôle dans cela. Piotte dit que la grande différence est le rôle accru de la télévision : les gens que l’on entend vont à la TV mais n’écrivent plus de livres (il souligne que Bock-Côté est présent à la télévision, mais qu’il écrit aussi). Ce sont le plus souvent des journalistes qui participent aux débats. Bock-Côté dit qu’on en finira bientôt avec l’enthousiasme pour les médias sociaux, qui favorisent la réaction immédiate plutôt que le rythme plus lent de la pensée. Lévesque dit que dans un Québec souverain, le Québec pourrait se doter de sa propre politique médiatique. Bock-Côté dit qu’il y a de la pensée, les revues comme Argument (Cayouette nomme À bâbord), et qu’il faut réapprendre la discipline physique de la lecture. Piotte dit qu’il reste optimiste (c’est « une position politique » fondamentale) et que la liberté d’expression est remarquable, si l’on compare aux années 1950. Il dit qu’il est nécessaire de continuer à penser et de défendre rigoureusement nos positions tout en respectant les personnes. (Il n’y a pas eu d’échanges avec la salle.)

* Note du curateur : la septième et dernière mise à jour fournit un document qui précède cet événement. Voir ci-dessous.

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Septième et dernière mise à jour (25 mai 2013)

23 octobre 2012

Document : pages 130 et 131

Titre : sans titre

Auteur(e)(s) : Marc Chevrier

Publication : La République québécoise. Hommages à une idée suspecte

Extrait :

En multipliant les rappels à l’ordre contre les intellectuels hétérodoxes, de nouveaux censeurs de la réaction antirépublicaine se comportent en fait comme les conservateurs organiques du régime monarcholibéral canadien. Ces remontrances peuvent prendre la forme cocasse d’une véritable cabale de dévots, comme celle qu’a montée le duo de sycophantes formé du maoïste impénitent Jean-Marc Piotte et de Jean-Pierre Couture, un amuseur postmoderne fasciné par la scatologie81. Leur brûlot hargneux82, publié pour discréditer six professeurs d’université et de cégep coupables à leurs yeux de défendre la nation et la république ou d’intégrer l’histoire de leurs analyses, compose une mixture malodorante d’éléments, dont certains procédés relèvent de la tartuferie83. En 1965, Pierre Vadeboncœur avait déjà diagnostiqué ce dégoût bien peu patriote qu’inspire aux Québécois leur propre histoire : « En un sens, les Québécois n’ont pas d’histoire. L’histoire, pour nous, est simplement du passé. Il y a peut-être peu de peuples occidentaux si peu pénétrés d’histoire que le nôtre, c’est-à-dire dont le passé soit effectivement si révolu. Ce n’est pas pour rien que notre histoire nous paraît si folklorique et que les images d’Épinal y tiennent une place si considérable84. »

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81. Ce dernier a contribué à un numéro des Cahiers de l’idiotie sur la « merde »…

82. Voir Les Nouveaux Visages du nationalisme conservateur au Québec (Montréal, Éditions Québec/Amérique, 2012), qui transpose dans un collage de textes la chasse aux sorcières que Pilotte [sic] et Couture ont menée dans un séminaire de maîtrise donné à l’UQAM pendant la session d’automne 2011 contre plusieurs de leurs collègues de cette même université et de l’Université d’Ottawa.

83. Ces éléments sont : un littéralisme maniaque (incapacité à lire les divers degrés d’un texte), un nihilisme petit-bourgeois, un scientisme antihumaniste, une misologie aiguë (détestation de la culture classique) et une chronophobie (détestation de l’Histoire) qui confine au philistinisme, un nationalisme néo-trudeauiste et un désir débridé d’orthodoxie. Dans son premier placet présenté au roi Louis XIV sur la comédie Tartuffe, Molière évoqua « toutes les friponneries couvertes de ces faux monnayeurs en dévotion, qui veulent attraper les hommes avec un zèle contrefait et une charité sophistique ». Molière, Œuvres complètes, tome II, Paris, Garnier-Flammarion, 1965, p. 263. À méditer.

84. Pierre Vadeboncœur, L’Autorité du peuple, Québec, Éditions de l’Arc, 1965, p. 126.

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Printemps 2013

Document : Recension du livre

Titre : « Se déchirer sur la Révolution tranquille »

Auteur(e)(s) : Alexandre Turgeon

Publication : Bulletin d’histoire politique (printemps 2013, volume 21, numéro 3)

Incipit :

De toute évidence, Les Nouveaux Visages du nationalisme conservateur au Québec de Jean-Marc Piotte et Jean-Pierre Couture s’annonce comme le titre polémique par excellence de la dernière saison, si ce n’est pas davantage. Piotte et Couture s’en prennent ici à ce qu’ils appellent un « auteur collectif ». Cet auteur collectif, c’est celui du nationalisme conservateur au Québec. Cet ouvrage, c’est celui de son procès en bonne et due forme. Or, accusés et accusateurs ne sont pas aussi différents qu’on pourrait le croire a priori. Il appert que les points de divergence ne sont pas si nombreux que cela entre les nationalistes conservateurs d’un côté, et… les auteurs de l’autre – à défaut d’un meilleur terme, Jean-Marc Piotte et Jean-Pierre Couture ne désignant pas quelle est leur tendance. C’est sur la Révolution tranquille, plus que tout autre chose, que tout achoppe entre ces deux groupes, qu’ils se déchirent, comme nous le verrons.

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Appel aux acteurs du milieu des arts – lettre à Christine Saint-Pierre

Nous avons (malheureusement) reçu cet appel trop tard, déjà quelque 2600 personnes ont signé la lettre, Le Devoir du mercredi 13 juin a publié les noms. Nous tenons toutefois à le partager.

Ceci est un appel à tous les acteurs du milieu culturel afin de dire haut et fort et d’une seule voix que la rhétorique de la peur dont use le gouvernement pour justifier de l’usage de la force est dangereux, indigne d’une société démocratique et extrêmement violent. Face aux propos de la ministre de la Culture, qui estimait que le carré rouge est le symbole de la violence et de l’intimidation, nous nous devons de combattre le mépris affiché et persistant de nos représentants politiques vis-à-vis notre intelligence.

Nous attendons des milliers de signatures.

Le délai est court parce que le temps presse.

SVP, envoyez votre nom à lettrealaministre@gmail.com avant mercredi [13 juin 2012].

Nous compilerons les signatures et enverrons la lettre par courriel à la ministre, à l’opposition, à QS ainsi qu’aux principaux quotidiens, hebdomadaires et véhicules d’information pertinents.

Madame Christine Saint-Pierre,
Ministère de la Culture, des Communications et de la Condition féminine
225, Grande Allée Est
Québec (Québec)  G1R 5G5

Madame la ministre,

C’est avec grand désarroi que nous avons pris connaissance des propos que vous avez prononcés ce vendredi 8 juin, propos selon lesquels « nous, on sait ce que ça veut dire le carré rouge, ça veut dire l’intimidation, la violence, ça veut dire aussi le fait qu’on empêche des gens d’aller étudier » (dans Le Nouvelliste et Le Devoir). Nous nous trouvons aujourd’hui dans l’obligation de vous demander de présenter des excuses publiques pour ces propos démagogiques qui tentent de discréditer la légitimité du port du carré rouge et de réduire malhonnêtement le sens qui lui est attaché, méprisant du coup le choix réfléchi et affirmé de très nombreux membres de la communauté artistique québécoise.

Que la ligne de parti vous oblige à une certaine réserve, nous le comprenons, mais que vous prêtiez si facilement votre ministère comme tribune à ce type de propagande alors qu’il est chargé d’administrer et de représenter les intérêts du milieu culturel québécois, nous indigne profondément: vous n’êtes pas sans savoir que la grande majorité des acteurs de ce milieu arborent fièrement le carré rouge. Tout comme le Premier ministre se doit d’être le représentant des intérêts de tout un peuple (chose qui, malheureusement, est actuellement mise en doute au Québec), une ministre de la Culture ne peut se permettre de mépriser les artistes et les travailleu(rs)ses culturel(le)s qui fondent les raisons d’être de son ministère.

Si votre objectif, en stigmatisant la violence associée au mouvement étudiant, est de vous faire du capital politique, nous tenons à vous rappeler que ce genre de stratagème éveille ce qu’il y a de plus boueux dans les consciences, et que de ne pas le savoir est indigne d’une ministre de la Culture. Or ce ne sont pas les voix qui manquent pour relever le sens et le niveau du débat que de toute évidence vous travaillez à abaisser: ces voix constituent le terrain fertile de la culture et viennent précisément de ce pan de la société qui oppose une culture humaniste à cette culture d’entreprise qui violente la libre pensée. Si le seul argument que vous décidez d’opposer à ce schisme idéologique profond est le recours à la peur pour justifier la nécessité du maintien de l’ordre, nous tenons à vous rappeler que ce flirt est extrêmement dangereux, et que dresser les vieux épouvantails de la peur au service de l’ordre rappelle de très mauvais souvenirs d’une histoire pas si lointaine.

Il est plus que temps que vous et les membres de votre parti preniez les responsabilités qui vous incombent en tant que représentants politiques quand vous usez de tels moyens de propagande pour diviser l’opinion publique, en stigmatisant le port du carré rouge comme un geste soutenant la violence. Vous aimez « oublier » que ce mot qui vous vient si fréquemment aux lèvres n’est pas incarné par les centaines de milliers de personnes, étudiants et citoyens qui marchent chaque soir dans nos rues, mais par un corps policier qui multiplie honteusement les gestes de brutalité envers des manifestants pacifiques. Vous aimez « oublier », aussi, que cette violence est celle de vos mots menteurs et méprisants, de votre inaction et de votre irrespect envers une part grandissante de notre population. Ce glissement sémantique témoigne de votre condescendance vis-à-vis de notre intelligence et du peu de respect que vous avez pour les raisons profondes et réfléchies d’arborer ce bout de tissu rouge. Une ministre de la Culture doit savoir faire preuve de discernement et ne pas rater l’occasion d’élever le débat au-dessus de la mêlée. Ce ne fut malheureusement pas le cas ce vendredi 8 juin et nous exigeons des excuses pour ce faux pas qui tente de nous plonger dans une rhétorique de la peur et dénigre par le fait même l’intelligence du milieu culturel et de ses représentants, qu’ils portent ou non le carré rouge. Nous ne pouvons consentir à cet abaissement du débat sur la place publique et cautionner par notre silence vos propos irrespectueux.

En espérant que vos mensonges cesseront rapidement de leurrer notre population, nous signons tous, acteurs et actrices du milieu culturel québécois.

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From Latin America to Quebec: Violence as an Irreducible Political Debate

By Martin Breaugh, André Corten, Charles Deslandes, José Antonio Giménez Micó, Catherine Huart, Vanessa Molina and Ricardo Peñafiel*

Violence is frightening. For many it is enough to cause nightmares. The world is increasingly violent. For mass media, it is the violent “news” which grabs the most attention. Yes, the media magnify violence, but violence is nonetheless there. Since 2001, violence has become terrorism. Since 2001, violence has become evil itself: an evil whose very existence (or designation) triggers a self-protective reaction from the established order. But identifying violence is not so straightforward. It is also a way of interpreting reality: it’s legal yet violent, it’s illegal yet not necessarily violent! The student strike in Quebec this spring, its ensuing repression, and the pressure it generates — whether at the Palais des congrès in Montreal during the Premier’s speech to Plan Nord investors, in downtown Montreal during evening demonstrations, or in Victoriaville at the Liberal Party Congress — forces us to reassess what violence tells us.

Before discussing the so-called “fake” semantic debates surrounding the word “violence,” let’s take a look at the street-driven transformations that have taken place in Latin America since 2000. In the 1990s, Latin America entered its period of “democratic transition.” Legality and elections replaced dictatorships, summary arrests, torture and forced disappearances. But soon afterward the population began to realize that legality was the Trojan horse of neo-liberalism. Perhaps the most emblematic sign of this new awareness was the Bolivian “water war.” In the year 2000, Bolivia’s constitutionally elected president privatized the water supply. The street protests that erupted against it lasted four months. In the same constitutional context there followed two gas wars. Despite violent repression in the guise of legality, the street imposed another voice. The indigenous peoples no longer had to wear ties or be elected in order to be heard. The landless spoke up, blockading and occupying the cities. Violent repression was justified in the name of legality, whereas street violence questioned this very legality. The mobilization on the streets exposed the limits of representative democracy. But who exactly was calling all this into question and seeking to paralyze and outflank the established order that had replaced the dictatorships? None other than the plebs**, a mass movement, though not a monolithic one, one that cannot be interpreted as representing a class, lobby, or of any other special interest group. It was a heterogeneous movement whose unifying characteristic was its persistent exclusion from the social order, or, at the very least, its exclusion from the institutional structures and official channels where “decision-making takes place.”

In Quebec, as elsewhere in the modern industrialized West, we are not in a period of “democratic transition,” and any comparison with Latin America would be on shaky ground. Representative democracy is relatively well established here, especially in terms of electoral practices and civil rights. A certain kind of right to dissent has managed to make headway thanks to the on-going struggles of union, civic, and grass-roots groups and has led to domestic legislation and international treaties legalizing and enshrining the freedom of assembly and of speech. And yet, these “rights” — which have been granted in order to prevent the escalation of conflict that is part and parcel of any hierarchical society from getting beyond its control — are now being called into question by a government that refuses to give any legitimacy to extra-parliamentary forms of public expression. By stigmatizing acts of civil disobedience and peaceful protests as being violent, and by ignoring the protestors’ demands and trying to obstruct them by means of the violence of conservative legality, as if they were acts of sedition, the current government has endeavoured to render the students (as well as the broader group that supports them) in a plebeian position — sans titres, voiceless, without the legal right to speak out on the validity of the law or its procedures.

What is currently happening in Quebec can be seen as the beginning of a plebeian challenge to the legitimacy of the elected government’s decisions and of the State power that carries them out. Within the student movement and its numerous supporters one can see the characteristics of a heterogeneous popular movement that is attempting to overwhelm the established order, within which it has no place, neither in terms of its values or the structural rigidity which it attempts to impose. This Québécois movement calls into question the fact that the representative democracy with which it is familiar is being transformed input from outside, a transformation that can be characterized as the passage from the universal social welfare state to a system based on pay-as-you-go user fees. This phenomenon is not new, but has become generalized in tandem with an   increasingly inflexibility in the workings of representative democracy. The public in general is addressed as if it were separated into market segments.

In the street, ideas of legality and violence are currently being redefined. New sans titres are springing up. Students are not workers, it is said, and therefore don’t have the right to strike. It’s true they don’t negotiate the way unions do; instead, they put pressure on hierarchies, including those within their own organizations. The tribune of the plebs is contested: it is the street that speaks. In Bolivia, the “unofficial voices” have been identified as the indigenous peoples, just as in Quebec they are the students, but the issue has gone beyond immediate group interests and has become a questioning of the entire system. Beyond the issue of tuition fees, the students are gradually proving to be a secessionist force that refuses to be marginalized. They are challenging the monopoly on the definition of violence that the State accords itself. The violence which the CLASSE refuses to condemn — that which is carried out against symbols of the economic, structural, symbolic and repressive violence that they endure — now becomes a legitimate posture. At the very least, there is a struggle to establish its legitimacy. Such is the nature of a living political struggle, which is not pre-planned and which does not operate according to the pre-conceived parameters of conventional politics, limited to the negotiation of private interests according to predefined procedures.

Une version française de ce texte est aussi disponible.

También hay una versión en español de este artículo.

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Note :

* The signatories are researchers of GRIPAL (Research Group on Political Imaginaries in Latin America), research team which has just published a collective book on popular uprisings and spontaneous direct actions in Latin America: L’interpellation plébéienne en Amérique latine. Violence, actions directes et virage à gauche, Paris/Montréal, Karthala/PUQ, 2012.

** The name « plebs » refers to an experience, that of achieving political agency and assuming the dignity and responsibility of political action. Plebs is not the name of a social category or of an identity, but refers rather a political event of the highest order: the passage from a sub-political status to that of a full-fledged political subject. » Source: Martin Breaugh, The Plebeian Experience, New York: Columbia University Press, forthcoming.

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