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Je suis étudiant et je n’ai pas fait vœu de pauvreté. Juré!

Par Olivier Roy | Université d’Ottawa

Un sondage a été fait récemment auprès des étudiants au Québec. Un étudiant sur cinq possèderait une auto. À l’époque, je prenais l’autobus pour me rendre à l’université et à mon lieu de stage. La plupart des étudiants possèdent un téléphone cellulaire. Plusieurs possèdent un iPhone qui leur coûte de 60 $ à 110 $ par mois. Il est rapporté qu’ils dépensent 2700 $ en moyenne pour le restaurant, bar, etc. Un bon nombre d’étudiants font des voyages dans le Sud pendant les vacances des Fêtes ou la semaine de relâche. Avons-nous les valeurs à la bonne place? Un chausson avec ça! […] Une personne qui en a assez des enfants gâtés.

— Roger Pelletier, Belœil, 24 mars 2012, via L’Œil Régional

Paraîtrait-il que les étudiant-e-s vivent un train de vie luxueux, comme :

  • Posséder un téléphone cellulaire;
  • Posséder une voiture;
  • Relaxer sur une terrasse;
  • Se promener dans un quartier riche.

Ça me laisse quelque peu perplexe.

Au-delà de la rhétorique sur la société capitaliste marchande qui pousse tout citoyen à devenir de fidèles consommateurs, il est intéressant (et inquiétant) de voir qu’un-e étudiant-e doive faire vœu de pauvreté au cours de ses études.

Je n’ai pas fait vœu de pauvreté.

Je vous le jure. Mon université ne me l’a pas demandé.

Pas mal sûr aussi que cela n’a pas été demandé aux autres étudiant-e-s. En fait, j’en suis certain.

Ce luxe auquel il est fait allusion, je ne le connais pas.

Ce luxe, trop souvent, c’est un outil de travail.

Parce que j’ai besoin d’un cellulaire pour mes emplois. (Oui, au pluriel!)

Parce que plusieurs ont besoin d’une voiture pour leurs emplois et les actions qu’ils/elles mènent dans leur communauté. (Moi, j’ai la chance de me fier à un foutu bon vélo, à de foutues bonnes jambes (!) et, si nécessaire, au transport en commun.)

Parce que j’ai besoin de couper des exigences du travail et des études. (Quoi? Vous voulez que j’aille relaxer à la bibliothèque ou à la cafétéria ou à mon bureau situé au troisième sous-sol? Sérieusement? Vous ne trouvez pas que j’y passe déjà trop de temps? Pis, si je me promène dans un quartier riche, c’est parce que ça coûte moins cher que d’y habiter…)

Bref, je n’ai pas fait vœu de pauvreté. Vous vous êtes trompés.

Mes excuses si mon train de vie vous paraît luxueux. Ce n’est pas du luxe.

C’est une nécessité.

Je vous le jure.

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Lettre aux étudiant-e-s québécois-es

Par Olivier Roy | Université d’Ottawa

Je suis un étudiant de l’Université d’Ottawa. Au cours de la dernière année, j’ai payé 4393 $ de frais de scolarité. Avoir été étudiant à temps plein pendant toute cette période, j’aurais payé 6426 $.

En principe, comme je paie les frais de scolarité parmi les plus élevés au pays, je devrais recevoir un enseignement de qualité, un excellent soutien pour la complétion de mes études, de bons services de mon université, tout cela en vue d’obtenir un diplôme qui a de la « valeur ».

Et pourtant, il n’en est rien…

Et pourtant, l’embauche des professeurs à temps plein est bien en deçà des attentes…

Et pourtant, plus de la moitié des cours au premier cycle sont enseignés par des chargé-e-s de cours au statut très précaire…

Et pourtant, l’Université d’Ottawa rechigne à l’idée d’offrir certains services, à traiter les étudiants comme tout organisme chercherait à bien traiter sa clientèle…

Et pourtant, l’Université d’Ottawa is open for business, où sa commercialisation à outrance, des services alimentaires à la vente des noms de ses pavillons, ne fait plus aucun doute…

Et pourtant, je pourrais continuer sur cette veine…

J’étais avec vous à Montréal le 22 mars dernier.

Par solidarité, oui. Mais aussi pour vous dire ceci : ce modèle d’enseignement supérieur que le gouvernement Charest souhaite importer d’ailleurs a depuis longtemps cessé de travailler pour les étudiant-e-s.

L’Université d’Ottawa ne cesse d’augmenter ses frais de scolarité. Pourtant, depuis 1999-2000, elle a dégagé plus de 537 millions de dollars en surplus. En 2006-2007, année record, ce fut 103 millions de dollars. En 2010-2011, c’est plus de 41 millions de dollars qu’elle a ainsi engrangé.

Et pourtant, le Bureau des Gouverneurs devra se pencher sur une énième hausse des frais de scolarité de près de 5%, le maximum toléré par le gouvernement de l’Ontario…

En regardant cela, je ne peux m’empêcher de me sentir comme le nigaud qui fait marcher son moulin, comme disait Félix. Un sentiment sans doute partagé par plusieurs de mes collègues ici à Ottawa.

Des frais de scolarité qui augmentent sans de meilleurs services, un meilleur enseignement : quelle « valeur » cela donne-t-il à mon diplôme?

Ne répondez pas, j’ai (trop) peur de la réponse…

Et pourtant, je devrais avoir le sentiment de payer ma « juste part »…

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