Archives de Catégorie: Robert Hébert

Robert Hébert est philosophe, écrivain, professeur retraité du Collège Maisonneuve.

Toujours s’orienter dans l’impensé, un aveu

Par Robert Hébert

 

Sur la route de Berthier
Il y avait un cantonnier
Et qui cassait des tas d’cailloux…

La Bonne Chanson

 

à Camille de Toledo, pour une question

 

En ce mois de janvier 2017 où je replonge dans le monde inépuisable, franginal et insaisissable de Walter Benjamin, où j’essaie de retracer un passage sur le pouvoir rajeunissant de la mémoire – ah la « Vergegenwärtigung » –, on annonce que la bibliothèque nationale Richelieu à Paris entame une nouvelle vie. Décor éblouissant, ambiance sonore de « Riders on the Storm » que chantait jadis The Doors. Pourquoi pas? Ma carcasse fait peau neuve. Souvenirs hebdomadaires de cette immense et auguste bibliothèque où les hauts nuages participaient soudain à l’atmosphère d’ombre des chercheurs. Parfois Foucault de biais, Perec aux périodiques… Peut-être suis-je le seul de ma génération (et de la X) à avoir vécu quatre années d’immersion à Paris et Chatou… Habité par ce nom de philosophie entre le monde des artistes « actuels » et des Américains (écrivains, jazzmen) qui poursuivaient la tradition des années 1920. Shakespeare & Co, l’écho atlantique. Pas touristes; la pauvreté étudiante engendre du sens, un tempo de découvertes… Lire, aimer, ruminer, s’émerveiller, tendre les oreilles, dévorer les frontières. Aujourd’hui j’apprends encore. Ne savais pas qu’il y avait un salon Louis XV dans les bâtiments Richelieu. Souvenir canadien : quand le feu est à la maison, on ne s’occupe pas des écuries qui brûlent outre-mer! Qui parlait donc cheval?… Ne savais pas que le cœur organique de Voltaire étouffait dans une cassette au pied de sa statue, à l’entrée. N’ai jamais apprécié le culte des reliques, saints ou thaumaturges. En ces temps-là, j’étais comme un discret cavalier dans les tempêtes de la Révolution tranquille et de l’après Mai ‘68… Je traquais le mot assez banal de réflexion, rêvais à une vaste herméneutique sous la coupole de la bibliothèque Richelieu. Vagabondages pour une dé-rive radicale avec un drive ingénu. Direction encore inconnue. J’avais 28 ans.

Un jour, je suis retourné à Paris avec ma fille, été 1987. Appartement d’un ami diplomate, loué jadis par Anne Hébert, lointaine cousine acadienne, et qui donnait sur la place Saint-Sulpice. J’étais assommé par de très longues recensions de nouveautés (recension, art oublié, impensé), j’avais fouillé les blessures de guerre, l’ombilic américain de Derrida qui n’intéressait personne; je cherchais désespérément une structure conceptuelle pour mes débordants filons sur l’exotisme de l’Amérique française et l’affaire Guibord (un refus de sépulture). Vivement la vacance[1].

Onze derniers jours réservés à un voyage, seul, à pied et sur le pouce, pas d’appareil photo. J’avais lu le très émouvant récit de Stevenson, Travels with a Donkey in the Cevennes dans une vieille édition victorienne… Parti de La Chaise-Dieu, salle de la fameuse Danse macabre du XVe siècle. Voilà, toute hiérarchie sociale aplanie par la finitude mortelle. Exorcisme. En route vers l’Ardèche, imprégné de visu du vocabulaire des guides, sols volcaniques, villages improbables… Sixième journée, un « événement ». À la sortie du Thueyts, un puisatier m’a laissé à Mézilhac, paysage tourmenté en altitude. Fatigué, pieds endoloris, me suis endormi sous un bosquet. Soudain réveillé avec un sentiment d’étrangeté. Pas même dans un futur comme Rip Van Winkle mais HORS DU TEMPS… De quoi ma pensée fait-elle partie, à quel puzzle mon travail fou peut-il s’intégrer ou non? « Seul au monde », suspendu au rien, seul avec ces questions. Quelques cyclistes au loin, une espèce de bruant, l’implacable décor géologique me coinçait à vif. Et le Gerbier de Jonc à dix kilomètres, la source de la Loire. Pas voulu y jeter un œil, « il y a d’autres sources ». Repris la route vers l’étroite vallée…  Le destin a voulu que le dernier long lift fut le préfet de la région et son épouse, au nom de Guérin; avons discuté de Pascal, philosophie allemande, soudain il s’est mis à discourir pompeusement sur les Aryens, la race française, etc. Interloqué. Suis débarqué à Vichy où ils allaient déjeuner. Merci. N’ai pas voulu visiter à cause des fantômes de la Collaboration. En boitillant, me suis rendu à la gare.

Je n’ai rapporté aucun livre de Paris. Qu’un mot nouveau, fascia. Inflammation du fascia plantaire! Et, passant devant le château natal de Lafayette (Chavaniac), le pilote de chez Renaud m’a appris que la devise du marquis était Cur Non? Pourquoi pas? (rires communs)… Repos forcé. « La géologie nous rend orphelins », phrase qui me trottait dans la tête, je ne sais d’où. Puis j’ai repris le collier Amérique française et affaire Guibord. Surtout poursuivi mes explorations du 45e parallèle, cette frontière surimposée, non-naturelle, toujours aussi poreuse depuis des siècles (bi-refuges, exode, contrebande), pourtours du lac Champlain et du lac Memphrémagog où l’on peut ressentir la wilderness du XVIIe siècle quand on perd son chemin au crépuscule. Heidegger germanique et le Rhin, Rorty en son virage, une déontologie de la note infra-paginale, les six conférences de Emerson à Montréal au marché Bonsecours, « eminently a free-thinker »[2]. Pèlerinage à la maison de William James à Chocorua (White Mountains, NH) où il est mort une semaine après son retour d’Europe via Québec, – lui contemporain de Nietzsche, tempéraments anti-philosophie. Jusqu’à Martha’s Vineyard au soleil de l’inépuisable et rusé Moby Dick… Le vertige des fuseaux horaires ne saurait occulter la phénoménologie des vestiges. Pressentant que dans le voisinage atlantique, la déclivité historiale nord-sud est plus propice à la créativité que l’assomption fantasmatique ouest-est. Sans doute une expérience-limite : dépossession de l’Europe oblige… Puis « l’exil » et la simplicité volontaire près du mont Yamaska, champs de maïs, vergers, un club de deltaplane et des urubus à tête rouge. Question de pouvoir poursuivre mon enseignement oral et public et faire de la contrebande d’oxygène tous azimuts. J’avais 48 ans.

Aujourd’hui, trente ans après une espèce de révélation sur le plateau bosselé de Mézilhac, je comprends que s’orienter dans la pensée, c’est aussi s’orienter dans l’impensé de chaque Zeitgeist ou climat discursif. Rien de nébuleux. Tout fut écrit, s’inscrit quelque part, signes de pistes ensevelis, stigmates refoulés, caches, restes de passage, mais rien n’est dit encore – encore faut-il ouvrir des brèches, travailler à ses risques et périls, renommer l’histoire et les choses de la vie ordinaire sur le même palimpseste, inventer le lieu de son emplacement infini. Peut-être suis-je le seul de ma génération et des X (et même des millénaires?) à chercher une troisième voie, une tierce-raison, au western quasi-géographique entre philosophie dite analytique (qui s’écrit aussi) et philosophie dite continentale, chacune saturée par l’industrie du savoir universitaire (produits plutôt kitsch en province) qui fait impasse sur l’écriture des corps vivants, non-normée, empirique. Et s’il reste la théorie du récit (narration) à discuter, oublions les colloques subventionnés. « ET TOI, QUE RACONTERAS-TU ALORS? » Penser ex-orbitant, re-naissant : exigence de son propre rapport aux vérités. À bien des égards, le retour d’Europe a conservé toute l’ardeur de sa jeunesse; la carcasse à cailloux rebondit à chaque année et il turbine à chaque saison. Malgré la Danse des mortalités autour de lui. La Chaise-Dieu transféré à Ville-Marie, source de la Loire avalée dans l’estuaire du Saint-Laurent…

Ton destin est de raconter ce qui surgit d’un corpus franco-américain, ouvert au monde, insubsumable sous les catégories qui pérorent a priori (France-USA/Canada). Zéro nostalgie.

Ta force est d’enrichir, par tous les moyens possibles, à la fois la « tradition des vaincus » (Walter Benjamin) et l’héritage des esprits libres. Aucun privilège épistémique ou autre, nul honneur personnel.

Écrire croche, pourquoi pas? Avec un coefficient de sens, même idiot (au sens noble). Écartement du compas-langue pour le funambule des combles et un franco-faune errant dans la nouvelle wilderness… Si, au prix d’une effarante dispersion, tes fictions publiques devenaient viscéralement une allégorie de quelque chose ou de toi-même, alors le grand bienfait d’être allégorie, c’est que l’avenir ne t’appartient plus.

Et le Réel passera outre les écritures.

 

 

ÉCOMUSÉE DES GLYPHES ET DES GLOSES

 

(aux membres de La Traversée…)

 

All truths wait in all things,
The insignificant is as big to me as any,
What is less or more than a touch?
Logic and sermons never convince,
The damps of the night drives deeper in my soul.
Only what proves itself to every man and woman is so.
I am an acme of things accomplished, and I an encloser of things to be.

Walt WHITMAN, Leaves of Grass. En 1880, après Thoreau et Melville en voyage de noces à Montréal et Québec, le barde a fait un voyage à partir des chutes de Niagara jusqu’au fjord du Saguenay, « this fascinating savage river », s’émerveillant des caps Éternité et Trinité; « If Europe and Asia had them », on les chanterait partout. William Carlos Williams, futur auteur de Paterson, va réitérer le geste nordique en s’embarquant à Montréal sur le SS North Voyager jusqu’à Havre Saint-Pierre et Terre-Neuve, 1930.

 

Je ne dois être ni berger, ni fossoyeur.
Je ne veux plus désormais parler à la foule.
C’est au créateur, au moissonneur, à celui qui célèbre des fêtes
que je veux me joindre :
c’est l’arc-en-ciel que je veux leur montrer
et tous les échelons qui mènent au surhumain.

Friedrich NIETZSCHE, Ainsi parlait Zarathoustra, version découpée. Itinérant sans domicile fixe, philosophe marcheur, c’est dans la haute région de l’Engadine (Suisse) qu’il a entendu la voix/voie de Zarathoustra. Inventeur de l’expression « nomadisme intellectuel » (geistige Nomadenthum).

 

Et nous guiderons l’ardoise dure
Là où l’indiquera la voix.
Je brise la nuit, craie brûlante,
Pour le glyphe dur de l’instant,
Je troque le bruit pour le chant des flèches
Et l’ordre pour l’outarde coléreuse.

Ossip MANDELSTAM, La Pierre – souvenirs lointains avec ardoise, rue Hochelaga, et au Jardin d’enfance tenu par les Sœurs de la Providence

 

Moi.
Dans le cirque du froid sans profil mutilé.
Peau sèche de raisin neutre, amiante du petit jour.
Moi.
Pas de siècle nouveau ni récente lumière.
Rien qu’un cheval bleu et un petit matin.

Federico GARCÍA LORCA, Le poète à New York, avec un séjour au chalet de Philip Cummings, lac Eden (Vermont), à 20 milles de la frontière canadienne…

 

Clump of images which could be put in the hollow of a shell.
I see Montcalm dying. And Canada, except for the Eastern sliver,
will be English — worst luck for us.
How is it that I visualize a huge bird perched on his shoulder?
Whence this bird of ill omen?
Perhaps it is the same bird caught in the netting over the cradle
in which lay the infant James Ensor.
At any rate, large as life and dominating the infinitude in my imaginary.
Woeful impression.

Henry MILLER, The Books in my Life, 
version découpée. Les deux titres originaux proposés par Miller étaient The Quick and the Dead ou The Plains of Abraham. L’éditeur a refusé. Henry a peut-être lu l’historien Francis Parkman aux toilettes.

 

Je suis l’âme errante.
Le temps est taquin parce qu’il faut que toute chose arrive à son heure.
Le rose est mieux que le noir, mais les deux s’accordent.
Tu écriras un roman sur moi. Je t’assure.
Je veux toucher la sérénité d’un doigt mouillé de larmes.
Ne pas alourdir ses pensées du poids de ses souliers.

NADJA alias Léona Delcourt souvent rencontrée au bar La Nouvelle France, in André BRETON, Nadja. Réfugié à New York pendant la guerre, Breton a séjourné en Gaspésie en 1944 avec sa nouvelle muse Elisa Claro. Anachronismes et « empreinte profonde des mœurs » d’une Nouvelle-France. Rocher Percé, Mélusine, résistance, cf. Arcane 17. Plus tard, il dira de la peinture de Riopelle, « l’art d’un trappeur supérieur », ajoutant que si les Indiens pouvaient voir, ils « seraient de nouveau chez eux »!


Notes

[1] Sur l’état d’esprit de cette année charnière (parmi d’autres), cf. RH, « Fracture endo-coloniale. Autour d’un anniversaire et de quelques identités », Petite revue de philosophie, XI (1989), pp. 63-83; publié sans les quinze notes infrapaginales, à la demande expresse de la direction. Premier texte de philosophie dédié à la race canine, « pour Maskou, chien du Labrador » et l’incipit s’ouvre sur une tempête de neige. J’avais alors un projet sur l’histoire de ce météore universel en philosophie…

[2] Je signale ici la nouvelle traduction annotée et commentée de Emerson par Pierre Monette, Le scholar américain (1837), Montréal, Triptyque, 2013. Premier ouvrage qui m’est dédié, avec une dédicace personnelle : « …cette conclusion d’une aventure merveilleuse commencée à la lecture de ton “Penser l’Amérique en philosophie”… » Fort ému dans le silence de la vallée du Saint-Laurent. Sa courageuse trilogie nord-américaine (Révolution, St. John de Crèvecœur, Mont-Royal) demeure encore méconnue.

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Boucles II (archives franginales)

Par Robert Hébert

quand! comment!

rien n’interdit de penser

le désert américain et l’hinterland de l’Europe

frange d’une enclave, l’écume

violence-alpha, nations-Léviathans

l’énigme d’un ornement

tierce-culture démultipliant les tiers inclus

chatoiement de glottes

aux incalculables festivals

jogging non-euclidien à Montréal

le corps seul

témoigne

 

 

quand! comment!

entre le trop oral et le mal écrit

rien n’interdit de penser

l’espace à chaud d’un collège

la froide topologie universitaire

diamaîtriser l’inaccompli, rayonner librement

inquiétude-oméga

chercheur et témoin, tu t’exposes

bienvenue à tous

qui ne risque rien n’a pas la consolation

de sa propre

béance

 

 

quand! comment!

cette lumière

interférences, interférez

chameau sera devenu lion combatif

rien n’interdit de penser

l’enfant créateur de son ultime frange

le jeu hors-jeu, hors-placebo

nuages humanoïdes avec horloges à quartz

éros fonde connaissance

jusqu’à l’éblouissant burn-in

seul l’amour

demeure

 

« Boucles II », texte qui devait clore L’homme habite aussi les franges, Montréal, Liber, 2003 : retiré par l’éditeur avec l’accord de l’auteur…

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Prologue aux nouvelles clameurs

Par Robert M. Hébert | texte d’abord publié sur le site web de l’Onoups en avril 2014

Le 6 et 7 septembre 2013 a eu lieu à l’Institut-Goethe de Montréal un déambulatoire réunissant le théâtre et l’installation vidéo : « Berlin appelle » créé par Daniel Brière et Évelyne de la Chenelière. Avec Catherine de Léan et Marc Fortier au piano sur des textes de Daniel, Évelyne et moi-même. Voici entre autres le Prologue qui fut joué-récité par Catherine de Léan.

« Frère Jacques, frère Jacques, dormez-vous? »

Comptine, thème de la marche funèbre de Gus Mahler,
Symphonie no 1, troisième mouvement.

 

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Crédit photo © Marie-Hélène Tremblay, tirée de « Berlin appelle : La ville est une scène » par Lucie Renaud, Jeu : revue de théâtre

Au commencement, la terre était tohu et bohu,
tohu-bohu.
L’esprit du Ptérodactylus planait sur les ténèbres,
sur la soupe primitive
et les eaux de l’inconscience.
Le Ptérodactylus créa l’homme à son image,
et lui prêta l’usage de la parole…
L’Homme se mit à parler, à projeter des blocs de sons,
à s’adresser au ciel.
Grande énigme que l’air de ses deux poumons
traversant une bouche, la sienne.

 

Entre jours et nuits, une poussière d’étoiles avait composé
la pierre, le bois, la délicate cire,
le papyrus, les peaux animales.
Tant de supports-surfaces.
Et la main de l’homme traça enfin les lettres de l’alphabet.
Sidérante naissance de l’Homo scribens.

 

Nous, Ubiquistes du millénaire,
ubiquistes sans cloison,
nous aimons la première lettre A.
Ah! plaisirs, jouissances et douleurs partout,
l’admiration…, le chagrin…, l’impatience…, la surprise…,
ah! perplexité,
Ha! ha! mise en garde. Achtung!
A, l’écho des affects qui font tourner le sang.
L’ABC-daire résumerait la grande aventure de l’homme
avec tous ses accidents de parcours.

 

Im Anfang war die Tat.
Au commencement était l’action.
Finie la grisaille des théories, le papier,
la bibliothèque, les grognement d’un chien,
Faust découvre l’action mais il doit faire un pacte
avec un Méphisto fêlé.

 

Au commencement fut la langue du IIIe Reich,
celle qui a déformé, perverti les mots, euphémisé,
celle qui a « pris soin » (betreuen) des nuisibles et indésirables
en les accompagnant jusqu’à leur destruction…
Puis un jour, des décombres,
malgré tous les coincements de tous les murs,
surgit un Joseph Beuys.
aouou! le compagnon coyote
et qui? une Nina Hagen punkette.

 

Au commencement il n’y a rien du Tout à venir.
Il y a la nuit des temps, le sexe,
une guerre mondiale, l’action déjà là.
Une folie historique précède chaque naissance
et le fœtus entend.

 

Au commencement il y a des points de départ,
un littoral, la rumeur des rêves,
les chances d’une aventure dans un monde indéterminé,
le suspens océanique.
Puis l’embouchure d’un fleuve,
Amerika, Amerika!

 

À la fin demeurera le catalogue de toutes les mémoires,
suppliques passées,
axes d’actions à venir, prévisibles.
La terre ne sera pas moins tohu et bohu,
tohu-bohu,
soupe autrement primitive.

 

Dans un univers où la poussière d’étoiles n’aurait composé
aucun être de conscience,
la philosophie ne s’enseignerait pas :
il faut un soleil spécial,
des hommes et des femmes,
une blessure de sang, une lésion d’humanité
pour que le philosophe interroge
tout ce qui arrive, alles was der Fall ist.
Ah!.. mais on n’interroge qu’avec le langage, mes amis :
arêtes, cendres de livres
enfoncées dans l’œsophage.

 

Mesdames et Messieurs,
meine Damen und Herren,
entrez dans le labyrinthe du Goethe-Institut.
C’est le clapotis,
l’étrange clameur des Ubiquistes;
l’ubiquité est une vertu supérieure de tourisme.
À chacun le clou de sa soirée,
la création de ses quelques lueurs aux fenêtres…
ce seront les clusters de Berlin
ou de Montréal sur la Main.

 

Nouvelles images, nouvelles énigmes ou variables,
une petite avancée parmi les corps,
des corps
sans papiers d’identité,
le parc des fictions.

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Écosophie d’un bye bye, par Monsieur Rhésus, votre facteur de vérité

Par Robert Hébert

« Ce qui est mort ne tombe pas hors du monde. S’il y reste, c’est donc qu’il s’y transforme et s’y résout en ses éléments propres. Or, ces éléments se transforment à leur tour et ne murmurent rien. »

Marcus Aurelius, VIII, 18

Au catalogue des trivialités
on décime des populations entières
on abandonne des millions de cadavres au Congo
minerais maudits dans les gencives
Bataclan, cauchemar extra-musical
après d’autres mégapoles en sang
vingt-sept homicides par jour aux États-uniques
multiplié par six au Brésil
Tupi or not Tupi?
on oublie les osselets dans la gorge
quelques nuits de salive, cyprine et sperme compenseront
on copule, Journée mondiale de l’orgasme
piscines de lait à l’horizon

 

dizaines d’espèces animales disparues, en voie d’extinction
on découvre moult inexistants, démons et merveilles
titis de Milton, éponge carnivore
grenouille costaricaine sosie de Kermit
dendrogramma enigmatica
beautés photogéniques
tout ressurgit de notre abîme d’ignorance
on prophétise sur quelques degrés Celsius
Indifférente, la terre muette procédera, selon
zéro-failles, métamorphoses et tutti quanti
« elle » se fout d’être sauvée par des superego
croûte continentale, fonds marins
la terre est ton cerveau de mémoire stellaire
fissile, recyclable comme papier, putrescent
elle avale sans jamais rien avaliser
te rend à l’incandescence de tes responsabilités
tout nu

 

loi de l’ensevelissement
on découvre une cité antique dans le delta du Nil
on exhume des trésors étrusques
Village des tanneries lui-même écorché, détruit et vroum
si lointaines cavités
apparaît une salamandre géante de Chine
bicentenaire, indifférente aux feux de l’événement
née à la bataille de Waterloo
souvenirs de Fabrice dans La Chartreuse de Parme
1839, année où sont pendus douze Patriotes
légende d’un peuple-salamandre
peau visqueuse, couinements, reliquats d’empires
on a voté pour un Party Libéral de médecins charcuteurs
tradition des vaincus à l’inconscient cadastré, clivés
grosses larmes pour les amphibiens
experts en amphibologie

 

le Dieu mono-fantoche est le mensonge le plus dangereux
peuple élu, histoires de salut, no logo
Tsahal massacre démesurément, superbement
les rabbins pointent leur Torah
cardinaux mâles trônent dans une architecture de vide
djihadistes haïssent à mort, même les ruines
réfugiés coincés entre les vagues de la Méditerranée
et des murs de pays chrétiens
les rats-taupes nus émigreront au Moyen-Orient
nos héros de survivance
ce qui est mortifère ne passe pas hors du monde
mages, amuseurs publics, humanistes, philosophe de service
monnayent, turbinent au genre apocalypse
encore du sens à venir
ah! ma parole, utopissez

 

cosmos, ton esprit libre
au trou noir qui avale une étoile-gibier
escargots nains fantômes dans une grotte de Croatie
totum simul
la terre ne connaît pas de déchets ni le mot détritus
que du détriment humain s’agglutinant aux medias
l’escalade réflexive des artefacts
mais cela est aussi le seul monde
que fera surgir la lumière de chaque matin
hormis la sinistrose?
rester lucide
envers, avec ce qui existe

 

tu cherches la vérité
un nuage de probabilités de mots granulaires
discours second, dérivé, baveux, off-shore
analyses passées de date
les binômes se métamorphoseront encore
fais bouger les lignes du jugement
haute exigence, feu au cul
Monsieur Rhésus écrit avec son sang
celui qui coule dans les veines de tous et toutes
lape l’écume des statistiques et de la poésie
vis ce que tu enseignes
puis tu disparaîtras
glyphes, turbulences, signes, générosité
comme sur une toile de Tobey
le bord de décembre

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Hospitalité ou le contre-don des savoirs

Par Robert Hébert | ce texte est aussi disponible en format pdf

Voici le texte revu d’une expérience foisonnante, en partie ratée, publié dans le collectif dirigé par Marc Chabot et André Vidricaire, Objets pour la philosophie. Nationalisme, prostitution, syndicalisme, etc…, coll. « Indiscipline », Québec, Éditions Pantoute, 1983. Le motif étant la tenue à Montréal d’un congrès mondial de philosophie, le texte tirait aussi certaines conséquences – sur un mode indiscipliné et ludique – d’une longue recension que j’avais faite des Actes d’un colloque international tenu à Ottawa, cf. RH, « Rationalité-N d’un colloque sur les n rationalités », Philosophiques, VIII (1), 1981, p. 139-148, aujourd’hui accessible en ligne sur Érudit.

HÔTE, HÔTESSE n. — Oste, hoste, XIIe; lat. hospes, -itis.

  1. Personne qui donne l’hospitalité, qui reçoit qqn. V. Amphytrion, maître (de maison).
  2. Personne qui reçoit l’hospitalité (fém. HÔTE). V. invité.

Extrait du Petit Robert

Il pense maintenant sur l’heure, à tout et à rien. Il a conscience de ne signaler que certaines choses, ne donner que certains signes parmi une infinité de signes : ce qui le passionne, les bruits de la ville, les éclats de rire, les formules bien ordonnées qu’il entend autour de lui, et qu’il pourrait reconnaître comme issues de son propre corps. Au demeurant, de quel hôte il est avec ceux qui reçoivent ou s’amènent au miroir hybride de l’autre hôte.

Naguère, il a vécu le plaisir de l’hospitalité sans même le proclamer. Sans apprêt mais aux dépens peut-être de l’événement, aux dépens de la face inexpérimentée et cachée des savoirs. Aujourd’hui l’hôte recycle; il dit toujours le plaisir de l’hospitalité bien sûr, mais pour rendre justice au lignage du temps, aux paysages parfois infernaux de la mémoire, au processus territorial qui additionne, soustrait, divise hommes et femmes par une opération innommée. Penser étant une décision qui déplace du lieu commun de l’abstraction, il n’a d’autre souci que l’évidence, ou cet immédiat qui se donne et contre-donne à la lumière des médiations officielles. L’hôte veut parler de cette unique métaphore qui assure la paix des savoirs : l’hospitalité.

1.

Non, il ne regrette pas ce qu’il a été, ce qu’il est, et il cherche à devenir quotidiennement ce qu’il sera. Le présent brûle, un coup d’envoi dans la bibliothèque de la pensée et de la vie. Tendre la perche ici et là sans trop savoir, paroles hostiles, méfiantes ou généreuses, alliances et bris d’alliances, une histoire que les contemporains n’osent jamais raconter. Étrange tabou. Serait-il invité aux silences d’un arbre généalogique? Pas encore : il est maître de sa survivance sans être despote du dialogue. Fantasme de l’exil? nul. L’exil, c’est tout jugé. Il faut faire sauter les prisons historiques de l’intérieur par une rare dialectique, et lorsqu’on est enchaîné au lieu même qui amène le souvenir des chaînes, transformer tous les protocoles de l’attente et des futurs adieux.

Penser purement, ciseler le signe parmi des énoncés? Une Thèse, un Livre baigné de sagesse et de savoir euphorisant? Quel alibi, quelle traversée dérisoire pour demeurer en retrait alors qu’ici-bas la croyance aux absolus défigure, abîme l’échange, annule, détruit à chaque jour l’infinité géographique du geste. En pleine connaissance de cause, l’hôte désespère de toute architecture, de toute institution qui ne soit pas quelque part une source de malheur. Comme un feu qui dévasterait par surprise. Manœuvrant sans œuvre dans la dissymétrie du savoir et de la vie, vivant tout processus comme un simple laps de temps qui n’épargne en rien les inquiétudes qui l’ont fait apparaître. Du moins pour l’instant. Dans cette désagrégation planétaire, ce pourrissement de la parole autorisée, une seule règle de style s’impose la seconde fois : une seule éthique est praticable : la résistance, comme un ralliement méthodologique à un autre savoir-faire, une autre forme de santé, une autre causalité locale qui ne se manquera pas de devenir conscience de ses captures propres.

Dans le laboratoire lectoriel de la pensée, la matière de tout discours, au masculin et au féminin, relève à ses yeux d’une occupation très humaine. Qui respire, qui saigne et enseigne, qui se hérisse toujours contre une autre pensée et s’achemine de colères en colère (non déclarée) sous le concept, s’affaisse, se reprend à la boue d’origine : le concept de territoire serait-il encore à naître pour être donné depuis longtemps au fil déniant de l’abstraction? Qu’est-ce qui court-circuite l’espace-temps de cette histoire? L’hôte taille dans la chair vive, la sienne, la vôtre, celle des dieux qui demeurent despotes au loin, celle du savoir pressant qui nous aveugle parfois. Il détruit ce passé et cet avenir de silence comme un tas de branches mortes sur son domaine; et de le crier, c’est en faire une nouvelle matière, hybride clair-obscur qui aurait pu ne pas être. Repos en acte, la mémoire de son passé ne pèse plus; elle y frémit comme un tissu de textes signés dans lequel l’hôte retaille sans cesse des raisons, des armes de lumière exigées ad hoc; au besoin s’assure d’une belle folie dont il ne doute plus car à chaque fois la pensée vient à l’heure.

2.

Voilà que l’on annonce la tenue d’un congrès mondial de philosophie dans la métropole. Recevoir pour se donner, enfin. Sans trop savoir dans l’immédiat de quelle dialectique triomphale ce bonheur est issu. Ne signalerait-elle que l’effet dérisoire d’une collectivité qui hier s’activait du malheur de ce qu’elle était, et qui s’active aujourd’hui du bonheur de paraître devant d’autres oreilles et d’autres bouches. Il est sincèrement heureux pour ceux qui décrètent cet événement heureux. Mais il a le pressentiment que certains « anarchéologues » sont au courant du glissement sémantique aussi; qui est maître de quoi? Car au fond le bonheur très québécois en philosophie n’est peut-être que l’extension des figures légendaires que chacun aura inventé un jour, pour exorciser la condamnation collective dont il était lui-même le survivant; relevant le malheur à la pureté d’un archétype, défiguration nécessaire bien qu’elle manquât l’essentiel de la question : le caractère intolérable d’un particularisme de dégradés, marginaux de la culture, glossateurs, inexploiteurs de leur histoire, avec un matériel touristique de neige et de joies latines qui laissaient souvent même les invités de passage sur une faim indescriptible.

Oui, naguère on invoquait les figures légendaires, des idoles pour remplir la bibliothèque imaginaire des idées derrière la tête. Devenez la Sentinelle de votre langue et de votre religion, le Berger de l’être, la Vigile du peuple. Un peu datés. À proximité de l’espace familier, l’Afficheur qui hurle, l’Intrus qui psalmodie avec toul’monde, la Pythie qui signe le manque du savoir mâle. Tout cela le forçait à traduire autrement le règne du pensable, dans une même langue endettée de tous les diphtongues de son arbre généalogique. Peu à peu, l’hôte se fit un devoir d’analyser cette onomastique si étrange dans l’histoire de la mission-pensée pour enfin proposer le philosophe Hybride. Belle ironie des commencements, un cadeau. Le philosophe québécois dans la province de Québec? Un Socrate indigène, hybride. Étrange accumulation de matières hétérogènes, corpus bariolé, extraordinaire et parfois donc décevant potentiel de l’hubris. Qu’appellera-t-il penser, ce philosophe à cheval sur des frontières invisibles? L’excès de la conscience où les sujets parlants se croisent dans leur volonté d’accomplir le règne du raisonnable.

Je existe, enfin : qui vraiment en doutait sans être honteux lui-même ou bridé par le regard d’autrui? Encore fallait-il décrocher des rituels de la réception en racontant une histoire émouvante. Banale sans doute. Je n’est plus une torture, non. Ni un point affolé dans le grouillement d’une sous-humanité déboussolée ou d’un nous forcené et sublimant l’exceptionnelle dénégation de son territoire. À peine une démesure à faire travailler après quelques apprivoisements discrets.

3.

Préparons la table planétaire des diphtongues avec microphones afin de capter la vérité des concepts. Nouveaux fils d’Ariane, matériel inespéré. À devenir l’hôte de l’autre hôte, Je comprend le je grammatical de l’autre hôte. Il veut parler librement de cette unique métaphore qui assure la paix des savoirs. D’ailleurs il a parié sur la transparence du lieu, sur la liberté de s’entendre à travers le dédale des personnages mythiques. Les paris sont ouverts. Cocktail préliminaire, programme, séances plénières, culture européenne, nouveau Monde, affichage de thèses, discussions sans fin. Pourtant l’excès des médiations officielles rend l’hôte songeur. Il ne sait plus ce que l’on appelle réfléchir. Mais il n’a guère le choix; il doit acquiescer à l’hubris collective qu’il porte en lui comme le reflet de tous.

Et lui de se dépenser sur tous les fronts, prenant acte des quatre-murs de telle affirmation, vérifiant sur place les derniers interdits qui résument le passage problématique du particulier à l’universel. Et vice-versa. Sa démarche n’a plus rien à voir avec les anti-philosophies savantes ou lyriques, les néo-marmonnages d’écoles qui dérapent toujours sur des abus de langage occultés, le brouhaha épistémo-mesquin d’une mythologie atlantique qui départage entre une infinité de courants. Quelle analyse spectrale! De quel lieu croit-il donc lui-même parler? L’hybride justifie tous les critères de démarcation parce qu’il habite la démarcation en tant que telle, ce qui la fait être. Et ce sillon parfois receleur de boues guerrières n’empêche nullement que soit lancée l’invitation au dialogue. Ses portes sont ouvertes comme un blanc de mémoire. Ni vrais ennemis ni faux amis à fantasmer; aux époques de crise, les erreurs de perception ne sont pas autrement résumables. L’hôte qui reçoit veut éprouver le seuil de compréhension des multiples discours de la philosophie; il aime les philologues humbles et rieurs, prône le retour aux contours du texte et hop! passons au coup de dé. Ni la poésie ni les sciences pures qui le hantent encore et dont il fait la promotion inconditionnelle ne lui paraissent devoir résoudre à tout prix la recherche du terme. Toute recherche, interminable. Disparaîtrait alors le principe même de leurs émeutes, l’histoire de leur avènement et de leur mobilité essentiellement « croche ».

Resterait-il donc à fonder une dialectique de la captivité où le secret de la dette deviendrait la seule formule chanceuse du créateur? en dernier ressort, le signe de sa liberté? Oui, si on le veut. N’est-ce pas là depuis l’aube de la pensée grecque l’énigme d’une discipline? Retrouver derrière le bruit local des insectes les dialogues tissés serrés (insipides ou brillants) qui ouvrent la conversation socratique de l’avenir, le dialogue de l’Apologiste et de l’Insipiens qui se convertira peut-être en jour en prosélyte, la dialectique classique du Maître et du Valet, la cage tournante du Débiteur devant son Créancier au cœur du judéo-christianisme ou le catalogue des doublets opposés sur la table occidentale des valeurs. Inavouables blessures. À l’hôtel-dieu de la souveraineté, où les philosophes tant nomades que sédentaires se croisent ensemble sous les voûtes neuves d’un palais, vive par conséquent la dialectique de l’Hôte et de l’autre Hôte. Nous existe enfin; qui vraiment en doutait aux petites créances de la culture? L’histoire d’un mot tiendrait-elle à la répétition rapide d’une diphtongue sur un territoire donné? « ohé-ohé » au commencement d’un cumul fondateur?

4.

Quelle vérité simple et terrible à la fois : il faut quelque chose plutôt que rien pour qu’autre chose se légitime de ne pas être rien. La question du territoire universel et lisible ne se résume-t-elle pas dans cette étrange compensation, la loi langagière du talion : œil pour œil, autre texte pour texte, dans l’enclave pour l’enclave. Relevée enfin la consigne du silence. L’hôte hybride peut désormais connaître le principe de sa différence. Il n’a qu’à traduire le savoir un jour violent de l’autre hôte également hybride et lui-même un jour convalescent.

L’hôte distribue alors à tous cette richesse commune, le patrimoine d’une dialectique à la forme si particulière. Il s’entretient avec ses contemporains du travail qui l’a ravagé, et dont il comprend ici-maintenant tous les mécanismes possibles d’invention. L’un et l’autre hôtes laissant en gage les transferts analogiques d’une culture grâce auxquels l’un reconnaîtra l’autre, et pourront échanger à travers les mêmes paysages d’été et d’hiver, les mêmes hôtels sans âme, le même laboratoire lectoriel des idées, les mêmes déplacements souterrains d’un texte à chaque fois démultipliable. L’un et l’autre pris en otage par le signifié captivant et prestigieux de la raison, chacun captif du savoir-faire et de la même humanité collusive de l’autre hôte.

5.

Mais il faut se faire à l’idée : un colloque international, un congrès mondial ne durera pas éternellement. Merci bis, de grâce, je vous en prie, adieu. Si rien ne peut s’accomplir en fait hors d’un espace architectural approprié, quelle est cette « raison d’être » enclose au centre-ville d’une île? L’hôte vit la suspension quotidienne de la pensée. Il demeure bêtement là : aucune solennité, ses os pensent mais ne souffrent plus. Il lui a fallu un long cheminement « croche » et laborieux pour en arriver à ce précieux non-savoir : la richesse de l’information matinale, le repos des sens où tout est promis à nouveau, pour quelques instants. Car faut-il le dévoiler : les figures de la civilisation ne sortent jamais intactes de leurs tenants, leur manque, et elles n’aboutissent que pour être immédiatement annulées, détruites au jour le jour. Se donner des idées n’accomplit pas le règne de l’idée, à peine les rituels civils du raisonnable. Bienheureuse captivité qui ne règle rien, c’est jugé.

Dire alors ses préférences telles qu’elles apparaissent au hasard ce matin-là, sur la table. Nulle prétention. Un écureuil s’agite sur une branche devant la fenêtre. Débordement de signes parmi les musiques, vision d’ensemble, l’excédent frontalier d’une même histoire de désir. Comprendre. Un Vocabulaire des institutions indo-européennes ouvert aux catégories hostiles-amicales et glorieuses de l’économie, quelques pages des Ennéades de Plotin traduites par un journaliste irlandais, la photocopie d’un « Proème à la philosophie contemporaine : suicide ou reviviscence » du philosophe québécois Roland Houde – notre déclaration d’indépendance oubliée dans des Proceedings américains –, un traité sur le calcul et la théorie des probabilités, les lettres lumineuses de Maïakovski à Lili Brik, Spinoza toujours, l’Essai sur le don de Mauss et la coquille vieille de 33 ans des « trapeurs canadiens français du début du XIXe siècle » (ch. II, sec. III), pot de thé pour la santé, tabacs, codes civils à comparer, une pile de Devoir barbouillés, annotés, déchirés, répertoires de feuilles volantes, mille et un objets atomiques, et pour une enfant, Monsieur Jean-Jules qui prend la courte échelle pour obtenir « la distinction suprême de la philosophie mondiale » avant de s’endormir sur ses deux oreilles. Bien entendu, la philosophie est la science du sommeil.

L’hôte ne souffre plus des échanges inégaux, de l’infiniment possible abandonné. Dévoiler, laisser une signature de vie, s’exposer lui suffisent. De toute façon rien ne se perdra. Il devient l’étranger de passage qui raconte aux civils une histoire (oubliée) qui se gagne à chaque instant; au besoin laissera en gage un texte qui doit tout et rien au colloque anticipé des autres hôtes. Polyvalent, il reçoit et donne des idées à l’occasion d’un étrange rituel que peuvent saisir au vol toutes les consciences philosophiques habituées aux compensations les plus discrètes. Donne-moi l’idiome de ta langue, je le recyclerai comme une idée traditionnelle, et vice-versa si les vents nous sont favorables. Dis-moi que tu improvises à partir d’une posture instrumentale par toi innommée, et je te dirai que je le savais. Nous pourrons jouer ensemble. Donne-moi l’arrière-pays livresque du savoir qui m’instruit, et je t’échangerai les prodromes du savoir que je construis en silence; avec un supplément de colères que tu pourras contresigner comme tiennes. Si tu es libre évidemment, si tu peux parler en ton nom propre car nous savons tous les deux que les dieux n’existent pas. Aucune solitude à décontracter la transcendance, il nous reste les lois de l’hospitalité.

6.

Captant l’espace-temps d’une rencontre, l’hôte entre ainsi en communication avec tous de par cette réserve que chaque hôte doit se donner pour bénéficier de la transparence de l’autre hôte. Car le plaisir de l’hôte repose sur la transparence de l’autre hôte. Pouvant se taire par souveraineté unique mais sans jamais perdre l’usage de la parole, gagnant peut-être du temps pour d’autres générations qui devront faire œuvre de leur art, il ne veut plus vivre autrement cette contradiction d’être philosophe sans origine, ici philosophe québécois – toponyme ultime grâce auquel il peut désormais inventer et s’inventer, sur l’heure.

Nota bene

Le canevas de cette contribution ethno-philosophique est littéralement donné par les notes de Paul Chamberland dans « Dire ce que je suis », Parti Pris (II, mars 1965), numéro spécial « Pour la littérature québécoise » avec des textes de Gaston Miron et Jacques Brault. Quelques équivalences et analogies compensatoires y furent donc travaillées, réfléchies. L’hôte se réserve le droit d’expliquer ailleurs les fondements théoriques de cette expérience en rien singulière qui consiste à se traduire dans le temps d’une même langue, sur un autre registre que celui des poètes ou des hommes d’État, accroché donc hors du territoire fondateur.

Écrit à l’occasion et en hommage aux participants du XVIIe Congrès mondial de philosophie qui se tiendra à Montréal, au mois d’août 1983, sur le thème « Philosophe et culture ». Soulignant que cette même année marque le 30e anniversaire de L’Inquiétude humaine de Jacques Lavigne, publié à Paris; le 10e anniversaire de L’Hiver de force du silencieux Réjean Ducharme. Et au hasard dans la vie de l’hôte-auteur, le 20e de ses études collégiales en philosophie.

Offert par conséquent à Pierre Saby, c.s.v., théologien et philosophe ouvert aux penseurs laïcs, aujourd’hui en Haïti; Jacques Heyen, scholar belge aux entrelacs savants, lecteur un jour de Léopold Senghor; Robert Belisle, interprète durant la guerre américano-japonaise et théoricien des civilisations; Yvon Préfontaine, c.s.v., mathématicien, directeur des Jongleurs de la Gamme Joseph Mignolet, dramaturge belge, lecteur de Bataille, Wittgenstein, Stefan Zweig et acteur du Neveu de Rameau; enfin Claude Touchette, historien, disciple voilé de Maurice Séguin. À mes professeurs, infinie reconnaissance…

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Wilderness, Nouvelle-France, Canucks et anciens rivaux, ou Les peurs de Lovecraft

Par Robert Hébert, Montréal

In the forest warfare of skirmish and surprise there were few to match the habitant.

Parkman, The Old Régime in Canada, une lecture de HPL

J’ai lu Lovecraft dans mon adolescence sans vraiment accrocher (peut-être avais-je beaucoup lu Poe) et le genre horreur/surnaturel ne m’a jamais vraiment parlé, l’innommable toujours prévisible me semblant relever d’une rhétorique saturée. Mais c’est au milieu des années 1980 que j’ai retrouvé HPL dans mes folles recherches (philosophiques) sur l’exotisme de l’Amérique française, grâce à l’ouvrage édité par Sprague de Camp, To Quebec and the Stars (1976). J’ai passé toute une journée à la bibliothèque McClennan de l’université McGill à lire cette collection de textes et d’articles de HPL (observations astronomiques et littéraires) et surtout le radical « Confession of Unfaith », « Nietzsche and Realism » sans oublier ses élucubrations (précoces) sur la suprématie de la race teutonne et l’impardonnable guerre fratricide entre l’Allemagne et l’Angleterre en 1915. Strange indeed!

HP2« A Description of the Town of Quebeck, in New France ». Il s’agit de son voyage à l’été 1930. Fasciné par ce site unique, l’architecture, citadelle, fortifications, clochers d’églises papistes, les divers labyrinthes, le coup d’œil somptueux : une extase, « un conte de fées » qui n’aurait d’équivalent que Charleston (Caroline du Sud). Intuition du voyageur : le passé est réel, il n’y a rien d’autre; « continuité d’ambiance » et nul besoin des locals sinon comme figurants s’agitant dans le décor. À ce point séduit, l’arpenteur et archi-rêveur est revenu en 1932 et 1933.

Ce travelogue est précédé d’une histoire de la Nouvelle-France et du Canada sous le règne de Sa Majesté britannique. Le sous-texte est évidemment la wilderness, les innombrables guerres dans la sombre forêt primitive, le souvenir du massacre de Deerfield, la proximité des Français avec les Indiens, indigne et outrageant pour les Puritains qui voyaient le Diable partout[1], l’éloge de la tâche herculéenne du général Wolfe, gloire « de l’Angleterre et de l’humanité ». Le tout émaillé de God save the King! Flash soudain. Il ne faudrait jamais oublier que les Français, les sauvages alliés et les créoles ont été en Nouvelle-Angleterre (et malgré leur petit nombre) les proto-Aliens, raffinés certes, parfois émanations de la Bête de l’Apocalypse. Qui sait, d’anciens Great Ones qui dormaient dans l’imaginaire de l’auteur? Lovecraft, puritain athée amateur de folklore et de sciences, et loyaliste horrifié par la brutale modernité USA. Qu’est-ce que ce gothique très américain? « Sentient blackness and grotesque » qui se développera tous azimuts : la peur de l’inconnu, avec des entités maléfiques ou dégénérées qui s’agitent quelque part, indifférentes, ou qui menacent d’envahir. Mais ceci est une autre histoire…

Pendant vingt-cinq ans j’ai oublié les monstres d’Innsmouth, les murmures et les murs cyclopéens, cultes horribles et cités interdites, devinant par ailleurs l’hallucinante industrie du faire-peur cosmique (cinéma, jeux vidéo, BD)… Et puis il y a quelques années, plus précisément pendant le printemps Érable ou Charivari 2012, j’ai trouvé par hasard à la librairie The Word un exemplaire souligné de Houellebecq, Contre le monde, contre la vie (2005) avec une préface de Stephen King. Texte qui cherche à comprendre de front le racisme « créatif », la haine raciale de Lovecraft que l’on pourrait sans doute autrement déchiffrer dans la spatialisation même de sa fiction; moult monstres tapis à travers le paysage familier ou un cosmos mythifié dont le protagoniste est très souvent la victime. Je me suis demandé à quoi le « reclus de Providence » pouvait bien cauchemarder ou ruminer sur son oreiller à propos des Canadiens français en Nouvelle-Angleterre, ce que l’on appelle l’exode.

H._P._Lovecraft,_June_1934C’est à travers une gigantesque correspondance (plus de 70 000 lettres) que travaille le racisme viscéral de HPL : sorte de jérémiade puritaine et de preaching (sans Dieu) au cercle des amis. Horreur de la proximité avec l’Étranger (au pire, le métissage) et crainte de l’invasion déjà en marche… Entre les negroes mi-gorilles, les Juifs, les mongoloïdes dégoûtants de New York Babylone, les Portugais simiesques, entendez « the clamorous plague of French Canadians » (lettre du 6 juillet 1926). Cependant ici et là les Canucks de la Nouvelle-Angleterre bénéficient d’un statut spécial qui reflète moins l’ambivalence de HPL – l’héritage teutonique et l’Anglo-Saxondom doivent prédominer – que la « rivalité mimétique » entre deux peuples voués à deux Empires. Je laisse au lecteur le soin de savourer ce morceau qui renvoie indirectement à « Description of the Town of Quebeck, in New France », dans une longue lettre du 8 novembre 1933 (in Selected Letters IV (1932-1934), Arkham House, 1976); il pense ici aux foreign islands de Woonsocket et Fall River, villes consacrées à l’industrie textile :

I criticise not Mr. Bernard Kopp-Davis – nor Sig. Giambattista Scagnamiglio nor M. Napoleon-Francois Laliberte – but merely the condition brought about by a reductio ad absurdum of the flabby idealism of the “melting pot” fallacy. Within the lifetime of people now middle-aged, the general tone of our northern cities has so changed that they no longer seem like home to their own inhabitants. Providence is something of an exception because of the continued pure-Yankeedom of the residence section atop the hill – but the downtown business section shews all the stigmata of Latin mongrelisation… Italian & Portuguese faces everywhere. One has to get down to Richmond to find a town which really feels like home – where the average person one meets looks like one, has the same type of feelings & recollections, & reacts approximately the same to the same stimuli. The loss of a collective life – of a sharing of common traditions & memories & experiences – is the curse of the heterogeneous northeast today. There is no real solution […] I’d hardly advocate Nazi tactics, but I certainly would welcome a greater assertiveness & independence among the native stock.

These Rhode Island French fight like hell whenever any attempt is made to deracinate them or to substitute English for French in their parochial schools. In other local foreign colonies one sees a gradual Americanisation – a younger generation speaking English, & a falling off of ancestral ways – but nothing of that pervades these French centres. The French newspapers continue to flourish, & every parent strives to keep his children true to La Tradition. It is really ironic to reflect that – despite all the utterly alien blood which has been dumped on New England – the one really persistent foreign challenge should come from none other than our oldest & most historic rival – the Frenchman of the North against whose menace old Cotton Mather thundered his Catonian invectives from Boston pulpits in the 1680’s. Did Wolfe fall in vain? Today, just as old Cotton feared, the spires & syllables of France rise thickly from the banks of New England’s rivers! But much as I hate any foreign influence, I’m damned if I don’t admire those tough little frog-eaters for their unbreakable tenacity! You can’t make a dent in them! They’ll probably still be French, albeit on alien soil, years after we are hopelessly Italianated or Portuguesed or Yiddified or Polacked in our own back yards! If they’d only lend us a little of their guts, I wouldn’t begrudge them the New England towns they’ve overrun! Shake, Pierre mon frère! You may be a rival, but you’re nobody’s football!

J’inscris désormais ce passage dans mon Amérique française devant l’opinion étrangère 1756-1960 (Hexagone, 1989). D’ailleurs cet ouvrage, je l’appellerais aujourd’hui mon « Franconomicon », ce kaléidoscope des démons et merveilles, mythes et jugements ambivalents dont on n’a pas encore tiré, je le crains, toutes les conséquences… Une autre sorte de Necronomicon, cet improbable grimoire qui circule dans l’œuvre de HPL. Penser Lovecraft, c’est s’immerger dans les forêts primitives (ou la jungle : urbanisation, colour-line, immigration, nativisme) de l’inconscient américain entre les deux Guerres… Quant à l’homme de lettres, la créature HPL a vécu et meurt dans la pauvreté au printemps 1937. Un adolescent de 15 ans baptisé Jean-Louis Lebris de Kerouac pratique intensément le football à son école à Lowell, Mass. Vingt ans plus tard paraitra un récit au titre whitmanien On the Road. Non pas en franco-grenouille mais en anglo-américain jazzé. Mais ceci est une autre histoire…

Post-scriptum. J’offre cette note indigène à François Bon, maître d’œuvre d’un nouveau site consacré à l’auteur-culte au destin protéiforme, The Lovecraft Monument. Une première dans l’Hexagone. Expéditions dans le futur d’un imaginaire passé, nouvelles grilles de lecture, un euro-twist critique? En tout cas, de nouvelles traductions promises aux éditions du Seuil (poche-papier) pour l’année 2015.

[1] Lovecraft mentionne Cotton Mather et Magnalia Christi Americana (1702) qui faisait partie de sa bibliothèque. Sur l’équation Canada-Babylone, les Puritains de la génération des années décisives 1750 (la French and indian war…), les métamorphoses littéraires et sociales du pattern, cf. Sacvan Bercovitch, montréalais d’origine, The American Jeremiad, Madison, University of Wisconsin Press, 1978.

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Nelligan’s Fate after Finnegan’s Wake et vice-versa

(A wrench in progress/ Clé anglaise au travail)

Par Robert M. Hébert

À Cecilia Sullivan et Jacob Hebert, encanteur (auctioneer)
enterrés au vieux cimetière de Shédiac, N.-B.

Here comes everybody

Ici tout le monde entre
Auberge aux miroirs infinis
Bar ouvert aux glottes, sans peine
Hod, cement and edifices revampés
Qui dort ne dînera pas au repas eucharistique des langues
C’est l’étrange clameur des Ubiquistes
le clapotis du Vaisseau d’or, les clusters de Berlin ou Dublin
Mutatis mutandis, muons-nous les uns les autres
La tête dans les nuages, sky is the limit
Dublin sur le 53e parallèle
plus haut que le cratère de Manicouagan, « l’œil du Québec »
parfois de la neige et de la grêle
Heinz cans everywhere
mais l’affaire n’est jamais ketchup, mes amis
Peaufinons donc Finnegan again

 

Pour toi, Jean sur le go, pilote de brousse
et grand marcheur des Amériques
Homo canadensis erectus
Pour vous fleurs de dédale, Nathalys et Lotte
au charmant knacklaut, amoureuses du petit rêveur Léolo
Home cured emigrants
Pour toi, Marco la Couenne
ophtalmologue et Juif athée au pays des aveugles
Hush! Caution! Echoland!
Contre les hallucinations, du calme
échographiez d’abord vos terreurs et vos préjugés
Hostages and Co, Engineers, Pierre s’exclame
auto-cobaye et ingénieur
bidouilleur de sons nouveaux
Haunting crevices of Eros, Phanie sourit
Que le feu le plus intense s’empare de nos entrailles
de nos cœurs et nos cerveaux

 

Enfin pour toi Julien, inquiet et candide
étudiant de vérités philosophiques
qui joue aux dominos avec les clones de Wittgenstein
au royaume insulaire du nonsense
Hegel’s churned excrescences
Heidegger en chansons, extra!
Dogmes hautains et croyances aux enchères
Hardest crux ever
À vendre, toute vérité se vend, s’achète, se négocie et s’use
Qui dit mieux? Who will raise the stakes?
Qui va hausser le creux des ébats?

 

Time-outre

Nouveaux T-shirts alphabet
abcdefghijklm NO PQ rstuvwxyz
Bouvard et Pécuchet recopiaient les archives
Buvard et PQ trébuchent, s’effacent, trépassent
mais sans q pas de Queneau, Québec, quark ou queen
History, climate and entertainment
hochet des cauchemars qui ennuient
« ah! comme la neige a neigé »
spasmes au show-business permanent
pauvres rires, da capo
P. and Q., the peach of all piedom, the quest of all quicks
peur de la question vive
paix par le quantum ou le quant-à-soi
Have we cherished such expectations?
Peequeens ourselves, les beaux cornichons dans la saumure
a mari usque ad mare

 

How comes ever a body

Entendez jouir chacun de tous les corps, oui
TNT de aaah!… jusqu’à zzzz
Nous Ubiquistes du millénaire, Ubiquistes sans cloison
nous aimons toutes les lettres de l’abécédaire
highly charged with electronic meanings
Zarathoustra dansant sur un air de zydeco dans les bayous
et tralala à l’ombre d’un urubu
transportant un serpent mocassin
ZUP et ZEC, les priorités a priori conforts hétérogènes ou forêts érogènes?
L’air est plein de moustiques et les maringouins de sang
zeugma

 

J’ai erré à Dublin au siècle dernier
de la bibliothèques du Trinity College
aux quais le long de la Liffey, fleuve rêvé
Heroticisms, catastrophes and eccentricities
À toi le barman qui m’a parlé du roi Heber
From the butts of Heber and Heremon, nolens volens
brood our pansies
couve nos pensées, broie le noir de nos violettes cuculées
À toi Louis Wolfson, étudiant de langues schizo
rivé aux franco-ondes courtes de Radio-Canada
photo avec walkman à Montréal
t’aurais-je donc croisé un jour?
À chacun son yiddish
À la belle Acadienne de la poissonnerie Waldman
qui chantait « in the buginning was my upheaval »
sur un air de Tom Waits
Homards cuits dans les eaux d’un tintamarre
et merci à tous les anonymes H. C. Earwickwed qui travaillent
avec leurs deux marteaux, enclumes, étriers

 

Happinest childher everwere

Ici tout le monde engendre
Vivre-ensemble, mission accomplie
Tête dans les nuages, en semblant dionysiaque
Habituals conspicuously emergent
Aux rejetons virtuels de David Nelligan et Émilie-Amanda Hudon
les folleries de Ducharme alias Roch Plante
insecte apache à l’ombre d’un prix Nobel
Finnelligans, Funnelliguns, réveillez-vous!
Canon et cheminée à cracher le feu de vos résonances
hop! les cerfs-volants évoluent
« Hénaurme » cyber-écologie
Sphinx assassin? pharynx rédempteur
Télé-amitiés entre toutes les langues, tanguons
l’empire assommant-assumé de l’équivoque, du nez qui voque
puis Phonelligone
with the wind

 

Note

BloomplaqueÉcrit à l’occasion d’un évènement intitulé « La tête dans les nuages » sur la performativité du vivre-ensemble. Texte non lu, publié ici en ce jour du Bloomsday, 110 après la journée à Dublin de Leopold Bloom et Stephen Dedalus. Ce texte s’ajoute aux monologues écrits pour le déambulatoire « Berlin appelle » créé par Daniel Brière et Évelyne de la Chenelière au Goethe-Institut, les 6 et 7 septembre 2013. On peut lire le « Prologue aux nouvelles clameurs » sur le site web de l’Onoups.

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