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Quelques références sur la traduction chez Cassin et Badiou

Par René Lemieux, Montréal

Barbara Cassin est philologue et philosophe, directrice de recherches au CNRS. Elle contribue à la réflexion sur la traduction, notamment avec le travail énorme qu’a pu représenter le Vocabulaire européen des philosophies (aussi appelé le Dictionnaire des intraduisibles, Seuil/Le Robert, 2004). Sa perspective sur la traduction, qu’elle considère possible à partir des «intraduisibles», c’est-à-dire des concepts compréhensibles en langue, pourrait se rapprocher du perspectivisme nietzschéen. Sa collaboration avec Alain Badiou – qui a pour sa part une conception diamétralement opposée quant à la traduction – a donné plusieurs livres écrits en commun, mais aussi une collection de livres bilingues au Seuil qui offre de petits ouvrages classiques des sciences humaines dans leur langue d’origine, accompagnés en regard d’une nouvelle traduction.

Pour comprendre leur différence sur la langue philosophique – l’ontologie est-elle pensable à l’extérieur de la langue (Badiou) ou est-elle le résultat de la force locutoire (Cassin) –, on pourra consulter un échange filmé à la Librairie Tropiques (Paris) en sept parties (1, 2, 3, 4, et la période de questions: 5, 6 et 7) sur la publication récente à l’époque de Heidegger. Le nazisme, les femmes, la philosophie et de Il n’y a pas de rapport sexuel. Deux leçons sur «L’étourdit» de Lacan (Fayard, 2010). Dans la deuxième partie, on commence à discuter de traduction et Badiou y cite notamment le passage sur le bas-breton du Discours de la méthode de Descartes:

I’estimois fort l’Eloquence, & i’estois amoureux de la Poësie ; mais ie pensois que l’vne & l’autre estoient des dons de l’esprit, plutost que des fruits de l’estude. Ceux qui ont le raisonnement le plus fort, & qui digerent le mieux leurs pensées, affin de les rendre claires & intelligibles, peuuent tousiours le mieux persuader ce qu’ils proposent, encore qu’ils ne parlassent que bas Breton, & qu’ils n’eussent iamais apris de Rhetorique. Et ceux qui ont les inuentions les plus agreables, & qui les sçauent exprimer auec le plus d’ornement & de douceur, ne lairroient pas d’estre les meilleurs Poëtes, encore que l’art Poëtique leur fust inconnu.

La discussion continue dans la troisième partie et reprend dans la période de débats avec le public avec la question du concept et le problème de sa formulation en langue.

 

Autres références

Une conférence filmée sur la traduction telle que conceptualisée par Barbara Cassin est disponible en ligne: «Relativité de la traduction et relativisme» (le texte est aussi disponible en ligne ainsi que le débat dans le cadre du colloque dans lequel la conférence a été prononcée). Un entretien de Cassin où est discutée la question de la traduction est aussi disponible sur le site de France Culture.

Alain Badiou, qui est aussi dramaturge, a traduit/adapté la République de Platon. Il a expliqué sa démarche à France Culture: «3 – Lire et réécrire Platon» (dans le cadre d’une semaine qui lui était dédiée, pour les autres jours, voir: «1 – Métaphysique du multiple», «2 – Philosophie et théâtre», «4 – Penser l’universel»). On pourra écouter une adaptation radiophonique de cette traduction sur France Culture, en cinq parties: 1, 2, 3, 4 et 5. Cette traduction/adaptation, dans laquelle on peut lire une adaptation de l’allégorie de la caverne avec l’image contemporaine de la salle de cinéma, a été fortement critiquée. On pourra lire à ce propos les commentaires de Nestor Romero sur Rue 89, Robert Maggiori dans Libération, Florence Dupont dans Le Monde, Daniel Salvatore Schiffer dans Le Point et Jean-Clet Martin sur son carnet en réponse à Schiffer.

Ce billet a d’abord été publié sur le site du Laboratoire de résistance sémiotique.

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