Archives de Tag: États généraux sur l’éducation

L’amnistie générale pour les étudiants inculpés

Par Simon Lefranc | Cégep Saint-Laurent

Le Québec vient de traverser six mois de mobilisation étudiante et citoyenne ayant pour but de bloquer la hausse des droits de scolarité. Comme vous le savez, les « carrés rouges » ont eu gain de cause, car le Parti québécois a décidé d’annuler la hausse par décret.

Durant le conflit, plusieurs étudiants ont été arrêtés, lors de manifestations qui furent déclarées illégales en vertu de la loi 12, une loi qui n’est plus en vigueur. Certaines de ces amendes dépassent la hausse des droits de scolarité qu’ils ont combattue. Durant ces manifestations, nous avons été témoins de casseurs faisant des actes condamnables comme lancer des projectiles sur des policiers et briser des vitrines, mais nous avons aussi vu des policiers anti-émeute donner des coups de matraque au visage de personnes innocentes, des arrestations de masse, des policiers refusant de décliner leur matricule, l’escouade urbaine donner des coups de poing de manière totalement gratuite.

Les policiers ne seront pas traduits en justice ou, même s’ils sont jugés, ce sera par des policiers et aucun d’eux ne s’exposera à des amendes et encore moins à une perte de salaire. Nous avons donc là deux poids, deux mesures. Nous croyons donc que l’amnistie générale devrait être accordée aux étudiants, et ce, pour plusieurs raisons.

Records de contestations

Des accusations criminelles peuvent amener un dossier/casier judiciaire qui serait néfaste pour la future carrière des étudiants. Un casier judiciaire empêche de pouvoir faire partie d’un ordre professionnel, ce qui veut dire par exemple qu’ils ne pourront plus être : infirmier, avocat, ingénieur, médecin… Le Québec va donc manquer de travailleurs dans des domaines qui en ont vraiment besoin.

Nous assistons en ce moment à des records de contestations en ce qui concerne les amendes pour excès de vitesse. Ajoutons à cela les quelque 4000 contraventions qui ont été données lors des manifestations étudiantes en plus de la norme des tickets contestés chaque année, cela donne un système judiciaire pris à la gorge. Il serait donc normal de le désengorger en annulant les amendes aux inculpés et en retirant les accusations criminelles.

Ceux qui sont contre l’amnistie générale diront que les manifestations ont coûté 15 millions de dollars en heures supplémentaires pour le SPVM et qu’il ne faudrait pas répercuter la facture aux contribuables qui n’avaient rien à faire avec ce conflit.

Nous en convenons : le peuple n’a pas à payer pour les décisions douteuses/coûteuses du SPVM (faire sortir un camion d’anti-émeute tous les soirs même si certaines manifestations ne comportaient qu’une trentaine de manifestants), mais ce à quoi ces braves gens n’ont pas pensé, c’est que les contestations coûteront très cher à l’État, car les mineurs et les étudiants pauvres auront tous le droit à l’aide juridique qui est financée par l’entremise des taxes et des impôts.

Engorgement des tribunaux

Une surutilisation de l’aide juridique (qui coûtera nettement plus cher que les amendes) amènera des hausses de taxes qui seront payées par les contribuables, ce qui, évidemment, n’est pas dans l’intérêt de tous. Si le gouvernement n’applique pas l’amnistie générale, les étudiants qui contesteront leurs amendes se présenteront en cour vers la fin de l’année 2013.

Les policiers seront appelés à témoigner. Dans la majorité des cas, ils ne se présenteront même pas. S’ils se présentent, ils ne pourront avoir de souvenirs assez précis des incidents et leurs témoignages perdront toute crédibilité aux yeux du juge lors d’un contre-interrogatoire. La grande majorité des étudiants vont donc finir par être déclarés non coupables lors de cas par cas. C’est comme une amnistie générale, mais en plus long et en plus coûteux pour l’État.

Dans le cas peu probable où tous les étudiants seraient déclarés coupables et obligés de payer leurs amendes, les parents des mineurs devront la payer pour eux ou le jeune sera condamné à des travaux communautaires. Dans le cas des jeunes qui ont plus de 18 ans, soit la majorité des accusés, ils ne pourront pas payer un montant aussi élevé, même en négociant et en étalant leur amende sur plusieurs mois.

Coûts plus élevés

Qu’est-ce que l’État devra faire pour récupérer l’argent? Envoyer des huissiers? Les étudiants n’ont pas grand-chose dans leur appartement pour rembourser (mis à part leur iPhone…). N’oublions pas que les huissiers seront payés par les taxes et les impôts. Que faut-il faire d’abord? Mettre les étudiants en prison? Les prisons sont déjà surchargées et nous avons la conviction que la place d’un étudiant est à l’école et non derrière les barreaux. D’ailleurs, un prisonnier coûte plus cher qu’un étudiant.

Pour conclure, nous tenons à rappeler l’Article 2 de la Charte canadienne des droits et libertés concernant le droit de manifester et que toute cause pour l’éducation est noble. C’est aussi notre conviction et nous ne croyons pas que l’on doit punir ceux qui l’ont défendue. Oui à l’amnistie générale.

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Que peut-on attendre des États généraux sur l’éducation?

Dans la continuité de l’appel de textes sur « La politique de l’université », le blog de la revue Trahir veut savoir ce que ses lecteurs pensent des États généraux sur l’éducation – présenté comme un « forum » – du gouvernement Marois. La grève étudiante n’a certainement pas épuisé toutes les questions sur l’enseignement supérieur que ses acteurs se posent depuis de nombreuses années. C’est peut-être exactement l’inverse qui s’est produit: toutes les questions sur l’institution se sont résumées à celles sur son financement, et une dichotomie s’est construite entre d’une part les « étudiants » et de l’autre les « contribuables », ce qui a eu pour effet d’empêcher une véritable problématisation de l’éducation supérieure au Québec.

Nous voudrions, avec nos lecteurs, entamer un dialogue sur ce qui, jusqu’à maintenant, est resté ignoré, tant du côté du gouvernement que des associations étudiantes. Quels devrait être les enjeux discutés lors des États généraux? Quels intervenants devraient y être invités? Peut-on être optimiste sur ce nouveau lieu de débat? Ce lieu saura-t-il être adéquat pour tenir ce dialogue? Devrait-on penser à investir d’autres lieux? Allons-nous y perdre notre temps?

Toute contribution (entre 400 et 1500 mots) sera évaluée par notre comité de lecture. Contactez-nous!

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Lettre ouverte à Yves Boisvert à propos de la fin de la grève étudiante

Par Annie Dulong | Montréal, 21 septembre 2012

En réponse à «Les lendemains de la « victoire » étudiante», chronique de Yves Boisvert

Monsieur,

Peut-être n’avez vous pas compris le sens de la lutte menée par les étudiants: ils sont, déjà, de plus en plus nombreux à avoir à dépendre des banques alimentaires et des prêts des banques (en plus de leurs prêts étudiants) pour réussir à vivre quelque part tout près du seuil de pauvreté. Les bonifications du système des prêts et bourses, utilisées par le gouvernement Charest pour tenter de faire avaler la pilule d’une augmentation de 82%, ne correspondent en fait qu’à des mesures déjà demandées depuis fort longtemps, bien avant la hausse. À aucun moment les étudiants ont-ils dit qu’ils ne voulaient pas payer. Ils ont plutôt dit, et très sagement d’ailleurs, qu’ils voulaient payer après: pas en enrichissant les banques, seules bénéficiaires des intérêts des prêts de l’Aide financière aux études, mais en remboursant le gouvernement, sous la forme d’une «taxe» à l’éducation. Voilà le sens de la gratuité qui vous fait si peur. Je n’aurais aucun problème, par exemple, à devoir, pendant 5 ans, payer cette taxe sur mon revenu de diplômée (disons 4%) qui finirait par couvrir amplement les coûts réels de ma formation, et nous serait retourné à tous, collectivement. Beaucoup plus efficace et rentable, d’ailleurs, que de maintenir des générations d’étudiants dans la pauvreté, et de les grever ensuite pendant qu’ils remboursent, durant 15 ans, leurs prêts étudiants à coup de 500$/mois. Vous avez déjà essayé d’avoir une vie vaguement normale d’adulte diplômé quand vous avez déjà 500$ par mois à rembourser, et ce, sans compter vos prêts à la banque, le loyer, etc.? Ça ne fait pas des étudiants de grands consommateurs, donc ils paient moins de taxes, donc ils rapportent moins! Je ne suis pas économiste, mais même la littéraire que je suis voit le problème! Les nouveaux médecins et ingénieurs, dont la formation coûte diablement plus cher que celle des littéraires, philosophes, etc., et qui bénéficieront d’un excellent salaire dès leur sortie de l’université, paieraient le même pourcentage, et rembourseraient davantage. Difficile de trouver des torts à cette solution qui assurerait une plus grande accessibilité aux études supérieures, peu importe le revenu familial, la classe sociale, la formation, etc., tout en créant un fonds pour l’éducation des générations futures et en finançant directement le gouvernement et les universités, au lieu d’enrichir toujours plus les banques.

Et si, après tout cela, on se mettait en fait à parler d’autres manières de financer l’éducation? Et si on sortait de nos chemins habituels qui consistent à en demander toujours plus aux plus pauvres? Voilà le sens de la démarche des étudiants et de tous ceux qui, depuis 6 mois, ont marché avec eux. Voilà l’orientation, aussi, que voudront suggérer les étudiants lors des états généraux.

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