Archives de Tag: hausse des droits de scolarité

Appel à contributions: Dossier « Penser en grève »

Le 13 février dernier a marqué le premier anniversaire du déclenchement de la grève générale illimitée de 2012. Celle-ci a donné, continue et continuera probablement à donner lieu à la composition d’une quantité étonnante d’énoncés. À titre d’exemple, le blog de la revue Trahir, qui fêtera son premier anniversaire le 29 février prochain, a publié quelque 40 billets directement sur la grève étudiante (52 pour la hausse des droits de scolarité). L’ensemble des énoncés produits – écrits, dits, mais aussi pensés – est strictement innombrable.

Photo © Raphaël Ouellet

Chose remarquable, plusieurs de ces énoncés démontrent une réflexivité certaine, une attention aiguë aux conditions de la pensée, du discours, de l’écriture et de la mise en image. Dans Trahir, par exemple, dès le 2 mars 2012, un billet s’intéressait au rôle des « histoires personnelles d’étudiantes et d’étudiants » dans la couverture médiatique des événements. Depuis cette date, plusieurs livres ont été publiés au sujet de la grève. Un long-métrage documentaire est maintenant disponible en ligne. On peut croire que quelques thèses s’écrivent déjà… Nombre des énoncés produits ont contribué, contribuent ou contribueront à penser la grève. Toutefois, plusieurs autres ont semblé, semblent ou sembleront tenir de la non pensée. Qu’est-ce qui distingue ces deux séries d’énoncés? Que veut dire penser la grève?

Trahir invite les contributions qui cherchent à penser les rapports entre la grève et la pensée, au passé, au présent ou au futur. Qu’a pu vouloir dire penser en grève, penser la grève en train de se faire? Puis penser la grève passée? Peut-on envisager de se remettre, de repenser – sinon de repasser – en « mode grève »?

Toute contribution (entre 400 et 1500 mots) sera évaluée par notre comité de lecture. Contactez-nous!

Textes disponibles:

Simon Labrecque, « Comment vous êtes, toi et tes journées? » Penser et panser ameuté, février 2013.

René Lemieux, Usage des mots-clés reliés à la grève étudiante sur Trahir: méta-analyse objectivée d’un métadiscours subjectif, février 2013.

Responsable : Simon Labrecque | Université de Victoria

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Réponse à mes critiques – retour sur les caricatures de Ygreck

Par René Lemieux | Université du Québec à Montréal

Mon texte sur la caricature de Gabriel Nadeau-Dubois en Ben Laden, par Ygreck – publié en avril 2012 – semble avoir une seconde vie depuis ce matin, alors que le caricaturiste Ygreck s’en moque sur son profil Facebook. Je voudrais rectifier quelques éléments, après avoir reçu plusieurs commentaires négatifs.

D’abord, la raison pour laquelle j’ai réagi à la caricature, n’était pas pour défendre Gabriel Nadeau-Dubois – c’est là vraiment le moindre de mes soucis. C’est un problème – au risque de paraître « intello » – d’ordre sémantique. Quand Ygreck a publié sa caricature, on l’a tout de suite jugé d’un point de vue moral : « Est-il allé trop loin? » C’est la question que plusieurs commentateurs ont posée. Ce n’était pas la mienne.

Ensuite, on a fait un rapport entre la caricature de Ygreck et celle de Beaudet publiée quelques jours auparavant – toujours sur le plan moral. Je n’étais pas le premier à faire le parallèle, c’est justement pour répondre à ce parallèle que j’ai écrit le texte.

La question que je me suis posée c’est À quoi peut-on reconnaître une caricature? Je propose une thèse, elle est peut-être erronée – si c’est le cas, je suis le premier à vouloir le savoir –, mais c’est à cette thèse que j’estime qu’on devrait me répondre, je la paraphrase : il y a caricature lorsque deux séries divergentes de signification se télescopent l’une dans l’autre et, ce faisant, crée un effet humoristique. En d’autres termes, le caricaturiste est celui qui maîtrise les rapports de contextualisation et de décontextualisation d’éléments tirés du quotidien afin de montrer un nouveau « visage » de l’actualité. Si j’avais à rapprocher le caricaturiste d’une autre profession, je ne le mettrais pas vis-à-vis de l’humoriste, mais de l’éditorialiste ou du chroniqueur : j’estime à ce point le caricaturiste qu’il est, à mes yeux, celui qui peut nous décrire le contemporain souvent de manière beaucoup plus intelligente que bien des éditorialistes (en fait, de tous les éditorialistes). Que Ygreck n’ait rien compris à cela, peut-être est-ce dû à mon langage trop « intello ». Mais j’opte pour un second choix : il n’a tout simplement aucune idée de ce que signifie sa profession, de son importance pour le discours politique, mais aussi de ses ressources pour faire réfléchir son lectorat.

Dernier détail, vers la fin du texte, j’introduis une idée qui n’est pas nécessairement liée à la question de la caricature, une idée que j’essaie depuis longtemps de développer : À quoi pourrait-on reconnaître un argument qui s’élèverait au-dessus d’une économie du discours dialogique strictement conflictuelle. En d’autres mots : peut-on sortir d’un débat d’idées (ou d’un conflit social) autrement que par le moyen de la force (violence physique) ou du partage des voix grâce à un vote (violence symbolique). Je ne suis pas très original là-dessus, c’était déjà la question de Platon au IVe siècle avant J.-C. (ce côté idéaliste qui ne me lâche pas). Ce que je constate, toutefois, c’est que, lorsqu’il y a énonciation d’un argument ou d’une proposition (de l’ordre du discours ou du visuel – et la caricature est une proposition), lorsqu’on peut l’inverser en gardant intacts les éléments constitutifs de l’argument ou de la proposition, on demeure dans le domaine du dialogue de sourds dont la seule issue est une forme plus ou moins assumée de la violence. Le mot « inversion » est probablement erroné, j’aurais dû écrire « réversibilité ». Si on avait pris la peine de me lire un peu plus finement, on aurait pu voir là (on encore s’en servir comme) une critique des « deux » discours en cause lors de la grève étudiante : d’un côté on nous disait qu’il était juste d’augmenter les droits de scolarité, parce que c’est à l’étudiant d’investir dans l’éducation, de l’autre qu’il était injuste d’augmenter les droits de scolarité, parce que c’est à la société d’investir dans l’éducation. Mais qu’est-ce que la « justice »? comme disait l’autre. Pendant près de six mois, on n’a fait que renverser l’argumentaire de l’autre, et ce, au prix d’un appauvrissement du discours (tout discours qui n’allait ni d’un côté ni de l’autre était exclu, inaudible). C’est la question que je voulais poser, et, très sincèrement, je ne pense pas que, collectivement, nous ayons encore trouvé de réponse.

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Un symbole n’est pas tout: impressions d’un carré rouge devant ses semblables londoniens

Par Jean François Bissonnette, Londres, 21 novembre 2012

Deux ans après que le gouvernement de Sa Majesté ait décidé de tripler les frais de scolarité universitaires, faisant passer ceux-ci à un plafond de 9000 livres sterling par année, les étudiants britanniques s’étaient donné rendez-vous, en ce jour, afin de faire entendre à nouveau leur voix. À l’appel de la National Union of Students, une manifestation de grande ampleur devait se tenir au centre de Londres afin de réitérer l’opposition des étudiants aux coupures affectant l’éducation, mais aussi afin de dénoncer le manque de perspectives d’avenir, notamment professionnel, pour cette génération destinée à vivre sous le signe de l’endettement et de l’austérité budgétaire.

Fut-ce la froide pluie de novembre qui découragea les marcheurs, ou le souvenir des manifestations passablement violentes de 2010 qui n’avaient pas su faire reculer le gouvernement? On annonçait des dizaines de milliers de participants pour cette journée nationale d’action, ils ne furent guère que deux ou trois mille à battre le pavé. Pour le carré rouge qu’est l’auteur de ces lignes, encore grisé de l’effervescence du printemps dernier, la faible mobilisation dont témoigne la Demo 2012 londonienne a de quoi étonner, alors qu’il faut se le dire, la situation des étudiants britanniques paraît bien pire que la nôtre.

À l’automne de 2010, une série de manifestations importantes, couplées à quelques occupations de campus, avaient bien tenté, mais sans succès, de bloquer la hausse décidée par le gouvernement de coalition conservateur/libéral-démocrate. Celle-ci suivait les recommandations du rapport Browne que l’ancien gouvernement travailliste avait mandaté, ce même gouvernement dit de la « troisième voie » qui, douze ans plus tôt, avait mis fin à la gratuité des études universitaires. À ceux pour qui une hausse ponctuelle, même modeste, des frais de scolarité évoque une pente glissante, l’exemple du Royaume-Uni apporte une stupéfiante confirmation.

Voilà de quoi se réjouir une nouvelle fois d’avoir réussi, chez nous, à triompher du gouvernement Charest sur cette question de la hausse des frais de scolarité. Or, il appert que notre victoire a eu l’heur d’inspirer un regain de combativité chez les étudiants britanniques, qui, bien que sortis en petit nombre, étaient fort nombreux à arborer ce même carré rouge qui fait encore notre fierté. Deux casseroles étaient même de la partie, c’est tout dire. On ne peut manquer d’être un peu surpris de cette diffusion des symboles de notre lutte, depuis ce coin passablement périphérique du système-monde qu’est le nôtre jusqu’à cette ancienne métropole impériale. C’est sans doute que notre lutte est aussi la leur, et vice-versa.

Notre « printemps érable » paraît exercer ici une véritable fascination. On se souviendra peut-être qu’un article paru dans The Guardian en mai dernier voyait en notre mouvement quelque chose comme le fer de lance de l’opposition au néolibéralisme en Amérique du Nord. Dans la même veine, à la mi-octobre, une conférence intitulée « Lessons from Quebec » s’était tenue à King’s College dans l’idée d’importer l’« esprit » du Maple Spring dans les rues de Londres. Fondée en 2010, une organisation d’étudiants et de travailleurs unis dans la lutte contre l’austérité, la National Campaign Against Fees and Cuts, semble avoir adopté le carré rouge comme symbole officiel, et ponctue son appel à manifester à nouveau le 5 décembre prochain de la désormais classique photo prise du haut du viaduc surplombant Berri sur Sherbrooke. Cette renommée du « printemps érable » en est venue à prendre une tournure carrément légendaire, alors que le Socialist Party appelant lui aussi à manifester, vantait l’« inspirant exemple des 500 000 étudiants et travailleurs marchant ensemble au Québec », ce qui dépasse de loin nos propres estimations déjà surfaites de l’ampleur de nos manifs.

Or, un symbole n’est pas tout. S’ils n’étaient que deux ou trois mille à défiler aujourd’hui, c’est peut-être aussi du fait des conditions tactiques qui rendent possible ou non un soulèvement comme le nôtre. Pour des raisons que l’on s’explique mal, il ne semble pas de tradition, en Angleterre, que les étudiants fassent grève. La manifestation et l’occupation prolongée de locaux ou de bâtiments sur les campus universitaires composent apparemment l’essentiel des moyens dont ceux-ci disposent pour se faire entendre. Alors qu’il est maintenant question, au Québec, d’accorder formellement un droit de grève aux étudiants pour mieux « encadrer » celui-ci, il importe de soupeser l’incomparable effet de levier que cette tactique procure lorsque vient le temps de faire sortir les étudiants dans la rue.

Autre différence non moins importante, le mouvement étudiant québécois, malgré ses divisions internes, a su conserver un front uni face à un gouvernement arrogant et inflexible, et il faut encore ici apprécier l’avantage que ceci nous a donné. À l’inverse, nos confrères et consœurs britanniques semblent en proie à de profondes dissensions. Si la NUS se targue de représenter 95% des étudiants du pays, celle-ci se voit critiquée pour son caractère « bureaucratique » et pour le « carriérisme » dont feraient preuve ses officiers, futurs cadres du Labour, ce qui n’est pas sans rappeler de semblables reproches adressés à nos fédérations universitaire et collégiale.

S’il existe une frange radicale parmi les étudiants britanniques, celle-là même qui avait occupé et saccagé le quartier général du Parti conservateur en marge d’une manifestation organisée en novembre 2010, celle-ci ne paraît pas posséder de véritable relais institutionnel. Au contraire, par son ancrage dans les associations locales, la CLASSE a su, quant à elle, donner au mouvement québécois une impulsion décisive, à laquelle les fédérations plus timorées n’eurent d’autre choix que de se rallier.

La NUS s’est fait vertement fustiger par la NCAFAC pour avoir orienté la manifestation d’aujourd’hui sur un trajet frôlant à peine le Parlement de Westminster, et aboutissant à plusieurs kilomètres des lieux de pouvoir de la capitale, dans un souci délibéré d’éviter de créer trop de « perturbations ». En queue de manifestation, on pouvait entendre des slogans aussi hostiles à l’endroit des « bureaucrates » de la NUS que du Tory scum au pouvoir. Lors du rally clôturant le défilé, à voir le président de la NUS se faire chahuter, lancer des pommes, puis carrément déloger de la scène par une bande d’énervés qui se sont fait huer à leur tour par un parterre d’étudiants transis par la pluie et le vent, on en garde l’impression que les frais de scolarité en Angleterre n’ont pas fini d’augmenter.

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Que peut-on attendre des États généraux sur l’éducation?

Dans la continuité de l’appel de textes sur « La politique de l’université », le blog de la revue Trahir veut savoir ce que ses lecteurs pensent des États généraux sur l’éducation – présenté comme un « forum » – du gouvernement Marois. La grève étudiante n’a certainement pas épuisé toutes les questions sur l’enseignement supérieur que ses acteurs se posent depuis de nombreuses années. C’est peut-être exactement l’inverse qui s’est produit: toutes les questions sur l’institution se sont résumées à celles sur son financement, et une dichotomie s’est construite entre d’une part les « étudiants » et de l’autre les « contribuables », ce qui a eu pour effet d’empêcher une véritable problématisation de l’éducation supérieure au Québec.

Nous voudrions, avec nos lecteurs, entamer un dialogue sur ce qui, jusqu’à maintenant, est resté ignoré, tant du côté du gouvernement que des associations étudiantes. Quels devrait être les enjeux discutés lors des États généraux? Quels intervenants devraient y être invités? Peut-on être optimiste sur ce nouveau lieu de débat? Ce lieu saura-t-il être adéquat pour tenir ce dialogue? Devrait-on penser à investir d’autres lieux? Allons-nous y perdre notre temps?

Toute contribution (entre 400 et 1500 mots) sera évaluée par notre comité de lecture. Contactez-nous!

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Lettre ouverte à Yves Boisvert à propos de la fin de la grève étudiante

Par Annie Dulong | Montréal, 21 septembre 2012

En réponse à «Les lendemains de la « victoire » étudiante», chronique de Yves Boisvert

Monsieur,

Peut-être n’avez vous pas compris le sens de la lutte menée par les étudiants: ils sont, déjà, de plus en plus nombreux à avoir à dépendre des banques alimentaires et des prêts des banques (en plus de leurs prêts étudiants) pour réussir à vivre quelque part tout près du seuil de pauvreté. Les bonifications du système des prêts et bourses, utilisées par le gouvernement Charest pour tenter de faire avaler la pilule d’une augmentation de 82%, ne correspondent en fait qu’à des mesures déjà demandées depuis fort longtemps, bien avant la hausse. À aucun moment les étudiants ont-ils dit qu’ils ne voulaient pas payer. Ils ont plutôt dit, et très sagement d’ailleurs, qu’ils voulaient payer après: pas en enrichissant les banques, seules bénéficiaires des intérêts des prêts de l’Aide financière aux études, mais en remboursant le gouvernement, sous la forme d’une «taxe» à l’éducation. Voilà le sens de la gratuité qui vous fait si peur. Je n’aurais aucun problème, par exemple, à devoir, pendant 5 ans, payer cette taxe sur mon revenu de diplômée (disons 4%) qui finirait par couvrir amplement les coûts réels de ma formation, et nous serait retourné à tous, collectivement. Beaucoup plus efficace et rentable, d’ailleurs, que de maintenir des générations d’étudiants dans la pauvreté, et de les grever ensuite pendant qu’ils remboursent, durant 15 ans, leurs prêts étudiants à coup de 500$/mois. Vous avez déjà essayé d’avoir une vie vaguement normale d’adulte diplômé quand vous avez déjà 500$ par mois à rembourser, et ce, sans compter vos prêts à la banque, le loyer, etc.? Ça ne fait pas des étudiants de grands consommateurs, donc ils paient moins de taxes, donc ils rapportent moins! Je ne suis pas économiste, mais même la littéraire que je suis voit le problème! Les nouveaux médecins et ingénieurs, dont la formation coûte diablement plus cher que celle des littéraires, philosophes, etc., et qui bénéficieront d’un excellent salaire dès leur sortie de l’université, paieraient le même pourcentage, et rembourseraient davantage. Difficile de trouver des torts à cette solution qui assurerait une plus grande accessibilité aux études supérieures, peu importe le revenu familial, la classe sociale, la formation, etc., tout en créant un fonds pour l’éducation des générations futures et en finançant directement le gouvernement et les universités, au lieu d’enrichir toujours plus les banques.

Et si, après tout cela, on se mettait en fait à parler d’autres manières de financer l’éducation? Et si on sortait de nos chemins habituels qui consistent à en demander toujours plus aux plus pauvres? Voilà le sens de la démarche des étudiants et de tous ceux qui, depuis 6 mois, ont marché avec eux. Voilà l’orientation, aussi, que voudront suggérer les étudiants lors des états généraux.

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Classé dans Annie Dulong

L’indifférence est une violence qui frappe plus fort qu’un coup de matraque

Par Isabelle Côté | 11 juin 2012

Suis-je en colère? Oui, sans aucun doute. En fait, j’ai du mal à identifier les émotions et sentiments qui assaillent mon être. C’est un mélange explosif de colère, de déception, de découragement, d’impuissance, de honte, d’inimité, de crainte, de désespoir… Quoi d’autres? J’en ai du mal à trouver les mots.

Avec cette grève étudiante, nous avons assistés à la plus grande mobilisation citoyenne de l’histoire du Québec. Une mobilisation regorgeant d’imagination, de joie, de fierté et d’espoir. Notre jeunesse a su mettre à contribution son intelligence et son imagination de façon à toucher et à sensibiliser une grande partie des Québécois(es). Si bien que 200 000 citoyen(nes) solidaires sont sorti(e)s dans la rue le 22 mars 2012, 300 000 encore le 22 avril, près de 400 000 le 22 mai. Quelle beauté! Mais le gouvernement a fait la sourde oreille et continue à ce jour à faire la sourde oreille (on passera sur les mises en scène de négociations perdues d’avance).

Cela fait aujourd’hui 49 jours que des manifestations nocturnes ont lieu. Des manifestations essentiellement pacifiques. Je suis en mesure de l’affirmer, car j’ai participé au moins au trois quart de celles-ci. Pacifiques, dans la mesure où le SPVM ne s’en mêle pas trop à vrai dire. Quand ils ont commencé à réprimer de façon violente ce mouvement, ils ont contribué à radicaliser un mouvement à la base très pacifique.

Or, cette violence est décriée par des médias complices, non pas des étudiants ou du mouvement, mais de la police politique, c’est-à-dire à la solde de Jean Charest et des intérêts qu’il défend, qui courent dans nos rues depuis plusieurs semaines. Nous ne voyons aucune image dans les médias de masse de la brutalité policière et des arrestations arbitraires qui se produisent quotidiennement, qui sèment la colère ainsi que la révolte qui à leur tour mènent à des émeutes. Mais des images de cette colère et de cette révolte qui se traduisent par des gestes violents émanant d’une minorité, ils nous les tournent en boucle en s’assurant de bien rentrer dans la tête des gens l’idée que le mouvement est violent, extrême, anarchiste, communiste, voire même terroriste.

Je suis de celle qui se fait courir après et qui tente du mieux qu’elle peut d’échapper aux matraques, au poivre et aux gaz, soir après soir. Ceux qui me connaissent savent très bien que je suis pacifique, non-violente et loin d’être une terroriste. Je ne suis qu’une professeure, une mère, une femme, une citoyenne, de plus en plus indignée, qui se soucie de justice sociale, d’équité, de respect des droits et de la démocratie et de l’environnement… Bref qui se soucie de léguer un meilleur avenir à nos enfants. Et en tant que citoyenne, je tente de me faire entendre dans la rue, de la même façon que nos ancêtres ont fait pour gagner nos acquis sociaux. Pourtant, on me coure après sans discrimination. Je dois vous l’avouer, je suis traumatisée. Je n’ai pas d’autres mots pour qualifier ce que je vis depuis des semaines que ceux de terrorisme d’État. Ma vie ne sera plus jamais la même. On parle d’essoufflement du mouvement. Je crois plutôt que certains sont terrorisés et n’osent plus revenir. Et croyez-moi que je les comprends tout-à-fait.

Mais le comble de l’indécence s’est produit cette fin de semaine coïncidant avec les festivités du Grand-Prix. Des gens vêtus de leur plus beaux habits ont voulu profiter de ces festivités. Je ne leur en veux pas du tout et je les comprends. Il m’arrive aussi de sortir de temps en temps et de prendre du bon temps. Mais comment comprendre que certaines de ces personnes ont pu prendre plaisir et se divertir, attablées à leur terrasse, de voir des manifestants se faire violenter par l’anti-émeute présente en nombre disproportionné? Comment comprendre que certaines personnes circulaient à travers toute cette violence comme si rien n’avait lieu, comme si tout était «normal»? N’ont-ils point de capacité d’indignation?

En fait, je le comprends d’une certaine façon et le mets sur le compte de l’individualisme exacerbé qui ronge notre société. Sur l’individualisme dans lequel règne le chacun pour soi, le Me Myself and I, le Je Me Moi. Mais au delà de la théorie, mon coeur à bien du mal à comprendre que l’on puisse à ce point être individualiste. Évidemment, je sais bien que seule ma tête peut comprendre, mais elle ne peut empêcher mon coeur de saigner.

Déjà en 1840, Alexis de Tocqueville, dans De la démocratie en Amérique, mettait en garde contre les dangers du despotisme dans les sociétés démocratiques: «Je veux imaginer sous quels traits nouveaux le despotisme pourrait se produire dans le monde: je vois une foule innombrable d’hommes semblables et égaux qui tournent sans repos sur eux-mêmes pour se procurer de petits et vulgaires plaisirs, dont ils emplissent leur âme. Chacun d’eux, retiré à l’écart, est comme étranger à la destinée de tous les autres: ses enfants et ses amis particuliers forment pour lui toute l’espèce humaine; quant au demeurant de ses concitoyens, il est à côté d’eux, mais il ne les voit pas; il les touche et ne les sent point; il n’existe qu’en lui-même et pour lui seul, et s’il lui reste encore une famille, on peut dire du moins qu’il n’a plus de patrie». Voilà! C’est ce à quoi j’ai assisté médusée cette fin de semaine. L’indifférence est une violence qui frappe plus fort qu’un coup de matraque.

Que l’on soit pour ou contre la grève, pour ou contre la hausse des droits de scolarité, rien ne justifie une telle répression. J’ai honte de certains de mes concitoyens complices par leur silence. Encore heureuse que le reste du monde nous admire.

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Coup de théâtre à Victoriaville

Par Isabelle Côté | 5 mai 2012

Prologue

Quelle désolation que le spectacle d’hier soir [4 mai] à Victoriaville. Je vous imagine assis bien confortablement dans votre salon, au chaud et au sec, plongeant une main dans votre pop corn, et regardant avec effroi et indignation ces images qu’on vous passe en boucle. Hier soir, à Victoriaville, une intifada. Une intifada stratégiquement planifiée.

Acte I – scène 1

Des milliers de citoyen(ne)s réunis sous un air festif dans le stationnement du Wal-Mart de Victoriaville, à quelques mètres de L’hôtel le Victorin où avait lieu le Congrès du PLQ. Ces citoyen(ne)s étaient bien déterminé(e)s à perturber cette réunion regroupant les militants du PLQ. Solidaires, en chantant, ils ont marché d’un pas ferme et résolu vers le lieu de rencontre.

Sur les lieux, des clôtures non solidifiées, plantées stratégiquement là, en attente d’être renversées de façon à fournir une justification pour une intervention bien musclée des forces de l’ordre, de cet Ordre si vénéré. Le résultat ne se fit pas trop attendre. De fait, au bout de plus ou moins 20 minutes, les multiples bombes lacrymogènes pleuvaient littéralement sur la foule constituée d’étudiant(e)s, de citoyen(ne)s tout azimut et de tous âges… De tous âge, oui, car parmi la foule, des vieillards, des enfants et au moins un bébé que j’ai aperçu. Honte à ces forces de l’ordre!

Acte I- scène 2

La foule est indignée et en colère. Avec raison d’ailleurs. Des personnes âgées, mais d’autres plus jeunes aussi, sont grandement incommodées par ces gaz. Heureusement, des gens plus aguerris, majoritairement des membres du black bloc, circulent parmi les gens, leur viennent en aide et les soulagent avec leur mélange de maalox et d’eau qui fait des miracles contre les brûlures aux yeux causées par ces gaz. La foule se disperse, puis revient là où le vent pousse les gaz dans la direction opposée. Entretemps, une dame a reçu une balle de caoutchouc en pleine gueule. Sur une civière, les dents dans les mains, elle fut transportée à l’hôpital en ambulance.

Acte II- scène 1

Une bonne partie de la foule, de plus en plus en colère, finit par se retrouver sur le terrain adjacent de l’hôtel où se tenait le Congrès.  La mise en scène avait été soigneusement mise en place pour une véritable intifada. En effet, le terrain adjacent à l’hôtel en question était nul autre qu’un champs de roches! Un champs de roches! Pffff… Comment ne pas être porté à penser que tout cela n’était pas un hasard? Il nous faut supposer qu’en décidant de tenir son Congrès à cet endroit, le PLQ avait certainement dû faire évaluer l’emplacement, le site, les terrains environnants, etc., par son équipe de sécurité. Nul besoin d’être un expert en stratégie pour le comprendre. Or, ce qui devait arriver arriva donc: les roches se sont mises à pleuvoir sur les agents de l’anti-émeute munis de leur armure. J’observais la scène et me suis dit que ça n’allait pas tarder qu’une formation d’agents de l’anti-émeute allait certainement arriver par l’arrière et ainsi forcer les gens à retourner vers la rue. Mais non! Ils sont restés là pendant plus d’une heure à se faire lancer des roches. Sans blagues! Il urge de remplacer le responsable tactique et stratégique responsable de la sécurité pour cette journée.

Acte II- scène 2

Tout-à-coup, ce policier qui sort de nulle part, seul et sans armure, il se retrouve parmi la foule et se jette sur un manifestant. Mais à quoi donc a-t-il pensé? Peut-être avait-il inhumé trop de ces gaz? Quoiqu’il en soit, c’est à ce moment que plusieurs dizaines de manifestants se sont rués pour venir en aide à ce manifestant et s’en sont pris à ce policier. Un camion de la SQ est arrivé à sa rescousse, roulant à toute vitesse parmi la foule. Scène surréaliste.

Épilogue

Enfin, au terme de tout cela, c’est Jean Charest qui en sort grand gagnant. La manipulation médiatique a certainement bien fait son oeuvre et les méchants étudiants anarchistes et terroristes ont su être dépeints comme extrêmement violents. Alors que Jean Charest, le bon père de famille parvenant avec une main de fer à calmer ces enfants rebelles, va passer pour le héros. Le héros, le grand sauveur qui aura réussi à mettre un terme au chaos, à résoudre ce conflit à la suite de négociations qui tombaient, comme par hasard, juste à point. Bravo M. Charest pour cette extraordinaire mise en scène et cette habile récupération médiatique et politique de l’événement. Bravo! Bravo! Bravo!

Réveillez-vous! Osez la liberté!

Voilà 250 ans, David Hume […] était intrigué par la «facilité avec laquelle les plus nombreux sont gouvernés par quelques-uns, la soumission implicite avec laquelle les hommes abandonnent» leur destin à leurs maîtres. Cela lui paraissait surprenant, car «la force est toujours du côté des gouvernés». Si le peuple s’en rendait compte, il se soulèverait et renverserait ceux qui le dirigent. Il en concluait que l’art du gouvernement est fondé sur le contrôle de l’opinion, principe qui «s’étend aux gouvernements les plus despotiques et les plus militarisés, comme aux plus libres et aux plus populaires» […] Il serait plus exact de dire que plus un gouvernement est «libre et populaire», plus il lui devient nécessaire de s’appuyer sur le contrôle de l’opinion pour veiller à ce qu’on se soumette à lui […]. Le peuple est un «grand animal» qu’il faut dompter, disait Alexander Hamilton — Noam Chomsky, Le profit avant l’homme, 2004.

N.B.: Ce texte ne reflète que ma vision personnelle des événements.

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Appel aux acteurs du milieu des arts – lettre à Christine Saint-Pierre

Nous avons (malheureusement) reçu cet appel trop tard, déjà quelque 2600 personnes ont signé la lettre, Le Devoir du mercredi 13 juin a publié les noms. Nous tenons toutefois à le partager.

Ceci est un appel à tous les acteurs du milieu culturel afin de dire haut et fort et d’une seule voix que la rhétorique de la peur dont use le gouvernement pour justifier de l’usage de la force est dangereux, indigne d’une société démocratique et extrêmement violent. Face aux propos de la ministre de la Culture, qui estimait que le carré rouge est le symbole de la violence et de l’intimidation, nous nous devons de combattre le mépris affiché et persistant de nos représentants politiques vis-à-vis notre intelligence.

Nous attendons des milliers de signatures.

Le délai est court parce que le temps presse.

SVP, envoyez votre nom à lettrealaministre@gmail.com avant mercredi [13 juin 2012].

Nous compilerons les signatures et enverrons la lettre par courriel à la ministre, à l’opposition, à QS ainsi qu’aux principaux quotidiens, hebdomadaires et véhicules d’information pertinents.

Madame Christine Saint-Pierre,
Ministère de la Culture, des Communications et de la Condition féminine
225, Grande Allée Est
Québec (Québec)  G1R 5G5

Madame la ministre,

C’est avec grand désarroi que nous avons pris connaissance des propos que vous avez prononcés ce vendredi 8 juin, propos selon lesquels « nous, on sait ce que ça veut dire le carré rouge, ça veut dire l’intimidation, la violence, ça veut dire aussi le fait qu’on empêche des gens d’aller étudier » (dans Le Nouvelliste et Le Devoir). Nous nous trouvons aujourd’hui dans l’obligation de vous demander de présenter des excuses publiques pour ces propos démagogiques qui tentent de discréditer la légitimité du port du carré rouge et de réduire malhonnêtement le sens qui lui est attaché, méprisant du coup le choix réfléchi et affirmé de très nombreux membres de la communauté artistique québécoise.

Que la ligne de parti vous oblige à une certaine réserve, nous le comprenons, mais que vous prêtiez si facilement votre ministère comme tribune à ce type de propagande alors qu’il est chargé d’administrer et de représenter les intérêts du milieu culturel québécois, nous indigne profondément: vous n’êtes pas sans savoir que la grande majorité des acteurs de ce milieu arborent fièrement le carré rouge. Tout comme le Premier ministre se doit d’être le représentant des intérêts de tout un peuple (chose qui, malheureusement, est actuellement mise en doute au Québec), une ministre de la Culture ne peut se permettre de mépriser les artistes et les travailleu(rs)ses culturel(le)s qui fondent les raisons d’être de son ministère.

Si votre objectif, en stigmatisant la violence associée au mouvement étudiant, est de vous faire du capital politique, nous tenons à vous rappeler que ce genre de stratagème éveille ce qu’il y a de plus boueux dans les consciences, et que de ne pas le savoir est indigne d’une ministre de la Culture. Or ce ne sont pas les voix qui manquent pour relever le sens et le niveau du débat que de toute évidence vous travaillez à abaisser: ces voix constituent le terrain fertile de la culture et viennent précisément de ce pan de la société qui oppose une culture humaniste à cette culture d’entreprise qui violente la libre pensée. Si le seul argument que vous décidez d’opposer à ce schisme idéologique profond est le recours à la peur pour justifier la nécessité du maintien de l’ordre, nous tenons à vous rappeler que ce flirt est extrêmement dangereux, et que dresser les vieux épouvantails de la peur au service de l’ordre rappelle de très mauvais souvenirs d’une histoire pas si lointaine.

Il est plus que temps que vous et les membres de votre parti preniez les responsabilités qui vous incombent en tant que représentants politiques quand vous usez de tels moyens de propagande pour diviser l’opinion publique, en stigmatisant le port du carré rouge comme un geste soutenant la violence. Vous aimez « oublier » que ce mot qui vous vient si fréquemment aux lèvres n’est pas incarné par les centaines de milliers de personnes, étudiants et citoyens qui marchent chaque soir dans nos rues, mais par un corps policier qui multiplie honteusement les gestes de brutalité envers des manifestants pacifiques. Vous aimez « oublier », aussi, que cette violence est celle de vos mots menteurs et méprisants, de votre inaction et de votre irrespect envers une part grandissante de notre population. Ce glissement sémantique témoigne de votre condescendance vis-à-vis de notre intelligence et du peu de respect que vous avez pour les raisons profondes et réfléchies d’arborer ce bout de tissu rouge. Une ministre de la Culture doit savoir faire preuve de discernement et ne pas rater l’occasion d’élever le débat au-dessus de la mêlée. Ce ne fut malheureusement pas le cas ce vendredi 8 juin et nous exigeons des excuses pour ce faux pas qui tente de nous plonger dans une rhétorique de la peur et dénigre par le fait même l’intelligence du milieu culturel et de ses représentants, qu’ils portent ou non le carré rouge. Nous ne pouvons consentir à cet abaissement du débat sur la place publique et cautionner par notre silence vos propos irrespectueux.

En espérant que vos mensonges cesseront rapidement de leurrer notre population, nous signons tous, acteurs et actrices du milieu culturel québécois.

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Rapport de circulation immédiat, 2

Par Simon Labrecque | Université de Victoria

Montréal, dimanche le 10 juin 2012. — « Le dimanche du Grand prix »

Départ : 13:35, Rosemont
Arrivée : 15:35, Rosemont

Objectifs :

  1. Aller y voir une fois de plus.
  2. Aller se faire voir, mais pas trop.

Depuis hier, j’ai lu cet article (qui doit circuler) dans Le Devoir sur l’attention policière accrue portée aux personnes portant un « carré rouge », et sur la « détention préventive et temporaire » de plusieurs.

Dans l’esprit d’une invitation militante à « aller en même temps au Grand Prix », j’entreprends tout de même, et pour une seconde fois, de :

  1. Mettre à l’épreuve la fluidité de la circulation contrôlée dans les transports en commun autour du lieu de « l’événement »; y relever lesdits contrôles; expérimenter les effets de la présence circulante.
  2. Intégrer un flux dirigé sans partager la direction; manifester ce non partage en y faisant autre chose—ici, lire et noter—, dont un titre cherchant à faire problème.

Attirail :

  1. De la guerre (Carl von Clausewitz [éd. abrégée et présentée par Gérard Chaliand; nouvelle trad. par Laurent Murawiec], Éditions Périn, Paris, 2006)
  2. Matériel de notation, dont un petit appareil photographique
  3. Titre de circulation/droit de passage
  4. À noter : aucun « carré rouge » épinglé, soit comme d’ordinaire; je porte toutefois un stylo rouge à la boutonnière (poche de chemise)

Feuille de route :

13:40 Autobus. Place assise. Faible fréquentation.

« Se cramponner à un Absolu, éluder les difficultés d’un trait de plume et s’obstiner en toute rigueur logique à toujours aller vers les extrêmes en y jetant chaque fois toutes ses forces, c’est n’édicter avec son trait de plume qu’une lettre morte, qui ne dit rien au monde réel. » (Clausewitz, p. 42)

J’ai noté depuis ce matin comment les bruits d’avion et ceux s’apparentant à des « explosions » sont remarquables ces jours-ci. Les chocs causés par le freinage de l’autobus sont surprenants selon une modalité similaire.

13:51 Station Joliette. Une voiture du SPVM à l’extérieur.

« Dès que les deux adversaires ne sont plus de purs concepts, mais des États et des gouvernement doués d’individualité, la guerre cesse d’être une idéalité, et devient plutôt le déroulement d’une action qui se développe sous l’effet de ses propres lois. C’est alors la réalité telle qu’elle se présente qui doit livrer les données permettant d’évaluer l’inconnu à venir. » (Clausewitz, p. 45)

13:56 Deux policiers sur le quai (moins que hier).

14:00 Direction Angrignon. Assez populeux. Place debout.

« 16. L’attaque et la défense sont de nature différente et de forces inégales, elles ne sont donc pas des pôles opposés. » (Clausewitz, p. 50)

14:06 Station Berri-UQAM. Aucun policier rencontré sur le quai, ni à l’étage au-dessus. Une dizaine d’agents du SPVM et une dizaine de la STM à l’étage de la rondelle.

14:10 Extérieur de la Grande Bibliothèque. Deux agents (SPVM). Un léger stress me travaille, connaissant ma destination.

14:15 Retour à l’intérieur. Comme hier, plus on approche du quai en direction de Longueuil, plus la présence policière est importante. Les gens avec des sacs se font demander de les ouvrir. Je dénombre une vingtaine d’agents (SPVM) sur le dernier palier avant le quai. Le stylo rouge semble attiré le regard de ceux et celles qui me croisent, mais après une « inspection » très rapide, le regard se détourne.

14:18 Direction Longueuil. Place assise. Deux agents par wagon.

« On est toujours plus enclin à surestimer la force de l’adversaire et à sous-estimer la sienne; la nature humaine est ainsi faite. Une appréciation imparfaite de la situation, avouons-le, contribue sérieusement à enrayer l’action militaire et à en modérer le principe. » (Clausewitz, p. 52)

« 20. Dès lors, il ne manque plus que le hasard pour faire de la guerre un jeu, et c’est ce qui se produit le plus fréquemment. » (Clausewitz, p. 53)

14:22 Débarquement insulaire. Très forte présence policière. Sortie autorisée différente que celle d’hier (autre côté). Présence impressionnante à l’extérieur, soit partout où peut se porter le regard, ou presque.

14:25 Je remarque, sous un arbre, un groupe de cinq jeunes dans la vingtaine avec deux policiers qui semblent remplir un rapport, l’un deux assis de côté sur un quatre-roues. Le son des formules 1 vibre à un rythme singulier, invariant par variations. Promenade.

14:40 Clausewitz à la Biosphère.

« Bien que notre entendement se sente toujours tenu d’aller vers plus de clarté et de certitude, notre esprit est néanmoins souvent attiré par l’incertitude. Plutôt que d’emprunter avec l’entendement les méandres étroits de l’investigation philosophique et de la causalité logique, afin de gagner, quoique à peine conscient de lui-même, des sphères où il se sent étranger et n’aperçoit aucun des objets qui lui sont déjà connus, il préfère s’attarder avec la force de l’imagination dans le domaine de l’accidentel et de la fortune. Au lieu de l’amère nécessité, il préfère se griser au royaume des possibles. » (Clausewitz, p. 54)

« 1. Mine : excavation pratiquée sous un ouvrage pour le faire sauter au moyen d’un explosif. (N.d.T.) » (Murawiec dans Clausewitz, p. 55, note 1)

14:46 Assis à une petite table à piquenique, j’aperçois deux filles arborant le carré rouge, marchant. L’une d’elles à un petit sac. Content de voir qu’elles peuvent circuler…! Plus loin, un policier lourdeau en « armure » marche d’un pas mou, seul. L’ « art public » de la Biosphère n’a probablement jamais été aussi bien gardé, si l’on en croit le son quasi constant de l’hélicoptère au-dessus de la région.

Je crains de moins en moins de me faire appréhender, étant dans un lieu où les policiers patrouillent rarement, et tout près des camions des médias. Remarque méthodologique : éviter que l’auto ethnographie ne tourne mal, soit en confidence, soit en confessions. Néanmoins : accalmie ressentie; le soleil plombe. Deux types de chaleur, donc.

14:51 Une autre fille avec carré rouge, avec deux garçons.

« Si le dessein est modeste, faible l’élan de l’enthousiasme dans les masses, celles-ci auront plutôt besoin d’être incitées à l’action que d’être retenues » (Clausewitz, p. 57)

14:58 Patrouille de trois policiers (SPVM) à cheval. Les chevaux ont un « masque », une visière protectrice. Les touristes sont curieux.

15:03 Je quitte les lieux. À l’entrée du métro, un haut gradé de la police donne une « conférence de presse ».

Sur les quais, une vingtaine de policiers (SPVM)

« Les forces armées doivent être détruites, c’est-à-dire être réduites à une condition où elles ne sont plus aptes à continuer la lutte. Dans ce qui suit, soulignons-le ici, quand nous parlons de ‘détruire les forces ennemies’, c’est uniquement en ce sens que l’expression doit être entendue. » (Clausewitz, p. 60)

15:07 Direction Berri-UQAM. Place assise. Environ six policiers (SPVM) dans le wagon de tête.

« Dans la réalité, avec l’incapacité à résister plus avant, il y a deux raisons de faire la paix. La première est l’invraisemblance de la victoire, la deuxième son coût trop élevé. » (Clausewitz, p. 62)

« Le bilan de l’énergie déjà dépensée et de celle qui reste à dépenser pèse d’un poids encore supérieur dans la décision de faire la paix. » (Clausewitz, p. 63)

15:15 Direction Honoré-Beaugrand. Debout. Fatigue en effet très marquée… Mais pourquoi? Elle semble disproportionnée par rapport à la teneur de ce que j’ai fait, c’est-à-dire une courte promenade et un peu de lecture.

« La troisième méthode est la plus importante en raison de la fréquence des cas où elle est applicable; elle consiste à user l’adversaire. Le terme n’est pas seulement choisi pour exprimer la chose en un mot, mais parce qu’il exprime pleinement ce qu’il veut dire, et qu’il est moins figuré qu’il n’y paraît au premier regard. Dans le concept d’usure au cours du combat entre l’épuisement progressif des forces physiques et de la volonté causé par la durée de l’action. » (Clausewitz, p. 65)

15:25 Station Joliette. Deux policiers (SPVM) à l’extérieur, aucun à l’intérieur. Direction Saint-Michel. Place assise.

« Si nous voulons durer plus longtemps que l’adversaire dans le conflit, nous devons nous contenter d’objectifs modestes, car, de nature, les objectifs ambitieux coûtent plus cher que les modestes; l’objectif le plus modeste que nous puissions nous fixer est l’autodéfense simple, c’est-à-dire un combat dénué de dessein positif. On y disposera de moyens relativement supérieurs et l’issue sera mieux assurée. Jusqu’où peut aller cette démarche négative? À l’évidence, pas jusqu’à une passivité complète, car endurer n’est plus combattre. La résistance est une activité, dont le but est de détruire une grande quantité de forces adverses au point de forcer l’ennemi à abandonner ses buts. C’est à cela que tend chaque action isolée, et c’est en cela que consiste le caractère négatif de notre intention.

Incontestablement, chacune des actions menées dans le cadre de cette intention négative n’a pas un rendement aussi important qu’une action positive, si toutefois elle était réussie. Mais c’est là que gît la différence : la première réussit plus facilement et offre donc plus de sécurité. Ce qu’elle perd en efficacité par action, elle le rattrape dans le temps, c’est-à-dire dans la durée. C’est ainsi que le dessein négatif, en quoi consiste le principe de la simple résistance, est également le moyen naturel de surpasser l’adversaire dans la durée, c’est-à-dire de l’user.

[…] Si le dessein négatif, soit l’allocation de tous nos moyens à la simple résistance, occasionne une supériorité dans le conflit, et si celle-ci suffit à contrebalancer la supériorité quantitative de l’adversaire, la simple durée du conflit suffira alors à forcer l’adversaire à dépenser ses énergies au-delà de ce que permet son objectif politique—ce qui le contraindra à l’abandonner. On voit ainsi comment l’usure de l’adversaire comprend la plupart des cas où le faible résiste au fort. » (Clausewitz, pp. 65-66)

15:35 Arrivée. Je découvre, via Twitter, que je ne suis pas le seul à être allé me promener pour lire aujourd’hui.

Je découvre aussi que plusieurs « arrestations préventives » ont eu lieu, peu avant que je me trouve sur l’île, et probablement pendant (dans Le Devoir et La Presse).

17:15 Ces lignes écrites.

Principal enseignement pratique :

On sent physiquement le stress lié aux chances accrues de l’arbitraire policier.

Le Rapport de circulation immédiat 1 est aussi disponible.

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Rapport de circulation immédiat, 1

Par Simon Labrecque | Université de Victoria

Montréalsamedi le 9 juin 2012. — « Le samedi du Grand prix »

Départ : 14:00, Rosemont
Arrivée : 16:30, Rosemont

Objectifs :

  1. Aller y voir.
  2. Aller se faire voir.

Dans l’esprit d’une invitation militante à « aller en même temps au Grand Prix », j’entreprends en effet de :

  1. Mettre à l’épreuve la fluidité de la circulation contrôlée dans les transports en commun autour du lieu de « l’événement »; y relever lesdits contrôles; expérimenter les effets de la présence circulante.
  2. Intégrer un flux dirigé sans partager la direction; manifester ce non partage en y faisant autre chose—ici, lire et noter—, dont un titre cherchant à faire problème.

Attirail :

  1. Violence et civilité (Étienne Balibar, Éditions Galilée, Paris, 2010)
  2. Matériel de notation
  3. Titre de circulation/droit de passage
  4. À noter : aucun « carré rouge » épinglé, soit comme d’ordinaire

Feuille de route :

14:08 Circulation fluide dans l’autobus. Place assise.

« La cruauté n’est pas seulement une violence ‘extrême’, elle est une violence qui peut passer sans médiation de formes ultra-naturalistes et anonymes, semblant procéder de la force même des ‘choses’, dépersonnalisée dans ses sources comme dans ses objets, à des formes où l’intentionnalité devient paroxystique, voire se tourne contre ses propres auteurs ou ‘sujets’, et où la dimension suicidaire voisine étrangement avec la compulsion criminelle » (Balibar, p. 87)

14:13 Station Joliette. Un véhicule de police à l’extérieur.

14:16 Un total de quatre policiers (SPVM) sur les quais du métro.

« La logique de la société civile produit inévitablement une classe croissante d’individus qui ne sont pas simplement menacés de pauvreté, ou d’injustice, mais qui sont tout simplement ‘de trop’. C’est là le comble de l’irreprésentable, parfaitement réciproque : la société n’est plus représentable pour cette classe qui ne peut plus y voir la source de son existence; cette classe n’est plus représentable pour la société, qui ne sait littéralement plus qu’en faire. Elle doit donc disparaître… » (B. Ogilvie, cité par Balibar, p. 89)

14:20 Direction Angrignon. Trafic léger. Debout.

« Avec cette ‘pression fantastique de l’a-subjectivité’, nous sommes clairement aux antipodes de tout relation de pouvoir, telle que Foucault se proposait de la théoriser en insistant sur son caractère dynamique, potentiellement réversible. Nous sommes aussi en un lieu où—temporairement peut-être, mais toute la difficulté réside précisément dans l’indétermination de cette temporalité,  dans la durée sans fin prévisible de cette situation à la fois massive et critique, plus ou moins aisément cantonnée dans certaines régions de la planète—la revendication du droit à la politique est devenue dérisoire. » (Balibar, pp. 91-92)

14:27 Station Berri-UQAM. Un minimum de quatre policiers (SPVM) par quai. Au moins dix policiers à l’étage de la ligne orange. Près de la rondelle, une autre dizaine (dont officiers; chemises blanches et épaulettes), en plus d’agents de la STM (nombreux).

14:33 Extérieur. Rien à signaler. Sauf : « C’est plus ça la démocratie… », à l’entrée de la Grande Bibliothèque.

14:35 Intérieur. Superviseurs SPVM. Patrouilles. À mesure qu’on descend vers la ligne jaune, le nombre de policiers augmente. Une douzaine, plus un chien. « On avance, s’il vous plaît! »

14:39 Direction Longueuil. Presque personne sur les quais. Place assise.

14:45 Parc Jean Drapeau. Sortie accélérée. Une douzaine de policiers (SPVM), un chien, une douzaine d’agents (STM). Marche à l’extérieur. Peu de gens à la sortie. Promenade autour de la station.

14:50 Une foule semble quitter vers le métro. À la clarinette, « Get Back! » des Beatles.

14:54 Retour vers l’intérieur. Entrée légèrement ralentie. Au moins 200 personnes. Facilitation du passage par vérification préalable des titres de transport. Une vingtaine de policiers (SPVM). Voix forte répète : « On avance, on circule! » Principalement vers Montréal. Rubans orange pour orienter les gens sur les quais.

14:56 Direction Longueuil. Place assise. Une dizaine de policiers (SPVM) sur les quais. Un policier dans le wagon.

« Et de citer tous ces exemples de voisinage angoissant entre la jouissance et la brutalité qui nous sont désormais trop familiers, sans qu’il soit bien certain pour autant que nous en ayons exactement saisi la portée, ou que nous comprenions ce que signifier leur récurrence au cœur de la ‘civilisation’. » (Balibar, p. 94)

15:00 Station Longueuil/Université de Sherbrooke. Une trentaine de policiers dans la station, à divers étages. À noter : obligation de sortir (impossibilité de repartir dans l’autre sens sans payer). Café filtre, acheté au dépanneur, bu à une table.

15:07 Beaucoup de circulation de petits groupes de policiers (SPVM et Longueuil). Une policière passe : « …je suis contente de revenir sur le shift de jour, j’aime l’équipe… mais je suis rentrée dans la police pour faire de la police, pour faire du terrain tu sais… »

« Force est ici de constater aujourd’hui qu’après la chute du nazisme on s’est beaucoup trop précipité à affirmer que de tels excès ne pourraient surgir qu’une fois dans l’histoire de l’humanité, ou du moins qu’ayant une fois atteint leur paroxysme, ils ne pourraient plus se reproduire en raison de l’horreur qu’ils inspireraient (alors que sans doute cette horreur est infiniment voisine d’une fascination). » (Balibar, p. 96)

15:15 Des policiers mangent. Réflexion : Une station comme celle-ci, avec son campus, est essentiellement un centre d’achat, aujourd’hui patrouillé avec ce qui semble être une attention accrue. S’y sent-on alors plus en sécurité que d’ordinaire? Qui commettrait un méfait ici, aujourd’hui, un vol par exemple, sinon qui manquerait cruellement d’information (hors de la bulle médiatique), mais également de pensée tactique du moment—et ainsi, si « méfait » il y avait, ne serait-il pas d’autant plus effrayant, quoique rapidement détecté?

« Soumettre d’abord l’analyse du philosophique à la rigueur de la preuve, aux chaines de la conséquences, aux contraintes internes du système : articuler, premier signe de pertinence, en effet. Ne plus méconnaître ce que la philosophie voulait laisser tomber ou réduire, sous le nom d’effets, à son dehors ou à son dessous (effets ‘formels’ – ‘vêtements’ ou ‘voiles’ du discours – ‘institutionnels’, ‘politiques’, ‘pulsionnels’, etc.) : en opérant autrement, sans elle ou contre elle, interpréter la philosophie en effet. Déterminer la spécificité de l’après-coup philosophique – le retard, la représentation, la réaction, la réflexion qui rapportent la philosophie à ce qu’elle entend néanmoins nommer, constituer, s’approprier comme ses propres objets (autres ‘discours’, ‘savoirs’, ‘pratiques’, ‘histoires’ etc.) assignés à résidence régionale : délimiter la philosophie en effet. Ne plus prétendre à la neutralité transparente et arbitrale, tenir compte de l’efficace philosophique, et de ses armes, instruments et stratagèmes, intervenir de façon pratique et critique : faire travailler la philosophie en effet. L’effet en question ne se laisse donc plus dominer ici par ce que la philosophie arraisonne sous se nom : produit simplement second d’une cause première ou dernière, apparence dérivée ou inconsistante d’une essence. Il n’y a plus, soumis d’avance à la décision philosophique, un sens, voire une polysémie de l’effet. » (Présentation de la collection La philosophie en effet, Édition Galilée; troisième de couverture)

15:22 Portant visiblement l’habit, ou du moins la livrée (le noir) et le maintien (la pilosité), mais n’étant pas un de ces moines- (de ce type aujourd’hui recherché, je suppose), un certain stress se fait néanmoins sentir. Toujours regardé par les agents qui passent. Réflexion : ai-je du temps à perdre? Soit. Avec plaisir et diligence. Le risque serait de l’ordre de l’automatisation de la surveillance, qui pourrait présumer de l’habit pour croire y voir un moine. Interrogation silencieuse : n’est-il pas suspect de prendre son temps, précisément, ici et maintenant, et ce pour rien d’autre que cela et ceci—ces notes, ces mots? L’autre risque est probablement de type paranoïaque, en effet, soit d’y voir effectivement ce qui s’affiche explicitement : une traque consciente et affutée, monitoring perspicace et committed. Qu’en est-il effectivement? La préoccupation principale semble être d’enfin pouvoir quitter. La bière au bord de la piscine en banlieue, un si beau samedi, en soirée, en se félicitant très probablement de ne pas devoir être présent au centre-ville en armure et sous le stress imposé par une foule committed. S’il y a foule, ici, ou plutôt circulation assez fluide quoique constante, son intentionnalité—pour peu qu’elle en ait une qui soit le moindrement unitaire, justement—n’est évidemment pas antagonique, ni même attentive à l’ensemble, à l’atmosphère générale.

« Je me souviens toujours d’une conversation […] à Pontevedra en 1992 […] avec un philosophe de Zagreb […] : après qu’il nous eut expliqué que l’essence de la ‘philosophie croate’ était la résistance à l’impérialisme serbe, nous lui avions demandé de quelle façon se différenciait un Serbe d’un Croate. ‘Chacun sait ce qu’il est’, nous répondit-il. ‘Mais, objectâmes-nous, que faites-vous des (nombreux) enfants de couples ‘mixtes’, serbo-croates?’ ‘Ils doivent choisir.’ ‘Et s’ils ne le peuvent, ou ne le veulent?’, insistâmes-nous. ‘Alors ils ne sont rien.’ Nous aurions voulu lui rappeler quelques cas historiques dans lesquels ceux qui ‘ne sont rien’ ont le mauvais goût d’être là quand même, et ce qui leur était advenu. Mais à quoi bon? » (Balibar, p. 98, note 1)

15:30 Sortie à l’extérieur. Environ six policiers (SPVM et Longueuil).

15:38 Entrée et passage payant. Direction Berri-UQAM. Fouilles de sacs par des agents de la STM. Policiers (SPVM) sur les quais, plus trois ou quatre par wagon. Très peu de gens. Place assise.

« C’est justement le fonds commun des idéologies de la modernité incarné dans une représentation du progrès à laquelle le libéralisme donne son expression ‘dominante’ qui se trouve remis en question par certains des ‘évidences’ de la mondialisation actuelle (c’est-à-dire, tout à la fois, des nouveautés qu’elle produit, et des contradictions ou des violences très anciennes dont elle accroît la visibilité, en tant que régime nouveau de communication et de circulation des images). » (Balibar, p. 101)

15:44 Station Parc Jean Drapeau. Foule parsemée. Aperçu : un policier avec mégaphone, mais non utilisé. Une quinzaine de policiers sur les quais.

15:48 Station Berri-UQAM. Quais de la ligne jaune vides, ou presque. Ligne verte : quais pleins, en particulier vers Angrignon.

15:55 Direction Honoré-Beaugrand. Place debout.

« C’est précisément le fait de conférer une ‘signification universelle’ à la violence (au bout du compte la signification d’indiquer la ‘différentielle’ du temps historique lui-même) qui permet de poser par avance la convertibilité de la violence politique – au risque de dénier, de marginaliser et d’assigner comme un simple résidu ‘empirique’ toutes les formes de violence, si massives, si durables, si insupportables soient-elles, qui demeurent irréductibles à une telle universalisation. » (Balibar, p. 104)

16:06 Station Joliette. Toujours quatre policiers. Une dame parle aux deux qui sont à l’extérieur : « J’ai jamais vu ça, des policiers ici comme ça… »

17:30 Ces lignes écrites.

Principal enseignement pratique :

Impossible d’aller jusqu’à Longueuil et de revenir sans payer un passage à la société de transport de Longueuil. Je suggère de se contenter du Parc Jean-Drapeau.

Le Rapport de circulation immédiat 2 est aussi disponible.

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