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L’amnistie générale pour les étudiants inculpés

Par Simon Lefranc | Cégep Saint-Laurent

Le Québec vient de traverser six mois de mobilisation étudiante et citoyenne ayant pour but de bloquer la hausse des droits de scolarité. Comme vous le savez, les « carrés rouges » ont eu gain de cause, car le Parti québécois a décidé d’annuler la hausse par décret.

Durant le conflit, plusieurs étudiants ont été arrêtés, lors de manifestations qui furent déclarées illégales en vertu de la loi 12, une loi qui n’est plus en vigueur. Certaines de ces amendes dépassent la hausse des droits de scolarité qu’ils ont combattue. Durant ces manifestations, nous avons été témoins de casseurs faisant des actes condamnables comme lancer des projectiles sur des policiers et briser des vitrines, mais nous avons aussi vu des policiers anti-émeute donner des coups de matraque au visage de personnes innocentes, des arrestations de masse, des policiers refusant de décliner leur matricule, l’escouade urbaine donner des coups de poing de manière totalement gratuite.

Les policiers ne seront pas traduits en justice ou, même s’ils sont jugés, ce sera par des policiers et aucun d’eux ne s’exposera à des amendes et encore moins à une perte de salaire. Nous avons donc là deux poids, deux mesures. Nous croyons donc que l’amnistie générale devrait être accordée aux étudiants, et ce, pour plusieurs raisons.

Records de contestations

Des accusations criminelles peuvent amener un dossier/casier judiciaire qui serait néfaste pour la future carrière des étudiants. Un casier judiciaire empêche de pouvoir faire partie d’un ordre professionnel, ce qui veut dire par exemple qu’ils ne pourront plus être : infirmier, avocat, ingénieur, médecin… Le Québec va donc manquer de travailleurs dans des domaines qui en ont vraiment besoin.

Nous assistons en ce moment à des records de contestations en ce qui concerne les amendes pour excès de vitesse. Ajoutons à cela les quelque 4000 contraventions qui ont été données lors des manifestations étudiantes en plus de la norme des tickets contestés chaque année, cela donne un système judiciaire pris à la gorge. Il serait donc normal de le désengorger en annulant les amendes aux inculpés et en retirant les accusations criminelles.

Ceux qui sont contre l’amnistie générale diront que les manifestations ont coûté 15 millions de dollars en heures supplémentaires pour le SPVM et qu’il ne faudrait pas répercuter la facture aux contribuables qui n’avaient rien à faire avec ce conflit.

Nous en convenons : le peuple n’a pas à payer pour les décisions douteuses/coûteuses du SPVM (faire sortir un camion d’anti-émeute tous les soirs même si certaines manifestations ne comportaient qu’une trentaine de manifestants), mais ce à quoi ces braves gens n’ont pas pensé, c’est que les contestations coûteront très cher à l’État, car les mineurs et les étudiants pauvres auront tous le droit à l’aide juridique qui est financée par l’entremise des taxes et des impôts.

Engorgement des tribunaux

Une surutilisation de l’aide juridique (qui coûtera nettement plus cher que les amendes) amènera des hausses de taxes qui seront payées par les contribuables, ce qui, évidemment, n’est pas dans l’intérêt de tous. Si le gouvernement n’applique pas l’amnistie générale, les étudiants qui contesteront leurs amendes se présenteront en cour vers la fin de l’année 2013.

Les policiers seront appelés à témoigner. Dans la majorité des cas, ils ne se présenteront même pas. S’ils se présentent, ils ne pourront avoir de souvenirs assez précis des incidents et leurs témoignages perdront toute crédibilité aux yeux du juge lors d’un contre-interrogatoire. La grande majorité des étudiants vont donc finir par être déclarés non coupables lors de cas par cas. C’est comme une amnistie générale, mais en plus long et en plus coûteux pour l’État.

Dans le cas peu probable où tous les étudiants seraient déclarés coupables et obligés de payer leurs amendes, les parents des mineurs devront la payer pour eux ou le jeune sera condamné à des travaux communautaires. Dans le cas des jeunes qui ont plus de 18 ans, soit la majorité des accusés, ils ne pourront pas payer un montant aussi élevé, même en négociant et en étalant leur amende sur plusieurs mois.

Coûts plus élevés

Qu’est-ce que l’État devra faire pour récupérer l’argent? Envoyer des huissiers? Les étudiants n’ont pas grand-chose dans leur appartement pour rembourser (mis à part leur iPhone…). N’oublions pas que les huissiers seront payés par les taxes et les impôts. Que faut-il faire d’abord? Mettre les étudiants en prison? Les prisons sont déjà surchargées et nous avons la conviction que la place d’un étudiant est à l’école et non derrière les barreaux. D’ailleurs, un prisonnier coûte plus cher qu’un étudiant.

Pour conclure, nous tenons à rappeler l’Article 2 de la Charte canadienne des droits et libertés concernant le droit de manifester et que toute cause pour l’éducation est noble. C’est aussi notre conviction et nous ne croyons pas que l’on doit punir ceux qui l’ont défendue. Oui à l’amnistie générale.

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Épars – encore un effort! Essai de dépliage polémologique trop rapide (car toujours le temps se pousse)

Par Simon Labrecque | Montréal, le vendredi 24 août 2012

Vu

Je reviens tout juste de la 123e manifestation de soir à Montréal, partie de la place Émilie-Gamelin comme toujours. « Manif chaque soir, jusqu’à la victoire » était le mot d’ordre initial. La simple continuation de ces marches nocturnes devrait donc introduire un doute chez qui croit que le déclenchement d’élections provinciales au Québec signifie la victoire des luttes étudiantes (entre autres) contre la hausse des frais de scolarité (entre autres), c’est-à-dire contre la liquidation de ce qu’il reste de l’État « social » (qui ne fut jamais providentiel, mais bien le fruit timide de chaudes luttes), liquidation qui se fait au profit, précisément, du profit. Mais voilà, très peu de gens célèbrent. Peu d’étudiantEs semblent trouver satisfaisant d’avoir joué un rôle crucial dans la décision du gouvernement de Jean Charest de déclencher des élections. Mais il n’y a pas non plus de triomphalisme « carré vert », ou si peu, quant au fait que la grève générale illimitée a trouvé une limite qui signerait son échec.

Signe des temps – de la saison, mais aussi de la fatigue accumulée –, cela fait quelques semaines qu’il y a moins de 50 personnes dans les manifestations de soir. (On compte avant de chanter « on est plus/moins que 50! », en faisant allusion à la loi 12/projet de loi 78). Elles se déroulent principalement sur les trottoirs, pour minimiser leur impact sur la circulation – directive policière. Surtout, on dit que les protestataires qui y retournent jour après jour sont de plus en plus vulnérables. C’est un des aspects les plus troublants de ce qui se passe ces jours-ci. C’est ce qui presse.

Depuis quelques temps déjà, @frogsarelovely, qui a participé à la majorité des manifestations en faisant un travail remarquable de relais (du verbe « relater ») via Twitter, énonçait cette vulnérabilité. Elle a déclaré, aujourd’hui :

“It’s a pattern of harrasment, and the rules have changed since the election call. In the last two weeks things have gotten much, much worse. The police really seem to be losing it, they think they can do whatever they want. They scare people, they scare me.” She quotes a cop telling her during her arrest, “that’s your last manif.”

Cité par Ethan Cox, « Student strike stalwart and citizen journalist arrested, held for nine hours ».

Je suis donc allé y voir, à notre Bastille à ciel ouvert, pour la première fois en plusieurs semaines. Ma raison suffisante : hier soir, @frogsarelovely a été arrêtée lors de la 122e manifestation. Elle a été détenue toute la nuit. On allègue qu’elle a proféré des menaces à un « poussin » (c’est le nom que les marchants donnent à ceux qui les suivent à vélo, vu leur dossard jaune fluo).

Je n’y étais pas, je ne sais donc rien du bien fondé de cette accusation, mais je sais qu’elle est jugée infondée par de nombreuses personnes qui elles y étaient. Hier dans la nuit, #freefrogsarelovely a trendé sur Twitter au Québec. Déjà, des textes remarquables ont été produits autour de l’événement, insistant sur le caractère politique de ce que fait présentement le SPVM. Par exemple celui-ci, qui essaie simultanément de calmer les troupes qui pourraient vouloir manifester violemment leur hargne contre les gestes du SPVM.

Politique? À tout le moins, même si les accusations tombent, @frogsarelovely aura été écartée des manifestations de soir. Ce qui signifie entre autres que moins d’informations circuleront sur le travail des policiers lors de ces déambulations – à moins que d’autres s’en charge. Autre signe du changement des règles du jeu : presque chaque soir, une personne se voit donner une contravention pour des comportements du type « avoir jeté un mégot de cigarette sur la chaussée » (pollution), ou « avoir traversé sur une lumière rouge » (après 30 autres…). Ce zèle, on le voit habituellement dans le comportement des policiers face aux « gens de la rue », et après tout, même le premier ministre dit qu’il s’agit ici de « la rue ».

Je n’ai pas fait la marche au complet. Raison : inconfort. Je ne comprenais pas comment les policiers agissaient. Pourquoi ne pas nous laisser continuer sur ce trottoir-ci? Vous nous dirigez où? Et ce van blanc avec une lumière de police qui nous suit de loin, près de la Place des Arts? Je suis rentré. Sans pratique, on perd rapidement l’habileté à jongler en souriant avec les incertitudes manifestantes.

Je me suis dis que je devais écrire quelque chose. Sur le stress psychopolitique. J’y pense beaucoup, depuis que le stress retombe du côté estudiantin, tout autour.

En écrivant ces lignes, j’ai reçu un article via Twitter, rédigé au même moment, sur la guerre psychologique qui se tient aujourd’hui et qui traversa en fait toute la grève.

Question d’atmosphère, on le sent bien! J’y reviens.

Entendu, ou pas de côté digressionnaire

En quittant d’un pas incertain (partir ou rester?), j’ai croisé un couple. Un homme et une femme. Disons la cinquantaine. Disons bien habillés. 65 000$ de revenu annuel par personne? Aucune idée.

L’homme dit, faisant signe vers la marche : « C’est quoi ? Qu’est-ce qu’ils veulent encore? »

Sous-entendu : « Qu’est-ce qu’ils veulent de plus? » De plus que quoi? Qu’une élection, pardi! Car ce qu’ils et elles demandaient, ils et elles ne l’ont pas eu… Me voilà donc à espérer que cette question, « quoi de plus? Quoi d’autre? », fasse son petit bout de chemin, qu’elle creuse de sa masse jusqu’à la moelle.

Car en pratique, le spectacle déplorable et largement déploré qui se tient présentement dans la bulle médiatique québécoise, après quatre « débats » robotiques et tant d’autres événements chargés d’une puissance de fatigue remarquable (« on es-tu tanné! »), ce n’est vraisemblablement pas assez, ou « pas ça », pour nombre gens de cette contrée. Y compris quant aux « petits partis », soit dit en passant – petit parti deviendra grand, jeune parti deviendra vieux, si tout va selon les plans; or ce sont précisément ces plans qu’il faudrait peut-être changer.

Donc, la classe politique québécoise, comme elle se nomme elle-même, a la chance de montrer son incompétence au mieux loufoque et sa prétention toujours pugnace. Des débats d’idées, il n’y en aura pas. Etc. Selon moi, jusqu’à ce qu’on instaure le tirage au sort pour l’ « élection » des responsables politiques de l’État – votez pour moi! Si je fondais un parti, le tirage au sort serait sa seule proposition; ce n’est donc pas contre l’incompétence que j’en ai, mais précisément contre la prétention exclusive à la compétence politique, au mépris de ceux et celles qu’on nomme « simples citoyennes » –, une campagne électorale ressemblera à un concours de popularité traversé de pathétiques demandes d’amour (peu capitalisables) et d’infinis trafics de ressentiment (ressource culturelle éminemment renouvelable).

« Qu’est-ce que tu proposes d’autre, alors? Quelles sont les alternatives? » est la question qui se manifeste toujours à ce moment, que ce soit dans une discussion de café, de trottoir, de bouquinerie ou de chaire. Le « Que faire? » de Lénine, mais en version tu-vois-bien-qu’on-est-pris-avec-ce-qu’on-a-sinon-c’est-le-communisme-donc-les-goulags-et-la-faillite.

Il me semble que ce qui s’est produit ce printemps « à l’intérieur » des nébuleuses constellations contestataires est un bon exemple de ce que peut vouloir dire « faire de la politique autrement ». Mais peut-être faut-il changer cela aussi, puisque cet « autrement » exemplifié date déjà, et que ça n’a, dit-on, rien « transformé radicalement »? Mais a-t-on cru un instant que le gouvernement annulerait sa politique exemplaire? Tout, pour lui, valait mieux que cela. Mais il est allé à la limite de son pouvoir, c’est-à-dire, dans ce système : déclencher des élections, se remettre en jeu lui-même (après avoir tout fait, on s’entend, et avec une violence dégoûtante).

Senti polémologique

L’heure des bilans et de la réflexivité semble donc avoir sonnée. Un livre d’images et de commentaires est déjà paru cette semaine : Carré Rouge de Jacques Nadeau, photographe pour Le Devoir.

Qu’en est-il de ce fait – se retrouver après, épars?

Un des traits intéressants de cette série d’événements, « printemps érable », « #ggi », etc., est la rapidité et la constance avec laquelle les auto-observations et auto-descriptions se sont accumulées et en sont venues à jouer un rôle constitutif de relance et de réarticulation au cœur de l’action. Depuis le départ, on réfléchit, on narre et on commente, à gauche comme à droite. L’archive du blogue de Trahir en témoigne. Mais ce fut partout. Pendant longtemps, La Presse (c’est dire!) offrait une couverture en direct des manifestations de soir avec commentaires live. On se devait de regarder les images circulantes, si ce n’est que pour s’assurer que l’on ne s’était pas retrouvé à tout hasard sur la couverture du Journal de Montréal.

Je lis l’habitude prise de regarder ce que disent les média d’une manifestation de laquelle on revient, ou à laquelle on aurait voulu participer, à partir de ces énoncés de Peter Sloterdijk dans son livre sur l’incapacité de la gauche contemporaine à servir de « banque de colère » et à canaliser les énergies révoltées :

Dans la mesure où les insatisfaits du postmoderne ne peuvent pas défouler leurs affects sur d’autres théâtres d’opération, il ne leur reste que la fuite vers leur propre reflet dans le miroir, tel que le livrent les médias, dès que des scènes de violence tirent à elles une partie de l’intérêt public. Le reflet rapide des excès qu’on a commis dans les images de la presse et de la télévision peut apporter une satisfaction momentanée; dans certains cas il peut même représenter une sorte de preuve satisfaisante de sa propre existence. Mais dans de tels épisodes, justement, la loi du média s’impose face aux contenus. On voit ici, une fois de plus, que les instrument de l’ « opinion publique » bourgeoise ne peuvent pas fonctionner comme des collecteurs ou comme des médias de collecte et de formation pour des sujets thymothiques [du grec thumos, ou thymos, duquel on tire également tumeur] en germe (c’est-à-dire qu’ils ne sont pas en état de surveiller la conversion de la colère en fierté et en espoir). Les mass média se voient indubitablement pourvus du potentiel de déclencher des épidémies affectives – tous les thèmes capables de faire les grands titres se déploient, on le sait, selon le principe de l’infection virale. Dans le même temps, ils neutralisent leurs matériaux pour soumettre tous les événements à la loi de l’égalisation. Leur mission démocratique est de produire de l’indifférence en éliminant la distinction entre les causes principales et les causes secondaires.

Peter Sloterdijk, Colère et temps. Essai politico-psychologique, trad. de l’allemand par O. Mannoni, Paris, Hachette, p. 284.

Lorsqu’on n’entend plus parler de ce qu’on fait, lorsqu’on ne se voit plus, cela veut-il dire que l’on n’existe plus? Être invisible peut être une chance, ne l’oublions pas, quoi qu’en dise l’appareil médiatico-étatique qui force à apparaître pour être jugé digne d’être écouté – c’est entendu.

Ces considérations font signe vers un mode d’analyse polémologique de type « psychopolitique » que j’apprécie de plus en plus. La notion de « stress », en particulier, me semble porteuse pour faire sens de ce qui se déroule.

Ce mode d’analyse s’appuie sur les recherches formalistes de la cybernétique, qui ont tenté de penser le fonctionnement des systèmes dans le sens le plus large possible. Elles travaillent ce que j’appellerais « l’hypothèse du continu » (pour faire signe aux mathématiques), soit l’idée qu’il n’y a pas rupture entre « nature » et « culture », mais une forme de continuité dans les modes de fonctionnement – continuité qui ne saurait, cependant, être totalement indifférente aux contenus et qui, en ce sens, n’est pas celle du biologisme naïf dans les sciences sociales.

Dans un court livre, Heiner Mühlmann s’intéresse aux « collectifs de combat » et à leur capacité à endurer le stress. Il part du stress comme fait biologique et se concentre sur ses effets :

Sous l’influence du stress, la sécrétion de non-adrénaline, d’adrénaline et de cortisol est augmentée. L’effet est le suivant : les fonctions cardiaque et circulatoire sont intensifiées, cependant que le métabolisme, l’immunité et l’activité sexuelle sont affaiblies. De cette façon, toutes les énergies de l’organisme sont canalisées dans les muscles squelettiques pour optimiser leurs habiletés motrices. Elles sont utilisées pour combattre ou fuir (fight or flight). De surcroît, les aires neurales chargées de la perception et de la réaction rapides sont également renforcées. La physiologie du stress est donc un processus cognitif par lequel une perception est transformée en un flux d’énergie.

MSC – Maximal Stress Cooperation: The Driving Force of Cultures, New York, Springer Wein, p. 10, traduction libre.

Il ajoute immédiatement que « la fin heureuse de la phase de stress est d’une importance plus grande encore que le stress lui-même ». Cela vaut pour toute entité soumise au stress, humaine ou non, individuelle ou collective. Par exemple, Sloterdijk fait de cet énoncé le cœur de sa Théorie des après-guerres, sur les relations entre la France et l’Allemagne après 1945.

Une décision doit intervenir quant à l’aspect sain ou morbide de l’ensemble du processus de stress. Mühlmann écrit : « C’est uniquement lorsque l’individu [ou le groupe] en arrive à une évaluation non-négative de l’action du stress qu’il peut alors entrer dans la phase de relaxation post-stressale. » (p. 13) Sur le plan des « cultures », il considère que :

Puisque les actions à haut stress ont une plus grande influence sur la balance du pouvoir, et donc sur les destins de l’homme et des animaux, que les actions à faible stress ou sans stress, l’achèvement et le travail d’évaluation de la phase de relaxation sont les préalables (prerequisites) décisifs pour la création de systèmes sociaux d’ordre. Les systèmes d’ordre qui émergent de cette façon son hautement importants parce qu’ils contiennent un ordre émotionnel. La phase de relaxation post-stressale génère le phénomène d’ajustement émotionnel régulé.

MSC – Maximal Stress Cooperation: The Driving Force of Cultures, New York, Springer Wein, pp. 13-14, traduction libre.

Cela signifie que celui qui a été vaincu est poussé à transformer ses comportements (à « ajuster son décorum »), sous peine d’avoir à revivre la même expérience malheureuse, alors que celui qui a vaincu est poussé à renforcer ses habitudes, puisqu’elles se sont montrées viables. Dans les deux cas, cependant, il n’y a aucune nécessité. Ces transformations ou ces renforcement peuvent ne pas se produire.

Maintenir un organisme ou une entité en état de mobilisation émousse les énergies. C’est pour cette raison, je crois, que ce printemps ne pouvait que finir. Ce n’est probablement pas la pire des fins, bien au contraire. Mais bien sûr, les actions politiques de lutte contre les impératifs capitalistes de l’austérité néolibérale autoritaire, qui semblent promis à tenter de s’imposer d’une manière grandissante, peuvent reprendre. Pour l’instant, il s’agit de récupérer, de se refaire des forces – surtout parce que les forces opposées font de même!

Je considère que ce qui s’écrit de plus à propos ces jours-ci participe d’un tel travail d’évaluation « post-stressal ». Un mot d’ordre exemplaire : « Stand Strong and Do Not Despair ».

De bons apprentissages peuvent être fait auprès de ces collectifs en lutte depuis des années, voire des décennies déjà.

Un problème pour la #ggi resterait toutefois de départager vainqueurs et vaincus. Peut-on faire l’économie de cette conversation?

Le SPVM semble tenter de se refaire des forces à utilisant ceux et celles qui s’engagent dans la continuation de leur manifestation dans les rues comme des punching bags d’entraînement. Alors, une marche par semaine, comme on le propose ici?

En tous les cas, je crois qu’il ne faut pas oublier que les forces policières sont le bras armé de l’État, et que c’est le cerveau et le système nerveux (ce qui communique) qui vivent le stress de la façon la plus intense. Le bras ne pense pas – ou si peu.

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Désobéir avec classe: digressions scatologiques sur l’idée de loi

Par Jean François Bissonnette, Ottawa

Depuis le jour où nous apprîmes, sous l’injonction parentale, à contrôler nos sphincters, l’habitude s’est ancrée en nous, en même temps que le dégoût et le mépris de nos propres fèces, d’obéir. La sujétion aux règles de la bienséance, tout comme l’obéissance aux lois, cela s’inculque, douloureusement, et puis l’apprentissage lui-même finit par s’oublier, jusqu’à devenir seconde nature, jusqu’à faire corps avec nous. Nous apprenons la honte et devenons propres de nos personnes, en réprimant toute inconvenance. Nous incorporons la loi avant même de pouvoir la comprendre. La soumission devient ainsi réflexe, à tel point que nous réagissons souvent devant ceux qui contestent la loi avec le même air outragé que nous inspirerait une défécation publique.

Telle une bande de joyeux coprophiles, les étudiants québécois ont entrepris de secouer ce joug de l’habitude qui veut que chacun satisfasse ses besoins à l’abri des regards, isolément, dans la solitude du cabinet. Qu’on comprenne bien, ce n’est pas d’excréments dont il est ici question, mais de l’effet d’individualisation, de séparation, de ségrégation qu’induit notre observance de règles que personne n’ose plus discuter. Tout comme il y a un enjeu sanitaire à ce que nous confiions aux égouts nos déjections personnelles, suivant une règle sans laquelle la vie sociale serait sans doute bien plus pénible, l’effet de cette norme n’en est pas moins de pétrifier cette même vie collective, de nous isoler les uns des autres, de nous enfermer dans des automatismes dont nous ne pouvons plus nous affranchir qu’avec peine.

Or, l’apprentissage de la propreté fait aussi naître en nous une passion bien particulière, affairée, méticuleuse, sévère : la passion de l’ordre. Chaque chose doit avoir sa place, et il faut savoir se soumettre à la nécessité supérieure de cet ordonnancement, selon les catégories duquel nous devons calibrer nos envies et nos plaisirs. Et cette passion de l’ordre, du classement, de l’efficacité, qui en pousse même certains à vouloir briller parmi les meilleurs dans l’art de la constipation maîtrisée, cette passion peut devenir malicieuse, mesquine, autoritaire, violente. Dans certains cas extrêmes, elle peut même conduire à faire voter des lois spéciales, destinées à contraindre tout un chacun à s’en retourner dans l’intimité de ses chiottes.

Délaissons un moment les métaphores fécales pour remarquer à quel point l’adoption de la loi 78 trahit la cécité de nos gouvernants. Dans sa volonté de réinstaurer l’ordre à tout prix, quitte à sacrifier au passage les libertés publiques, quitte à démolir le droit associatif, quitte à criminaliser la dissidence, le gouvernement libéral révèle la profondeur de son ignorance des choses humaines. La loi spéciale ne signale pas juste une mécompréhension des tactiques du mouvement étudiant, qui dévoilent la radicale nouveauté des modes de pensée et d’action que celui-ci déploie, et qui paraissent insaisissables pour l’œil vieilli des autorités. Elle montre par-dessus tout la surprenante capacité de ces dernières à se chier dans les mains. C’est dire qu’une loi, si elle peut suspendre le droit en décrétant l’état d’exception, peut aussi miner l’autorité de ceux qui la promulguent, et à travers eux, celle de toute loi en général.

« La loi spéciale, on s’en câlisse! », clament les manifestants. Ce faisant, on s’aperçoit que la liberté d’expression n’est pas tant un droit formel, aussi sec que l’encre du texte constitutionnel, et qu’il nous serait loisible d’exercer ou non selon notre convenance. La liberté se manifeste précisément au moment où on veut la suspendre. Elle se découvre comme un immense pied de nez, comme une tonitruante invitation à manger de la marde adressée à ceux qui nous gouvernent, et qui renvoie ceux-ci, par-delà l’impersonnalité de leurs fonctions, à l’être de chair qu’ils sont tous, à ces corps qui, à heures fixes, baissent leur froc et trônent en silence, tandis que s’écoule de leurs boyaux la matière putride qui ressemble tant à leurs politiques que c’en est à s’y méprendre.

Certains appelleront licence cette liberté reconquise devant les lignes policières. Ils y verront les ferments d’une anarchie dont ils redoutent le désordre et la confusion. Ceux-là ne comprendront jamais qu’au fin fond de la grève étudiante, il y a le désir et la volonté de repolitiser la vie, y compris dans ce qu’elle a de plus scabreux, de plus primitif, de plus nauséabond. Et ce faisant, il s’agit, pour nous toutes et tous, de redécouvrir à quelles conditions nous pouvons faire communauté. Admettons-le, savoir maîtriser ses sphincters en fait peut-être partie.

Revendiquer la désobéissance, ce n’est donc pas un retour au stade infantile de la psyché, à cet âge où le changement de couches préfigure, devant la figure parentale qui accomplit cette besogne, la soumission à l’empire de l’État, avec ce que cela comporte d’humiliation, de renoncement et de rage contenue. Revendiquer la désobéissance, et le faire avec toute la classe dont nous sommes capables, c’est au contraire l’affirmation d’une autonomie qui veut que, pour qu’elle emporte notre adhésion, pour que l’on accepte de s’y plier, pour que nous daignions la faire nôtre et lui prêter nos forces, la loi doive être reconnue comme légitime.

En ce sens, du moment où elle est mise en question, dès lors qu’elle cesse d’être un réflexe conditionné, une habitude sans conscience, l’obéissance apparaît pour ce qu’elle devrait toujours être, soit l’objet d’un choix libre et éclairé, autrement dit, l’aboutissement d’une démarche éthique, ainsi que le fruit d’une délibération qui ne peut intervenir qu’entre égaux. Or, c’est cela même que le cabinet ministériel nous dénie. Maintenant que nous nous sommes levés, sans doute est-il temps de tirer la chasse.

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« Printemps érable » o quando gli studenti diventano il motore del cambiamento sociale

Di Eleonora Diamanti | Université du Québec à Montréal

La primavera canadese sta diventando sempre più calda. Da 108 giorni la maggior parte degli studenti del Québec sono in sciopero per protestare contro l’aumento delle tasse universitarie del 75%. Aumento che si aggiunge alla già salata somma che si paga nella “Belle Province”, e ancor più nel resto del Canada e negli Stati Uniti, per accedere a quella che non dovrebbe essere una merce ma un diritto: l’educazione.

Il Québec, piccola isola francofona in un mare anglofono, mantiene quel poco che rimane del senso del bene comune e della collettività in Nord America. Lo sciopero ha dato vita ad una coesione, una creatività, una socializzazione senza precedenti grazie ad una forte organizzazione associativa. Uno sviluppo di un pensiero critico, costruttivo e produttivo che ha portato gli studenti non solo a opporsi all’aumento delle tasse facendo proposte concrete, ma ad aprire possibilità, la possibilità di pensare l’educazione come un bene comune per la società piuttosto che come una merce da pagare e per cui indebitarsi. In media qui gli studenti si indebitano di 15,000 – 20,000$ solo per poter fare degli studi triennali, nel resto del Canada, e soprattutto negli Stati Uniti, il debito raggiunge cifre astronomiche, tanto che si inizia a parlare di bolla speculativa proprio per il debito che gli studenti statunitensi si ritrovano sulle spalle una volta usciti dall’università.

Purtroppo il governo in carica, il partito liberale rappresentato dal primo ministro Jean Charest, sta facendo orecchie da mercante alla voce dei giovani e non ha colto quella scintilla di cambiamento e di progresso che li anima. La chiusura ferma del governo ha reso la protesta più radicale che mai, fino ad arrivare a promulgare una legge speciale il 18 maggio scorso, la “Loi 78”, comunemente chiamata “loi matraque” (legge manganello), che impedisce i diritti fondamentali di manifestare liberamente il proprio pensiero. La legge, criticata da molti tra cui Amnesty International del Canada francofono,

vieta le manifestazioni spontanee e sanziona, tra l’altro, chi organizza o partecipa a una manifestazione di più di cinquanta persone senza avvertire le forze dell’ordine otto ore prima dandone un itinerario che può essere modificato a piacimento da queste ultime; ritiene le associazioni responsabili di infrazioni commesse anche solo da individui facenti parte dell’associazione stessa, con multe fino a 125,000$, minando qualsiasi principio associativo, e prevede sanzioni salate a individui o associazioni che sostengono la protesta, addirittura attraverso twitter, ha fatto intendere la ministra dell’educazione Michelle Courchesne in un suo intervento all’Assemblea nazionale durante il dibattito per l’adozione della legge.

La legge ha generato un clima d’intimidazione e paura, ma anche, e soprattutto, sdegno. Subito dopo la sua entrata in vigore, la brutalità e l’arbitrarietà degli interventi della polizia sono andate aumentando, tra i più gravi un ragazzo ha rischiato la vita e due hanno perso l’uso di un occhio per non enumerare le centinaia di feriti. La sera del 23 maggio quasi 700 persone sono state arrestate, di cui 518 a Montréal e 176 a Québec City, il più grande arresto di massa mai visto in città, di persone che per la maggior parte manifestavano pacificamente. In totale, durante questi quattro mesi di sciopero, più di 2,000 persone sono state arrestate, alcune detenute e la maggior parte rilasciate con multe fino a 600$.

Nonostante ciò, il movimento si è rinforzato, la legge ha fatto scendere nelle strade molte più persone, anche coloro che non appoggiano il movimento studentesco ma che si sentono privati di un diritto fondamentale, quello di esprimere il proprio pensiero. Alle manifestazioni giornaliere che gli studenti mettono in campo da oramai 108 giorni, camminando quotidianamente in media 15-20 chilometri e attraverso molte altre attività creative, si sono aggiunti i professori, i cittadini scontenti, gli avvocati contrari alla legge, le “mères en colère et solidaires” e les “têtes blanches au carré rouge”. Xavier Dolan giovane regista monrealese ha partecipato al festival di Cannes mostrando con fierezza il suo quadrato rosso, simbolo della protesta, così come gli Arcade Fire, band di fama internazionale formatasi a Montréal, durante la loro esibizione al Saturday Night Live lo scorso 19 maggio.

Martedi 22 maggio, si è tenuta la manifestazione per celebrare i 100 giorni di sciopero, “100 jours de grève, 100 jours de mépris, 100 jours de résistance”: una marea umana di centinaia di migliaia di persone, almeno 250,000, ha invaso la città di Montréal. Contemporaneamente delle manifestazioni di supporto internazionale si sono tenute a New York, Parigi e in altre parti del mondo.

Da martedì sera si è messo in moto il movimento “Les casseroles du Québec contre la loi 78”, seguendo l’esempio del Cile e dell’Argentina, dalle venti in punto si esce in strada, sul balcone o alla finestra, si fanno risuonare pentole, mestoli e cucchiai. Ogni sera in quasi tutti i quartieri della città si può assistere a un gran concerto di tintinnii e parate spontanee di cittadini che si oppongono alla legge, e nella pratica, disobbediscono. Le forze dell’ordine si sono viste costrette a tollerare l’infrazione della nuova legge vista la quantità di gente di tutte le età nelle strade, suggellandone l’inapplicabilità.

Le associazioni studentesche, di comune accordo con altre settanta organizzazioni sindacali, comunitarie e ambientaliste, tra cui la Fédération québécoise des professeures et professeurs d’université, hanno portato la legge in tribunale tacciandola di anticostituzionalità.

Se il movimento popolare e delle coscienze è in pieno risveglio in quello che è stato rinominato il “Printemps érable”, ispirandosi alla Primavera araba e al simbolo canadese, la foglia d’acero, la politica quebecchese è in fase d’ibernazione. A un primo rifiuto di negoziare l’aumento delle tasse, il governo si è visto costretto a cedere data la pressione sociale. Le trattative tra la ministra dell’educazione e i rappresentanti delle associazioni studentesche, che hanno proposto una contro-offerta, sono riprese lunedì 28 maggio e proseguiranno nei giorni a venire, sperando che la costanza, la caparbietà, la creatività, l’impegno, il coraggio e lo spirito critico degli studenti québécois diano i loro frutti e inspirino tanti altri.

Una prima versione di questo articolo è stata pubblicata su Indymedia.

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Le « printemps érable » – Intervista a Éric Martin

Di Lucio CastracaniDavide Pulizzotto, pubblicata la prima volta su Uninomade

Université Inc., Lux Éditeur.

Éric Martin è un professore di filosofia di un liceo di Montréal e ricercatore di un Istituto di ricerca indipendente (IRIS), nonchè dottorando all’università di Ottawa. Abbiamo scelto di intervistarlo perchè autore di un libro che ha ispirato il movimento. Nonostante non possa definirsi rappresentativo del pensiero di 200.000 student*, Université inc., scritto insieme a Maxime Ouellet, racchiude le principali argomentazioni contro l’aumento delle tasse e le politiche neoliberiste del Governo Charest. L’intervista è divisa in due parti. La prima ha l’intenzione di far sentire che tipo di atmosfera si respira qui in Québec da circa 110 giorni, attraverso la voce di Éric. La seconda verterà invece su alcuni punti critici del testo, con il tentativo di far trapelare i concetti, il pensiero e il tipo di filosofia che vibra in questo Québec in rivolta.

Puoi spiegarci quali sono i contenuti politici dell’aumento delle tasse universitarie? 

La decisione del governo segna la fine di un modo di pensare l’università. Qui in Québec il modello era molto più vicino a quello social-democratico europeo che al modello anglofono. La ministra Beauchamp, in seguito dimessa, parlava di una rivoluzione culturale: “branchement” (connessione) dell’università alle aziende, crisi della libertà accademica, addossamento dei costi formativi ai singoli individui.

Il comportamento del ministero dell’educazione del primo ministro Jean Charest è stato fin dall’inizio di chiusura, di rigidità e soprattutto di disprezzo. Durante tutto il conflitto hanno lasciato che la situazione degenerasse e, talvolta, hanno fatto delle false proposte che, alla fine dei conti, si presentano meglio come degli insulti. Ad esempio, la proposta di spalmare l’aumento delle tasse dai cinque ai sette anni, ma che, con il calcolo di alcune variabili quali l’inflazione, aumenta dai 1625 $ previsti ai 1776 $. Un solo anno accademico di 30 crediti costerà agli studenti 3793 $, senza alcuno sconto e con un maggior indebitamento e un sistema di borse meno efficiente.

Poi hanno pensato di istituire delle commissioni per la valutazione delle eccellenze, e dei meccanismi di assicurazione qualità, ma che di fatto sottostanno a logiche di mercato. Le commissioni sottometteranno le università alla valutazione di esperti che agiscono secondo criteri di pertinenza e di qualità basati sul Processo di Bologna, altra ispirazione del governo del Québec. É chiaro che qui si vuol cambiare verso i modelli universitari anglofoni ed europei post-Bologna, assoggettando il sapere ad una spregiudicata, rude e selvaggia gestione neoliberale. É il neoliberismo che stiamo combattendo. Anche per questo il clima è diventato violento.

Cosa pensi della repressione poliziesca? 

La situazione è molto difficile, ci sono persone che hanno perso gli occhi a causa dei lacrimogeni e dei proiettili di plastica, altri studenti con il braccio, la gamba o la la testa rotti. Qui non siamo abituati ad una tale repressione. Il clima è veramente degenerato. Ma non c’è solo la violenza poliziesca che stiamo subendo, ma anche quella politica e giudiziaria. I tribunali sono entrati nel dibattito politico attraverso l’utilizzazione del diritto e sancendo il ritorno in classe per alcuni licei. É un modo per depoliticizzare il movimento. Lo stesso Governo e il CREPUQ (Conferenza dei Rettori Universitari del Québec) hanno sempre cercato di criminalizzare il movimento e, invece di parlare di uno sciopero, lo accusano di boicottaggio dei corsi. I professori sono quindi costretti a ritornare ad insegnare nonostante lo sciopero da loro stessi votato. Ogni forma di solidarizzazione con gli studenti è repressa dalla polizia con cariche violente. Viviamo un periodo di disprezzo totale per la loro professione. Anche tra gli studenti, ovviamente quelli a favore dell’aumento. Molti fotografano i loro docenti per denunciarli, per fargli prendere delle multe o farli arrestare. Molti li accusano di essere comunisti, come se fosse un’aggravante. Qui non si tratta di rivoluzione, ma di accesso gratuito all’educazione.

Perché l’educazione è un diritto e dev’essere gratuita? 

Per definizione la conoscenza non è mercificabile, la sua logica di circolazione e di produzione è la cooperazione. Quando imponiamo il segreto industriale e mettiamo dei brevetti, impediamo la possibilità della conoscenza di fiorire. Come Spinoza diceva, la conoscenza è l’unico bene che una volta condiviso, non diminuisce ma aumenta. É un bene che non è assoggettato a logiche di scarsità. Quando mettiamo un prezzo alla conoscenza, freniamo le condizioni stesse della sua produzione e lo sviluppo del pensiero.

Questo è il più grande movimento studentesco del Québec. Più grosso e duraturo di quello del 2005, che inaugurò i “carrés rouges”. Cos’è cambiato? 

Ero studente nel 2005. C’era lo stesso governo Charest ma era più conciliante all’epoca. Il problema era differente. Il governo voleva tagliare le borse e i prestiti studenteschi per l’aiuto finanziario. Avevamo il consenso totale della società quebecchese, poiché un taglio di quel genere avrebbe escluso un’ampia fetta della popolazione dall’accesso all’educazione. Era un problema più semplice.

Con l’aumento delle tasse la posta in gioco è più nevralgica. È una componente strutturale del neoliberalismo, e il governo ci tiene particolarmente. Ricordiamoci che è il partito liberale che governa da diversi anni. Il problema principale è inoltre che, nel corso degli ultimi anni, c’è stato un grande sforzo di propaganda, da parte dei media e del governo, per difendere l’aumento delle tasse e incidere sull’opinione pubblica. Hanno cercato di difendersi dicendo che prestiti e borse ridurranno l’impatto dell’aumento dei costi universitari. Ma ciò è difficile da dimostrare. Nel breve termine, forse, non si noterà molto il tipo di indebitamento a cui gli studenti devono abituarsi. Ma a lungo termine la situazione cambia notevolmente e le cifre sono esorbitanti. Ma ciò che non si dice è che si tratta di una vera e propria privatizzazione dell’educazione superiore, la quale cambia anche in maniera perversa la finalità dell’università. In particolare, come si diceva, attraverso il “branchement” delle formazione alle corporazioni sotto l’unico imperativo della crescita del capitale. Il problema è la missione, il ruolo e la natura dell’università, che non può cambiare per il profitto del capitalismo.

La differenza tra il 2005 ed oggi è l’ampiezza del movimento, le reazioni del governo ma soprattutto il problema di fondo, che oggi è l’affermazione del neoliberalismo in Québec. Abbiamo l’impressione di affrontare un mostro inflessibile.

Possiamo dire che si tratta di una resistenza che studenti, professori e ricercatori, ma anche lavoratori, pongono alle politiche neoliberali di privatizzazione del settore pubblico? 

Sì, certo. Il ministro delle finanze dice chiaramente che gli studenti non sono né i primi né gli ultimi a subire tutto ciò. Si tratta di una rivoluzione culturale in tutti i settori. Nel sistema medico, ad esempio, hanno preannunciato che i cittadini dovranno assumere la mentalità per cui la sanità è un servizio a pagamento. È un’azione trasversale a tutti i settori. La forza degli studenti è di organizzarsi e di mobilitarsi, mentre la maggior parte dei lavoratori sindacalizzati, tra cui anche i professori, non possono a causa delle leggi che gli impediscono di scioperare. La “legge speciale 78” ha come obiettivo proprio la repressione giuridica e poliziesca di questa potenza.

Gli studenti hanno avuto una libertà di movimento e di mobilitazione che li rendeva capaci di sostenere e portare avanti questo movimento. Ma la legge sta risultando inefficace, perché ci sono sempre più studenti e lavoratori che scendono in strada e si uniscono al movimento. Se il governo vince questa resistenza, spalancherà la porta all’austerità in tutti i settori pubblici.

Recentemente gli studenti hanno manifestato anche contro il Plan Nord(1).

I rettori delle principali università di Montréal mettono a disposizione di Charest i propri ricercatori e professori per il cosiddetto “Plan Nord”. Hanno domandato ai ricercatori, che normalmente dovrebbero essere liberi e critici della società, di implicarsi loro stessi nello sfruttamento minerario. Questo è un esempio di “branchement” tra il pensiero libero, l’università, il sapere e l’accumulazione capitalista, le corporazioni ed il governo, che compongono una sorta di tripla ellissi azienda-governo-università, per alludere a The New Production of Knowledge, di Michael Gibbons, et altri. Il solo scopo adesso è di attirare il capitale straniero per distruggere le risorse comuni del Québec. Il “plan Nord” è un’espropriazione. Inoltre il governo non vuole discutere, dice che è stato già deciso. È un progetto di sfruttamento delle miniere ed il problema è che il “branchement” tra università, azienda e Governo esclude ogni sorta di pensiero critico.

Per giudicare lo spessore morale di Charest basti pensare alla battuta di spirito che ha fatto ridere pochi sostenitori del partito liberale, durante il convegno sul Plan Nord. Quel giorno c’erano molte persone che manifestavano fuori dal Palazzo dei Congressi che, alla fine, sono state represse violentemente dalla polizia. In quell’occasione Charest ha detto: “Si vede che il Plan Nord sta avendo successo. Ci sono già migliaia di studenti fuori, a cui possiamo trovare un lavoro al nord”. Il riferimento ai gulag stalinisti mi fa ancora accapponare la pelle. La critica la mandiamo al nord, affinché possiamo svolgere tranquillamente i nostri affari. È un’attitudine autoritaria. Il disprezzo è evidente, così come l’idea di mettere i servizi pubblici ed i territori al servizio delle corporazioni.

Durante le manifestazioni, abbiamo visto molte bandiere del Québec. Poi abbiamo ascoltato discorsi sulla lotta di classe, anche dai porta parola della “Classe” (la principale coalizione di associazioni studentesche del movimento). In che modo le istanze di classe e quelle nazionali si ritrovano e sembrano convivere nello stesso movimento? 

Il Québec è stato sempre in una posizione difficile. Negli anni ’60 un grande movimento indipendentista si poneva la questione: ci leghiamo alla lotta di classe o ad un progetto nazionalista borghese? La tendenza che ha vinto è la stata la seconda, quella di un “Québec Inc”, una piccola borghesia che non ha messo in questione il capitalismo. Ma l’indipendenza dal Canada conservatore, oggi, non significa fare del denaro. Gli studenti hanno ritrovato la direzione degli anni ’60, quella in cui socialismo e indipendenza, nazionalismo e marxismo cercavano di convivere. La critica al capitalismo deve basarsi sulla riappropriazione del comune, dell’uno-comune, ma non in una prospettiva razzista o xenofoba, o elitaria; bensì in un senso socialista. Quello che è importante non è l’economia, ma la condivisione.

Il testo di Éric, Université Inc. Des mythes sur la hausse des frais de scolarité et l’économie du savoir, riesce a smontare, in maniera sistematica e intelligente, gli otto miti per mezzo dei quali si cerca di influenzare l’opinione pubblica ed argomentare a favore di un aumento delle tasse giusto e inevitabile. In un qualche modo il testo urla che il re è nudo: il sottofinanziamento delle università è una bugia; l’aumento delle tasse ridurrà l’accesso all’università; la compensazione delle borse di studio per i più poveri non basterà a garantire il diritto allo studio; non è giusto che i medici si indebitino di più rispetto agli storici; l’investimento sul “capitale umano” è una retorica neoliberista che non coincide con la natura del sapere; non è vero che pagare meno un corso di laurea ne diminuisce il valore; le donazioni di privati e il servizio delle fondazioni minacciano l’indipendenza delle università; infine, non è vero che la commercializzazione della ricerca universitaria pagherà il sistema universitario nella sua totalità. Ricordiamo che il Québec è un’isola felice in un oceano di università che si rifanno al modello anglofono nordamericano. È l’anomalia gioiosa del Nord America, da sempre più vicino ai modelli di welfare europei.

Dietro queste contro-argomentazioni ci sono due o tre punti chiave che, in maniera trasversale, costituiscono l’interpretazione globale del testo. In particolare, l’idea di un umanismo rinnovato che sia alla base del concetto di università. Come rispondi allora alle critiche antispeciste, femministe e anti-imperialiste? Non credi che l’idea di una civiltà rinnovata a partire dal concetto di uomo, e non da quello di bene comune, per esempio, sia portatrice di una serie di valori, come l’antropocentrismo o l’occidente-centrismo, che dovrebbero essere invece superati? 

Bella domanda, grazie. Cercherò di rispondere al meglio. Per il momento assistiamo ad una strumentalizzazione dell’università, mossa da una razionalità tecnico-scientifica che si vuole al servizio della crescita del capitale. Si tende ad espellere la cultura in quanto tale, giungendo cosi ad una particolare forma di barbarie: un insegnamento rude, di bassa qualità e assoggettato a logiche di mercificazione del sapere. Questo si deve combattere e per farlo bisogna ritornare ad un altro ideale, che raccolga l’idea di una vera università, che ricordi la sua vocazione e il suo principio, ovvero l’Universitas magistrorum et scholarium. Bisogna ritornare all’universale, anche se ciò non vuol dire che intendiamo o possiamo raggiungerlo.

Io sono un allievo di Michel Freitag. Per lui, la dinamica del sapere doveva armonizzarsi all’interno di una tensione tra l’universalità e il suo ideale. In questo senso, l’università dovrebbe rincorrere il suo ideale, che è l’universale. Tuttavia, questa dinamica pone il sapere in un costante lavoro di critica e messa in discussione di se stesso. Quello che si pensa di sapere sull’uomo e il suo rapporto con la natura e il mondo non è mai una conoscenza completa e definita. Non esiste la fine della storia e, per me, ricercare un nuovo umanismo significa sapere che non lo si troverà mai. Quello che è necessario è un ritorno ad una ricerca dell’umanismo, che servirà a costruire un insegnamento di qualità. Ciò non significa, ripeto, che questi programmi di studio non devono essere criticati o non devono essere messi in discussione da critiche più attuali quali il rapporto uomo-donna, per esempio, o le ricerche anti-coloniali, o ancora il legame tra uomo e natura. Queste erano delle problematiche che, effettivamente, il vecchio umanismo antropocentrico ha sempre voluto trascurare.

In realtà, è proprio Marx che ci aiuta a comprendere questo cammino. In particolare quando diceva che l’essere generico dell’uomo è di produrre nel rispetto di se stesso, degli altri e della natura che lo circonda. Queste piste e l’apporto delle teorie critiche potrebbero arricchire il concetto d’universale e d’umanismo, che rimarranno sempre a lavoro su loro stessi. Il sapere è un work in progress, ma che cerca di cogliere il giusto rapporto tra l’uomo e il mondo. Non si può criticare il sapere sostituendo la ricerca dell’universale con l’assoggettamento al capitale. Bisogna riportare la cultura e il sapere nella propria dimora e cercare di definire questo essere in comune nel mondo. Questo dovrebbe essere il ruolo delle università. Al contrario ci prepariamo al suicidio delle società.

Un altro elemento chiave del libro è proprio il ruolo dell’università. Nella prima parte del libro si argomenta contro la retorica del sottofinanziamento delle università, che giustificherebbe questo aumento delle tasse. La contro-argomentazione si incentra invece sull’idea di un mal-finanziamento, che aiuterebbe a spiegare le ragioni di un congelamento della retta universitaria. Il problema è che il concetto di ricerca viene ridimensionato a favore del concetto di insegnamento e di trasmissione del sapere. In parole povere, si dice che la causa del mal-finanziamento sia un sovra-finanziamento nella ricerca. Non credi che sia pericoloso argomentare contro un’università della ricerca, in quanto fulcro del concetto di università neoliberista, e a favore invece di un’università dell’insegnamento, come dimora del sapere nel nuovo umanismo? 

Sono convinto che il ruolo delle università sia di trasmettere il patrimonio comune dell’umanità e di sviluppare un pensiero critico. Ciò significa che l’insegnamento è prioritario. La ricerca deve essere solo libera ed indipendente e mai una ricerca strumentalizzata o mercificata. Il sottofinanziamento è una mensogna creata ad hoc dal CREPUQ (Conférence des recteurs et des principaux des universités du Québec), che non calcola mai per intero l’afflusso totale di denaro che arriva alle università. Invece in Québec c’è una spesa media per studente che supera di gran lunga la media del Canada anglofono e del Nord America in generale. Questo dimostra che i rettori si lamentano con la bocca piena. Il vero pericolo del mal-finanziamento è che il potere dominante possa distorcere il senso della questione per trarne vantaggio. Allora potremmo trovarci di fronte a nuove forme di gestione delle università che, in nome dell’efficienza e del profitto, assecondino la privatizzazione e il controllo del sapere, tagliando magari su programmi di studio poco inclini alla commercializzazione, come i saperi umanistici. Per questo motivo ritengo sia utile mostrare che la maggior parte del denaro pubblico va alla ricerca a non all’insegnamento; che ci sia una ineguaglianza tra programmi di studio più redditizi e programmi meno commercializzabili (per esempio medicina veterinaria vs letteratura); e che infine anche tra università più eccelse e meno eccelse ci sia questa disparità di finanziamento, allora che “University McGill” riceve 30.000 $ di denaro pubblico per studente, mentre L’“Université du Québec à Rimouski può contare sulle misere 9.000 $ per studente. La questione del finanziamento deve rispondere a criteri che sono inerenti all’educazione e alla formazione, e non a logiche di libero mercato. Prima di decidere le politiche di finanziamento delle Istituzioni del Ministero dell’Educazione bisogna chiedersi a cosa serve l’università e qual è la sua vocazione e il suo ruolo all’interno della società. Ciò significa slegare il finanziamento pubblico universitario dalle logiche imprenditoriali del libero mercato. Lo Stato dovrebbe perseguire il bene comune, appunto, e non soltanto l’interesse privato di qualche imprenditore.

Un capitolo del testo è dedicato al concetto di capitale umano, definito come una retorica antipedagogica che serve a disciplinare gli individui. Poi si specifica in che modo proprio l’indebitamento degli studenti sia una delle cause principali di disciplinamento stesso del sapere. Facendo allusione alla definizione di Foucault sui “corpi docili”, si può parlare oggi di un “sapere docile” come mezzo attraverso il quale il potere domina le soggettività? 

L’indebitamento degli studenti è il principale mezzo di assoggettamento. I giovani sono costretti a ragionare in termini utilitaristici e d’investimento personale, come se fossero dei piccoli imprenditori di se stessi. C’è tutta una cultura dietro che supporta questo tipo di ragionamento e che socializza i giovani all’idea che l’educazione serva alla ricerca di un impiego, che sia un atto individuale e non collettivo, che sia un percorso di miglioramento del proprio saper-fare e non più un percorso di formazione di un bagaglio culturale. Degli studenti mi hanno raccontato di essere andati ad una serata di gala per la fine dell’anno accademico in cui, dopo la resa pubblica dei risultati dei miglior studenti, si è svolta una conferenza i cui relatori erano soltanto imprenditori o delegati di grandi imprese. Si tratta di diffondere una emulazione dell’investitore e dell’imprenditore, un attitudine all’“Io inc.”. Se guardiamo alcune campagne pubblicitarie delle Università di Ottawa, per esempio, lo slogan di base è: “I’m investing in myself”. C’è un immaginario dello studente come investitore di se stesso, che supera così la questione dell’indebitamento e che si basa sulla finanziarizzazione di se stessi. Per le banche che partecipano alla finanziarizzazione dell’economia, il debito degli studenti diventa una fonte di speculazione: un prestatore investe sulla formazione di alcuni individui per trarre profitto dal loro salario futuro.

Del capitale umano già Marx ne parlava nel 1859 in maniera assai critica, svelandone la subdola retorica manipolatrice al servizio del capitalismo. Fu l’utilizzazione di Stalin che rovesciò la connotazione del concetto da negativa a positiva, e che affermò “l’uomo come il capitale più prezioso, la cui utilizzazione, cosi come quella delle macchine, doveva essere razionalizzata; al fine di produrre una grande crescita delle forze produttive”. Mi pare che sia assai inquietante vedere che un termine di Stalin venga ripreso dall’OCSE e diffuso ideologicamente dai media mainstream e dalla politica partitica.

Quindi i fallimenti vengono percepiti come un fallimento personale… 

Sì, come una perdita in borsa. È un gioco di rischi e scelte razionali, di cattivi investimenti e buon calcoli, di scelte di portafoglio. Siamo di fronte alla finanziarizzazione della vita. Lagovernamentalità di Foucault ci basta per capire come oggi il neoliberalismo e il capitalismo governino per mezzo della libertà. Si dice che gli esseri sono liberi, ma poi si pongono tutta una serie di restrizioni che, di fatto, alienano la libertà. Gli studenti vivono quindi l’incubo del debito, della pressione, del calcolo del tempo, etc. Il neoliberalismo vuole un uomo nuovo, che non è un nuovo umanismo, ma una matematizzazione ed economicizzazione dell’esistenza. È un impoverimento enorme della cultura.

Ultima domanda. Nel testo è evidente una dura critica al capitalismo cognitivo, considerato una ideologia al servizio della mercificazione del sapere e della strumentalizzazione economica e finanziaria degli student*. Ci chiediamo se invece proprio l’analisi del capitalismo cognitivo e delle trasformazioni del lavoro post-fordista, insieme al lavoro critico condotto in Francia e dai post-operaist* italian* non sia la lente attraverso la quale analizzare le politiche neoliberiste. Perché è evidente che i soggetti e le conoscenze sono diventati il capitale fisso delle aziende. Il capitalista ha perso la funzione di organizzare il lavoro e fornire i mezzi di produzione. Il lavoro vivo e il lavoro morto si ricongiungono nei corpi. È possibile allora, secondo te, ribaltare la questione, dicendo che tutto ciò, il sapere, gli affetti, le relazioni, i corpi, fanno parte del comune, e non più del privato o del pubblico? Di quel comune che tanto ricerchiamo? È possibile, per concludere, argomentare, attraverso il capitalismo cognitivo e l’idea che il sapere sia un bene comune, a favore del libero e gratuito accesso alla formazione? 

Veramente una bella domanda. Secondo me, l’economia del sapere è uno stadio del capitalismo il quale, per continuare a creare valore, cerca di razionalizzare e valorizzare la formazione della mente e la formazione della manodopera; al fine di rendere flessibile la mente e farla coincidere con l’ibridazione post-fordista. In fin dei conti, l’economia del sapere è una locuzione ideologica che designa il capitalismo avanzato, in crisi, che ha bisogno dell’eredità che Marx chiamava “morale-storica” e della privatizzazione della dimensione simbolica della produzione umana per creare un valore.

Per quanto riguarda Negri e gli operaisti, con il rischio di portarvi dispiacere, credo che facciano un errore fondamentale. Hanno la tendenza a valorizzare molto le singolarità autoproduttive e l’idea che l’unico problema sia l’Impero, e che una volta sconfitto, il comune si dia in maniera autonoma e immediata, attraverso l’esperienza della sua produzione copiosa. Io sono piuttosto hegeliano-marxista, il mio lavoro parte da una analisi del capitalismo intesa come una forma di mediazione sociale. Questa mediazione non risiede solo in un potere esterno, ma è anche una forma di rapporto sociale che esiste all’interno della classe operaia. Per me è inconcepibile che la moltitudine si offra immediatamente a se stessa, e che non sia già strutturata essa stessa da una forma di mediazione feticista del rapporto sociale, ovvero il lavoro astratto. Per cui il ritiro del potere dominante non pone le condizioni per la determinazione di un soggetto puro, che si offre a se stesso attraverso una autoconoscenza di se stesso. Bisognerebbe invece intraprendere una critica del valore astratto e della forma-valore come forma di mediazione sociale, che implicherebbe una critica del lavoro e, anzi, la sua stessa abolizione. Naturalmente l’abolizione del lavoro astratto e dunque del valore astratto. Il fine è di raggiungere un concetto non astratto della ricchezza reale. Dopo di che, bisognerebbe pensare ad altre forme di mediazione e di istituzioni che creino le condizioni di una libera condivisione della conoscenza. Ciò però non si basa solo sull’idea dei software liberi e dell’open source, ma sull’idea di un’istituzione delle mediazioni sociali, in senso hegeliano, che abbiano il ruolo di ricreare dei rapporti non feticizzati. Dunque produrre dei legami sociali non feticisti, di cui la principale caratteristica sarebbe nell’ordine della gratuità e del dono. La lettura spinozista-marxista anti-giuridica, qui penso ad Anomalia Selvaggia di Negri e alla prefazione di Deleuze, critica violentemente Hegel e la tradizione giuridica. Secondo me, purtroppo, una società del dono dev’essere istituita. Ad un certo punto bisogna pensare al momento del diritto e dell’istituzione. Il comune non si dà attraverso delle connessioni libere tra singolarità autoproduttive, ma questo deve essere piuttosto istituito. La mediazione hegeliana è indispensabile e, secondo me, se Marx avesse avuto il tempo di scrivere la sua teoria positiva dello Stato, forse, avremmo potuto intravedere una migliore articolazione tra la struttura hegeliana e quella di Marx.

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(1) Il Plan Nord è un programma economico di sfruttamento delle risorse naturali (minerarie, forestali e di gas) del Grande Nord del Québec, e in particolare le regioni di Côte nord e Saguenay-Lac-Saint-Jean. Oltre alla privatizzazione delle risorse naturali, citata da Eric, il piano prevede anche l’espropriazione dei territori di alcune popolazioni autoctone. Per tale motivo, gli Innu e gli Anishnabe si sono schierati contro il programma.

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Brève traductologique sur le caractère parodique de la grève étudiante, du « printemps érable » aux manifestations de casseroles

Par René Lemieux | Université du Québec à Montréal

Plusieurs se désolent des formidables créations du mouvement étudiant : le carré rouge comme symbole reconnaissable de tous, l’expression « printemps érable » ou encore les manifestations de casseroles commencées suite à l’adoption de la Loi spéciale 78. Pour chacune de ces créations, on peut lire le cortège des grandes pleureuses de la droite québécoise qui n’en ratent pas une lorsqu’il s’agit d’amoindrir le mouvement de grève. On pourra lire, si on y tient, Isabelle Maréchal s’attaquer à Xavier Dolan en critiquant le carré rouge et en le liant aux Brigades rouges italiennes, ou Richard Martineau sur l’expression « printemps érable » (à partir de « printemps québécois ») ou sur les manifestations de casseroles. À chaque fois, ce qu’on pourrait appeler la secondarité de la symbolique, son caractère dérivé (généralement de l’ordre de l’intertextualité, c’est-à-dire en référence à un discours antérieur), est décriée, précisément leur aspect parodique (plus ou moins conscient de la part des créateurs, selon ces commentateurs de droite).

Si cette critique est parfois de mauvais goût et n’exprime franchement qu’une incompréhension du mouvement étudiant, elle vaut toutefois la peine d’être explorée, ne serait-ce que pour son attaque de la secondarité, attaque qui est l’expression d’un préjugé métaphysique tenace depuis Platon : ce qui est second n’est pas premier, cela va de soi, il n’est donc ni originaire, ni authentique, bref, c’est une « traduction ». C’est au caractère traductif de la symbolique que je m’intéresserai, mais aussi à ses conséquences, d’abord pour cette fameuse expression « printemps érable » qu’on semble tant aimer, surtout en France (dans Le Point, L’Express, Le Courrier international, Les InrockuptiblesL’Humanité, Libération, Le Monde, Le Nouvel Observateur, etc.), ensuite pour ce qui est des casseroles.

Comme une parodie de traduction

L’expression « printemps érable », quand même peu usitée par le mouvement étudiant, fait d’abord référence au printemps arabe, une série de révoltes ayant abouti avec la chute des dictatures de Tunisie et d’Égypte au printemps 2011. Doit-on voir dans l’usage de l’expression la volonté d’une comparaison entre une rébellion démocratique contre des dictatures et le mouvement étudiant au Québec? C’est ce que nos commentateurs de droite ont vu et ont critiqué. Pourtant, une telle comparaison se serait traduite en « printemps québécois », où, à la place du terme « arabe », on aurait simplement substitué l’adjectif « québécois ». Or, on parle de « printemps érable » qui joue non pas sur le sens de l’expression originelle, mais sur le rapprochement phonique « arabe—érable ». Si les journaux français y ont vu le « symbole canadien », on sait bien au Québec que sa signification est tout autre, puisque au-delà d’un symbole national, le printemps, c’est le « temps des sucres », le moment du dégel où la sève de l’arbre recommence à circuler, sève qui pourra être recueillie pour la fabrication du sirop est des autres produits dérivés de l’érable (comme le beurre d’érable). Bref, c’est le renouveau festif du germinal québécois après un hiver toujours trop long, toujours trop froid.

On considère généralement une parodie comme l’« imitation d’une expression d’autrui, dans laquelle ce qui est sérieux chez l’autre devient ridicule, comique ou grotesque » (on pourra lire Profanations de Giorgio Agamben, pp. 39 à 59, pour un plus long développement sur cette question). Or, la parodie avait un tout autre sens chez les Grecs de l’Antiquité, c’est le παρῳδία, ou, décomposé, le παρά de l’ ᾠδή, c’est-à-dire le « à côté » du « chant » : l’accompagnement (sonore – au théâtre), et au sens littéral, ce qui n’a pas de lieu propre. « Parodie » possède donc un sens premier qui pourrait relever de l’euphémisme : on ne prend pas la voie directe, frontale, mais de biais, et dans le cas de « printemps érable », on ne se mesure pas directement à l’aune des révoltes arabes (on ne s’identifie pas directement à elles), mais on les accompagne, humblement.

Si « printemps érable » est bel et bien une parodie, c’est parce qu’il décale le référent tout en lui donnant sa juste valeur. Contrairement à ce que pensent nos commentateurs du Journal de Montréal, on ne s’y compare pas, on n’en fait pas non plus un modèle, mais on mesure son caractère premier par le biais d’une autodérision franche et sincère, en définitive, saine.

Une traduction de « printemps érable » est-elle possible?

Comment alors traduire l’expression dans les autres langues? L’anglais offre un exemple intéressant. La première traduction fut maple spring qui est une traduction littérale dont la référence au « printemps arabe » est amoindrie puisque seule l’idée de la saison subsiste. C’est le Überleben benjaminien, quelque chose survit au passage des langues, ici, une des idées, mais ce passage se fait au risque de perdre la quasi-homophonie et le sens parodique qu’elle offrait. Il s’agit, dans la conception platonicienne de l’ontologie, d’une pauvre copie d’une copie (ici c’était l’expression québécoise).

Une deuxième traduction a commencé à voir le jour récemment : Maple Spread. Certains reconnaîtront l’expression, il s’agit de cette pâte à tartiner faite à base de sirop d’érable et consommé généralement au petit déjeuné (en français « beurre d’érable »). L’expression met l’accent sur le caractère disséminant du spread : c’est l’étalement, l’extension, l’étendue, etc. L’expression est employée pour désigner le mouvement à l’extérieur du Québec (notamment en Ontario, avec le Ontario Students Mobilisation Coalition) qui veut continuer la lutte étudiante commencée au Québec : l’étaler.

La question se pose : de quoi maple spread est-il la traduction? Car il ne s’agit pas ou plus tellement d’une traduction de « printemps érable », mais aussi d’une parodie. Pour reprendre les catégories platoniciennes, nous ne sommes plus dans la mauvaise copie, mais carrément dans le simulacre, dans cette « copie » qui est ontologiquement détachée de l’original. Ou pour reprendre l’expression benjaminienne, nous ne sommes plus dans une volonté traductologique du Überleben (la survie au sens transcendantale), mais du Fortleben : la survie au sens de la continuation de la vie, le living on. Ce n’est plus l’« idée » originale qui compte, mais ses conséquences, ses effectuations, ses réalisations.

Le « living on » des casseroles

Le 18 mai 2012, le gouvernement libéral de Jean Charest faisait adopter par l’Assemblée nationale la Loi spéciale 78 qui restreignait, en autres choses, le droit de manifester. Presque immédiatement, une initiative sur les réseaux sociaux suggéraient de taper sur des casseroles pour manifester le droit de manifester, ce qui a pu donner, parfois, notamment à Montréal, des rassemblements nocturnes impressionnants :

Au départ, l’idée était d’« imiter » ce qui s’était fait en Amérique latine, notamment au Chili pendant la dictature militaire : à l’interdiction de manifester (par la limitation du nombre de manifestants), on manifeste encore plus bruyamment son mécontentement.

Les critiques de droite ont encore une fois saisi l’occasion pour voir là une démesure : comment osez-vous, semblent-ils dire, vous comparer à la situation politique des dictatures sud-américaines? Or, si l’expression « printemps érable » semble parodique, en tout cas décalée par rapport à « printemps arabe », l’usage des casseroles au Québec se veut analogue à l’usage qu’on en faisait dans le Chili des années soixante-dix. Peut-être avons-nous affaire ici encore une fois à une parodie, mais cette fois, ce n’est plus le mouvement étudiant qui parodie les révoltes d’ailleurs, ce sont les dictatures des pays étrangers qui sont parodiées par notre gouvernement. La Loi spéciale 78 n’a-t-elle pas quelque chose de la parodie d’un régime autoritaire, et Jean Charest n’agit-il pas comme une parodie d’Augusto Pinochet? Bien sûr, il ne s’agit pas d’une imitation en tous points semblables, mais quelque chose du rapprochement de biais. Les manifestations de casseroles ne sont donc pas l’importation directe des méthodes de contestations d’Amérique latine, mais les révélateurs des méthodes de gouvernance totalitaires importées par notre gouvernement.

***

S’il est possible de voir de la parodie dans le mouvement de contestation étudiant, c’est aussi parce qu’un mouvement de révolte, dans notre monde globalisé par l’économie capitaliste, ne se développe pas en vase clos, mais participe à une résistance face à la pensée néolibérale. Qu’il soit parodié ou parodique ne signifie finalement que le mouvement est traduit, c’est-à-dire transformé, déplacé, excentré, adapté, etc. Les mouvements et les manières de faire d’ailleurs nourrissent notre propre combat.

Mais la parodie peut aussi agir sur notre propre culture. Récemment, la très belle initiative d’Étudiants-Secours qui parodie l’organisme Parents-Secours est à cet égard une formidable réévaluation, moins de l’organisme original, mais de ce que signifie « (se) protéger » (ici, contre la police), tout en parodiant du même coup tout le discours sur l’infantilisation du mouvement étudiant à l’œuvre depuis le début de la grève. Ces parodies, loin d’être à la traîne du discours social – c’est-à-dire second –, participent d’une repolitisation de notre culture qui autrement serait restée amorphe et insignifiante. C’était peut-être ça, au fond, le souhait implicite de la droite médiatique.

2 Commentaires

Classé dans René Lemieux

Montréal, au cœur des ténèbres

Traduction d’un article de Dave Kaufman, par Caroline Mangerel, Montréal

Mardi soir, juste avant minuit, j’ai été agressé par un policier. Aucun avertissement, aucune explication, mais un beau coup de matraque à l’arrière de la jambe.

J’étais sur le boulevard René-Lévesque. Je marchais vers l’ouest en m’éloignant de la zone de manifestation, près du coin de Sanguinet, en compagnie d’une autre personne. Journaliste pigiste l’un comme l’autre, nous avions observé les manifestations de la rue Sainte-Catherine pendant environ 90 minutes.

À un quart de la longueur du bloc, deux jeunes nous dépassent en courant. Dix secondes plus tard, nous entendons une voiture de police s’arrêter derrière nous. Deux policiers en sortent, brandissant des matraques. Présumant que les policiers se préparent à pourchasser les deux jeunes qui viennent de nous dépasser, nous nous poussons immédiatement vers le bord du trottoir. Erreur. Pour des raisons qui me sont toujours obscures, c’est sur nous qu’ils foncent.

« Bouge! Bouge! Bouge! »

Deux policiers, le gourdin au vent, se précipitent sur nous et nous ordonnent de courir, en continuant dans la même direction. Mon collègue détale jusqu’au bout du bloc et, une fois qu’il a traversé la rue, le policier le laisse tranquille. Le policier qui me court après me jette dans une camionnette stationnée. Je rebondis et file en direction de l’autre policier qui, après avoir pourchassé mon collègue, reste en place au coin de la rue.

Je sais, au moment où je cours vers lui, qu’il va me donner un coup de matraque. Je sens que je me précipite vers le passage à tabac.

Dès que j’arrive à sa hauteur, il me frappe au mollet. Je pousse un cri et galope de plus belle pour atteindre l’autre côté de la rue et sa relative sécurité. Puis, aussi vite qu’ils sont venus, ils disparaissent. Je n’ai vu ni numéro de matricule, ni nom, à peine un visage. Tout s’est passé très vite.

À d’autres moments de la soirée, quand nous observions les manifestations, nous nous sommes sentis beaucoup plus en danger qu’à ce moment-là. C’est une attaque injustifiée sur deux personnes innocentes en train de déambuler dans une rue complètement vide (à cette heure-là).

Voilà Montréal sous la loi 78.

Je ne suis pas étudiant. Je ne porte pas de carré rouge. Je ne suis pas en grève. Lorsque quatre voyous ont placé des bombes fumigènes dans le métro, tout l’appui du public au « Printemps érable » s’est évaporé. L’opinion publique a plongé et le mouvement a semblé sur le point de mourir à petit feu. Puis, le gouvernement provincial a ratifié une loi qui constitue sans doute une violation de plusieurs droits garantis par la Charte canadienne des droits et libertés, comme la liberté de parole et la liberté d’association.

Mardi après-midi, dans les rues de Montréal, plus de 100 000 personnes ont manifesté : professionnels, retraités, parents, immigrants et québécois « pure laine », anglophones et francophones. Cette marche pacifique est l’un des actes de désobéissance civile les plus considérables de l’histoire de notre pays.

La majorité du reste du Canada ne comprend pas qu’il s’agit maintenant d’une question de droits de base dans une démocratie, et c’est regrettable. Cette incompréhension vient notamment du fait que c’est généralement ceux qui font le plus de bruit qu’on entend le mieux.

Si une vitrine de banque brisée constitue une image de choix pour la télévision, elle ne dit néanmoins pas toute la vérité. En regardant certaines chaînes de nouvelles, on pourrait croire que des meutes d’étudiants sauvages sèment l’effroi d’un bout à l’autre de la ville. Or, je ne suis peut-être pas partout en même temps, mais d’après ce que j’ai pu constater, il s’agit plutôt d’une réaction hors de toutes proportions de la part du gouvernement à un exercice public de désobéissance civile.

La police n’est pas non plus en position avantageuse. Surmenés, sous-payés, les policiers doivent appliquer une loi qui ne peut que leur compliquer le travail et leur empoisonner la vie. Cela dit, il est important que chacun soit tenu responsable de ses actes. Pour paraphraser Rodney King, il est du devoir des uns comme des autres de trouver une façon de vivre ensemble.

Voilà justement le problème. Le mouvement a dégénéré et procède maintenant d’une logique du « nous contre eux », d’un côté comme de l’autre, ce qui laisse la porte ouverte à un prolongement de la discorde bien après la fin de ce conflit. Notre pays a toujours été reconnu comme tolérant et respectueux des différences, qu’elles soient culturelles, religieuses ou autres.

Le Québec comme le Canada doivent prendre du recul dans cette affaire. Il ne s’agit plus seulement d’une augmentation de 325 $ par an des frais de scolarité. Il s’agit maintenant des droits et des libertés fondamentaux qui définissent le Canada. La réaction du public à la loi 78 relève bel et bien de la démocratie en action.

C’est pourquoi les Canadiens devraient embrasser le Québec et sa cause plutôt que de lui tourner le dos.

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Classé dans Caroline Mangerel