Archives de Tag: médias sociaux

« Les filles attachent moins d’importance au salaire que les garçons. »

Par René Lemieux | Université du Québec à Montréal

Les abonnés de Twitter au Québec se sont réveillés ce matin avec une drôle de nouvelle. François Legault, chef de la CAQ, aurait affirmé que « les filles attachent moins d’importance au salaire que les garçons ». On l’aura peut-être lu comme un retweet (un gazouillis répété par un deuxième abonné avec la mention RT), ce qui laisse toujours l’impression que ce qu’on lit a la possibilité d’être faux, à tout le moins modifié, manipulé ou carrément fabriqué par celui qui l’envoie. Ce n’était pas le cas, ce matin, car le tweet avait bien été envoyé hier soir, très tard…

On pourra dire ce qu’on veut de François Legault, on ne peut pas lui reprocher de n’être pas à l’écoute de la population. C’est plein de candeur, et avec beaucoup de naïveté, qu’il répond sur Twitter à toute personne lui écrivant. Mais l’envers de cette « écoute de la population », c’est aussi de se faire le canal de tout ce qu’il y a de plus ridicule en matière d’opinion (dans ce cas-ci, machiste). Donc les « filles » attacheraient « moins d’importance au salaire que les garçons », c’est bien évidemment une opinion risible qui laisse de côté la plus petite tentative d’un début d’argumentation raisonnée.

François Legault ne pourra pas prétendre qu’il a été cité « hors-contexte ». Je me suis permis de fabriquer ce matin un petit Storify de la discussion qu’il avait eu avec Vincent Marissal, journaliste à La Presse, à laquelle j’ai ajouté les quelques réactions que j’ai pu trouver sur Twitter. Le contexte est assez simple: à vouloir plaire à tout le monde, on dit les pires banalités. François Legault avait sans doute voulu bien faire en affirmant simplement que les enseignants méritaient d’être mieux rémunérés. Mais voilà, pour faire de telles promesses, il faut aussi avoir un argumentaire adéquat, des chiffres, une vision d’ensemble, que sais-je… c’est à un spécialiste des communications qu’il faut demander! François Legault agit comme s’il n’avait personne derrière lui pour le soutenir. À la limite, c’est héroïquement qu’il s’élance dans l’océan des médias sociaux. Et pourtant, l’envers de la langue de bois généralisée de nos politiques plus blancs que blancs, stérilisés à coup de campagne de marketing, c’est l’amateurisme du newbie qui veut plaire à tout le monde, la face obscène et vulgaire d’une même médaille, celle des politiciens de carrière.

Triste temps pour la politique.

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Quand le gouvernement se met à la parodie

Par René Lemieux | Université du Québec à Montréal

Est apparu hier soir un communiqué du gouvernement du Québec pour la Fête des voisins, que plusieurs ont fait circulé sur les médias sociaux. Ce communiqué, diffusé sur la page officielle des communiqués du gouvernement du Québec, est, depuis ce matin, indisponible. On peut toujours le lire grâce à la cache Google:

QUÉBEC, le 30 mai 2012 /CNW Telbec/ – Ils seront des milliers à sortir dans les rues, partout au Québec ce samedi 2 juin, à l’occasion de la 7e édition de la Fête des voisins, le temps de célébrer les plaisirs du bon voisinage et d’une vie de quartier où solidarité et communauté sont à l’honneur.

« Une des retombées inattendues de ce tintamarre de casseroles qui résonne partout au Québec en ce moment, c’est le plaisir exprimé par plusieurs citoyens de faire connaissance avec leurs voisins, de perrons en balcons. De nos jours, nous avons rarement l’occasion de tisser des liens directs avec nos voisins. Samedi, poursuivons cet esprit de rapprochement communautaire avec la Fête des voisins », invite Nadine Maltais, fondatrice de la fête au Québec et coordonnatrice des grands événements au Réseau québécois de Villes et Villages en santé (RQVVS), l’organisme promoteur de la Fête des voisins.

Ce communiqué a toutes les allures d’une farce: on y présente les manifestations de casseroles en cours au Québec et ailleurs (en appui au mouvement de grève étudiante au Québec) comme une vulgaire célébration de voisinage. Une fois repris par le gouvernement, parodié, pourrait-on dire, le tintamarre ne possède plus sa force politique: comme des saturnales illimitées où les riches sont heureux de prendre la place des pauvres!

Il est à noter que le retrait de ce communiqué ce matin est significatif: s’agissait-il d’un piratage? les instances politiques derrière les communiqués du gouvernement ont-ils pris conscience que l’appropriation de la parodie pouvait créer un détournement de cette nouvelle stratégie de résistance et un renouveau de la mobilisation, cette fois plus violent et certainement plus incontrôlable?

Une chose est sûre: quand le gouvernement agit dans la farce, c’est le moment où le peuple prend conscience qu’il ne peut pas de pas prendre les affaires de l’État au sérieux.

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Rectification sur l’homme brutalisé lors de la manifestation nocturne du 20 mai 2012

Par le collectif de Trahir

Suite à la publication du témoignage de Xi Sophie Zhang sur une action policière lors de la manifestation du 20 mai 2012, plusieurs lecteurs de Trahir l’ont commenté et nous ont fait part de plusieurs sites Web, notamment celui de Vérité Justice qui se proposait de faire une recherche sur l’identité de l’homme brutalisé. Certaines personnes, sur les médias sociaux, y ont vu la possibilité que cet homme soit décédé, et que son décès soit caché par les services de police.

Aujourd’hui est parue une entrevue avec cet homme, bien vivant, il s’agit de Sébastien Tranchard, que Tristan Péloquin de La Presse a interviewé.

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Jean Charest le bullshitteur

Par René Lemieux | Université du Québec à Montréal

Hier, Yves-Thomas Dorval du Conseil du Patronat du Québec (CPQ) faisait une sortie publique contre les médias sociaux. La sortie n’est pas passé inaperçue, et la réponse fut rapide, notamment, on se l’imagine, dans les médias sociaux (Jean-François Lisée en a aussi fait une critique sur son blogue). Outre ce qui ressemble fort à une menace d’intervention de la part du CPQ dans les débats politiques actuelles (en fin d’article – assez inquiétant qu’on se permette une telle menace…), la critique contre les médias sociaux s’articule ainsi :

Il n’y a pas si longtemps, tous les grands débats de société se tenaient principalement dans des journaux, des postes de radio et des chaînes de télévision, a rappelé M. Dorval. Ces médias étaient soumis à des règles professionnelles et juridiques visant à assurer la rigueur, l’équilibre et la véracité des informations rapportées.

L’arrivée d’Internet a amené l’explosion de médias sociaux où l’information se fait plus personnalisée, mais aussi beaucoup moins objective, rigoureuse et fiable, estime-t-il. Or une proportion grandissante de la population — particulièrement chez les 35 ans et moins — s’informe désormais principalement auprès de ces médias. Cette évolution pose un problème particulier aux gouvernements et aux entreprises qui sont soumis à des règles très strictes de communication.

Depuis ce matin, on peut retrouver une nouvelle application sur le Web, Le bullshitteur, qui vous permet, à condition d’être inscrit sur Twitter, de faire parler à la manière d’un ventriloque un automate à l’image de Jean Charest et à la voix mécanisée :

En entrant une phrase quelconque, vous faites bullshitter Jean Charest. Outre l’effet comique de l’esthétique robotisée (image parodique de la langue de bois de la politique?), le fond de l’humour est bien évidemment de montrer que Jean Charest est une « marionnette », critique contre les politiciens un peu facile, on l’admettra. On voit donc depuis ce matin quelques adeptes de Twitter s’en donner à cœur joie, d’abord en faisant dire à Jean Charest ce qu’il pourrait voir dit comme bullshit :

Ou encore, ce qu’on aimerait peut-être qu’il dise :

On doit célébrer la très grande imagination de ces développeurs Web pour l’usage de leur technique dans un objectif politique. On avait déjà vu Angry Grévistes, un jeu vidéo à la Mario Bros., qui, lorsque vous aviez accumulé les 1625 pièces d’or, vous permettait d’affronter Robeauchamp. Ou Richardmartineau.ca qui vous permettait de répéter une opinion de Richard Martineau avec un choix de mots préétabli, manière de montrer que toutes les opinions (redondantes) de Martineau sont formulées à partir de préjugés.

Ces petites applications Web permettent, pourrait-on dire, un défoulement humoristique en ce qui a trait aux enjeux politiques – mais n’est-ce pas justement la critique du CPQ? Le phénomène des médias sociaux ne nous détourneraient-ils pas de la vérité du dialogue nécessaire dans les débats politiques? En fait, dans le cas du Bullshitteur, l’humour est à son comble non pas quand on fait dire à Jean Charest quelque chose qu’il n’aurait pas dit, ni quand on lui prête des paroles qu’on désirerait entendre, mais à ce point précis où on lui fait répéter ce qu’il a déjà dit – dans l’adéquation de la phrase dite autrefois avec celle qui est dit à nouveau :

On pourrait appeler cela l’effet « Tina Fey ». S’il y a un « détournement » de la vérité, ce n’est pas parce qu’on lui préfère autre chose (un mensonge, une contre-vérité), mais parce qu’on lui redonne un espace, un contexte, pour qu’elle soit performée à nouveau : la vérité de Jean Charest, une fois répétée, ne peut que devenir ce qu’elle a toujours été, et paraître telle une parodie.

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