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Maître Jacques module son legs: l’hommage, l’irrecevable, Cerisy et la vallée du Saint-Laurent

Par Simon Labrecque, Montréal[1]

Mise en contexte : Ce texte a presqu’entièrement été présenté le 23 mars 2015 à la Médiathèque littéraire Gaëtan-Dostie, à l’occasion de l’atelier de discussion L’apocalypse toujours-déjà, autour du livre de Jacques Derrida D’un ton apocalyptique adopté naguère en philosophie. (Une autre conclusion avait été rédigée au crayon, à propos du refus de l’alternative infernale entre austérité et hydrocarbures.) Un second texte lui fera suite et sera présenté à Rimouski en mai 2015, lors du congrès annuel de l’Acfas, dans un colloque sur Derrida et l’hospitalité.

J’aimerais placer mon intervention sous le signe d’une phrase du philosophe montréalais Robert Hébert, publiée dans une recension en 1981 :

Parfois, dans l’exercice même d’un travail qui de prime abord semble clair et courant, l’on se met, non pas à douter, mais à sentir le besoin de relier cet exercice à des unités plus grandes ou à un questionnement théorique que l’on ne peut plus indéfiniment écarter[2].

Le travail qui pouvait me sembler clair et courant était de formuler une proposition de lecture du texte D’un ton apocalyptique. Sachant qu’il en existe deux versions, j’ai cru qu’il serait intéressant de comparer la première, prononcée en 1980 lors de la décade de Cerisy Les fins de l’homme. À partir du travail de Jacques Derrida et publiée chez Galilée dans les actes du colloque en 1981 (réédité chez Hermann en 2013, collection « Cerisy Archives »), à la deuxième version, publiée sous forme de livre en 1983. J’aurais voulu montrer en quoi a consisté le travail de réécriture de Derrida. J’ai compté plus de 130 différences entre les versions, mais elles sont somme toute mineures. En comptant, j’ai senti « le besoin de relier cet exercice à des unités plus grandes [et] à un questionnement théorique que [je] ne peux plus infiniment écarter », précisément parce que je passe beaucoup d’heures, ces temps-ci, dans les écrits de Robert Hébert, en préparation d’un numéro des Cahiers de l’idiotie « à partir du travail » de Hébert, philosophe artisanal dans la vallée du Saint-Laurent. Il m’a donc semblé important de me pencher sur les enjeux de ce type d’« hommage » et sur certains rapports entre Cerisy et la vallée du Saint-Laurent.

L’insistance sur la notion d’un artisanat philosophique qui aurait son lieu privilégié dans la vallée du Saint-Laurent est un souci récurrent chez Hébert. Il s’agit pour nous de produire une sorte d’hommage, ou de contr’hommage[3], pour signaler l’importance de son œuvre et montrer ce qu’elle engendre. Dans ce legs, il me semble trouver l’expression d’un souci ou d’un soupçon qui revient avec insistance quant aux conditions et aux effets de la popularité de la pensée « française » au Québec – une popularité qui ne se dément pas, même si les auteurs à la mode, eux, varient. C’est Hébert qui nomme Derrida « Maître Jacques » dans la réécriture, en 2011, de ces lignes d’abord publiées en 1981 :

Mais Maître Jacques, sauf votre respect, votre signature s’abreuve aux bruits polémiques que vous remettez en circulation… Que notre certitude s’inscrive comme antithèse de tous ces lieux communs qui nous rendent spectateurs du tournoi philosophique des idées afin que la rumeur de notre désir puisse habiter sa langue et ses propres institutions sociales avec un minimum de dignité clairvoyante. Comme se parler ici même entre ces quatre murs, dans le blanc refoulé des yeux, nos seuls corridors aériens sous le ciel des idées, et espérant que la tradition d’un certain platonisme structurel, hygiénique et christianisé n’empêche pas de donner du sens au trio « poil, boue, crasse » qui heurtait le jeune Socrate, semble-t-il[4].

En 2008, Hébert semble décrire le legs de Derrida comme legs d’un mystagogue (un terme qui revient souvent dans le texte D’un ton apocalyptique), lorsqu’il écrit :

Heidegger, Derrida, avec leurs épigones de bonne foi ou montés aux mauvaises barricades. Glosettes de gloses, herméneutique de la componction. Industrie crachoteuse de phonèmes de concepts autour d’un petit dieu sylvestre ou d’un père putatif, aux exploits cryptiques[5].

En 1984, dans sa recension d’Otobiographies, Hébert nous invitait déjà à étudier « comment sont éconduites les énergies de jeunes lecteurs et lectrices jusqu’à demeurer en marge d’un vrai travail de réflexion »[6]. Je l’imagine donc douter du projet apparemment « clair et courant » de repérer les différences entre deux versions d’un texte de Maître Jacques!

D’une part, ma lecture de Hébert m’oblige à relier l’exercice qui consiste à lire D’un ton apocalyptique au questionnement des conditions et des effets de la lecture de Derrida, voire d’auteurs comme Derrida – nous pourrons bien entendu questionner ce que ce « comme » implique –, ici et maintenant. C’est en fait l’existence d’un certain mode de lecture qui me semble être en jeu : une lecture qui, si elle existe, n’introduirait aucune nouveauté, car elle consisterait en la répétition à l’identique de ce qui a déjà été pensé et écrit. Cette répétition augmenterait l’autorité ou la valeur des textes et des auteurs, mais sans produire de savoir nouveau ou de pensée originale. Dans cette perspective, on peut constater que la réception de Derrida au Québec s’accompagne d’une certaine vénération et qu’elle serait peut-être même une apocalypse, au double sens d’une catastrophe et d’une révélation, d’une catastrophe révélatrice et d’une révélation catastrophique de l’insistance d’un certain rapport colonial à la France ou à la pensée française. (Pour moduler la polémique, on sera tenté de demander : mais Derrida était-il « français »? N’a-t-il pas participé à questionner les « nationalismes philosophiques »? Passons.)

D’autre part, ma lecture du texte de Derrida comme la réponse qu’il a choisi de donner publiquement à ce qui avait toutes les apparences d’un hommage – celui offert par ceux et celles qui, pour une part épigones au sens étymologique de nés après, lui ont dit durant dix jours vouloir hériter de ses intuitions – m’incite à y chercher des énoncés sur cette pratique de l’hommage en philosophie. Pour ma part, ce qui se joue dans cette lecture c’est donc la possibilité d’apprendre quelque chose sur les conditions et les effets éventuels d’un hommage ou d’un contr’hommage pour ou même sur celui qui en est l’occasion. Le texte de Derrida me serait utile précisément car, ou plutôt, s’il aide à penser le caractère apocalyptique que peut avoir un hommage, sinon tout hommage, pour celui ou celle qui le reçoit et qui se fait dire qu’on veut hériter, alors qu’il ou elle travaille encore, peut-être plus que jamais. (Quand même, quelle impudence que l’énoncé : je cherche à hériter de toi!)

C’est donc mon hypothèse de lecture : D’un ton apocalyptique est la réponse de Derrida à l’hommage qui lui a été offert, et cette réponse énonce – dans un style très « derridien » – qu’il y a, dans le geste même de l’hommage, de tout hommage en tant que tel, quelque chose d’irrecevable pour qui doit néanmoins le recevoir, pour celui ou celle qui est ainsi célébré. Sur le plan de l’histoire des idées « françaises », posons donc que la décade de Cerisy fut une apocalypse pour Derrida, voire qu’elle fut l’étincelle qui favorisa l’intensification, sinon l’apparition, du « ton testamentaire » qui caractérisera plusieurs de ses textes publiés après juillet 1980 (ce qui ne signifie pas que ce « ton » ne se retrouve pas dans ses textes bien avant… question d’exégètes).

À cet égard, il importe de noter que Philippe Lacoue-Labarthe et Jean-Luc Nancy, les organisateurs de la décade, affirmaient explicitement dans leur invitation distribuée en 1979 et dans leur allocution d’ouverture en 1980 ne pas organiser un hommage :

Nous ne proposons ni un colloque thématique, ni la célébration d’une œuvre, ni le cadrage théorique d’un concept, ni l’autorité d’un nom[7].

[I]l n’est pas question, et il n’a jamais été question pour nous de verser dans le ridicule – ou la cruauté – d’une célébration. C’est du reste à cette condition aussi, à nos yeux principielle, que nous avons pu accepter la proposition du Centre de Cerisy – qui était d’ailleurs, d’emblée et très explicitement, la proposition d’un colloque « autour de » ou « à partir de » Derrida, mais non pas « sur » Derrida. Il va sans dire également que c’est à cette même condition que Jacques Derrida est présent parmi nous. […] Travailler « à partir de Derrida » ne signifie pas une quelconque inféodation doctrinale ou personnelle – quels que soient d’autre part les liens d’une amitié profonde (elle-même du reste issue de ce travail)[8].

Cependant, malgré les énoncés d’intention, il ressort de l’archive une atmosphère d’hommage, de célébration, de gala – et « gala », c’est justement le mot dont part D’un ton apocalyptique, puisque c’est (aussi) le mot hébreu qui est traduit en grec par apokalupsis. Pourquoi, sinon, Derrida parlerait-il d’apocalypse, à la fin de cette décade? Le titre Les fins de l’homme, attribué à l’événement, reprenait celui d’un texte prononcé aux États-Unis en 1968 dans un colloque international sur l’anthropologie philosophique et publié en 1972 dans Marges, avec des exergues de Kant, Sartre et Foucault sur l’homme comme fin et sur la fin de l’homme. Ce titre et la référence au texte de 68/72 suffisent-ils à rendre compte du choix de parler, cette fois-là, d’un ton apocalyptique?

Plutôt que de questionner, sans espoir d’une réponse définitive, les conditions nécessaires ou suffisantes d’un propos, il me semble plus intéressant ici de rappeler son contexte immédiat pour suggérer ce qu’a pu être son sens pour ceux qui l’ont d’abord entendu, et à qui le propos s’adressait le plus directement, ainsi que pour moduler ce que peut être son sens pour nous, ici-maintenant.

Il me semble intéressant de rappeler ou de remarquer qu’une des interventions dans le séminaire « Art » de la décade de Cerisy a traité explicitement de l’Apocalypse, avant la conférence finale de Maître Jacques. Les mots de Derrida entraient donc immédiatement en résonance avec cette intervention du jeune Michel Feher, intitulée « Apocalypse désormais : présentation du Voyant, du Voyeur, du Voyou »[9]. Ce texte propose une analyse d’Apocalypse Now à partir d’une tripartition hégélienne sans résolution. On tente désespérément de situer Derrida dans cette triade : le Voyant-Kurz (Marlon Brando), le Voyeur-Willard (Martin Sheen), ou le Voyou-Lance (Sam Bottoms, le surfer)? Relire Feher permet aujourd’hui de rappeler que 1979 fut l’année de sortie de ce film de Coppola, adaptation de Heart of Darkness de Joseph Conrad sur la scène de l’intervention américaine au Vietnam. Cela permet peut-être aussi de saisir pourquoi Derrida réfère au titre du film et même à certaines scènes d’hélicoptères dans son texte.

Le texte de Feher nous apprend aussi qu’en 1978, Gilles Deleuze a signé la préface de la traduction française par Fanny Deleuze du livre Apocalypse de D. H. Lawrence. Ce texte de Deleuze a été repris en 1993 dans Critique et clinique, sous le titre « Nietzsche et saint Paul, Lawrence et Jean de Patmos ». Derrida répondait-il à Deleuze? Il serait intéressant de comparer les deux textes – j’annonce d’emblée une préférence pour celui de Gilles, ici, si ce n’est que pour les développements sur la comparaison qu’établit Lawrence entre Jean de Patmos et les terrifiants mineurs gallois, et pour la distinction entre symboles (païens) et allégories (abrahamiques), l’Apocalypse transformant les premiers en seconds :

Le symbole ne veut rien dire, il n’est ni à expliquer ni à interpréter, contrairement à la conscience intellectuelle de l’allégorie. C’est une pensée rotative, où un groupe d’images tourne de plus en plus vite autour d’un point mystérieux, par opposition à la chaîne linéaire allégorique. […] [I]l n’a ni début ni fin, il ne nous mène nulle part, il n’arrive nulle part, il n’a surtout pas de point final, ni même d’étapes. Il est toujours au milieu, au milieu des choses, entre les choses. Il n’a qu’un milieu, des milieux de plus en plus profonds. Le symbole est un maelström, il nous fait tournoyer jusqu’à produire cet état intense d’où la solution, la décision surgit. Le symbole est un processus d’action et de décision; c’est en ce sens qu’il est lié à l’oracle qui fournissait des images tourbillonnaires. Car c’est ainsi que nous prenons une véritable décision : lorsque nous tournons en nous-mêmes, sur nous-mêmes, de plus en plus vite, « jusqu’à ce qu’un centre se forme et que nous sachions que faire ». C’est le contraire de notre pensée allégorique : celle-ci n’est plus une pensée active, mais une pensée qui ne cesse de remettre ou de différer. Elle a remplacé la puissance de décision par le pouvoir du jugement. Aussi veut-elle le point final comme un jugement dernier[10].

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Le siège de Waco s’est déroulé du 28 février au 19 avril 1993.

Partant de cette remise en contexte, rappelons alors – image tourbillonnaire – que novembre 1978 a vu le massacre de plus de 900 fidèles de Jim Jones à Jonestown, en Guyane. Suivant arbitrairement les dates de publication du texte de Deleuze, remarquons aussi que pour sa part, 1993 accueillera le siège catastrophique de Waco au Texas, oscillant entre la constitutionalité des armes automatiques et une relecture au présent des Sept Seaux du Book of Revelation… Waco fut une instance exemplaire de « pyro-phétisme » – un mot que Derrida utilise seulement, dans la version du texte D’un ton apocalyptique publiée en 1981, quand il affirme justement qu’existe aux États-Unis une sensibilité accrue au ton apocalyptique et au messianisme, et que c’est là – ou ici – qu’on le questionne sur son ton apocalyptique.

En retraçant la réception D’un ton apocalyptique au Québec, on apprendra plutôt que Pierre Nepveu en fait une pierre de touche de L’écologie du réel, en 1988, lorsqu’il commence un chapitre par ces lignes (puis prend quatre ou cinq pages pour développer son analyse du ton à partir de Derrida en le citant longuement) :

La menace constante qui pèse sur la collectivité québécoise depuis la Conquête, menace à laquelle font écho les discours idéologiques de toutes les époques jusqu’à la nôtre, confère une tonalité et une crédibilité particulières à ce qu’on pourrait appeler, à la suite de Derrida, un certain « ton apocalyptique », un ton qui est, par excellence, celui de la littérature québécoise moderne, et qui traversait déjà, de part en part, les textes majeurs des années soixante[11].

Dans un texte resté inédit jusqu’en 2004, écrit autour des photographies prises à Jonestown et publiées dans Newsweek en novembre 1978, Hébert écrit pour sa part :

Le messianisme qui fascine depuis quelque temps philosophes et intellectuels très érudits est une idée noble, à la fois banalisée et dangereuse. On ne semble pas dissocier l’espoir du messianisme et le simple calendrier (des affaires humaines) desdites révélations bibliques. Jonestown comme l’exemple ou le contre-exemple obscène[12]?

En lisant D’un ton apocalyptique adopté, aujourd’hui dans la vallée du Saint-Laurent, il faudrait selon moi garder ces mots à l’esprit, et peut-être y ajouter les images vidéo de Waco – qui depuis sont le fonds des théories conspirationnistes, au sud –, avec leur apparence de répétition à l’identique et à l’infini (si une répétition à l’identique existe jamais). En refermant le livre de Derrida après l’avoir lu une première fois (la version de 1983, sans « pyrophétisme »), j’ai désiré – chose rare! – ouvrir la Bible et lire le dernier livre. Puis j’ai douté, et j’ai plutôt choisi de visionner les nombreux documentaires sur Waco disponibles en ligne. Signe des temps? J’aime croire que ce fut en vérité une sage décision.


Notes

[1] Communication prononcée le 23 mars 2015 à la Médiathèque littéraire Gaëtan-Dostie dans le cadre de l’atelier de discussion autour du livre D’un ton apocalyptique adopté naguère en philosophie de Jacques Derrida, « L’apocalypse toujours-déjà », organisé par François Gagnon.

[2] Robert Hébert, « Rationalité-N d’un colloque sur les N rationalités. Recension critique de Rationality To-day!/La rationaité aujourd’hui. Édité par T.F. Geraets, Ottawa, Presses de l’Université d’Ottawa, 1979 », Philosophiques, vol. 8, no 1, 1981, p. 139.

[3] Sur ce terme, voir l’introduction à Contr’hommage pour Gilles Deleuze. Nouvelles lectures, nouvelles écritures, sous la dir. de Dalie Giroux, René Lemieux et Pierre-Luc Chénier, Québec, Presses de l’Université Laval, 2009.

[4] Robert M. Hébert, « Question d’oreilles : Derrida et autres, Nipper et moi. Notes pour un écomusée », Trahir, juillet 2011, p. 6. Hébert précise : « Fragment revu d’une communication à l’UQTR (25 novembre 1981) intitulée : “L’ironie des commencements en philosophie québécoise : 12 cadeaux philologiques”. »

[5] Robert Hébert, « Philosophie fatale, libérations ou cogito du pauvre, ou Pourquoi j’écrivais », Conjonctures, no 45-46, 2008, p. 158.

[6] Robert Hébert, « Ombilic », dans L’homme habite aussi les franges, Montréal, Liber, 2003, p. 183. Cette recension critique est d’abord parue dans la revue Spirale (no 46) en 1984.

[7] Philippe Lacoue-Labarthe et Jean-Luc Nancy, « Textes de l’invitation à la décade (avril 1979) », dans Les fins de l’homme. À partir du travail de Jacques Derrida, coll. « Cerisy Archives », Paris, Hermann, 2013, p. 19-20.

[8] Philippe Lacoue-Labarthe et Jean-Luc Nancy, « Ouverture », dans Les fins de l’homme…, p. 11-12.

[9] Dans Les fins de l’homme…, p. 557-569.

[10] Gilles Deleuze, « Nietzsche et saint Paul, Lawrence et Jean de Patmos » [1978], dans Critique et clinique, Paris, Minuit, 1993, p. 64-65.

[11] Pierre Nepveu, L’écologie du réel. Mort et naissance de la littérature québécoise contemporaine, Montréal, Boréal, 1988, p. 155.

[12] Robert Hébert, « Jonestown », dans Novation. Philosophie artisanale, Montréal, Liber, 2004, p. 44.

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Hospitalité ou le contre-don des savoirs

Par Robert Hébert | ce texte est aussi disponible en format pdf

Voici le texte revu d’une expérience foisonnante, en partie ratée, publié dans le collectif dirigé par Marc Chabot et André Vidricaire, Objets pour la philosophie. Nationalisme, prostitution, syndicalisme, etc…, coll. « Indiscipline », Québec, Éditions Pantoute, 1983. Le motif étant la tenue à Montréal d’un congrès mondial de philosophie, le texte tirait aussi certaines conséquences – sur un mode indiscipliné et ludique – d’une longue recension que j’avais faite des Actes d’un colloque international tenu à Ottawa, cf. RH, « Rationalité-N d’un colloque sur les n rationalités », Philosophiques, VIII (1), 1981, p. 139-148, aujourd’hui accessible en ligne sur Érudit.

HÔTE, HÔTESSE n. — Oste, hoste, XIIe; lat. hospes, -itis.

  1. Personne qui donne l’hospitalité, qui reçoit qqn. V. Amphytrion, maître (de maison).
  2. Personne qui reçoit l’hospitalité (fém. HÔTE). V. invité.

Extrait du Petit Robert

Il pense maintenant sur l’heure, à tout et à rien. Il a conscience de ne signaler que certaines choses, ne donner que certains signes parmi une infinité de signes : ce qui le passionne, les bruits de la ville, les éclats de rire, les formules bien ordonnées qu’il entend autour de lui, et qu’il pourrait reconnaître comme issues de son propre corps. Au demeurant, de quel hôte il est avec ceux qui reçoivent ou s’amènent au miroir hybride de l’autre hôte.

Naguère, il a vécu le plaisir de l’hospitalité sans même le proclamer. Sans apprêt mais aux dépens peut-être de l’événement, aux dépens de la face inexpérimentée et cachée des savoirs. Aujourd’hui l’hôte recycle; il dit toujours le plaisir de l’hospitalité bien sûr, mais pour rendre justice au lignage du temps, aux paysages parfois infernaux de la mémoire, au processus territorial qui additionne, soustrait, divise hommes et femmes par une opération innommée. Penser étant une décision qui déplace du lieu commun de l’abstraction, il n’a d’autre souci que l’évidence, ou cet immédiat qui se donne et contre-donne à la lumière des médiations officielles. L’hôte veut parler de cette unique métaphore qui assure la paix des savoirs : l’hospitalité.

1.

Non, il ne regrette pas ce qu’il a été, ce qu’il est, et il cherche à devenir quotidiennement ce qu’il sera. Le présent brûle, un coup d’envoi dans la bibliothèque de la pensée et de la vie. Tendre la perche ici et là sans trop savoir, paroles hostiles, méfiantes ou généreuses, alliances et bris d’alliances, une histoire que les contemporains n’osent jamais raconter. Étrange tabou. Serait-il invité aux silences d’un arbre généalogique? Pas encore : il est maître de sa survivance sans être despote du dialogue. Fantasme de l’exil? nul. L’exil, c’est tout jugé. Il faut faire sauter les prisons historiques de l’intérieur par une rare dialectique, et lorsqu’on est enchaîné au lieu même qui amène le souvenir des chaînes, transformer tous les protocoles de l’attente et des futurs adieux.

Penser purement, ciseler le signe parmi des énoncés? Une Thèse, un Livre baigné de sagesse et de savoir euphorisant? Quel alibi, quelle traversée dérisoire pour demeurer en retrait alors qu’ici-bas la croyance aux absolus défigure, abîme l’échange, annule, détruit à chaque jour l’infinité géographique du geste. En pleine connaissance de cause, l’hôte désespère de toute architecture, de toute institution qui ne soit pas quelque part une source de malheur. Comme un feu qui dévasterait par surprise. Manœuvrant sans œuvre dans la dissymétrie du savoir et de la vie, vivant tout processus comme un simple laps de temps qui n’épargne en rien les inquiétudes qui l’ont fait apparaître. Du moins pour l’instant. Dans cette désagrégation planétaire, ce pourrissement de la parole autorisée, une seule règle de style s’impose la seconde fois : une seule éthique est praticable : la résistance, comme un ralliement méthodologique à un autre savoir-faire, une autre forme de santé, une autre causalité locale qui ne se manquera pas de devenir conscience de ses captures propres.

Dans le laboratoire lectoriel de la pensée, la matière de tout discours, au masculin et au féminin, relève à ses yeux d’une occupation très humaine. Qui respire, qui saigne et enseigne, qui se hérisse toujours contre une autre pensée et s’achemine de colères en colère (non déclarée) sous le concept, s’affaisse, se reprend à la boue d’origine : le concept de territoire serait-il encore à naître pour être donné depuis longtemps au fil déniant de l’abstraction? Qu’est-ce qui court-circuite l’espace-temps de cette histoire? L’hôte taille dans la chair vive, la sienne, la vôtre, celle des dieux qui demeurent despotes au loin, celle du savoir pressant qui nous aveugle parfois. Il détruit ce passé et cet avenir de silence comme un tas de branches mortes sur son domaine; et de le crier, c’est en faire une nouvelle matière, hybride clair-obscur qui aurait pu ne pas être. Repos en acte, la mémoire de son passé ne pèse plus; elle y frémit comme un tissu de textes signés dans lequel l’hôte retaille sans cesse des raisons, des armes de lumière exigées ad hoc; au besoin s’assure d’une belle folie dont il ne doute plus car à chaque fois la pensée vient à l’heure.

2.

Voilà que l’on annonce la tenue d’un congrès mondial de philosophie dans la métropole. Recevoir pour se donner, enfin. Sans trop savoir dans l’immédiat de quelle dialectique triomphale ce bonheur est issu. Ne signalerait-elle que l’effet dérisoire d’une collectivité qui hier s’activait du malheur de ce qu’elle était, et qui s’active aujourd’hui du bonheur de paraître devant d’autres oreilles et d’autres bouches. Il est sincèrement heureux pour ceux qui décrètent cet événement heureux. Mais il a le pressentiment que certains « anarchéologues » sont au courant du glissement sémantique aussi; qui est maître de quoi? Car au fond le bonheur très québécois en philosophie n’est peut-être que l’extension des figures légendaires que chacun aura inventé un jour, pour exorciser la condamnation collective dont il était lui-même le survivant; relevant le malheur à la pureté d’un archétype, défiguration nécessaire bien qu’elle manquât l’essentiel de la question : le caractère intolérable d’un particularisme de dégradés, marginaux de la culture, glossateurs, inexploiteurs de leur histoire, avec un matériel touristique de neige et de joies latines qui laissaient souvent même les invités de passage sur une faim indescriptible.

Oui, naguère on invoquait les figures légendaires, des idoles pour remplir la bibliothèque imaginaire des idées derrière la tête. Devenez la Sentinelle de votre langue et de votre religion, le Berger de l’être, la Vigile du peuple. Un peu datés. À proximité de l’espace familier, l’Afficheur qui hurle, l’Intrus qui psalmodie avec toul’monde, la Pythie qui signe le manque du savoir mâle. Tout cela le forçait à traduire autrement le règne du pensable, dans une même langue endettée de tous les diphtongues de son arbre généalogique. Peu à peu, l’hôte se fit un devoir d’analyser cette onomastique si étrange dans l’histoire de la mission-pensée pour enfin proposer le philosophe Hybride. Belle ironie des commencements, un cadeau. Le philosophe québécois dans la province de Québec? Un Socrate indigène, hybride. Étrange accumulation de matières hétérogènes, corpus bariolé, extraordinaire et parfois donc décevant potentiel de l’hubris. Qu’appellera-t-il penser, ce philosophe à cheval sur des frontières invisibles? L’excès de la conscience où les sujets parlants se croisent dans leur volonté d’accomplir le règne du raisonnable.

Je existe, enfin : qui vraiment en doutait sans être honteux lui-même ou bridé par le regard d’autrui? Encore fallait-il décrocher des rituels de la réception en racontant une histoire émouvante. Banale sans doute. Je n’est plus une torture, non. Ni un point affolé dans le grouillement d’une sous-humanité déboussolée ou d’un nous forcené et sublimant l’exceptionnelle dénégation de son territoire. À peine une démesure à faire travailler après quelques apprivoisements discrets.

3.

Préparons la table planétaire des diphtongues avec microphones afin de capter la vérité des concepts. Nouveaux fils d’Ariane, matériel inespéré. À devenir l’hôte de l’autre hôte, Je comprend le je grammatical de l’autre hôte. Il veut parler librement de cette unique métaphore qui assure la paix des savoirs. D’ailleurs il a parié sur la transparence du lieu, sur la liberté de s’entendre à travers le dédale des personnages mythiques. Les paris sont ouverts. Cocktail préliminaire, programme, séances plénières, culture européenne, nouveau Monde, affichage de thèses, discussions sans fin. Pourtant l’excès des médiations officielles rend l’hôte songeur. Il ne sait plus ce que l’on appelle réfléchir. Mais il n’a guère le choix; il doit acquiescer à l’hubris collective qu’il porte en lui comme le reflet de tous.

Et lui de se dépenser sur tous les fronts, prenant acte des quatre-murs de telle affirmation, vérifiant sur place les derniers interdits qui résument le passage problématique du particulier à l’universel. Et vice-versa. Sa démarche n’a plus rien à voir avec les anti-philosophies savantes ou lyriques, les néo-marmonnages d’écoles qui dérapent toujours sur des abus de langage occultés, le brouhaha épistémo-mesquin d’une mythologie atlantique qui départage entre une infinité de courants. Quelle analyse spectrale! De quel lieu croit-il donc lui-même parler? L’hybride justifie tous les critères de démarcation parce qu’il habite la démarcation en tant que telle, ce qui la fait être. Et ce sillon parfois receleur de boues guerrières n’empêche nullement que soit lancée l’invitation au dialogue. Ses portes sont ouvertes comme un blanc de mémoire. Ni vrais ennemis ni faux amis à fantasmer; aux époques de crise, les erreurs de perception ne sont pas autrement résumables. L’hôte qui reçoit veut éprouver le seuil de compréhension des multiples discours de la philosophie; il aime les philologues humbles et rieurs, prône le retour aux contours du texte et hop! passons au coup de dé. Ni la poésie ni les sciences pures qui le hantent encore et dont il fait la promotion inconditionnelle ne lui paraissent devoir résoudre à tout prix la recherche du terme. Toute recherche, interminable. Disparaîtrait alors le principe même de leurs émeutes, l’histoire de leur avènement et de leur mobilité essentiellement « croche ».

Resterait-il donc à fonder une dialectique de la captivité où le secret de la dette deviendrait la seule formule chanceuse du créateur? en dernier ressort, le signe de sa liberté? Oui, si on le veut. N’est-ce pas là depuis l’aube de la pensée grecque l’énigme d’une discipline? Retrouver derrière le bruit local des insectes les dialogues tissés serrés (insipides ou brillants) qui ouvrent la conversation socratique de l’avenir, le dialogue de l’Apologiste et de l’Insipiens qui se convertira peut-être en jour en prosélyte, la dialectique classique du Maître et du Valet, la cage tournante du Débiteur devant son Créancier au cœur du judéo-christianisme ou le catalogue des doublets opposés sur la table occidentale des valeurs. Inavouables blessures. À l’hôtel-dieu de la souveraineté, où les philosophes tant nomades que sédentaires se croisent ensemble sous les voûtes neuves d’un palais, vive par conséquent la dialectique de l’Hôte et de l’autre Hôte. Nous existe enfin; qui vraiment en doutait aux petites créances de la culture? L’histoire d’un mot tiendrait-elle à la répétition rapide d’une diphtongue sur un territoire donné? « ohé-ohé » au commencement d’un cumul fondateur?

4.

Quelle vérité simple et terrible à la fois : il faut quelque chose plutôt que rien pour qu’autre chose se légitime de ne pas être rien. La question du territoire universel et lisible ne se résume-t-elle pas dans cette étrange compensation, la loi langagière du talion : œil pour œil, autre texte pour texte, dans l’enclave pour l’enclave. Relevée enfin la consigne du silence. L’hôte hybride peut désormais connaître le principe de sa différence. Il n’a qu’à traduire le savoir un jour violent de l’autre hôte également hybride et lui-même un jour convalescent.

L’hôte distribue alors à tous cette richesse commune, le patrimoine d’une dialectique à la forme si particulière. Il s’entretient avec ses contemporains du travail qui l’a ravagé, et dont il comprend ici-maintenant tous les mécanismes possibles d’invention. L’un et l’autre hôtes laissant en gage les transferts analogiques d’une culture grâce auxquels l’un reconnaîtra l’autre, et pourront échanger à travers les mêmes paysages d’été et d’hiver, les mêmes hôtels sans âme, le même laboratoire lectoriel des idées, les mêmes déplacements souterrains d’un texte à chaque fois démultipliable. L’un et l’autre pris en otage par le signifié captivant et prestigieux de la raison, chacun captif du savoir-faire et de la même humanité collusive de l’autre hôte.

5.

Mais il faut se faire à l’idée : un colloque international, un congrès mondial ne durera pas éternellement. Merci bis, de grâce, je vous en prie, adieu. Si rien ne peut s’accomplir en fait hors d’un espace architectural approprié, quelle est cette « raison d’être » enclose au centre-ville d’une île? L’hôte vit la suspension quotidienne de la pensée. Il demeure bêtement là : aucune solennité, ses os pensent mais ne souffrent plus. Il lui a fallu un long cheminement « croche » et laborieux pour en arriver à ce précieux non-savoir : la richesse de l’information matinale, le repos des sens où tout est promis à nouveau, pour quelques instants. Car faut-il le dévoiler : les figures de la civilisation ne sortent jamais intactes de leurs tenants, leur manque, et elles n’aboutissent que pour être immédiatement annulées, détruites au jour le jour. Se donner des idées n’accomplit pas le règne de l’idée, à peine les rituels civils du raisonnable. Bienheureuse captivité qui ne règle rien, c’est jugé.

Dire alors ses préférences telles qu’elles apparaissent au hasard ce matin-là, sur la table. Nulle prétention. Un écureuil s’agite sur une branche devant la fenêtre. Débordement de signes parmi les musiques, vision d’ensemble, l’excédent frontalier d’une même histoire de désir. Comprendre. Un Vocabulaire des institutions indo-européennes ouvert aux catégories hostiles-amicales et glorieuses de l’économie, quelques pages des Ennéades de Plotin traduites par un journaliste irlandais, la photocopie d’un « Proème à la philosophie contemporaine : suicide ou reviviscence » du philosophe québécois Roland Houde – notre déclaration d’indépendance oubliée dans des Proceedings américains –, un traité sur le calcul et la théorie des probabilités, les lettres lumineuses de Maïakovski à Lili Brik, Spinoza toujours, l’Essai sur le don de Mauss et la coquille vieille de 33 ans des « trapeurs canadiens français du début du XIXe siècle » (ch. II, sec. III), pot de thé pour la santé, tabacs, codes civils à comparer, une pile de Devoir barbouillés, annotés, déchirés, répertoires de feuilles volantes, mille et un objets atomiques, et pour une enfant, Monsieur Jean-Jules qui prend la courte échelle pour obtenir « la distinction suprême de la philosophie mondiale » avant de s’endormir sur ses deux oreilles. Bien entendu, la philosophie est la science du sommeil.

L’hôte ne souffre plus des échanges inégaux, de l’infiniment possible abandonné. Dévoiler, laisser une signature de vie, s’exposer lui suffisent. De toute façon rien ne se perdra. Il devient l’étranger de passage qui raconte aux civils une histoire (oubliée) qui se gagne à chaque instant; au besoin laissera en gage un texte qui doit tout et rien au colloque anticipé des autres hôtes. Polyvalent, il reçoit et donne des idées à l’occasion d’un étrange rituel que peuvent saisir au vol toutes les consciences philosophiques habituées aux compensations les plus discrètes. Donne-moi l’idiome de ta langue, je le recyclerai comme une idée traditionnelle, et vice-versa si les vents nous sont favorables. Dis-moi que tu improvises à partir d’une posture instrumentale par toi innommée, et je te dirai que je le savais. Nous pourrons jouer ensemble. Donne-moi l’arrière-pays livresque du savoir qui m’instruit, et je t’échangerai les prodromes du savoir que je construis en silence; avec un supplément de colères que tu pourras contresigner comme tiennes. Si tu es libre évidemment, si tu peux parler en ton nom propre car nous savons tous les deux que les dieux n’existent pas. Aucune solitude à décontracter la transcendance, il nous reste les lois de l’hospitalité.

6.

Captant l’espace-temps d’une rencontre, l’hôte entre ainsi en communication avec tous de par cette réserve que chaque hôte doit se donner pour bénéficier de la transparence de l’autre hôte. Car le plaisir de l’hôte repose sur la transparence de l’autre hôte. Pouvant se taire par souveraineté unique mais sans jamais perdre l’usage de la parole, gagnant peut-être du temps pour d’autres générations qui devront faire œuvre de leur art, il ne veut plus vivre autrement cette contradiction d’être philosophe sans origine, ici philosophe québécois – toponyme ultime grâce auquel il peut désormais inventer et s’inventer, sur l’heure.

Nota bene

Le canevas de cette contribution ethno-philosophique est littéralement donné par les notes de Paul Chamberland dans « Dire ce que je suis », Parti Pris (II, mars 1965), numéro spécial « Pour la littérature québécoise » avec des textes de Gaston Miron et Jacques Brault. Quelques équivalences et analogies compensatoires y furent donc travaillées, réfléchies. L’hôte se réserve le droit d’expliquer ailleurs les fondements théoriques de cette expérience en rien singulière qui consiste à se traduire dans le temps d’une même langue, sur un autre registre que celui des poètes ou des hommes d’État, accroché donc hors du territoire fondateur.

Écrit à l’occasion et en hommage aux participants du XVIIe Congrès mondial de philosophie qui se tiendra à Montréal, au mois d’août 1983, sur le thème « Philosophe et culture ». Soulignant que cette même année marque le 30e anniversaire de L’Inquiétude humaine de Jacques Lavigne, publié à Paris; le 10e anniversaire de L’Hiver de force du silencieux Réjean Ducharme. Et au hasard dans la vie de l’hôte-auteur, le 20e de ses études collégiales en philosophie.

Offert par conséquent à Pierre Saby, c.s.v., théologien et philosophe ouvert aux penseurs laïcs, aujourd’hui en Haïti; Jacques Heyen, scholar belge aux entrelacs savants, lecteur un jour de Léopold Senghor; Robert Belisle, interprète durant la guerre américano-japonaise et théoricien des civilisations; Yvon Préfontaine, c.s.v., mathématicien, directeur des Jongleurs de la Gamme Joseph Mignolet, dramaturge belge, lecteur de Bataille, Wittgenstein, Stefan Zweig et acteur du Neveu de Rameau; enfin Claude Touchette, historien, disciple voilé de Maurice Séguin. À mes professeurs, infinie reconnaissance…

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