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Fuck toute!

Par Sébastien Jean, Montréal

Nous tenons à publier à notre tour ce texte qui a d’abord circulé sur les réseaux sociaux puis a été publié dans Le Devoir le 14 avril 2015. Les événements du 1er mai et ceux qui restent à venir montrent malheureusement que ce texte identifie des tendances lourdes, plus lourdes qu’un seul printemps.

Le comité éditorial de Trahir

Une génération d’enfants-rois à ce qu’on dit. Une génération endettée qui n’aura probablement pas de pension, un âge de retraite à 74 ans, des hypothèques sur 50 ans, des emplois précaires à vie, un système de santé lentement privatisé et un environnement ravagé par leurs parents et leur laxisme. Ses enfants, si elle ose en avoir, auront l’éducation qu’ils pourront, si le système n’est pas détruit sous la pression. Coupes tous azimut, hausses infinies.

20150401-103814-gQuand elle marche pour dénoncer ce qui se passe, on lui pète la gueule. « Reste chez toi, étudie », qu’on lui dit. Les gens applaudissent la police dressée à la brutaliser avec la complicité des médias qui la démonisent avec complaisance. Quand on l’interroge, c’est pour la ridiculiser. Le même gouvernement imposant l’austérité se vote des retraites et des salaires exemplaires alors que ces mêmes pourris accusés de collusion sont libres comme l’air.

La génération d’avant est en train de lui enlever les acquis sociaux dont ils ont largement profité pour payer une dette qu’ils ont eux-mêmes créée, en prenant des moyens qui ne fonctionnent pas, moyens dictés par une élite qui n’en fera pas les frais. Elle sait également qu’elle ne peut même plus parler d’acquis… Alors que le reste de la société se résigne et la regarde de haut comme si cela ne les touchait pas, elle veut un monde meilleur pour tout le monde. Elle fait la grève mais on tente de lui enlever ce droit vieux de 700 ans. On lui donne comme alternative de participer à une démocratie brisée qui donne un pouvoir totalitaire à un parti élu par une minorité.

On se demande pourquoi elle ne vote pas.

On se demande pourquoi elle a le goût de tout casser…

En quelque part, elle a une bannière où il est écrit : « Fuck toute! »

On ne comprend pas.

On la trouve donc conne cette génération d’enfants-rois.

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Des symptômes de fantômes: écologie des signes et généalogie de nos pratiques militantes

Par Simon Levesque, Montréal

Ce texte a d’abord été présenté devant public, le 28 avril 2015, à l’Espace d’éducation populaire de l’UQAM, une initiative lancée dans le cadre de la grève étudiante de 2015.

Hermann Foersterling

Crédit photo © Hermann Foersterling

Je prends pour acquis que je m’adresse à des universitaires qui sont aussi des militantes et des militants. Ce que je souhaite faire aujourd’hui, c’est critiquer la reproduction des formes, aborder le problème de la généalogie militante. Toute mon intervention est à comprendre en relation avec cette pensée de Bergson : avoir des habitudes est naturel, mais les habitudes que nous contractons ne sont pas naturelles. Il sera question de ces habitudes qui informent nos pratiques militantes, qui se transmettent et qui, donc, font généalogie. Il sera question de les critiquer, et de critiquer la reproduction des milieux qu’elles engendrent.

Cette grève étudiante de 2015 nous aura permis d’observer qu’une élite militante s’installe, dans un double mouvement de professionnalisation et de dilettantisme. Beaucoup de celles et ceux qui étaient à la CLASSE en 2012 sont passés à la CSN aujourd’hui ou ont intégré différentes institutions ou partis politiques. Ceux qui ont investis le véhicule de l’ASSÉ à leur suite ont hérité de modes de fonctionnement, de pratiques, de théories, d’idées politiques qui n’étaient pas nécessairement les leurs, mais qui ont été institués en habitudes. Et le propre de l’habitude, c’est évidemment de n’être pas remise en cause. Cette dynamique d’ascension sociale, institutionnelle, et de remplissage des sièges libérés – une sorte de jeu de chaise musicale – s’observe à tous les niveaux de gouvernementalité. On crée des structures, puis on les fuit (pour en intégrer d’autres), et d’autres individus à notre suite viennent agiter les structures fuies. On agite des fantômes. J’y reviendrai.

J’ai dit professionnalisation de nos pratiques, c’est-à-dire que les habitudes sont rodées : on applique des formes, des recettes, on les applique de manière très carrée. On vise l’efficacité, on veut crédibiliser sa participation dans l’institution de la grève dont on a hérité. Dilettantisme en revanche, comment est-ce à comprendre? – Il y a, parmi nous, des militantes et des militants qui sont en bonne position, qui mangent à leur faim, boivent à leur soif, dorment plutôt paisiblement. Je parle de moi au premier chef, par exemple : je suis boursier, je réalise un doctorat, j’arrive même à la fin de mon parcours. On pourrait croire que j’ai plus à perdre qu’une étudiante de bac qui vient d’arriver à l’UQAM et qui, par conséquent, peut monter aux barricades sans craindre de perdre ce qu’elle n’a pas encore accumulé. Dilettantisme, donc, au sens d’une certaine prise de distance par rapport au terrain des affrontements. Dans cette logique de stratège, on se figure envoyer à sa place la plèbe au front, mais on ne se rend pas compte que croire avoir plus à perdre dans sa situation privilégiée qui est celle de boursier-e (je pourrais aussi bien dire de professeur-e, ou de tout autre professionnel-le bien installé); croire avoir plus à perdre qu’un « simple étudiant », cela revient à peu près à croire être passé vraiment très près d’obtenir un six quand, aux dés, on a roulé un cinq. C’est une croyance qui permet de justifier une logique de classes et un dilettantisme de stratège, d’idéateur.

Cette logique influence nos pratiques et nous amène à reconnaître aujourd’hui une sorte de « gratin » de la grève – le mot n’est sans doute pas juste, ne rend pas justice au travail effectué, mais tout de même, gratin au sens d’une élite qui se distingue par son ethos, par son expression sur la situation et par l’attention qui lui est accordée. C’est un problème extrêmement complexe, qui est lié à la reproduction sociale au sens le plus large. Vous savez que Bourdieu et Passeron, en sociologie, ont théorisé la question de la reproduction sociale. Je ne vous parlerai pas d’eux aujourd’hui. Je prendrai plutôt le parti de fournir des exemples de situations militantes qui peuvent nous amener à réévaluer nos pratiques, à comprendre à quel point la ligne qui sépare la transmission de la reproduction sociale est mince – et c’est un problème qui dépasse largement le domaine du militantisme d’ailleurs.

 

 

Dans La sorcellerie capitaliste (2005), Philippe Pignarre et Isabelle Stengers proposent cette réflexion :

La création politique appelle une culture des recettes, inassimilables à des théories. Des recettes qui pourraient bien être ce qu’un groupe qui expérimente devrait se rendre capable de raconter, sur un mode pragmatique, intéressé tant par le succès que par les échecs, afin qu’elles catalysent les imaginations et fabriquent une expérience de « milieu » qui évite que chaque groupe ait à « tout réinventer »[1].

Pour transmettre un savoir, une expérience historique, il s’agirait donc de créer des recettes qui pourront être reproduites, comme peuvent être reproduites en laboratoire des expériences. Cela paraît intéressant, à condition de considérer l’espace social et politique comme un laboratoire. Mais il n’en est pas un : pour qu’une expérience soit reproduite avec succès en laboratoire, il faut que les conditions environnantes – le milieu d’origine – soient reproduites également. Or, la société – là où sont expérimentées les dynamiques de groupe à partir desquelles des recettes sont créées – est en constant changement. 2015 échoue là où 2012 avait réussi (jusqu’à un certain point[2]), tout simplement parce que la recette qui a été appliquée n’a pas été réalisée dans les mêmes conditions.

Dans un livre paru en 2011 aux Prairies ordinaires, Micropolitiques des groupes. Pour une écologie des pratiques collectives, David Vercauteren livre une série de « recettes militantes », précisément pour nous mettre en garde contre leur reproduction. Il s’appuie sur sa propre expérience, notamment au sein du Collectif Sans Nom à Bruxelles à la fin des années 1990 et au début des années 2000. Vercauteren identifie trois dangers fondamentaux qui participent de l’institutionnalisation de nos formes politiques : le formalisme, le moralisme et le méthodisme[3]. Les structures étudiantes sont déjà embourbées, à mon sens, dans chacun de ces trois modes. Formalisme d’abord, c’est-à-dire la valorisation du code, de la procédure, plus que de la cause, que du devenir; moralisme ensuite, soit la valorisation d’artifices de procédure, tours de parole rigides par exemple, qui finissent par produire plus de parole que de pensée; méthodisme enfin, qui s’observe notamment dans cette croyance que la structure militante en place est la bonne, qu’il n’y aurait point de salut en dehors de celle-ci.

Formalisme, moralisme et méthodisme sont trois aspects par lesquels on peut commencer à critiquer nos pratiques militantes. Ces trois aspects permettent d’éclairer les dynamiques de professionnalisation et de dilettantisme qui figent nos pratiques, nos modes d’organisation et d’action. Je reviens à Vercauteren pour vous faire part d’un autre passage, où l’auteur prend le parti, justement, de critiquer la figure du militant, de la militante. Il écrit :

D’un côté, elle nous fait peur, cette attitude froide et hautaine du « militant professionnel », véritable machine à encaisser les coups, sans paraître le moins du monde en être affecté. Maintenir le cap, maîtriser ses émotions, sa fragilité, l’ambivalence du désir et continuer, encore et toujours, droit devant. Le corps, la sexualité, l’amitié, tout est affaire de politique. Rien n’existe, publiquement du moins, en dehors de ce signifiant royal. D’un autre côté, notre critique se porte sur la sérialité ou le découpage du quotidien militant. On ne comprend pas cette contradiction entre une pratique quotidienne où l’on milite généralement après six heures du soir et un projet politique dont l’une des ambitions est de briser les différentes formes de sérialité qui découpent en petites tranches notre quotidien : l’espace, avec ses lieux de travail, de loisir, de consommation… et le temps, avec celui qui est consacré à l’utile et au nécessaire, et puis l’autre, réservé aux activités futiles et agréables…

Ce que nous voulons, c’est lier le geste à l’acte, la parole à la pratique; créer du commun, une culture qui réinvente et qui retisse des passerelles dans toutes ces découpes.

Enfin, nous trouvons là un des paradoxes qui traversent les pratiques collectives : un groupe peut être composé d’intelligences qui s’avèrent capable d’agir ensemble sous le mode de la soustraction de leurs potentialités, donc de diminuer d’autant l’intelligence collective qui constitue le groupe […][4].

Beaucoup de choses tiennent dans ce passage. Les dimensions sensibles de la vie militante, associées à la dureté qu’impose un contexte répressif, d’une part; et, d’autre part, la question du projet politique, qui tient dans la création de formes durables de vie en commun, vis-à-vis desquelles les formes du commun mises en place dans l’action collective finissent souvent par nous aliéner. C’est sur cette aliénation au sensible à l’origine du projet de communauté que j’aimerais m’attarder davantage.

 

Fantômes

J’avais dit que je reviendrais sur la question des fantômes. Fantômes de structures qui tiennent et sont investis là où il serait parfois préférable qu’elles tombent. Fantômes aussi de ce qui hante les groupes militants – ce qui habite ces structures collectives lorsqu’on les intègre, et ce qui finit par nous habiter individuellement lorsqu’on les agite. Fantômes dont on hérite un peu malgré soi, et par lesquels s’opère la reproduction.

Ce qui hante les groupes militant, c’est en partie la grande Histoire des luttes sociales – anti-esclavagistes, ouvrières, féministes, altermondialistes, écologistes –, mais aussi bien toutes les luttes localisées, tous les coups, tous les revers, toutes les déceptions, tous les symptômes durables, les cicatrices de la répression, du travail de sape des forces policières et des muscles de la peur engagés dans la défense des intérêts privés, pour fortifier les coffres où s’amoncèle le Capital, à l’abri du nécessaire; un travail de sape effectué contre le Fantôme du Communisme qu’incarne à peu près toutes les formes du militantisme, historique comme contemporain, dans ce qu’il valorise, nécessite, la mise en commun : de forces, d’idéaux, de valeurs, de temps, d’argent, d’énergie, d’émotions sur le mode du commun – un mode qui, soit dit en passant, est contraire à la redistribution étatique, vécue sur le mode de l’individu, ou du foyer, donc de la famille, opposée au commun du monde.

On assiste à une guerre de fantômes : hantise du communisme vs hantise du capitalisme. Il y a là toutefois une asymétrie fondamentale qui doit être observée. D’un côté, celui du capitalisme, la hantise est purement idéologique, c’est-à-dire basée sur une interprétation de l’histoire des vainqueurs, sur un mépris des formes plurielles et sur la peur de voir s’effriter son capital; alors que de l’autre, du côté du communisme, la hantise est physique, morale, émotionnelle, historique également, mais vécue en plus sur une base individuelle, sur la base d’une expérience réelle de la répression subie – une violence justifiée au nom du Fantôme du Capital, contre le Fantôme du Communisme.

On assiste à une fantômachie – un rituel de mise à mort de spectres inquiétants – absolument asymétrique. C’est le caractère insoutenable de l’étrangeté des formes de luttes qui s’organisent à son encontre que le Capital ne peut supporter – l’Unheimliche qui appelle une réaction violente. Et c’est la violence de ce rituel que subissent les militant-e-s qui imprègne l’histoire des groupes dans lesquelles ils s’engagent, se sont engagés, et dans lesquels d’autres à leur suite s’engageront.

À nouveau, je souhaite citer un passage de Micropolitiques des groupes. Il s’agit d’une mise en situation où des militant-e-s se remémorent leurs actions passées.

Fragments d’une histoire de groupe

Éric : « Tu te rappelles du moment où tout s’agençait rapidement, les actions que l’on menait? On était pris dedans 24 heures sur 24. Et l’ambiance qui régnait, le sentiment intense de receler en nous et de déceler à travers le collectif les potentiels qui permettraient de mettre en branle “d’autres possibles”, de secouer les ritournelles du fatalisme politique ambiant. »

Olga : « Mais ce rythme, cette vitesse folle dans laquelle nous étions, ont écrasé beaucoup de choses sur leur passage. On était soit dans le coup, soit hors du coup. Peu d’alternatives. Et, plus généralement, cette intensité qui dura quelques temps a produit en elle-même un style, un mode de devenir collectif, des formes d’action qui nous ont enfermés. Une fois que le “hasard” de cette rencontre collective s’est émoussé, nous avons eu énormément de difficultés à sortir de notre propre image. Et encore aujourd’hui, nous sommes traversés par cela. Regarde par exemple les nouveaux arrivants, ils singent, ils miment, ils reproduisent une forme d’esthétique qui fut la nôtre il y a cinq ans. »

Éric : « C’est bizarre, il y a comme un flux immanent, asubjectif qui circule dans ce projet. On est toujours raccordé à cette période chaude, même si aujourd’hui notre réalité a changé. »

Marc : « Oui. Et cela ne nous aide pas forcément. Enfin, il y a les deux à la fois : d’un côté, nous y puisons une certaine force, une certaine confiance en nous, et de l’autre, nous sommes figés dans un certain nombre de rôles, d’habitudes, des peurs que nous continuons à vivre et sans doute à transmettre. »

Éric : « D’ailleurs, ces deux aspects ont chacun leur couleur singulière. À table, dans un bistro, on parle de cela sous la forme de la “grande et belle époque”. Mais quand on cause de celle-ci à partir des blessures, des fêlures silencieuses qu’elle a également produites, les lieux de parole changent, les personnes et le ton aussi. »

Olga : « C’est toute l’ambiguïté de ces événements. Il nous faudrait revenir collectivement sur cette histoire, peut-être que cela allégerait notre présent et nous permettrait de fabriquer de nouvelles attitudes, de nouvelles créations… »[5]

 

Forces vives et forces reproductives

Dans Psychanalyse et transversalité (1972), Félix Guattari distinguait deux types de groupes. Les « groupes sujets », qui sont en prise sur leur environnement, qui sont capables de créer, de s’adapter, de s’exprimer, qui sont capables de se singulariser; et les « groupes assujettis », qui construisent « leur présent à partir d’un passé élevé au rang de référence »[6], un passé qu’ils tâchent de reproduire, dont ils calquent les formes et les devenirs, au détriment d’une reconnaissance de leur milieu effectif. On pourrait dire, pour faire vite, que le groupe sujet est une force vive, et que le groupe assujetti est une force reproductive. Mais dans les faits, un même groupe est, le plus souvent, des deux types à la fois[7].

Il y a du côté reproductif quelque chose d’essentiel, de nécessaire, il y a de la transmission; mais aussi une force paralysante, la transmission d’une histoire affective et d’un imaginaire de la lutte empreint du vécu d’anciennes et d’anciens, parfois douloureux ou idéalisé.

Il y a du côté des forces vives un caractère juvénile, romantique, mal informé, ignorant de la violence qui l’attend; une violence qui démolira ses illusions, inévitablement. Ce qui guette alors, c’est l’abdication – le souhait le plus cher du Capital. L’abdication : la dématérialisation des manifestations du spectre du communisme.

 

Écologie des signes, économie de l’attention

Au départ, je souhaitais concentrer mon intervention autour de la question de l’écologie des signes et de l’économie de l’attention. Les deux vont de pair. Il s’agit de porter attention aux signes de ces deux régimes. Celui de la fantômachie – ce rituel de mise à mort de spectres inquiétants – et celui de la reproduction sociale – le corollaire inévitable de la transmission de pratiques et de connaissances sous toutes ses formes.

Plus que la seule observation des signes de ces deux régimes, il s’agit de comprendre le déséquilibre qui les caractérise. Il faut savoir observer l’asymétrie constitutive qui rend nécessaire la répétition incessante de la constitution des groupes, des querelles qui font le jeu du rituel de mise à mort, puis de la dissolution de ces groupes – ou pire, de leur maintien, mais cooptés au service du Fantôme du Capitalisme (comme c’est le cas de nos centrales syndicales aujourd’hui).

Au mieux, la mort des groupes militants passera par une autodissolution. Il y aura au moins eu, dans ce cas, un apprentissage, une dernière résistance. L’apprentissage de l’asymétrie des forces, des signes, des flux d’attention qui déstabilisent nos dynamiques d’organisation collective.

 

 

Je terminerai en proposant un petit exercice d’autocritique pour illustrer la réflexion que j’ai voulu mettre de l’avant aujourd’hui. Un exercice de reconnaissance de l’aménagement d’un milieu signifiant particulier, d’une écologie des signes, et des flux d’attention qu’elle génère, implicitement ou explicitement.

Ici, devant vous, j’incarne simultanément toutes les contradictions que j’ai cherché à mettre en évidence :

  1. Je suis en position dominante. Je reproduis un rapport maître-élève. L’économie de l’attention joue clairement en ma faveur (vous êtes x nb à m’écouter sagement).
  2. Je suis face à vous, on m’accorde un droit de parole, un droit d’enseignement. Sur quelle base? Sur la base d’expériences collectives vécues, passées : on me connaît, on reconnaît mon implication passée et présente, même implicite. On accorde aux signes que je peux produire une attention accrue, on me fournit une tribune pour m’exprimer. Pour partager mes recettes. – S’il y a quelque chose de populaire dans cet espace d’éducation, c’est cela : ce qui nous lie dans cette asymétrie, c’est que l’attention que vous m’accordez n’est pas canalisée par une structure hiérarchique trop prédominante; elle est populaire au sens où elle a été mise en place par un groupe qui se revendique du Fantôme du Communisme, pour combattre le Fantôme du Capitalisme. Mais tout de même.
  3. Une asymétrie est bien en place ici, malgré tout, à l’intérieur même de notre spectre. Elle procède d’une volonté de transmission, qui est aussi une forme de reproduction. C’est pourquoi je n’ai pas tant cherché à vous partager des recettes à reproduire que des outils pour les critiquer.

 

Deux questions ressortent des hypothèses et de l’analyse que j’ai cherché à partager :

  1. Peut-on sortir de cette dichotomie asymétrique entre les Fantômes du Capitalisme et du Communisme? (Puisque la mettre en relief n’équivaut pas à s’en émanciper.)
  2. Peut-on sortir de cette dichotomie asymétrique et contreproductive qui s’instaure à travers la reproduction et la professionnalisation de nos formes de lutte? Dynamique contreproductive parce qu’elle charrie une histoire encombrante, une histoire de défaites, de pertes d’illusions, de destruction morale; bref, comment transmettre la volonté d’œuvrer pour un réagencement de nos formes de vie qui sache s’émanciper aussi bien du Fantôme du Capitalisme que de la fantômachie, mais qui évite de reproduire précisément cette dynamique de mise à mort du Fantôme du Communisme qui est l’âme même de tous les groupes politiques militants?

 

Si je pose la question de cette façon, c’est pour mettre en évidence une chose qui me semble de plus en plus claire et qui expliquerait aussi cette idée de l’abdication, qui est notre bête noire : le jour où un militant abdique, il devient un fantôme de plus qui mine le communisme; il ou elle est une victime de plus de l’incessant rituel de mise à mort asymétrique du capitalisme.

Ce dont je suis certain, c’est qu’entretenir comme on le fait aujourd’hui cette fantômachie n’est pas durable. Je veux dire qu’elle n’est pas durable au sens écologique du terme. Les générations sont certes renouvelables – celles et ceux qui font la grève en 2015 ne sont pas les mêmes (exactement) que celles et ceux qui ont fait la grève en 2012 –, mais tout porte à croire qu’à long terme, à force de mises à mort répétées alimentant ce rituel autodestructif, cette asymétrie croîtra, la hantise grandira jusqu’à épuiser le potentiel de renouvellement actif; le Spectre du Capital aura recouvert de son ombre portée la totalité des possibles : sa terreur sera totale.

Le problème, c’est que le Fantôme du Communisme, c’est la seule force de résistance que l’on a. Même si on veut sortir de la dynamique fantômachique actuelle, mettre à mort pour de bon le Fantôme du Communisme revient à abdiquer totalement.

Quelles forces révolutionnaires ou transformatrices peut-on imaginer dès lors, pour se sortir de cette double contrainte autodestructrice? Je pense que dans l’esprit de l’éducation populaire, et si on fait de cet espace un atelier collectif plus qu’une zone de communication à sens unique, suffisamment d’éléments ont été proposés pour imaginer des solutions, pour poursuivre de manière collective la réflexion que j’ai voulu engager dans un esprit critique.


 

Notes

[1] Philippe Pignarre et Isabelle Stengers , La sorcellerie capitaliste, Paris, La Découverte, 2005, p. 178.

[2] Le succès d’une grève peut être mesuré en fonction d’un certain « sentiment de réussite », indépendant des retombées finales réelles du mouvement de grève lui-même.

[3] David Vercauteren , Micropolitiques des groupes. Pour une écologie des pratiques collectives, Bruxelles, Les Prairies ordinaires, 2011, p. 34-36. Le texte est également disponible en ligne : <http://micropolitiques.collectifs.net/&gt;.

[4] Ibid., p. 17-18.

[5] Ibid., p. 102-103.

[6] Ibid., p. 103.

[7] Félix Guattari, Psychanalyse et transversalité : essais d’analyse institutionnelle [1972], Paris, La Découverte, 2003.

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De Je suis Charlie à Je suis 3143: la grève étudiante de 2015 à partir de la pensée de Pier Paolo Pasolini

Par Julie Paquette, Montréal[1]

La critique du politique faite par Pier Paolo Pasolini s’articule autour de la notion du nouveau fascisme; cette forme inédite qui se consolide dans l’Italie des années 1970. Ce nouveau fascisme met en scène une société basée sur une contestation permanente mais superficielle qui, en trame de fond, engendre un conformisme plus pernicieux que ne l’avait fait le fascisme d’un Benito Mussolini. Le nouveau fascisme, sous couvert d’une contestation de l’ancienne élite, uniformise le citoyen et l’enracine dans une société de contrôle de laquelle il ne sait plus se méfier. C’est le mariage consacré entre le progrès et l’autoritarisme qui met en place une tolérance fallacieuse parce que concédée d’en haut.

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Crédit photo © Guillaume Leroux

La résistance contre cette uniformisation, Pasolini la retrouvait dans le tiers monde. Là où il tourne par exemple, son Carnet pour une Orestie africaine… Sa résistance à lui, il la pratiquait par le pouvoir de scandaliser. Il exhortait aussi la jeunesse italienne à en faire tout autant. Dans son intervention au Parti radical quelques jours avant sa mort, Pasolini, s’adressant à la relève en tant que « marxiste qui vote pour le PCI, et qui espère beaucoup de la nouvelle génération de communistes », exhorte cette jeunesse à demeurer authentique, à ne pas se laisser absorber par le nouveau conformisme de anticonformisme : il faut disait-il « oublier immédiatement les grands succès, et continuer imperturbables, obstinés, éternellement contraires, à prétendre, à vouloir, à vous identifier avec ce qui est autre; à scandaliser; à blasphémer »; à défaut de quoi la logique invisible et implacable du capital aura raison de toute dissidence. « Oubliez immédiatement les grands succès », en nos mots : Oubliez le grand soir. Ou encore : prenez garde à la corruption qui nous attend lorsque l’on cherche trop à se rapprocher du pouvoir.

Mais cette force scandaleuse et ce blasphème auquel fait appel Pasolini possède un revers, un double négatif… et cette thématique de la double potentialité du scandale et du blasphème (à la fois contre le pouvoir, mais potentiellement aussi, participant de sa logique), on la retrouve à plusieurs endroits dans l’œuvre de Pasolini… Il était bien conscient du risque de la récupération possible d’un mouvement, d’un film, d’une poésie ou d’une insurrection, par les autorités… Il était conscient du fait de la capacité de digestion des forces scandaleuses par le pouvoir qui était, et qui est toujours d’ailleurs, sans limite. Le blasphème et le scandale peuvent aussi, parfois, s’avérer être les meilleurs alliés du pouvoir… et c’est à cela qu’il faut échapper, et c’est en cela que la Grève de 2015 est intéressante, et c’est pour cela que Pasolini semble tout à fait à propos.

Mais avant de parler de la Grève, j’aimerais opérer un léger détour afin de mettre la table pour ma démonstration. J’aimerais revenir sur un événement qui a grandement marqué la France cette année. Puisqu’il est question de blasphème, puisqu’il est question du droit de scandaliser, puisqu’il est question aussi, c’est mon hypothèse, d’une transgression qui, au final, parait davantage servir les intérêts du pouvoir capitaliste que d’en ébranler la structure… Je parle de l’attaque contre Charlie Hebdo. On s’en rappelle, il a fallu peu de temps pour que sur les cadavres des caricaturistes, dansent les dirigeants de ce monde. Peut-être d’ailleurs, y avait-il déjà, dans ce journal, quelque chose qui laissait préfigurer une alliance entre les caricaturistes et les autorités, on se souvient notamment du fait que Sarkozy avait défendu Charlie Hebdo lors de l’affaire des caricatures… Ce « Je suis Charlie », scandé dès le premier soir, était d’ailleurs fort intéressant sur le plan de la « stratégie discursive ». N’y avait-il pas là une résonnance singulière avec le « Nous sommes tous américains » que titrait le journal Le Monde aux lendemains des attentats du 11 septembre…?

Je soutiendrai ici qu’il y a un lien entre la réaction orchestrée suite à l’attentat contre Charlie Hebdo et la situation politique au Québec. J’aimerais d’abord porter à votre mémoire que dans la foulée des attentats, Denis Coderre avait « autorisé » les manifestations pro-Charlie en affirmant que le règlement P-6 (règlement issu de la grève de 2012) ne s’appliquerait pas. Exemple éloquent s’il en est un de la fausse tolérance concédée d’en haut (parente du nouveau fascisme). Une manifestation pour la liberté d’expression, autorisée par les autorités. On nageait en pleine dissonance cognitive, mais passons… puisque l’analogie ne s’arrête pas là. Je veux vous parler, bien sûr, puisque cela est le centre de notre propos aujourd’hui, de la grève étudiante de 2015 en l’abordant d’abord sous l’angle de sa répression.

La répression exercée sur les étudiants et étudiantes depuis le début du conflit est sidérante. Si les étudiants semblent avoir appris de la grève de 2012 (je reviendrai sur ses enseignements plus tard), la réaction, elle, est encore mieux organisée… Le gouvernement est plus intransigeant, la police plus répressive et les dirigeants des institutions universitaires frappent à coup d’injonctions, usant du juridique contre le politique, en empêchant toute levée de cours, toute occupation, en criminalisant le mouvement de contestation.

En 2015, la police frappe avec plus de vigueur, et ce depuis les premiers balbutiements de la grève. Cette même police qui, ironiquement, avait apposé le carré rouge sur ses voitures, en signe de protestation contre les politiques d’austérité qui venaient menacer leur fonds de pension et leur retraite. Même si certains y ont vu une opportunité d’alliance entre l’appareil répressif et les étudiants, contre le gouvernement, force est de constater que cela est peu probable (et même peu souhaitable selon moi, mais passons). Or le scénario ridicule auquel nous assistons est le suivant : la police frappe les manifestants anti-austérité avec une matraque où est apposé un autocollant anti-austérité…

Je disais donc, la répression politique s’exerce encore plus férocement qu’en 2012. On se rappelle que dès la première semaine de grève, Naomi Tremblay-Trudeau a reçu une canette de gaz lacrymogène tirée par un policier en plein visage lors d’une manifestation jusque là pacifique dans la ville de Québec. À moins d’un mètre du visage! Si la scène est scandaleuse, la réaction est bien pire. S’est affiché sur les réseaux sociaux le « slogan » « Je suis 3143 », soit le numéro de matricule dudit policier, en solidarité avec ce policier qui « n’a fait que son devoir ». La jeune manifestante n’avait (dit-on) qu’à ne pas aller manifester si elle n’était pas prête à en subir les conséquences.

Et s’il y avait quelque chose en puissance dans le « Je suis Charlie » qui n’avait qu’été déployé dans le « Je suis 3143 »? Et si les forces scandaleuses (en puissance dans Charlie) avaient été récupérées par le pouvoir de manière à ce que la défense de la liberté d’expression soit la liberté d’expression des dirigeants, la liberté d’expression des forces de l’ordre? Le capital déploie une telle capacité de digestion des forces scandaleuses que le mouvement d’appui à la liberté d’expression devient un mouvement de soutien aux forces répressives… On assiste à un reversement complet du sens des mots… Il n’en fallait pas plus pour que l’équation suivante s’impose dans les médias :

Nous sommes tous américains = Je suis Charlie = Je suis 3143

Ou plus précisément :

11 SEPTEMBRE = ATTENTAT CONTRE CHARLIE HEBDO

= MANIFESTATION (OU OCCUPATION)

CONTRE

ISLAM = TERRORISTES = ÉTUDIANTS

S’en était fait : les étudiants furent comparés à l’État islamique et s’est déchainée toute une stratégie discursive visant à disqualifier le mouvement. Quand TERRORISME = action directe = briser une machine distributrice, c’est signe que notre seuil de tolérance à la dissidence est bien faible et qu’il y a lieu de s’inquiéter… Or, tout ce discours ne vise rien d’autre que de légitimer une forme de violence, celle exercée par le haut, par l’appareil répressif, par l’administration de l’Université. Monopole légitime qu’ils disaient… dont on use et abuse… On assiste à un véritable fétichisme de l’ordre.

Un autre fétichisme est aussi présent dans les médias : celui de la Grève étudiante de 2012. On lit dans les journaux des phrases étonnantes du type : « Le mouvement étudiant en 2012 était irréprochable dans son ensemble »; « les étudiants avaient des revendications justes en 2012 »; ou encore, une de mes préférées : « il nous manque un Gabriel Nadeau-Dubois, lui au moins était articulé ». Sérieusement, c’est à se demander si le Québec ne souffre pas d’amnésie collective… Non seulement GND était peint sous les traits d’Oussama Ben Laden (cf. un texte sur Trahir à ce propos), et on lui reprochait de toutes parts de monopoliser l’attention médiatique, non seulement on traitait les étudiants de nombrilistes en leur disant que leurs revendications ne concernaient que leur porte-monnaie, mais on semble aussi avoir oublié les fâcheuses dérives à l’intérieur même du mouvement, où des mécanismes de domination étaient reproduits au sein de la classe militante (et je parle, notamment, des cas d’agressions qui ont été dénoncées par la suite).

Outre les rivalités insipides où j’ai parfois l’impression que certains se complaisent dans un « ma grève est plus grosse que la tienne », j’ai la sincère conviction que la grève de 2015 a beaucoup appris de celle de 2012… La grève de 2015 a une spécificité que je dirais double :

  1. Elle met tout en œuvre pour que ne s’institutionnalise pas un pouvoir autour d’une figure de leader. Elle destitue ses dirigeants sitôt qu’ils tentent de contrôler le mouvement par le haut. En ce sens, elle se méfie du pouvoir autant interne qu’externe.
  2. Son objectif n’est pas circonscrit de la même manière. Là où les étudiants avaient des demandes spécifiques à leur statut en 2012 (contre la hausse des frais de scolarité, pour la gratuité scolaire), en 2015 les revendications concernent l’ensemble de la société québécoise : lutte contre les politiques d’austérité, lutte contre les hydrocarbures, etc. Cette crise étudiante ne vise pas la défense de la condition d’étudiant, elle a la prétention de remettre radicalement en cause le modèle sociétal dans lequel elle prend place.

Cette grève n’a pas de visage.

Sa stratégie est celle de la brèche.

Son expérience est plébéienne.

Pier Paolo Pasolini, la veille de sa mort, affirmait : « [L]e refus a toujours joué un rôle essentiel [dans l’histoire]. Les Saints, les ermites mais aussi les intellectuels, les quelques personnes qui ont fait l’histoire sont celles qui ont dit non, et pas les courtisans et les assistants cardinaux. Cependant, pour être efficace le refus ne peut être qu’énorme et non mesquin, total et non partiel, absurde et non rationnel ». Ce refus semble être la seule alternative devant ce nouveau fascisme, devant Chronos, le dieu du capital chronométré qui nous assomme à coups de redditions de comptes et qui dévore ses propres enfants…

Au Québec, historiquement, ce refus avait un nom : le Refus global, aujourd’hui, il prend un visage impétueux tout droit inspiré de cet esprit pasolinien : FUCK TOUTE. Nous ne serons pas les collaborateurs d’un système qui cherche à nous récupérer. Nous préférerions ne pas.

I would prefer not to.

Bien sûr ce FUCK TOUTE peut lui aussi être récupéré par le pouvoir. Ce n’est pas d’hier que les échos libertaires servent le jeu du Capital. Mais cela ne vient aucunement disqualifier le geste en lui-même. Il faut se méfier de notre propre instrumentalisation, mais cela ne veut pas dire de collaborer plutôt que de refuser radicalement. Pasolini avait développé une éthique à ce sujet : l’éthique de l’abjuration. Il écrivait dans son Abjuration de la Trilogie de la vie :

Je pense que, avant de s’exprimer, on ne doit jamais, en aucun cas, craindre une instrumentalisation par le pouvoir et la culture. […] Mais je pense aussi qu’après il faut saisir clairement, jusqu’à quel point on a été instrumentalisé, éventuellement, par le pouvoir intégrateur. Et alors, si notre sincérité ou notre nécessité ont été asservies ou manipulées, je pense qu’il faut avoir carrément le courage d’abjurer.

Pasolini, « Abjuration de la Trilogie de la vie », 1975

11198839_10155545076875074_768275026_nLe FUCK TOUTE n’en est pas encore là. Quand les casseroles se sont transformées en BBQ des voisins, convoqués par le gouvernement libéral, nous étions oui, en pleine récupération (cf. un texte sur Trahir à ce propos). Le FUCK TOUTE n’en est pas là. Il ne fédère pas autant, il est vrai. Mais il est chargé d’un sens auquel il faudrait prêter l’oreille. Et pour ce faire, il faut passer par-dessus le premier scandale bourgeois d’un usage vernaculaire de la langue et se rappeler que l’utilisation des sacres comme rhétorique dénonciatrice n’est pas chose nouvelle au Québec (cf. « Un coup de matraque, ça frappe en tabarnak » (1971)). Ensuite, il faudrait écouter l’absence d’alternatives qu’offrent les politiques néolibérales et comprendre comment ce FUCK TOUTE est un pied de nez à la TINA (There is no alternative) de Tatcher. Devant l’indécence du gouvernement qui s’octroie des hausses de salaires, devant la caste grassement rémunérée, devant cette stabilité d’emploi qui n’est que fausse promesse, devant cette retraite qui ne sera que mirage demain, on s’étonne que la génération de précaires en devenir s’indigne, s’insurge… Pourtant, c’est dans la rue qu’elle crie FUCK TOUTE et non pas chez elle, dans son salon devant la télé. Et pourtant, elle lutte.

Plusieurs auraient voulu que le récit de la grève porte le titre de Chronique d’une mort annoncée… On fut prompt à affirmer que la grève sociale n’aura pas lieu. Mais demain, c’est le premier mai et aux dernières nouvelles, plus de 800 groupes communautaires seront en grève, partout à travers le Québec, et pas seulement dans les grands centres urbains. 800! Et ce, sans mot d’ordre des grandes centrales syndicales. Il faut croire que l’autonomie, dans ce cas, semble porter fruit.


Note

[1] Ce texte est une version légèrement remaniée d’une conférence qui a été prononcée le 29 avril à l’Université du Québec à Montréal dans le cadre de la table ronde « La grève étudiante : stratégies discursives et discours politiques » organisée par le CRIDAQ à laquelle ont participé aussi Marc-André Cyr, Dominique Leydet, Ricardo Peñafiel et Joseph-Yvon Thériault.

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Entretien avec Lawrence Olivier sur le climat à l’UQAM

Entretien réalisé pour Trahir par Simon Labrecque et René Lemieux le vendredi 24 avril 2015, avec Lawrence Olivier, professeur au Département de science politique de l’Université du Québec à Montréal[1]

Après plusieurs semaines de grève à l’UQAM, quel est le climat à l’université?

Pour vous donner une idée du climat actuel, il y a un groupe d’étudiants à l’UQAM, de notre département, qui essaie de renouer les ponts avec les professeurs, créer un lieu où on peut échanger entre nous. On a eu une première rencontre, et puis la chose qui est ressortie le plus de cette rencontre – peu de choses, mais la chose qui est ressortie le plus de cette rencontre c’est qu’à l’UQAM, maintenant, il n’y a personne qui est capable de se parler sur un ton normal. Tout le monde crie après tout le monde, tout le monde est énervé, le ton est très, très élevé. Tout le monde est agressif. Donc ça, c’est un peu le climat anormal. Ce qui n’était pas le cas avant, parce que l’UQAM a toujours été plus collégiale, et les étudiants ont toujours participé aux différentes instances, tout le temps. On a toujours eu des échanges – pour l’essentiel, à mon avis, toujours très bien. Mais depuis l’arrivée du nouveau recteur, et possiblement du nouveau gouvernement, on sent qu’il y a une volonté très claire de « mettre de l’ordre ». Mettre les choses en ordre, et que les gens à l’Université du Québec à Montréal se comportent comme les gens se comportent dans les autres universités. Autrement dit, ce qu’on veut faire – le sentiment de plusieurs, pas de tous – c’est qu’on aimerait que l’UQAM soit une université comme les autres. En ce sens là, il y a des mesures à prendre, et parmi les mesures à prendre, il faut casser entre autres le mouvement étudiant. Ce n’est pas la première grève à l’UQAM, ce ne sera possiblement pas la dernière puisqu’à l’automne ça risque d’être assez chaud, mais ça s’est toujours réglé à l’amiable, on a toujours trouvé une solution. Et là, pour la première fois, l’université se montre très intransigeante. On se rappelle du ministre de l’éducation qui a dit « expulsez-en un ou deux par jour, ça va se régler… » et on a l’impression que l’UQAM a pris ça au mot! On est rendu à vingt-deux expulsions, et non plus à neuf, parce qu’il y a eu une intervention musclée de la sécurité et de la police et ils ont arrêté 13 personnes de plus, qui sont aussi menacées d’expulsion de l’université, en plus d’être amenées en cour, pour non-respect de l’injonction. Vous savez que l’UQAM est judiciarisée maintenant, il y a une injonction qui nous interdit de faire des levées de cours, et possiblement de se promener masqué à l’UQAM (je pense que oui, je ne suis pas sûr). Il y a vingt-deux expulsions et c’est la semaine prochaine qu’ils passent devant le comité disciplinaire.

Les revendications étudiantes ont-elles changé au cours des dernières semaines?

La grève, ce n’était pas du tout sur les expulsions. Les premières expulsions ont fait en sorte qu’il y a eu une mobilisation beaucoup plus forte autour des expulsions parce qu’il n’y a pas unanimité, bien entendu, mais il y a un consensus fort à l’UQAM de personnes – professeurs, étudiants, membres du personnel – qui s’opposent aux expulsions. Clairement. Même si 200 professeurs ont signé la lettre d’appui au recteur, ce n’est pas énorme par rapport au nombre de professeurs de l’UQAM. Il y a une forme de consensus général contre les expulsions, d’abord parce que l’université n’a pas suivi ses règles, comme l’ont montré nos collègues du département de droit qui ont soulevé six points de droit qui n’ont pas été respectés, y compris nos propres règlements d’expulsion : pas de droit à une défense pleine et entière, des charges, des délais… Sauf une, une expulsion qu’ils vont possiblement réussir à faire pour des raisons administratives, parce que c’est un étudiant de notre département qui avait déposé une demande de prolongation pour sa maîtrise, qui a été accordée par le département, et le rectorat l’a refusé.

 

Est-ce qu’une telle situation avait déjà eu lieu?

Ça fait des années que je suis ici, des demandes de prolongations j’en ai vu jusqu’à quatre de suite et ça n’a jamais été refusé… Je n’ai jamais vu ça de ma vie. Je sais qu’il y a eu des cas où c’était vraiment limite, quand tu es rendu à la quatrième demande de prolongation, c’était limite. Mais je n’ai jamais vu quelqu’un être expulsé pour ça.

Pour revenir sur la question du climat : quand le département a dit « parfait, demande de prolongation acceptée », on a reçu une lettre de la vice-rectrice nous disant que « non, non, non, vous ne respectez pas les… », alors le directeur a réécrit en disant « bien non, suivant les règlements de l’UQAM, il a le droit ». Alors il a reçu une lettre l’accusant de ne pas savoir lire, qu’il ne comprend pas le règlement et tout, sur un ton dont je parlais au départ, un ton à mon point de vue assez agressif. Il n’y a pas de collégialité là, c’était : « la décision est prise ». Il y a un consensus très fort contre les expulsions, ça c’est assez clair. Mais si les expulsions se poursuivent, on a l’impression que la grève va se poursuivre. L’été c’est plus difficile, parce qu’il y a moins de monde…

 

Quelle est l’ambiance chez les professeurs sur la question de la grève?

Je dirais que le département est divisé en deux, pour l’essentiel, si on veut caricaturer : il y a ceux qui sont franchement contre les revendications étudiantes, qui en ont ras-le-bol. Ce ne sont pas tous des gens qui sont contre les étudiants a priori, mais il y a un peu un ras-le-bol, parce qu’il y a eu des réactions… Puis il y a ceux qui sont plutôt favorables, mais avec des nuances. Il y a toutes sortes de nuances à faire. Donc, même parmi ceux qui sont contre, la plupart sont respectueux de la levée des cours, parce que personne ne cherche le conflit. Il y en a peut-être deux ou trois, peut-être quatre, qui cherchent le conflit avec les étudiants, donc qui donnent des cours avec des agents de sécurité, là où des étudiants sont bousculés, ça finit toujours un peu mal. Mais pour l’essentiel, le département est divisé.

 

Et au niveau de la nouvelle situation? Au début, c’était l’austérité, maintenant la décision du recteur, comme si on ne reconnaissait pas aux professeurs une compétence pour prendre des décisions sur ce qui devrait les regarder.

Sur ce cas-là de maîtrise, c’est arrivé une fois – il faut être honnête, c’est arrivé une fois –, ce que tu dis m’apparaît assez juste. Ce n’est pas dit sur ce ton-là, « l’incompétence », mais c’est dire qu’il y a des instances à l’UQAM, dont le conseil académique, qui règlent ce genre de problèmes, et le département règle la question – c’est le département, à ma connaissance, qui a toujours réglé les cas de prolongations. Les cas académiques, c’est réglé par les professeurs. L’académique, c’est normal, c’est nous qui réglons ça, on a supposément la liberté académique… Là c’est la première fois que je voyais une intervention du rectorat dans des questions comme celles-là. Alors on est un peu surpris, plusieurs sont sous le choc, y compris ceux qui sont contre les étudiants. Beaucoup de gens qui étaient contre la grève, tout ça, bien les expulsions, le cas de l’étudiant à la maîtrise, là par contre, ça les énerve beaucoup, parce que c’est une ingérence politique.

 

Est-ce que les professeurs arrivent à mettre de la pression sur l’administration?

Bien, nous c’est difficile dans notre département parce que l’origine du conflit vient de collègues de notre département. Voyez, ce qui a lancé l’huile sur le feu, c’est la lettre publiée dans Le Devoir. Ça a créé beaucoup, beaucoup de tensions dans notre département. Il y en avait déjà des tensions, de l’intimidation et tout, mais là, ça… Même parmi les gens qui ont signé cette lettre, on ne leur avait pas tous dit qu’elle serait publiée dans Le Devoir. Ils se sont retrouvés avec leur nom dans Le Devoir, ils ont été un peu surpris… Donc, notre département est très tendu, déchiré, la vie n’est pas facile. D’autant plus que – je me permets de glisser un peu –, d’autant plus qu’avec l’arrivée de la nouvelle compagnie de sécurité, là on apprend des choses un peu troublantes. Par exemple, il y aurait deux cas d’agressions sexuelles sur des étudiantes, c’est-à-dire que certains en profitent pour faire des attouchements sur des étudiantes lorsqu’il y a de la bousculade et tout… Il y a des cas d’intimidation, ça c’est clair. C’est documenté. Moi, une de mes étudiantes est victime de profilage, d’intimidation, les agents de sécurité la connaissent par son nom, on lui a dit « ne va pas là, ne fais pas ça », alors ça c’est des cas typiques. Donc, et ça les collègues ne le savent pas, et quand on en parle ils sont aussi étonnés, ça les choque aussi beaucoup, ça a été discuté la dernière fois à notre réunion informelle entre professeurs et étudiants. Le cas des agressions sexuelles, il y a très peu de gens qui le savent. Et pourtant, c’est documenté. Il y a des étudiantes qui sont capables de dire « oui, moi ça m’est arrivé. » Alors, je ne sais pas quoi vous répondre en ce moment…

 

Ressentez-vous une intensification de la sécurité?

Vous dites! Une intensification… ils sont allé chercher des videurs de bars! La moyenne quand ça brasse, pas ceux que vous voyez aux entrées, quand ça brasse ils ont une couple de gars, 6’6’’, 285 ou 260 lbs., ils attendent l’autre bord des portes et ils attendent juste que ça brasse. Puis comme la loi canadienne a changé – vous le savez, maintenant il y a des arrestations citoyennes – et donc ils ont le droit d’arrêter. Eh oui, ils ont le droit d’arrêter des gens, et c’est ce qu’ils font. Et maintenant, ils ne font pas juste arrêter. Ils tiennent systématiquement des propos racistes, des propos sexistes, il y a des agressions sexuelles, ils humilient… il y a des humiliations qui sont faites entre eux, quand ils arrêtent quelqu’un, ils se mettent à plusieurs et humilient les étudiants – des étudiantes, plus souvent qu’autrement. Et il y a des coups qui se donnent. Jamais, jamais, jamais un étudiant a frappé un agent de sécurité. Jamais. Même pas poussé. Les étudiants se font pousser, ils se font mettre dans le mur, là de temps en temps ils mettent la main pour se protéger, mais il n’y a aucun étudiant qui a frappé un agent de sécurité. Parce qu’il va être en prison. La preuve, c’est qu’il y en a un qui est en prison parce qu’il a lancé des serpentins, je ne sais pas quoi… Donc voilà, c’est ça le climat en ce moment. Et c’est loin d’être réglé. Je vous le dis franchement : c’est loin d’être réglé, si ça se règle.

 

Et qu’est-ce que vous pensez du port du masque?

Bien moi je n’ai aucun souci avec le port du masque parce que nos étudiants sont judiciarisés. Et comment se fait-il que des agents de sécurité connaissent le nom des étudiants? L’une de mes étudiantes, quand l’agent l’a intercepté, il l’a nommé par son prénom et son nom de famille, lui a dit « ne fait pas ça ». Alors, de notre côté, il n’y en a pas de « peur »… Il y a quelques collègues qui ont peur pour rien, parce que jamais il n’y a eu des menaces, de l’intimidation verbale envers aucun professeur. J’ai assisté à des levées de cours : ils se sont installés devant, ils n’ont pas dit un mot. C’est un autre étudiant, non masqué qui a parlé. Il a simplement dit « madame, vous levez votre cours, sinon je ne bouge pas. » Elle a dit « je vais appeler la police. » Il a dit « je ne bouge pas. » Les étudiants dans la classe sont sortis. C’est tout. D’aucune façon l’étudiant masqué a dit un mot.

Les étudiants sont judiciarisés, ils sont passibles de peines criminelles… Dossier criminel, impossibilité de voyager, et tout, alors ils portent des masques. La question du masque, c’est un faux prétexte. Comme le dit un collègue, c’est un épiphénomène qui est sans intérêt et sans importance. Mais il faut se poser la question, parce qu’on le sait bien que c’est ce qui tourne dans les médias. On a eu cette discussion avec des étudiants et des collègues et on est deux à avoir dit qu’ils étaient judiciarisés. Quand est-ce qu’ils ont frappé quelqu’un, qu’est-ce qu’ils ont fait? Ils n’ont jamais frappé personne. Donc ça a été discuté, puis d’ailleurs moi j’insiste : jamais ces gens là ont fait quoi que ce soit qui pourrait être une intimidation verbale ou physique à qui que ce soit. Alors la question des masques, modérez vos transports.

 

À quel moment peut-on situer le changement dans le climat? Vous avez dit depuis le nouveau recteur. Est-ce que c’est aussi relié à ce qu’on a appelé la facultarisation, ou bien à d’autres changements qui ont eu lieu auparavant?

Pour moi, c’est sûr que la facultarisation n’aide pas, bien sûr, ça a changé un peu nos habitudes, nos pratiques à l’UQAM. Mais pour moi ce n’est pas là l’événement important. Je pense que c’est un tout : l’arrivée du nouveau gouvernement, le climat maintenant à propos de ceux qui exercent le pouvoir; ils l’exercent de plein droit, sans nécessairement avoir à discuter ou à débattre avec les autres. Or ce que ça fait dans un milieu comme le milieu universitaire, où la collégialité était un peu la norme, même si ça ne fonctionnait pas parfaitement, il y avait un peu cette norme là. Et ça, ça a brisé toute cette collégialité. Donc, le nouveau recteur qui est associé au gouvernement libéral qui veut mettre de l’ordre, qui veut que les choses se passent bien, le gouvernement conservateur qui change les lois qui fait que maintenant il faut que les choses se passent dans l’ordre, bien tout ça, puis la dérive sécuritaire – et ça aussi c’est un élément important, cette fameuse dérive sécuritaire. Maintenant, peu importe ce que tu fais, tu as l’impression que tu peux être accusé pour terrorisme… Bien évidemment, ça a jeté le système à terre, ça crée un climat d’insécurité, et les gens maintenant se trouvent dans l’obligation de se défendre et de se protéger. On est tous un peu dans cette situation-là de se protéger, de se défendre… Donc je dirais que c’est à la fois interne et externe.

Il y a un climat en ce moment, dans le cas des négociations, de tout ce qui est négociation, dans les syndicats, c’est extrêmement mal vu. Vous savez que le Sétue négocie, nous négocions, le syndicat des employés a négocié avec des nouvelles conventions qui étaient vraiment mauvaises pour eux, ça leur coûte plus cher, ils ont perdu des avantages, ils perdent des droits… Tu sais le climat, on parle aux secrétaires et c’est le même climat. Ils sont tous fâchés, la plupart sont fâchés : ils ont un contrat de travail, une convention collective, où ils perdent de l’argent. C’est-à-dire qu’ils doivent payer, pour ceux qui ont les plus hauts salaires, jusqu’à 800$ de plus pour leur fonds de retraite. Et pas d’augmentation de salaire, plus une augmentation de la charge. C’est ce climat là, je dirais, qui crée des tensions. Et, tu sais, les gens d’autorité, ils l’exercent leur autorité…

 

En termes de sortie de crise, vous disiez qu’il y a des tentatives de rapprochements, avez-vous senti des résultats?

Zéro résultat. Ça a commencé depuis longtemps, on a même fait une rencontre informelle entre professeurs pour se parler un peu, dire ce qui se passe… Zéro résultat. Il n’y a rien de changé. Mais on loue les efforts… Les étudiants ont fait des efforts, ils ont fait l’effort, mais ils ont été tout de suite instrumentalisés. On leur a enlevé l’agenda. Au départ, les étudiants avaient un agenda : ils voulaient rencontrer les professeurs, après ça la faculté. La faculté les a appelé, leur a dit « vous nous rencontrez d’abord, puis après ça vous rencontrez les professeurs. » Donc ils ont perdu même le contrôle de leur agenda. Et ça a été fait de façon autoritaire : ça n’a pas été de dire « oui, on aimerait ça… » Ils on dit : « la salle est réservée, vous rencontrez les gens de la faculté, et nous choisissons les gens que vous allez rencontrer. » Les étudiants avaient choisi des gens, qui étaient partout dans le département, peu importe la tendance, pour et contre… On leur a complètement enlevé l’agenda. Alors il ne se passe rien. Les étudiants sont découragés, tout le monde est découragé… Ils font quelque chose puis toute l’initiative, on leur enlève. Donc c’est pour ça que je vous dis : avec zéro résultat.

 

C’est comme une tentative de sape systématique, qui vient du haut…

H.Bosch, Die Hoelle, Ausschnitt - H.Bosch / Hell, Detail / Ptg./ C15/16th - J. Bosch / L'Enfer / DetailBien oui, c’est-à-dire qu’on veut contrôler tout ce qui vient. Ce dont les étudiants se plaignent souvent c’est l’instrumentalisation. Quand ils font une démarche, la première chose qu’on entend le lendemain, c’est le recteur qui dit « oui, on a rencontré les étudiants, puis les étudiants sont mécontents… » C’est pas ça du tout qui s’est passé. Quand ils ont rencontré le recteur, c’est pas que les étudiants étaient mécontents – des mécontents de la grève –, c’est pas ça, c’est des étudiants qui sont dans la grève! Mais ils veulent trouver, recréer des liens, essayer qu’on se parle, qu’on tienne un langage plus poli, qu’on arrête avec les masques… D’ailleurs, l’association étudiante a fait des démarches auprès des masqués en disant « attention », et maintenant, plusieurs l’ont enlevé, mais certains le gardent… Alors, tout ça… mais jamais, jamais on parle de ça. On ré-instrumentalise ça : « les bons étudiants font des démarches, viennent nous voir et se plaignent… » C’est pas vrai, c’est pas ça qui s’est passé. Alors, vous voyez, ils perdent l’agenda, ils perdent le contrôle de ce qu’ils veulent faire. Nous sommes plusieurs a leur avoir dit, puis ils sont fâchés, mais qu’est-ce que vous voulez qu’ils fassent? Eux ils disent « il faut faire quelque chose », ils le font, c’est très bien. Mais là on est plusieurs professeurs maintenant à vouloir débarquer de ça. Parce qu’on sent que c’est nous maintenant qui sommes instrumentalisés à travers ça. On entend « ouais, il y a des professeurs qui rencontrent… » Oui, mais ce n’est pas pour ce que vous dites. Alors moi, la dernière fois, j’ai dit : « pas sûr ». Puis une collègue a dit « pas sûre, je me demande ce que je viens faire ». Nous sommes restés. Mais… pas sûr qu’on va y aller une deuxième fois. Ça donne zéro.


Note

[1] Lawrence Olivier a écrit de nombreux livres, notamment Le savoir vain : Relativisme et désespérance politique (Liber, 1998), Contre l’espoir comme tâche politique. Suivi de Critique radicale : Essai d’impolitique (Liber, 2004), et Détruire : la logique de l’existence (Liber, 2008). Son dernier livre, Suicide et politique. La révolte est-elle honorable? est paru chez Liber en 2014.

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Classé dans Lawrence Olivier, René Lemieux, Simon Labrecque

Le procès de l’absence

Par Alexandra Croze | texte publié sur la page Facebook de l’auteure

Mercredi soir [15 avril 2015], un jeune se fait arrêter à l’UQAM. Ce sont des agents de sécurité de l’université qui l’ont interpelé et une dizaine de flics qui seraient venus le chercher. Il y avait une réunion, deux camarades sont sortis fumer une clope, mais celui-là ne reviendra pas. Et il ne reviendra pas de sitôt.

sans-titre

Un juge avec un bâton.

Vendredi après–midi [17 avril], après une longue plaidoirie grotesque sur la question de sa remise en liberté, le juge en est venu à la décision de le garder en détention jusqu’au procès. On a d’abord jugé que sa mère ne serait pas en mesure d’encadrer quelconques conditions de sursit à la maison pour son fils de 20 quelques années, sans antécédents judiciaires, de par sa seule condition d’être femme célibataire? Ensuite, c’est d’opinion publique dont il a été question. Ce serait, selon ses dires, toute la confiance de la population du Québec envers le système de justice qui pèserait sur le dos de mon ami. Son cas à lui seul, dans les circonstances, toujours selon le juge, permettrait de calmer le jeu. Quant à la couronne, la procureure a manifesté son intention de demander l’emprisonnement.

L’arrestation ainsi que la détention préventive de notre camarade est arbitraire, ses accusations sont criminelles, mais le procès est politique. La confection d’une opinion publique par les médias de masse tout comme les lois spéciales comme les injonctions tant invoquées par le juge sont de vraies armes du pouvoir qui servent à maintenir le statu quo et écraser la légitimité de nos moyens d’action. En fait, selon le juge, ce procès est la suite normale des choses depuis le lancement de cette grève étudiante de 2015, après le déferlement des arrestations de masse, des blessé-es, du profilage, des injonctions, de la résistance, maintenant vient le tour de la première tête de serpent coupée. Et il a pris le soin de bien nous mettre en garde, nous autres dans la salle, les autres prolos qui devraient se sentir chanceux de ne pas être au banc des accusés ce jour-là, que tout devrait rentrer dans l’ordre maintenant, grâce à ce jugement de refus de remise en liberté, grâce à la détention carcérale de mon pot. What the fuck!?

Plusieurs camarades sont venus offrir leur support à l’étudiant accusé. C’est bien. Mais j’ai bien l’impression qu’il nous faudra faire beaucoup plus. J’insiste sur le fait qu’on est déjà «chanceux» d’avoir eu vent de son arrestation rapidement, car s’il n’y avait pas eu une autre personne à ses côtés, notre ami se serait fait arrêté sans le moindre bruit. La personne en question, accablée de plus d’une dizaine de chefs d’accusation, aurait pu être n’importe qui. Ça aurait pu être n’importe quel étudiant-e de l’UQAM – ou pas – ayant pris part à cette grève, tentant de faire respecter les mandats de grève. Je ne le dirai jamais assez, notre légitimité à combattre ce système, seul-es nous-même pouvons nous l’accorder. C’est bien un délit d’opinion politique qui est réprimé ici et tous les jours sur nos lignes de piquetage, c’est parce qu’on croit en la légitimité de notre grève et de nos moyens d’action politique qu’on nous matraque, qu’on nous dénigre toute voix, que les médias nous traînent dans la boue, qu’on nous emprisonne, qu’on nous oublie, qu’on nous trahit. La détention de l’étudiant – appelons-le absent – a été imposé pour des raisons purement politiques, sans vrai rapport avec une infraction quelle qu’elle soit, sans quoi nous serions des centaines de plus derrière les barreaux actuellement.

La couronne n’a pas hésité à recourir aux termes galvaudés par les médias de masse sur le thème, l’accusé parce qu’il est étudiant gréviste se fait amalgamer à un «leader», «un protagoniste» des «groupuscules masqués» dont on connait bien la «violence et l’intimidation» groupuscules comme ceux de «l’AFESH» et «la défirme» (comprendre la déferle) dont les membres sont des types «extremix» (sic) et «anarchiques» (sic).

Encore une fois, le droit individuel prime sur le droit collectif. Le juge n’est pas le seul agent partial dans cette triste histoire, nos universités et les scabs en recourant aux armes du pouvoir politique comme la cour, la police, affirment ne plus reconnaître les instances d’assemblées démocratiques et, en évinçant tout débat politique au sein de leur communauté, nos universités partent une fois de plus sur une dérive autoritaire.

En attendant, nous sommes absents.

En 2012, dans le temps des injonctions, il y a eu le procès de GND, qui a fait rallumer une brèche. Aujourd’hui on s’attaque à une personne quelconque, sans crédibilité médiatique, voire même sans capital militant, jugeant que son audace est trop contagieuse parmi les poches de résistance… serons-nous digne d’une telle réputation?

On nous dit qu’il faut que ça cesse. C’est le moment de faire entendre la petite voix dans nos cœurs qui rétorque à la raison : essayons!

Plusieurs d’entre nous criaient récemment «an injury to one is an injury to all», faisons en sorte que ça compte.

D’autres textes de soutien à l’étudiant sont disponibles sur le blog « Groupe de soutien ».

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Classé dans Alexandra Croze

Chronologie d’un bras de fer: la grève à l’UQAM

Tract sans signature distribué lors du rassemblement du 24 avril 2015 contre les expulsions politiques à l’UQAM.

À tous ceux et toutes celles qui souhaitent comprendre la généalogie de la crise actuelle à l’UQAM, et saisir la réalité des levées de cours telle que l’ont vécue plusieurs personnes qui y ont participé au cours des dernières semaines, voici une (relativement) brève chronologie des événements à partir du déclenchement de la grève à l’UQAM.

16 mars : Déclenchement de la grève à l’Association facultaire étudiante des Arts (AFÉA).

20 mars (vendredi) : À la veille du déclenchement de la grève de plusieurs associations facultaires, l’administration annonce les convocations de 9 étudiant-e-s auprès du comité de discipline. Le même jour, René Delvaux apprend que son dossier a été fermé, sans l’accord de son directeur de maîtrise, du directeur de son programme et du vice-doyen de la faculté. Ces procédures enfreignent le règlement 2 et la politique 25 de l’UQAM. Justine Boulanger, première convoquée et seule déléguée étudiante au Conseil exécutif, siège également avec René Delvaux au Conseil d’administration de l’UQAM. En ce sens, la comparution de Justine devant le Comité exécutif, initialement prévue pour le 27 mars, soit une semaine avant les autres étudiant-e-s, aurait éliminé de facto la seule représentation étudiante du comité, laissant l’ensemble des autres personnes visées seules devant un comité essentiellement composé par la haute direction, juge et partie. De plus, les actions pour lesquelles ces personnes sont convoquées (notamment des levées de cours et des manifestations internes) regroupaient toutes plusieurs dizaines de personnes, mais seules 10 personnes sont ciblées. Certaines de ces actions remontent à 2013 et leur utilisation la veille du déclenchement de la grève démontre la volonté de l’administration de casser la grève en faisant craindre des représailles aux personnes qui participeraient aux activités normales d’une grève.

Cette répression politique est une atteinte grave à la démocratie étudiante, au droit de grève, au droit d’association et à la liberté d’expression. En s’attaquant directement à certains-es étudiants-es, l’administration de l’UQAM bouleverse des vies (précarisation, isolement et pertes d’emploi); vies qu’elle instrumentalise afin de menacer l’ensemble des membres de la communauté qui s’impliquent politiquement dans l’université. Cette campagne de peur doit être dénoncée. Les expulsé-e-s ont d’ailleurs reçu l’appui de l’ensemble des associations facultaires, du SPUQ, du SCCUQ, du Conseil académique facultaire de politique et droit, du département de sciences juridiques de l’École des médias, ainsi que de nombreux autres organismes extérieurs à l’UQAM.

23 mars : Déclenchement officiel d’une grève reconductible à l’Association facultaire étudiante des sciences humaines (AFESH), à l’Association des étudiants et des étudiantes de la Faculté des sciences de l’éducation (ADEESE) et dans les modules de la faculté de sciences politiques et droit; ainsi que d’une grève jusqu’au 2 avril à l’Association facultaire des étudiant-e-s de langues et communication (AFELC). Deux nouvelles compagnies de gardien-ne-s de sécurité, Garda et Gardium apparaissent sur le campus. Malgré le fait que les levées de cours se déroulent dans le calme, des gardien-ne-s de sécurité suivent toutes les personnes qui effectuent les levées de cours, prennent des notes et filment leurs faits et gestes. Des gardien-ne-s filment également les chargé-e-s de cours et professeur-e-s qui, devant le très faible nombre de personnes présentes en classe et les levées de cours, décident de ne pas donner leur cours. Les agent-e-s de sécurité leur mettent ainsi de la pression pour qu’ils et elles donnent leur cours malgré ces conditions. Plusieurs étudiant-e-s commencent à être suivi-e-s dans tous leurs déplacements à l’UQAM, même lorsque les levées de cours sont terminées et des gardien-ne-s circulent en tout temps autour des locaux des associations modulaires en prenant des notes.

27 mars : Rassemblement solidaire de plus de 300 personnes à la Place Pasteur, devant les bureaux du rectorat, contre les expulsions et suspensions pour des motifs politiques. Les convocations sont reportées au plus tôt au 24 avril.

30 mars (lundi) : Début de la grève à l’Association étudiante du secteur des sciences (AESS) jusqu’au 2 avril. Blocage des pavillons du campus central contre les expulsions et la répression politique à l’UQAM. L’UQAM demande la journée même une injonction pour empêcher toute activité qui perturberait de quelque manière que ce soit le cours normal des activités de l’université. Les associations facultaires en sont avisées vers 23h. On peut ainsi supposer que l’injonction était déjà prête et que l’UQAM n’attendait qu’un prétexte pour en faire la demande.

1er avril (mercredi) : Suivant une audience survenue le lendemain après-midi, le juge Mongeon, de la Cour supérieure, a rendu une décision le 1er avril. L’injonction est accordée à l’UQAM et est applicable dès le lendemain. Celle-ci touche cinq associations étudiantes facultaires, ainsi que chacun-e de ses exécutant-e-s, le SéTUE (syndicat des employé-e-s étudiant-e-s) et toute personne inconnue se trouvant à proximité de l’UQAM.

Elle vise à empêcher toute activité de perturbation, militante et politique, au sein et à proximité des murs de notre université. Plus exactement, ces activités concernent toute levée de cours, manifestation, ligne de piquetage, blocage ou tout autre dérangement de l’enseignement ou de la recherche au sein des murs de l’UQAM ou dans un périmètre extérieur de moins de deux mètres de ceux-ci.

2 avril : Manifestation nationale contre l’austérité et les hydrocarbures à Montréal. Le SPUQ (syndicat des professeur-e-s et maîtres de langues) est en grève pour une journée et distribue du matériel d’information contre la répression politique à l’UQAM, en solidarité avec les expulsé-e-s. Durant les levées de cours du soir, une personne est poursuivie par une gardienne de sécurité jusqu’à l’extérieur de l’UQAM, est arrêtée en pleine rue, puis détenue au Centre sportif pendant près de deux heures, avant d’être livrée à la police. La gardienne affirme qu’elle aurait ainsi procédé à une « arrestation citoyenne ».

3 avril au 6 avril : Congé pascal. Le 6 avril, malgré l’injonction, l’AFESH reconduit à forte majorité la grève, qui devient une grève générale illimitée.

7 avril (mardi) : Un déjeuner-rassemblement est organisé devant les locaux de l’AFESH, de l’AFESPED et de l’AFEA le matin. En raison de l’injonction, les levées de cours changent de forme : quelques personnes identifient les cours qui se donnent malgré la grève, font un message d’information à la classe qui rappelle le mandat de grève et invitent les personnes à respecter la grève et à quitter volontairement la classe. Dans les quelques cas où le cours se poursuit, des personnes masquées (afin d’éviter d’être accusé-e-s d’outrage au tribunal ou de subir des sanctions disciplinaires de l’UQAM) se rendent dans la classe et empêchent la tenue du cours en faisant du bruit. La même stratégie est répétée pour les cours de l’après-midi et du soir. Durant la journée, la direction de l’UQAM envoie un message au syndicat des professeur-e-s et au syndicat des chargé-e-s de cours, dans lequel elle indique qu’il n’y aura pas de reprise rémunérée des cours et que tou-te-s les responsables de cours sont tenu-e-s de dispenser leur cours, peu importe le nombre de personnes présentes (dispositions contraires aux conventions collectives de ces syndicats).

8 avril (mercredi) : Les gardien-ne-s de sécurité semblent avoir désormais reçu la consigne d’intervenir physiquement pour empêcher la levée des cours. Alors que des personnes masquées et non-masquées tentent de lever les quelques cours qui se donnent malgré les tournées d’information, des gardien-ne-s de sécurité leur bloquent l’accès aux salles de classe, tentent de les démasquer et les poursuivent à l’extérieur jusqu’aux Habitations Jeanne-Mance. Suite à cette nouvelle négation du droit de faire respecter la grève, une manifestation interne très populeuse est organisée à 14h afin de lever les cours de l’après-midi. Dans le pavillon J.-A.-DeSève, la manifestation est interrompue par une intervention policière durant laquelle le SPVM procède à 22 arrestations brutales et arbitraires pendant qu’éclatent de violentes altercations entre gardien-ne-s de sécurité, policier-ère-s et manifestant-e-s : des policiers et policières tabassent à coup de matraque des étudiant-e-s franchement en état de choc devant ce revirement de situation, pendant que des gardien-ne-s de sécurité se permettent de prendre à la gorge des étudiant-e-s, de les tirer vers la police, voire deviennent si brutaux-ales qu’ils et elles sont évacué-e-s par leurs propres collègues. Un groupe de professeur-e-s forment une ligne entre la police et la manifestation.

Des pourparlers commencent spontanément entre le SPVM, des professeur-e-s, des étudiant-e-s. Le SPVM se retire avec les 22 arrêté-e-s et la direction de l’UQAM prend le relai des négociations. Au terme de quelques heures, la direction refuse en bloc toutes les demandes qui lui sont adressées. Les étudiant-e-s qui attendaient la fin des négociations, dans un sit-in improvisé sur le lieu des arrestations, sont furieux et furieuses et décident d’occuper le pavillon, ce qui durera finalement jusqu’à minuit. En fin de journée, l’ADEESE vote le retour en classe pour le lendemain

9 avril (jeudi) : Les membres de l’AFEA décident de poursuivre la grève jusqu’au 3 mai. Un quatrième groupe de gardiens de sécurité, caractérisés par une attitude, des techniques et un physique de bouncers, fait son apparition à l’UQAM. L’administration multiplie les consignes contradictoires aux chargé-e-s de cours et professeur-e-s toute la journée.

13 avril (lundi) : Les levées de cours se poursuivent tant bien que mal, mais prennent énormément de temps et ne fonctionnent que parce que l’immense majorité des groupe-cours sont solidaires de la grève (des gens écrivent à leur association pour demander que leur cours soit levé afin qu’ils et elles puissent respecter la grève alors que d’autres se lèvent volontairement lors des tournées d’information). Dans les faits, très peu de cours sont à « lever », mais chaque cours qui s’oppose peut occuper pendant près de 2 heures les personnes qui lèvent le cours, précisément parce que les méthodes de levées ne sont pas violentes et n’impliquent que du bruit ou de la discussion avec les personnes présentes, mais également parce que, depuis l’injonction, l’accès aux locaux de ces quelques cours est bloqué par des gardien-ne-s. En fin de journée, quelques étudiant-e-s aux cycles supérieurs en science politique rencontrent le rectorat de l’UQAM dans une discussion informelle.

14 avril : La Commission des études adopte à majorité une prolongation de la session d’hiver 2015 jusqu’au 19 juin.

15 avril : Un étudiant est arrêté en lien avec les levées de cours par des policier-ère-s alors qu’il fume une cigarette devant l’UQAM. Il est toujours détenu pour une durée indéterminée. Il faut mentionner que le juge a justifié sa décision de le maintenir en état d’incarcération jusqu’à sa comparution en prétextant la nécessité de maintenir la confiance du public dans l’administration de la justice. Il est important de souligner que dans des cas similaires, où la personne n’a pas d’antécédent judiciaire, les accusé-e-s sont libéré-e-s sous promesse de comparaître. Il faut également insister sur le fait qu’au moment de prononcer ce jugement, l’arrestation de notre camarade n’avait pas été diffusée dans les médias de masse. Ces deux éléments nous permettent de soutenir que notre camarade est présentement incarcéré pour des causes uniquement politiques et que sa détention est instrumentalisée afin de servir de punition exemplaire pour tenter de briser le mouvement de grève.

16 avril : Un comité, formé d’un-e délégué-e de chaque association facultaire et d’un-e délégué-e de chaque association modulaire en grève de la faculté des sciences politiques et de droit, rencontre des représentants de l’administration de l’UQAM afin de discuter de l’état de la situation à l’UQAM. Le Conseil d’administration rejette durant l’après-midi la proposition de prolongement de la session de la Commission des études, maintient le calendrier de la session d’Hiver 2015 qui prend fin le 3 mai et propose de mettre un « incomplet temporaire » jusqu’au 30 juin à tou-te-s les étudiant-e-s n’auraient pas terminé leur session en date du 3 mai.

21 avril : La commission des études adopte une série de positions faisant valoir un positionnement contre les expulsions politiques, contre l’annulation de la ré-admission à la maîtrise de René Delvaux par décision unilatérale de l’administration et contre la judiciarisation du conflit notamment par l’intervention des agent-e-s du SPVM sur le campus. Elle adopte également une proposition de ne pas prolonger la durée de la session, se rangeant ainsi derrière le plan de validation de la session imposé par le conseil d’administration.

22 avril : Le conseil d’administration valide l’essentiel des recommandations de la commission des études et annonce que la session se terminera au 3 mai, que les ententes d’évaluation pourront être ré-ouvertes unilatéralement par les personnes en charge du cours jusqu’au 15 mai, lorsque les conditions le permettent, que la période d’annulation des cours sans mention d’échec et sans remboursement est prolongée jusqu’au 15 juin et que les notes doivent remises au 30 juin.

Des assemblées générales extraordinaires sont prévues dans les prochains jours dans les associations étudiantes en grève.

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«Je veux manifester, mais j’ai peur de me faire crever un œil.» –Charlie, 13 ans, 24 mars 2015

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4 avril 2015 · 08:20