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Untied tales (the vanished power of the usual reign) – OFF.T.A. 2016

Monument-National, lundi 6 juin 2016

Par Charles Deslandes, en collaboration avec Trahir

Note de la rédaction : Ce texte est d’abord paru dans les Cahiers Philo de l’OFF.T.A.

Sur le qui vive. Qui sait?

Les portes s’ouvrent. Comme tout le monde, je fais la file et franchis le seuil. Ils sont deux, au sol, allongés, mais non inertes. Ce sont nos hôtes? Je suis le mouvement des autres et enfile les marches jusqu’à une place qui sera la mienne. La performance est peut-être déjà commencée? Je regarde ces deux corps presque endormis, engourdis, côte à côte. Ils bougent à peine. Devant eux, le public, bruyant, prend ses aises. J’observe le public et les deux corps. Des inconnus se parlent : « cette place est-elle libre? » me demande-t-on. Je me range. J’écoute. Et sans qu’on ne sache pourquoi, ni comment, les voix multiples ont fait silence. Comme par magie? Aucun signal apparent n’a annoncé le début. Si ce n’est l’ouverture des portes. Le silence. Les corps, alors seulement, ce meuvent un peu plus. Des doigts tressaillent. La lumière s’affaiblit, un peu. Les portes se sont sans doute refermées derrière nous.

untiedtales

Crédit photo © Maxim Paré-Fortin

Untied tales est une narration sans voix (mais avec des silences) sur la rencontre de l’autre. Une narration qui génère de la multiplicité. Ce sont des corps qui racontent, ceux de nos hôtes. Leur mouvement, leur geste, leur déplacement sur scène rappellent qu’aller vers l’autre est un geste ponctué de césures, de replis convulsifs. Mais aussi un geste qui répond d’une force attractive résonnant comme un appel vers l’autre. Les corps nous parlent. Ils nous racontent l’anxiété et la peur, et le souhait et l’envie de l’autre, aussi. C’est depuis cet entre-deux (aller vers l’autre, mais en gardant une distance; être-avec-l’autre mais en s’aménageant des distances) que les corps se meuvent et narrent l’in-quiétude de la rencontre. Je dis « rencontre », mais devrais-je plutôt dire « rencontrer »? J’éviterais alors de sous-entendre qu’au-delà d’un seuil, d’une limite, il y a eu rencontre. Que la rencontre, une fois faite, est définitive. Le mouvement des corps nous dit pourtant autre chose : la rencontre est toujours à re-faire. Elle suit des lignes imperceptibles qui se déplacent même lorsqu’on y prend appui.

La multiplicité de Untied tales se comprend, peut-être aussi, par la participation du public. Son silence qui amorce comme par magie une performance (de laquelle il serait exclu?) est peut-être une piste à suivre pour comprendre se que racontent nos hôtes. Peut-être? Ce n’est pas im-possible. Alors ce qui serait encore plus fascinant – magique – c’est ce qui nous reste en tête après coup. Ces images qui restent familières et troublantes. L’ambiance affective, connue et étrangère, que suscite la mise en scène de la rencontre de l’autre. Le pluriel du récit ne reposerait alors pas seulement sur les multiples facettes qu’expose la performance (attraction/répulsion, peur/joie issues de la rencontre). Quelque chose m’amène à croire (sans l’arsenal du savoir véridictif) que chacun est repassé par les portes de la salle en produisant son interprétation de ce conte dé-fait. Chacun en a gardé souvenir. Untied tales laisse des traces. Il ne s’arrête pas une fois (re)franchi le seuil des portes. Il continue de jouer en tête, même en silence.

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Juridique et politique du silence: réflexions sur l’ontolinguistique à partir d’une expérience académique

Par René Lemieux | disponible en format pdf

Avant propos

Une grande partie de ce texte fut écrite dans les semaines suivant la participation de l’auteur au colloque « Rencontre(s). Qualifier l’espace commun » tenu le 18 mai 2006 à l’Université McGill dans le cadre du 74e Congrès de l’Acfas.

Le texte a d’abord été soumis à une revue canadienne de philosophie, qui l’a refusé. Voici un extrait du courriel de refus :

[…] J’ai lu ton texte que je trouve original sous plusieurs aspects. Cependant, je suis dans l’obligation difficile de te dire que le revue ne publie pas ce genre d’article dont le ton est, disons, trop personnel et trop peu académique. Je crois que je ne t’apprends rien en te disant que les revues de niveau universitaire avec comité d’évaluation par les pairs s’attendent en général à ce que les articles contribuent à faire avancer les connaissances au sujet des auteurs établis et dont les œuvres font partie des références communes.

Cette force constitue aussi une limite : comment en effet faire connaître des œuvres nouvelles et potentiellement originales ? Je peux me tromper, mais je ne crois pas que cela passe par les revues avec comité d’évaluation. Ce sont plutôt les maisons d’éditions qui peuvent prendre la chance de publier des œuvres inconnues et qui pourront devenir à leur tour des travaux de référence. Encore une fois désolé, ne prends pas ce refus de manière trop personnelle et je t’encourage bien sûr à poursuivre tes réflexions qui me rappellent vaguement certaines méditations de Blanchot. Cette situation me rappelle aussi ce que j’avais lu sur une plaquette qui accompagnait une toile du peintre québécois Pellan : montrer aux spécialistes qu’il savait peindre des « cabanes à sucre » avant d’espérer voir son art plus abstrait reconnu… Une remarque assez juste qui est en partie symptomatique de l’état du monde de la création en général. […]

La suite est disponible en format pdf.

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