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Archives 2013-2014 du chantier Traduire les humanités

Par René Lemieux, Montréal

Descriptif complet

La traduction des sciences humaines et sociales est généralement pensée comme un intermédiaire entre la traduction technique (médicale, juridique ou commerciale : à savoir une traduction qui comporterait un lexique figé et une terminologie assez consensuelle) et la traduction littéraire qui, elle, s’intéresserait davantage au style ou à la forme. Au niveau des associations ou des organisations de traducteurs, toutefois, la traduction des sciences humaines et sociales est associée à la traduction littéraire, même si on juge qu’il y a une différence de nature entre ces deux types de traduction : alors qu’on demanderait d’abord au traducteur littéraire une maîtrise de la langue cible, le traducteur de textes des disciplines de sciences humaines et sociales devrait quant à lui posséder des connaissances dans ces mêmes disciplines, participant de ce fait au marché symbolique de ces sciences.

Cette spécificité de la traduction des sciences humaines et sociales est encore mal définie, et une des causes est peut-être le problème de la professionnalisation dans ce secteur : que voudrait dire être un professionnel de la traduction en sciences humaines et sociales, sinon être un professionnel de ces sciences-là? La sociologue Gisèle Sapiro, notamment, dans une conférence donnée à l’École Normale Supérieure, propose même de faire de la traduction une obligation dans le cursus élémentaire des disciplines des sciences humaines et sociales. Aux États-Unis, c’est la voie inverse qui a été prise puisque la traduction des sciences humaines et sociales est définitivement associée à un travail de la langue, en dehors des connaissances des disciplines, ce qui a pour résultat qu’il est possible de voir sans problème un même traducteur passer de la traduction d’un roman à un essai politique ou vice versa.

Le chantier de recherche Traduire les humanités voudrait poser la question de la spécificité de la traduction des sciences humaines et sociales en abordant différents aspects de cette pratique, et ce, à partir d’une réflexion de base à la fois sur la sémiotique (qu’est-ce qu’un « concept » et comment se manifeste-t-il à la fois dans le texte source et le texte cible?) et la politique (quelle est la légitimité du traducteur quant au savoir qu’il possède?). D’abord, le chantier s’articulera autour d’un groupe de lecture dirigé par René Lemieux, à partir d’aspects liés à cette question : 1) une sociologie de la traduction (état des lieux de la recherche); 2) une philosophie de la traduction (une réflexion collective sur la question du concept ou de l’idée); 3) une histoire de la traduction (avec la lecture et la discussion de textes en histoire des idées). Le groupe de lecture se réunira environ une fois par mois et un texte sera fourni pour la discussion.

Ensuite, le chantier regroupera des chercheurs du milieu de la traductologie, mais aussi de différentes disciplines, sous la forme d’ateliers sur différents sujets liés à la traduction des sciences humaines et sociales (histoire, méthode, pédagogie, problèmes spécifiques liés à la traduction, etc.). Les ateliers auront lieu à trois reprises au cours de l’année (novembre 2013, février et mai 2014) et seront ouverts au public.

Finalement, conjointement avec les étudiants du cours « Traduction avancée en sciences humaines et sociales » (donné à l’Université Concordia à l’hiver 2014), le chantier servira de base à un projet de traduction de plusieurs articles du Handbook of Translation Studies, disponibles en ligne. Ce projet s’appuiera sur les hypothèses de travail que le groupe de lecture et les ateliers auront formulées. Les participants au projet de traduction auront la tâche de travailler conjointement avec les étudiants de Concordia, par exemple avec le travail bibliographique, la recherche des références, etc., alors que les étudiants en traduction (Concordia) auront à travailler l’aspect linguistique de la traduction. Ce travail collaboratif, qui se veut une expérimentation réflexive sur ce que penser et traduire veulent dire.

Calendrier des rencontres

  • Séance inaugurale (résumé), le 7 octobre 2013
  • Premier atelier de chercheurs, le 30 octobre 2013
    • Pier-Pascale Boulanger (Concordia) : « Traduire Henri Meschonnic » (texte de la présentation)
    • Yves Gambier (Turku) : « Concepts nomades et dynamique d’une polydiscipline : la traductologie »
    • Sherry Simon (Concordia) : « Traduire Michel Foucault »
  • Deuxième atelier de chercheurs, le 30 janvier 2014
    • Paul F. Bandia (Concordia) : « La traduction aux fondements de la recherche en sciences humaines et sociales »
    • Annie Brisset (Ottawa) : « Traduire les humanités : l’apport de la sociologie des communications »
    • René Lemieux (UQAM) : « Traduire le ‘lieu vide du savoir’ » (texte de la présentation)
  • Troisième atelier de chercheurs, le 10 avril 2014
    • Chantal Gagnon (UdeM) : « Traduire les allocutions politiques : quels traducteurs pour quels discours? »
    • Patricia Godbout (Sherbrooke) : « La traduction d’essais littéraires de l’anglais au français : quelques considérations pratiques »
    • Judith Woodsworth (Concordia) : « Traduire les sciences humaines et sociales : légitimité des traducteurs, légitimité de la pédagogie »

Traduction des textes du Handbook of Translation Studies

Textes traduits pendant l’année universitaire 2013-2014, tous disponibles en ligne, par les étudiant-e-s du cours « Traduction avancée en sciences humaines et sociales » (Concordia) et par un groupe de jeunes chercheurs à l’UQAM[1] :

  • « Créativité en traduction », de Carol O’Sullivan
  • « Déconstruction », de Dilek Dizdar
  • « Domestication et étrangéisation », d’Outi Paloposki
  • « Éthique et traduction », de Ben van Wyke
  • « Genre et traduction », de Luise von Flotow
  • « Hybridité et traduction », de Sherry Simon
  • « Postmodernisme », de Ning Wang
  • « Religion et traduction », de Jacobus Naudé
  • « Rhétorique et traduction », d’Ubaldo Stecconi
  • « Traduction théâtrale », de Sirkku Aaltonen

Note

[1] Ont participé à ce projet, à titre de traducteur/-trice ou de relecteur/-trice : Christine Althey, Émilie Archambault, Jade Bourdages, Marie Charbonneau, Alex Gauthier, Farida Kaboré, Simon Labrecque, René Lemieux, Simon Levesque, Caroline Mangerel, Maxime Plante, Mathieu Rolland et Simon Saint-Onge.

Ce billet a d’abord été publié sur le site du Laboratoire de résistance sémiotique.

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Traduire et enseigner le lieu vide du savoir

Par René Lemieux | Université du Québec à Montréal

Ce texte est conjointement publié avec le Laboratoire de résistance sémiotique.

Je commencerai ma présentation(*) avec quelques considérations sur ce que je conçois comme la traduction des sciences humaines et sociales, et notamment, la traduction des humanités, dont je tenterai d’expliquer la différence. Je le ferai à partir de lectures et de relectures récentes de Platon. Toutefois, je commencerai rapidement avec quelques mots sur l’expression « lieu vide » du titre, une expression que j’ai utilisée à quelques reprises au courant des ateliers.

Le « lieu vide » est une formule du philosophe Claude Lefort que j’avais commencé à adapter il y a quelques années en déplaçant son ancrage dans le pouvoir pour le transférer dans le savoir, à partir d’une conceptualisation de la culture humaniste comme « bibliothèque », le lieu structurant, pourrait-on dire, de notre civilisation[1]. L’expression « lieu vide » se retrouve dans plusieurs des textes de Lefort, mais notamment dans un article assez connu, « Permanence du théologico-politique? » :

Le pouvoir, avant même qu’on l’examine dans ses déterminations empiriques, s’avère ce pôle symbolique ; il manifeste une extériorité de la société à elle-même, lui assure une quasi-réflexion sur elle-même. Cette extériorité, nous devons certes nous garder de la projeter dans le réel ; il ne ferait plus sens alors pour la société. Mieux vaut dire qu’il fait signe vers un dehors, depuis lequel elle se définit. Sous toutes ses formes, c’est toujours à la même énigme qu’il renvoie : celle d’une articulation interne-externe, d’une division instituant un espace commun, d’une rupture qui est simultanément une mise en rapport, d’un mouvement d’extériorisation du social qui va de pair avec celui de son intériorisation. Or, nous nous sommes, pour notre part, depuis longtemps attaché à cette singularité de la démocratie moderne : de tous les régimes que nous connaissons, elle est le seul dans lequel soit aménagée une représentation du pouvoir qui atteste qu’il est un lieu vide, qui maintienne ainsi l’écart du symbolique et du réel. (Essais sur le politique. XIXe-XXe siècles, Seuil, p. 291)

Thèse d’abord phénoménologique, le « lieu vide » ne désignerait pas un lieu sans pouvoir, mais un lieu où la légitimité pour qui tiendra ce lieu n’est pas fixée. Lefort qualifie la démocratie moderne de lieu vide pour la distinguer des régimes totalitaires, qui eux remplissent le lieu. La démocratie comme le totalitarisme sont des régimes qui proviennent d’une ancienne forme de légitimité, transcendante, puisée du divin, dans le cas de la monarchie absolue. Cette forme du pouvoir est un lieu plein, et les régimes totalitaires s’efforcent de garder cette plénitude du pouvoir avec un type de savoir – et la violence qui vient avec. La démocratie pour sa part s’institue dans une division du social où le lieu du pouvoir est toujours à remplir, mais la légitimité de ceux qui se tiennent dans le lieu du pouvoir est toujours potentiellement remise en question. Cela veut aussi dire que la démocratie est toujours sur le bord d’être remplie, par exemple avec le populisme, ou encore, et il me semble que c’est la thèse du sociologue Michel Freitag, avec un mode de reproduction sociale « opérationnel-décisionnel » avec le danger de voir les décisions politiques prises par une technocratie d’experts plutôt que par des citoyens autonomes. Nous avons parlé, dans les rencontres précédentes, de cette question de la légitimité entre le pouvoir et le savoir au cœur de notre « condition postmoderne », avec Jean-François Lyotard.

Au fond de la thèse du lieu vide du pouvoir se trouve donc le statut politique du savoir et son rôle dans la légitimité des dirigeants politiques, mais on peut je pense retourner la thèse et la questionner par l’autre bout, celui du savoir. Si Lefort place son questionnement à partir de la constitution de la démocratie moderne, rien ne nous empêche, il me semble, de retourner à la Grèce antique, l’Athènes démocratique, lieu où s’est posé la première fois le rapport entre pouvoir et savoir, notamment avec Platon. C’est une des avenues pensables, avec Jean-François Lyotard dans La condition postmoderne :

C’est depuis Platon que la question de la légitimation de la science se trouve indissociablement connexe de celle de la légitimation du législateur. Dans cette perspective, le droit de décider de ce qui est vrai n’est pas indépendant du droit de décider de ce qui est juste, même si les énoncés soumis respectivement à l’une et l’autre autorité sont de nature différente. C’est qu’il y a jumelage entre le genre de langage qui s’appelle science et cet autre qui s’appelle éthique et politique : l’un et l’autre procèdent d’une même perspective ou si l’on préfère d’un même « choix », et celui-ci s’appelle l’Occident. (La condition postmoderne, Minuit, 1979, p. 20)

 

1 – La prétention à l’héritage

D’abord qu’est-ce qu’une démocratie dans son sens philosophique? Pour reprendre une expression de Platon repris par Deleuze dans Qu’est-ce que la philosophie?, c’est le lieu de l’amphisbetesis, le lieu de la dispute, du conflit et de la lutte entre des égaux :

C’est sous ce premier trait [le rapport à l’amitié] que la philosophie semble une chose grecque et coïncide avec l’apport des cités : avoir formé des sociétés d’amis ou d’égaux, mais aussi bien avoir promu entre elles et en chacune des rapports de rivalité, opposant des prétendants dans tous les domaines, en amour, dans les jeux, les tribunaux, les magistratures, la politique, et jusque dans la pensée qui ne trouverait pas seulement sa condition dans l’ami, mais dans le prétendant et dans le rival (la dialectique que Platon par l’amphisbetesis). La rivalité des hommes libres, un athlétisme généralisé : l’agôn. C’est à l’amitié de concilier l’intégrité de l’essence et la rivalité des prétendants. N’est-ce pas une trop grande tâche? (Qu’est-ce que la philosophie?, Minuit, 1991, p. 9-10)

La condition de l’agôn, c’est l’égalité – que Deleuze interprétera comme l’amitié, ce que signifie aussi le terme philo-sophia, amour de la sagesse : le problème de Platon devient celui de faire passer ce sentiment d’autrui vers le « concept ». Le concept devient l’objet aimé, et il s’agit de pouvoir discriminer le meilleur ami du concept.

En s’inspirant d’une tripartition néoplatonicienne, Deleuze reprend Platon et le transforme quelque peu. Pour comprendre l’amphisbetesis, il nous faut trois éléments : le participé, le participant et l’imparticipable à la lutte (voir « Platon et le simulacre », dans Logique du sens, Minuit, 1969), que j’essaie de reformuler dans le cours que je donne cette année sous la forme : 1) des prétendants à l’héritage, ou les héritiers; 2) l’héritage lui-même; et 3) l’exécuteur testamentaire, c’est-à-dire l’institution de la personne morale de la succession. La démocratie appliquée à la question de la culture comme lieu vide du savoir serait alors le lieu où s’affrontent des prétendants à un héritage. A contrario, un lieu plein serait le lieu où la question des légitimités serait réglée et fixée, ce serait un lieu sans lutte, où l’on sait d’avance qui va hériter. Si on veut bien m’accorder ce saut entre pouvoir et savoir, et entre démocratie (politique) et héritage (culturel, dans notre cas), il reste à nous demander qui sont ces héritiers dans le cas des œuvres, et plus précisément celles des « humanités ».

 

2 – Le savoir du prétendant

Pour comprendre la condition de l’héritage dans le cas de la culture, on pourrait passer par le problème du « savoir en second » qui constitue une bonne partie sinon la totalité de notre conception du savoir (voir par exemple Gérard Genette, Palimpsestes, Seuil, 1982). Ce savoir en second fait l’objet de plusieurs dialogues platoniciens sur la sophistique, je ne mentionnerais toutefois qu’un seul de ses dialogues, assez peu connu, le Ion. Dans ce dialogue, Socrate qui agit comme personnage conceptuel se moque, avec beaucoup d’ironie, d’Ion, rhapsode de métier, c’est-à-dire un récitant de poème, qui prétend posséder un savoir sur tout Homère sans pouvoir exactement dire de quoi son savoir est constitué. Après de multiples questions, selon la méthode socratique, sur ce savoir qu’il prétend posséder – Ion est incapable de dire pourquoi il connaît l’art divinatoire chez Homère, mais pas chez Hésiode, ni de dire pourquoi un malade irait voir un médecin pour un remède plutôt que lui-même, même s’il connaît par cœur les remèdes présents dans l’Iliade ou l’Odyssée –, le dialogue se conclut sur une alternative : soit Ion est un génie, inspiré par les dieux (analogie de la pierre magnétique), soit c’est un imposteur. Dans ce dernier cas, il devra admettre que son savoir en second est sans valeur.

Ion représente les rhapsodes, mais à travers lui on perçoit les poètes, mais aussi les dramaturges, et au-delà, à notre époque les critiques littéraires, et pourquoi pas les romanciers, ou encore les traducteurs, bref, tous ceux qui possèdent un savoir en second. Et toute culture humaniste – et au premier chef, universitaire – n’a-t-elle pas quelque chose du savoir en second? Une lecture plus attentive du dialogue, et de Platon en général, dont les « thèses » ne sont jamais véritablement univoques, devrait néanmoins nous faire douter des rapports qu’entretiennent celui qui écrit, Platon, et celui qu’on fait parler, ici Socrate qui agit finalement comme un personnage, plus fictif que réel. La philosophie en général, avec Platon et après lui, ne se pose-t-elle pas également comme un savoir en second? Que faire alors de ce phénomène qu’on pourrait nommer – pour aller rapidement – du commentaire en philosophie, c’est-à-dire un type de texte qui se pose moins comme une origine, ou même dans la ressemblance vis-à-vis un texte antérieur, que dans la différence parmi les autres textes du même type. Sans aller trop dans les détails, je veux simplement montrer que dans le champ de la lutte pour l’héritage dans les textes des sciences humaines et sociales, le traducteur et le commentateur sont en droit d’entrer dans une lutte pour l’héritage des penseurs. Il n’est jamais décidé d’avance qui héritera de la « vérité » du texte, entre les prétendants au « sens » (les commentateurs) et les prétendants à la « forme » (les traducteurs).

 

3 – L’espace khoraïque

Je me permets, pour la dernière lecture de Platon, de vous raconter une petite anecdote. Comme je fais une thèse sur Derrida, je suis tombé sur un article à propos des multiples traductions polonaises du concept de différance. Ne lisant pas le polonais, j’ai demandé à une collègue de l’université (Dagmara Zawadska, qui ne connaissait pas du tout Derrida), non pas de me le traduire, mais qu’on le lise ensemble. Par un jeu de va-et-vient entre les sens possibles des mots polonais (rendus par Dagmara) et la discrimination du mot plus juste dans une perspective derridienne (que j’arrivais à rendre), nous avons réussi à « lire » une bonne partie de l’article ensemble. Cette expérience de lecture à deux m’a fait prendre conscience de la possibilité et même de la nécessité d’une lecture ou d’une traduction à deux, ce qui signifie aussi une lecture ou une traduction divisée. On peut donner à cette division divers noms : langue/concept, signifiant/signifié, mot/idée, ou encore forme/sens, ça revient toujours à dire qu’il y a une division originelle qui empêche la plénitude supposée d’un savoir.

L’intérêt de cette division n’est pas nécessairement de poser l’impossibilité structurale d’un savoir plein – la violence herméneutique d’une légitimité totalitaire rôde toujours –, mais d’accepter, à titre de lecteur, que son savoir puisse nécessiter de sortir du lieu confortable où l’on se trouve d’abord, celui de penser avoir toutes les capacités nécessaires pour comprendre un texte par soi-même. Il y a chez Platon une courte réflexion sur un tel espace antérieur à la distinction entre la matière et la forme, dans le grand mythe cosmologique énoncé dans le Timée : c’est « khôra » mot difficilement traduisible, mais qu’on traduit généralement par réceptacle ou matrice. Khôra est un lieu tiers, mais pas au sens du « tiers espace » de la traduction, cet espace « entre » le texte ou la culture d’origine et le texte ou la culture d’arrivée, c’est au contraire un lieu antérieur au texte lui-même, un lieu pré-originaire qui peut recevoir, dira Derrida, toutes les déterminations :

Elle possède [les déterminations], elle les a, puisqu’elle les reçoit, mais elle ne les possède pas comme des propriétés, elle ne possède rien en propre. Elle n’ « est » rien d’autre que la somme ou le procès de ce qui vient s’inscrire « sur » elle, à son sujet, à même son sujet, mais elle n’est pas le sujet ou le support présent de toutes ces interprétations, quoique, néanmoins, elle ne se réduise pas à elles. […] Cette absence de support, qu’on ne peut traduire en support absence ou en absence comme support, provoque et résiste à toute détermination binaire ou dialectique, à tout arraisonnement de type philosophique, disons plus rigoureusement du type ontologique. (Khôra, Galilée, 1993, p. 37)

Si vous vous souvenez, lors du premier atelier, j’avais mentionné deux manières de percevoir la traduction des sciences humaines et sociales, la première française (avec le Rapport Assouline) où on attribue à la traduction professionnalisante un manque qui devrait être suppléé d’un auxiliaire (au futur traducteur, on propose quelqu’un d’un autre domaine qui pourra l’aider). Dans le cas de la formation des traducteurs aux États-Unis (tel que présenté par Michael Heim et Andrzej Tymowski dans le petit Guide des recommandations pour la traduction des textes en sciences humaines), le savoir de la discipline d’origine est relégué au second plan, et lorsqu’on recommande à un éditeur d’avoir deux traducteurs, on propose d’avoir deux traducteurs qui devraient avoir reçu une formation en traduction, mais dans les deux langues, de départ et d’arrivée. Dans les deux cas, on remplit le lieu vide, démocratique, où l’héritage est en conflit, on fait en sorte qu’il n’y ait pas de conflit, que la légitimité soit claire et non-discutable.

Pour mon cours, et je conclurai là-dessus, j’ai tenté de ne pas suivre les conseils ni du Guide de Heim et Tymowski, ni du Rapport Assouline qui propose d’adjoindre un « spécialiste », mais de déplacer l’espace khôraïque – qui est aussi un espace de rencontre –, du lieu d’une origine indéterminée où le situait Platon à un lieu en aval, à la rencontre avec un lecteur (représentatif d’un lectorat potentiel) pas nécessairement choisi selon son savoir, mais selon son intérêt. Ce « lecteur » devient un égal à qui, à travers la traduction, on s’adresse. L’idée n’est pas de produire artificiellement des conflits au sens de l’amphisbetesis de Platon, mais de retrouver, par la rencontre avec un savoir hors de celui qu’on possède, des vecteurs de sortie qui inciteraient le traducteur à dépasser son savoir pour aller vers celui de l’autre.

Pour terminer rapidement, je voudrais répondre à une question qui était venue la fois dernière à propos de l’expression « humanités », plutôt que « sciences humaines et sociales » dans l’intitulé du chantier de recherche – et j’insiste encore une fois, la traduction des humanités ce n’est ni un type, ni une catégorie, ni un genre de texte –, peut-être parce que j’ai le sentiment que ce rapport au savoir n’est pas du tout unique au champ des sciences humaines et sociales (ce « champ » ne couvre pas le problème d’une division originelle du savoir), mais qu’elle devrait être pensée à la fois comme un risque qu’encourt tout type, toute catégorie, tout genre de traduction. On devrait alors penser les « humanités » comme une chance pour sortir du savoir programmé – c’est-à-dire dont la légitimité est déjà prévue, prédite, préconçue – de la traduction.

(*) Texte de la communication prononcée lors du deuxième atelier de chercheurs du chantier de recherche « Traduire les humanités » (Laboratoire de résistance sémiotique), le 30 janvier 2014 à l’Université Concordia.

Ce texte est aussi disponible en format pdf sur la revue Trahir.

 

[1] Voir l’« Introduction au dossier “Lieu et non-lieu du livre: penser la bibliothèque” » écrite en collaboration avec Jade Bourdages et publiée dans la revue Postures : critique littéraire (numéro 13, printemps 2011, p. 99-109).

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Troisième atelier « Traduire les humanités » – 10 avril 2014

Par René Lemieux, Montréal

Le troisième atelier du chantier de recherche «Traduire les humanités» aura lieu le jeudi 10 avril 2014 avec Chantal Gagnon (U. de Montréal), Patricia Godbout (U. de Sherbrooke) et Judith Woodsworth (U. Concordia) à l’Université Concordia.

  • Chantal Gagnon: «Traduire les allocutions politiques: quels traducteurs pour quels discours?»
  • Patricia Godbout: «La traduction d’essais littéraires de l’anglais au français: quelques considérations pratiques»
  • Judith Woodsworth: «Traduire les sciences humaines et sociales: légitimité des traducteurs, légitimité de la pédagogie»

Quand: Jeudi 10 avril 2014, à partir de 14 h 30.

Où: Salle LB 619 (Campus SGW), Université Concordia, 1400 De Maisonneuve Ouest, sixième étage.

Ce billet a d’abord été publié sur le site du Laboratoire de résistance sémiotique.

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Traduire Henri Meschonnic, ou Traduire en résistance

Par Pier-Pascale Boulanger | Université Concordia

Ce texte est conjointement publié avec le Laboratoire de résistance sémiotique.

Ceux qui se sont prêtés à la lecture des essais d’Henri Meschonnic en auront tiré une leçon de persévérance. Et pour cause : les phrases fleuves, la parataxe, les enfilades de virgules et les pronoms aux référents ambigus font tous obstacle à une lecture fluide et facile. C’est que la pensée de Meschonnic résiste aux idées reçues sur la traduction et le langage en résistant d’abord à la langue. J’ai décidé de traduire vers l’anglais l’essai Éthique et politique du traduire qu’il a publié en 2007 parce que ses idées pourtant percutantes sur la traduction littéraire sont rarement citées dans la sphère traductologique américaine, où j’ai l’impression que la poétique du traduire commence avec Lawrence Venuti.

Très rapidement, je me heurte à la question de la lisibilité et au dilemme qu’elle soulève. Dois-je traduire Meschonnic contre lui-même en un « anglais correct », c’est-à-dire fluide, pour maximiser la réception, mais produire un contresens épistémologique de 175 pages? Ou dois-je rendre sa parole, aussi disruptive soit-elle, au risque d’agacer le lectorat cible et de mettre en péril la réception de son texte?

J’ai décidé de prendre le risque de traduire en résistance. La résistance, c’est une langue, ça? Non, en fait, c’est un discours. Ma stratégie de résistance était guidée par l’idée que traduire un livre traitant de traduction devait être un acte résolument performatif. C’était devoir mettre en pratique la théorie, mais ce pari a soulevé bien des questions sur la manière de lire – la mienne, celle de l’éditeur et celle du lectorat cible (fantasmé, bien sûr, puisqu’on se l’imagine). Ces différents prismes de lecture ont posé des problèmes d’écriture, où se sont jouées les questions éthiques et politiques mêmes dont traite l’essai et qui mettent en cause les automatismes de lecture et les conventions de traduction.

Selon Meschonnic, la traduction est révélatrice de la force du langage et des limites qui lui sont imposées au nom (ou au non) de la correction linguistique. À force de corriger, comme on corrige la vue, on finit par ne plus remarquer qu’on porte des lunettes, un prisme. Et c’est peut-être ce qui fait dire à Meschonnic que l’œil est sourd, « c’est l’oreille qui voit » (2007 : 62)[1]. Pour lui, les traducteurs ont tendance à ne pas écouter ce qu’un texte fait – sa manière de dire -, tout affairés à leur démarche herméneutique consistant à saisir la charge sémantique contenue dans les mots du texte. Cette manie, Meschonnic la dénonce vivement : « Tout ce qu’ils peuvent traduire, c’est ce que dit ou ce qu’a l’air de dire un énoncé, pas ce que fait, ce que vous fait, un système de discours » (2007 : 84). Bien sûr, il faut rendre le propos du texte, mais pas seulement, car celui-ci est porté et prend son sens par des valeurs qu’il faut découvrir dans chaque texte. Dans Éthique et politique du traduire, ces valeurs étaient la syntaxe heurtée, la répétition, les entorses grammaticales, le lexique paronymique, les néologismes, le sarcasme et les jeux de mots. L’écoute (l’attention prêtée aux manières de dire du texte) et l’éthique sont solidaires : « L’éthique, c’est ce qu’on fait de soi, et des autres. C’est un agir, et c’est faire de la valeur » (2007 : 19).

J’ai fait l’expérience de cette écoute transformatrice lorsque j’ai dû traduire le syntagme « sens du langage », qui pouvait se rendre par « meaning of language » ou « sense of language ». Si je m’étais fiée à l’aire sémantique des mots, j’aurais choisi la première solution. Or, à bien écouter ce que l’essai dit, j’ai constaté, de justesse, qu’il s’agissait de réunir en un mot – « sens » – deux réalités : la valeur sémantique du langage et la capacité du traducteur à entendre sa dimension sensorielle. Avoir le sens du langage comme on a le sens des couleurs, le sens du rythme ou le sens de l’orientation. Il y a une expérience du corps qui est en jeu et qui permet de capter l’intensité affective du discours. Encore faut-il oser rendre cette intensité, au risque de produire un texte qui sera mal vu ou mal entendu. C’est dans ce risque que réside la portée politique du traduire. Qu’il s’agisse d’un poème, d’un roman ou d’un essai, l’écoute et le risque sont les mêmes.

Comme je suis traductrice, mais aussi traductologue, j’ai consigné et analysé mes problèmes de traduction dans l’article « Traduire la théorie du traduire de Henri Meschonnic, ou traduire en résistance ». Il paraîtra bientôt dans Traduire-écrire : histoire, poétique(s), anthropologie. Arnaud Bernadet (dir.), ENS Éditions, collection « Signes », Presses de l’École Normale Supérieure de Lyon. J’y explique la stratégie que j’ai adoptée pour rendre ce que j’ai nommé la poétique de la résistance, cette écriture qui agit radicalement sur la langue pour faire à la fois la force et la difficulté de l’essai de Meschonnic. Mais je fais un détour par l’impératif de la fluidité, qui est érigée en étalon de lisibilité, et je montre son incompatibilité avec l’écriture résistante de Meschonnic.


[1] Toutes les citations renvoient à Éthique et politique du traduire d’Henri Meschonnic, Éditions Verdier, 2007.

Résumé de la communication prononcée lors du premier atelier de chercheurs du chantier de recherche « Traduire les humanités » (Laboratoire de résistance sémiotique), le 30 octobre 2013 à l’Université Concordia, à propos de sa traduction de l’essai Ethics and Politics of Translating d’Henri Meschonnic (John Benjamins Publishing Co., 2011).

Ce texte est aussi disponible en format pdf sur la revue Trahir.

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Deuxième atelier « Traduire les humanités » – 30 janvier 2014

Par René Lemieux, Montréal

Le deuxième atelier du chantier de recherche «Traduire les humanités» aura lieu le 30 janvier 2014 avec Paul Bandia (U. Concordia), Annie Brisset (U. d’Ottawa) et René Lemieux (UQAM) à l’Université Concordia.

  • Paul F. Bandia: «La traduction aux fondements de la recherche en sciences humaines et sociales»
  • Annie Brisset: «Traduire les humanités: l’apport de la sociologie des communications»
  • René Lemieux: «Traduire le ‘lieu vide du savoir’»

Quand: Jeudi 30 janvier 2014, à partir de 14 heures.

Où: Salle LB 619 (Campus SGW), Université Concordia, 1400 De Maisonneuve Ouest, sixième étage.

Ce billet a d’abord été publié sur le site du Laboratoire de résistance sémiotique.

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Traduire les humanités: compte-rendu de la rencontre du 7 octobre 2013

Par René Lemieux, Montréal

Nous avions deux textes à lire, les Recommandations pour la traduction des textes des sciences humaines de M. H. Heim et A. Tymowski (disponible en ligne en français et dans sa version originale en anglais) et le deuxième chapitre du Rapport Assouline sur la condition du traducteur (aussi disponible en ligne), que nous avons d’abord pris comme des «symptômes». J’ai présenté le chantier de recherche «Traduire les humanités» et deux hypothèses de travail qui pourront nous suivre au cours des rencontres que nous aurons.

La question de départ provient d’une problématique que j’avais partagée avec Pier-Pascale Boulanger et qui m’était venue d’une lecture d’un article par Lawrence Venuti, «Traduire Derrida sur la traduction». Dans un passage, Venuti rappelle le type d’analyse trop empirique qui, bien souvent, ne dit rien de nouveau sur la traduction. Une de ces études a été menée par Sonia Colina, elle proposait de comparer des traductions faites par deux groupes d’étudiants, l’un en traduction, l’autre en langues, le but était de mesurer les occurrences de «transcodages injustifiés», donc en quelque sorte le niveau de compétence dans la langue pour produire une traduction. Le texte à traduire était le titre espagnol d’une recette «Pastel de queso con grosellas negras y jengibre». On pouvait retrouver une version problématique comme «Cheesecake with black currants and ginger» (plus courante chez les étudiants en langues), mais la forme correcte aurait dû être «Black currants and ginger cheesecake» (plus courante chez les étudiants en traduction). Venuti conclut:

L’étude avait l’intention de tester une hypothèse formulée par le théoricien de la traduction Gideon Toury, à savoir que «les étudiants en langue montreraient le plus d’occurrences de transcodage injustifié, alors que les professionnels en présenteraient moins» parce que ces derniers ont assimilé les normes professionnelles qui excluent ce genre de traduction. Le résultat – «le nombre de cas de transcodages inappropriés diminue proportionnellement par rapport à l’augmentation de l’expérience et/ou de la formation dans le domaine de la traduction» – était banal et entièrement prévisible, au point de remettre en question la nécessité d’une enquête complexe impliquant les départements et les étudiants de nombreuses universités américaines. [traduction libre]

On pourrait dire que le vice épistémologique de cette étude, telle que décrite par Venuti, se retrouve dans l’identité de l’hypothèse et des indicateurs: ce qui pourra nous dire ce qu’est «une bonne traduction», les indicateurs, ce sont les critères mêmes par lesquels on reconnaît une bonne traduction. Je m’étais alors demander s’il était possible de faire ce même type d’analyse (avec les mêmes résultats) avec la traduction des textes en sciences humaines et sociales, et dans ce cas, quels étudiants nous irions chercher pour les comparer aux étudiants en traduction.

Ce problème pourrait se formuler sous le nom de «professionnalisation de la traduction» discuté plus ou moins implicitement dans les textes à lire. Dans le Rapport Assouline, on souligne le danger d’une trop grande professionnalisation de la traduction (aux dépens d’une «culture générale» nécessaire pour le bon travail du traducteur), en mentionnant notamment que ce danger provient de ce qui se fait aux États-Unis. Dans les Recommandations, toutefois, elles-mêmes écrites aux États-Unis et destinées aux éditeurs américains, cette question semble résolue, puisque le «savoir» concernant les sciences humaines et sociales, certes présent, est toujours secondaire par rapport à la formation du traducteur professionnel. Que cette dichotomie dans les rapports au savoir et à la professionnalisation recoupe une différence géographique (Europe/Amérique) et, pour certains auteurs, notamment Michel Freitag, une diachronie historique (passage de la modernité à la postmodernité), est un élément qui devraient nous intéresser au cours de l’année.

À partir des deux textes à lire, j’ai essayé de suggérer que la «traduction des humanités» (ou des «sciences humaines et sociales») demeure un lieu problématique pour qualifier ou catégoriser des «types» de textes, et ce, parce que ce qui est en jeu, c’est le «savoir», et surtout la légitimité du «porteur» supposé du savoir. La traduction des humanités ne serait donc pas le nom d’une catégorie de textes, mais un mode, politique, du conflit des légitimités. La première hypothèse de travail pourrait se résumer à ceci: l’enjeu dans la traduction des humanités, c’est le statut du savoir en cause, et ce problème fait en sorte qu’on ne peut jamais être certain qui est légitimé à trancher sur ce qui fait une bonne traduction. Le lieu de la traduction des humanités, pour reprendre en la parodiant un peu l’expression de Claude Lefort, est un «lieu vide du savoir», non au sens qu’il est dépourvu de savoir, mais au contraire parce qu’il ne cesse pas d’être rempli par des prétendants au savoir. C’est en quelque sorte un espace démocratique ou une agora.

La deuxième hypothèse de travail a trait au rôle des humanités dans notre culture. Même si les deux textes à lire en parlaient assez peu, on peut constater un questionnement continu sur le rôle des humanités dans notre société, au sein même de l’institution qu’est l’université. Dans certains cas, ce qui est mis en cause est justement la professionnalisation et la surspécialisation (au détriment de la «culture générale», du «savoir commun» ou des «connaissances élémentaires», etc.), reliées plus ou moins directement aux débats sur la marchandisation de l’éducation, l’intrusion corporative dans les lieux du savoir ou la capitulation de la souveraineté universitaire… Sans entrer dans ce débat qui est déjà sursaturé, on pourra se demander dans les prochains mois en quoi la traduction peut contribuer à la réflexion. Gisèle Sapiro, dans une conférence à l’ENS (dont on peut lire un court extrait sur ce carnet), propose d’inclure la traduction dans les curriculums des sciences humaines (la proposition, toutefois, ne règle en rien le problème de la légitimité – au premier rang: qui enseignera la traduction aux sociologues, philosophes ou historiens?). Une autre suggestion pédagogique, non mentionnée lors de la rencontre, est formulée par Pierre Judet de La Combe: faire de la traduction une méthode d’enseignement des humanités (un court résumé est disponible sur ce carnet). Pour cette deuxième hypothèse de travail, je n’en suis encore qu’à des intuitions, mais elle relèverait de la traduction comme pédagogie des humanités (et pas seulement d’une pédagogie de la traduction).

 

Prochaine rencontre pour le groupe de lecture

La prochaine rencontre portera sur le livre La condition postmoderne de Jean-François Lyotard (Minuit, 1979) et sera animée par Pier-Pascale Boulanger. Elle aura lieu au même endroit le lundi 18 novembre 2013 à 14 heures.

 

Annonces

Le premier Atelier de chercheurs du chantier «Traduire les humanités» aura lieu le mercredi 30 octobre: voir ici pour les informations.

Le colloque annuel de l’Académie des lettres du Québec, «Traduire au Québec», aura lieu le vendredi 18 octobre: voir ici pour les informations.

Il y aura un Cycle de conférences facultaire «Philosophie et pratiques des humanités dans l’université montréalaise» à l’Université de Montréal, la prochaine rencontre aura lieu le jeudi 14 novembre: voir ici pour les informations.


 

L’image à la une est un graffiti de l’artiste «anonyme» Banksy lors de son passage à New York. Elle est un clin d’œil à une discussion sur les notions d’«auteur» et d’«autorité» lors de la rencontre, mais aussi au prochain texte que nous lirons, où Lyotard affirme que

c’est depuis Platon que la question de la légitimation de la science se trouve indissociablement connexe de celle de la légitimation du législateur. Dans cette perspective, le droit de décider de ce qui est vrai n’est pas indépendant du droit de décider de ce qui est juste, même si les énoncés soumis respectivement à l’une et l’autre autorité sont de nature différente. C’est qu’il y a jumelage entre le genre de langage qui s’appelle science et cet autre qui s’appelle éthique et politique: l’un et ‘autre procèdent d’une même perspective ou si l’on préfère d’un même «choix», et celui-ci s’appelle l’Occident (p. 20).

La citation de «Platon» a été effacée et remplacée par un «get a job», attribuée à Playdo…

Ce billet a d’abord été publié sur le site du Laboratoire de résistance sémiotique.

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Premier atelier « Traduire les humanités » – 30 octobre 2013

Par René Lemieux, Montréal

Le premier atelier du chantier de recherche «Traduire les humanités», avec Pier-Pascale Boulanger (U. Concordia), Yves Gambier (U. Turku) et Sherry Simon (U. Concordia) aura lieu le 30 octobre 2013 à l’Université Concordia.

  • Pier-Pascale Boulanger: «Traduire Henri Meschonnic»
  • Yves Gambier: «Concepts nomades et dynamique d’une polydiscipline: la traductologie»
  • Sherry Simon: «Traduire Michel Foucault»

Quand: Mercredi 30 octobre 2013, à partir de 14 heures.

Où: Salle LB 619 (Campus SGW), Université Concordia, 1400 De Maisonneuve Ouest, sixième étage.

Ce billet a d’abord été publié sur le site du Laboratoire de résistance sémiotique.

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