Archives de Tag: Victoriaville

Victoriaville – 4 mai 2012

Par Martin Tanguay, Montréal

Moi: « Excusez-moi, messieurs. Vos collègues de l’anti-émeute ont-ils des oreillettes dans leur casque? »

L’agent de la SQ qui me fait face: « C’est quoi ta question? Pourquoi tu veux savoir ça? »

Moi: « Ma question est simple; je vous demande s’ils ont des oreillettes, s’ils communiquent avec vous ou leurs supérieurs. »

SQ: « Je le sais pas. Ils ne se déplacent pas tout seul en tout cas. »

Moi: « Ça je m’en doute, monsieur. Mais je n’arrive pas à comprendre pourquoi ils lancent des bombes à gaz irritants sur une foule qui protège le passage pour l’ambulance qui vient chercher un blessé quasi inconscient. Quelqu’un devrait les mettre au courant qu’on attend une ambulance. »

SQ: « Qu’est-ce que tu veux que je te dise? Des blessés, il y en a partout. On attend trois ambulances. »

Moi: « Dans ce cas-là, pourquoi continuent-ils de tirer sur des infirmiers? Pourquoi tirent-ils sur des citoyens honnêtes qui ne cherchent qu’à protéger et aider un homme au sol? »

SQ: « Ils n’ont qu’à arrêter de nous tirer dessus! On peut pas faire du cas par cas! »

Moi: « Je vous signale que deux de vos collègues, portant le même uniforme que vous, sont venus sur place pour frayer un chemin pour l’ambulance et la foule a été très coopérative. Même les casseurs! »

SQ: « Ben, s’il voulait pas être blessé, il n’avait qu’à pas venir ici! »

Moi: « … »

Soupir.

***

Je sais trop que l’on ne demande pas aux officiers de la loi de réfléchir, mais d’obéir. Quand même, un peu de jugement requis à l’embauche aiderait certainement une partie de la population à les respecter. Je ne peux pas m’empêcher de me demander si ces gars-là dorment bien toutes les nuits.

Parce que moi, je ne dors plus bien. J’ai vu un gars couché au sol, le côté du visage en sang. J’ai vu une foule essayer de lui venir en aide et faciliter le travail des infirmiers sur place et des ambulanciers attendus. J’ai vu des gars de la SQ tirer des balles de plastique à courte distance et à hauteur de visage. J’ai vu des gars de la SQ gazer inutilement, alors que nous étions très loin de l’hôtel où siégeait le congrès des Libéraux. L’hélicoptère qui nous survolait à 10 m de haut devait bien voir la même chose que moi, calice!

Qu’ils n’aient aucun jugement, passe encore, mais s’ils ont tant d’équipement, qu’ils l’utilisent pour communiquer entre eux, bordel! Parce qu’en ce moment, à tirer dans le tas, sans aucune distinction, on finit par croire qu’ils sont totalement idiots ou incroyablement mal préparés.

Poster un commentaire

Classé dans Martin Tanguay

Coup de théâtre à Victoriaville

Par Isabelle Côté | 5 mai 2012

Prologue

Quelle désolation que le spectacle d’hier soir [4 mai] à Victoriaville. Je vous imagine assis bien confortablement dans votre salon, au chaud et au sec, plongeant une main dans votre pop corn, et regardant avec effroi et indignation ces images qu’on vous passe en boucle. Hier soir, à Victoriaville, une intifada. Une intifada stratégiquement planifiée.

Acte I – scène 1

Des milliers de citoyen(ne)s réunis sous un air festif dans le stationnement du Wal-Mart de Victoriaville, à quelques mètres de L’hôtel le Victorin où avait lieu le Congrès du PLQ. Ces citoyen(ne)s étaient bien déterminé(e)s à perturber cette réunion regroupant les militants du PLQ. Solidaires, en chantant, ils ont marché d’un pas ferme et résolu vers le lieu de rencontre.

Sur les lieux, des clôtures non solidifiées, plantées stratégiquement là, en attente d’être renversées de façon à fournir une justification pour une intervention bien musclée des forces de l’ordre, de cet Ordre si vénéré. Le résultat ne se fit pas trop attendre. De fait, au bout de plus ou moins 20 minutes, les multiples bombes lacrymogènes pleuvaient littéralement sur la foule constituée d’étudiant(e)s, de citoyen(ne)s tout azimut et de tous âges… De tous âge, oui, car parmi la foule, des vieillards, des enfants et au moins un bébé que j’ai aperçu. Honte à ces forces de l’ordre!

Acte I- scène 2

La foule est indignée et en colère. Avec raison d’ailleurs. Des personnes âgées, mais d’autres plus jeunes aussi, sont grandement incommodées par ces gaz. Heureusement, des gens plus aguerris, majoritairement des membres du black bloc, circulent parmi les gens, leur viennent en aide et les soulagent avec leur mélange de maalox et d’eau qui fait des miracles contre les brûlures aux yeux causées par ces gaz. La foule se disperse, puis revient là où le vent pousse les gaz dans la direction opposée. Entretemps, une dame a reçu une balle de caoutchouc en pleine gueule. Sur une civière, les dents dans les mains, elle fut transportée à l’hôpital en ambulance.

Acte II- scène 1

Une bonne partie de la foule, de plus en plus en colère, finit par se retrouver sur le terrain adjacent de l’hôtel où se tenait le Congrès.  La mise en scène avait été soigneusement mise en place pour une véritable intifada. En effet, le terrain adjacent à l’hôtel en question était nul autre qu’un champs de roches! Un champs de roches! Pffff… Comment ne pas être porté à penser que tout cela n’était pas un hasard? Il nous faut supposer qu’en décidant de tenir son Congrès à cet endroit, le PLQ avait certainement dû faire évaluer l’emplacement, le site, les terrains environnants, etc., par son équipe de sécurité. Nul besoin d’être un expert en stratégie pour le comprendre. Or, ce qui devait arriver arriva donc: les roches se sont mises à pleuvoir sur les agents de l’anti-émeute munis de leur armure. J’observais la scène et me suis dit que ça n’allait pas tarder qu’une formation d’agents de l’anti-émeute allait certainement arriver par l’arrière et ainsi forcer les gens à retourner vers la rue. Mais non! Ils sont restés là pendant plus d’une heure à se faire lancer des roches. Sans blagues! Il urge de remplacer le responsable tactique et stratégique responsable de la sécurité pour cette journée.

Acte II- scène 2

Tout-à-coup, ce policier qui sort de nulle part, seul et sans armure, il se retrouve parmi la foule et se jette sur un manifestant. Mais à quoi donc a-t-il pensé? Peut-être avait-il inhumé trop de ces gaz? Quoiqu’il en soit, c’est à ce moment que plusieurs dizaines de manifestants se sont rués pour venir en aide à ce manifestant et s’en sont pris à ce policier. Un camion de la SQ est arrivé à sa rescousse, roulant à toute vitesse parmi la foule. Scène surréaliste.

Épilogue

Enfin, au terme de tout cela, c’est Jean Charest qui en sort grand gagnant. La manipulation médiatique a certainement bien fait son oeuvre et les méchants étudiants anarchistes et terroristes ont su être dépeints comme extrêmement violents. Alors que Jean Charest, le bon père de famille parvenant avec une main de fer à calmer ces enfants rebelles, va passer pour le héros. Le héros, le grand sauveur qui aura réussi à mettre un terme au chaos, à résoudre ce conflit à la suite de négociations qui tombaient, comme par hasard, juste à point. Bravo M. Charest pour cette extraordinaire mise en scène et cette habile récupération médiatique et politique de l’événement. Bravo! Bravo! Bravo!

Réveillez-vous! Osez la liberté!

Voilà 250 ans, David Hume […] était intrigué par la «facilité avec laquelle les plus nombreux sont gouvernés par quelques-uns, la soumission implicite avec laquelle les hommes abandonnent» leur destin à leurs maîtres. Cela lui paraissait surprenant, car «la force est toujours du côté des gouvernés». Si le peuple s’en rendait compte, il se soulèverait et renverserait ceux qui le dirigent. Il en concluait que l’art du gouvernement est fondé sur le contrôle de l’opinion, principe qui «s’étend aux gouvernements les plus despotiques et les plus militarisés, comme aux plus libres et aux plus populaires» […] Il serait plus exact de dire que plus un gouvernement est «libre et populaire», plus il lui devient nécessaire de s’appuyer sur le contrôle de l’opinion pour veiller à ce qu’on se soumette à lui […]. Le peuple est un «grand animal» qu’il faut dompter, disait Alexander Hamilton — Noam Chomsky, Le profit avant l’homme, 2004.

N.B.: Ce texte ne reflète que ma vision personnelle des événements.

1 commentaire

Classé dans Isabelle Côté

Victoriaville: un diaporama sonore

Par Aurélien Chartendrault, France

Après 12 semaines de grève et de manifestations contre la hausse des droits de scolarité, des milliers d’étudiants québécois se sont rendus le 4 mai à Victoriaville où se déroulait le conseil général du Parti libéral. Reportage.

Ce diaporama sonore a été précédemment publié sur le site Web de L’Express.

Poster un commentaire

Classé dans Aurélien Chartendrault

Victoriaville: témoignage des soins apportés à Alexandre

Par Julie Bruneau, Montréal

Écrire son vécu, c’est un moyen d’exprimer. De le mettre à l’extérieur, et de pouvoir le comprendre, de reprendre le pouvoir. Si j’écris ce que j’ai vécu vendredi à Victoriaville, c’est donc pour mettre une distance avec ce que je ressens depuis, de le partager pour déconstruire le discours médiatique et la désinformation, pour que finalement ces événements, au lieu de nous diviser et de nous abattre, nous donnent plus de puissance collectivement.

Ce récit se veut un retour sur les événements qui entourent le manifestant blessé sévèrement la tête. J’ai été présente dans le cas d’Alexandre, du moment qu’il s’est retrouvé sur le sol, jusqu’à son départ en ambulance.

Peu de temps a séparé le moment où les barrières de contrôle de foule sont tombées et celui où les officiers de la Sureté du Québec ont fait usage de projectiles de lacrymogène. En plus ou moins 15 minutes, une partie de la foule qui n’avait pas de masques ou de foulard a dû rapidement se reculer et se réfugier pour éviter les vents de gaz irritants. N’ayant pas de lunettes de protection et à cause de l’effet intense des gaz, j’ai été forcée de me déplacer. À certains moments, j’étais complètement aveuglée et j’avais de la difficulté à trouver mon souffle, j’ai eu le réflexe de chercher le soutien de manifestants et manifestantes pour trouver un lieu sécuritaire. Je me suis ensuite nettoyée les yeux avec la solution de lait de magnésie et d’eau, puis avec une amie nous nous sommes redirigés où la masse, la foule la plus importante était située.

Il y avait facilement 300 à 400 personnes qui étaient près de l’hôtel, soit dans l’action , c’est-à-dire près des policiers, ou plus en retrait. Il y avait un climat de tension, de colère, mais aussi de solidarité. Le fil conducteur de la contestation du pouvoir du Parti libéral tissait une cohésion dans la foule et un support de la diversité des tactiques utilisées. Tout ça a duré probablement un autre 10 à 15 minutes.

Ainsi nous étions sur la rue Steve, près de la station d’essence Sonic, nous avons redirigé des personnes incommodées pour qu’elles soient soignées, puis nous avons traversé la rue, et sommes passées derrières des commerces du boulevard Arthabaska Est. Puis, nous sommes arrivées sur un terrain gazonné derrière le rang Nault Il y avait beaucoup de vent de gaz, mais vu qu’il se dispersait rapidement, les gens n’étaient pas incommodés. À ce moment, il n’y avait pas d’agents sur le terrain. Nous nous sommes dit que c’était un endroit bien placé pour observer les événements et décider de la suite. Du point où j’étais, il était possible de voir qu’il y avait des affrontements avec les agents de la Sûreté du Québec sur Arthabaska, encore une fois j’insiste sur la quantité de gaz qui étaient lancés pour faire fuir la foule.

Puis, j’ai entendu des gens crier qu’il y avait un blessé, de faire de l’espace. J’ai vu un groupe de personnes qui transportait le corps d’un homme âgé d’une vingtaine d’années. Il a été déposé sur le sol et je me suis agenouillée à côté de lui. Je n’avais pas de trousse de premiers soins avec moi, mais j’ai une formation de premiers secours alors j’ai procédé : j’ai vérifié son état de conscience, je me suis assurée qu’il soit stable et qu’on préserve sa position, j’ai ensuite regardé s’il avait des blessures. Toutes ces étapes se sont passées très rapidement. Il était d’abord visiblement inconscient, avait de l’écume qui lui sortait de la bouche, il semblait être entrain d’étouffer. Je lui ai ouvert la bouche et j’ai tassé sa langue, il a toussé et a commencer à respirer de façon plus régulière. Puis j’ai remarqué que sur le côté de sa tête une quantité importante de sang coulait. J’ai tourné, déplacé ses cheveux et j’ai vu l’état de son oreille.

À ce moment, j’ai eu peur, vraiment peur que quelque chose de grave soit en train de se passer devant moi qui me dépassait. Les gens se sont reculés, en voyant la blessure, j’ai eu l’impression qu’il allait mourir. Mais je me suis mis dans un mode « intervention ». En sachant qu’il était légèrement conscient, constamment je lui parlais pour le maintenir éveillé. Je me suis présentée, puis je me suis adressée à une des nombreuses personnes qui regardaient la scène et qui avait un téléphone cellulaire, je lui ai dit que c’était sérieux, qu’il fallait une ambulance immédiatement, que le blessé était en danger. La personne a appelé. Plusieurs personnes ont tenté de rejoindre les secours pendant cet événement, et cela a été extrêmement complexe d’avoir de l’aide dans les délais humains et nécessaires pour la survie de cette personne.

Une première personne qui avait une trousse de premiers soins a essayé d’éponger l’hémorragie avec des gazes de coton, mais il n’avait pas assez de matériel. Une autre personne de l’équipe médicale de la manifestation a pris le relai, un ami du blessé s’est aussi rapproché, nous sommes restés ensemble jusqu’à l’arrivée des ambulanciers.

Le blessé a eu des épisodes de reprises de conscience, il était agité, manifestait de la douleur, de la panique. Autour de nous, il y avait énormément de bruits, de cris, d’action. J’essayais de le rassurer verbalement, je lui disait qu’il avait du courage, de rester avec nous, de se concentrer sur sa respiration, qu’il avait besoin d’aide, qu’il était blessé à une oreille, que je comprenais sa peur, que nous faisions notre possible pour le garder en sécurité. Je lui parlais de son ami qui était avec lui, son ami s’adressait à lui, et aidait à le garder allongé.

Cela devait faire une dizaine de minutes que nous étions au sol. J’ai entendu des tirs très rapprochés, et lorsque j’ai relevé la tête j’ai constaté que les agents de la SQ étaient sur le terrain, qu’ils s’approchaient de nous en nous lançant des gaz lacrymogènes. Des manifestants et manifestantes ont fait un périmètre de sécurité autour de nous, en criant qu’il y avait un blessé. Des gens s’adressait directement aux agents pour leur faire comprendre qu’il y avait une personne au sol en état grave. Malgré ma méfiance envers les policiers, mes critiques sur leurs actions et leurs comportements, sur leurs fondements, leur idéologie, j’ai quand même naïvement cru, dans l’urgence, qu’ils allaient avoir suffisamment de jugement pour nous donner un minimum de sécurité. Ils nous ont tirés des cannes de lacrymogènes à quelques mètres à peine. Nous avons du déplacer Alexandre deux fois à cause de l’incompétence de la SQ, plus grave encore, de ce comportement militaire qui reflète l’intensification de la violence utilisée par le bras armé de l’État. Au travers de cette situation chaotique, les agents ont continué à appliquer les ordres, ils nous ont laissé délibérément la responsabilité de leurs actes et la gestion de la situation alors qu’il nous était impossible de donner les soins nécessaires.

À un certain moment, lorsque nous avons déplacé Alexandre la première fois, il a essayé de nous parler. Il était incapable de prononcer un mot, il répétait des sons, cherchait du regard un point de repère. Son ami lui parlait, d’autres se sont approchés. Je leur ai dit de s’occuper d’avertir ceux ou celles qui étaient avec lui, pour qu’il ait du support rendu à l’hôpital. Au deuxième déplacement, nous sommes allés sur le rang Nault, il y avait plus de personnes de l’équipe médicale de la manifestation qui s’occupait de lui. L’ambulance est finalement arrivée, escortée par des agents de la Sureté du Québec. Cela a pris un certain temps pour qu’elle nous atteigne, puis Alexandre a été mis sur une civière, son ami est monté avec lui.

Je n’entrerai pas dans les détails descriptifs de la blessure qu’il a eu, mais il s’agissait de lacérations, qui n’ont pu être le résultats de balle de plastique ou de boule de billard, même de roches. Alexandre n’avait pas de masque, pas de cagoule, il était en t-shirt. Mon hypothèse est qu’il aurait été incommodé par les gaz lacrymogènes, c’est retrouvé aveuglé et désorienté. Des tirs des deux côtés se sont faits, et il aurait reçu une grenade à ce moment. Il faut rappeler que tout cela c’est passé au début de la dite  « émeute », les manifestants et manifestantes avaient peu de projectiles. Par contre, les grenades que lancent les agents sont des objets métalliques qui se déploient au contact avec une surface, le déclenchement de la grenade est une explosion du contenant et donc peut causer des coupures graves. C’est ce que je crois est arrivé à Alexandre.

Ce que j’ai vécu est une confrontation à une violence qui se rapproche de l’esthétique de la guerre. Depuis deux jours, j’explique les images qui me traversent, je pense à l’intervention policière, à l’odeur des lacrymogènes. J’ai été perturbée de voir par la suite l’état de santé d’Alexandre dans les médias, de constater que ce que j’ai ressenti correspondait réellement, proportionnellement à la gravité de la blessure. Qu’il ne s’agissait pas simplement d’une trame dramatique que je me suis construite. Je suis aussi en colère, de voir qu’encore une fois, les médias servent les intérêts de ceux qui gouvernent et qui détiennent le monopole de la violence. On a dit que nous avions été infiltrés par une minorité de casseurs, qu’il n’y avait pas eu de brutalité policière, que la réponse répressive était normale puisque nous avions traversé une « limite symbolique » qui avait été tracé autour de l’hôtel. On nous a montré un tas de roches, de bouts de bois et de tie wraps, de toute évidence ramassés au hasard, pour démontrer l’agitation des manifestants et des manifestantes. On nous a monté de toute pièce un récit pour justifier une intervention militaire afin de protéger les représentants et représentantes du gouvernement.

On essaie de nous faire avaler qu’Alexandre aurait été blessé par d’autres manifestants ou manifestantes, que finalement c’est « de notre faute ». S’il y a une enquête de la Sureté du Québec dans cet événement, ce sera encore une fois pour conclure qu’ils n’en sont pas responsables. Déjà, les points de presse nous le montre : revendiquer une « limite symbolique » ne permet aucunement l’ampleur des attaques physiques sur des personnes aucunement équipée pour combattre à armes égales.

Bref, peu importe où se retrouvera ce récit je veux qu’il puisse résonner avec ceux de d’autres personnes qui ont vu, qui ont entendu, qu’il contribue au discours critique. Pour que notre mémoire collective permette de dire que nous n’oublierons pas, qu’il n’y a pas de pardon pour ceux et celles qui prétendre défendre la justice de l’élite sociale.

Poster un commentaire

Classé dans Julie Bruneau

Appel à témoignages: Victoriaville, 4 mai 2012

Si vous avez participé à la manifestation de Victoriaville, envoyez-nous vos témoignages des événements – sous toutes les formes: récits, dessins, photos, vidéos, poèmes, etc.

N’hésitez pas à passer le mot pour que l’on puisse recueillir le plus de témoignages possibles.

Poster un commentaire

Classé dans Appel à contributions

Ce que j’ai vu à Victoriaville – BD

Nous reproduisons une BD faisant le récit de la manifestation de Victoriaville du vendredi 4 mai 2012, par Valérie Jacques-Bélair. La version originale est disponible sur le blog Val-bleu.

Poster un commentaire

Classé dans Valérie Jacques-Bélair

Victoriaville: les balles de plastique sont identifiées

Par Moïse Marcoux-Chabot | Cet article a précédemment été publié sur Facebook, Coop média de Montréal et Le Globe.

En filmant les événements de vendredi dernier à Victoriaville, j’ai capté avec mon micro directionnel cette conversation entre deux agents anti-émeute, à l’arrière d’une ligne de policiers, pendant qu’un troisième s’approchait d’eux et qu’un quatrième, plus près, m’intimait «Bouge !». Il était 19h55, six minutes avant qu’un véhicule policier traverse dangereusement la foule.

Le premier interpelle les deux autres en pointant vers les manifestants, l’air jovial: « En plein milieu de la foule, comme [inaudible], trois, quatre ! Trois, quatre !» Le deuxième lui tend au moins une grenade, l’autre a un fusil entre les mains. L’un des deux répond en s’esclaffant derrière son masque à gaz: « Ha ha ! Trois quatre en plein milieu !» [D’après les mouvements, on peut croire qu’ils font référence à trois ou quatre objets lancés dans la foule.]

La suite est couverte par le slogan «Paix, amour, et gratuité scolaire!» à ma gauche.

On peut visionner l’extrait vidéo et s’en faire sa propre idée.

***

De nombreux médias continuent de parler de «balles de caoutchouc» lancées par la Sûreté du Québec à Victoriaville le vendredi 4 mai et plusieurs personnes soutiennent que les blessures graves subies par les manifestants ont été causées par des objets tirés par d’autres manifestants.

Or, des témoignages récents (Lux Éditeur et Joé Habel sur ce blog) confirment qu’au moins une des blessures les plus graves a été causée par une balle provenant d’un policier. Et ces balles sont maintenant clairement identifiées. Voici la photo de l’une d’elles, retrouvée sur place:

Crédit photo © Moïse Marcoux-Chabot.

Il ne s’agit pas d’une balle de caoutchouc, mais d’une balle de plastique dur, aussi appelée «munition-bâton» ou «plastic baton round». Le directeur des communications de la SQ Jean Finet a confirmé l’utilisation de balles de plastique et non de caoutchouc: «Des irritants chimiques et des balles de plastique ont été utilisés dans un continuum de force.» Il s’agit, au même titre que les balles de caoutchouc ou les «bean bags», d’une arme à énergie cinétique visant à neutraliser une personne présentant un risque grave pour sa vie ou la vie des autres. Aux États-Unis, ces armes ont surtout été utilisées dans les dernières années pour neutraliser des personnes sur le point de se suicider.

Ce type de munitions est parfois désigné comme étant «à létalité réduite» ou «Less Lethal Systems», c’est-à-dire présentant un risque de mortalité plus faible, ce qui est loin de signifier «innofensive». En situation d’émeute ou de contrôle de foule, ces munitions sont plus rarement utilisées vu les risques de dégâts collatéraux. Elles sont censées être tirées sur des individus isolés et armés ou des «leaders» ciblés qui incitent les autres à commettre des actes dangereux.

Elles doivent être utilisées par des personnes spécialement entrainées à leur maniement et ne jamais être tirées à hauteur du visage. Dans le cas des balles de plastique, leur usage recommandé en entraînement est de tirer vers le sol devant les personnes visées pour que le projectile rebondisse et les atteigne aux jambes. Une étude de l’Institut National de Justice américain indiquait d’ailleurs en 2004 que lorsque ces projectiles d’impact touchent directement la tête ou le cou, les risques de lacérations, perforations ou fractures augmentent considérablement. De même, cinq des six décès recensés dans le rapport ont été causés par des tirs au haut du corps, dans la zone de la poitrine (voir Impact Munitions, Data Base of Use and Effects, p. 19).

Les diverses armes à feu projetant ce type de munitions perdent de la précision lorsqu’elles sont utilisées à des distances supérieures à 10 mètres, qui est pourtant souvent en-dessous de la distance minimum conseillée par les manufacturiers. Les blessures les plus graves sont généralement le résultat de tirs à courtes distances. Un tir rapproché est donc précis mais trop brutal, alors qu’un tir éloigné à la juste force est imprécis et risque de toucher des zones du corps plus fragiles.

Une étude du Groupe d’étude des systèmes à létalité réduite de l’Université de Liège reprend certaines des données du rapport mentionné et donne plusieurs recommandations en vue de l’adoption d’armes de ce type par les policiers belges, avec à l’appui de nombreuses études médicales d’impact corporel basées sur l’analyse de tirs sur des cadavres humains (voir Les armes de neutralisation momentanée utilisant l’énergie cinétique: état de la question et recommandations quant à une utilisation éventuelle dans les interventions de contre-violence, novembre 2009).

Les balles de Victoriaville sont distinctes de celles que le Service de Police de la Ville de Montréal a utilisées lors du Salon du Plan Nord deux semaines plus tôt:

Crédit photo ‌© David Widgington.

Ces balles étaient de type «éponge» ou «sponge bullet», d’un diamètre de 40 mm. Tel que rapporté par le McGill Daily le 2 mai dernier, elles s’apparentent au modèle américain M1006.

Les balles de plastique vertes de Victoriaville sont plutôt du type AR-1 Standard Energy, fabriquées par le manufacturier ontarien Police Ordnance Company et tirées avec un fusil ARWEN (Anti-Riot Weapon ENfield), qui peut contenir cinq projectiles de calibre 37 mm, incluant aussi bien des balles de plastique que des grenades lacrymogènes ou contenant du gaz irritant CS, et les tirer en moins de 4 secondes. D’ailleurs, il n’est pas à exclure que les balles ayant blessé gravement trois manifestants aient été tirées par erreur à la place d’une grenade lacrymogène par un policier mal entraîné ou incapable de gérer la situation.

Le ARWEN-37 Mark III, sur Police Ordnance Company.

Crédit photo © Édouard-Plante Fréchette, La Presse.

Le fusil ARWEN-37 a aussi été utilisé pour tirer des balles de plastique au G20 de Toronto en juin 2010 comme l’avait annoncé la CBC et comme l’a confirmé la police, notamment devant le centre de détention temporaire. Des poursuites sont en cours.

Un fusil semblable a aussi été utilisé lors du Sommet des Amériques à Québec en 2001, comme en témoignait l’anthropologue anarchiste américain David Graeber, qui avait lui-même reçu un balle verte de plastique à cette occasion. Éric Laferrière, un manifestant qui avait été blessé gravement au cou par une de ces balles au Sommet a vu sa poursuite contre la Ville de Québec rejetée en Cour supérieure neuf ans plus tard.

Précisons que les fusils de type ARWEN ont été conçus à l’origine pour le gouvernement britannique dans le conflit en Irlande du Nord, pour remplacer le L67A1 38mm Riot Gun qui tirait des balles de caoutchouc. Entre 1970 et 1975, plus de 55 000 balles de caoutchouc y avaient été tirées, causant la mort de 17 personnes, dont 8 mineurs. Les balles de caoutchouc ont aussi fait plusieurs victimes dans le conflit israélo-palestinien et posent de réels dangers pour la vie. Il n’est donc pas surprenant que David Cameron ait attendu au quatrième jour des graves émeutes de Londres du mois d’août 2011 avant d’autoriser l’usage de balles de caoutchouc ou de plastique sur les émeutiers.

D’ailleurs, le fusil ARWEN n’a finalement pas été adopté dans les années 1970 par le gouvernement britannique, jugé trop intimidant. Il n’a été manufacturé qu’à partir de 1983 et a été acheté d’abord par la police du Kentucky, aux États-Unis. Il est maintenant produit exclusivement par la compagnie ontarienne Police Ordnance depuis 2001. Brian Kirkey, PDG de Police Ordnance, a d’ailleurs déjà souligné le danger posé par le fusil ARWEN: «It’ll break bones if it hits. You don’t want to hit them in the head. You don’t want to hit them in the neck. That’s where you have a potential fatality.»

Mais revenons une fois de plus aux balles précises utilisées à Victoriaville:

Crédit © Moïse Marcoux-Chabot. Image tirée de la vidéo «Manifestation contre le congrès du PLQ à Victoriaville, 4 mai 2012», à 19:58.

Je soulignais plus haut qu’il s’agit du projectile AR-1 Standard Energy, comme on peut le constater en comparant l’image avec les différentes munitions proposées par Police Ordnance. Cette balle a les caractéristiques suivantes:

  • Poids de 145 grammes dans sa cartouche, 85 grammes seule
  • Longueur de 110 mm, diamètre de 37 mm
  • Faite de plastique composite moulé par injection
  • Portée de 100 m
  • Vitesse de 74 mètres/seconde à la sortie (266 km/h)
  • Énergie kinétique de 219 J à la sortie

Par comparaison, la masse d’une balle de baseball est d’environ 145 grammes et le record de lancer rapide par un joueur professionnel est de 47 mètres/seconde.

À côté du modèle AR-1 standard, Police Ordnance propose aussi deux types de balles un peu moins rapides, soit le Medium Energy (60 m/s) et le Reduced Energy (50 m/s) ainsi qu’un modèle plus récent, le AR-1-AIR, qui tire aussi à 74 m/s mais est manufacturé avec une tête coussinée réduisant la force de l’impact: «This Baton reduces the risk of deep trauma by cushioning the kinetic energy on impact.»

Qu’est-ce qui justifiait l’usage du projectile le plus dangereux des quatre disponibles ? Est-ce seulement parce que ces balles coûtent environ 30$ la pièce, sont vendues en caisses de 96 unités et qu’il fallait «vider les stocks»  ? Y a-t-il un lien avec les achats massifs de fusils ARWEN-37 effectués en 2010 à l’approche des Jeux Olympiques de Vancouver et du G20 de Toronto ? L’usage de balles de plastique de cette force était-il nécessaire et a-t-il été effectué par des policiers bien entraînés ?

Les agents de la Sûreté du Québec ont-ils commis des erreurs à répétition en tirant à plusieurs reprises des balles de plastique dans une foule en partie agressive, en partie calme, à hauteur de tête ? Était-ce le résultat d’erreurs de communication, de mauvais jugement individuel, d’ordres précipités ou d’une volonté réelle de blesser ? Les manifestants visés représentaient-ils une menace immédiate assez élevée pour courir le risque, comme c’est arrivé, de blesser d’autres manifestants ? Les trois cas de blessures à la tête seront-ils suffisants pour que la Sûreté du Québec admette qu’il y a eu faute et qu’elle doit revoir ses pratiques, avant de sombrer davantage dans la militarisation de l’intervention policière ?

C’est à réfléchir. Mais pour y réfléchir collectivement de façon constructive, il faut non seulement une enquête indépendante, mais il serait aussi nécessaire que les journalistes utilisent les bons termes, prennent quelques heures pour fouiller ces références, interrogent les policiers en service ce soir-là, comparent les blessures traitées par les médecins avec des cas précédents de blessures semblables, etc. Bref, qu’ils fassent leur travail au lieu de créer du scandale. S’ils ont été capables de trouver la boule de billard #9 au congrès du PLQ, ils devraient savoir utiliser Google et poser des questions pertinentes aux bonnes personnes.

___________

Note de l’auteur:

Je ne peux pas certifier moi-même que ce sont les balles de plastique qui ont touché les personnes blessées, n’ayant pas été témoin oculaire. Je peux certifier que les balles vertes ont été trouvées sur place et il y a plusieurs témoignages (voir 5e paragraphe et commentaires) qui concordent pour dire que c’était une balle qui a frappé au moins deux des manifestants gravement blessés. Notons que sur le moment, le terme «balle de caoutchouc» a été immédiatement utilisé par tout le monde, en l’absence d’une compréhension plus précise de ce que c’était.

La CLASSE est à la recherche d’une des balles de plastique en question (tirée à Victoriaville). Si vous en avez une en votre possession, vous pouvez les contacter ou m’envoyer un message et je vous mettrai en contact.

Poster un commentaire

Classé dans Moïse Marcoux-Chabot