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Victoriaville – 4 mai 2012

Par Martin Tanguay, Montréal

Moi: « Excusez-moi, messieurs. Vos collègues de l’anti-émeute ont-ils des oreillettes dans leur casque? »

L’agent de la SQ qui me fait face: « C’est quoi ta question? Pourquoi tu veux savoir ça? »

Moi: « Ma question est simple; je vous demande s’ils ont des oreillettes, s’ils communiquent avec vous ou leurs supérieurs. »

SQ: « Je le sais pas. Ils ne se déplacent pas tout seul en tout cas. »

Moi: « Ça je m’en doute, monsieur. Mais je n’arrive pas à comprendre pourquoi ils lancent des bombes à gaz irritants sur une foule qui protège le passage pour l’ambulance qui vient chercher un blessé quasi inconscient. Quelqu’un devrait les mettre au courant qu’on attend une ambulance. »

SQ: « Qu’est-ce que tu veux que je te dise? Des blessés, il y en a partout. On attend trois ambulances. »

Moi: « Dans ce cas-là, pourquoi continuent-ils de tirer sur des infirmiers? Pourquoi tirent-ils sur des citoyens honnêtes qui ne cherchent qu’à protéger et aider un homme au sol? »

SQ: « Ils n’ont qu’à arrêter de nous tirer dessus! On peut pas faire du cas par cas! »

Moi: « Je vous signale que deux de vos collègues, portant le même uniforme que vous, sont venus sur place pour frayer un chemin pour l’ambulance et la foule a été très coopérative. Même les casseurs! »

SQ: « Ben, s’il voulait pas être blessé, il n’avait qu’à pas venir ici! »

Moi: « … »

Soupir.

***

Je sais trop que l’on ne demande pas aux officiers de la loi de réfléchir, mais d’obéir. Quand même, un peu de jugement requis à l’embauche aiderait certainement une partie de la population à les respecter. Je ne peux pas m’empêcher de me demander si ces gars-là dorment bien toutes les nuits.

Parce que moi, je ne dors plus bien. J’ai vu un gars couché au sol, le côté du visage en sang. J’ai vu une foule essayer de lui venir en aide et faciliter le travail des infirmiers sur place et des ambulanciers attendus. J’ai vu des gars de la SQ tirer des balles de plastique à courte distance et à hauteur de visage. J’ai vu des gars de la SQ gazer inutilement, alors que nous étions très loin de l’hôtel où siégeait le congrès des Libéraux. L’hélicoptère qui nous survolait à 10 m de haut devait bien voir la même chose que moi, calice!

Qu’ils n’aient aucun jugement, passe encore, mais s’ils ont tant d’équipement, qu’ils l’utilisent pour communiquer entre eux, bordel! Parce qu’en ce moment, à tirer dans le tas, sans aucune distinction, on finit par croire qu’ils sont totalement idiots ou incroyablement mal préparés.

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Coup de théâtre à Victoriaville

Par Isabelle Côté | 5 mai 2012

Prologue

Quelle désolation que le spectacle d’hier soir [4 mai] à Victoriaville. Je vous imagine assis bien confortablement dans votre salon, au chaud et au sec, plongeant une main dans votre pop corn, et regardant avec effroi et indignation ces images qu’on vous passe en boucle. Hier soir, à Victoriaville, une intifada. Une intifada stratégiquement planifiée.

Acte I – scène 1

Des milliers de citoyen(ne)s réunis sous un air festif dans le stationnement du Wal-Mart de Victoriaville, à quelques mètres de L’hôtel le Victorin où avait lieu le Congrès du PLQ. Ces citoyen(ne)s étaient bien déterminé(e)s à perturber cette réunion regroupant les militants du PLQ. Solidaires, en chantant, ils ont marché d’un pas ferme et résolu vers le lieu de rencontre.

Sur les lieux, des clôtures non solidifiées, plantées stratégiquement là, en attente d’être renversées de façon à fournir une justification pour une intervention bien musclée des forces de l’ordre, de cet Ordre si vénéré. Le résultat ne se fit pas trop attendre. De fait, au bout de plus ou moins 20 minutes, les multiples bombes lacrymogènes pleuvaient littéralement sur la foule constituée d’étudiant(e)s, de citoyen(ne)s tout azimut et de tous âges… De tous âge, oui, car parmi la foule, des vieillards, des enfants et au moins un bébé que j’ai aperçu. Honte à ces forces de l’ordre!

Acte I- scène 2

La foule est indignée et en colère. Avec raison d’ailleurs. Des personnes âgées, mais d’autres plus jeunes aussi, sont grandement incommodées par ces gaz. Heureusement, des gens plus aguerris, majoritairement des membres du black bloc, circulent parmi les gens, leur viennent en aide et les soulagent avec leur mélange de maalox et d’eau qui fait des miracles contre les brûlures aux yeux causées par ces gaz. La foule se disperse, puis revient là où le vent pousse les gaz dans la direction opposée. Entretemps, une dame a reçu une balle de caoutchouc en pleine gueule. Sur une civière, les dents dans les mains, elle fut transportée à l’hôpital en ambulance.

Acte II- scène 1

Une bonne partie de la foule, de plus en plus en colère, finit par se retrouver sur le terrain adjacent de l’hôtel où se tenait le Congrès.  La mise en scène avait été soigneusement mise en place pour une véritable intifada. En effet, le terrain adjacent à l’hôtel en question était nul autre qu’un champs de roches! Un champs de roches! Pffff… Comment ne pas être porté à penser que tout cela n’était pas un hasard? Il nous faut supposer qu’en décidant de tenir son Congrès à cet endroit, le PLQ avait certainement dû faire évaluer l’emplacement, le site, les terrains environnants, etc., par son équipe de sécurité. Nul besoin d’être un expert en stratégie pour le comprendre. Or, ce qui devait arriver arriva donc: les roches se sont mises à pleuvoir sur les agents de l’anti-émeute munis de leur armure. J’observais la scène et me suis dit que ça n’allait pas tarder qu’une formation d’agents de l’anti-émeute allait certainement arriver par l’arrière et ainsi forcer les gens à retourner vers la rue. Mais non! Ils sont restés là pendant plus d’une heure à se faire lancer des roches. Sans blagues! Il urge de remplacer le responsable tactique et stratégique responsable de la sécurité pour cette journée.

Acte II- scène 2

Tout-à-coup, ce policier qui sort de nulle part, seul et sans armure, il se retrouve parmi la foule et se jette sur un manifestant. Mais à quoi donc a-t-il pensé? Peut-être avait-il inhumé trop de ces gaz? Quoiqu’il en soit, c’est à ce moment que plusieurs dizaines de manifestants se sont rués pour venir en aide à ce manifestant et s’en sont pris à ce policier. Un camion de la SQ est arrivé à sa rescousse, roulant à toute vitesse parmi la foule. Scène surréaliste.

Épilogue

Enfin, au terme de tout cela, c’est Jean Charest qui en sort grand gagnant. La manipulation médiatique a certainement bien fait son oeuvre et les méchants étudiants anarchistes et terroristes ont su être dépeints comme extrêmement violents. Alors que Jean Charest, le bon père de famille parvenant avec une main de fer à calmer ces enfants rebelles, va passer pour le héros. Le héros, le grand sauveur qui aura réussi à mettre un terme au chaos, à résoudre ce conflit à la suite de négociations qui tombaient, comme par hasard, juste à point. Bravo M. Charest pour cette extraordinaire mise en scène et cette habile récupération médiatique et politique de l’événement. Bravo! Bravo! Bravo!

Réveillez-vous! Osez la liberté!

Voilà 250 ans, David Hume […] était intrigué par la «facilité avec laquelle les plus nombreux sont gouvernés par quelques-uns, la soumission implicite avec laquelle les hommes abandonnent» leur destin à leurs maîtres. Cela lui paraissait surprenant, car «la force est toujours du côté des gouvernés». Si le peuple s’en rendait compte, il se soulèverait et renverserait ceux qui le dirigent. Il en concluait que l’art du gouvernement est fondé sur le contrôle de l’opinion, principe qui «s’étend aux gouvernements les plus despotiques et les plus militarisés, comme aux plus libres et aux plus populaires» […] Il serait plus exact de dire que plus un gouvernement est «libre et populaire», plus il lui devient nécessaire de s’appuyer sur le contrôle de l’opinion pour veiller à ce qu’on se soumette à lui […]. Le peuple est un «grand animal» qu’il faut dompter, disait Alexander Hamilton — Noam Chomsky, Le profit avant l’homme, 2004.

N.B.: Ce texte ne reflète que ma vision personnelle des événements.

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Victoriaville: un diaporama sonore

Par Aurélien Chartendrault, France

Après 12 semaines de grève et de manifestations contre la hausse des droits de scolarité, des milliers d’étudiants québécois se sont rendus le 4 mai à Victoriaville où se déroulait le conseil général du Parti libéral. Reportage.

Ce diaporama sonore a été précédemment publié sur le site Web de L’Express.

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Victoriaville: témoignage des soins apportés à Alexandre

Par Julie Bruneau, Montréal

Écrire son vécu, c’est un moyen d’exprimer. De le mettre à l’extérieur, et de pouvoir le comprendre, de reprendre le pouvoir. Si j’écris ce que j’ai vécu vendredi à Victoriaville, c’est donc pour mettre une distance avec ce que je ressens depuis, de le partager pour déconstruire le discours médiatique et la désinformation, pour que finalement ces événements, au lieu de nous diviser et de nous abattre, nous donnent plus de puissance collectivement.

Ce récit se veut un retour sur les événements qui entourent le manifestant blessé sévèrement la tête. J’ai été présente dans le cas d’Alexandre, du moment qu’il s’est retrouvé sur le sol, jusqu’à son départ en ambulance.

Peu de temps a séparé le moment où les barrières de contrôle de foule sont tombées et celui où les officiers de la Sureté du Québec ont fait usage de projectiles de lacrymogène. En plus ou moins 15 minutes, une partie de la foule qui n’avait pas de masques ou de foulard a dû rapidement se reculer et se réfugier pour éviter les vents de gaz irritants. N’ayant pas de lunettes de protection et à cause de l’effet intense des gaz, j’ai été forcée de me déplacer. À certains moments, j’étais complètement aveuglée et j’avais de la difficulté à trouver mon souffle, j’ai eu le réflexe de chercher le soutien de manifestants et manifestantes pour trouver un lieu sécuritaire. Je me suis ensuite nettoyée les yeux avec la solution de lait de magnésie et d’eau, puis avec une amie nous nous sommes redirigés où la masse, la foule la plus importante était située.

Il y avait facilement 300 à 400 personnes qui étaient près de l’hôtel, soit dans l’action , c’est-à-dire près des policiers, ou plus en retrait. Il y avait un climat de tension, de colère, mais aussi de solidarité. Le fil conducteur de la contestation du pouvoir du Parti libéral tissait une cohésion dans la foule et un support de la diversité des tactiques utilisées. Tout ça a duré probablement un autre 10 à 15 minutes.

Ainsi nous étions sur la rue Steve, près de la station d’essence Sonic, nous avons redirigé des personnes incommodées pour qu’elles soient soignées, puis nous avons traversé la rue, et sommes passées derrières des commerces du boulevard Arthabaska Est. Puis, nous sommes arrivées sur un terrain gazonné derrière le rang Nault Il y avait beaucoup de vent de gaz, mais vu qu’il se dispersait rapidement, les gens n’étaient pas incommodés. À ce moment, il n’y avait pas d’agents sur le terrain. Nous nous sommes dit que c’était un endroit bien placé pour observer les événements et décider de la suite. Du point où j’étais, il était possible de voir qu’il y avait des affrontements avec les agents de la Sûreté du Québec sur Arthabaska, encore une fois j’insiste sur la quantité de gaz qui étaient lancés pour faire fuir la foule.

Puis, j’ai entendu des gens crier qu’il y avait un blessé, de faire de l’espace. J’ai vu un groupe de personnes qui transportait le corps d’un homme âgé d’une vingtaine d’années. Il a été déposé sur le sol et je me suis agenouillée à côté de lui. Je n’avais pas de trousse de premiers soins avec moi, mais j’ai une formation de premiers secours alors j’ai procédé : j’ai vérifié son état de conscience, je me suis assurée qu’il soit stable et qu’on préserve sa position, j’ai ensuite regardé s’il avait des blessures. Toutes ces étapes se sont passées très rapidement. Il était d’abord visiblement inconscient, avait de l’écume qui lui sortait de la bouche, il semblait être entrain d’étouffer. Je lui ai ouvert la bouche et j’ai tassé sa langue, il a toussé et a commencer à respirer de façon plus régulière. Puis j’ai remarqué que sur le côté de sa tête une quantité importante de sang coulait. J’ai tourné, déplacé ses cheveux et j’ai vu l’état de son oreille.

À ce moment, j’ai eu peur, vraiment peur que quelque chose de grave soit en train de se passer devant moi qui me dépassait. Les gens se sont reculés, en voyant la blessure, j’ai eu l’impression qu’il allait mourir. Mais je me suis mis dans un mode « intervention ». En sachant qu’il était légèrement conscient, constamment je lui parlais pour le maintenir éveillé. Je me suis présentée, puis je me suis adressée à une des nombreuses personnes qui regardaient la scène et qui avait un téléphone cellulaire, je lui ai dit que c’était sérieux, qu’il fallait une ambulance immédiatement, que le blessé était en danger. La personne a appelé. Plusieurs personnes ont tenté de rejoindre les secours pendant cet événement, et cela a été extrêmement complexe d’avoir de l’aide dans les délais humains et nécessaires pour la survie de cette personne.

Une première personne qui avait une trousse de premiers soins a essayé d’éponger l’hémorragie avec des gazes de coton, mais il n’avait pas assez de matériel. Une autre personne de l’équipe médicale de la manifestation a pris le relai, un ami du blessé s’est aussi rapproché, nous sommes restés ensemble jusqu’à l’arrivée des ambulanciers.

Le blessé a eu des épisodes de reprises de conscience, il était agité, manifestait de la douleur, de la panique. Autour de nous, il y avait énormément de bruits, de cris, d’action. J’essayais de le rassurer verbalement, je lui disait qu’il avait du courage, de rester avec nous, de se concentrer sur sa respiration, qu’il avait besoin d’aide, qu’il était blessé à une oreille, que je comprenais sa peur, que nous faisions notre possible pour le garder en sécurité. Je lui parlais de son ami qui était avec lui, son ami s’adressait à lui, et aidait à le garder allongé.

Cela devait faire une dizaine de minutes que nous étions au sol. J’ai entendu des tirs très rapprochés, et lorsque j’ai relevé la tête j’ai constaté que les agents de la SQ étaient sur le terrain, qu’ils s’approchaient de nous en nous lançant des gaz lacrymogènes. Des manifestants et manifestantes ont fait un périmètre de sécurité autour de nous, en criant qu’il y avait un blessé. Des gens s’adressait directement aux agents pour leur faire comprendre qu’il y avait une personne au sol en état grave. Malgré ma méfiance envers les policiers, mes critiques sur leurs actions et leurs comportements, sur leurs fondements, leur idéologie, j’ai quand même naïvement cru, dans l’urgence, qu’ils allaient avoir suffisamment de jugement pour nous donner un minimum de sécurité. Ils nous ont tirés des cannes de lacrymogènes à quelques mètres à peine. Nous avons du déplacer Alexandre deux fois à cause de l’incompétence de la SQ, plus grave encore, de ce comportement militaire qui reflète l’intensification de la violence utilisée par le bras armé de l’État. Au travers de cette situation chaotique, les agents ont continué à appliquer les ordres, ils nous ont laissé délibérément la responsabilité de leurs actes et la gestion de la situation alors qu’il nous était impossible de donner les soins nécessaires.

À un certain moment, lorsque nous avons déplacé Alexandre la première fois, il a essayé de nous parler. Il était incapable de prononcer un mot, il répétait des sons, cherchait du regard un point de repère. Son ami lui parlait, d’autres se sont approchés. Je leur ai dit de s’occuper d’avertir ceux ou celles qui étaient avec lui, pour qu’il ait du support rendu à l’hôpital. Au deuxième déplacement, nous sommes allés sur le rang Nault, il y avait plus de personnes de l’équipe médicale de la manifestation qui s’occupait de lui. L’ambulance est finalement arrivée, escortée par des agents de la Sureté du Québec. Cela a pris un certain temps pour qu’elle nous atteigne, puis Alexandre a été mis sur une civière, son ami est monté avec lui.

Je n’entrerai pas dans les détails descriptifs de la blessure qu’il a eu, mais il s’agissait de lacérations, qui n’ont pu être le résultats de balle de plastique ou de boule de billard, même de roches. Alexandre n’avait pas de masque, pas de cagoule, il était en t-shirt. Mon hypothèse est qu’il aurait été incommodé par les gaz lacrymogènes, c’est retrouvé aveuglé et désorienté. Des tirs des deux côtés se sont faits, et il aurait reçu une grenade à ce moment. Il faut rappeler que tout cela c’est passé au début de la dite  « émeute », les manifestants et manifestantes avaient peu de projectiles. Par contre, les grenades que lancent les agents sont des objets métalliques qui se déploient au contact avec une surface, le déclenchement de la grenade est une explosion du contenant et donc peut causer des coupures graves. C’est ce que je crois est arrivé à Alexandre.

Ce que j’ai vécu est une confrontation à une violence qui se rapproche de l’esthétique de la guerre. Depuis deux jours, j’explique les images qui me traversent, je pense à l’intervention policière, à l’odeur des lacrymogènes. J’ai été perturbée de voir par la suite l’état de santé d’Alexandre dans les médias, de constater que ce que j’ai ressenti correspondait réellement, proportionnellement à la gravité de la blessure. Qu’il ne s’agissait pas simplement d’une trame dramatique que je me suis construite. Je suis aussi en colère, de voir qu’encore une fois, les médias servent les intérêts de ceux qui gouvernent et qui détiennent le monopole de la violence. On a dit que nous avions été infiltrés par une minorité de casseurs, qu’il n’y avait pas eu de brutalité policière, que la réponse répressive était normale puisque nous avions traversé une « limite symbolique » qui avait été tracé autour de l’hôtel. On nous a montré un tas de roches, de bouts de bois et de tie wraps, de toute évidence ramassés au hasard, pour démontrer l’agitation des manifestants et des manifestantes. On nous a monté de toute pièce un récit pour justifier une intervention militaire afin de protéger les représentants et représentantes du gouvernement.

On essaie de nous faire avaler qu’Alexandre aurait été blessé par d’autres manifestants ou manifestantes, que finalement c’est « de notre faute ». S’il y a une enquête de la Sureté du Québec dans cet événement, ce sera encore une fois pour conclure qu’ils n’en sont pas responsables. Déjà, les points de presse nous le montre : revendiquer une « limite symbolique » ne permet aucunement l’ampleur des attaques physiques sur des personnes aucunement équipée pour combattre à armes égales.

Bref, peu importe où se retrouvera ce récit je veux qu’il puisse résonner avec ceux de d’autres personnes qui ont vu, qui ont entendu, qu’il contribue au discours critique. Pour que notre mémoire collective permette de dire que nous n’oublierons pas, qu’il n’y a pas de pardon pour ceux et celles qui prétendre défendre la justice de l’élite sociale.

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Appel à témoignages: Victoriaville, 4 mai 2012

Si vous avez participé à la manifestation de Victoriaville, envoyez-nous vos témoignages des événements – sous toutes les formes: récits, dessins, photos, vidéos, poèmes, etc.

N’hésitez pas à passer le mot pour que l’on puisse recueillir le plus de témoignages possibles.

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Ce que j’ai vu à Victoriaville – BD

Nous reproduisons une BD faisant le récit de la manifestation de Victoriaville du vendredi 4 mai 2012, par Valérie Jacques-Bélair. La version originale est disponible sur le blog Val-bleu.

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Victoriaville: les balles de plastique sont identifiées

Par Moïse Marcoux-Chabot | Cet article a précédemment été publié sur Facebook, Coop média de Montréal et Le Globe.

En filmant les événements de vendredi dernier à Victoriaville, j’ai capté avec mon micro directionnel cette conversation entre deux agents anti-émeute, à l’arrière d’une ligne de policiers, pendant qu’un troisième s’approchait d’eux et qu’un quatrième, plus près, m’intimait «Bouge !». Il était 19h55, six minutes avant qu’un véhicule policier traverse dangereusement la foule.

Le premier interpelle les deux autres en pointant vers les manifestants, l’air jovial: « En plein milieu de la foule, comme [inaudible], trois, quatre ! Trois, quatre !» Le deuxième lui tend au moins une grenade, l’autre a un fusil entre les mains. L’un des deux répond en s’esclaffant derrière son masque à gaz: « Ha ha ! Trois quatre en plein milieu !» [D’après les mouvements, on peut croire qu’ils font référence à trois ou quatre objets lancés dans la foule.]

La suite est couverte par le slogan «Paix, amour, et gratuité scolaire!» à ma gauche.

On peut visionner l’extrait vidéo et s’en faire sa propre idée.

***

De nombreux médias continuent de parler de «balles de caoutchouc» lancées par la Sûreté du Québec à Victoriaville le vendredi 4 mai et plusieurs personnes soutiennent que les blessures graves subies par les manifestants ont été causées par des objets tirés par d’autres manifestants.

Or, des témoignages récents (Lux Éditeur et Joé Habel sur ce blog) confirment qu’au moins une des blessures les plus graves a été causée par une balle provenant d’un policier. Et ces balles sont maintenant clairement identifiées. Voici la photo de l’une d’elles, retrouvée sur place:

Crédit photo © Moïse Marcoux-Chabot.

Il ne s’agit pas d’une balle de caoutchouc, mais d’une balle de plastique dur, aussi appelée «munition-bâton» ou «plastic baton round». Le directeur des communications de la SQ Jean Finet a confirmé l’utilisation de balles de plastique et non de caoutchouc: «Des irritants chimiques et des balles de plastique ont été utilisés dans un continuum de force.» Il s’agit, au même titre que les balles de caoutchouc ou les «bean bags», d’une arme à énergie cinétique visant à neutraliser une personne présentant un risque grave pour sa vie ou la vie des autres. Aux États-Unis, ces armes ont surtout été utilisées dans les dernières années pour neutraliser des personnes sur le point de se suicider.

Ce type de munitions est parfois désigné comme étant «à létalité réduite» ou «Less Lethal Systems», c’est-à-dire présentant un risque de mortalité plus faible, ce qui est loin de signifier «innofensive». En situation d’émeute ou de contrôle de foule, ces munitions sont plus rarement utilisées vu les risques de dégâts collatéraux. Elles sont censées être tirées sur des individus isolés et armés ou des «leaders» ciblés qui incitent les autres à commettre des actes dangereux.

Elles doivent être utilisées par des personnes spécialement entrainées à leur maniement et ne jamais être tirées à hauteur du visage. Dans le cas des balles de plastique, leur usage recommandé en entraînement est de tirer vers le sol devant les personnes visées pour que le projectile rebondisse et les atteigne aux jambes. Une étude de l’Institut National de Justice américain indiquait d’ailleurs en 2004 que lorsque ces projectiles d’impact touchent directement la tête ou le cou, les risques de lacérations, perforations ou fractures augmentent considérablement. De même, cinq des six décès recensés dans le rapport ont été causés par des tirs au haut du corps, dans la zone de la poitrine (voir Impact Munitions, Data Base of Use and Effects, p. 19).

Les diverses armes à feu projetant ce type de munitions perdent de la précision lorsqu’elles sont utilisées à des distances supérieures à 10 mètres, qui est pourtant souvent en-dessous de la distance minimum conseillée par les manufacturiers. Les blessures les plus graves sont généralement le résultat de tirs à courtes distances. Un tir rapproché est donc précis mais trop brutal, alors qu’un tir éloigné à la juste force est imprécis et risque de toucher des zones du corps plus fragiles.

Une étude du Groupe d’étude des systèmes à létalité réduite de l’Université de Liège reprend certaines des données du rapport mentionné et donne plusieurs recommandations en vue de l’adoption d’armes de ce type par les policiers belges, avec à l’appui de nombreuses études médicales d’impact corporel basées sur l’analyse de tirs sur des cadavres humains (voir Les armes de neutralisation momentanée utilisant l’énergie cinétique: état de la question et recommandations quant à une utilisation éventuelle dans les interventions de contre-violence, novembre 2009).

Les balles de Victoriaville sont distinctes de celles que le Service de Police de la Ville de Montréal a utilisées lors du Salon du Plan Nord deux semaines plus tôt:

Crédit photo ‌© David Widgington.

Ces balles étaient de type «éponge» ou «sponge bullet», d’un diamètre de 40 mm. Tel que rapporté par le McGill Daily le 2 mai dernier, elles s’apparentent au modèle américain M1006.

Les balles de plastique vertes de Victoriaville sont plutôt du type AR-1 Standard Energy, fabriquées par le manufacturier ontarien Police Ordnance Company et tirées avec un fusil ARWEN (Anti-Riot Weapon ENfield), qui peut contenir cinq projectiles de calibre 37 mm, incluant aussi bien des balles de plastique que des grenades lacrymogènes ou contenant du gaz irritant CS, et les tirer en moins de 4 secondes. D’ailleurs, il n’est pas à exclure que les balles ayant blessé gravement trois manifestants aient été tirées par erreur à la place d’une grenade lacrymogène par un policier mal entraîné ou incapable de gérer la situation.

Le ARWEN-37 Mark III, sur Police Ordnance Company.

Crédit photo © Édouard-Plante Fréchette, La Presse.

Le fusil ARWEN-37 a aussi été utilisé pour tirer des balles de plastique au G20 de Toronto en juin 2010 comme l’avait annoncé la CBC et comme l’a confirmé la police, notamment devant le centre de détention temporaire. Des poursuites sont en cours.

Un fusil semblable a aussi été utilisé lors du Sommet des Amériques à Québec en 2001, comme en témoignait l’anthropologue anarchiste américain David Graeber, qui avait lui-même reçu un balle verte de plastique à cette occasion. Éric Laferrière, un manifestant qui avait été blessé gravement au cou par une de ces balles au Sommet a vu sa poursuite contre la Ville de Québec rejetée en Cour supérieure neuf ans plus tard.

Précisons que les fusils de type ARWEN ont été conçus à l’origine pour le gouvernement britannique dans le conflit en Irlande du Nord, pour remplacer le L67A1 38mm Riot Gun qui tirait des balles de caoutchouc. Entre 1970 et 1975, plus de 55 000 balles de caoutchouc y avaient été tirées, causant la mort de 17 personnes, dont 8 mineurs. Les balles de caoutchouc ont aussi fait plusieurs victimes dans le conflit israélo-palestinien et posent de réels dangers pour la vie. Il n’est donc pas surprenant que David Cameron ait attendu au quatrième jour des graves émeutes de Londres du mois d’août 2011 avant d’autoriser l’usage de balles de caoutchouc ou de plastique sur les émeutiers.

D’ailleurs, le fusil ARWEN n’a finalement pas été adopté dans les années 1970 par le gouvernement britannique, jugé trop intimidant. Il n’a été manufacturé qu’à partir de 1983 et a été acheté d’abord par la police du Kentucky, aux États-Unis. Il est maintenant produit exclusivement par la compagnie ontarienne Police Ordnance depuis 2001. Brian Kirkey, PDG de Police Ordnance, a d’ailleurs déjà souligné le danger posé par le fusil ARWEN: «It’ll break bones if it hits. You don’t want to hit them in the head. You don’t want to hit them in the neck. That’s where you have a potential fatality.»

Mais revenons une fois de plus aux balles précises utilisées à Victoriaville:

Crédit © Moïse Marcoux-Chabot. Image tirée de la vidéo «Manifestation contre le congrès du PLQ à Victoriaville, 4 mai 2012», à 19:58.

Je soulignais plus haut qu’il s’agit du projectile AR-1 Standard Energy, comme on peut le constater en comparant l’image avec les différentes munitions proposées par Police Ordnance. Cette balle a les caractéristiques suivantes:

  • Poids de 145 grammes dans sa cartouche, 85 grammes seule
  • Longueur de 110 mm, diamètre de 37 mm
  • Faite de plastique composite moulé par injection
  • Portée de 100 m
  • Vitesse de 74 mètres/seconde à la sortie (266 km/h)
  • Énergie kinétique de 219 J à la sortie

Par comparaison, la masse d’une balle de baseball est d’environ 145 grammes et le record de lancer rapide par un joueur professionnel est de 47 mètres/seconde.

À côté du modèle AR-1 standard, Police Ordnance propose aussi deux types de balles un peu moins rapides, soit le Medium Energy (60 m/s) et le Reduced Energy (50 m/s) ainsi qu’un modèle plus récent, le AR-1-AIR, qui tire aussi à 74 m/s mais est manufacturé avec une tête coussinée réduisant la force de l’impact: «This Baton reduces the risk of deep trauma by cushioning the kinetic energy on impact.»

Qu’est-ce qui justifiait l’usage du projectile le plus dangereux des quatre disponibles ? Est-ce seulement parce que ces balles coûtent environ 30$ la pièce, sont vendues en caisses de 96 unités et qu’il fallait «vider les stocks»  ? Y a-t-il un lien avec les achats massifs de fusils ARWEN-37 effectués en 2010 à l’approche des Jeux Olympiques de Vancouver et du G20 de Toronto ? L’usage de balles de plastique de cette force était-il nécessaire et a-t-il été effectué par des policiers bien entraînés ?

Les agents de la Sûreté du Québec ont-ils commis des erreurs à répétition en tirant à plusieurs reprises des balles de plastique dans une foule en partie agressive, en partie calme, à hauteur de tête ? Était-ce le résultat d’erreurs de communication, de mauvais jugement individuel, d’ordres précipités ou d’une volonté réelle de blesser ? Les manifestants visés représentaient-ils une menace immédiate assez élevée pour courir le risque, comme c’est arrivé, de blesser d’autres manifestants ? Les trois cas de blessures à la tête seront-ils suffisants pour que la Sûreté du Québec admette qu’il y a eu faute et qu’elle doit revoir ses pratiques, avant de sombrer davantage dans la militarisation de l’intervention policière ?

C’est à réfléchir. Mais pour y réfléchir collectivement de façon constructive, il faut non seulement une enquête indépendante, mais il serait aussi nécessaire que les journalistes utilisent les bons termes, prennent quelques heures pour fouiller ces références, interrogent les policiers en service ce soir-là, comparent les blessures traitées par les médecins avec des cas précédents de blessures semblables, etc. Bref, qu’ils fassent leur travail au lieu de créer du scandale. S’ils ont été capables de trouver la boule de billard #9 au congrès du PLQ, ils devraient savoir utiliser Google et poser des questions pertinentes aux bonnes personnes.

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Note de l’auteur:

Je ne peux pas certifier moi-même que ce sont les balles de plastique qui ont touché les personnes blessées, n’ayant pas été témoin oculaire. Je peux certifier que les balles vertes ont été trouvées sur place et il y a plusieurs témoignages (voir 5e paragraphe et commentaires) qui concordent pour dire que c’était une balle qui a frappé au moins deux des manifestants gravement blessés. Notons que sur le moment, le terme «balle de caoutchouc» a été immédiatement utilisé par tout le monde, en l’absence d’une compréhension plus précise de ce que c’était.

La CLASSE est à la recherche d’une des balles de plastique en question (tirée à Victoriaville). Si vous en avez une en votre possession, vous pouvez les contacter ou m’envoyer un message et je vous mettrai en contact.

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Lettre ouverte sur la manifestation de Victoriaville

Par Joé Habel | Université Laval

J’étais aux manifestations de vendredi à Victoriaville, la ville où j’ai grandi jusqu’à la fin de mon cégep, l’an passé. J’étais avec Alexandre, un des deux étudiants blessés qui se trouvent à l’hôpital de Trois-Rivières présentement. J’étais à trois pas de lui lorsqu’il a été blessé. Je suis encore sous le choc de tout ce qui s’est passé et je suis en colère contre la Sûreté du Québec.

Tout d’abord, il est à préciser que nous sommes des manifestants occasionnels. C’était ma quatrième manifestation, et probablement une sixième ou septième pour Alexandre. Nous n’étions pas masqués. Nous nous trouvions à l’avant de la manifestation, près des manifestants expérimentés. L’ambiance au début était calme, nous avons dansé devant les policiers, j’ai essayé de mettre mon carré rouge sur le policier (après son refus, j’ai tout simplement reculé), nous avons crié : « L’antiémeute, sans pantalon… l’antiémeute, sans pantalon. »

Quelques ballounes d’eau ont été lancées, des branches de bois et quelques roches/morceaux de pavé. Les policiers ont répliqués avec des gaz lacrymogènes. Ça irrite les yeux, c’était ma première expérience.

On est retourné en avant, à environ dix mètres des policiers, d’autres lacrymo ont été lancées. On a reculé et lentement on s’est rapproché. Les policiers étaient sur leur côté de la rue. Quelques manifestants étaient au centre, sur le terre-plein, à tenir une banderole rouge. Nous marchions parallèlement à la rue, de l’autre côté de la rue (quatre voies de large). Soudainement, j’ai vu Alexandre recevoir une balle de caoutchouc sur le côté de la tête, près de la tempe. J’ai été sur le choc, mais j’ai vu que c’est une balle de caoutchouc, tiré directement. Il n’y a pas personne entre lui et les policiers, sauf deux ou trois manifestants qui tenaient paisiblement une banderole face aux policiers.

Il est tombé d’un coup à terre. Les manifestants expérimentés autour l’ont rapidement ramassé et éloigné. Ils lui ont fait de l’espace, ont aidé la manifestante équipée pour le soigner.

On demande aux gens de se calmer, on fait de l’espace pour une ambulance. L’espace est refermé par les forces de l’antiémeute qui lancent d’autres lacrymogènes et ne cessent d’avancer. On déplace Alexandre. La même situation se répète à quatre-cinq reprises. Déplacer Alexandre, blessé, plus ou moins conscient, pour éviter les lacrymogènes. J’ai une image assez clair de mes amis et moi, environ une 20aine, qui réussissent à déplacer les manifestants plus loin, pour ne pas que les policiers s’approchent plus. On fait des signes aux manifestants et aux policiers qu’il y a un blessé, de nous laisser de l’espace. Le policier nous regarde et lance une lacrymo. On déplace encore Alexandre.

Alexandre se rend finalement à l’hôpital. Quand j’arrive chez moi, évidemment je ne peux que rire lorsque je vois le chef de la SQ nous rappeler à quel point ils sont bons, gentils et ne font jamais d’erreurs. Mais lorsqu’il insinue que le blessé (Alexandre) a probablement été touché par un manifestant, je ne sais pas si je dois rire ou pleurer. Les mêmes manifestants qui ont fort possiblement sauvé la vie d’Alexandre. Ils sont responsables d’une partie de la violence, j’en conviens. Est-ce que cette violence est nécessaire ou non, on peut on discuter longtemps. Mais accuser ces personnes d’avoir causé la blessure d’Alexandre, alors qu’ils lui ont probablement sauvé la vie?

Je reçois un appel d’une journaliste de Radio-Canada le lendemain. Elle est gentille mais un peu naïve ; elle est surprise lorsque je lui dis que j’ai vu l’impact de la balle sur Alexandre, et que ça provenait des policiers. Elle me demande d’aller rejoindre sa collègue qui est à la manifestation pour en parler à la télévision. J’accepte, je vais la retrouver. J’explique que c’est une balle de caoutchouc, remet en question la pertinence d’utiliser ces armes pour le contrôle de foule, demande à la SQ d’attester qu’une erreur est possible de leur part. Elle finit en me posant une question sur l’entente (qu’elle m’apprend).

J’apprends par des membres de ma famille que le seul extrait qui se retrouve à la télévision, est ma réponse à la dernière question*. Pourtant, la journaliste m’a demandé d’aller parler parce qu’elle était intéressée d’avoir ma version des faits.

Un autre point aussi. J’ai toujours trouvé que la SQ est trop présente à la télévision.

Ça me pousse donc à poser quelques questions :

  • Pourquoi est-ce qu’on utilise des balles de caoutchouc dans les manifestations? Tous les blessés graves ont reçus ces projectiles. Et c’est ce qui a probablement le plus contribué à la violence des manifestants, ces blessés.
  • Comment est-ce que je peux avoir confiance en ce que la SQ dit, si elle continue de prendre pour acquis que les policiers sont innocents et les manifestants coupables, pour tous les incidents?
  • Comment voulez-vous que je ne doute pas à une présence de la SQ dans le choix des images à diffuser ?
  • Après cet incident, lorsque j’aurai à choisir entre les manifestants expérimentés et les policiers, de quel côté pensez-vous que je me trouverai? Je me sens comme dans Joyeux Noël. On me dit que mes ennemis sont le Black Bloc, mais quand je leur parle, je me rends compte que j’ai plus en commun avec eux qu’avec les policiers/médias.
  • Comment est-ce que la SQ va s’améliorer, en tant que service de police, si elle ne peut admettre qu’elle n’est pas parfaite?


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Note :

* L’entrevue a par la suite été diffusée sur la radio de Radio Canada.

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Témoignage d’un étudiant-médic à Victoriaville

Par Jonathan Aspireault-Massé, Montréal

Voilà, j’arrive de Victoriaville épuisé et révolté, une fois de plus! Bien que ma journée de samedi [5 mai] fut certes plus calme que celle de vendredi, les raisons de se révolter continuaient de s’additionner. Alors que j’accompagnais l’avocate-stagiaire et d’autres camarades qui s’occupent des personnes arrêtées, au poste de police de la Sûreté du Québec, nous apprenions avec tristesse et colère que le jeune étudiant du cégep de Saint-Laurent qui a été blessé à l’œil en avait perdu l’usage. Ce vendredi j’agissais comme militant-médics et voilà mon récit de cette soirée révoltante.

J’arrive donc dans le parking du Wal-Mart alors que la manif se met en branle. La foule est dynamique et les gens sont souriants, même si une tension évidente est perceptible. Après quelques minutes de marche, nous arrivons face au complexe Le Victorin. Aussitôt, la foule se compacte le long des clôtures et certaines personnes commencent à les secouer, elles finissent par se renverser assez rapidement. Après quelques minutes d’hésitations, les militants et les militantes franchissent le périmètre, l’antiémeute se déploiera quelques instant plus tard afin de barrer le passage vers l’hôtel. Aussitôt déployés, les antiémeutes commencent à mettre leur masque à gaz, déjà s’annonce l’affrontement «à la sauce SQ», c’est-à-dire que la manifestation sera gazée et attaquée par différents projectiles. Il faut dire qu’à ce moment, j’étais au devant de l’antiémeute et que, malgré quelques petits projectiles ici et là (un ou deux fumigènes et un ou deux balles de peinture), rien ne justifiait de gazer une manifestation de 2000 personnes dont plusieurs personnes âgées et plusieurs enfants!

Les gaz sont lancés au devant de l’hôtel et se propagent vers le nord-est, c’est-à-dire qu’ils s’éloignent de la manif et se dirigent vers le terrain vague en face du Victorin. C’est d’ailleurs là que j’ai commencé à faire mes premiers traitements, comme le vent soufflait vers nous, je traitais dans le nuage de gaz, j’ai du me traiter moi-même. Nous nous sommes éloignés et dirigés vers l’arrière du bâtiment qui fait face à l’hôtel. Après avoir traité une demi-douzaine de personnes, je suis retourné dans la manif chercher d’autres victimes. Je trouve une dame âgée (une professeure au Cégep de Matane, donc peut-être pas si âgée que ça! Elle avait toutefois les cheveux blancs!) qui est assise et qui semblent s’étouffer, ses yeux lui brûlent et elle n’est plus en mesure de se déplacer. Avec l’aide d’une jeune camarade, je l’aide à s’éloigner et à la ramener à l’air frais. Je la laisse aux mains de d’autres médics, une fois dégagé de la zone gazé! Elle m’avouera plus tard, lors d’une rencontre au hasard (dans un restaurant) qu’elle a finalement vomi… elle remerciait le jeune qui l’avait sorti de là! C’est là que je me rends compte qu’elle parle de moi, heureux de lui avoir été utile!

C’est à ce moment que l’affrontement semble s’intensifier. Vous trouvez ma version différente de celles des médias? C’est mon lot quotidien depuis plusieurs années!

Après une petite pause pour retrouver mes camarades médics et m’assurer que plusieurs ami-e-s sont en sécurité, je repars «au front». Aussitôt arrivé, je vois un policier lancer un gaz directement sur un manifestant. Celui-ci se retrouve couvert d’une poudre jaunâtre contenu dans les grenades lacrymogènes. Un manifestant et moi-même tentons d’aider ce militant en lui enlevant son manteau et en tentant de lui retirer le plus de poudre possible… Évidemment, cette intervention est fortement irritante pour nous aussi! Ce manifestant s’est, par la suite, éloigné et je le perds de vue. Il semblait toutefois en bon état vue les circonstances!

Une rumeur commence à se répandre dans la manif, «faut laisser passer l’ambulance!» Pourtant, on ne voit pas d’ambulance, la panique s’installe. Je pars avec mes camarades à la recherche de blessé et nous tombons sur un jeune traité par des médics de Montréal et d’autres de Québec (les infirmiers contre la hausse) sur un homme ayant une blessure grave à la tête. Mon groupe et moi décidons de rester afin d’appuyer le travail des médics déjà présent-e-s. Comme l’ambulance refuse de venir si près «du front» et que l’antiémeute «se crisse» de notre intervention en continuant à attaquer la foule, nous décidons de bouger la victime. Les manifestant-e-s ont même décidé de faire une chaîne humaine afin de protéger notre lieu d’intervention.

La victime est blessée à la tête, son oreille déchirée en partie et du sang sort de la profondeur de son oreille. Le tympan semble perforé, la victime divague et semble être dans un état vaporeux et parfois agitée, tout porte à croire à un traumatisme crânien.

Des patrouilleurs de la SQ arrivent afin de faire le lien entre «nous» et l’ambulance. Les ambulanciers refusent de venir sans présence policière! D’ailleurs, il serait peut-être bien d’indiquer aux ambulanciers que les manifestant-e-s ne s’en prendront jamais ni à des ambulanciers, ni à des pompiers! La présence policière vous mets plus à risque! Les deux patrouilleurs ne sont même pas liés par radio avec leur QG! Donc, nous avons droit à l’amateurisme le plus total de la part de ces policiers qui semblent totalement dépassé par les événements. Entre cet amateurisme et les tentatives sabotage patent de notre intervention de la part de l’antiémeute, les médics devaient réagir. C’est donc à ce moment, parce qu’il nous était impossible d’assurer des soins efficaces à cet endroit, que nous avons pris la décision de déplacer la victime. Le déplacement s’est fait dans le calme et nous devions composer avec un terrain accidenté et des mouvements de foule imprévisibles! Finalement, l’ambulance est arrivée (20-30 minutes plus tard) et nous pouvons mettre la victime dans un endroit sur.

Les questions qui se posent ici, comment se fait-il que des patrouilleurs de la SQ n’avaient pas de moyens de communication afin de s’assurer que tous les moyens seraient pris pour venir en aide à un blessé grave?

Aussitôt, la victime dans l’ambulance je me rends vers un autre homme ayant reçu une balle de plastique sur la jambe. Avec quelques autres militant-e-s, nous le déplaçons vers l’ambulance. Là je repars, les policiers antiémeutes formeront quelques minutes plus tard une ligne empêchant d’accéder à cette personne.

Quelques minutes plus tard, un ami, vient me voir en m’informant avoir été touché par deux balles de plastiques sur les cuisses. Il se dit capable de marcher, ce que je refuse. Avec l’aide d’un autre médics, nous le transportons en retrait dans une zone sécuritaire (du moins tant et aussi longtemps que les flics en décideront ainsi!!!). Lorsque nous lui retirons son pantalon, nous sommes bouche bée devant la grosseur de l’inflammation sur sa cuisse. Il a une bosse, aussi grosse qu’une balle de softball! Notre inquiétude à ce moment, c’est que l’impact s’est fait là où l’artère fémorale se trouve. Cette artère est l’une des plus importantes du corps, toutes lésions peuvent avoir des conséquences graves. Des médics infirmiers prennent la relève. Cette victime part en ambulance, après plusieurs longues minutes d’attente.

L’endroit où nous étions, devient un lieu de convergence où nous amenons plusieurs victimes. J’amène à cet endroit, une autre personne blessé à une jambe. Il s’agit encore d’une balle de plastique. Les ambulanciers étant sur place, je laisse le manifestant (ses blessures semblent mineurs, ecchymoses et inflammation) entre leur mains, pour retourner au front. Aussitôt dans la foule, une jeune fille me montre son bras atteint d’une balle de plastique, inflammation et ecchymoses encore, mais tout semble léger. Considérant qu’elle est capable de marcher, je lui suggère de se rendre au Wal-Mart pour aller s’acheter de la glace, puisqu’il ne me reste qu’un seul sachet.

Ensuite, nous repartons, vers les lieux d’affrontement. Je traite ici et là des personnes incommodées par les gaz. D’autres petites blessures mineures qui ne nécessitent rien de plus comme soin qu’un peu de réconfort. C’est à ce moment qu’une personne arrive vers nous, complètement paniqué en nous indiquant qu’un homme est blessé gravement. La victime se trouve sur le terrain du Quality Inn près d’un salon funéraire. Lorsque nous arrivons, nous constatons qu’une médic est déjà sur place à lui traité une blessure grave à l’œil. Il aurait reçu une balle de plastique à l’œil. Les antiémeutes sont sur le point de lancer une nouvelle charge vers l’endroit où nous sommes, même s’il est évident que nous sommes en situation d’intervention. Nous devons donc déplacer la victime vers le salon funéraire profitant ainsi de la protection offerte par le toit (il pleut à ce moment là). Une fois encore nous devons attendre l’ambulance pendant de longues minutes, assistant de loin aux nouveaux affrontements.

Le jeune homme a une blessure très grave à l’œil (gauche de mémoire) sa tête semble aussi atteinte. Son œil saigne beaucoup. J’apprendrai le lendemain, à mon grand désarroi qu’il a perdu l’usage de son œil et qu’il aurait un traumatisme crânien. Je vois encore son sang sur mes mains et la rage m’envahit!

Une fois l’ambulance arrivée, nous décidons de se faire un meeting de médics. Nous faisons le constat que la situation est dramatique, nous sommes dépassés. Le matériel manque, la nuit est arrivée et les flics semblent se lancer vers une nouvelle charge. Nous craignions que nous assisterons à un véritable carnage. Après avoir mis au point un plan d’action, échangé du matériel et s’être divisé en équipe, nous repartons vers les lieux d’affrontement.

Finalement, malgré quelques gaz lancés et des personnes incommodées, l’assaut que nous craignions est beaucoup moins dramatique que nous le pensions. Les policiers repoussent les manifestant-e-s vers le Wal-Mart, des jeunes crient «Au centre-ville!». Pour nous, les médics, c’est la fin, nous sommes épuisés et cet appel ne nous semble pas une bonne idée… je ne sais donc pas si les gens se sont dispersés ou si des manifestant-e-s ont continué comme ils le scandaient.

Vous comprenez sûrement la rage qui m’habite aujourd’hui… et même si cela terni mon témoignage vous comprendrez que je ne verse aucune larme pour le policier légèrement secoué qui a essayé d’arrêter un manifestant comme un cowboy… dans ce cas ci, les indiens auront gagnés!

Je profite de l’occasion pour lancer un appel aux médics de Montréal. Bien que le SPVM ait fait la chasse aux médics ces dernières années, je crois que nous devons réimposer le respect du symbole de la croix rouge et l’immunité qui y est moralement rattaché! Je vous invite à vous afficher, nous sommes plus efficaces ainsi. Hier, des médics de Montréal se sont fait «tasser» par d’autres médics parce qu’ils ne semblaient vraiment pas à des secouristes!

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Ma vision de la manifestation du 4 mai 2012 à Victoriaville

L’auteur de ce texte a préféré garder l’anonymat.

Vers 18h15, je stationne mon auto sur une rue résidentielle à l’Ouest du centre des congrès. J’arrive à pied sur la route 116 par le nord. Je suis à contresens de la foule gazée constituée de personnes de tout âge. Je réussis à parvenir au-devant de l’entrée du centre des congrès. La grande majorité des manifestants est refoulée vers le sud. Mes yeux se mettent à picoter. Ayant de la difficulté à respirer, je décide de rebrousser chemin. Je contourne le centre des congrès en passant par le boulevard Bonaventure.

Je rejoins la foule à côté du Pacini. Une cannette de gaz lacrymogène est lancée en plein visage d’une jeune manifestante. On sent que la colère monte.

Un groupe se détache du noyau des manifestants et tente de se rapprocher du centre des congrès en passant à l’ouest du magasin de luminaires (dans le même bâtiment que le Pacini). Il n’y a qu’une dizaine de policiers, bien nerveux, à cet endroit. Le nombre de manifestants s’accroît. Du gaz lacrymogène est lancé. J’ai envie d’écrire « encore une fois ». Mais cette phrase reviendrait si souvent dans mon texte qu’il rendrait la lecture ardue. Pour répliquer, les manifestants saisissent des pierres sur ce terrain de stationnement en terre battue. Tout juste à côté, des palettes de matériaux de construction attirent le regard. Il y a des briques et des morceaux de bois. Les manifestants s’en font des munitions. Les containers et les remorques de poids lourds deviennent leur centre de résistance. Des policiers sont appelés en renfort. Je pense que c’est à ce moment que le nuage de gaz est le plus intense. C’est probablement à ce moment également que les membres du Parti libéral du Québec sont « incommodés » à l’intérieur du centre des congrès. Ça, c’est pas drôle! Les policiers foncent vers la fortification de fortune. Les manifestants se replient et rejoignent le rassemblement sur la 116.

Pendant que les manifestants remontent vers la route, un camion fonce sur des étudiants. C’est le fameux extrait montré en boucle à la télévision. Spontanément, les manifestants se ruent vers le camion. La colère, voire la rage, atteint son paroxysme. Les manifestants sont scandalisés, avec raison, de voir que l’on fonce sur leurs semblables. Les policiers répliquent par des gaz et, cette fois-ci, des balles de caoutchouc.

Un jeune homme gît au sol. On dit que son œil est en mauvais état. Il est transporté sous le portail d’entrée du Centre funéraire Grégoire et Desroches. Un photographe tente de prendre des clichés du blessé. Apparemment, le photographe travaille pour le Journal de Québec. Les amis du blessé le repoussent vigoureusement. Les vautours de l’empire Québécor ne sont visiblement pas les bienvenus. L’ambulance tarde à arriver. Pourtant, il y a déjà une ambulance à côté du Pacini. Un policier blessé est secouru avant le manifestant. Vingt longues minutes passent avant qu’une autre ambulance arrive au centre funéraire.

Le pas des policiers en direction des manifestants est de plus en plus rapide. Ces derniers reculent vers le centre d’achats. Les clôtures du bâtiment Picard servent à diviser la manifestation en deux groupes. Je perds de vue ceux qui marchent sur la route 116.

Je retourne à mon auto, j’écoute la radio en me rendant à Québec. Je suis dégoûté d’entendre la version des policiers dans les médias. On ne reparlera du jeune étudiant qui a perdu son œil que le lendemain matin…

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