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Noir (NWA): parce que c’est ici

Critique de Noir (NWA), d’Yves Christian Fournier, Les Films Séville, 109 min.

Par Frédéric Mercure-Jolette, Montréal

noirNoir (NWA), un film d’Yves Christian Fournier sorti plus tôt cet été nous plongeant dans l’univers des gangs de rue montréalaises, est maladroit à plusieurs égards. À trop vouloir montrer, le récit devient didactique et grossier. Certains moments sont particulièrement caricaturaux. Par exemple, lorsque le caïd Evans veut venger la danseuse Suzie, pour laquelle il s’est entiché et qui a été agressée par son chauffeur. Evans surprend ce dernier à se vanter, au téléphone, d’avoir trouvé une fille de 17 ans qu’il a envie de fourrer et de mettre sur la scène d’un bar. Il nous était pourtant déjà suffisamment désagréable. Ou encore, quand l’amie de Fleur – la jeune mère qui incarne la conscience morale du film – lui dit qu’elle a hâte, elle aussi, d’avoir une petite fille, la scène suivante est courte, tendue et sans mots : le bébé de Fleur gémit dans les bras de ses parents qui ne semblent avoir aucun plaisir. Le regard muet qu’avait lancé Fleur à son amie en avait pourtant déjà dit amplement.

Yves Christian Fournier affirme avoir voulu s’effacer et faire une fiction qui s’approche du documentaire, un peu à la manière de la série The Wire de David Simon, qui dépeint la vie dans les quartiers pauvres de Baltimore. Force est d’admettre que, malgré le choix du film choral, sans fil narratif unique contrairement à Sortie 67 – premier film du genre au Québec, qui en effet souffrait un peu de simplicité narrative –, Fournier n’a pas su laisser parler son objet et a trop cherché à éduquer son public. Les dernières minutes du film, quoique bien rythmées, apparaissent particulièrement artificielles. Au chevet de son chum violent qui vient de se faire tirer dessus, Fleur déclare : « Je suis juste tannée de vivre dans la violence », puis débute alors un crescendo de violence absurde – dont un meurtre gratuit qui semble n’avoir d’autre utilité que de nous émouvoir –, culminant dans une scène, plaquée là peut-être en mémoire de Fredy Villanueva, qui rappelle un peu trop les bavures policières.

Malgré tous ses défauts, qui semblent s’expliquer en partie par des frictions internes et un budget revu à la baisse, Noir  demeure un objet culturel singulier d’un intérêt certain. En effet, peu de films québécois s’aventurent dans le monde des gangs de rue et du racisme. Ainsi, l’aspect le plus intéressant de ce film est le portrait de Montréal qui y est présenté. On ne reconnait pas la métropole québécoise : violence, prostitution, pauvreté, ghetto… le tableau est digne des pires quartiers des grandes villes américaines. Les nombreuses images sombres et lentes des immeubles d’habitation et de leurs cours intérieures dérangent le spectateur et le laissent troublé. Autant ces paysages pauvres et tristes sont parfois le lieu de solidarité humaine et de réjouissances, autant il en ressort un désœuvrement malsain et une détresse criante. Est-ce bien Montréal? Est-ce bien ici que se trouvent ces enclaves de pauvreté et de discrimination systématique?

Pour Yves Christian Fournier, « le Québec est inconsciemment raciste ». Il faut seulement montrer la manière dont sont organisés les différents quartiers de Montréal pour conscientiser la conjonction entre origine ethnique, niveau de richesse et opportunité socio-économique. Noir nous amène à cette question, trop absente de la sphère publique québécoise : qu’est-ce que ça veut dire être raciste? Question complexe, impliquant de nombreux retours historiques et d’abyssales interrogations sur le sens de l’égalité.

Si la série The Wire réussit à dépasser le manichéisme en nous présentant une réalité tout en nuances, où chacun semble devoir porter sa part du blâme, Noir souffre d’une thèse trop simpliste et explicite. Les personnages manquent souvent de relief, comme c’est le cas du policier joué par Maxime Dumontier, soit le même acteur qui jouait le rôle central du garçon de banlieue postindustrielle qui tente de survivre aux suicides de ses amis dans le premier film de Fournier, Tout est parfait. Cet agent de la paix, l’un des seuls blancs que l’on suit dans le film, est exclusivement désagréable et, n’affichant aucune sympathie, ne s’en mérite aucune de la part du spectateur. Fournier voulait montrer que le profilage racial existe à Montréal, mais il n’a pas réussi à aller très loin dans la réflexion sur les racines et les conséquences de ce phénomène.

Finalement, en juxtaposant Tout est parfait, ou tout autre film sur le même thème – comme l’excellent À l’ouest de Pluton –, à Noir  ou Sortie 67, on peut facilement mettre en relief l’absence de dialogue public entre ces deux réalités : les classes moyennes, avec leurs ados désœuvrés, et les classes plus démunies de Montréal-Nord ou de Laval, où se reproduisent des groupes criminalisés, ne se parlent pas, voire ne se connaissent pas. Tant que cet écart existera, une partie du Québec pourra se dire que le monde de Noir n’est pas le sien. Or, s’il faut écouter ce film, c’est parce que l’action se passe dans un ici qui gagnerait à être moins étranger.

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Élections ajournées et impasse politique en Haïti

Par Lydia Atrouche

haiti_0121La crise électorale s’avère être clairement une crise politique qui s’enlise. Une succession de crises marque le quinquennat du gouvernement Martelly. Nul doute d’une paralysie politique si aucune solution négociée, consensuelle et politiquement viable n’est proposée au peuple haïtien.

Au dévoilement des résultats du premier tour des présidentielle et législative du 25 octobre 2015, les élections sont contestées par les partis d’opposition haïtiens. Sur un fond de mobilisation croissant, le second tour de la présidentielle initialement prévu le 27 décembre 2015 avait été reporté au 24 janvier 2016. À la demande du président Martelly, une Commission indépendante d’évaluation électorale a été mandatée le 22 décembre 2015 pour faire la lumière suite aux soupçons d’irrégularités et d’allégations de fraude lors du premier tour des présidentielle et législative tenu le 25 octobre 2015. Aussitôt formée, la commission présidentielle est vivement décriée par l’opposition et le Sénat. Sceptique, le parti Fanmi Lavalas en appelle à l’instauration d’une Commission de vérification indépendante. Pour sa part, Lapeh de Jude Célestin félicite sa mise en place tandis que le G-8 demeure dubitatif face à cet organe décrété par la Présidence. La confiance du peuple haïtien envers le processus électoral est compromise.

Avant même la fin des travaux de la Commission et de ses recommandations à l’exécutif et au Conseil électoral provisoire (CEP), l’administration américaine enjoint les autorités haïtiennes à poursuivre le processus électoral et à se conformer au calendrier constitutionnel.

Prudente, la Commission indépendante d’évaluation électorale donne en partie raison à l’opposition et conclut dans son rapport du 2 janvier 2016 à des « irrégularités assimilables à des fraude (sic) » lors du premier tour. Elle ajoute que « l’institution électorale (CEP) ne jouit plus du crédit qui lui permettrait de poursuivre le processus sans danger d’enfoncer le pays dans une crise encore plus grande ». Spécifiant la dimension éminemment politique de la crise, la Commission exhorte au dialogue politique afin de poursuivre le processus électoral et « réaliser un second tour avec la plus large adhésion possible de la population haïtienne ». Mais les conclusions de la Commission ont ravivé les tensions entre les divers acteurs politiques et au sein de la population haïtienne, alors que minimisant le tout, l’ambassadeur américain Peter F. Mulrean rassure qu’il n’y a aucune preuve de fraude massive dans ces élections et que le monde ne peut indéfiniment attendre Haïti.

Suite aux travaux de la Commission, qui selon plusieurs opposants et observateurs n’étaient que très partiels, il s’ensuit un bras de fer entre les différents protagonistes de la scène politique haïtienne notamment entre les autorités, l’opposition, la société civile et le « Core Group ». Le candidat opposant officiel à la présidentielle, Jude Célestin du parti LAPEH, annonce son retrait de la course présidentielle et qu’il ne participera pas à cette « eleksyonseleksyon » – élection-sélection tout en dénonçant ce qu’il qualifie de « coup d’État électoral ». Les partis d’opposition ainsi que des membres de la société civile haïtienne scandent leur mécontentement. Le groupe de candidats à la Présidence engagés dans le processus électoral communément dénommé le Groupe des 8 (ou G-8), exige la démission du CEP et la formation d’un gouvernement provisoire.

Pendant que les revendications de l’opposition restent sans réponse, le président Martelly avec le concours du CEP et la pression du « Core Group » (les États-Unis, le Canada, la France, le Brésil, l’Espagne, l’Union Européenne et l’Organisation des États Américains) annonce pour le 24 janvier 2016 le second tour de la présidentielle. Même viciée, l’opération électorale doit se poursuivre, « Tèt dwat » (le slogan du PHTK en créole, il signifie « tête droite »). Le but étant d’assurer la primauté de la Constitution et d’empêcher une vacance présidentielle demain, le 7 février.

Or, face à la mobilisation du peuple haïtien et au refus d’un règlement politique concerté, les élections sont reportées sine die sous la pression populaire. À moins de 48 heures de la présidentielle, le président du CEP, M. Pierre-Louis Opont annule le second tour du 24 janvier 2016, en évoquant « des raisons de sécurité » pour suspendre le processus électoral pour une période d’une durée indéterminée.

Un bref retour en arrière permet de contextualiser cette crise qui s’inscrit indéniablement dans la durée. Nous pouvons sans aucun doute établir la genèse de ces crises à partir de 2004 soit le coup d’État orchestré contre Aristide l’amenant à l’exil et la mise en place de la Mission des Nations Unies pour la stabilisation en Haïti (MINUSTAH), une force multinationale créée par la résolution 1542 du Conseil de sécurité et sous l’égide de l’ONU depuis le 1er juin 2004. Mais plus récemment, dès les élections de 2010, l’accès à la présidence de Martelly a été vivement contesté et dénoncé. Du propre aveu du président du CEP, M. Opont, les résultats ont été modifiés pour avantager la candidature de M. Martelly à la présidence, et ce, avec l’appui de l’« international ». L’absence de légitimité à cette haute fonction de l’État et le statut partial du président du CEP qui devait organiser des élections transparentes n’allaient qu’envenimer la suite des choses. À cela s’ajoute des législatives et municipales en 2011 et 2014 qui n’ont jamais vu le jour et dont les postes ont été comblés par des délégués nommés par le président Martelly. Sans parlement fonctionnel depuis janvier 2015, ce mépris des institutions politiques, notamment du législatif, conduit l’exécutif à gouverner par décret. Un président qui dès son élection n’a eu de cesse de se passer des institutions ne peut que susciter instabilité politique et le ressentiment de ses concitoyens.

Rythmé par un long passé de pratiques antidémocratiques – hormis l’intermède menant Aristide au pouvoir en 1990 – et marqué par une perpétuelle instabilité où l’on met et démet des présidents où l’on fait et défait des gouvernements, est-il surprenant de constater la perte de confiance de la population haïtienne envers son système politique et électoral?

On comprend dès lors que le risque est de créer les conditions d’un État de plus en plus autoritaire face à la contestation. Dans l’opposition, certains craignent que les autorités haïtiennes, et notamment le président Martelly après le 7 février, puissent user de l’enjeu sécuritaire et du vide constitutionnel pour se maintenir au pouvoir. En effet les dispositions de la Constitution le lui interdisent. L’état d’exception ferait impérativement place à l’arbitraire. Les craintes de l’opposition sont entretenues par les déclarations ambiguës du président Martelly affirmant qu’il demeurerait à son siège présidentiel si aucun successeur n’est élu d’ici demain, le 7 février, ou qu’il ne garderait « le pourvoir un jour supplémentaire ».

Une des graves erreurs commises est d’imposer des élections peu crédibles et indépendantes et de surcroît, si peu désirées dans les circonstances, hormis par les tenants de l’exécutif et leurs créanciers internationaux. La détermination du « Core Group » à forcer la tenue du deuxième tour des élections contre la volonté populaire attise le ressentiment du peuple haïtien. Cette ingérence de l’« international » ne fait qu’exacerber les tensions déjà bien vives. Il est prévisible qu’une montée d’un nationalisme de type populiste déjà présent sur la scène politique haïtienne polarisera davantage une société divisée entre le peuple haïtien et la minorité que représente l’élite affairiste. Dans la rue, des cassandres augurent de « guerre civile », alors que ceux qui n’ont plus rien à perdre veulent en découdre au plus tôt.

Sage décision donc que ce report de la présidentielle afin d’éviter un bain de sang. Près d’une semaine après son annulation, la crise s’enfonce néanmoins. Le ton et les discours se durcissent et la situation ne fait que gagner en complexité rendant une médiation des conflits de plus en plus illusoire. Quotidiennement, les rues de Port-au-Prince et des provinces ont été prises d’assauts par des manifestants qui réclament le départ du président Martelly. La vague de démissions des conseillers électoraux du CEP se poursuit au point où, à ce jour, six de ses neuf conseillers ainsi que leur président, M. Pierre-Louis[1], ont quitté le CEP. Organe désormais caduc, le Conseil électoral provisoire a échoué à organiser des élections transparentes, libres et crédibles afin de renouveler le siège de la présidence de l’État le 7 février. Depuis, le président Martelly tente tant bien que mal de recomposer un CEP désormais discrédité. Il sollicite de nouveaux représentants alors que l’opposition tente de maintenir la pression et semble n’envisager que la possibilité d’un gouvernement provisoire. Cependant, le rapport de force fragile peu s’inverser à tout moment. Le président Martelly a sollicité la médiation express de l’OEA que le Secrétaire général M. Luis Almagro s’est empressé d’accepter. Il a aussitôt approuvé l’envoi d’une mission spéciale. Le G-8 a immédiatement rejeté cette médiation de l’OEA et dénonce avec véhémence cette initiative risquant d’envenimer la crise.

Le scénario serait de reprendre le processus à zéro. Dans la mesure où les Haïtiens ne sont pas les bailleurs de leurs propres élections, il est fort à parier que ce scénario soit retenu et appuyé par le « Core Group », et ce, au grand dam d’une partie de l’opposition.

Une tension vive nous a contraints à ne pas prendre le pouls de différentes franges de la société lors de notre mission d’observation. Cependant, les quelques interlocuteurs, dans les espaces où nous étions confinés, questionnent le bien fondé d’élections qui n’ont pas encore eu la chance d’être véritablement démocratiques. D’autres, blasés devant un État pratiquement inexistant, incapable de pourvoir aux besoins minimums de ses citoyens, soutiennent qu’on placera un dirigeant au service de « tuteurs internationaux ». Beaucoup souhaitent le jour où une élection crédible et démocratique élit un gouvernement et un président légitime aux yeux du peuple haïtien et non au regard de la « communauté internationale ». Les autorités canadiennes – l’un des créanciers de ce cycle électoral et de la réforme du code minier en Haïti – devraient revoir leurs projets d’extractions minières dans un État « fragilisé » qui peine à faire respecter sa souveraineté (voir Concertation pour Haïti, L’industrie minière en Haïti, enjeux et réalités, janvier 2016). Ne profitons pas du « mal politique » haïtien! Les règles du jeu électoral doivent être admises et respectées par tous. Autrement, cette situation politique délétère conduit au désenchantement d’un peuple qui malgré tout, demeure digne, résilient, voire résistant.


 

Note

[1] Le Forum économique privé qui avait soutenu la candidature de M. Opont au CEP est le même qui lui demande de se démettre de ses fonctions.

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Le texte de l’arrêt David Dulac c. Sa Majesté la Reine (Cour d’appel)

Par le Comité de rédaction de Trahir, Québec et Montréal

Le fidèle lectorat de Trahir trouvera sur notre blog le texte de l’arrêt rendu aujourd’hui par la Cour d’appel de Québec dans l’affaire David Dulac c. Sa Majesté la Reine.

La conclusion s’énonce ainsi :

LA COUR :

ACCUEILLE l’appel;

ANNULE le verdict de culpabilité prononcé contre l’appelant le 19 juillet 2013;

ACQUITTE l’appelant de l’accusation [d’avoir transmis, ou fait recevoir des menaces de causer la mort ou des lésions corporelles à des enfants].

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Le temps de la justice: la Cour d’appel entend David Dulac

Par Simon Labrecque, dépêché à Québec

Ce matin, mercredi le 30 septembre, dans la salle 4.33 du palais de justice de Québec, de 9h30 à 12h00, les honorables juges de la Cour d’appel Yves-Marie Morissette, Julie Dutil et Guy Gagnon ont entendu l’appel de l’artiste David Dulac, reconnu coupable du crime de menaces. Le lectorat éminemment fidèle de Trahir se souviendra que nous avons cherché à rendre compte de toutes les étapes de cette « affaire », proposant une couverture détaillée au point de ne plus trop savoir comment la présenter et la résumer. Fait intéressant, l’audience dans la salle 4.33 a elle aussi procédé sans rappel des faits, voire des décisions précédentes, puisque tout le monde était supposé avoir fait ses devoirs.

Rappelons tout de même quelques éléments de « l’affaire », pour expliquer sa persistance même. Le jugement de culpabilité a d’abord été rendu par l’honorable juge Gilles Charest de la Cour du Québec le 19 juillet 2013, alors que Dulac était emprisonné depuis le mois de mars 2013 en raison d’un court texte remis à l’étudiante chargée d’organiser l’exposition annuelle des finissants de l’École des arts visuels de l’Université Laval. La défense a toujours affirmé que ce texte n’était pas menaçant, mais allégorique et absurde, et que son auteur n’avait pas eu l’intention spécifique de faire craindre que du mal soit fait à des enfants, mais plutôt de questionner et de critiquer le système de sélection des œuvres, en particulier dans le cadre de cette exposition-là.

Dulac a été libéré le jour où la décision a été rendue. Elle s’est accompagnée, pour le principal intéressé, d’un casier judiciaire et d’une peine de deux ans de probation avec obligation de garder la paix. Dulac a fait appel de la décision mais le jugement de première instance a été maintenu par l’honorable juge Raymond W. Pronovost de la Cour supérieure en mars 2014. Quelques mois plus tard, en juin 2014, les honorables juges Nicholas Kasirer, Jacques J. Lévesque et Dominique Bélanger de la Cour d’appel ont autorisé Dulac et son avocate, Me Véronique Robert, à porter la cause devant le plus haut tribunal de la province, jugeant que d’importants points de droit devaient être débattus. Parmi ceux-ci, rappelons la question du rapport qui doit exister, en droit canadien, entre un énoncé jugé menaçant et l’objet de la crainte éprouvée pour que l’acte coupable (actus reus) de menace puisse être dit exister – un point peu explicité dans la jurisprudence, peut-être parce qu’il est trop évident. Personne, ici, ne semble avoir craint (du moins selon la défense) que des enfants soient véritablement blessés ou tués selon le protocole énoncé dans le texte en cause. Au plus, on a craint qu’un projet doive être refusé (crainte de l’organisatrice étudiante) ou qu’un étudiant crée du désordre et de l’imprévisibilité, qu’il introduise et veuille le chaos (crainte du directeur). Or, le crime qui est dit avoir eu lieu est bien celui de proférations de menaces de mort à l’endroit d’enfants.

Aujourd’hui, plus d’un an après cette autorisation et plusieurs mois déjà après la fin de la peine imposée en première instance, l’audition devant la Cour d’appel a finalement eu lieu. Me Robert, représentant Dulac, a répété et expliqué qu’elle ne voit ni actus reus, ni mens rea de menace dans le texte en cause et dans les réactions de la majorité des intervenants, y compris ceux qui ont témoigné pour le ministère public. Le premier juge aurait erré en affirmant que la « personne raisonnable ordinaire » (fiction juridique requise pour juger de la qualité menaçante des propos reprochés) n’est pas un artiste dans ce cas – or, selon Me Robert, tenir compte du contexte précis dans lequel les mots reprochés ont été prononcés ou écrits dans cette affaire demande précisément que la « personne raisonnable ordinaire », au fait de tous les éléments pertinents, soit pour une bonne part artiste, ou sensible aux lieux communs de l’art contemporain comme l’allégorie, l’absurde et le détournement! Pour sa part, Me Bienvenue, représentant la Couronne intimée en appel, a répété que le texte de Dulac étant « intrinsèquement inquiétant » et que les intervenants ont été suffisamment « troublés » pour qu’on puisse parler de crainte. Il a aussi martelé que Dulac avait l’habitude de proposer des projets menaçants et qu’il devait savoir que son texte serait pris au sérieux, étant donné une rencontre récente avec le directeur de l’École des arts visuels à ce propos. Il a tenté d’établir une distinction entre le mobile du crime (critiquer le système) et l’intention coupable (faire craindre), mais il s’est un peu emmêlé dans les termes, affirmant que le mobile était de contester et l’intention… contester (donc, pas menacer!). Il a aussi affirmé que Jocelyn Robert, directeur de l’École des arts visuels, était non seulement la personne « la mieux placée pour connaître le contexte » des propos de l’accusé, mais aussi « la personne la mieux placée pour craindre », ce qui laisse songeur sur le rapprochement que le ministère public a tenté d’établir entre monsieur Robert et la déterminante « personne raisonnable ordinaire ».

Les juges, remarquables dans leur écoute, ont posé plusieurs questions précises pour s’assurer de bien comprendre la position de chaque partie sur l’existence ou non d’un actus reus et d’une mens rea (intention coupable) de menace – intention spécifique de faire craindre, et non intention générale de choquer, par exemple. Le juge Gagnon a mentionné les célèbres œuvres photographiques de Spencer Tunick et un éventuel « nu-vite » dans le palais de justice pour clarifier l’importance du contexte, en droit, le second geste se méritant probablement une accusation alors que le premier reçoit des éloges. Le juge Morissette a quant à lui proposé un sens possible d’une œuvre allégorique contemporaine, sur un ton rieur : « l’état de déliquescence de l’Occident chrétien », alors que Dulac parlait des enfants qui deviendront les adultes amorphes de demain. La juge Dutil, pour sa part, a démontré qu’elle était très au fait des détails des jugements précédents, corrigeant parfois les parties dans leurs descriptions. Après avoir délibéré pendant quelques minutes seulement à la fin de la séance, les juges ont annoncé qu’ils rendraient leur décision demain matin, le jeudi 1er octobre, à 9h30. Ils peuvent décider de maintenir le jugement de culpabilité, d’acquitter l’accusé ou encore d’ordonner la tenue d’un nouveau procès – une éventualité qui ouvre une brèche passablement effrayante dans le temps du droit, qui n’est peut-être pas celui de la justice.

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Treize thèses d’Irlande

Par Simon Labrecque, Montréal

En cette saison où les bibliothèques et les librairies regorgent de gens de passage à la recherche d’un ou de plusieurs « guides de voyages », je propose quelques énoncés sur un double territoire devenu destination touristique : l’Irlande et surtout l’Irlande du Nord.

I

Penser les Troubles, leurs conditions et leurs effets, leur intensification et leur apaisement, c’est penser un mode de composition, une manière de vivre – toujours déjà plurielle ou multiple – des legs coloniaux au plus près du cœur d’un empire que l’on croit généralement déchu.

II

La singulière manière de vivre les legs coloniaux qui s’est écrite dans et par les Troubles en Irlande du Nord des années 1960 aux années 1990 met en jeu des rapports particuliers à la violence, et plus précisément, à la violence armée, incarnée par des organisations policières, militaires et paramilitaires.

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Patrouilleur de l’Irish Republican Army à Belfast en 1987.

III

Il découle de ces rapports particuliers et quotidiens à la violence armée d’État et de « la société civile » l’attribution d’un sens strict au concept de politisation, qui se distingue d’abord et avant tout de la militarisation, processus conçu comme forme de dépolitisation, comme passage d’une administration civile à une gestion militaire.

IV

La repolitisation de la vie quotidienne, entre autres suite à l’Accord du Vendredi saint, symbole du désarmement des forces paramilitaires (et ce, nonobstant les groupes dissidents), a favorisé dans le jeu électoral de style du parlementarisme britannique la représentation des partis extrêmes ou radicaux (ceux qui étaient les plus proches des paramilitaires), aux dépens des partis « modérés » qui ont refusé le recours aux armes et ont joué un rôle crucial dans la fin officielle des violences de type « communautaires » et étatiques.

V

Le rapport enkysté aux violences passées refait régulièrement surface en unes des journaux selon les développements dans plusieurs enquêtes judiciaires ou historiques sur les responsabilités partagées, sur qui a fait quoi, qui savait quoi, et qui n’a rien dit, sur les silences complices entre oubli salutaire et souvenance insistante.

VI

La polarisation « interne » de la société nord-irlandaise selon une ligne de partage « sectaire » ou « communautaire » (catholiques contre protestants) s’est accrue en raison des Troubles, du moins sous certains aspects qui ont trait à l’expérience vécue des membres de chaque communauté, ceux-ci restant, dans plusieurs quartiers « pauvres » en particulier, quotidiennement isolés les uns des autres.

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« Peace Wall » à Derry/Londonderry, construit assez haut pour empêcher qu’on lance des objets d’un côté vers l’autre.

VII

Le regard touristique peut saisir une part de cette polarisation par l’observation des peace walls, de la fortification des postes de police et d’autres édifices de la Couronne, des célèbres murales qui sont devenues des attractions, des graffitis et de la prolifération persistante de drapeaux de toutes sortes, des Union Jack au drapeau de la République d’Irlande en passant par les insignes de divers groupes paramilitaires supposément inactifs maintenant.

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Drapeau des Ulster Freedom Fighters, faction armée de l’Uslter Defense Association, sur un lampadaire dans la ville de Bushmills, années 2010.

VIII

Dans les conversations accessibles aux oreilles touristiques se fait jour une insatisfaction générale face aux gouvernements dans leur ensemble, des mairies des villes à Downing Street, en passant par Stormont et Dublin, et face aux partis politiques, avec quelques nuances selon les dispositions, bien entendu.

IX

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Signalisation devenue classique d’un sniper at work de l’Armée républicaine irlandaise sur une route près d’Armagh.

Le développement de « l’industrie touristique » est présenté comme un facteur de croissance économique qui requiert, d’une part, de répéter la fin consommée des Troubles, et d’autre part, de procéder à une certaine commercialisation des traces historiques des Troubles, et donc de les conserver et de les représenter comme une particularité locale, voire comme un avantage comparatif face à d’autres régions ou destinations, y compris, face à la République, au sud, dont les « troubles » sont plus anciens, datant de la guerre civile d’indépendance au tournant des années 1920.

X

Le corps touristique visitant l’Irlande du Nord est sommé, en pratique, de clarifier ou de déterminer pour soi son rapport habitable avec l’héritage visitable des Troubles, héritage souvent troublant, si ce n’est qu’en raison du fait qu’on lui proposera différents tours ou différentes expositions à visiter, le plus souvent en échange d’un peu d’argent, pour un temps qui est par définition limité, une expérience temporaire offerte au corps de passage par ceux qui sont restés.

XI

L’inconfort en principe temporaire du corps touristique face aux traces ou aux survivances de la violence armée tout près du cœur de l’ancien empire, sur l’un des territoires où il règne encore en tant que tel, ou du moins en tant que royaume, est précisément ce qui est vendu, à la fois aux touristes, à qui l’on vend aussi la « nature » spectaculaire (parcs, montagnes, rivages océaniques), et aux gens de la place, à qui l’on promet une relève qui se fait toujours attendre.

XII

La persistance de ce qui est parfois appelé « inégalité sociale », ou la division entre riches et pauvres, qui est l’une des principales sources reconnues des Troubles, est en définitive ce avec quoi le corps touristique cherchera à composer un rapport qui se voudra plus ou moins véritablement éthique durant son séjour et, potentiellement, selon ses dispositions à la joie, à l’oubli, aux remords, aux regrets et à la réflexivité, après son retour d’Irlande, terre que ce corps a peut-être d’abord désiré arpenter en raison même de la singulière mêlée de « nature » et de « culture » qu’il semble receler.

XIII

Que l’Irlande soit une île n’empêchera pas le corps en revenant de chercher à établir des ponts, à s’y lier avec insistance, par exemple en se faisant songeur face aux cartes géologiques qui laissent imaginer une continuité atlantique entre les montagnes insulaires et les Appalaches qui participent ici à former la vallée du Saint-Laurent.

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Classé dans Simon Labrecque

Du non-droit de manifester

Par Peggy

Bonjour amies et amis, de près ou de loin,

Je vous fais parvenir cette lettre pour ajouter ma voix à ceux et celles (groupes, personnes, organismes, coalitions, collectifs) qui, depuis longtemps malheureusement, nous parlent de répression et de brutalité policières. Ceux et celles que, pour beaucoup d’entre nous, nous croyons à peine, dont nous diminuons l’ampleur des témoignages, que nous préférons ne pas croire.

L’intimidation, la violence, la brutalité et la répression qu’infligent aujourd’hui les membres de la Police sont bien réelles. Elles sont même banalisées par les discours médiatiques, par le silence de la classe politique au gouvernement; et depuis quelques mois, elles sont devenues systématiques, impunies, ignorées, diminuées, voire encouragées.

Cette année, ce sont les étudiant-e-s dont la parole n’est pas plus considérée que du crottin. Ils et elles ont été traîné-e-s dans la boue en plus d’être totalement et violemment réprimé-e-s. Ce sont les plaintes des groupes communautaires qui sont ignorées. Ce sont les cris et les griefs des citoyen-ne-s et des groupes sociaux de toutes sortes qui sont tout bonnement méprisés et écrasés.

La Police, aujourd’hui, réprime de façon éhontée et systématique, en toute impunité.

Même les nombreux vidéos montrant la brutalité policière qui circulent dans les médias indépendants et sociaux ne freinent pas cette dite Police. Et, de toutes façons, aucun média n’en parle sérieusement, il ne s’agit que de banalisation de l’escalade répressive et autoritaire.

Plus personne aujourd’hui ne s’étonne que ce soient des brigades anti-émeutes (de centaines d’individus) qui interviennent dès le début des rassemblements ou des manifestations. Ne devraient-elles pas justement intervenir en cas d’émeutes?

Je dis « intervenir » mais ce vendredi 1er mai, j’ose dire que les différentes branches policières ont attaqué les rassemblements. Sans raison apparente, sans avertissement, sans annonce, nous nous sommes vu-e-s chargé-e-s par des dizaines d’hommes armurés et armés qui ont eu recours à toutes les manœuvres que permettent leur équipement, leur force et leur nombre.

Les autorités – quelles qu’elles soient – ne voulaient tout simplement pas que des milliers de personnes se rassemblent et manifestent leur mécontentement.

Soyons honnêtes, aujourd’hui, en 2015, au Québec, les policiers battent, cognent, matraquent, poussent, bousculent, brassent, crient, insultent, braquent à bout portant, intimident, répriment, brutalisent, marquent, hurlent, traumatisent, tordent les bras, sprayent du poivre et des lacrymogènes à tout-va, galopent, mordent.

C’est honteux, en plus d’être injuste et injustifié, rageant, fâchant, effrayant, choquant pour bien du monde qui en ont fait les frais ou en ont été témoins.

Voici ce qui m’est arrivé :

4490699178_3349055e0aJe suis partie depuis le rdv de Frontenac, tout se déroule pour le mieux lors de notre trajet par différentes artères pour nous rendre jusqu’au rdv du Square Philips au centre-ville. Arrivé-e-s, au coin des rues Ontario et Saint-Urbain, nous avons été chargé-e-s par des dizaines d’hommes déversés hors de fourgons blancs. Toute la foule (je dirais 300 personnes) a été prise de panique, a commencé à courir en tout sens, a crié, a remonté la rue Saint-Urbain, qui est très étroite et achalandée d’autos. Avec Isabelle et deux amies, pour ne pas être prises dans la foule paniquée, nous nous sommes esquivées et avons pris la ruelle sur notre gauche. Nous avons ralenti, nous avancions avec nos bouteilles d’eau à la main quand cinq hommes (ou six, je ne sais plus vraiment) ont eux aussi choisi la ruelle et nous ont couru après en tapant les boucliers et en criant. Nous avons levé les bras en l’air en criant à notre tour « On n’a rien fait, on n’a rien fait! » Ils se sont rués sur nous en nous poussant avec leur boucliers, en levant la matraque, en nous poussant corps à corps, encore et encore. Une des amies s’est retrouvée projetée contre le mur adjacent. Elle se retourne pour continuer son chemin, ce que les policiers nous criaient de faire tout en nous en empêchant, et l’un d’eux – je le revois très, très nettement – de tout son élan et sa hargne, lui assène un énorme coup violent de matraque dans la fesse. Elle en a eu le souffle et la marche coupés. L’aidant et me retournant, je constate qu’Isabelle a été violemment jetée à terre, elle est sur les genoux, la tête au sol, je me jette sur elle afin d’offrir une protection aux coups qui pourraient venir, on nous pousse encore, on se relève, on tente de s’éloigner, ils sont toujours et encore sur nous, corps à corps à nous brutaliser, ils ne nous laissent pas « bouger ». L’un d’eux, en me marchant sur le pied et à bout portant donc, lève son fusil à bombes lacrymogènes sur moi, pour me menacer encore. Je lui crie de « se calmer », que « ça va pas bien!? » J’ai aussi vu la hargne et le mépris dans ses yeux. Là, ils ont enfin décidé de nous laisser un peu plus tranquilles et de nous laisser prendre nos distances. C’était pour mieux se détourner et se concentrer sur deux autres jeunes gens qui s’étaient cachés sous un porche. Ils sont allés les déloger en les frappant à leur tour.

Merci la Police.

Nous avons été attaquées et molestées (sans aucune mesure avec le contexte) par cinq ou six hommes protégés de casques, protections aux membres, de boucliers et armés de matraques, grands d’au moins 6 pieds, costauds et lourdement équipés. Nous ne représentions aucune menace, nous n’étions ni armées ni cagoulées, en short et tee-shirt, nous n’avons fait aucune provocation, nous marchions pour nous éloigner de la foule, des gaz et de la police, nous faisons 5 pieds 3.

Leur comportement est, en soi, un abus basique : « usage excessif, mauvais ou injustifié », « usage injuste d’un pouvoir ». Ils ont effectivement agi en totale démesure, en total excès, sans justification, de manière totalement disproportionnée avec la situation. C’est honteux. C’est la Police de Montréal aujourd’hui.

Et encore!, nous n’avons eu « que ça » (une fesse blessée (l’amie), des bleus partout (Isabelle), un orteil cassé (moi)), ce qui me fait évidemment penser à tous ceux et toutes celles qui ont été blessé-e-s d’une façon ou d’une autre.

Cette année, la contestation sociale, étudiante ou non!, est totalement réprimée, violentée, matraquée, poivrée, emprisonnée, bafouée, salie et stigmatisée. C’est difficile de l’admettre car nous sommes au Québec, mais la situation aujourd’hui est inquiétante et ne fait qu’empirer.

Ce vendredi 1er mai, les autorités ont cherché à m’effrayer, m’ont intimidée, ont cherché à me faire comprendre à moi et mes ami-e-s que nous n’avions pas notre place dans l’espace public, que nous n’avions pas de parole.

Ça n’aura pas marché, j’ai mal à mon corps et à mon cœur mais ça ne marchera pas. Il faut continuer d’exister, même dans l’adversité.

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Fuck toute!

Par Sébastien Jean, Montréal

Nous tenons à publier à notre tour ce texte qui a d’abord circulé sur les réseaux sociaux puis a été publié dans Le Devoir le 14 avril 2015. Les événements du 1er mai et ceux qui restent à venir montrent malheureusement que ce texte identifie des tendances lourdes, plus lourdes qu’un seul printemps.

Le comité éditorial de Trahir

Une génération d’enfants-rois à ce qu’on dit. Une génération endettée qui n’aura probablement pas de pension, un âge de retraite à 74 ans, des hypothèques sur 50 ans, des emplois précaires à vie, un système de santé lentement privatisé et un environnement ravagé par leurs parents et leur laxisme. Ses enfants, si elle ose en avoir, auront l’éducation qu’ils pourront, si le système n’est pas détruit sous la pression. Coupes tous azimut, hausses infinies.

20150401-103814-gQuand elle marche pour dénoncer ce qui se passe, on lui pète la gueule. « Reste chez toi, étudie », qu’on lui dit. Les gens applaudissent la police dressée à la brutaliser avec la complicité des médias qui la démonisent avec complaisance. Quand on l’interroge, c’est pour la ridiculiser. Le même gouvernement imposant l’austérité se vote des retraites et des salaires exemplaires alors que ces mêmes pourris accusés de collusion sont libres comme l’air.

La génération d’avant est en train de lui enlever les acquis sociaux dont ils ont largement profité pour payer une dette qu’ils ont eux-mêmes créée, en prenant des moyens qui ne fonctionnent pas, moyens dictés par une élite qui n’en fera pas les frais. Elle sait également qu’elle ne peut même plus parler d’acquis… Alors que le reste de la société se résigne et la regarde de haut comme si cela ne les touchait pas, elle veut un monde meilleur pour tout le monde. Elle fait la grève mais on tente de lui enlever ce droit vieux de 700 ans. On lui donne comme alternative de participer à une démocratie brisée qui donne un pouvoir totalitaire à un parti élu par une minorité.

On se demande pourquoi elle ne vote pas.

On se demande pourquoi elle a le goût de tout casser…

En quelque part, elle a une bannière où il est écrit : « Fuck toute! »

On ne comprend pas.

On la trouve donc conne cette génération d’enfants-rois.

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