Archives mensuelles : septembre 2014

Entretien avec Catherine Voyer-Léger sur son livre «Métier critique»

Entretien avec Catherine Voyer-Léger, accordé à Blaise Guillotte, Montréal | il fait suite à la critique du livre Métier critique publié précédemment

Blaise Guillotte : Dans votre livre Métier critique, il est évidement question de la critique culturelle, mais il me semble que l’objet principal de cet essai est la parole publique. Une parole publique qui peine à s’exprimer. La première question qui me vient à l’esprit est : est-ce que cette parole a déjà eu un espace? Devant cette question, il me semble qu’on se retrouve devant un paradoxe.

Il n’y a jamais eu, ou du moins rarement (je ne suis ni historien, ni sociologue), autant de production cultuelle, autant d’accessibilité à la culture qu’aujourd’hui. Et pourtant (c’est précisément là le nœud de votre essai à mon sens), la parole sur cette production semble causer problème. Il y a également à côté, le phénomène des « niches » que vous exposez, une spécialisation du discours sur la culture, qu’on retrouve surtout sur le Web. Comment s’articule alors tout le côté public de la parole dans cette étrange dynamique contemporaine?

L97828944879071Catherine Voyer-Léger : Il me semble que ce que notre espace public perd, c’est un rapport à l’exigence. Je crois que ça vient aussi d’une mauvaise compréhension de la démocratisation. Plutôt que de tenter de rendre disponible le plus d’expériences possibles au plus grand nombre, nous tentons de mettre en place une expérience qui conviendra au plus grand nombre. Dans les médias en particulier, ça se traduit par une uniformisation des contenus et un culte au « grand public » que je définis dans mon livre comme un « réduit statistique ». Ce grand public n’existe pas, il est une lubie, mais tout le monde le cherche.

Je crois donc effectivement que nous perdons quelque chose. Ça ne veut pas dire qu’un espace idéal a déjà existé, mais qu’il y a réduction d’espace. La disparition de la Chaîne culturelle, la transformation progressive du Voir, la disparition de pages dans le cahier Livres du Devoir, les capsules de plus en plus courtes à la radio, la disparition des longues entrevues. Tout cela, c’est une perte pour une certaine parole publique qui cherche à voir en profondeur.

Je lisais quelqu’un récemment qui affirmait que nous n’avons jamais vécu dans une société aussi consensuelle. Ça me semble absurde de dire ça. Nous avons vécu dans des sociétés bien plus consensuelles que maintenant, il y a moins d’un siècle encore. Des sociétés où la dissension menait à une marginalité bien plus radicale. En fait, il est étrangement assez facile de défendre des points de vue divers aujourd’hui. Ce qui est devenu très difficile, c’est de défendre une parole qui ne se déploie pas dans les mêmes formes. En gros : on peut bien ne pas être d’accord, mais il faut que les deux camps l’exprime en deux minutes. Et surtout que votre lettre ouverte ne fasse pas plus de 750 mots.

Ce contexte plus général, c’est aussi celui que subit la critique. Réduction et uniformisation des formes : listes, palmarès, formules toutes faites. C’est d’autant plus facile de réduire la critique à cela que nous avons réduit la culture à un projet individuel de consommation. Regardez la défense d’Airoldi pour son émission « Quel âge me donnez-vous? » : si ça ne vous plait pas, changez de chaîne. La même ligne a été repris par plusieurs. Ça prouve exactement ce que j’avance : on défend une vision de la culture basée uniquement sur le choix individuel, comme s’il n’y avait aucune autre portée à la culture. Quand ça vient des libertariens, je comprends la logique. Quand ça vient de gens qui, de l’autre main, défendent l’idée qu’il faut financer collectivement la culture, je comprends moins.

Pour ma part, je crois au financement public de la culture justement parce que je crois que la culture est bien plus qu’un choix de consommation individuelle. Et c’est exactement pour ça – parce qu’elle est à la fois reflet et vecteur de valeurs, parce qu’elle porte une vision du monde, parce qu’elle est au cœur des représentations et donc du vivre-ensemble – qu’il faut qu’il existe un discours qui la réfléchit.

BG : Il y a beaucoup de choses dans ce que je vous dites. Tout d’abord toute cette marchandisation de l’art et de la culture. C’est troublant (et je suis bien d’accord avec ce diagnostique) car il me semble que c’est précisément l’art et la culture qui sont les remparts, les foyers de résistances contre l’uniformisation et la marchandisation du monde. Je me souviens d’une « belle » expression de Baudrillard : « L’insignifiance de l’art », en ce que l’art aujourd’hui, ne « signifierait » plus rien au sens profond du terme, qu’il ne renverrait plus à rien d’autre qu’à lui même. Je ne suis pas aussi pessimiste que Baudrillard, mais je suis du moins tout aussi inquiet.

La critique de la critique que vous faites m’apparaît donc plus comme l’exposition d’un symptôme d’une maladie bien plus grave dont nous discutons en ce moment. Cela est en grande partie dû à la marchandisation de l’art (et de la parole!) qu’entraîne le capitalisme sauvage de notre époque. L’« expertisation » fait partie intégrante de ce problème dans une optique de division du travail où chacun est « à sa place ». L’on retrouve très bien cela dans le monde intellectuel. On est rarement écrivain ou philosophe si l’on ne possède pas le diplôme qui s’y raccorde. Cette spécialisation des milieux intellectuels et artistiques, qui s’inscrivent dans un champ quelconque, avec une parole confinée à un petit cercle, empêche sûrement une parole publique plus vivante. On se retrouve ici devant l’importante question que vous posez : d’où parle la critique?

CVL : Je suis tout à fait d’accord avec votre lecture. La disparition de la critique est symptomatique de tout un système qui roule dans le même sens, système clairement lié au capitalisme. Ce qui tue la critique, c’est l’idée d’un art-produit, donc capitalisable et individualisé. En même temps, cette question de l’expertisation me pose un problème théorique. D’une part, je comprends la crainte de la surspécialisation et je vois tout à fait le danger d’une démocratie gérée par des spécialistes. D’autre part, je trouve qu’on assiste (paradoxalement) à la disparition de certains discours spécialisés dont nous aurions bien besoin, cette espèce de « démocratisation » mal comprise, que je dénonce dans mon livre, et qui présente toute parole comme équivalente.

J’avoue manquer d’outils pour trouver une réponse à ce paradoxe. Est-ce lié aux domaines? Dans les domaines scientifiques et économiques, c’est tout aux spécialistes. Dans les domaines culturels ou pédagogiques, par exemple, on refuse une parole spécialisée. Comme si des champs de la vie relevaient nécessairement du « gros bon sens », tandis que d’autres, inaccessibles au commun des mortels, devaient être réservés.

BG : Puisque nous parlons des « experts » et des « spécialistes », je dois avouer avoir un peu sourcillé quand vous citez Robert Lévesque dans les critiques spectacles. Certes, il était très connu, mais il me semble que Lévesque était probablement un des critiques les plus cultivé et intègre qui soit!

CVL : Je ne vois pas de contradiction entre le fait de faire de la critique spectacle et d’être rigoureux. Et là, réfléchissant à cela, je m’en suis voulu de ne pas avoir pris la peine de définir clairement ce que j’entendais par « critique spectacle ». Pour moi, ce qui caractérise la critique spectacle, c’est la personnalité du critique, pour ne pas dire le personnage du critique. Permettez une anecdote… Pendant le tournage de l’émission Premières vues sur la critique, j’étais en présence de trois critiques de cinéma – Marc Cassivi, Manon Dumais et Nathalie Petrowski – à qui l’animateur a demandé « Êtes-vous un personnage? » Ils ont leur propre perception de cette question, mais, pour ma part, il me semble évident que Marc et Nathalie sont devenus des personnages bien plus que Manon. Qu’est-ce qui explique cela? J’aurais tendance à dire que leur contexte de travail, comme chroniqueur dans un quotidien qui mise beaucoup sur la personnalité des journalistes, offre une partie de la réponse. Mais nous pourrions alors nous demander : est-ce La Presse qui crée des personnages ou est-ce qu’elle engage des gens qui ont la personnalité pour faire davantage de la critique-spectacle?

Je ne dis pas ça pour comparer ces gens à Lévesque, mais simplement pour mettre en évidence qu’il n’est pas clair pour moi ce qui pousse un critique à commencer à devenir un personnage et à faire un show. Chose certaine : pour moi, Lévesque, pendant ses années au Devoir, faisait clairement un show. Et le mépris était un des instruments de ce spectacle. Je l’admire beaucoup et je lui reconnais la rigueur dont vous parlez, mais je n’accepte pas le mépris comme un instrument intéressant de critique et je trouve qu’en fin de course il était écrasé par son personnage. Quand je le lis aujourd’hui, je le sens moins préoccupé par le « son de sa propre voix ».

D’ailleurs, si je devais comparer Lévesque à quelqu’un, ce serait à Georges Privet. Sans doute le meilleur critique de cinéma actuellement en exercice au Québec (en termes de rigueur). Mais Privet n’est pas un personnage. Et on voit d’ailleurs qu’il restera sans doute discret toute sa vie et ne marquera pas l’esprit du grand public comme d’autres gens plus exposés peuvent le faire.

BG : Au final, faut-il revoir notre conception du « métier critique ». En d’autres mots, votre livre est-il un plaidoyer pour un retour à une critique plus « traditionnelle » ou à une redéfinition du sens et de l’œuvre du « métier critique » ?

CVL : Je ne sais pas si j’appelle à une redéfinition de la critique telle qu’elle se pratique dans les grands médias, mais je pense que j’appelle à une prise de conscience. Certaines réflexions sont nées après le livre (ce qui concorde avec mon retour aux études). Je suis assez fascinée par le fait que les réflexions théoriques du XXe siècle, réflexions qui ont changé assez radicalement la façon dont on envisage la critique dans son sens universitaire, aient si peu d’emprise sur la critique « grand public ».

Pour ne donner qu’un exemple, comment l’idée que l’auteur est mort peut-elle avoir eu si peu d’impact sur les grands médias? Peut-on imaginer comment l’auteur – dans ses recoins les plus privés ou les plus anecdotiques – pourrait être plus qu’il ne l’est déjà, souvent au détriment du texte, au centre de toute couverture médiatique de la littérature. L’auteur est loin d’être mort…

Je fais un détour simplement pour dire que j’entendais récemment le sociologue Joseph Yvon Thériault dire dans une table ronde que les « déconstructivistes » sont maintenant hégémoniques. J’ai un peu sursauté parce que ma lecture est assez inverse. Je lui ai demandé : « Hégémoniques où? Hégémoniques dans certains départements de l’UQAM? » Ma lecture de l’espace public c’est plutôt que les pensées critiques en général ont bien peu de prise sur le sens commun qui continue à avancer dans une approche foncièrement essentialiste. En termes esthétiques, c’est aussi dire que nous demandons à la critique de dire le vrai sur une œuvre, ce qui évidemment, nous mène nécessairement à l’affrontement et à la confrontation.

Mais tout ça, je le dis dans mon livre sans le dire vraiment.

BG : Vous parlez des réflexions théoriques du XXe siècle ce qui m’amène à vous dire que j’ai senti un parcours intellectuel et sociologique très rigoureux dans votre définition de la critique, qui n’a peut-être pas « sa place » dans ce genre d’ouvrage, et je ne dis absolument pas ça dans un sens péjoratif, ce n’est pas un travail académique. Peut-être ici pourriez-vous nous éclairer sur votre filiation théorique pour comprendre la critique? Est-ce plus Barthes, l’école de Francfort, les romantiques?

CVL : C’est sans doute la question la plus importante. Et aussi la plus importante critique qu’on puisse me faire.

Je ne sais pas s’il y a dans ce livre un parcours rigoureux, mais il n’y a pas un appareillage théorique conscient. Ce n’est effectivement pas un ouvrage universitaire, mais je suis quand même formée à une certaine école qui n’a pas toujours assumé ses sources et se balade entre Bourdieu et l’école de Francfort, qui plonge vers le postmodernisme, qui ramasse Barthes au passage. Tous des auteurs que je connais mal ou trop peu, que j’ai lu dans une autre étape de ma vie il y a plus de dix ans, sans les comprendre vraiment. Que je recommence à lire maintenant, en les comprenant sans doute un peu mieux, mais pas toujours. À la limite, sans doute que l’auteur qui m’a le plus marquée est Edward Saïd, principalement son ouvrage Covering Islam puisque c’est plutôt dans ces préoccupations que je nageais à l’époque.

Je suis habitée d’un certain nombre de convictions qui émanent d’une vague théorique. Tout cela n’est pas précis, ni même rigoureux je dirais. Je crois à la construction. Je me bats pour qu’on accepte, dans un espace plus large que le seul espace universitaire, l’idée d’une construction par le discours, le symbole, la marque, le geste. Une position foncièrement anti-essentialiste, disons. Cela teinte toute ma vie. Ma vie privée, ma vie de travail, ma vie intellectuelle, ma vie culturelle. C’est ça qu’il y a au cœur de ce livre. Pour moi le discours sur l’art doit être considéré comme légitime parce que c’est par lui qu’on admet que l’art n’est pas un « donné ». Et ceux qui portent ce discours doivent prendre conscience du rôle qu’ils jouent à cet égard et des catégories qu’ils mettent en jeu dans leur évaluation. Ils ont une chance inouïe d’avoir cette plateforme pour pouvoir discuter d’objets culturels souvent importants et il est pour moi douloureux de voir parfois qu’ils passent complètement à côté de cette chance. En se contentant de résumer l’histoire, par exemple, et donc de présenter l’œuvre comme un objet fermé, au sens unique et linéaire.

Reste que la grosse critique qu’on peut faire à cet ouvrage c’est de n’avoir pas fait de place à une mise à nue d’un appareillage théorique, d’une prise de conscience de ce qui m’habite justement. Ce n’était pas mon objectif, ça aurait peut-être dû l’être. On peut me le reprocher. Je vis très bien avec ce reproche. Je vis moins bien avec un certain mépris qui semble sous-entendre, sans jamais le dire complètement, qu’un tel discours contribue à la médiocrité ambiante. Je ne crois pas que ce soit le cas. J’essaie, vraiment très fort, à travers tout ce que je fais et avec la force qui est la mienne – celle d’une vulgarisatrice – de faire avancer ces convictions qui sont les miennes auprès d’un plus large public. C’est ce que je fais aussi dans mon travail féministe. Ceux qui concluent de mes lacunes théoriques que je suis une idiote, j’aime mieux ne pas savoir ce qu’ils pensent du reste de leurs concitoyens. Je serais une idiote si je me prenais pour une théoricienne. Ce que je ne suis pas et ce que je ne prétends pas être.

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« De la nécessité des défauts dans l’élaboration alchimique du charme »

Critique de Même ceux qui s’appellent Marcel de Thomas O. Saint-Pierre, Montréal, Leméac, 2014, 295 p.

Par Simon Labrecque | Université d’Ottawa

L’avantage immense de l’art sur la philosophie est qu’il se pose à chaque fois un problème particulier, bien circonscrit : tel être, tel paysage, telle atmosphère – et partant de là fait goûter toute extension vers l’universel, toute adjonction du sentiment cosmique dans ses grands traits, comme une richesse, un cadeau, un bonheur en quelque sorte immérité.

Georg Simmel[1]

1540635-gfJ’ai deux raisons de ne pas écrire que Thomas O. Saint-Pierre, avec ce premier roman, se fait « la voix d’une génération ». Premièrement, la dominante temporelle de la notion plutôt imprécise de génération voile d’une universalité hâtive les déterminations spatiales qui participent à la différentiation des nébuleuses humaines dans lesquelles une œuvre peut résonner et retentir. L’auteur, selon la quatrième de couverture, est né en 1986 à Québec et Marcel, son narrateur, est né la même année à Rimouski. Ils habitent Montréal. Les dernières semaines de l’hiver 2012 relatées dans le roman sont marquées de cette montréalité d’adoption, par le Montréal de l’exil centripète. S’il est bien question des pérégrinations de certains membres de la « génération Y », enfants de « boomers » tardifs, il importe avant tout que cela se passe icitte, dans la vallée du Saint-Laurent (sans cela, pas de « joke de Watatatow », ni de « party dans le Mile End », par exemple). Deuxièmement, je n’écrirai pas que retentit « la voix d’une génération » car l’auteur, qui a précédemment commis le désormais introuvable Dictionnaire des idées recevables, aurait je crois fort peu de clémence pour ce trope convenu donc inélégant, réitéré à chaque rentrée par la critique.

Cherchant à contourner cette modalité glorificatrice de la critique littéraire, j’écrirai donc autre chose. J’écrirai que ce roman importe car il donne à lire une véritable théorie de la valeur. Cette conceptualisation dramatique des « itinéraires de valorisation » (p. 38) a d’emblée à voir avec le souci d’une voix, d’une expression rare, singulière et particulière qui ne serait pas commune ou banale, « comme toutes les autres », mais qui se distinguerait du bavardage ambiant sur les valeurs par sa valeur propre. Problématique nietzschéenne, voire platonicienne – ce qui veut précisément dire qu’il ne s’agit pas seulement d’un problème de « platoniens du nowhere », comme dirait peut-être le matricule 728 (qui n’apparaît pas dans le roman). Comment produire une parole qui ne soit ni bavardage ni slogan, une parole non cheap, séduisante, notoire et importante, mais sans complaisance?

Marcel traite explicitement du problème de la valeur, soit du trop de valeur qu’il s’accorde parfois, du pas assez qu’il accorde certainement à d’autres, de la valeur de tel « plan de vie », de celle d’une absence de plan, de la valeur douteuse de ces livres qu’on lit « pour avoir lu tel livre, pour y avoir goûté » (p. 55), ou encore de la valeur symbolique d’un accoutrement, d’une posture ou d’une « contenance ». À ce titre, il n’est pas anodin que Marcel, qui travaille comme « tourneur de boulettes » dans un restaurant lorsqu’il n’est pas en train de prendre une bière, de regarder un film ou de « jouer » avec une amie, entretienne le projet diffus d’aller un jour étudier l’économie à l’université. Il s’intéresse peu aux mathématiques mais est sensible à la promesse d’une « réduction alchimique de phénomènes trop complexes en des rapports de forces quantifiables, chiffrés, balisés » (p. 55). Toutefois, Marcel suggère que l’écriture elle-même, qu’il affirme à quelques reprises approcher de façon « scientifique » (p. 31; p. 263), permet mieux que la discipline économique d’effectuer une réduction créatrice et thérapeutique des rapports de forces dans lesquels il s’inscrit et s’emmêle, s’embourbe et s’ensloche en fin d’hiver, en particulier avec ces multiplicités puissantes prénommées Sophie et Laurence.

Au travers et par-delà le trope d’un triangle amoureux qui n’en est pas un (puisqu’il n’est ni proprement triangulaire, ni simplement amoureux), le problème de la valeur comme problème des conditions de production des apparences qui comptent, qui font une différence, opère grâce aux dimensions d’un agencement singulier de l’ici-et-maintenant, d’un espace-temps qui se distingue peut-être des autres par le fait qu’on n’a jamais autant dit à des enfants, de manière néanmoins ambigu, qu’on les aime et que l’amour est ce qui importe le plus. Il en résulte un désir de mieux saisir, sinon de réduire le fonctionnement des répulsions et des attractions, l’alchimie du charme et ce qui peut « te confirmer sans nul doute que tu peux légitimement avoir de la valeur pour quelqu’un » (p. 255), c’est-à-dire les rapports complexes entre lieurs, liants et liés, pour reprendre la terminologie érotologique de l’hérétique Giordano Bruno[2].

Le personnage spectral et rare de la mère de Sophie, qui juge que sa fille est « partie faire l’importante à Montréal » (p. 29) et qui se demandait récemment encore « [q]ui avait bien pu lui mettre dans l’esprit que les emplois existaient pour rendre les gens heureux et concourir benoîtement à leur épanouissement » (p. 126), témoigne – comme peut-être chaque personnage – de la difficulté de ne pas « aimer mal », en l’absence d’une mesure qui permettrait de départager le bien fait, le mal fait et le pas fait. Marcel, qui songe au conflit abyssal entre Sophie et sa mère, insiste :

ce sont nos parents qui nous ont répété quand on était petits qu’il fallait trouver un emploi qui nous rende « heureux », qui nous permette de nous « réaliser », de nous « épanouir »; nos parents qui étaient bien placés pour le souhaiter, eux qui ont tous si bien détesté leur emploi, eux à qui on avait vendu l’idée d’un avenir de « société des loisirs », parce que leurs parents à eux, qui ont travaillé comme des démons, ont vu leur qualité de vie radicalement augmenter : pourquoi, bientôt, tout ne serait pas rose? (p. 126-127)

Ce songe sur un très gris lendemain de brosse collectif, sur le mépris affiché de certains pour la crédulité de leurs enfants ou pour la leur, survient alors que Marcel cherche à différer son lendemain de brosse personnel en restant couché. Il choisit alors de se lever et d’accueillir le mal de tête – c’est plus simple, ou plus immédiatement maîtrisable, que de songer plus avant aux ramifications de ce mot d’ordre : faire ce qu’on aime, aimer ce qu’on fait. À mon sens, le roman en entier peut se lire comme une méditation sur ce slogan et sur sa puissance contemporaine.

Pour le bénéfice de Marcel, qui ressasse plusieurs souvenirs d’enfance et des moments influents de son passage au secondaire mais qui ne se fait pratiquement jamais rire lui-même, on saura qu’à l’hiver 2012, précisément, ce slogan qui n’apparaît pas explicitement dans le roman faisait la une du bulletin Entre Nous/Let’s Talk, publié par le Secteur des communications et de l’engagement du Service correctionnel du Canada. Le Service signalait ainsi son objectif de devenir, selon la rédactrice en chef Elizabeth Van Allen, « l’un des dix employeurs de choix au sein du gouvernement fédéral – c’est-à-dire une organisation que les employés, une fois qu’ils y sont entrés, ne veulent pas quitter ». Qui ne peut s’empêcher d’entendre les résonances carcérales objectivement ironiques de ce projet bien intentionné d’un fonctionnariat heureux et d’une bureaucratie épanouie au point de désirer sa propre captivité appréciera l’humour vitriolique de Même ceux qui s’appellent Marcel, roman fragmenté qui n’épargne pas son narrateur et qui se lit d’une traite, le temps d’un voyage automobile de Montréal à Rimouski ou de Rimouski à Montréal, si l’on se laisse conduire.

[1] Georg Simmel, Philosophie de l’argent [1900], trad. de l’allemand par Sabine Cornille et Philippe Ivernel, coll. « Quadrige », Paris, Presses Universitaires de France, 1999, p. 16.

[2] Voir Giordano Bruno, Des liens [1591], trad. du latin, annoté et suivi de In tristitia hilaris, in hilaritate tristis par Danielle Sonnier et Boris Donné, Paris, Allia, 2010.

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Wilderness, Nouvelle-France, Canucks et anciens rivaux, ou Les peurs de Lovecraft

Par Robert Hébert, Montréal

In the forest warfare of skirmish and surprise there were few to match the habitant.

Parkman, The Old Régime in Canada, une lecture de HPL

J’ai lu Lovecraft dans mon adolescence sans vraiment accrocher (peut-être avais-je beaucoup lu Poe) et le genre horreur/surnaturel ne m’a jamais vraiment parlé, l’innommable toujours prévisible me semblant relever d’une rhétorique saturée. Mais c’est au milieu des années 1980 que j’ai retrouvé HPL dans mes folles recherches (philosophiques) sur l’exotisme de l’Amérique française, grâce à l’ouvrage édité par Sprague de Camp, To Quebec and the Stars (1976). J’ai passé toute une journée à la bibliothèque McClennan de l’université McGill à lire cette collection de textes et d’articles de HPL (observations astronomiques et littéraires) et surtout le radical « Confession of Unfaith », « Nietzsche and Realism » sans oublier ses élucubrations (précoces) sur la suprématie de la race teutonne et l’impardonnable guerre fratricide entre l’Allemagne et l’Angleterre en 1915. Strange indeed!

HP2« A Description of the Town of Quebeck, in New France ». Il s’agit de son voyage à l’été 1930. Fasciné par ce site unique, l’architecture, citadelle, fortifications, clochers d’églises papistes, les divers labyrinthes, le coup d’œil somptueux : une extase, « un conte de fées » qui n’aurait d’équivalent que Charleston (Caroline du Sud). Intuition du voyageur : le passé est réel, il n’y a rien d’autre; « continuité d’ambiance » et nul besoin des locals sinon comme figurants s’agitant dans le décor. À ce point séduit, l’arpenteur et archi-rêveur est revenu en 1932 et 1933.

Ce travelogue est précédé d’une histoire de la Nouvelle-France et du Canada sous le règne de Sa Majesté britannique. Le sous-texte est évidemment la wilderness, les innombrables guerres dans la sombre forêt primitive, le souvenir du massacre de Deerfield, la proximité des Français avec les Indiens, indigne et outrageant pour les Puritains qui voyaient le Diable partout[1], l’éloge de la tâche herculéenne du général Wolfe, gloire « de l’Angleterre et de l’humanité ». Le tout émaillé de God save the King! Flash soudain. Il ne faudrait jamais oublier que les Français, les sauvages alliés et les créoles ont été en Nouvelle-Angleterre (et malgré leur petit nombre) les proto-Aliens, raffinés certes, parfois émanations de la Bête de l’Apocalypse. Qui sait, d’anciens Great Ones qui dormaient dans l’imaginaire de l’auteur? Lovecraft, puritain athée amateur de folklore et de sciences, et loyaliste horrifié par la brutale modernité USA. Qu’est-ce que ce gothique très américain? « Sentient blackness and grotesque » qui se développera tous azimuts : la peur de l’inconnu, avec des entités maléfiques ou dégénérées qui s’agitent quelque part, indifférentes, ou qui menacent d’envahir. Mais ceci est une autre histoire…

Pendant vingt-cinq ans j’ai oublié les monstres d’Innsmouth, les murmures et les murs cyclopéens, cultes horribles et cités interdites, devinant par ailleurs l’hallucinante industrie du faire-peur cosmique (cinéma, jeux vidéo, BD)… Et puis il y a quelques années, plus précisément pendant le printemps Érable ou Charivari 2012, j’ai trouvé par hasard à la librairie The Word un exemplaire souligné de Houellebecq, Contre le monde, contre la vie (2005) avec une préface de Stephen King. Texte qui cherche à comprendre de front le racisme « créatif », la haine raciale de Lovecraft que l’on pourrait sans doute autrement déchiffrer dans la spatialisation même de sa fiction; moult monstres tapis à travers le paysage familier ou un cosmos mythifié dont le protagoniste est très souvent la victime. Je me suis demandé à quoi le « reclus de Providence » pouvait bien cauchemarder ou ruminer sur son oreiller à propos des Canadiens français en Nouvelle-Angleterre, ce que l’on appelle l’exode.

H._P._Lovecraft,_June_1934C’est à travers une gigantesque correspondance (plus de 70 000 lettres) que travaille le racisme viscéral de HPL : sorte de jérémiade puritaine et de preaching (sans Dieu) au cercle des amis. Horreur de la proximité avec l’Étranger (au pire, le métissage) et crainte de l’invasion déjà en marche… Entre les negroes mi-gorilles, les Juifs, les mongoloïdes dégoûtants de New York Babylone, les Portugais simiesques, entendez « the clamorous plague of French Canadians » (lettre du 6 juillet 1926). Cependant ici et là les Canucks de la Nouvelle-Angleterre bénéficient d’un statut spécial qui reflète moins l’ambivalence de HPL – l’héritage teutonique et l’Anglo-Saxondom doivent prédominer – que la « rivalité mimétique » entre deux peuples voués à deux Empires. Je laisse au lecteur le soin de savourer ce morceau qui renvoie indirectement à « Description of the Town of Quebeck, in New France », dans une longue lettre du 8 novembre 1933 (in Selected Letters IV (1932-1934), Arkham House, 1976); il pense ici aux foreign islands de Woonsocket et Fall River, villes consacrées à l’industrie textile :

I criticise not Mr. Bernard Kopp-Davis – nor Sig. Giambattista Scagnamiglio nor M. Napoleon-Francois Laliberte – but merely the condition brought about by a reductio ad absurdum of the flabby idealism of the “melting pot” fallacy. Within the lifetime of people now middle-aged, the general tone of our northern cities has so changed that they no longer seem like home to their own inhabitants. Providence is something of an exception because of the continued pure-Yankeedom of the residence section atop the hill – but the downtown business section shews all the stigmata of Latin mongrelisation… Italian & Portuguese faces everywhere. One has to get down to Richmond to find a town which really feels like home – where the average person one meets looks like one, has the same type of feelings & recollections, & reacts approximately the same to the same stimuli. The loss of a collective life – of a sharing of common traditions & memories & experiences – is the curse of the heterogeneous northeast today. There is no real solution […] I’d hardly advocate Nazi tactics, but I certainly would welcome a greater assertiveness & independence among the native stock.

These Rhode Island French fight like hell whenever any attempt is made to deracinate them or to substitute English for French in their parochial schools. In other local foreign colonies one sees a gradual Americanisation – a younger generation speaking English, & a falling off of ancestral ways – but nothing of that pervades these French centres. The French newspapers continue to flourish, & every parent strives to keep his children true to La Tradition. It is really ironic to reflect that – despite all the utterly alien blood which has been dumped on New England – the one really persistent foreign challenge should come from none other than our oldest & most historic rival – the Frenchman of the North against whose menace old Cotton Mather thundered his Catonian invectives from Boston pulpits in the 1680’s. Did Wolfe fall in vain? Today, just as old Cotton feared, the spires & syllables of France rise thickly from the banks of New England’s rivers! But much as I hate any foreign influence, I’m damned if I don’t admire those tough little frog-eaters for their unbreakable tenacity! You can’t make a dent in them! They’ll probably still be French, albeit on alien soil, years after we are hopelessly Italianated or Portuguesed or Yiddified or Polacked in our own back yards! If they’d only lend us a little of their guts, I wouldn’t begrudge them the New England towns they’ve overrun! Shake, Pierre mon frère! You may be a rival, but you’re nobody’s football!

J’inscris désormais ce passage dans mon Amérique française devant l’opinion étrangère 1756-1960 (Hexagone, 1989). D’ailleurs cet ouvrage, je l’appellerais aujourd’hui mon « Franconomicon », ce kaléidoscope des démons et merveilles, mythes et jugements ambivalents dont on n’a pas encore tiré, je le crains, toutes les conséquences… Une autre sorte de Necronomicon, cet improbable grimoire qui circule dans l’œuvre de HPL. Penser Lovecraft, c’est s’immerger dans les forêts primitives (ou la jungle : urbanisation, colour-line, immigration, nativisme) de l’inconscient américain entre les deux Guerres… Quant à l’homme de lettres, la créature HPL a vécu et meurt dans la pauvreté au printemps 1937. Un adolescent de 15 ans baptisé Jean-Louis Lebris de Kerouac pratique intensément le football à son école à Lowell, Mass. Vingt ans plus tard paraitra un récit au titre whitmanien On the Road. Non pas en franco-grenouille mais en anglo-américain jazzé. Mais ceci est une autre histoire…

Post-scriptum. J’offre cette note indigène à François Bon, maître d’œuvre d’un nouveau site consacré à l’auteur-culte au destin protéiforme, The Lovecraft Monument. Une première dans l’Hexagone. Expéditions dans le futur d’un imaginaire passé, nouvelles grilles de lecture, un euro-twist critique? En tout cas, de nouvelles traductions promises aux éditions du Seuil (poche-papier) pour l’année 2015.

[1] Lovecraft mentionne Cotton Mather et Magnalia Christi Americana (1702) qui faisait partie de sa bibliothèque. Sur l’équation Canada-Babylone, les Puritains de la génération des années décisives 1750 (la French and indian war…), les métamorphoses littéraires et sociales du pattern, cf. Sacvan Bercovitch, montréalais d’origine, The American Jeremiad, Madison, University of Wisconsin Press, 1978.

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La critique comme parole. Prélude à un entretien

Critique du livre Métier critique, de Catherine Voyer-Léger, Québec, Septentrion, 2014.

Par Blaise Guillotte, Montréal

L97828944879071

Métier critique, par Catherine Voyer-Léger

Faire la critique d’un essai sur la critique, comme mise en abîme, en voilà toute une. L’exercice pourrait sembler périlleux, comme l’exercice de Catherine Voyer-Léger me semblait l’être au départ. Comme à l’habitude, je n’ai fait aucune recherche préalable à la lecture de cet essai. Lu aucun communiqué de presse, écouté aucune entrevue avant d’avoir terminé l’ouvrage et d’écrire ces lignes. Deux craintes dès le départ : me retrouver devant un livre détruisant la critique culturelle au Québec et ce, sur un ton académique sanglant. Les ponts entre le « discours » académique et une critique culturelle plus « populaire » sont très difficiles à faire et il est trop souvent d’usage (et trop facile) d’utiliser le premier pour ridiculiser le second. Ce piège, Catherine Voyer-Léger l’évite de façon brillante, tout en nous exposant les problèmes, les défis et les bons coups de la pratique journalistique québécoise dans le domaine de la culture de manière limpide et rigoureuse.

Notons ici que cet essai, précisément, ne porte pas sur la critique académique, mais bien sur la critique « populaire », celle qui a comme objectif de rejoindre un public plus large, que l’on peut lire dans les grands quotidiens comme La Presse, Le Devoir, Le Journal de Montréal, sur les grandes chaînes télévisuelles ou radiophoniques, ou encore sur d’importants blogues que l’on retrouve sur le Web. Une critique nécessaire, vitale à une société, mais qui ne semble pas être en très bonne santé. Pour ce qui est du diagnostique, l’auteure vise juste. Certes, les problématiques communes sont abordées : petitesse du milieu qui implique une (trop grande?) promiscuité entre artistes et critiques, diktats économiques (cotes d’écoutes, nombre de lecteurs, de clics), concentration de la presse, pléthores de blogueurs qui remettent en cause le statut journalistique professionnel, etc. Ces enjeux de la critique, Catherine Voyer-Léger les aborde avec les nuances nécessaires pour ne pas dresser un portrait apocalyptique de l’état de la critique au Québec.

La réflexion est cependant poussée plus loin dans le cadre de cet essai. Autrement, le livre serait resté dans ce qu’il est convenu de dire lorsqu’on s’interroge sur la question de la critique culturelle au Québec. Le chapitre 2 porte en ce sens un titre évocateur : « D’où parlent les critiques? » Le critique, bien qu’il se doive de prendre une certaine distance avec l’œuvre qu’il décrit (et même le public auquel il écrit), n’est pas hors-de-l’œuvre, ni même hors-de-l’œuvre-dans-le-monde. Il est partie intégrante des mouvements esthétiques, culturels, sociaux qui traversent l’œuvre et sa position de journaliste. Il peut avoir été « formé » à telle ou telle école artistique, être dans un cercle où tel mouvement esthétique est plus dominant qu’un autre. Tout cela vient jouer sur le jugement du critique (ne nous arrive-t-il pas parfois d’aimer un film « pour la critique » simplement parce qu’il serait bon ton de crier au génie pour un film hors-norme et qui ne s’adresse pas au grand public?). Son discours s’inscrit dans un « ordre du discours » qui le dépasse tout en l’imprégnant. Le critique a donc comme double tâche de critiquer l’œuvre et d’inscrire cette critique dans une autoréflexivité de sa parole. « La critique n’échappe pas à la tendance du milieu médiatique à contourner l’autoréflexion comme si ça ne la concernait pas » (p. 49).

La critique est dès lors abordée tantôt comme objet discursif, mais aussi « sous l’angle des rapports de pouvoir entre les acteurs qui la font, à commencer par les institutions médiatiques et culturelles » (p. 23). D’un côté donc, la critique comme texte et de l’autre, le métier critique du point de vue des acteurs. Théoriquement, cette distinction est profondément chargée, mais il est malheureusement difficile de savoir de quel côté l’on se trouve lorsqu’on parcourt l’essai en entier.

Malgré les reproches qu’elle peut faire au métier de critique contemporain, on constate vite qu’il y a urgence en raison de l’importance de garder une critique vivante et intelligente. Car la critique, dans une communauté, n’est pas qu’un outil promotionnel ou complaisant de la culture. Elle a un rôle de médiation et de dialogue. Elle n’est pas que simple jugement esthétique se limitant à « ceci est bon/beau » ou « ceci est mauvais/laid », elle ouvre un dialogue entre ce que l’œuvre et l’artiste ont à dire sur le monde et comment elle est reçue. « Une œuvre est toujours un discours sur le monde et, à ce titre, elle peut être entendue, débattue, remise en question ou encensée. » (p. 146-147) La critique est donc surtout une affaire de parole publique, une parole qui explore la culture dans tout ce qu’elle exige de vivre-ensemble.

Sur la question de la parole publique, il m’apparaissait que Catherine Voyer-Léger avait beaucoup de choses à dire qui restaient en suspens, le manque d’espace et de temps expliquant aisément la chose. Les quelques lignes de ce billet ne font qu’exposer une parcelle des thèses et théories de l’auteure. Je me propose donc de partager bientôt un échange avec Catherine Voyer-Léger sur l’état de la parole publique au Québec, et du rôle que peut y jouer la critique.

L’entretien sur la critique avec Catherine Voyer-Léger est maintenant disponible sur Trahir.

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