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Accueillir (ce) qui dérange: l’Art saisi par le Droit, dans et autour de l’Université

Par Simon Labrecque

ICI-UQAM - L'art de s'exposerCe texte a été présenté dans le cadre de la table ronde ICI-UQAM « L’art de s’exposer. Contenus illicites – Projets controversés » le mercredi 26 novembre 2014. L’auteur tient à remercier Stéphane Gilot et Christine Major de l’École des arts visuels et médiatiques de l’UQAM pour leur invitation à participer à l’événement. L’auteur remercie également Julie Lavigne, Isabelle Hayeur, David Thomas et les autres intervenant·e s qui ont participé à cette réflexion collective.

Avec René Lemieux, collaborateur à la revue en ligne Trahir, nous avons récemment couvert et analysé les procès de deux jeunes artistes accusés d’infractions criminelles : le procès de Rémy Couture, maquilleur en effets spéciaux d’horreur pour le cinéma et la photographie gore, à Montréal, puis le procès et les requêtes en appel de David Dulac, ancien étudiant au baccalauréat à l’École des arts visuels de l’Université Laval, à Québec. Dans un premier temps, je vais rappeler les faits dans chacun des cas pour identifier où et comment se jouent les relations entre l’art et le droit. Dans un deuxième temps, j’énoncerai quelques conclusions ou leçons qui émergent de ces cas, dans la perspective d’une analyse institutionnelle soucieuse de comprendre leurs conditions de possibilité. Dans un troisième et dernier temps, je formulerai une proposition controversée à l’intention de ceux et celles qui, comme moi, jugent que ces procès n’auraient jamais dû avoir lieu et qui cherchent à éviter que d’autres surviennent : surtout, n’appelez pas la police! Le corollaire de cette proposition est l’impératif d’accueillir qui et ce qui dérange.

 

Les faits

Rémy Couture a été arrêté par des agents du Service de police de la Ville de Montréal le 29 octobre 2009. Il a été relâché le même jour sur promesse de comparaitre. Il a été accusé de production, de possession et de mise en circulation de matériel obscène, en vertu de l’article 163 du Code criminel sur la « corruption des mœurs ». L’article dit :

(1) Commet une infraction quiconque, selon le cas : (a) produit, imprime, publie, distribue, met en circulation, ou a en sa possession aux fins de publier, distribuer ou mettre en circulation, quelque écrit, image, modèle, disque de phonographe ou autre chose obscène. […] (8) Pour l’application de la présente loi, est réputée obscène toute publication dont une caractéristique dominante est l’exploitation indue des choses sexuelles, ou de choses sexuelles et de l’un ou plusieurs des sujets suivants, savoir : le crime, l’horreur, la cruauté et la violence.

Couture a plaidé non coupable et son procès a eu lieu devant jury en décembre 2012.

Le matériel en cause se trouvait principalement et sur le site innerdepravity.com, qui était présenté comme le « journal visuel fictif d’un tueur en série ». Le site contenait deux vidéos d’une quinzaine de minutes et près de 1000 images présentant surtout des scènes de torture et de meurtre de femmes par un homme masqué. L’artiste a toujours maintenu que ce site était son portfolio, qu’il servait à démontrer ses compétences pour la création d’effets spéciaux d’horreur. Le jury a accepté cette théorie – ou du moins, il a refusé la théorie du ministère public selon laquelle les images étaient obscènes, et qu’à ce titre, elles représentaient un risque pour la société canadienne, en particulier pour des hommes prédisposés à les trouver excitantes et à commettre des actes de violence suite à leur visionnement (théorie soutenue par deux psychiatres que la poursuite a fait témoigner à titre d’experts). Couture a été déclaré non coupable. Si le jury a trouvé ses images obscènes (ce dont on ne peut être certain), il leur a alors reconnu une valeur artistique qui, après l’arrêt Butler de la Cour suprême (1992), les protège de la censure.

Le site de Couture a été mis en ligne en 2006. Il a intéressé le système de justice quand une plainte a été déposée en Autriche la même année par un citoyen doutant du caractère « réel » ou « fictif » des gestes imagés. La plainte a été transmise par Interpol à la Sûreté du Québec, qui l’a transmise à la police de Laval, où Couture était présumé résider. Il semble que la police de Laval a rapidement mis fin à son enquête (sans qu’on puisse connaître ses raisons). La plainte est « restée » à Laval jusqu’en janvier 2009. La SQ l’a alors transférée au SPVM, Couture résidant maintenant à Montréal. Le SPVM a enquêté puis l’a arrêté. Durant les trois années entre l’accusation et le procès, Couture et ses supporters ont organisé une campagne de financement et de soutien assez visible, sous le signe de la défense de la liberté d’expression. Ils ont vendu des vêtements avec le slogan « Art is not Crime », ont produit un court documentaire sur l’affaire, et Couture est même apparu en une du Voir et à l’émission Tout le monde en parle, en mai 2012.

Dans le cas de David Dulac, les faits sont très différents. Dulac a reçu très peu d’appui en dehors du petit milieu de l’art action dans la ville de Québec. Aucun article n’a été publié sur son cas dans Le Devoir, par exemple, et aucune campagne de financement visible n’a été organisée. Les procédures ont été beaucoup plus rapides que dans le cas de Couture et les accusations n’étaient pas les mêmes.

Le 25 mars 2013, Dulac remet ce court texte à l’étudiante au baccalauréat en arts visuels à l’Université Laval chargée d’organiser l’exposition des finissantes et finissants :

Description du projet pour l’expo des finissant de David Dulac :

Je n’ai pas d’image à fournir du projet pour le moment, je vais décrire en gros ce que je vais présenter.

Mon projet sera performatif et consistera d’abord à kidnapper le plus d’enfant possible en les attirant dans ma voiture près d’une école primaire de la région à l’aide de bonbon, de jeu vidéo ou de gadget, style iPod, et de les enfermer dans des vieilles poches de patates ou de sacs de pailles, et pendant une performance, une fois qu’ils serons tous accroché au plafond, je me banderai les yeux [et] je les frapper[ai] avec une masse de fer. Le sens de l’œuvre sera de démontrer comment les beaux et petits enfants innocents vont vieillir au travers du monde contemporain pour devenir les adultes amorphes de demain. Moi je représenterai bien sur l’humanité, ou son héritage, cela dépend du point de vue[1].

L’étudiante inquiète consulte rapidement des amies et des professeures pour savoir quoi faire du texte. Elle le transmet au directeur de l’École. Celui-ci contacte les services d’aide psychologique de l’Université, avec qui il avait déjà discuté de Dulac. Ces derniers ont alors contacté le service de sécurité, qui a appelé la police. Dulac est arrêté le 26 mars. Il est accusé par voie sommaire d’avoir proféré des menaces de mort à l’endroit d’enfants de la région de Québec. Il plaide non coupable. Il est détenu en institution psychiatrique puis en prison jusqu’à la fin de son procès devant la Cour du Québec, en juillet 2013. Il passera au total 116 jours en détention. Dulac est libéré le 19 juillet, alors qu’après une semaine de délibérations, le juge le déclare coupable et le condamne à deux ans de probation avec obligation de garder la paix et de consulter un psychiatre.

Dulac a porté cette décision en appel devant la Cour supérieure en février 2014. L’appel a été rejeté le mois suivant. En juin 2014, par l’intermédiaire de son avocate, Me Véronique Robert – qui était aussi l’avocate de Couture –, Dulac a présenté une requête pour un deuxième appel devant trois juges de la Cour d’appel, le plus haut tribunal de la province. Cette requête a été autorisée et l’appel sera entendu en 2015. L’« affaire Dulac » n’est donc pas terminée. Jusqu’à nouvel ordre, cependant, la remise de son texte est légalement qualifiée de profération intentionnelle de menaces de mort, peu importe ce qu’on peut en penser à titre d’artistes, d’universitaires ou de citoyens.

 

Quelles « leçons » tirer de ces deux cas?

Je sens que je devrais raconter chaque cas beaucoup plus en profondeur, en expliquant par exemple que Dulac avait d’abord écrit son texte pour un travail dans un cours, ou en analysant l’usage de « témoins experts » dans le procès de Couture. Pour penser les rapports entre l’art et le droit, il me semble toutefois plus important encore de prendre en compte ce sentiment lui-même, car il témoigne d’un certain fonctionnement du droit. Le sentiment de devoir en dire plus pour être fidèle aux détails qui caractérisent chaque cas singulier signale que le droit fonctionne comme un appareil de capture, comme une « machine abstraite » qui recode des gestes, des faits ou des événements singuliers dans un langage qui lui est propre, dans un « régime de phrases » par définition réducteur : l’idiome juridique, qui définit les termes dans lesquels un cas peut et doit être « traité »[2].

Quand le droit ou le système judiciaire – qu’il faut sans doute distinguer de la Justice – « est saisi » d’une affaire, il s’en saisi comme d’un problème à recoder en vue de sa solution juridique. Le droit impose alors un partage : il classe d’un côté ce qu’il faut arriver à savoir hors de tout doute raisonnable, et de l’autre, ce qui est sans importance. Dans le cas d’une menace, par exemple, il est sans importance que ceux à qui elle s’adresse en aient connaissance. Il est aussi sans importance de savoir si l’auteur de la menace prévoyait passer à l’acte. Ce qui compte est l’acte coupable (l’actus reus) d’avoir « fait craindre » et l’intention coupable (la mens rea) de « faire craindre » pour la sécurité d’un individu ou d’un groupe identifiable. C’est pourquoi il importe que la menace soit « réaliste ».

L’accusation inscrite au Code criminel et interprétée dans la jurisprudence est chaque fois la clé du recodage judiciaire. Dans le cas de l’obscénité, par exemple, le droit prévoit une défense en termes des « nécessités internes de l’œuvre ». Pour démontrer la culpabilité de Couture, le ministère public devait donc prouver à la fois que le matériel était obscène et que ce caractère n’était pas justifiable artistiquement. Pour le crime de menace, par contre, ce type de défense artistique n’est pas prévu par le droit. La prise en compte du « caractère artistique » du texte de Dulac a seulement pu servir à établir le contexte dans lequel il a été écrit et transmis. Le fait que, malgré leur malaise, l’étudiante en charge de l’exposition et le directeur de l’École des arts visuels aient tous deux témoigné pour le ministère public a permis à ce dernier de souligner que des personnes bien au fait du « contexte artistique » ont pris le texte de Dulac au sérieux, qu’elles l’ont trouvé inquiétant précisément parce qu’il n’était « pas assez » contextualisé, et ce, même si d’autres l’ont trouvé drôle ou n’y ont vu qu’une parodie un peu maladroite.

Pour comprendre comment survient une telle traduction d’un régime de phrases à un autre, par quelles médiations et par qui s’opère la capture de l’art ou des artistes par l’appareil judiciaire, il est utile de procéder à des analyses institutionnelles soucieuses du climat psycho-politique dans lequel agissent ces « systèmes nerveux » que sont l’art et le droit. Pour Couture, une telle analyse fera remarquer que les images gore inquiètent plus la police à Montréal qu’à Laval. Pour Dulac, elle mettra en lumière que le directeur témoigne avoir contacté les services d’aide psychologique car il jugeait que son autorité était attaquée par l’étudiant à qui il avait demandé, au début du mois de mars, d’éviter les projets controversés. Une telle analyse force aussi à reconnaître que les services d’aide psychologique ont contacté le service de sécurité, qui a appelé la police, sans jamais rencontrer l’étudiant. Il faudrait expliquer cette « sortie » de l’Université. Il me semble que l’appel à une autorité extérieure témoigne d’une incapacité de l’Art-dans-l’Université à assumer le fait de dire « non », de refuser un projet et d’assumer ce refus.

 

Questions de souverainetés

L’analyse institutionnelle de la judiciarisation de l’art dans les cas de Rémy Couture et de David Dulac fait voir la délégation ou la confiscation de la compétence pour juger des œuvres. Dans le cas Dulac, il y va plus particulièrement de la compétence universitaire, ou de la compétence des universitaires pour juger des œuvres – et d’abord, de s’il y a œuvre ou pas – et pour décider du sort de leur auteur. Pour éviter de telles confiscations, à l’avenir, je crois qu’il faut prendre au sérieux cette proposition : surtout, n’appelez pas la police!

Ce qui est en jeu dans le fait de demander aux forces de l’ordre de prendre en charge le destin d’une œuvre ou de son auteur universitaire est la « souveraineté » de l’Université, son autonomie comme lieu d’enseignement, de recherche et de création. L’École des arts visuels où étudiait Dulac a renoncé à – ou s’est vu dépossédée de – sa souveraineté sur le jugement des œuvres produites sous son autorité, qui est en principe établie mais qui est en pratique fragile. Cela a commencé dès que le directeur a contacté les services d’aide psychologiques, qui agissent avec d’autres « services » (dont la sécurité) comme des forces extra- ou para-académiques dans l’Université, à la frontière poreuse qui sépare et relie son « dedans » à ses multiples dehors, dont l’art et le droit. Le texte de Dulac a dérangé ce « dedans » et Dulac lui-même a été expulsé de l’Université. Mais ce qui – ou qui – dérange a aussi été perçu comme un danger et on – qui donc? – a donc appelé la police. Cet appel a mené à une détention « préventive » de 116 jours! Pour prévenir de tels excès, ou du moins pour entrevoir ce qui se joue dans ces événements et commencer à réfléchir à comment il serait possible de les infléchir, je voudrais conclure en faisant entendre ce que Jacques Derrida a écrit dans L’Université sans condition au sujet d’une « immunité académique » comme pratique de l’hospitalité :

l’idée que cet espace de type académique doit être symboliquement protégé par une sorte d’immunité absolue, comme si son dedans était inviolable, je crois (c’est bien comme une profession de foi que je vous adresse et soumets à votre jugement) que nous devons la réaffirmer, la déclarer, la professer sans cesse – même si la protection de cette immunité académique (au sens où l’on parle aussi d’une immunité biologique, diplomatique ou parlementaire) n’est jamais pure, même si elle peut toujours développer de dangereux processus d’auto-immunité, même et surtout si elle ne doit pas nous empêcher de nous adresser au dehors de l’université – sans abstention utopique. Cette liberté ou cette immunité de l’Université, et par excellence de ses Humanités, nous devons les revendiquer en nous y engageant de toutes nos forces. Non pas seulement de façon verbale et déclarative, mais dans le travail, en acte et dans ce que nous faisons arriver par des événements[3].

Le « projet performatif » de Dulac exprimait peut-être un « processus d’auto-immunité » de l’Art-dans-l’Université, mais en acte, l’Université n’a pas su l’accueillir et le protéger – ou du moins, accueillir et protéger son auteur, à titre de chercheur. Qu’a-t-elle ainsi enseigné à ses étudiants, sinon qu’ils doivent craindre à leur tour de devenir autre chose que des adultes amorphes?

[1] Facsimile dans Karine Turcot, « Avorter : l’œuvre ou le procès? », Inter, art actuel, no 118, 2014, p. 50. L’orthographe original a été préservé.

[2] Sur le concept d’« appareil de capture », voir Gilles Deleuze et Félix Guattari, Mille Plateaux, Paris, Minuit, 1980. Sur les « régime de phrases », voir Jean-François Lyotard, Le différend, Paris, Minuit, 1983.

[3] Jacques Derrida, L’Université sans condition, Paris, Galilée, 2001, p. 45-46.

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Usage des mots-clés reliés à la grève étudiante sur Trahir: méta-analyse objectivée d’un métadiscours subjectif

Par René Lemieux | Université du Québec à Montréal

Le blog de Trahir fêtera le 1er mars son premier anniversaire. La revue, fondé en 2008 qui a commencé à publier des textes sur le Web en janvier 2010, en était à sa quatrième année de publication lorsqu’elle a décidé de se donner un blog pour faciliter les échanges avec son public. Même s’il n’avait pas été conçu pour la grève étudiante, les premiers mois de son activité ont été presque entièrement occupés à publier les textes qui porteront sur la grève.

J’ai été le responsable de la mise en ligne des textes, et c’est à ce titre que je voudrais participer au dossier « penser en grève ». Ce « titre » est celui d’une certaine subjectivité, celle qui a le rôle de catégoriser les textes à publier en leur apposant des « mots-clés » (ou tags) qui permettront à la fois un archivage efficace pour le curateur et une recherche rapide pour le lecteur. Afin de répondre à la question formulée par le dossier, à savoir qu’est-ce que c’est, penser en grève?, je tenterai d’examiner l’hypothèse suivante : les enjeux de la grève étudiante ne furent pas les mêmes au début et à la fin – ce qui relève d’une évidence –, mais plus encore, que ce que nous avons pu concevoir comme ce qu’était la « grève » est historiquement déterminé. C’est dire : 1) que le concept de ce qu’était objectivement la grève ne s’est pas formé dès le premier jour, 2) que les catégories permettant de comprendre la grève ont pris du temps à se former, et 3) que faire le bilan de la grève – ou penser en grève –, c’est d’abord revenir à la conscience qu’on en avait au moment où on la vivait.

Afin de démontrer ces trois propositions, je propose de revoir diachroniquement l’utilisation des « mots-clés » sur le blog de la revue Trahir durant la grève étudiante. Comme j’ai été le principal responsable de la mise en ligne des textes sur le blog, je sais qu’aucun travail d’uniformisation des mots-clés n’a été entrepris depuis (par manque de temps, disons…), ainsi donc, les données sont suffisamment objectives, même s’il s’agit de l’objectivation d’une subjectivité (celle, en l’occurrence, du responsable du blog, c’est-à-dire la mienne).

D’abord, quelques données statistiques sur les billets concernant la grève (la mesure de la « variable indépendante », le temps, est découpé selon les mois, chaque mois est divisé du 1er au 15, et du 16 à la fin du mois).

Graphique 1

Graphique 1

Dans le graphique ci-dessus, on constate qu’une grande partie de ces textes ont été publiés entre les mois de mars et juin 2012. Au début mai 2012, 50% des 80 textes qui seront publiés durant l’année 2012, relatifs à la grève, avait déjà été publié. À la fin juin, c’est 90% des textes qui seront publiés – je m’intéresserais donc aux 73 textes relatifs à la grève publiés entre le 1er mars et le 30 juin 2012.

Voici un deuxième graphique qui montre l’ampleur des textes sur la grève étudiante entre mars et juin :

Graphique 2

Graphique 2

On constate qu’au moins la grande majorité des textes portaient sur la grève, jusqu’à 100% au plus fort (de quoi? on le verra bientôt).

Le premier texte publié sur la « grève étudiante » (par Marie-Ève Bélanger) donne le ton à la série des mots-clés utilisés sur Trahir. Il s’agit du premier texte à utiliser « hausse des droits de scolarité » et « politique de l’université » (ce deuxième mot-clé faisait référence à une vieille thématique de Trahir qui n’a jamais vraiment abouti, mais qui était la question principielle du projet de Trahir à ses débuts, dès 2008). Des 16 textes publiés au mois de mars, plus de la moitié avait un rapport à la grève.

La deuxième moitié du mois de mars, on verra une première série de photos de manifestation (et le premier « portfolio » sur Trahir, par Mathieu Gagnon, pour la manifestation du 22 mars), et on lira le texte le plus lu sur Trahir jusqu’à ce jour, par Olivier Roy. Un troisième mot-clé « métacatégoriel » sera utilisé pendant le mois de mars, « université », tout simplement.

Dans la première moitié du mois d’avril, un nouveau mot-clé apparaît : « judiciarisation » et « endettement », et on commence à s’intéresser aux médiasà Twitter et à Richard Martineau – il est la première « personnalité » associée à la grève à être mentionnée par un mot-clé (ce n’était toutefois pas la première référence à Martineau, il avait déjà été mentionné auparavant –, aux sophismes et à la rhétorique. On y verra aussi le débat épique entre Frédéric Mercure-Jolette et Éric Martin sur la gauche, et la première pétition partagée sur Trahir. Les mots-clés « droite » et « fascisme » feront aussi leur apparition dans une lettre de Martin Parrot adressée au journal Le Soleil.

La deuxième moitié du mois d’avril voit apparaître les mots-clés « démocratie »« mobilisation internationale » (avec une série de photos de Belgique), mais aussi « violence » (qui sera de plus en plus utilisé, surtout pendant le mois de mai) et « brutalité policière » avec l’« événement » du Plan Nord. À cet égard, il est intéressant de constater la personnification et l’événementialisation accrues de la grève (qu’on peut repérer à l’usage des majuscules dans les mots-clés). Au total, huit personnalités seront mentionnées en mots-clés, en ordre d’apparition après Richard Martineau : Gabriel Nadeau-Dubois et Jean Charest (fin avril), Alain Dubuc et Maxence Valade (début mai), Anarchopanda et Éric Martin (fin mai), et Christine Saint-Pierre (début juin); et quatre événements majeurs : le Plan Nord en avril, Victoriaville et la Loi spéciale 78 en mai, et finalement le Grand Prix en juin. Voici un graphique récapitulatif de cette tendance, en comparant les textes portant sur la grève comportant dans ses mots-clés une personnalité et/ou un événement et ceux qui n’en avaient pas :

Graphique 3

Graphique 3

Ce graphique montre qu’à partir de mai 2012, les textes s’intéresseront majoritairement à des personnes, mais surtout à des événements marquant. « Victoriaville » est à cet égard un moment charnière de la grève étudiante.

Le début du mois de mai sera de loin le plus occupé, notamment avec les textes sur la manifestation à Victoriaville. C’est aussi la première fois qu’on voit un genre nouveau de textes, les témoignages et les récits (alors qu’auparavant, il s’agissait majoritairement de lettres d’opinion et de lettres ouvertes). On voit aussi apparaître les mots-clés « infantilisation », « désobéissance civile », mais surtout ce « méta »-mot-clé : « grève étudiante ». Durant les mois de mars et d’avril, on parlait encore de « hausse des droits de scolarité » ou même d’« université », à partir de mai, on parlera métadiscurssivement de « grève étudiante » :

Graphique 4

Graphique 4

Qu’est-ce que ça veut dire? Eh bien, que le syntagme « grève étudiante » compris comme formule métadiscursive n’est pas apparue dès le début de la grève. Au départ, l’enjeu premier de la grève étudiante était la hausse des droits de scolarité ou encore le financement des universités, mais à partir de mai, l’enjeu de la grève, c’est la « grève ». Ça ne signifie pas que la grève n’était pas énoncée avant mai – bien évidemment –, mais c’est à ce moment qu’elle porte en elle la nécessité de parler d’elle-même. Autrement dit, je suggérerais que c’est à partir de ce moment qu’il y a volonté d’archiver la grève, qu’on sent qu’elle ne pourra pas durer. Et en effet, c’est à ce moment-là que des initiatives d’archivage ont lieu, par exemple ses images, dans une multitude de blogs.

La fin du mois de mai verra de nouveau mots-clés souvent reliés à la violence et à la Loi spéciale 78, comme « État », « résistance », « casseroles », « dictature ». Avec le grand événement du mois de juin, le Grand Prix, on pourra voir apparaître « merde », « manufestation » (notamment avec le portfolio le plus consulté sur Trahir, de Mathieu Gagnon), et « carré rouge » pour la première fois avec une lettre collective dénonçant Christine Saint-Pierre.

Au-delà de la simple constatation d’une subjectivité qui tente de proposer un classement à une multiplicité qui n’était pas toujours cohérente, il est intéressant de constater qu’il se forme des liens souvent inconscients entre des séries de méta-termes qui se voulaient classificatoires (donc neutres). Par exemple, il est fascinant que « fascisme » précède « démocratie », et que « État » suit de peu « violence ». Il y a aussi des effets du hasard qui prennent après coup le sens d’une nécessité, par exemple, le seul poème relié à la grève étudiante sera publié au même moment où la violence devient un enjeu dans les textes publiés, ce qui n’est peut-être pas si anodin.

En relisant les 80 textes de la grève, je me suis rendu compte qu’à aucun moment j’ai pensé ajouter – pour ne donner qu’un exemple – le mot-clé « gratuité scolaire », expression qui a pourtant été énoncée à quelques reprises dans les textes sur la grève. Comment se fait-il que je n’ai pas été conscient de sa présence? Est-ce là un effet subjectif du discours dont je serais le seul responsable? Certes, peut-être n’ai-je pas été assez attentif au discours, mais qu’est-ce qu’un discours – c’est-à-dire ce lieu où peut avoir lieu une parole –, sinon justement un effet de subjectivité qui se montre objectivement. Toute parole nécessite des conditions de possibilités – sociales, politiques, etc. – qui lui permettent non seulement d’être énoncée, mais d’être entendue. Le mot-clé catégorisant est, je pense, le reflet de ce que je pouvais écouter structurellement lors de la grève, et je n’ai probablement pas été le seul dans cette situation. On parlait de la grève étudiante depuis le début, mais l’écoutait-on? Est-ce si étonnant, en ce début de la deuxième journée du Sommet sur l’enseignement supérieur du ministre Pierre Duchesne, que la « gratuité scolaire » devienne un de ces énoncés qui se font de plus en plus phoniques, désormais rendus articulables dans la structure du discours?

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Énième article sur la productivité académique

Par Pierre-Alexandre Fradet, Université de Montréal | le texte est disponible en format pdf

Partition de 4ʼ33ˮ de John Cage.

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Classé dans Pierre-Alexandre Fradet

Appel à contributions: Dossier « Produire académiquement »

Kazimir Malevitch, Carré blanc sur fond blanc, huile sur toile, 80 cm x 80 cm, 1918.

Des dizaines de livres, des centaines d’articles, des charges d’enseignement, des séjours de recherche, des cours sur invitation, des responsabilités éditoriales, administratives, directionnelles, des subventions, des distinctions, des interviews, des conférences, des conférences, encore et toujours des conférences : il n’est plus rare de rencontrer sur un CV académique des informations de ce genre et de cette ampleur. On rapporte souvent que faute de savoir avec précision et certitude ce qui définit un bon chercheur, en particulier en arts et en sciences humaines, il faut, pour l’évaluer, considérer ce dont il est capable quantitativement.

Quels sont les effets de ce primat du quantitatif ? L’université a-t-elle fait naufrage, comme le suggérait Michel Freitag ? Est-il possible de donner raison à ceux qui produisent beaucoup dans la mesure où l’on peut produire vite et bien et où il y a une infinité de sujets sur lesquels il est urgent de réfléchir ? Quels sont les croisements possibles entre la connaissance universitaire et les autres modes de production du savoir ?

Les textes accueillis ici pourront être soumis autant par des auteurs qui souhaitent ajouter une ligne à leur CV que par des individus qui n’évoluent pas dans la sphère académique. Contactez-nous!

Article disponible :

Pierre-Alexandre Fradet, « Énième article sur la productivité académique », février 2013.

Responsable : Pierre-Alexandre Fradet | Université de Montréal

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Classé dans Pierre-Alexandre Fradet, Trahir

Appel à contributions: Dossier « Penser en grève »

Le 13 février dernier a marqué le premier anniversaire du déclenchement de la grève générale illimitée de 2012. Celle-ci a donné, continue et continuera probablement à donner lieu à la composition d’une quantité étonnante d’énoncés. À titre d’exemple, le blog de la revue Trahir, qui fêtera son premier anniversaire le 29 février prochain, a publié quelque 40 billets directement sur la grève étudiante (52 pour la hausse des droits de scolarité). L’ensemble des énoncés produits – écrits, dits, mais aussi pensés – est strictement innombrable.

Photo © Raphaël Ouellet

Chose remarquable, plusieurs de ces énoncés démontrent une réflexivité certaine, une attention aiguë aux conditions de la pensée, du discours, de l’écriture et de la mise en image. Dans Trahir, par exemple, dès le 2 mars 2012, un billet s’intéressait au rôle des « histoires personnelles d’étudiantes et d’étudiants » dans la couverture médiatique des événements. Depuis cette date, plusieurs livres ont été publiés au sujet de la grève. Un long-métrage documentaire est maintenant disponible en ligne. On peut croire que quelques thèses s’écrivent déjà… Nombre des énoncés produits ont contribué, contribuent ou contribueront à penser la grève. Toutefois, plusieurs autres ont semblé, semblent ou sembleront tenir de la non pensée. Qu’est-ce qui distingue ces deux séries d’énoncés? Que veut dire penser la grève?

Trahir invite les contributions qui cherchent à penser les rapports entre la grève et la pensée, au passé, au présent ou au futur. Qu’a pu vouloir dire penser en grève, penser la grève en train de se faire? Puis penser la grève passée? Peut-on envisager de se remettre, de repenser – sinon de repasser – en « mode grève »?

Toute contribution (entre 400 et 1500 mots) sera évaluée par notre comité de lecture. Contactez-nous!

Textes disponibles:

Simon Labrecque, « Comment vous êtes, toi et tes journées? » Penser et panser ameuté, février 2013.

René Lemieux, Usage des mots-clés reliés à la grève étudiante sur Trahir: méta-analyse objectivée d’un métadiscours subjectif, février 2013.

Responsable : Simon Labrecque | Université de Victoria

2 Commentaires

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Que peut-on attendre des États généraux sur l’éducation?

Dans la continuité de l’appel de textes sur « La politique de l’université », le blog de la revue Trahir veut savoir ce que ses lecteurs pensent des États généraux sur l’éducation – présenté comme un « forum » – du gouvernement Marois. La grève étudiante n’a certainement pas épuisé toutes les questions sur l’enseignement supérieur que ses acteurs se posent depuis de nombreuses années. C’est peut-être exactement l’inverse qui s’est produit: toutes les questions sur l’institution se sont résumées à celles sur son financement, et une dichotomie s’est construite entre d’une part les « étudiants » et de l’autre les « contribuables », ce qui a eu pour effet d’empêcher une véritable problématisation de l’éducation supérieure au Québec.

Nous voudrions, avec nos lecteurs, entamer un dialogue sur ce qui, jusqu’à maintenant, est resté ignoré, tant du côté du gouvernement que des associations étudiantes. Quels devrait être les enjeux discutés lors des États généraux? Quels intervenants devraient y être invités? Peut-on être optimiste sur ce nouveau lieu de débat? Ce lieu saura-t-il être adéquat pour tenir ce dialogue? Devrait-on penser à investir d’autres lieux? Allons-nous y perdre notre temps?

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Le « printemps érable » – Intervista a Éric Martin

Di Lucio CastracaniDavide Pulizzotto, pubblicata la prima volta su Uninomade

Université Inc., Lux Éditeur.

Éric Martin è un professore di filosofia di un liceo di Montréal e ricercatore di un Istituto di ricerca indipendente (IRIS), nonchè dottorando all’università di Ottawa. Abbiamo scelto di intervistarlo perchè autore di un libro che ha ispirato il movimento. Nonostante non possa definirsi rappresentativo del pensiero di 200.000 student*, Université inc., scritto insieme a Maxime Ouellet, racchiude le principali argomentazioni contro l’aumento delle tasse e le politiche neoliberiste del Governo Charest. L’intervista è divisa in due parti. La prima ha l’intenzione di far sentire che tipo di atmosfera si respira qui in Québec da circa 110 giorni, attraverso la voce di Éric. La seconda verterà invece su alcuni punti critici del testo, con il tentativo di far trapelare i concetti, il pensiero e il tipo di filosofia che vibra in questo Québec in rivolta.

Puoi spiegarci quali sono i contenuti politici dell’aumento delle tasse universitarie? 

La decisione del governo segna la fine di un modo di pensare l’università. Qui in Québec il modello era molto più vicino a quello social-democratico europeo che al modello anglofono. La ministra Beauchamp, in seguito dimessa, parlava di una rivoluzione culturale: “branchement” (connessione) dell’università alle aziende, crisi della libertà accademica, addossamento dei costi formativi ai singoli individui.

Il comportamento del ministero dell’educazione del primo ministro Jean Charest è stato fin dall’inizio di chiusura, di rigidità e soprattutto di disprezzo. Durante tutto il conflitto hanno lasciato che la situazione degenerasse e, talvolta, hanno fatto delle false proposte che, alla fine dei conti, si presentano meglio come degli insulti. Ad esempio, la proposta di spalmare l’aumento delle tasse dai cinque ai sette anni, ma che, con il calcolo di alcune variabili quali l’inflazione, aumenta dai 1625 $ previsti ai 1776 $. Un solo anno accademico di 30 crediti costerà agli studenti 3793 $, senza alcuno sconto e con un maggior indebitamento e un sistema di borse meno efficiente.

Poi hanno pensato di istituire delle commissioni per la valutazione delle eccellenze, e dei meccanismi di assicurazione qualità, ma che di fatto sottostanno a logiche di mercato. Le commissioni sottometteranno le università alla valutazione di esperti che agiscono secondo criteri di pertinenza e di qualità basati sul Processo di Bologna, altra ispirazione del governo del Québec. É chiaro che qui si vuol cambiare verso i modelli universitari anglofoni ed europei post-Bologna, assoggettando il sapere ad una spregiudicata, rude e selvaggia gestione neoliberale. É il neoliberismo che stiamo combattendo. Anche per questo il clima è diventato violento.

Cosa pensi della repressione poliziesca? 

La situazione è molto difficile, ci sono persone che hanno perso gli occhi a causa dei lacrimogeni e dei proiettili di plastica, altri studenti con il braccio, la gamba o la la testa rotti. Qui non siamo abituati ad una tale repressione. Il clima è veramente degenerato. Ma non c’è solo la violenza poliziesca che stiamo subendo, ma anche quella politica e giudiziaria. I tribunali sono entrati nel dibattito politico attraverso l’utilizzazione del diritto e sancendo il ritorno in classe per alcuni licei. É un modo per depoliticizzare il movimento. Lo stesso Governo e il CREPUQ (Conferenza dei Rettori Universitari del Québec) hanno sempre cercato di criminalizzare il movimento e, invece di parlare di uno sciopero, lo accusano di boicottaggio dei corsi. I professori sono quindi costretti a ritornare ad insegnare nonostante lo sciopero da loro stessi votato. Ogni forma di solidarizzazione con gli studenti è repressa dalla polizia con cariche violente. Viviamo un periodo di disprezzo totale per la loro professione. Anche tra gli studenti, ovviamente quelli a favore dell’aumento. Molti fotografano i loro docenti per denunciarli, per fargli prendere delle multe o farli arrestare. Molti li accusano di essere comunisti, come se fosse un’aggravante. Qui non si tratta di rivoluzione, ma di accesso gratuito all’educazione.

Perché l’educazione è un diritto e dev’essere gratuita? 

Per definizione la conoscenza non è mercificabile, la sua logica di circolazione e di produzione è la cooperazione. Quando imponiamo il segreto industriale e mettiamo dei brevetti, impediamo la possibilità della conoscenza di fiorire. Come Spinoza diceva, la conoscenza è l’unico bene che una volta condiviso, non diminuisce ma aumenta. É un bene che non è assoggettato a logiche di scarsità. Quando mettiamo un prezzo alla conoscenza, freniamo le condizioni stesse della sua produzione e lo sviluppo del pensiero.

Questo è il più grande movimento studentesco del Québec. Più grosso e duraturo di quello del 2005, che inaugurò i “carrés rouges”. Cos’è cambiato? 

Ero studente nel 2005. C’era lo stesso governo Charest ma era più conciliante all’epoca. Il problema era differente. Il governo voleva tagliare le borse e i prestiti studenteschi per l’aiuto finanziario. Avevamo il consenso totale della società quebecchese, poiché un taglio di quel genere avrebbe escluso un’ampia fetta della popolazione dall’accesso all’educazione. Era un problema più semplice.

Con l’aumento delle tasse la posta in gioco è più nevralgica. È una componente strutturale del neoliberalismo, e il governo ci tiene particolarmente. Ricordiamoci che è il partito liberale che governa da diversi anni. Il problema principale è inoltre che, nel corso degli ultimi anni, c’è stato un grande sforzo di propaganda, da parte dei media e del governo, per difendere l’aumento delle tasse e incidere sull’opinione pubblica. Hanno cercato di difendersi dicendo che prestiti e borse ridurranno l’impatto dell’aumento dei costi universitari. Ma ciò è difficile da dimostrare. Nel breve termine, forse, non si noterà molto il tipo di indebitamento a cui gli studenti devono abituarsi. Ma a lungo termine la situazione cambia notevolmente e le cifre sono esorbitanti. Ma ciò che non si dice è che si tratta di una vera e propria privatizzazione dell’educazione superiore, la quale cambia anche in maniera perversa la finalità dell’università. In particolare, come si diceva, attraverso il “branchement” delle formazione alle corporazioni sotto l’unico imperativo della crescita del capitale. Il problema è la missione, il ruolo e la natura dell’università, che non può cambiare per il profitto del capitalismo.

La differenza tra il 2005 ed oggi è l’ampiezza del movimento, le reazioni del governo ma soprattutto il problema di fondo, che oggi è l’affermazione del neoliberalismo in Québec. Abbiamo l’impressione di affrontare un mostro inflessibile.

Possiamo dire che si tratta di una resistenza che studenti, professori e ricercatori, ma anche lavoratori, pongono alle politiche neoliberali di privatizzazione del settore pubblico? 

Sì, certo. Il ministro delle finanze dice chiaramente che gli studenti non sono né i primi né gli ultimi a subire tutto ciò. Si tratta di una rivoluzione culturale in tutti i settori. Nel sistema medico, ad esempio, hanno preannunciato che i cittadini dovranno assumere la mentalità per cui la sanità è un servizio a pagamento. È un’azione trasversale a tutti i settori. La forza degli studenti è di organizzarsi e di mobilitarsi, mentre la maggior parte dei lavoratori sindacalizzati, tra cui anche i professori, non possono a causa delle leggi che gli impediscono di scioperare. La “legge speciale 78” ha come obiettivo proprio la repressione giuridica e poliziesca di questa potenza.

Gli studenti hanno avuto una libertà di movimento e di mobilitazione che li rendeva capaci di sostenere e portare avanti questo movimento. Ma la legge sta risultando inefficace, perché ci sono sempre più studenti e lavoratori che scendono in strada e si uniscono al movimento. Se il governo vince questa resistenza, spalancherà la porta all’austerità in tutti i settori pubblici.

Recentemente gli studenti hanno manifestato anche contro il Plan Nord(1).

I rettori delle principali università di Montréal mettono a disposizione di Charest i propri ricercatori e professori per il cosiddetto “Plan Nord”. Hanno domandato ai ricercatori, che normalmente dovrebbero essere liberi e critici della società, di implicarsi loro stessi nello sfruttamento minerario. Questo è un esempio di “branchement” tra il pensiero libero, l’università, il sapere e l’accumulazione capitalista, le corporazioni ed il governo, che compongono una sorta di tripla ellissi azienda-governo-università, per alludere a The New Production of Knowledge, di Michael Gibbons, et altri. Il solo scopo adesso è di attirare il capitale straniero per distruggere le risorse comuni del Québec. Il “plan Nord” è un’espropriazione. Inoltre il governo non vuole discutere, dice che è stato già deciso. È un progetto di sfruttamento delle miniere ed il problema è che il “branchement” tra università, azienda e Governo esclude ogni sorta di pensiero critico.

Per giudicare lo spessore morale di Charest basti pensare alla battuta di spirito che ha fatto ridere pochi sostenitori del partito liberale, durante il convegno sul Plan Nord. Quel giorno c’erano molte persone che manifestavano fuori dal Palazzo dei Congressi che, alla fine, sono state represse violentemente dalla polizia. In quell’occasione Charest ha detto: “Si vede che il Plan Nord sta avendo successo. Ci sono già migliaia di studenti fuori, a cui possiamo trovare un lavoro al nord”. Il riferimento ai gulag stalinisti mi fa ancora accapponare la pelle. La critica la mandiamo al nord, affinché possiamo svolgere tranquillamente i nostri affari. È un’attitudine autoritaria. Il disprezzo è evidente, così come l’idea di mettere i servizi pubblici ed i territori al servizio delle corporazioni.

Durante le manifestazioni, abbiamo visto molte bandiere del Québec. Poi abbiamo ascoltato discorsi sulla lotta di classe, anche dai porta parola della “Classe” (la principale coalizione di associazioni studentesche del movimento). In che modo le istanze di classe e quelle nazionali si ritrovano e sembrano convivere nello stesso movimento? 

Il Québec è stato sempre in una posizione difficile. Negli anni ’60 un grande movimento indipendentista si poneva la questione: ci leghiamo alla lotta di classe o ad un progetto nazionalista borghese? La tendenza che ha vinto è la stata la seconda, quella di un “Québec Inc”, una piccola borghesia che non ha messo in questione il capitalismo. Ma l’indipendenza dal Canada conservatore, oggi, non significa fare del denaro. Gli studenti hanno ritrovato la direzione degli anni ’60, quella in cui socialismo e indipendenza, nazionalismo e marxismo cercavano di convivere. La critica al capitalismo deve basarsi sulla riappropriazione del comune, dell’uno-comune, ma non in una prospettiva razzista o xenofoba, o elitaria; bensì in un senso socialista. Quello che è importante non è l’economia, ma la condivisione.

Il testo di Éric, Université Inc. Des mythes sur la hausse des frais de scolarité et l’économie du savoir, riesce a smontare, in maniera sistematica e intelligente, gli otto miti per mezzo dei quali si cerca di influenzare l’opinione pubblica ed argomentare a favore di un aumento delle tasse giusto e inevitabile. In un qualche modo il testo urla che il re è nudo: il sottofinanziamento delle università è una bugia; l’aumento delle tasse ridurrà l’accesso all’università; la compensazione delle borse di studio per i più poveri non basterà a garantire il diritto allo studio; non è giusto che i medici si indebitino di più rispetto agli storici; l’investimento sul “capitale umano” è una retorica neoliberista che non coincide con la natura del sapere; non è vero che pagare meno un corso di laurea ne diminuisce il valore; le donazioni di privati e il servizio delle fondazioni minacciano l’indipendenza delle università; infine, non è vero che la commercializzazione della ricerca universitaria pagherà il sistema universitario nella sua totalità. Ricordiamo che il Québec è un’isola felice in un oceano di università che si rifanno al modello anglofono nordamericano. È l’anomalia gioiosa del Nord America, da sempre più vicino ai modelli di welfare europei.

Dietro queste contro-argomentazioni ci sono due o tre punti chiave che, in maniera trasversale, costituiscono l’interpretazione globale del testo. In particolare, l’idea di un umanismo rinnovato che sia alla base del concetto di università. Come rispondi allora alle critiche antispeciste, femministe e anti-imperialiste? Non credi che l’idea di una civiltà rinnovata a partire dal concetto di uomo, e non da quello di bene comune, per esempio, sia portatrice di una serie di valori, come l’antropocentrismo o l’occidente-centrismo, che dovrebbero essere invece superati? 

Bella domanda, grazie. Cercherò di rispondere al meglio. Per il momento assistiamo ad una strumentalizzazione dell’università, mossa da una razionalità tecnico-scientifica che si vuole al servizio della crescita del capitale. Si tende ad espellere la cultura in quanto tale, giungendo cosi ad una particolare forma di barbarie: un insegnamento rude, di bassa qualità e assoggettato a logiche di mercificazione del sapere. Questo si deve combattere e per farlo bisogna ritornare ad un altro ideale, che raccolga l’idea di una vera università, che ricordi la sua vocazione e il suo principio, ovvero l’Universitas magistrorum et scholarium. Bisogna ritornare all’universale, anche se ciò non vuol dire che intendiamo o possiamo raggiungerlo.

Io sono un allievo di Michel Freitag. Per lui, la dinamica del sapere doveva armonizzarsi all’interno di una tensione tra l’universalità e il suo ideale. In questo senso, l’università dovrebbe rincorrere il suo ideale, che è l’universale. Tuttavia, questa dinamica pone il sapere in un costante lavoro di critica e messa in discussione di se stesso. Quello che si pensa di sapere sull’uomo e il suo rapporto con la natura e il mondo non è mai una conoscenza completa e definita. Non esiste la fine della storia e, per me, ricercare un nuovo umanismo significa sapere che non lo si troverà mai. Quello che è necessario è un ritorno ad una ricerca dell’umanismo, che servirà a costruire un insegnamento di qualità. Ciò non significa, ripeto, che questi programmi di studio non devono essere criticati o non devono essere messi in discussione da critiche più attuali quali il rapporto uomo-donna, per esempio, o le ricerche anti-coloniali, o ancora il legame tra uomo e natura. Queste erano delle problematiche che, effettivamente, il vecchio umanismo antropocentrico ha sempre voluto trascurare.

In realtà, è proprio Marx che ci aiuta a comprendere questo cammino. In particolare quando diceva che l’essere generico dell’uomo è di produrre nel rispetto di se stesso, degli altri e della natura che lo circonda. Queste piste e l’apporto delle teorie critiche potrebbero arricchire il concetto d’universale e d’umanismo, che rimarranno sempre a lavoro su loro stessi. Il sapere è un work in progress, ma che cerca di cogliere il giusto rapporto tra l’uomo e il mondo. Non si può criticare il sapere sostituendo la ricerca dell’universale con l’assoggettamento al capitale. Bisogna riportare la cultura e il sapere nella propria dimora e cercare di definire questo essere in comune nel mondo. Questo dovrebbe essere il ruolo delle università. Al contrario ci prepariamo al suicidio delle società.

Un altro elemento chiave del libro è proprio il ruolo dell’università. Nella prima parte del libro si argomenta contro la retorica del sottofinanziamento delle università, che giustificherebbe questo aumento delle tasse. La contro-argomentazione si incentra invece sull’idea di un mal-finanziamento, che aiuterebbe a spiegare le ragioni di un congelamento della retta universitaria. Il problema è che il concetto di ricerca viene ridimensionato a favore del concetto di insegnamento e di trasmissione del sapere. In parole povere, si dice che la causa del mal-finanziamento sia un sovra-finanziamento nella ricerca. Non credi che sia pericoloso argomentare contro un’università della ricerca, in quanto fulcro del concetto di università neoliberista, e a favore invece di un’università dell’insegnamento, come dimora del sapere nel nuovo umanismo? 

Sono convinto che il ruolo delle università sia di trasmettere il patrimonio comune dell’umanità e di sviluppare un pensiero critico. Ciò significa che l’insegnamento è prioritario. La ricerca deve essere solo libera ed indipendente e mai una ricerca strumentalizzata o mercificata. Il sottofinanziamento è una mensogna creata ad hoc dal CREPUQ (Conférence des recteurs et des principaux des universités du Québec), che non calcola mai per intero l’afflusso totale di denaro che arriva alle università. Invece in Québec c’è una spesa media per studente che supera di gran lunga la media del Canada anglofono e del Nord America in generale. Questo dimostra che i rettori si lamentano con la bocca piena. Il vero pericolo del mal-finanziamento è che il potere dominante possa distorcere il senso della questione per trarne vantaggio. Allora potremmo trovarci di fronte a nuove forme di gestione delle università che, in nome dell’efficienza e del profitto, assecondino la privatizzazione e il controllo del sapere, tagliando magari su programmi di studio poco inclini alla commercializzazione, come i saperi umanistici. Per questo motivo ritengo sia utile mostrare che la maggior parte del denaro pubblico va alla ricerca a non all’insegnamento; che ci sia una ineguaglianza tra programmi di studio più redditizi e programmi meno commercializzabili (per esempio medicina veterinaria vs letteratura); e che infine anche tra università più eccelse e meno eccelse ci sia questa disparità di finanziamento, allora che “University McGill” riceve 30.000 $ di denaro pubblico per studente, mentre L’“Université du Québec à Rimouski può contare sulle misere 9.000 $ per studente. La questione del finanziamento deve rispondere a criteri che sono inerenti all’educazione e alla formazione, e non a logiche di libero mercato. Prima di decidere le politiche di finanziamento delle Istituzioni del Ministero dell’Educazione bisogna chiedersi a cosa serve l’università e qual è la sua vocazione e il suo ruolo all’interno della società. Ciò significa slegare il finanziamento pubblico universitario dalle logiche imprenditoriali del libero mercato. Lo Stato dovrebbe perseguire il bene comune, appunto, e non soltanto l’interesse privato di qualche imprenditore.

Un capitolo del testo è dedicato al concetto di capitale umano, definito come una retorica antipedagogica che serve a disciplinare gli individui. Poi si specifica in che modo proprio l’indebitamento degli studenti sia una delle cause principali di disciplinamento stesso del sapere. Facendo allusione alla definizione di Foucault sui “corpi docili”, si può parlare oggi di un “sapere docile” come mezzo attraverso il quale il potere domina le soggettività? 

L’indebitamento degli studenti è il principale mezzo di assoggettamento. I giovani sono costretti a ragionare in termini utilitaristici e d’investimento personale, come se fossero dei piccoli imprenditori di se stessi. C’è tutta una cultura dietro che supporta questo tipo di ragionamento e che socializza i giovani all’idea che l’educazione serva alla ricerca di un impiego, che sia un atto individuale e non collettivo, che sia un percorso di miglioramento del proprio saper-fare e non più un percorso di formazione di un bagaglio culturale. Degli studenti mi hanno raccontato di essere andati ad una serata di gala per la fine dell’anno accademico in cui, dopo la resa pubblica dei risultati dei miglior studenti, si è svolta una conferenza i cui relatori erano soltanto imprenditori o delegati di grandi imprese. Si tratta di diffondere una emulazione dell’investitore e dell’imprenditore, un attitudine all’“Io inc.”. Se guardiamo alcune campagne pubblicitarie delle Università di Ottawa, per esempio, lo slogan di base è: “I’m investing in myself”. C’è un immaginario dello studente come investitore di se stesso, che supera così la questione dell’indebitamento e che si basa sulla finanziarizzazione di se stessi. Per le banche che partecipano alla finanziarizzazione dell’economia, il debito degli studenti diventa una fonte di speculazione: un prestatore investe sulla formazione di alcuni individui per trarre profitto dal loro salario futuro.

Del capitale umano già Marx ne parlava nel 1859 in maniera assai critica, svelandone la subdola retorica manipolatrice al servizio del capitalismo. Fu l’utilizzazione di Stalin che rovesciò la connotazione del concetto da negativa a positiva, e che affermò “l’uomo come il capitale più prezioso, la cui utilizzazione, cosi come quella delle macchine, doveva essere razionalizzata; al fine di produrre una grande crescita delle forze produttive”. Mi pare che sia assai inquietante vedere che un termine di Stalin venga ripreso dall’OCSE e diffuso ideologicamente dai media mainstream e dalla politica partitica.

Quindi i fallimenti vengono percepiti come un fallimento personale… 

Sì, come una perdita in borsa. È un gioco di rischi e scelte razionali, di cattivi investimenti e buon calcoli, di scelte di portafoglio. Siamo di fronte alla finanziarizzazione della vita. Lagovernamentalità di Foucault ci basta per capire come oggi il neoliberalismo e il capitalismo governino per mezzo della libertà. Si dice che gli esseri sono liberi, ma poi si pongono tutta una serie di restrizioni che, di fatto, alienano la libertà. Gli studenti vivono quindi l’incubo del debito, della pressione, del calcolo del tempo, etc. Il neoliberalismo vuole un uomo nuovo, che non è un nuovo umanismo, ma una matematizzazione ed economicizzazione dell’esistenza. È un impoverimento enorme della cultura.

Ultima domanda. Nel testo è evidente una dura critica al capitalismo cognitivo, considerato una ideologia al servizio della mercificazione del sapere e della strumentalizzazione economica e finanziaria degli student*. Ci chiediamo se invece proprio l’analisi del capitalismo cognitivo e delle trasformazioni del lavoro post-fordista, insieme al lavoro critico condotto in Francia e dai post-operaist* italian* non sia la lente attraverso la quale analizzare le politiche neoliberiste. Perché è evidente che i soggetti e le conoscenze sono diventati il capitale fisso delle aziende. Il capitalista ha perso la funzione di organizzare il lavoro e fornire i mezzi di produzione. Il lavoro vivo e il lavoro morto si ricongiungono nei corpi. È possibile allora, secondo te, ribaltare la questione, dicendo che tutto ciò, il sapere, gli affetti, le relazioni, i corpi, fanno parte del comune, e non più del privato o del pubblico? Di quel comune che tanto ricerchiamo? È possibile, per concludere, argomentare, attraverso il capitalismo cognitivo e l’idea che il sapere sia un bene comune, a favore del libero e gratuito accesso alla formazione? 

Veramente una bella domanda. Secondo me, l’economia del sapere è uno stadio del capitalismo il quale, per continuare a creare valore, cerca di razionalizzare e valorizzare la formazione della mente e la formazione della manodopera; al fine di rendere flessibile la mente e farla coincidere con l’ibridazione post-fordista. In fin dei conti, l’economia del sapere è una locuzione ideologica che designa il capitalismo avanzato, in crisi, che ha bisogno dell’eredità che Marx chiamava “morale-storica” e della privatizzazione della dimensione simbolica della produzione umana per creare un valore.

Per quanto riguarda Negri e gli operaisti, con il rischio di portarvi dispiacere, credo che facciano un errore fondamentale. Hanno la tendenza a valorizzare molto le singolarità autoproduttive e l’idea che l’unico problema sia l’Impero, e che una volta sconfitto, il comune si dia in maniera autonoma e immediata, attraverso l’esperienza della sua produzione copiosa. Io sono piuttosto hegeliano-marxista, il mio lavoro parte da una analisi del capitalismo intesa come una forma di mediazione sociale. Questa mediazione non risiede solo in un potere esterno, ma è anche una forma di rapporto sociale che esiste all’interno della classe operaia. Per me è inconcepibile che la moltitudine si offra immediatamente a se stessa, e che non sia già strutturata essa stessa da una forma di mediazione feticista del rapporto sociale, ovvero il lavoro astratto. Per cui il ritiro del potere dominante non pone le condizioni per la determinazione di un soggetto puro, che si offre a se stesso attraverso una autoconoscenza di se stesso. Bisognerebbe invece intraprendere una critica del valore astratto e della forma-valore come forma di mediazione sociale, che implicherebbe una critica del lavoro e, anzi, la sua stessa abolizione. Naturalmente l’abolizione del lavoro astratto e dunque del valore astratto. Il fine è di raggiungere un concetto non astratto della ricchezza reale. Dopo di che, bisognerebbe pensare ad altre forme di mediazione e di istituzioni che creino le condizioni di una libera condivisione della conoscenza. Ciò però non si basa solo sull’idea dei software liberi e dell’open source, ma sull’idea di un’istituzione delle mediazioni sociali, in senso hegeliano, che abbiano il ruolo di ricreare dei rapporti non feticizzati. Dunque produrre dei legami sociali non feticisti, di cui la principale caratteristica sarebbe nell’ordine della gratuità e del dono. La lettura spinozista-marxista anti-giuridica, qui penso ad Anomalia Selvaggia di Negri e alla prefazione di Deleuze, critica violentemente Hegel e la tradizione giuridica. Secondo me, purtroppo, una società del dono dev’essere istituita. Ad un certo punto bisogna pensare al momento del diritto e dell’istituzione. Il comune non si dà attraverso delle connessioni libere tra singolarità autoproduttive, ma questo deve essere piuttosto istituito. La mediazione hegeliana è indispensabile e, secondo me, se Marx avesse avuto il tempo di scrivere la sua teoria positiva dello Stato, forse, avremmo potuto intravedere una migliore articolazione tra la struttura hegeliana e quella di Marx.

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(1) Il Plan Nord è un programma economico di sfruttamento delle risorse naturali (minerarie, forestali e di gas) del Grande Nord del Québec, e in particolare le regioni di Côte nord e Saguenay-Lac-Saint-Jean. Oltre alla privatizzazione delle risorse naturali, citata da Eric, il piano prevede anche l’espropriazione dei territori di alcune popolazioni autoctone. Per tale motivo, gli Innu e gli Anishnabe si sono schierati contro il programma.

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