Sur quelques inexactitudes parfois dommageables – lecture « sensible » de Bonjour! Kwe! À la rencontre des langues autochtones du Québec de Caroline Montpetit

Critique de Bonjour! Kwe! À la rencontre des langues autochtones du Québec de Caroline Montpetit, Boréal, 2022.

Par René Lemieux, Université Concordia | ce texte est aussi disponible en format pdf

Caroline Montpetit est journaliste. Dans Le Devoir elle a fait il y a maintenant cinq ans une série d’articles sur les langues autochtones du Québec. Un article par langue, composant un dossier paru à l’été 2017. Dans ce dossier, il y avait onze articles pour faire connaître les onze langues des nations autochtones du Québec. Le livre Bonjour! Kwe! À la rencontre des langues autochtones du Québec (Boréal, 2022) reprend ces articles[1], les révise peu (on le verra bientôt) et n’apporte pas grand-chose de plus. La critique qui va suivre peut se voir comme une banale recension des erreurs commises par l’autrice. D’abord dans la posture du correcteur d’épreuve, je vais revoir la copie et corriger certaines fautes (s’il y a une deuxième édition, mon texte pourra servir sur ce plan pragmatique). Je continuerai par la suite ma critique en montrant des problèmes autrement plus sérieux : ma posture deviendra celle d’une personne soucieuse de la préservation du patrimoine linguistique que représentent les langues autochtones au Québec. Cette critique devra donc se voir comme une réflexion plus large sur la manière dont on parle des langues autochtones au Québec.

Quelques fautes symptomatiques

Le texte de Montpetit contient des coquilles qu’un bon correcteur d’épreuve aurait pu remarquer. Par exemple, certains noms de personnes sont orthographiés différemment dans le même volume : on lit « Allan et Christian Nabicanaboo », les deux chanteurs naskapis en page 33, mais les « frères Nabinacaboo » un peu plus loin et par la suite (dans l’article du Devoir du 10 juillet 2017, cette faute ne s’y trouve pas – c’est le dernier nom qui est bien orthographié). Daniel Nolett est aussi orthographié « Nollet » au moins une fois (p. 50), une autre faute qui ne se retrouve pas dans l’article du Devoir du 24 juillet 2017).

Des erreurs d’orthographe des mots dans les langues autochtones se sont glissées dans le texte (je vais me contenter des langues que je connais le plus). Pour l’abénakis, le livre indique que « Bonjour! » se dit « Kway! », « Comment vas-tu? » se dit « Tanni Kd’alanwzi? » et « Merci. », « Wliwnié » (p. 53), trois formulations mal orthographiées si on veut respecter l’orthographe généralement utilisée par la communauté aujourd’hui. On devrait plutôt lire respectivement « Kwaï! », « T8ni kd’al8wzin? » et « Wliwni ». Dans l’article du Devoir, la première et la dernière sont orthographiées comme on le fait généralement dans la communauté, mais la deuxième est plutôt orthographiée comme dans le livre. L’erreur factuelle proviendrait-elle d’une première version de l’article, corrigée ensuite par le journal? Comment alors la différence orthographique aurait-elle pu se retrouver dans le livre?

En kanien’kéha (mohawk), c’est le contraire. Alors que l’article du Devoir du 11 septembre 2017 dit pour « Comment allez-vous? », « Skennen’ko` : wa ken? » (espaces des deux côtés des deux-points et une sorte d’accent grave à côté du o plutôt qu’au-dessus – signes d’un problème de clavier), le livre dit « Skennen’kò:wa ken? » (p. 83). Même chose pour « Merci! » : « nia` : wen! » devient « Nià:wen! » (p. 84). Toutefois, on voit plus souvent le ton ascendant dans les deux cas : « Skennen’kó:wa ken? » et « Niá:wen! », mais c’est déjà une amélioration. Le texte du livre inclut néanmoins une espace fine avant le deux-points à la page 79 (« Kenien’kehá :ka Onkwawén :na », même chose dans l’article du Devoir), un élément typographique que nos logiciels francophones ajoutent automatiquement et auquel on doit faire attention.  

Dernière faute d’orthographe : le beau projet de correspondance entre auteurs autochtones et allochtones de Laure Morali s’intitule « Aimititau! » (version en innu-aimun de « Parlons-nous ») et pas « Aimito! » (p. 98). Dans certains cas, un relecteur ayant quelques notions des langues autochtones aurait pu repérer ces erreurs. Dans d’autres, des locutrices et locuteurs des langues autochtones auraient dû être embauchés pour revoir les épreuves finales.

Des erreurs factuelles se sont également glissées dans le livre, peut-être parce qu’elles ont été émises par les personnes interviewées (ces erreurs devraient quand même être corrigées à mon avis). Par exemple, l’autrice écrit qu’une disposition discriminatoire envers les femmes « a été annulée devant les tribunaux » en 1985 (p. 51; aussi mentionné dans l’article du Devoir sur l’abénakis). En fait, si on veut faire référence à la cause Lovelace ici, c’est à l’ONU que Sandra Lovelace a eu gain de cause, et c’était en 1981. C’est bien connu que la Cour suprême du Canada a refusé de remettre en question le statut discriminatoire de la Loi sur les Indiens avec le jugement Canada c. Lavell prononcé en 1973. Ici, une vérification auprès de spécialistes du droit autochtone ou de l’histoire du féminisme autochtone aurait été bénéfique.

Sur les langues autochtones, Montpetit rapporte les propos de Nicole Petiquay qui aurait dit que l’atikamekw « est la seule langue autochtone qui utilise le son r » (p. 73; l’article du Devoir du 5 septembre 2017 dit plutôt « qui a gardé le son r »). C’est inexact (le kanien’kéha possède le « r », prononcé « l » à Ahkwesáhsne), mais comme Petiquay mentionne immédiatement après l’innu et le cri et donne en exemple une suite de mots (« iriwin, innu, eeyoo ») dont les phonèmes r, n et y descendent tous du « l » proto-algonquien, elle voulait probablement dire (ou a dit, et cela a mal été noté) que l’atikamekw est la seule langue algonquienne ayant le phonème r (ou en tout cas du continuum cri-naskapi-atikamekw-innu; ce serait à vérifier pour les autres langues algonquiennes). Dans tous les cas, une petite vérification auprès d’une personne spécialiste des langues autochtones aurait aidé.

Comme la série d’articles date de cinq ans, il se peut que des situations personnelles aient changé depuis ce temps-là. C’est le cas du professeur d’abénakis Philippe Charland qui enseigne non seulement dans les communautés abénakises, mais aussi – comme l’indique Montpetit – au cégep du Vieux-Montréal, à l’UQAM et à Kiuna (p. 52 – une information qui ne se trouve pas dans l’article du Devoir sur la langue abénakise). Mais elle aurait aussi pu ajouter qu’il enseigne maintenant l’abénakis à l’Université de Sherbrooke depuis 2019 et à l’Université Bishop’s depuis 2021 : un ajout qui me semble important dans le contexte d’un livre qui traite justement de la revitalisation des langues autochtones. L’autrice mentionne aussi la professeure de wendat Arakwa Sioui qui, selon le livre, remplace Megan Lukaniec partie terminer sa thèse aux États-Unis (c’est exactement la même information qui se trouve dans l’article du Devoir du 14 août 2017). Mais Lukaniec a depuis ce temps terminé son doctorat, en 2018, et sa thèse est disponible en ligne). Un petit coup de téléphone pour rejoindre les personnes interviewées et vérifier leur situation actuelle aurait été utile. En plus, cela aurait permis de constater les changements qui ont cours en ce qui a trait aux langues autochtones au Québec.

Parler des Autochtones et de la situation des langues autochtones

La rédaction sur les enjeux autochtones n’est pas facile – la terminologie a beaucoup changé ces dernières années et continue à changer. L’autrice fait un bel effort de normalisation des noms des langues selon la préférence des communautés. Ainsi, elle cite Arakwa Sioui qui demande qu’on utilise « wendat » plutôt qu’« huron » pour désigner sa langue (p. 63), tout comme elle parle du « mohawk » par le terme « kanien’kéha » (orthographié « kanien’keha ») et mentionne l’ancien nom de l’« innu » : « montagnais ». Elle orthographie aussi correctement « atikamekw » (on a préféré la forme suggérée par l’OQLF dans l’article du Devoir : « attikamek »), mais elle n’utilise pas « abénakis » qui est généralement préféré à « abénaquis » (orthographe suggérée par l’OQLF). L’autrice n’a pas modifié le terme « algonquin » (mais mentionne « Anishnaabe » pour le peuple) ni le terme « cri » ou le terme « micmac ». C’est un choix qui peut aussi être celui des personnes interviewées.

Mais parler des Autochtones de manière correcte n’est pas seulement une question de terminologie. Notre manière d’aborder ces enjeux peut avoir un grand impact sur la perpétuation de clichés entretenus au sujet des Autochtones. Gregory Younging qui a écrit en anglais un petit livre sur la question[2] retient trois sources d’où proviennent les termes inappropriés : 1) le langage des explorateurs et des missionnaires qui a été conservé et qui posait notamment la nécessité de convertir ou de moderniser les peuples autochtones; 2) les disciplines de l’anthropologie et de l’archéologie qui voient, certes de moins en moins, les peuples autochtones comme des vestiges du passé; et ce qu’il nomme 3) la terminologie kitsch, c’est-à-dire tout l’imaginaire de la littérature et du cinéma sur les Autochtones, y compris une tendance à la généralisation. Dans les trois cas, on retient une même idée : les peuples autochtones sont « des races en voie d’extinction ». C’est le mythe de la « vanishing race », qui dit que les peuples autochtones sont destinés à disparaître.

Le langage de Montpetit tombe très souvent dans ces catégories. On lit par exemple chez elle beaucoup de généralisations abusives. Elle attribue par exemple une « douceur propre aux gens du Nord » lorsqu’une femme inuk s’adresse à l’autrice en français (p. 85; même expression dans l’article du Devoir du 7 août 2017). Sur l’usage du français, elle aurait aussi pu se garder une petite gêne lorsqu’elle tient à dire d’une locutrice atikamekw qu’elle parle « dans un très bon français » (p. 71; même expression dans l’article du Devoir).

Un misérabilisme est présent tout au long du livre, de l’introduction où l’on parle de mots « perdus » (p. 9) ou de la réalité « moribonde » des langues (p. 13) à l’effacement de la culture (p. 95 – j’y reviendrai), en passant par la « langue chantante et oubliée » des ancêtres de Daniel Nolett (p. 49). Bien sûr, il est facile de montrer tous les facteurs qui empêchent le développement des langues autochtones – il est plus difficile de montrer les réussites. Mais le problème n’est pas tellement là, que dans la manière de parler de la situation. L’autrice énonce ou rapporte des propos qui placent les langues et cultures dans le passé. Elle écrit par exemple qu’outre la langue, « c’est toute une culture, tout un mode de vie qui s’efface avec l’arrivée des Autochtones dans la modernité » (p. 95, dans une entrevue sur l’innu avec Joséphine Bacon), une manière de dire que les Autochtones qui demeurent sont des reliques du passé. Peu après, elle cite les propos de la linguiste Lynn Drapeau qui affirme que « [s]i tu ne connais pas le mode de vie traditionnel, les mots n’ont aucun sens pour toi » (p. 96), refaisant l’erreur de Bertrand Russell qui disait que pour savoir comment traduire le mot « fromage », il fallait en avoir déjà goûté[3].

Cette manière de s’exprimer perpétue le mythe de la « vanishing race » et place les langues autochtones dans un passé lointain tout en leur interdisant une existence au présent. Les langues autochtones ne sont pas des « vieilles » langues (malgré ce qu’en dit un interviewé, p. 22), ce sont des langues capables d’exprimer ce qu’elles ont besoin d’exprimer. En laissant des jugements passéistes sur les langues autochtones émailler son ouvrage, l’autrice participe à ce qu’on pourrait appeler une « romantisation » des langues. Le livre laisse dire, par exemple, que le wendat et l’atikamekw sont des langues imagées (respectivement aux pages 64 et 74; même expression dans les articles du Devoir). Mais l’autrice n’hésite pas à affirmer tout aussi facilement que les langues autochtones sont plus « concrètes » (et le français est lui, évidemment, plus abstrait; p. 29) en citant un dictionnaire français-cri écrit par un missionnaire oblat (Louis-Philippe Vaillancourt). Il peut s’agir d’une remarque sur la manière de traduire des concepts d’une langue à une autre, comme ça semble être le cas ici. Mais il faut savoir réaffirmer que toute langue a la capacité d’être abstraite et concrète, autrement on tombe dans une vision idéalisée des langues, mais surtout, dans le dernier cas mentionné, on laisse entendre implicitement que les locuteurs de ces langues sont incapables de raisonnement abstrait. Or, ce type de jugement sur l’« immaturité » de certaines cultures a servi à mettre en place plusieurs mesures coloniales, dont la Loi sur les Indiens.

Je suis d’accord avec l’autrice qui dit, en introduction, que le Québec est « un désert d’informations au sujet des langues autochtones » (p. 14); je n’irais peut-être pas jusqu’à parler de désert, mais il y a certainement un manque criant, en particulier pour un livre qui informerait sur les langues autochtones tout en vulgarisant des éléments de linguistique. En anglais, les Presses de l’Université de Regina en Saskatchewan offrent plusieurs collections qui traitent de langues autochtones (qui vont des outils de référence aux livres destinés au grand public à la recherche d’information). Le livre de Montpetit ne répond malheureusement pas à ce manque.

Le livre de Caroline Montpetit est problématique à plusieurs égards. J’ai voulu montrer, avec une certaine gradation, que les petites coquilles pouvaient rapidement se transformer en problèmes de perceptions des réalités autochtones. Dans plus d’un cas, la maison d’édition semble avoir failli à sa tâche : pour la plupart, un réviseur ayant des connaissances générales sur les langues autochtones aurait pu percevoir la majorité des erreurs (sans doute y en a-t-il plusieurs autres). Dans d’autres cas, il aurait été louable de demander l’aide d’un ou une spécialiste de questions plus pointues. Finalement, il serait peut-être nécessaire de réfléchir, du côté des maisons d’édition, à l’embauche de ce qu’on nomme des lecteurs ou lectrices sensibles (sensitivity readers), moins pour éviter de choquer ou d’offenser le lecteur ou la lectrice, que pour éviter les clichés qui sont dommageables pour la perception qu’a le grand public des cultures autochtones. Les éditeurs ont la responsabilité de prendre les moyens nécessaires, notamment sur le plan matériel et financier, pour que leurs publications participent vraiment à améliorer la compréhension du public sur des enjeux si pressants.

Il faut bien admettre que le livre de Caroline Montpetit, en l’état, n’apporte rien de plus à la série d’articles publiés dans Le Devoir (j’ai voulu, à chaque fois qu’il était possible de le faire, comparer les versions pour m’en assurer). À part pour des reformulations très mineures, il ne semble pas y avoir de grands changements depuis 2017. Mais pour être plus exact, il faudrait dire que les articles sont supérieurs au livre au moins pour un élément qu’ils ont et que le livre n’a pas : chacun des articles comportait une petite vidéo où l’on pouvait entendre les mots prononcés par la principale personne interviewée.

Encore une fois, tout est à (re)faire.


Notes

[1] Seulement neuf, en fait. Deux articles du dossier de 2017 écrits par une autre journaliste, Marie-Michèle Sioui, sur le cri et l’innu, ne figurent pas dans le livre. D’autres entrevues ont dû être faites par Montpetit pour préparer les chapitres de son livre sur ces deux langues.

[2] Gregory Younging, Elements of Indigenous style: A guide for writing by and about Indigenous peoples, Brush Education, 2018, voir en particulier le chapitre 6 sur la terminologie.

[3] Le problème est classique en traductologie. Une réponse forte à Russell a été formulée par Roman Jakobson dans « On linguistic aspects of translation », Reuben Arthur Brower (dir.), On translation, Harvard University Press, 1959.

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Cachez cette science que je ne saurais voir

Critique du livre Panique à l’université : rectitude politique, wokes et autres menaces imaginaires de Francis Dupuis-Déri, Montréal, Lux éditeur, 2022.

Par Dalie Giroux, Université d’Ottawa

Ce texte a été lu à l’occasion du lancement de l’ouvrage à l’université d’Ottawa le 22 septembre 2022.

Il faut d’emblée remercier l’auteur d’avoir pris la peine de réaliser cette enquête. Il s’agit d’une contribution très importante au débat public. Il faut également signaler qu’il s’agit d’un ouvrage fastidieux et méticuleux, l’auteur prenant le temps de démonter un à un une série d’énoncés qui circulent actuellement dans l’espace public au Québec et en France à propos d’une supposée crise des universités[1].

La thèse que Francis Dupuis-Déri (FDD) défend dans cet opus apparait très solide, et, cela est très important et doit être entendu, quiconque se prononce de manière rigoureuse sur ces questions devra désormais tenir compte des faits établis dans cet ouvrage.

La thèse de l’auteur se décline en quatre volets, que je reprendrai ici un à un, en formulant au passage quelques commentaires qui pourront susciter une discussion.

1. Il n’y a pas de réalité empirique significative derrière cette prétendue crise de l’université, et certainement pas dans les dimensions, l’imminence, la prévalence et la dangerosité qu’on lui prête.

Au terme d’une enquête portant sur plusieurs indicateurs, l’auteur conclut en effet que « le problème présenté comme un phénomène culturel généralisé est donc en réalité microscopique » (169). Il y a un écart entre l’interprétation de la réalité et cette réalité elle-même, un écart qu’une mesure empirique permet de constater.

Il y a des incidents isolés, certes, on les connait, et ils méritent certainement que l’on s’y attarde pour les comprendre et les analyser, mais il n’y a pas de « crise », il n’y a pas « d’hégémonie », il n’y a pas non plus de « dictature » – pour reprendre des termes souvent utilisés par les tenants de la thèse de la crise.

Comment dès lors expliquer l’écart entre l’interprétation des incidents et les incidents eux-mêmes? Question typique de la recherche en sciences sociales, à laquelle tente de répondre Panique à l’université.

2. Pour l’auteur, c’est l’hypothèse qu’il met au travail dans cet ouvrage, cette prétendue crise de l’université serait (non pas exclusivement, mais) principalement le fait d’une stratégie discursive. Stratégie discursive plus ou moins cohérente, plus ou moins organisée – mais facilement repérable, et qui a des précédents historiques connus, notamment dans ce qu’on a appelé les culture wars aux États-Unis.

Cette stratégie discursive (essentiellement médiatique) ne repose pas sur un travail rigoureux d’enquête : elle se définit par la répétition, le martelage, les effets de toge, l’exagération, l’hyperbole, la caricature, l’enflure verbale, la diabolisation, l’instrumentalisation et la dissimulation de certains faits – autant d’indicateurs qui permettent d’observer scientifiquement un phénomène discursif de ce type, tant dans son fonctionnement que dans ses effets.

On peut penser à l’usage devenu commun du terme « totalitaire » pour qualifier cette prétendue crise, usage que FDD analyse dans son ouvrage, ou encore aux comparaisons extrêmement problématiques avec l’époque de l’Inquisition ou avec ce qu’on a appelé la Terreur dans la foulée de la Révolution française. Si ce n’est pas de la panique que d’employer ces termes à répétition pour qualifier une poignée d’évènements isolés même si éclatants, c’est ou bien de la mauvaise foi, ou bien, mais c’est peu probable, l’expression d’une ignorance difficilement pardonnable.

Pour donner un exemple près de nous, le collègue Robert Leroux affirmait récemment qu’il fait partie d’un département « woke », c’est-à-dire, selon ses propres termes, où on retrouve « des marxistes, des postmodernistes, des féministes », et qui affirme que « le woke », je le cite et notez l’effet de toge, « c’est la censure totale ».

Ce même collègue, dans son livre intitulé Les deux universités : postmodernisme, néoféminisme, wokisme et autres doctrines contre la science et tout juste publié aux éditions du Cerf (une maison d’édition catholique française qui a pris depuis une décennie un tournant fortement conservateur sous la direction de Jean-François Colosimo[2]), appelle « postmodernisme » le courant de pensée qui serait à l’origine de cette crise l’université, recyclant ce faisant un thème archiconnu des culture wars américaines des années 1980. Selon la définition offerte par Leroux et reprise par le collègue Joseph-Yvon Thériault à l’occasion du lancement de cet opus qui fait l’effet du jour de la marmotte tant les débats qu’il singe sont usés par plus de trois décennies de radotage, le « postmodernisme » est « une manipulation du langage qui ferait fi de la matérialité des faits, et qui derrière une supplication théorique cacherait une grande subjectivité, ou une grande supercherie »[3]. Nous ne sommes pas exactement ici devant une définition de dictionnaire…

Et d’ailleurs, si on se fie aux données factuelles telles que colligées par FDD dans Panique à l’université, cette définition du postmodernisme s’applique parfaitement au discours réactionnaire sur l’université, où on « manipule le langage », et où on « fait fi de la matérialité des faits ». FDD souligne le même paradoxe – à savoir de faire soi-même ce que l’on reproche à l’autre – à propos de l’ouvrage récent de Rachad Antonius et Normand Baillargeon sur la même question[4].

3. Cette stratégie discursive dont le moteur est la peur (il s’agit d’un danger multiforme et imminent devant lequel il faudrait prendre des mesures vigoureuses et immédiate pour s’en protéger), s’inscrit, comme le rappelle FDD, dans un contexte social et politique spécifique.

FDD écrit, suite à l’analyse d’un moment des culture wars américaines dans les années 1980, qu’une « mise en scène partielle et partiale est assez typique des discours réactionnaires au sujet de l’Université : on présente une action étudiante étonnante et radicale qu’on cherche à discréditer, mais on n’explique ni le contexte ni les rapports de force dans lesquels elle s’inscrit » (94). Quel est donc ce contexte, pour ce qui est des débats actuels?

Chacun pourra dire qu’il s’agit du contexte large des revendications liées au mouvement Black Lives Matter, au mouvement de dénonciation #Metoo, mais aussi de différentes revendications sociales et politiques liées aux identités de genre, à la décolonisation, au droit des migrants et, pour le dire rapidement, au pluralisme dans les sociétés occidentales. Rappelons, pour évoquer les événements récents qui ont secoué l’université d’Ottawa, que la dite affaire Lieutenant-Duval est contemporaine de Joyce Echaquan, Mamadi Camara, la découverte des sépultures anonymes des pensionnats autochtones, les incidents récents de profilage racial sur le campus de l’université d’Ottawa, la sous-représentation chronique des personnes noires et autochtones parmi les membres du professorat des universités canadiennes, les attentats islamophobes au Québec et en Ontario, la surreprésentation des personnes autochtones dans les prisons canadiennes, la mise en lumière des féminicides au Québec, etc., etc. – c’est le contexte dans lequel il faut inscrire les incidents que l’on connait et qui ont été montés en épingle et traités comme des aberrations.

FDD démontre bien que les dénonciations de la prétendue dérive des universités tendent à nier les éléments de contexte qui obligent à complexifier l’interprétation que l’on fait de celle-ci – c’est-à-dire que les rapports de pouvoir existants, qui sont problématisés par les luttes sociales et politiques, sont complaisamment gommés pour mieux discréditer la remise en question de ces rapports de pouvoir, et pour réduire cette remise en question à des expressions apparemment extrêmes ou hystériques de politisation d’enjeux qui devraient, selon cette doxa intéressée, rester à l’abri d’une telle politisation.

FDD démontre également que l’histoire des mouvements politiques étudiants est longue et que les récents événements politiques sur les campus n’ont rien de nouveau ou de particulièrement radical ou extrême.

J’aouterai à cela qu’il y a toujours eu une articulation variable, relative, négociée entre d’une part les luttes sociales largement définies, qui marquent un certain « progrès » dans les démocraties occidentales aux 19e et au 20e siècle, et d’autre part le développement de la recherche en sciences sociales. Il n’y a donc rien de particulièrement choquant de voir des chercheurs arrimer leur travail à des questions sociales brûlantes, par exemple celle du racisme systémique, bien au contraire. Il ne s’agit pas d’une irruption de « l’idéologie » dans la science, telle que tentent de le faire valoir les tenants de la crise de l’université, mais plutôt d’un dialogue normal et fructueux entre l’université et la société.

Nous vivons sans doute un changement de paradigme au sens kuhnien, qui peut apparaitre brutal à ceux qui n’en sont pas les instigateurs, et il est « normal », pour reprendre un terme de Thomas Kuhn, qu’une vieille garde crie à la dérive et à la destruction de l’université, et il est « normal » que cela donne lieu à des jeux de pouvoir au sein des départements (au demeurant parfois inélégants de part et d’autre, il faut bien l’admettre). Mais rappelons que la grammaire de toute science est le progrès et non la conservation – c’est-à-dire qu’en science, s’il faut certes construire sur les acquis, il est acquis que ces acquis sont provisoires et sont appelés à être réfutés. À ce titre, pour autant que les règles de base de la pratique scientifique sont appliquées, notamment en reposant sur la « matérialité des faits », le nouveau est meilleur que l’ancien. L’université, n’en déplaise aux collègues qui croient la défendre contre une menace plébéienne, ce n’est pas la monarchie.

4. Cette stratégie discursive sert un ensemble de mouvances politiques identifiables, au nom desquelles agissent ceux que FDD, avec d’autres sociologues, appelle les « nouveaux réactionnaires », qui lancent périodiquement dans l’espace public des polémiques à propos de la liberté d’expression et, par extension, de la liberté académique.

À cet effet, quant aux éléments de contexte qui restent pour des raisons qui semblent opportunes dans l’angle mort du discours sur la prétendue crise de l’université, deux enjeux, qui sont liés, me semblent extrêmement importants. D’une part, on ne trouve pas, dans cette narration de la crise, d’analyse de la transformation majeure de l’espace public en lien avec la nouvelle économie de l’attention qu’ont mise en place les médias sociaux, transformation qui a des impacts réels et mesurables sur la nature et la forme du débat public. C’est-à-dire que les manières de débattre, d’entrer en conflit, de faire valoir ses idées, et d’organiser politiquement, elles ont changé pour tout le monde, et nous sommes ici en terrain nouveau – la prétendue mouvance woke, comme le disent les gardiens de la tradition, n’a pas le monopole, loin de là, de l’usage abusif des médias sociaux et de la polarisation extrême.

D’autre part, et en lien avec ce dernier élément, on ne trouve pas dans cette narration de la prétendue crise de l’université de prise en compte, sinon sous la modalité de la dénégation ou de la relativisation, de la montée manifeste de la droite, du nationalisme de droite, du populisme de droite, de la droite chrétienne, des discours anti-immigration, de l’homophobie et de la transphobie d’État, du mouvement pro-vie, des États qui censurent des livres portant sur l’héritage de l’esclavage ou sur le mouvement LGBTQ, et des mouvements d’extrême-droite partout en Occident.

La répétition ad nauseam de variations de ce discours selon lequel le marxisme culturel, l’antiracisme, et le féminisme forment l’idéologie dominante dans l’université et éventuellement dans l’ensemble de la société, et que nos institutions, voire notre civilisation sont en conséquence en danger, cache mal le fait que les forces qui détiennent le pouvoir ou montent en puissance actuellement, ce sont des forces conservatrice et/ou réactionnaires. Et les agitateurs réactionnaires qui instrumentalisent la question de la liberté académique, avec la connivence de professeurs d’université extrêmement complaisants, sont au service de ces forces conservatrices et/ou réactionnaires.

Pour mémoire, je rappelle que le gouvernement conservateur de Doug Ford a forcé les universités ontariennes en 2018 à adopter des politiques de protection de la liberté d’expression dans les campus, et c’est pour se conformer à cette exigence que l’université d’Ottawa a adopté le règlement 121[5].

Je rappelle également que c’est dans les semaines qui ont suivi l’affaire Lieutenant-Duval à l’université d’Ottawa, après un battage médiatique sans précédent, que le gouvernement caquiste de François Legault a annoncé la mise sur pied de la commission scientifique et technique sur la reconnaissance de la liberté académique dans le milieu universitaire qui devait déboucher en 2022 sur l’adoption de la Loi sur la liberté académique dans le milieu universitaire – laquelle accorde à la ministre le pouvoir d’intervenir sur les politiques internes des universités relatives à la liberté académique si celles-ci ne sont pas jugées conformes à la loi[6].

Je rappelle que le chef élu du parti conservateur du Canada, une des principales forces politiques au pays, chef qui a appuyé le Convoi des camionneurs, a appelé les Canadiens à prendre exemple sur le Québec et à se constituer en force « anti-woke » – une marotte qu’il partage avec Vladimir Poutine et Donald Trump.

Je vous rappelle enfin que la Cour suprême des États-Unis vient de révoquer la constitutionalité de l’arrêt Roe v. Wade.

Dès lors : cette guerre contre la prétendue hégémonie antiraciste, ou féministe, ou marxiste-culturelle, ou woke, ou postmoderne, elle est tributaire, sous sa forme actuelle de la « panique morale », d’un contexte politique dans lequel des mouvements conservateurs et réactionnaires sont au pouvoir en occident.

À ce titre, et suite à la lecture de cet ouvrage, on peut dire que ceux qui posent, dans l’université et hors les murs, en défenseurs de la rationalité et de la science contre une prétendue dérive idéologique des sciences sociales, se font consciemment ou non les alliés objectifs de ces mouvements. Ce qu’ils défendent, ce n’est pas la science : les travaux qui se penchent sur les inégalités sociales, sur les minorités ou sur les luttes actuelles ne sont pas plus ou moins scientifiques en fonction de leurs objets d’études, de leurs cadres théoriques et de leurs engagements, et l’évaluation de la scientificité de ces travaux doit se jouer, de toutes façons, dans l’arène scientifique selon les codes scientifiques et non dans l’espace public selon les codes médiatiques.

Ce que l’on peut dire, suite à la lecture de cet ouvrage de FDD, c’est que ceux et celles qui posent, dans l’université et hors les murs, en défenseurs de la rationalité et de la science contre une prétendue dérive idéologique des sciences sociales, défendent consciemment ou non, un état de la société qui leur convient, dans lequel ils détiennent l’autorité, dans lequel ils exercent le pouvoir. La pratique de la science n’a rien à voir là-dedans.


Notes

[1] Ajoutons que l’auteur démontre par la bande qu’il y a une écologie discursive commune à ces deux entités – ce qui n’est pas sans intérêt pour réfléchir au contexte plus large dans lequel s’inscrit ce phénomène de « panique morale ».

[2] Voir Camille Vigogne Le Coat, « Jean-François Colosimo, éditeur des jeunes conservateurs », 8 septembre 2019, en ligne.

[3] Voir Bruno Lalonde, « Les deux universités de Robert Leroux », YouTube, 18 septembre 2022, en ligne.

[4] Identité, « race », liberté d’expression : Perspectives critiques sur certains débats qui fracturent la gauche, Québec, PUL, 2021.

[5] Voir Université d’Ottawa, « Règlement 121 », en ligne.  

[6] Voir Assemblée nationale, Projet de loi no 32, Loi sur la liberté académique dans le milieu universitaire, 2022, en ligne.

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Classé dans Dalie Giroux

Poésie, sous-titrage: rencontres pour un cinéma hors normes?

Par Adriana Şerban, Université Paul-Valéry Montpellier 3 | ce texte est disponible en format pdf

À l’heure de proposer, une fois de plus, une réflexion sur la traduction de film poétique, il semble pertinent de se pencher sur la cinématographie d’Andreï Tarkovski, réalisateur russe selon lequel, de tous les arts, le cinéma est celui qui a la plus grande capacité de vérité et de poésie. D’un point de vue pratique, étant donnée la célébrité de ce grand maître du cinéma mondial, les films sont disponibles en traduction dans plusieurs langues, dont l’anglais. D’un autre côté, il s’agit d’un cinéma qui pousse vers ses limites dernières le souci d’aller au-delà des théories et des constructions verbales pour créer une expérience subjective, unique, une émotion qui touche le spectateur au plus profond de lui-même, comme la musique, sans qu’on puisse pour autant donner d’explication valable de ce qui est à l’œuvre. Pour lire la suite, cliquez ici.


Ce texte fait partie du dossier « La traduction interculturelle et ses enjeux sociaux ».

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Classé dans Adriana Şerban

Traduire l’Atlantique noir

Par Patricia Godbout, Université de Sherbrooke | ce texte est disponible en format pdf

Peu de gens savent que l’écriture noire dans ce qui est aujourd’hui le Canada a plus de deux cents ans d’histoire et que des documents attestant de la parole noire sont encore plus anciens. C’est un corpus d’une grande richesse allant des brochures, lettres, sermons, éditoriaux et récits d’esclaves aux romans, pièces de théâtre, recueils de poèmes et essais contemporains. Dans son livre The Black Atlantic Reconsidered: Black Canadian Writing, Cultural History, and the Presence of the Past (McGill-Queen’s University Press, 2015), Winfried Siemerling, professeur de littérature à l’Université de Waterloo (Ontario), présente un panorama exhaustif de l’histoire littéraire et culturelle canadienne-africaine de la période coloniale à nos jours, en replaçant cette histoire dans une dynamique transatlantique et transnationale qui permet notamment d’éclairer la contribution des Canadiens africains, anglophones comme francophones, à l’espace diasporique de « l’Atlantique noir » et à la définition de la modernité. Ce livre vient de paraître dans ma traduction française aux Presses de l’Université d’Ottawa sous le titre Les écritures noires du Canada : l’Atlantique noir et la présence du passé. Pour lire la suite, cliquez ici.


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Classé dans Patricia Godbout

Truchements interculturels: les rapports des autochtones à la justice à partir des sources coloniales

Par Andrew Fletcher, Université de Sherbrooke | ce texte est disponible en format pdf

La question que mes recherches tentent de résoudre est épistémologique : comment est-ce qu’on peut comprendre les ordres juridiques historiques des autochtones? La plupart des informations proviennent des archives coloniales, écrites par des Français, des Britanniques ou des Espagnols. Ces sources sont eurocentriques et ne s’intéressent à la question de la justice qu’indirectement. Les auteurs coloniaux ont retenu des anecdotes, des faits étonnants; bref les faits saillants. Pour lire la suite, cliquez ici.


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Classé dans Andrew Fletcher

Traduction interculturelle et littérature de jeunesse: traduire la nourriture

Par Paola Artero, Université d’Avignon | ce texte est disponible en format pdf

Par le biais d’un corpus constitué par le recueil de The Chronicles of Narnia (1950-1956) de C. S. Lewis et de ses traductions française et italienne, nous proposons d’observer les enjeux sociaux et idéologiques de la traduction interculturelle à travers le prisme de la nourriture, dans une perspective trilingue. Notre analyse vise ainsi à explorer d’une part la nourriture comme identité culturelle et d’autre part la relation entre humains et non-humains, qui est au cœur de ces œuvres et de notre actualité. Pour lire la suite, cliquez ici.


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Classé dans Paola Artero

Traduire l’histoire: autour d’un projet de manuels scolaires autochtones

Claude Gélinas, Université de Sherbrooke | ce texte est disponible en format pdf

À certains égards, le travail d’un anthropologue s’apparente à celui d’un traducteur, dans la mesure où il consiste à rendre intelligibles des systèmes de pensée et de comportements entre populations culturellement distinctes. Du même souffle, cette tâche exige du chercheur un effort de distanciation par rapport à ses propres schèmes culturels, pour éviter que ceux-ci ne biaisent l’interprétation et la représentation des réalités exogènes qu’il cherche à traduire. Or, même lorsque l’on est professionnellement sensibilisé en ce sens, une telle exigence peut être plus simple à exprimer qu’à mettre en pratique. C’est ce que je compte illustrer ici à partir d’une expérience personnelle. Pour lire la suite, cliquez ici.


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The Blue Clerk: Ars Poetica in 59 Versos de Dionne Brand: l’interprétation à l’aune d’un genre éclaté

Par Nicole Côté, Université de Sherbrooke | ce texte est disponible en format pdf

Dionne Brand est une auteure canadienne d’origine caribéenne très connue au Canada anglais. Brand – qui a publié dans tous les genres, a signé quelques films et a obtenu une pléthore de prix – expérimente beaucoup avec la forme et avec les idées. Elle a récemment publié coup sur coup un roman, Théorie, et un recueil de poésie, The Blue Clerk: Ars Poetica in 59 Versos, qui fera l’objet de ce bref article. Pour lire la suite, cliquez ici.


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Classé dans Nicole Côté

Une note herméneutique à propos des traductions de Premchand effectuées par Fernand Ouellet

Par Raphaël Mathieu Legault-Laberge, Université de Sherbrooke | ce texte est disponible en format pdf

L’objectif premier de cette note sur les traductions de Premchand effectuées par Fernand Ouellet est de souligner l’important travail du professeur Ouellet. Embauché à l’Université de Sherbrooke en 1970, cela fera bientôt cinquante ans qu’il travaille auprès de cette institution universitaire, pour le plus grand bonheur et la plus grande fierté de sa communauté. Plus encore, cela fait maintenant plus de vingt ans que le professeur Ouellet œuvre à la traduction de Premchand, rendant ainsi disponible à la francophonie des trésors inestimables de la culture indienne. Personnellement, j’ai rencontré le professeur Ouellet en 2005, lors de mon entrée à la maîtrise en sciences humaines des religions. Comme je m’intéressais déjà vivement aux cultures et religions d’Asie, il m’a fait lire ses traductions. Je me souviens d’avoir lu Godan (2006) au moment où la traduction est sortie, un roman qui a marqué le jeune anthropologue que j’étais par sa saveur « exotique ». Je profiterai donc de cette occasion qui m’est donnée pour faire connaître les traductions de Premchand. Pour lire la suite, cliquez ici.


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Classé dans Raphaël Mathieu Legault-Laberge

Traduire la différence: les divergences culturelles comme espace de (ré)conciliation

Par Aïcha Louzir, Université Paul Valéry – Montpellier 3 | ce texte est disponible en format pdf

À travers le prisme interculturel, on peut observer les rencontres qui s’opèrent entre les différentes cultures. Les points de confluence peuvent donner lieu à de riches observations qui mettent en relief les convergences et les divergences culturelles. Dans le terme « interculturalité », le préfixe latin inter exprime la réciprocité, à savoir la présence de deux entités issues au moins de deux cultures distinctes. Certes, chaque culture se distingue par ses mœurs, par sa langue (ses langues), par ses normes et par son imaginaire collectif, mais les différentes cultures ne sont pas isolées les unes des autres. En effet, ces dernières cohabitent et partagent un aspect commun : l’être humain. Force est de constater que la notion d’interculturalité a été longuement traitée par des chercheurs et des experts issus de divers domaines, par exemple les sociologues, les psychologues et les anthropologues. Pour lire la suite, cliquez ici.


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Classé dans Aïcha Louzir