Archives mensuelles : juin 2015

Laboratoire de transposition

Par René Lemieux, Montréal

Je mets en ligne tel quel l’argumentaire du laboratoire de transposition développé au sein du comité de rédaction des Cahiers de l’idiotie – auquel je participais il y a quelques années à ses débuts –, un projet qui visait à questionner la langue qu’on parle au Québec et sa distance avec la langue « normale » en philosophie. Le projet était beau, mais il n’avait pas beaucoup avancé ces dernières années jusqu’à sa disparition du web – il mériterait néanmoins d’être repensé à nouveau.


Le projet de transposition vise à ouvrir un laboratoire collectif et anonyme, en ligne, de transposition de textes de philosophie canoniques en français oral.

Les visées d’une telle expérience de philosophie artisanale sont quadruples.

Pédagogique

Nous croyons que le développement de la pensée critique n’est possible qu’en assumant la matérialité de la pensée. En ce sens, l’apprentissage de la langue de la philosophie – du français de la philosophie en l’occurrence – engendre une déréalisation du monde qui risque de voir les parlants exclus de leur essence pensante au profit d’un système discursif qui se sert de nous pour se penser. Une abomination. Aller du connu vers l’inconnu, voilà ce qu’il s’agit d’entreprendre en invitant Platon à la taverne et Descartes au bingo.

Forme: […] Impossibilité pour la forme de conserver sa puissance émotive dans l’utilisation consciente. Elle devient alors académique. Synonyme: insensible.

Paul-Émile Borduas, Refus global et autres écrits, Montréal, L’Hexagone, 1977, p. 169.

Politique

Le laboratoire de transposition est l’occasion d’un dévoilement kunique du langage philosophique tel que pratiqué par l’académie. Les draps qui couvrent les parties honteuses de la gent philosophique tomberont, pour le plaisir avide des yeux plébéiens.

Académique: adj. Propre à une académie: fauteuil, séance académique; où l’art se fait trop sentir. Pose académique: prétentieuse. (Larousse)

Borduas, Op. cit., p. 165.

Épistémologique

Un tel projet remet en question l’oralité et l’écriture, car il se fait au bord du français: il ne s’agit pas de remplacer le français écrit par une forme alternative – et le présent texte en est la preuve –, il s’agit de circuler au bord du lieu où nous nous trouvons, pour rendre visible son intelligibilité. Et en ce sens, on rejoint le travail à la fois de la philosophie et de la poésie (on se rappellera la perfection poétique des textes de Platon, et la remarquable prose de Descartes): travail sur l’invisible, sur l’insensible… pour les rendre à leur visibilité et sensibilité. C’est, en somme, assumer le jeu de la représentation (et donc du langage) sans se laisser obnubiler par le jeu lui-même…

Si l’écrit est cet instantané voilant le temps de réflexion du penseur, le laboratoire de transposition utilisera le médium du net pour dévoiler l’oral au-delà de l’écrit, par une décontraction du temps en parole. Chaque transcription scripturale se pose et se transpose en oralité par le fait qu’il est révocable à tout moment, par n’importe qui. Le laboratoire est débiteur de la structure technologique qui le soutient: le logiciel libre, c’est la monstration de la durée dans l’œuvre de la pensée, c’est aussi le questionnement sur l’appropriation de la langue.

Mais qui la possède, au juste? Et qui possède-t-elle? Est-elle jamais en possession, la langue, une possession possédante ou possédée? Possédée ou possédant en propre, comme un bien propre? Quoi de cet être-chez-soi dans la langue vers lequel nous ne cesserons de faire retour?

Jacques Derrida, Le Monolinguisme de l’autre, Paris, Galilée, 1994, p. 35.

Ludique

Il s’agit avant tout d’une expérience collective, gratuite, philosophique dont l’issue promet d’être un grand rire sans reste.

[…] J’ai pensé qu’il fallait […] que j’mette de côté tout ce que j’étais pas capable de truster pour voir si y restait encore quequ’chose que je pourrais ben croire au bout du compte. […] Mais, toute suite après, j’ai pris la peine de m’apercevoir qu’en pensant que tout était faux, il fallait toujours ben que moé, qui était là en train de penser ça, je sois encore quequ’chose dans toute ça. Pis en remarquant que cette vérité là, J’pense faque j’existe, était tellement sûre et certaine, pis que toutes les niaiseries des sceptiques n’étaient pas capables en plus de me l’enlever, j’ai pensé que je pouvais la garder comme base de la philosophie que je cherchais à avoir.

Pis là, j’me sui dit que tout c’que chpouvais pas crouère, y fallait laisser faire, pis là, voire si y rastait que’quchose au boute du compte. Pis là, c’est là qu’j’ai ben du voir qu’en pensant çà là, y fallait que chois encore là pour l’faire, qui fallait ben que chpense pour penser ça, là. Pis là, je suis dis qu’çà, c’était vra:chpense, faque j’existe, là, pis qu’ça, tu pouvais ben dire c’que tu veux, c’était pas mal là pour raster, faque c’àtait si sûr que chpouvais ben garder ça comme base de la philosphie que cherchais.

Faike là j’me su dit: faut que j’fasse le ménage – toute sque chu pas sûr et çartain que c’est vrai de vrai pis que ça existe, j’m’en occupe pas. On va ben voir si y reste quekchose. Mais m’â t’dire que quand tu commences à faire ça, spa long qui reste pu grand chose à quoi tu peux croire. La chose, par exemple, à quoi tu peux pas pas croire, c’est que toé té là entrain de te poser c’te question là. Autrement dit, si j’t’entrain de penser, ç’parce que j’existe. Ça là, t’aura beau dire comme les caves de sceptiques que y’a pas de vérité certaine dans le monde, tu peux pas descendre en bas de t’ça pour te partir ton raisonnement.

Me suis demandé, jusqu’où ch’pouvais aller dans question à savoir si ch’peux ostiner toute aux fonds des choses, pis si ça, ça amène à quet’chose. Pis après me suis dit, quessé que ch’fais, quessé que ch’fais là, quand j’me pose ç’te questions-là. Pis si ch’peux ostiner toute s’que j’veux, ben ch’peux pas ostiner le faite que chu en train d’ostiner, ‘stie. Y’a quet’chose là qui é vrai : j’ostine donc j’existe. Pis tou’ é ostineux, ben y’a quet’chose qui ont pas compris : on ostine pas l’ostinage; pis ç’t’ostinage cont’ lé ostineux, ben c’est la base de la philosophie que ch’fais.

René Descartes, Discours de la méthode, IV, 147-148.

Les Cahiers de l’idiotie invitent donc les internautes à mettre en ligne des transpositions de leur cru, à apprécier les transpositions qu’ils trouveront en ligne, et à compléter les chantiers de transpositions mis en branle via ce site.

Détails techniques

Dernièrement, la multiplication des logiciels libres à contenu ouvert a remis en cause le sens de droit d’auteur (copyright). Le laboratoire de transposition constate cette remise en cause et s’y adonne et la pousse un peu plus loin. Du langage informatique au langage en général, il s’agit d’expérimenter une gauche d’auteur (copyleft) à l’intérieur de la discipline philosophique. Mais l’une n’est pas possible sans l’autre; et le système de gestion wiki rend possible le travail coopératif d’un texte de manière anonyme. L’onglet « article » présente le texte dans sa version la plus récente. « Discussion » est le lieu réservé pour l’échange. Chacun de ces onglets est modifiable à partir de « modifier ». « Historique » rend compte des différentes versions du texte.

Ce billet a d’abord été publié sur le site du Laboratoire de résistance sémiotique.

Publicités

Poster un commentaire

Classé dans René Lemieux

Retratos para a tradução

Revisão crítica do livro Les traducteurs dans l’histoire, editado por Jean Delisle e Judith Woodsworth, tradução francesa coordenada por Benoit Léger, com a colaboração de Alex Gauthier, Dominique Pelletier e Simon Saint-Onge, terceira edição, Québec, Presses de l’Université Laval, 2014, 402 p.

Por René Lemieux, Université du Québec à Montréal* | versão pdf, aussi disponible en français, also available in English

details_L97827637218421Em 2014, o livro Les traducteurs dans l’histoire foi lançado em sua terceira edição francesa. Essa nova edição foi coordenada por Benoit Léger em colaboração com três estudantes da Universidade de Concordia, Alex Gauthier, Dominique Pelletier e Simon Saint-Onge. Publicado pela primeira vez em 1995 e editado por Jean Delisle e Judith Woodsworth (em francês, pela Editora da Universidade de Ottawa/edições UNESCO; em inglês pela John Benjamins Publishing Company/UNESCO Publishing), esse trabalho bilíngue começou a apresentar divergências na época da segunda edição: a segunda edição francesa foi publicada pela Editora da Universidade de Ottawa, em 2007, e uma edição revisada foi publicada em inglês poucos anos mais tarde pela John Benjamins Publishing Company em 2012. Várias traduções do livro foram publicadas nesse meio tempo: em português (Os tradutores na história, Editora Ática, 1998, traduzido por Sérgio Bath), em espanhol (Los traductores en la historia, Editorial Universidad de Antioquia, 2005, tradução coordenada por Martha Pulido), em árabe por Mohammed Mahmoud Mustafa em 2006 (Al-mutarǧemūn ‘abr al-tārīkh, Kuwait, محمد محمود مصطفى: المترجمون عبر التاريخ) e em romeno (Traducătorii în istorie, Editura Universitătii de Vest, 2008, tradução coordenada por Georgiana Lungu-Badea)[1].

A terceira edição francesa é portanto a tradução da segunda edição em inglês, ela restaura de alguma forma a equivalência entre as duas edições que havia sido perdida desde a segunda edição em inglês (o que dificultava o uso do livro no contexto de uma aula bilíngüe francês/inglês). As diferenças surgiram em grande parte porque novos conhecimentos foram desenvolvidos nesse campo. Nesse sentido, a edição francesa de 2007, já especificava algumas mudanças, particularmente nos verbetes sobre a “Escola de Toledo” que tinham sido preservados apesar dos trabalhos, entre outros, de Clara Foz (Le Traducteur, L’Église et le Roi, Ottawa, Presses de l’Université d’Ottawa, 1998), que questionaram a existência dessa “escola”[2]. Essa última edição ainda mantém a menção à escola de Toledo, mas insiste em sua qualidade mítica, mantendo sob a forma de arquivos a memória desse episódio que foi menos sobre a história da tradução como tal e mais sobre a história da história da tradução.

Em geral, não há grandes diferenças no plano temático nessa terceira edição, embora novas seções tenham aparecido: a contribuição da informática na tradução (no capítulo 4), uma discussão mais longa sobre a nova visão da tradução no século XXI (conclusão do capítulo 5) e uma seção sobre a tradução de textos sagrados orientais (conclusão do capítulo 6, com uma pequena seção sobre o sinólogo James Legge). A maioria das alterações ocorre sobretudo nas referências que foram adicionadas desde o início do projeto, bem como na reflexão geral sobre a história que o livro propõe. A esse respeito, Judith Woodsworth descreve no prefácio as principais tendências de transformação:

Considerando que a história tradicional tende a olhar para grandes eventos, para “grandes ações de grandes homens”, durante as últimas décadas, têm-se visto um número crescente de estudiosos que se interessam por pessoas comuns e que tentam, por conseguinte, contar a “história por baixo”. Historiadores da tradução souberam se beneficiar dessa abordagem. Por milênios, tradutores seguiram os “grandes homens” em suas “grandes ações”, mas eles ainda continuaram definidos pela sua condição de subalternos (como cativos, escravos ou híbridos étnicos, por exemplo). Ainda, as suas identidades sociais, culturais e geográficas lhes permitiram atravessar fronteiras, negociar através das culturas e contribuir para o intercâmbio cultural e intelectual. Assim como a política de descolonização, identidade e feminismo têm não somente transformado a escrita histórica, mas também conferido sua marca sobre as narrativas de tradução[3].

Mesmo se o livro conseguiu se desenvolver por adições regulares ao longo do tempo, ele permanece inacabado: sua construção ainda está em curso.

O livro Les traducteurs dans l’histoire pode ser facilmente lido por um público não-especialista. Nesse sentido, ele é dirigido tanto aos curiosos sobre uma história literária não frequentemente abordada, a da tradução, como àqueles que praticam a tradução (literária ou não) e que gostariam de abrir um pouco a formas originais de traduzir. No entanto, o público-alvo continua a ser os estudantes de tradução matriculados no curso de “História da tradução” que normalmente é oferecido em programas de tradução em universidades.

Concebido como uma espécie de síntese dividida em temas, o livro pode ser dificilmente lido de forma contínua, pois as repetições podem ser cansativas. Essa foi uma das críticas que o livro recebeu após a primeira edição, e a qual a segunda edição francesa replicou:

Seria errado ver aí repetições que poderiam nos dispersar. […] O vasto e complexo trabalho de tradutores excepcionais [Chaucer, Caxton, Tyndale, Lutero], cujas múltiplas contribuições são essenciais, justifica em grande parte o fato de que eles aparecem em mais de um capítulo. Em cada capítulo, destaca-se um aspecto particular dessas contribuições[4].

Na verdade, Lutero é essencial para entender as mudanças no ponto de vista que tradutores adotaram em relação aos textos sagrados na modernidade. Ele também é importante na compreensão das lutas de poder entre os príncipes e a igreja no Renascimento, ou mesmo na contribuição dos tradutores para o desenvolvimento e o estabelecimento da língua alemã contemporânea. Decorrentes da escolha dos temas que, em muitos aspectos, se sobrepõem, as temáticas escolhidas no início têm suas vantagens e desvantagens. Isso se deve provavelmente ao fato de que a história não pode ser « cortada » uniformemente, de que existem várias maneiras de perceber a história a fim de dividi-la: por períodos históricos (antiguidade, idade média, modernidade), por tipos de traduções ou produções textuais (tradução religiosa – a tradução do Alcorão encontra-se em três capítulos diferentes –, traduções literárias ou teatrais, mas também o surgimento de dicionários ou interpretação de línguas, ambos com seus capítulos próprios), ou áreas geográficas ou linguísticas (uma discussão sobre a tradução para as línguas indígenas pode ser encontrada no primeiro capítulo sobre os inventores de alfabetos, mas a tradução em hebraico moderno encontra-se no segundo capítulo sobre as línguas nacionais, após a seção sobre os tradutores suecos e a evolução do gbaya em Camarões; o gaélico irlandês encontra-se no capítulo 3, sobre os tradutores como produtores de literaturas nacionais). É necessário mencionar que o livro não deve ser tomado como um “manual” para um curso sobre a história da tradução; ele deve ser reformulado e retrabalhado pelo professor ou pela professora de acordo com as divisões nas quais ele ou ela deseja se concentrar[5].

Essa disparidade entre os temas, que ainda permanecem um tanto incomensuráveis entre si, carrega o rastro de um trabalho disciplinar ainda não estabelecido. Apesar de publicações recentes e o grande sucesso de um livro como Les traducteurs dans l’histoire, a história da tradução não constitui, parece-me, uma disciplina nem mesmo um campo acadêmico. Muitas vezes, os pesquisadores e as pesquisadoras nesse campo têm laços institucionais fora dos estudos de tradução e as publicações acadêmicas nessa área estão bastante preocupadas com a tradução em geral[6]. Eu tomaria a liberdade de oferecer uma explicação para esse fenômeno: a ausência de instituições na história da tradução seria o sinal de que esse campo está aberto às diversas disciplinas, se não a todas as disciplinas. Com efeito, todo o conjunto de conhecimentos que hoje circula na academia passou, em um momento ou em outro, pelo intermédio da tradução e esse processo de tradução tem uma história. Nesse sentido, o campo “história da tradução” toma a forma de um “caldeirão” em que diversas hipóteses sobre o desenvolvimento dos conhecimentos, das artes, da literatura, etc., podem ser confrontadas.

Para quem não pertence à prática da tradução, nem a um programa em estudos da tradução, que imagem pode-se ter da história da tradução, depois de ter lido este livro? Proponho duas possibilidades e ainda adicionaria uma terceira que delinearia de alguma forma um programa para pesquisas futuras.

A primeira possibilidade é de concluir que o objetivo da tradução da história é de compreender, sob a forma de “retratos”, as condições de possibilidade de uma prática literária que visa a fazer compreender um discurso enunciado em uma língua a uma pessoa que não fala essa língua. Assim, encontraríamos exemplos fascinantes dessa história no livro, dos criadores de alfabetos aos construtores de línguas nacionais, com os artesãos cujas personalidades são frequentemente muito fortes (penso particularmente em Étienne Dolet) ou ainda com práticas que podem parecer muito diferentes das idéias atuais que mantemos sobre tradução.

Uma segunda possibilidade poderia ser mencionada, mesmo se é mais difícil discerni-la no livro. Trata-se das concepções de tradução que foram formuladas ao longo da história. Temos tendência a simplificar o problema opondo dois tipos de tradução, significado-por-significado e palavra-por-palavra, como descrito por São Jerônimo, mas há toda uma variedade de reflexões sobre a tradução que é possível deduzir dos paratextos, como os prefácios, ou mesmo de textos autônomos, que nos permitem fazer uma história intelectual das questões relativas à prática da tradução. Trata-se de uma história de longa duração que envolve não só o contexto da elaboração desta reflexão sobre a tradução, mas também as várias respostas que foram oferecidas ao longo do tempo para questões e problemas comuns. Aos retratos de tradutores, assim podemos adicionar uma série de “paisagens” intelectuais da tradução. Essa maneira de pensar sobre a história também tem suas desvantagens, na medida em que ela pressupõe uma equivalência entre o pensamento dos autores desses textos e sua própria prática translacional, entre os projetos que os tradutores apresentam e os produtos que eles conseguem desenvolver, o que não é sempre o caso. Essa forma de fazer a história da tradução possui todavia a vantagem de situar os alunos em sua relação com a tradução e ainda pode oferecer materiais para interrogar novamente práticas antigas e, finalmente, questionar os “impensamentos” atuais na tradução.

Uma terceira possibilidade diz respeito ao fato de se poder fazer a história da história da tradução, isto é, de se questionar como tem sido feita a pesquisa sobre a história da tradução, uma questão que, para falar o bourdieusiano, envolve a reprodução do “campo” disciplinar que é a história da tradução. Para reformular essa preocupação de forma diferente, podemos perguntar: como despertar o gosto pela história da tradução nos alunos e nas alunas que geralmente julgam o curso inútil em seu programa acadêmico? O livro, como introdução a práticas históricas, permite despertar esse gosto talvez menos pelo que ele diz e mais pelas zonas obscuras que nele persistem. Les traducteurs dans l’histoire não é uma enciclopédia universal e abrangente; nem tudo é dito sobre a história da tradução; muitas pesquisas devem ainda ser feitas e a necessidade de usar o livro para uma aula pode esclarecer o que é deixado em aberto, ou mesmo o que é rapidamente abordado.

A esse respeito, no curso ministrado no outono de 2014, permiti que as alunas fizessem uma pesquisa pessoal sobre um tema de sua escolha. A princípio, arrependi-me um pouco dessa decisão e confesso ter ficado um tanto decepcionado com os resultados, mas fiquei satisfeito com a reflexão que elas tiveram no final do curso. Elas expressaram um certo arrependimento por não terem tido mais oportunidades de escrever textos de pesquisa antes desse curso. Com efeito, muitos dos problemas que encontrei estão relacionados à falta de experiência que poderia ser facilmente superada se os estudantes tivessem que escrever mais artigos de pesquisa em seu programa acadêmico. O livro Les traducteurs dans l’histoire é então uma boa base para determinar um tema ou um tópico com o qual os estudantes podem trabalhar, em função também dos conhecimentos que eles ou elas já possuem. No que concerne ao ensino, é necessário portanto tirar proveito do que não é dito no livro, é necessário cada vez determinar o que está faltando, isto é, o que dá o desejo de prosseguir a investigação e a fim de tentar compreender um fenômeno. Pesquisa nunca significou outra coisa.

A terceira possibilidade de pensar a história da tradução não é uma possibilidade reflexiva, somente acessível se você por ventura tiver esgotado as duas outras. Pelo contrário, ela me parece ser a primeira possibilidade encontrada logo que se tem acesso a uma tradução em sua natureza historial. Um acontecimento ocorrido em minha aula me fez pensar sobre essa questão, quando, na sessão dedicada ao humanismo francês, apresentei Étienne Dolet (1509-1546), impressor, poeta e tradutor. Esse personagem é conhecido e continua a ser ensinado pelo fato de ter introduzido o termo “traducteur” em francês e por ter feito uma “má” tradução de Platão. Na verdade, Dolet adicionou três palavras (“rien du tout”, ou “absolutamente nada mais”) em uma discussão sobre a imortalidade da alma após a morte (“quando você tiver morrido, a morte também não será capaz de fazer coisa alguma, pois você não será absolutamente nada mais”). Essa tradução foi julgada herética pela faculdade de teologia da Universidade de Paris e Dolet foi queimado vivo em 1546. Dolet é ainda ensinado por uma terceira razão: em 1540, publicou um pequeno tratado intitulado La manière de bien traduire d’une langue en autre, composto por cinco regras muito simples. Recordemos que, no momento da escrita desse tratado, a tradução era predominantemente feita de idiomas eruditos – grego e latim – para novas línguas « nacionais », como o francês. Aqui estão em francês as cinco regras de Dolet:

  1. En premier lieu, il fault que le traducteur entende parfaictement le sens et la matiere de l’autheur qu’il traduit;
  2. La seconde chose qui est requise en traduction, c’est que le traducteur ait parfaicte congnoissance de la langue de l’autheur qu’il traduict;
  3. Le tiers poinct est qu’en traduisant il ne se fault pas asseruir iusques à la que l’on rende mot pour mot;
  4. La quatriesme reigle que ie veulx bailler en cest endroict, est plus à obseruer en langues non reduictes en art, qu’en autres […]. S’il aduient doncques que tu traduises quelque liure Latin en icelles [l’Italienne, l’Hespaignole, celle d’Allemaigne, d’Angleterre, et autres vulgaires], mesmement en la Francoyse, il te fault garder d’vsurper mots trop approchans du Latin, et peu vsitez par le passé : mais contente toy du commun, sans innouer aucunes dictions follement, et par curiosité reprehensible;
  5. La cinquiesme reigle que doibt obseruer vn bon traducteur […] rien autre chose que l’obseruation des nombres oratoires : c’est asscauoir vne liaison et assemblement des dictions auec telle doulceur, que non seulement l’ame s’en contente, mais aussi les oreilles en sont toutes rauies, et ne se faschent iamai d’vne telle harmonie de langage[7].

Um dos exercícios propostos em sala de aula teve como objetivo o de explicar como reflexões históricas sobre a tradução poderiam ser úteis hoje. Todas as alunas responderam por unanimidade – deveríamos nos surpreender? -que as três primeiras regras de Dolet e a última eram úteis e poderiam ser aplicadas como tal hoje. A quarta regra era, no entanto, problemática. Foram propostas três respostas: 1) a regra deve ser eliminada porque ninguém tem que traduzir do latim nos dias de hoje; 2) o equivalente do latim hoje é o inglês (ou qualquer outra língua estrangeira), então Dolet está dizendo que devemos evitar decalques; ou, finalmente, 3) o equivalente do latim hoje não é uma língua estrangeira, mas uma língua “científica ou técnica”, então Dolet está dizendo que temos de simplificar o idioma traduzido, dependendo do público-alvo. Em suma, todas as alunas tiveram o reflexo de “contemporanizar” o problema – elas poderiam muito bem ter respondido que as regras de Dolet foram úteis para a compreensão da prática da tradução na época do Renascimento (o passado pelo passado) – e assim ofizeram a partir de seus conhecimentos “tradutológicos” que muitas vezes operam em um modo binário com dicotomias do tipo fonte/alvo ou foranização/domesticação[8].

Esse exemplo envolve uma interpretação e tem consequências práticas para as várias disciplinas: como nós devemos interpretar o passado pelo presente? Aqui, é útil considerar um outro exemplo. Charles Le Blanc traduziu e publicou recentemente De interpretatione recta de Leonardo Bruni (1374-1444) em francês, em uma versão que se diz constituída da forma mais próxima possível do original. Com efeito, Le Blanc não traduz apenas um discurso histórico sobre a tradução; já que esse discurso oferece algo como uma metodologia, a sua tradução em si torna-se a aplicação desse método. A esse respeito, o tradutor relembra na introdução que o “humanismo” é um retorno aos textos antigos, e o pensamento da tradução de Bruni é coerente com tal retorno, pois esse pensamento convida a um retorno à originalidade do texto a ser traduzido e a uma transmissão dessa “origem” do texto por meio de uma tradução que deve ser uma “réplica” perfeita do original. Em seu livro Le complexe d’Hermès, Le Blanc expressa sua própria visão como uma continuação de Bruni:

[Para Bruni], as intervenções do tradutor no texto são necessárias para evitar erros, a invisibilidade do tradutor é o resultado da aplicação das normas metodológicas. Por meio do texto traduzido, exprime-se bem mais do que um sentido: revela-se principalmente uma maneira de ser, de falar e de pensar – que idealmente deveriam ser aquelas da Antiguidade clássica, mas que muitas vezes são as do tradutor. […] No entanto, como foi mencionado acima: uma tradução é o resultado de um diálogo entre o autor e seu tradutor. Em qualquer diálogo, as partes estão envolvidas, o que contribui para a formação do discurso em si, de modo que uma intervenção do tradutor no trabalho do autor é inevitável, quaisquer que sejam as precauções tomadas para limitá-la. Por conseguinte, as regras de tradução se destinam a assegurar a substituição do original pela tradução e balizar o papel do tradutor, criando de alguma forma uma situação de alienação do tradutor em relação ao autor. Essa situação de alienação na qual se impõe a invisibilidade e, por assim dizer, o silêncio do tradutor, mestre da comunicação, forma, o que foi chamado em outra parte, o complexo de Hermes [9].

Portanto, é útil ler a tradução que faz Le Blanc de Bruni, bem como compará-la com as outras. Por exemplo, em uma passagem, podemos ler (primeiro em latim, em seguida, em francês e, finalmente, em uma tradução literal da tradução francesa de Le Blanc):

Quid de verbis in greco relictis dicam, que tam multa sunt, ut semigreca quedam eius interpretatio videatur? Atqui nihil grece dictum est, quod latine dici non possit! Et tamen dabo veniam in quibusdam paucis admodum peregrinis et reconditis, si nequeant commode in latinum traduci. Enim vero, quorum optima habemus vocabula, ea in greco relinquere ignorantissimum est. Quid enim tu mihi “politiam” reliquis in greco, cum possis et debeas latino verbo “rem publicam” dicere? Cur tu mihi “oligarchiam” et “democratiam” et “aristocratiam” mille locis inculcas et aures legentium insuasissimis ignotissimisque nominibus offendis, cum illorum omnium optima et usitatissima vocabula in latino habeamus? Latini enim nostri “paucorum potentiam” et “popularem statum” et “optimorum gubernationem” dixerunt. Utrum igitor hoc modo latine prestat dicere, an verba illa, ut iacent, in greco relinquere?

Que devrais-je dire alors des mots laissés en grec, lesquels sont si nombreux qu’il semble que la traduction soit, pour ainsi dire, en grec pour la moitié? Et pourtant rien ne se peut dire en grec qui ne le peut en langue latine! J’omets certains passages exotiques et abstrus que l’on ne peut, certes, traduire facilement, mais c’est un signe d’abyssale ignorance que de laisser en grec des mots pour lesquels il existe des correspondants. Pourquoi parler de « politie » [πολιτεία] si l’on a le mot « république » que l’on peut et doit utiliser? Pourquoi en mille endroits placer « oligarchie », « démocratie » et « aristocratie » offensant ainsi les oreilles des lecteurs avec des mots tout aussi peu d’usage qu’ils sont connus, tandis qu’il existe pour eux tous des mots excellents et for utilisés?* Les auteurs latins disaient, quant à eux, « pouvoir de la minorité », « état populaire » et « gouvernement des meilleurs ». Est-ce donc préférable de s’en remettre à l’usage ou bien aux néologismes?**[10]

O que devo dizer então sobre as palavras deixadas em grego, as quais são tão numerosas que parece que a tradução é, por assim dizer, pela metade em grego? E entretanto não há nada que se possa dizer em grego que não se possa dizer em língua latina! Eu omito algumas passagens exóticas e herméticas que não podem, é claro, ser traduzidas facilmente, mas é um sinal de ignorância abismal deixar em grego palavras para as quais existem correspondentes. Por que falar “politia” [πολιτεία][11] se possuímos a palavra “república” que podemos e devemos usar? Por que empregar em mil lugares “oligarquia”, “democracia” e “aristocracia”, ofendendo assim os ouvidos dos leitores com palavras de pouco uso, ao passo que existem para eles palavras excelentes e bastante usadas?* Os autores latinos diziam, no entanto, “o poder da minoria”, “estado do povo” e “o governo dos melhores”. É melhor confiar no uso ou bem nos neologismos?**

Há duas notas no final do livro para este parágrafo (abaixo, encontram-se tais notas em francês e, logo em seguida, sua tradução):

71 [*] Ce passage, surréaliste pour des lecteurs de notre époque, possède néanmoins un intérêt pour la traductologie en ce qu’il montre que Bruni dénie à la traduction le droit d’introduire des mots, des expressions et des métaphores nouvelles qui pourraient enrichir la langue d’arrivée.

72 [**] Sans forcer le texte, nous proposons ici une traduction par le sens afin d’assurer une certaine unité au discours de l’Arétin. Le texte latin dit littéralement : « Est-il donc préférable de dire ainsi, en latin, ou bien de laisser comme ils sont les mots grecs?[12] »

* Esta passagem, surreal para os leitores do nosso tempo, apresenta contudo um interesse para a tradutologia, na medida em que mostra que Bruni nega à tradução o direito de introduzir palavras, expressões e novas metáforas que podem enriquecer a tradução da língua-alvo.

** Sem forçar o texto, propomos aqui uma tradução pelo sentido a fim de assegurar uma certa unidade ao discurso do Aretino. O texto latino diz literalmente: “É, portanto, preferível dizer em latim ou deixar as palavras como estão em grego?”

Para a última parte da tradução citada acima, Le Blanc decide transformar um pouco o texto para torná-lo contemporâneo, mas ele faz isso de forma um pouco paradoxal: ele usa a palavra “néologisme”, que em si mesma é não apenas um neologismo, mas também, literalmente, uma composição de dois decalques do grego antigo (νέος e λόγος). É interessante comparar esse parágrafo traduzido por Le Blanc com outras traduções do texto de Bruni, por exemplo em português e em inglês, em que a escolha do tradutor foi diferente (cito apenas a última parte, em que as palavras gregas são usadas):

Por que, pois, me deixas em grego politeia, quando podes e deves dizer a palavra latina res publica? Por que tu me repetes em mil passagens oligarchia, democratia, aristocratia, e feres os ouvidos dos leitores com nomes dos mais desaconselhados e desconhecidos, quando temos em latim vocábulos muitíssimo excelentes e usados para todos eles? Pois nossos latinos disseram paucorum potentia [poder de poucos], e popularis status [estado popular], e optimorum gubernatio [governo dos nobres]. Por isso, é melhor falar deste modo em latim ou deixar aquelas palavras em grego como estão?[13]

Why, tell me, do you leave politeia in Greek, when you can and ought to use the Latin words res public? Why obtrude in a thousand places the words democratia and oligarchia and aristocratia, and offend the ears of your readers with outlandish and unfamiliar terns when we have excellent and widely used terms for all of them in Latin? For we Latins say “the power of a few” (paucorum potentia) and “popular constitution” (popularis status) and “rule of the best” (optimorum gubernatio). Is it best to use Latin in this way, or to leave the words as they are in Greek?[14]

Não é preciso saber aqui ler em inglês para ver facilmente que as palavras “em grego” foram transcritas de forma literal e que os equivalentes latinos permaneceram no texto. Em ambos os casos, uma intervenção marcada pelo tradutor é visível: em português, elas estão incluídas no texto, mas uma tradução é fornecida entre colchetes; em inglês, as palavras latinas estão entre parênteses (em português: “o poder de poucos”, “constituição popular”, “governo dos melhores”).

A intervenção do tradutor, seja qual for, em um caso como no outro, não é superficial e sem consequências, ela traz implicações tanto estéticas, como políticas e éticas para o “diálogo” que o tradutor mantém com o autor e seus contemporâneos. Ora, é inútil tentar decidir aqui quem traduz melhor ou quem é capaz de trazer da melhor forma possível o leitor da tradução “para” o autor original; do mesmo modo, é inútil comparar as intenções de um ou outro em termos de fidelidade ao passado histórico. Com efeito, temos que levar em conta o fato de que uma tradução de textos históricos sempre implica uma “contemporanização” dos textos. Nessa transformação inevitável do texto, é necessária uma lente dupla que leve em conta o endereço do autor (no sentido de seu discurso) e também o endereço do tradutor[15]. Uma história da tradução em “paisagens” em paralelo a uma história de “retratos” parece ser necessária para completar a reflexão já realizada nessa área, adicionando uma “tradução da história” à “história da tradução”. A esse respeito, a tradutologia como disciplina pode contribuir para todas as disciplinas de ciências humanas e sociais. Se a institucionalização da “história da tradução” ainda não está concluída, talvez seja porque ela está aberta a pesquisadores e pesquisadoras de outras disciplinas que vêem nela um interesse para seus próprios trabalhos.


 

Notas

* A versão em português deste texto foi revisada por Leandro de Oliveira Neris.

[1] Informação disponível na página pessoal de Jean Delisle (Universidade de Ottawa).

[2] Jean Delisle e Judith Woodsworth, “Prefácio” à segunda edição francesa, Les traducteurs dans l’histoire, Ottawa, Presses de l’Université d’Ottawa, 2007, p. xxi.

[3] Judith Woodsworth, “Prefácio à segunda edição”, Translators through History, Jean Delisle e Judith Woodsworth (dir.), revista e ampliada por Judith Woodsworth, Amsterdam/Philadelphia, John Benjamins Publishing Company, 2012, p. xiii-xiv. A nova edição em francês traz uma tradução desse prefácio.

[4] Jean Delisle e Judith Woodsworth, «Prefácio» para a segunda edição francesa, op. cit., p. xx-xxi; minha tradução.

[5] Um exemplo: em um curso sobre a história da tradução ministrado no outono de 2014, pedi a meus estudantes para ler em duas partes o primeiro capítulo do livro sobre os criadores dos alfabetos: Úlfilas (gótico), Mesrob Machtots (armênio) e Cirilo e Metódio (eslavo) como um primeiro passo para uma aula sobre a tradução da Bíblia na idade média e James Evans (silábico cri) para uma segunda aula sobre a tradução da Bíblia na modernidade. O que foi omitido no livro, em minha opinião, foi a distinção entre o primeiro grupo – que são tradutores traduzindo em sua própria língua – e o último tradutor que traduz em paralelo com a missão de evangelizar os povos indígenas. A distinção permitiu-me apresentar uma forma diferente de conceituar os usos da tradução dos textos sagrados. Uma vez mais, esse trabalho de reajustamento é necessário se você quiser usar o livro em sala de aula. A divisão dos capítulos em subseções razoavelmente uniformes permite fazê-lo facilmente.

[6] Se a história da tradução pode ser um tema comum, institucionalmente, pesquisadores envolvidos não são, muitas vezes, filiados aos departamentos de tradução, mas sim aos departamentos de literatura comparada ou “nacional”, ou ainda, no caso de traduções de textos religiosos, aos departamentos de estudos teológicos (cristãos ou islâmicos). Se o interesse da pesquisa histórica pode se concentrar na tradução, não tenho conhecimento de qualquer instituição (departamentos, associações ou centros de pesquisa) que se dedica exclusivamente a essa área.

[7] Étienne Dolet, La manière de bien traduire d’une langue en autre, Lyon, 1540. Um comentário de Mauri Furlan resume: 1) compreender o sentido e o tema do autor que é traduzido; 2) conhecer perfeitamente a língua do autor que é traduzido e a língua em que é traduzido; 3) traduzir ad sententiam; 4) utilizar a língua comum (hierarquia das línguas, uso de palavras comuns e não demasiado próximas do latim, cuidado com as inovações); 5) observar a harmonia do discurso (a cadência oratória). No artigo “Étienne Dolet e o ‘Modo de traduzir bem de uma língua a outra’”, Cadernos de Tradução, vol. 1, n. 21, 2008, p. 71.

[8] Nesta distinção, em especial sobre o termo “foranização” (de “fora”) do francês “forainisation” (a tradução de foreignization de Lawrence Venuti), ver Simon Labrecque em francês, “De la forainisation (à l’étrangéisation?)”, Trahir, julho 2014.

[9] Charles Le Blanc, introdução a Leonardo Bruni, De interpretatione recta/ De la traduction parfaite, trad. Charles Le Blanc, Ottawa, Presses de l’Université d’Ottawa, 2008, p. 8-9. A referência ao “complexo de Hermes” vem de seu livro Le complexe d’Hermès. Regards philosophiques sur la traduction, Ottawa, Presses de l’Université d’Ottawa, 2009.

[10] Leonardo Bruni, De interpretatione recta / De la traduction parfaite, op. cit., §43, p. 118-119.

[11] Em português, na tradução de Aristóteles, usa-se “democracia” para πολιτεία e “demagogia” para δημοκρατία.

[12] Ibid., p. 132.

[13] Leonardo Bruni, “Da tradução correta”, trad. Mauri Furlan, Scientia Traductionis, no. 10, Pós-Gradução em Estudos da Tradução (PGET), Universidade Federal de Santa Catarina, 2011, p. 45.

[14] Leonardo Bruni, “On the Correct Way to Translate”, trans. James Hankins, The Humanism of Leonardo Bruni. Selected Texts, Gordon Griffiths, James Hankins et David Thompson (dir.), Binghamton, New York, Center for Medieval and Early Renaissance Studies, State University of New York at Binghamton, 1987, p. 228.

[15] Com o meu colega Simon Labrecque, com base em um debate clássico entre o “textualismo” da escola de Strauss e o “contextualismo” da escola de Cambridge do pensamento político, tentamos conceituar o problema em um artigo publicado na terceira edição da revista Le Cygne noir (primavera 2015).

Poster un commentaire

Classé dans René Lemieux

Portraits for translation

Critical review of the book Les traducteurs dans l’histoire edited by Jean Delisle and Judith Woodsworth, French translation coordinated by Benoit Léger with the collaboration of Alex Gauthier, Dominique Pelletier and Simon Saint-Onge, third edition, Québec, Presses de l’Université Laval, 2014, 402 p.

By René Lemieux, Université du Québec à Montréal* | pdf version, aussi disponible en français, também disponível em português

details_L97827637218421In 2014, the book Les traducteurs dans l’histoire underwent its third French edition. This new edition was coordinated by Benoit Léger in collaboration with three students of Concordia University, Alex Gauthier, Dominique Pelletier and Simon Saint-Onge. First published in 1995 and edited by Jean Delisle and Judith Woodsworth (in French at the University of Ottawa Press/UNESCO Publishing; in English at John Benjamins Publishing Company/UNESCO Publishing), this unique bilingual work began to diverge at the time of the second edition: the second French edition was published by the University of Ottawa Press in 2007, and a revised edition was published in English a few years later by John Benjamins Publishing Company in 2012. Several translations of the book have been published in the meantime, in Portuguese (Os tradutores na história, Editora Ática, 1998, translated by Sérgio Bath), in Spanish (Los traductores en la historia, Editorial Universidad de Antioquia, 2005, translation coordinated by Martha Pulido), in Arabic by Mohammed Mahmoud Mustafa in 2006 (Al-mutarǧemūn ‘abr al-tārīkh, Kuwait, محمد محمود مصطفى : المترجمون عبر التاريخ) and in Romanian (Traducătorii în istorie, Editura Universitătii de Vest, 2008, translation coordinated by Georgiana Lungu-Badea)[1].

The third French edition being the translation of the second English edition, it somehow restores the equivalence between the two editions lost from the second English edition onward (a loss of equivalence which made it difficult to use the book in the context of a French and English, bilingual course). The differences had appeared following new research in the field of the history of translation. In this regard, the French 2007 edition already noted some changes, particularly in the entries on the “Toledo School” that had been preserved despite the work of Clara Foz (Le Traducteur, l’Église et le Roi, Ottawa, University of Ottawa Press, 1998), among others, who questioned the very existence of this “school”[2]. This latest edition still retains mention of the Toledo School but insists on its mythical quality, keeping it as an archive for the memory of this episode that was less about the history of translation as such than about the history of the history of translation.

Overall, there are no great differences, thematically, in this third edition, although new sections have made their appearance: the contribution of computer technologies to translation (chapter 4), a longer discussion on the new vision of translation in the 21st century (conclusion of chapter 5), and a section on the translation of Eastern sacred texts (conclusion of chapter 6, with a small section on the sinologist James Legge). Most changes occur in references that have been added since the beginning of the project, as well as in the general reflection on history offered by the book. In this regard, Judith Woodsworth describes in the foreword the main trends of this transformation:

Whereas traditional history tended to look at momentous events and the “great deeds of great men”, recent decades have seen an increasing number of scholars focus on ordinary people and attempt to tell “history from below”. Historians of translators are adopting this vantage point to good effect. For millennia, translators have accompanied the “great men” in their “great deeds”, but they have been defined by their subordinate status (as captives, slaves or ethnic hybrids, for example). Yet, their social, cultural and geographic identities have allowed them to cross borders, negotiate across cultures and contribute to intellectual and cultural exchange. Just as decolonization, feminism and identity politics have transformed historical writing, so, too, have they made their mark on the narratives of translation[3].

If the book has managed to grow by regular additions over time, it is still unfinished: its construction is still ongoing.

The book Les traducteurs dans l’histoire can easily be read by a non-specialist audience. It is also addressed to those who are curious about the history of a literature that is usually not covered, translation as such, and it may be of interest to those who practise translation (of literary or other kinds) and who would like to open themselves to original ways of translating. However, the target audience remains students of translation enrolled in the course “History of translation” that is typically offered in translation programs in universities.

First conceived as a kind of synthesis divided into themes, the book can hardly be read continuously, for the repetitions can be tiresome. This was one of the criticisms that the book received after the first edition, and the second French edition had answered it:

It would be wrong to see repetitions that we have missed. […] The vast and complex work of exceptional translators [Chaucer, Caxton, Tyndale, Luther], whose multiple contributions are essential, largely justifies the fact that they appear in more than one chapter. In each chapter, a particular aspect of their contribution is addressed[4].

Indeed, Luther is essential to understand changes in the viewpoint that translators have adopted toward sacred texts in modernity, and he is also important to understand the power struggles between the Princes and the Church in the Renaissance, or even the contribution of translators to the development and establishment of the contemporary German language. The chosen thematizations at the beginning have their advantages and disadvantages, arising from the choice of the themes which, in many respects, overlap. This is probably due to the fact that history cannot be “cut” uniformly, that there are several ways to perceive history in order to divide it: by historical eras (antiquity, middle ages, modernity), by types of translations or textual productions (religious translation – the translation of the Qur’an is found in three different chapters –, literary or theatrical translations, but also the emergence of dictionaries, or even conference interpretation, which both have their own chapter), or geographical or linguistic areas (a discussion on translation into indigenous languages can be found in the first chapter on the inventors of alphabets, but translation into modern Hebrew will be found in the second chapter on national languages, after the section on Swedish translators and the evolution of the Gbaya in Cameroon; Irish Gaelic will even be found in chapter 3, on translators as producers of national literatures). It is perhaps necessary to simply mention that the book must not be taken as a custom-made “manual” for a course on the history of translation; it should be recast and reworked by the teacher according to the divisions s/he wants to focus on[5].

This disparity between the themes, which still remain somewhat incommensurable among one another, carries the trace of a still unfixed disciplinary work. Despite recent publications and the great success of a book like Les traducteurs dans l’histoire, the history of translation does not constitute, it seems to me, a discipline or even an academic field. Very often, researchers in this field have institutional ties out of translation studies, and academic publications are rather concerned with translation in general[6]. I would take the liberty to offer an explanation of this phenomenon: the absence of institutions in the history of translation would be the sign that the field is open to several disciplines, if not to all disciplines. In effect, the knowledge circulating today in academia all passed, at one time or another, through translation, and this process of translation has a history. The field “history of translation” is, in this regard, a “melting-pot” where diverse hypotheses on the development of knowledge, arts, literature, etc., can be confronted.

For s/he who belongs to neither the practice of translation nor to a program in translation studies, what image could one have of the history of translation after having read this book? I propose two possibilities, and add a third one that would somehow outline a program for future research.

The first possibility is to conclude that the objective of the translation of history is, in the form of “portraits”, to understand the conditions of possibility of a literary practice that aims to make a speech uttered in a language understandable to a person who does not speak this language. In this sense, we would find quite fascinating examples of this history in the book, from the creators of alphabets to makers of national languages, with artisans whose personalities are often very strong (I think of Étienne Dolet in particular) or with practices that may seem very different from the current ideas that we hold about translation.

A second possibility could be mentioned, even if it is less easily discernable in the book. It concerns the conceptions of translation that have been formulated throughout history. We tend to simplify the problem by opposing two types of translation, meaning-for-meaning and word-to-word, as described by Jerome of Stridon, but there are a variety of reflections on translation that it is possible to deduce from the paratexts like prefaces, or even from autonomous texts, that allow us to map an intellectual history of the practice of translation. This is a history in the longue durée that involves not only the context of elaboration of this reflection on translation, but also various responses that were offered over time to common problems and issues. To portraits of translators, we can thus add a series of intellectual “landscapes” of translation. This way to think about history also has its disadvantages, for it presuppose an equivalence between the thought of the authors of these texts and their own translational practice, between the projects that translators present and the products they can manage to achieve, which is not always the case. The advantages, however, concern the possibility of situating students in their own relationships to translation, and this approach can even provide materials to question anew ancient practices and to ultimately question the current “unthoughts” on translation.

A third possibility concerns the possibility of doing the history of the history of translation, that is to say, to question how research has been and is carried on the history of translation, a question which, to speak Bourdieusian, engages the reproduction of the disciplinary “field” that is the history of translation. To reformulate this concern differently, we can ask: how can we instil a taste for the history of translation in students who generally judge the course useless in their academic curricula? The book, as an introduction to historical practices, allows this instillation perhaps less by what it says than by the grey areas that are left in it. Les traducteurs dans l’histoire is not a universal and comprehensive encyclopaedia; not everything is told about the history of translation; more research remains to be done, and having to use the book for a class may allow to bring to light what is left open, or even what we are getting rid of too hastily.

In this regard, in the course given in the Fall of 2014, I let the students do a personal research on a topic of their choice. First, I somewhat regretted this decision, and I confess having been a little disappointed by the results, but I was satisfied with the reflection they had at the end of the course, as they expressed a regret for not having been given more opportunities to write research papers before this course. Indeed, many of the problems I encountered can be traced back to a lack of experience that could be easily surpassed if students had to write more research papers in their academic program. The book Les traducteurs dans l’histoire is then a good basis to determine a theme or topic that the students can invest, depending also on the knowledge they already have. In the use of the book for teaching, it is therefore necessary to take advantage of what is not said in the book, each time to determine what is missing, that is to say, what gives the desire to continue to pursue the investigation and to try to understand a phenomenon. Research has never meant anything else.

The third possibility to think the history of translation is not a reflexive possibility that is only once you have exhausted the others. On the contrary, it seems to me to be the first possibility that one encounters as soon as one has access to a translation in its historial nature. An event that took place in my class made me think about this issue when, in the session dedicated to French humanism, I presented Étienne Dolet (1509-1546), a poet, a printer and a translator. This character is known and continues to be taught for having introduced the term “traducteur” in French and for a “bad” translation of Plato. Indeed, Dolet added three words (“rien du tout”, or “anything at all”) to an argument about the immortality of the soul after death (“when you have died, death will also not be able to do anything, since you will no longer be anything at all”). This translation was judged heretical by the Faculty of theology of the University of Paris and Dolet was burned alive in 1546. Dolet is taught for a third reason: in 1540, he published a short treatise entitled La manière de bien traduire d’une langue en autre, composed of five very simple rules. Let us recall that, a the time of writing, translation was overwhelmingly done from scholarly languages – Greek and Latin – into new “national” languages, like French. Here are the five rules in Dolet’s French:

  1. En premier lieu, il fault que le traducteur entende parfaictement le sens et la matiere de l’autheur qu’il traduit;
  2. La seconde chose qui est requise en traduction, c’est que le traducteur ait parfaicte congnoissance de la langue de l’autheur qu’il traduict;
  3. Le tiers poinct est qu’en traduisant il ne se fault pas asseruir iusques à la que l’on rende mot pour mot;
  4. La quatriesme reigle que ie veulx bailler en cest endroict, est plus à obseruer en langues non reduictes en art, qu’en autres […]. S’il aduient doncques que tu traduises quelque liure Latin en icelles [l’Italienne, l’Hespaignole, celle d’Allemaigne, d’Angleterre, et autres vulgaires], mesmement en la Francoyse, il te fault garder d’vsurper mots trop approchans du Latin, et peu vsitez par le passé : mais contente toy du commun, sans innouer aucunes dictions follement, et par curiosité reprehensible;
  5. La cinquiesme reigle que doibt obseruer vn bon traducteur […] rien autre chose que l’obseruation des nombres oratoires : c’est asscauoir vne liaison et assemblement des dictions auec telle doulceur, que non seulement l’ame s’en contente, mais aussi les oreilles en sont toutes rauies, et ne se faschent iamai d’vne telle harmonie de langage[7].

One of the exercises given in class was to explain how historical reflections on translation could be useful today. All students responded unanimously – should we be surprised? – that Dolet’s first three rules and the last one were still useful and could even be applied as such today. The fourth rule, however, was problematic. Three responses were proposed: 1) the rule should be erased, since nobody has to translate from Latin these days; 2) the equivalent of Latin today is English (or any other foreign language), so Dolet is saying that we must avoid calques or loan words; or, finally, 3) the equivalent of Latin today is not a foreign language, but a language “too scientific or technical”, so Dolet is saying that we must simplify the translated language depending on the target audience. In short, the students all had the reflex to “contemporarize” the problem – they could very well have answered that Dolet’s rules were useful for the understanding of the practice of translation at the time of the Renaissance (the past for the part). They did so from their “translatological” knowledge which often operates in a binary mode with dichotomies like target-/source-oriented translation or foreignizing/domesticating translation.

This example involves interpretation and has practical consequences for several disciplines because it asks: how should we interpret the past for the present? Here, it is useful to consider another example. Charles Le Blanc recently translated and published De interpretatione recta by Leonardo Bruni Aretino (1374-1444) in French, in a version that seeks to be as close as possible to the original. Indeed, Le Blanc does not only translate a historical discourse on translation; as this discourse offers something like a methodology, his translation itself becomes the application of this very method. In this regard, the translator recalls in the introduction that “humanism” is a return to ancient texts, and that Bruni’s view of translation remains consistent with such a return because it calls for a return to the originality of the text to be translated and for a transmission of this “origin” of the text through a translation that should be a perfect “replica” of the original. In his book The Hermes Complex, Le Blanc expresses his own view as a continuation of Bruni’s:

This desire to go back to beginnings, to rediscover the origin in and for itself, made it imperative to develop both the science of philology and a much-needed methodology of translation. When Leonardo Bruni writes: “…the excellent translator will throw himself heart, mind and soul into the work of the first author, he will become the work, so to speak, in order to express its structure, stance, movement, colours and all its myriad traits”, he is clearly demanding that the translation be a perfect replica of the original. Any interventions of the translator in the text will be considered errors – violations of methodological norms designed to ensure his invisibility. What should transpire through the translated text is more than mere denotation: what the translation should convey, above all, is a way of being, a diction and a style of thinking – all of which should ideally be those of the Ancients, though they are all too often those of the translator. A reading-based approach to translation brings all these phenomena into focus[8].

Therefore, it is useful to read Le Blanc’s translation of Bruni and to compare it to others. For example, in a passage, we can read (first in Bruni’s Latin, then in French, finally in a very literal translation of Le Blanc’s French translation):

Quid de verbis in greco relictis dicam, que tam multa sunt, ut semigreca quedam eius interpretatio videatur? Atqui nihil grece dictum est, quod latine dici non possit! Et tamen dabo veniam in quibusdam paucis admodum peregrinis et reconditis, si nequeant commode in latinum traduci. Enim vero, quorum optima habemus vocabula, ea in greco relinquere ignorantissimum est. Quid enim tu mihi « politiam » reliquis in greco, cum possis et debeas latino verbo « rem publicam » dicere? Cur tu mihi « oligarchiam » et « democratiam » et « aristocratiam » mille locis inculcas et aures legentium insuasissimis ignotissimisque nominibus offendis, cum illorum omnium optima et usitatissima vocabula in latino habeamus? Latini enim nostri « paucorum potentiam » et « popularem statum » et « optimorum gubernationem » dixerunt. Utrum igitor hoc modo latine prestat dicere, an verba illa, ut iacent, in greco relinquere?

Que devrais-je dire alors des mots laissés en grec, lesquels sont si nombreux qu’il semble que la traduction soit, pour ainsi dire, en grec pour la moitié? Et pourtant rien ne se peut dire en grec qui ne le peut en langue latine! J’omets certains passages exotiques et abstrus que l’on ne peut, certes, traduire facilement, mais c’est un signe d’abyssale ignorance que de laisser en grec des mots pour lesquels il existe des correspondants. Pourquoi parler de « politie » [πολιτεία] si l’on a le mot « république » que l’on peut et doit utiliser? Pourquoi en mille endroits placer « oligarchie », « démocratie » et « aristocratie » offensant ainsi les oreilles des lecteurs avec des mots tout aussi peu d’usage qu’ils sont connus, tandis qu’il existe pour eux tous des mots excellents et for utilisés?* Les auteurs latins disaient, quant à eux, « pouvoir de la minorité », « état populaire » et « gouvernement des meilleurs ». Est-ce donc préférable de s’en remettre à l’usage ou bien aux néologismes?**[9]

What should I say then of words left in Greek, which are so numerous that it seems that the translation is, so to speak, Greek for a half? Yet nothing can be said in Greek that cannot be said in Latin! I omit some exotic and abstruse passages that we cannot, of course, translate easily, but it is a sign of abysmal ignorance to leave in Greek words for which there are corresponding ones. Why talk of “polity” [πολιτεία] if one has the word “republic” that can and should be used? Why put in a thousand places “oligarchy”, “democracy” and “aristocracy”, thereby offending the readers’ ears with words that are as little used as they are known, while there are for them all of those excellent words and usages?* Latin authors said, meanwhile, “power of the minority”, “people’s State” and “government of the best”. Is it better, then, to rely on usage or on neologisms?**

There are two end notes for this excerpt that are (in French, then the translation):

71 [*] Ce passage, surréaliste pour des lecteurs de notre époque, possède néanmoins un intérêt pour la traductologie en ce qu’il montre que Bruni dénie à la traduction le droit d’introduire des mots, des expressions et des métaphores nouvelles qui pourraient enrichir la langue d’arrivée.

72 [**] Sans forcer le texte, nous proposons ici une traduction par le sens afin d’assurer une certaine unité au discours de l’Arétin. Le texte latin dit littéralement : « Est-il donc préférable de dire ainsi, en latin, ou bien de laisser comme ils sont les mots grecs?[10] »

* This passage, surrealistic for readers of our time, nevertheless has an interest for translation studies in that it shows that Bruni denies to translation the right to introduce new words, expressions and metaphors that could enrich the target language.

** Without forcing the text, we propose here a translation from the sense in order to ensure a certain unity to the discourse of the Aretian. The Latin text literally says: Is it therefore preferable to say so, in Latin, or leave the Greek words as they are?

Le Blanc chooses, for the last part of the translation cited above, to somewhat transform the text and make it contemporary, but he does so in a slightly paradoxical way: he uses the word “néologisme”, which is itself not only a neologism, but also, literally, a composition of two loan words from ancient Greek (νέος and λόγος). It is interesting to compare this paragraph translated by Le Blanc with other translations of Bruni’s text, for example in English and in Portuguese, where the choice of the translator was different (I cite only the last part, where Greek words are used):

Why, tell me, do you leave politeia in Greek, when you can and ought to use the Latin words res public? Why obtrude in a thousand places the words democratia and oligarchia and aristocratia, and offend the ears of your readers with outlandish and unfamiliar terns when we have excellent and widely used terms for all of them in Latin? For we Latins say « the power of a few » (paucorum potentia) and « popular constitution » (popularis status) and « rule of the best » (optimorum gubernatio). Is it best to use Latin in this way, or to leave the words as they are in Greek?[11]

Por que, pois, me deixas em grego politeia, quando podes e deves dizer a palavra latina res publica? Por que tu me repetes em mil passagens oligarchia, democratia, aristocratia, e feres os ouvidos dos leitores com nomes dos mais desaconselhados e desconhecidos, quando temos em latim vocábulos muitíssimo excelentes e usados para todos eles? Pois nossos latinos disseram paucorum potentia [poder de poucos], e popularis status [estado popular], e optimorum gubernatio [governo dos nobres]. Por isso, é melhor falar deste modo em latim ou deixar aquelas palavras em grego como estão?[12]

One does not need to read Portuguese here to easily see that the “Greek” words have been transcribed and that the Latin equivalents remain in the text. In both cases, a marked intervention by the translator is visible: in English, the Latin words are in parentheses; in Portuguese, they are included in the text, but a translation is provided between square brackets (“power of the few”, “People’s state” and “government of the nobles”).

The intervention by the translator, whatever it is, in one case as in the others, is not superficial and inconsequential, it has implications; aesthetical ones, of course, but also political and ethical implications for the “dialogue” that the translator has with both the author and his or her contemporaries. However, it is useless here to decide who translates best or who is better able to bring the reader of the translation “to” the original author; it is also useless to compare the intentions of one or the other in terms of fidelity to the historical past. In effect, we have to take into account the fact that a translation of historical texts always implies a “contemporanization” of the texts. In this inevitable transformation of the text, a dual lens is needed that takes into account the address of the author, but also the address of the translator[13]. A history of translation in “landscapes” in parallel with a history of “portraits” seems to be necessary to complete the reflection already undertaken in this field by adding a “translation of history” to the “history of translation”. In this regard, translation studies as a discipline has something to bring to all the disciplines of the humanities, as well as to the social sciences. If the institutionalization of the “history of translation” is not completed, it may be because it is opened to researchers from other disciplines who can see therein an interest for their own research.


 

Notes

* The English version of this text was reviewed by Simon Labrecque.

[1] Information available on the personal webpage of Jean Delisle (University of Ottawa).

[2] Jean Delisle and Judith Woodsworth, “Foreword” to the second French edition, Les traducteurs dans l’histoire, Ottawa, University of Ottawa Press, 2007, p. xxi.

[3] Judith Woodsworth, « Foreword to the second edition », Translators through History, Jean Delisle and Judith Woodsworth (eds.), revised and expanded by Judith Woodsworth, Amsterdam/Philadelphia, John Benjamins Publishing Company, 2012, p. xiii-xiv. The new edition in French gives a translation of this foreword.

[4] Jean Delisle and Judith Woodsworth, « Foreword » to the second French edition, op. cit., p. xx-xxi; my translation.

[5] One example: in a course on the history of translation taught in the Fall of 2014, I asked my students to read the first chapter of the book about the creators of alphabets in two parts, Ulfila (Gothic), Mesrop Mashtots (Armenian) and Cyril and Methodius (Old Slavonic) as a first step for a class on the translation of the Bible in the Middle Ages, and James Evans (Cree syllabic) for a second class on the translation of the Bible in modernity. What was omitted in the book, in my opinion, was the distinction between the first group – who are translators translating into their own language – and the latter translators who translate in parallel with a mission to evangelize indigenous peoples. The distinction allowed me to present a different way of conceptualizing the uses of the translation of sacred texts. Again, this work of readjustment is necessary if one wants to be able to use the book in class. Division of the chapters into fairly uniform subsections allows to do it quite easily.

[6] If the history of translation may be a common theme, institutionally, researchers involved are, very often, not affiliated to departments of translation, but rather to departments of “national” or comparative literatures, or, in the case of translations of religious texts, in theological studies (Christian or Koranic) departments. If the interest of historical research can focus on translation, I am not aware, for my part, of any institution (departments, associations or research centers) exclusively dedicated to this field.

[7] Étienne Dolet, La manière de bien traduire d’une langue en autre, Lyon, 1540. A translation by David G. Ross is available in Douglas Robinson, Western Translation Theory. From Herodotus to Nietzsche, St. Jerome Publishing, 2002, p. 95-97 : “1) First, the translator must have a perfect grasp of the meaning of what he is translating [;] 2) The second thing required for translation is that the translator have a perfect familiarity with the language of the author being translated [;] 3) The third point is that one must not give in to translating word for word [;] 4) The fourth rule that I wish to provide in this work is more often observed in artistically unrefined languages than in others […]. If you should find yourself translating a Latin work into one of these languages [Italian, Spanish, German, English, and other common tongues], even into French, take care not to usurp words that are too close to Latin and not traditionally used. Rather content yourself with normal diction, without allowing reprehensible curiosity to inspire any extravagant neologisms [;] 5) Let us now turn to the fifth rule a good translator must observe […]. Nothing but following the principles of rhetorical harmony, to wit the words must be assembled and liaised so skillfully that not only is the soul contented but the ears, never having known such linguistic harmony, are enraptured.”

[8] Charles Le Blanc, The Hermes Complex. Philosophical Reflections on Translation, trans. Barbara Folkart, Ottawa, University of Ottawa Press, 2012, §125.

[9] Leonardo Bruni, De interpretatione recta / De la traduction parfaite, trans. Charles Le Blanc, Ottawa, University of Ottawa Press, 2008, §43, p. 118-119.

[10] Ibid., p. 132.

[11] Leonardo Bruni, “On the Correct Way to Translate”, trans. James Hankins, The Humanism of Leonardo Bruni. Selected Texts, Gordon Griffiths, James Hankins et David Thompson (dir.), Binghamton, New York, Center for Medieval and Early Renaissance Studies, State University of New York at Binghamton, 1987, p. 228.

[12] Leonardo Bruni, “Da tradução correta”, trans. Mauri Furlan, Scientia Traductionis, no. 10, Pós-Gradução em Estudos da Tradução (PGET), Universidade Federal de Santa Catarina, 2011, p. 45.

[13] With my colleague Simon Labrecque, from a classical debate between the “textualism” of the Straussian school and the “contextualism” of the Cambridge School of political thought, we have tried to conceptualize the problem in an article published in the third issue of the journal Le Cygne noir (Spring 2015).

Poster un commentaire

Classé dans René Lemieux

Portraits pour la traduction

Critique de l’ouvrage collectif Les traducteurs dans l’histoire sous la direction de Jean Delisle et Judith Woodsworth, traduction française coordonnée par Benoit Léger avec la collaboration d’Alex Gauthier, Dominique Pelletier et Simon Saint-Onge, troisième édition, Québec, Presses de l’Université Laval, 2014, 402 p.

Par René Lemieux, Université du Québec à Montréal | version pdf, also available in English, também disponível em português

details_L97827637218421Le livre Les traducteurs dans l’histoire a connu, en 2014, sa troisième édition française. Cette nouvelle édition a été coordonnée par Benoit Léger avec la collaboration de trois étudiants de l’Université Concordia, Alex Gauthier, Dominique Pelletier et Simon Saint-Onge. D’abord publié en 1995 sous la direction de Jean Delisle et de Judith Woodsworth (en français aux Presses de l’Université d’Ottawa/Éditions de l’UNESCO; en anglais aux chez John Benjamins Publishing Company/Éditions de l’UNESCO), l’ouvrage unique mais bilingue s’est mis à diverger à partir de la deuxième édition : la deuxième édition française est publiée aux Presses de l’Université d’Ottawa en 2007 et une édition révisée est publiée en anglais quelques années plus tard chez John Benjamins Publishing Company en 2012. Plusieurs traductions de l’ouvrage ont été publiées entre temps, en portugais (Os tradutores na história, Editora Ática, 1998, traduit par Sérgio Bath), en espagnol (Los traductores en la historia, Editorial Universidad de Antioquia, 2005, traduction coordonné par Martha Pulido), en arabe par Mohammed Mahmoud Mustafa en 2006 (Al-mutarǧemūn ‘abr al-tārīkh, Koweït, محمد محمود مصطفى : المترجمون عبر التاريخ) et en roumain (Traducătorii în istorie, Editura Universitătii de Vest, 2008, traduction coordonnée par Georgiana Lungu-Badea)[1].

La troisième édition française est ainsi la traduction de la deuxième édition anglaise, elle vient en quelque sorte rétablir l’équivalence entre les deux éditions qui avait été perdue à partir de la deuxième édition anglaise (ce qui rendait difficile l’emploi de l’ouvrage dans le contexte d’une classe bilingue français/anglais); les différences ayant apparues en grande partie à cause des nouvelles connaissances développées dans le domaine. À cet égard, l’édition de 2007, précisait déjà quelques modifications, particulièrement aux mentions à l’« École de Tolède » qui avait été conservées malgré les travaux, entre autres, de Clara Foz (Le Traducteur, l’Église et le Roi, Ottawa, Presses de l’Université d’Ottawa, 1998) qui remettaient en question son existence[2]. Cette dernière édition conserve encore sa mention mais insiste sur son mythe, faisant en sorte de garder sous forme d’archives le souvenir de cette épisode, moins de l’histoire de la traduction comme telle que de l’histoire de l’histoire de la traduction.

Dans l’ensemble, il n’y a pas de grande différence sur le plan thématique dans cette troisième édition, bien que des sections nouvelles aient fait leur apparition : l’apport de l’informatique en traduction (au chapitre 4), une discussion plus longue sur la nouvelle vision de la traduction au XXIe siècle (en conclusion du chapitre 5) et une section sur la traduction des textes sacrés de l’Orient (en conclusion du chapitre 6, avec une petite section sur le sinologue James Legge). Les changements ont plutôt lieu dans les références qui se sont ajoutées depuis le début du projet, ainsi que dans la réflexion générale sur l’histoire que propose l’ouvrage. À cet égard, Judith Woodsworth décrit dans la préface les grandes tendances de cette transformation :

Si l’on se concentrait traditionnellement sur les grands événements, sur les « faits et gestes des grands hommes », depuis quelques décennies les historiens se tournent de plus en plus sur le commun des mortels pour écrire « l’histoire par en bas ». Les historiens de la traduction se sont approprié cette approche et ont su en tirer parti. Pendant des millénaires, les traducteurs et les traductrices ont suivi les « grands hommes » dans leurs « faits et gestes », mais ils et elles sont restés définis par leur statut subalternes (qu’ils aient été prisonniers, esclaves ou « hybrides ethniques »); leurs identités sociales, culturelles et géographiques leur permettaient pourtant de franchir les frontières, d’agir à titre d’intermédiaires entre les civilisations et de contribuer aux échanges intellectuels et culturels. La décolonisation, le féminisme et la politique identitaire n’ont pas uniquement transformé la manière dont on raconte l’histoire : ces nouvelles grilles d’analyse influencent la manière dont on parle de la traduction au fil des âges[3].

Si l’ouvrage a su se développer par des ajouts réguliers au fils du temps, il demeure encore inabouti : sa construction est toujours en cours.

L’ouvrage collectif Les traducteurs dans l’histoire peut aisément être lu par un public non-spécialiste. Il s’adresse également aux curieux d’une histoire littéraire peu souvent abordée, celle de la traduction, tout comme il peut intéresser ceux qui pratiquent la traduction (littéraire ou autre) et qui voudraient s’ouvrir un peu à des manières originales de traduire. Le public cible reste toutefois les étudiants en traduction qui suivent le cours « histoire de la traduction » que proposent généralement les programmes de traduction dans les universités.

D’abord conçu comme une sorte de synthèse divisée en thèmes, l’ouvrage permet difficilement une lecture continue car les répétitions peuvent être agaçantes. C’était déjà une critique qu’avait reçu le livre dès la première édition et à laquelle la deuxième avait répondu :

On aurait tort d’y voir des répétitions qui nous auraient échappé. […] L’œuvre immense et complexe de traducteurs d’exception [Chaucer, Caxton, Tyndale, Luther], dont les apports multiples sont incontournables, justifie amplement qu’ils figurent dans plus d’un chapitre. Dans chaque chapitre, ressort un aspect particulier de leur apport[4].

En effet, Luther est essentiel pour comprendre les changements à la vision qu’auront les traducteurs des œuvres sacrées à partir de la modernité, tout comme il l’est pour comprendre les luttes de pouvoirs à la Renaissance, ou même dans l’apport des traducteurs dans le développement et la fixation de la langue allemande contemporaine. Les thématiques choisies au départ ont leurs avantages et leurs inconvénients, découlant des choix des thèmes qui, à plusieurs égards, se recoupent. Cela est sans doute dû au fait que l’histoire ne se « découpe » pas uniformément, qu’il y a plusieurs manières de percevoir l’histoire pour la diviser : par époques historiques (Antiquité, Moyen Âge, Modernité), par types de traductions ou de productions textuelles (traduction religieuse – la traduction du Coran se retrouve dans trois chapitres différents –, littéraire, théâtrale, mais aussi l’émergence des dictionnaires, ou encore l’interprétation qui ont tous deux leur propre chapitre), ou encore par aires géographiques ou linguistiques (on pourra retrouver une discussion sur la traduction dans les langues autochtones dans le premier chapitre sur les inventeurs d’alphabets, mais la traduction en l’hébreu moderne se retrouvera dans le deuxième chapitre sur les langues nationales après les sections sur les traducteurs suédois et l’évolution du gbaya au Cameroun, ou encore le gaélique irlandais se retrouvera pour sa part dans le chapitre 3 sur les traducteurs comme artisans de littératures nationales). Il faut peut-être simplement mentionner que l’ouvrage de doit pas être pris comme un « manuel » fabriqué sur mesure pour un cours en histoire de la traduction, il doit être refondu et retravaillé par l’enseignant-e, selon les clivages sur lesquels il ou elle veut mettre l’accent[5].

Cette disparité des thématiques, qui demeurent tout de même assez incommensurables les unes par rapport aux autres, porte la trace d’un travail disciplinaire encore non fixé. Malgré les publications récentes et le grand succès d’un ouvrage collectif comme Les traducteurs dans l’histoire, l’histoire de la traduction ne constitue pas, il me semble, une discipline ni même un champ académique. Très souvent, les chercheurs et les chercheuses dans ce domaine ont des attaches institutionnelles hors de la traductologie, et les lieux de publication dans ce domaine font plutôt partie de la traductologie en général[6]. Je me permettrais peut-être une explication de ce phénomène : l’absence d’institution propre à l’histoire de la traduction serait le signe que le domaine est ouvert à plusieurs disciplines, sinon à toutes les disciplines. Les connaissances qui circulent aujourd’hui à l’université ont en effet toutes passées, à un moment ou à un autre, par l’intermédiaire de la traduction et cette traduction a une histoire. Le domaine « histoire de la traduction » est à cet égard un creuset où peuvent être confrontées diverses hypothèses sur le développement du savoir, des arts, de la littérature, etc.

Pour qui n’est ni dans la pratique de la traduction, ni n’est inscrit à un programme de traduction, quelle image peut-on avoir de l’histoire de la traduction après avec lu cet ouvrage? Je propose deux possibilités et en ajouterai une troisième qui serait en quelque sorte un programme pour de futures recherches.

La première possibilité est qu’il s’agirait de comprendre, sous formes de « portraits », les conditions de possibilité d’une pratique littéraire qui vise à faire comprendre un discours énoncé dans une langue à une personne qui ne connaît pas cette langue. En ce sens, on trouvera dans l’ouvrage plusieurs exemples tout à fait fascinants de cette histoire, des créateurs d’alphabets aux constructeurs de langues nationales, avec des praticiens aux personnalités souvent très fortes (je pense notamment à Étienne Dolet) ou encore avec des pratiques qui peuvent sembler très différentes de la conception actuelle de la traduction.

Une deuxième possibilité pourrait être mentionnée, même si elle est plus difficilement discernable dans l’ouvrage. Il s’agit de la conception de la traduction selon les époques. On a tendance à simplifier le problème en opposant sens-pour-sens à mot-à-mot, selon la formule de saint Jérôme, mais il y a toute une diversité de réflexions sur la traduction qu’il est possible de déduire à partir des paratextes comme les préfaces, ou même des textes autonomes, qui permettent de faire une histoire intellectuelle des problématiques relatives à la pratique de la traduction. Il s’agit d’une histoire dans la longue durée qui implique non seulement le contexte d’élaboration de cette réflexion, mais aussi les réponses diverses qui ont été offertes à travers le temps à des problèmes communs. Aux portraits des traducteurs et des traductrices s’ajoutent des « paysages » intellectuels de la traduction. Cette manière de faire de l’histoire a aussi ses désavantages, en ceci qu’elle suppose une adéquation entre la pensée des auteurs de ces textes et leurs pratiques traductives, entre le projet que les traducteurs et les traductrices présentent et le produit qu’ils arrivent à faire naître, ce qui n’est pas toujours le cas. Cette manière de faire de l’histoire de la traduction a toutefois l’avantage de situer les étudiants et les étudiantes dans leur rapport à la traduction, et peut même fournir des manières d’interroger à nouveau les anciennes pratiques pour ultimement questionner les impensés actuels sur la traduction.

Une troisième possibilité serait de faire l’histoire de l’histoire de la traduction, c’est-à-dire de questionner comment on fait de la recherche en histoire de la traduction, une question qui, pour parler le bourdieusien, engage la reproduction du « champ » disciplinaire qu’est l’histoire de la traduction. Pour le reformuler différemment, comment donc donner le goût de faire de l’histoire de la traduction à des étudiants et des étudiantes qui jugent généralement le cours inutile dans leur cursus académique? L’ouvrage, comme introduction aux pratiques historiques, le permet peut-être moins par ce qu’il dit qu’à travers les zones d’ombre qu’il laisse. Les traducteurs dans l’histoire n’est pas une encyclopédie universelle et exhaustive, tout n’est pas dit en histoire de la traduction, plusieurs recherches restent à faire, et avoir à utiliser le livre pour un cours peut permettre de repérer ce qu’on laisse en suspens, ou encore ce qui est trop rapidement expédié.

À cet égard, j’avais demandé, dans le cours que j’ai donné à l’automne 2014 de laisser les étudiantes faire une recherche personnelle sur le sujet de leur choix. J’ai d’abord quelque peu regretté cette décision et j’avoue avoir été un peu déçu par les résultats, mais j’ai tout de même été satisfait de la réflexion qu’elles ont eu lors de la conclusion du cours où elles m’ont exprimé avoir le regret de ne pas avoir eu plus de chances d’écrire un texte de recherche avant le cours. En effet, plusieurs des problèmes que j’ai repérés dans l’écriture de cette recherche provenaient d’un manque d’expérience qui serait aisément surpassé si les étudiantes avaient eu à écrire davantage dans leur parcours universitaire. L’ouvrage Les traducteurs dans l’histoire est ainsi un bon fondement pour déterminer un thème ou un sujet que les étudiants et les étudiantes peuvent investir, en fonction aussi des connaissances qu’ils et elles possèdent déjà. Dans l’usage du livre pour l’enseignement, il faut donc savoir profiter de ce qui n’est pas dit dans l’ouvrage, à chaque fois déterminer ce qui manque, c’est-à-dire en quoi il donne le désir de continuer à poursuivre l’enquête et à tenter de comprendre un phénomène. La recherche n’a jamais rien voulu dire d’autre.

La troisième possibilité de penser l’histoire de la traduction n’est pas une possibilité réflexive seulement accessible qu’à condition d’avoir épuisé les deux autres. Au contraire, elle me semble première dès qu’on a accès à une traduction dans sa nature historiale. Un événement qui a eu lieu dans mon cours m’a fait réfléchir sur cette question lorsque, dans la séance réservée à l’humanisme français, Étienne Dolet (1509-1546), poète, imprimeur et traducteur, a été présenté en classe. Ce personnage est connu et continue d’être enseigné pour avoir introduit le terme « traducteur » en français et pour avoir « mal » traduit Platon en ajoutant trois mots (« rien du tout ») à un argument sur l’immortalité de l’âme après la mort (« quand tu seras décédé, [la mort] n’y pourra rien aussi, attendu que tu ne seras plus rien du tout »), traduction jugée alors hérétique par la faculté de théologie de l’Université de Paris. Dolet est enseigné pour une autre raison que son « martyre » : il fait publier en 1540 un très court traité intitulé La manière de bien traduire d’une langue en autre, composé de cinq règles très simples. Rappelons qu’à l’époque, on traduit très majoritairement des langues savantes – grec et latin – vers les nouvelles langues nationales dont le français. Voici les cinq règles, en français de l’époque :

  1. En premier lieu, il fault que le traducteur entende parfaictement le sens et la matiere de l’autheur qu’il traduit;
  2. La seconde chose qui est requise en traduction, c’est que le traducteur ait parfaicte congnoissance de la langue de l’autheur qu’il traduict;
  3. Le tiers poinct est qu’en traduisant il ne se fault pas asseruir iusques à la que l’on rende mot pour mot;
  4. La quatriesme reigle que ie veulx bailler en cest endroict, est plus à obseruer en langues non reduictes en art, qu’en autres […]. S’il aduient doncques que tu traduises quelque liure Latin en icelles [l’Italienne, l’Hespaignole, celle d’Allemaigne, d’Angleterre, et autres vulgaires], mesmement en la Francoyse, il te fault garder d’vsurper mots trop approchans du Latin, et peu vsitez par le passé : mais contente toy du commun, sans innouer aucunes dictions follement, et par curiosité reprehensible;
  5. La cinquiesme reigle que doibt obseruer vn bon traducteur […] rien autre chose que l’obseruation des nombres oratoires : c’est asscauoir vne liaison et assemblement des dictions auec telle doulceur, que non seulement l’ame s’en contente, mais aussi les oreilles en sont toutes rauies, et ne se faschent iamai d’vne telle harmonie de langage.

Un des exercices donnés en classe était d’expliquer en quoi les textes historiques de réflexion sur la traduction peuvent nous être utiles encore aujourd’hui. Toutes les étudiantes ont unanimement répondu – fallait-il s’en étonner? – que les trois premières et la dernière règles de Dolet étaient encore utiles et pouvaient même s’appliquer telles quelles. La quatrième faisait toutefois problème. Trois réponses ont été proposées : 1) il faut la supprimer, puisque plus personne n’a à traduire du latin aujourd’hui; 2) l’équivalent du latin aujourd’hui est l’anglais (ou toute autre langue étrangère), Dolet nous invite donc ici à éviter les calques ou les emprunts; et finalement 3) l’équivalent du latin aujourd’hui n’est pas une langue étrangère, mais un langage savant ou trop technique, Dolet nous invite donc à simplifier la langue traduite en fonction du public cible. En bref, les étudiantes ont toutes eu le réflexe de contemporanéiser le problème – elles auraient pu répondre que les règles de Dolet étaient utiles pour comprendre la traduction à l’époque de la Renaissance (le passé pour le passé) –, et elles l’ont fait à partir de leur savoir traductologique qui, très souvent, fonctionne dans une binarité du type sourcier/cibliste ou forainisation/domestication[7].

Ce problème implique l’interprétation et a des conséquences pratiques pour plusieurs disciplines : comment devons-nous interpréter le passé pour le présent? Ici, il est utile de discuter d’un autre cas de ce problème. Charles Le Blanc traduit et fait publier le De interpretatione recta de Leonardo Bruni dit l’Arétin (1374-1444) en français, dans une version qui, pourrait-on conclure à partir de son introduction, se veut le plus près possible de l’original. En effet, Le Blanc ne traduit pas seulement un discours historique sur la traduction; ce discours se voulant aussi une méthodologie, sa traduction devient elle-même l’application de cette méthode. À cet égard, le traducteur rappelle en introduction que l’« humanisme » est un retour aux textes anciens, et la pensée de la traduction chez Bruni est cohérente avec un tel retour car elle est un retour à l’originalité des textes, au sens d’« origine » du texte, ou encore une restitution parfaite de l’original :

[Pour Bruni], les interventions du traducteur dans le texte sont tenues pour des erreurs, l’invisibilité du traducteur étant le résultat de l’application des normes méthodologiques. À travers le texte traduit, c’est davantage qu’un sens qui est rendu : c’est surtout une manière d’être, de s’exprimer et de penser – qui devraient idéalement être celles de l’Antiquité classique, mais qui sont trop souvent celles du traducteur. […] Or, cela a été évoqué plus haut : une traduction est le résultat d’un dialogue entre l’auteur et son traducteur. Dans tout dialogue, les parties interviennent, ce qui contribue à la constitution du discours lui-même, si bien qu’une intervention du traducteur dans l’ouvrage de l’auteur est inévitable, quelles que soient les précautions prises pour la limiter. Par conséquent, les règles de traduction visent ainsi à assurer la substitution de la traduction à l’original et à baliser le rôle du traducteur, en créant, en quelque sorte, une situation d’aliénation du traducteur face à l’auteur. Cette situation d’aliénation où l’on impose l’invisibilité et, pour ainsi dire, le silence au traducteur, maître de la communication, forme ce que l’on a appelé ailleurs le complexe d’Hermès[8].

Il est dès lors intéressant de vérifier la traduction de Le Blanc et de la comparer avec d’autres. Dans un passage, on peut y lire (d’abord en latin, ensuite dans la traduction française) :

Quid de verbis in greco relictis dicam, que tam multa sunt, ut semigreca quedam eius interpretatio videatur? Atqui nihil grece dictum est, quod latine dici non possit! Et tamen dabo veniam in quibusdam paucis admodum peregrinis et reconditis, si nequeant commode in latinum traduci. Enim vero, quorum optima habemus vocabula, ea in greco relinquere ignorantissimum est. Quid enim tu mihi « politiam » reliquis in greco, cum possis et debeas latino verbo « rem publicam » dicere? Cur tu mihi « oligarchiam » et « democratiam » et « aristocratiam » mille locis inculcas et aures legentium insuasissimis ignotissimisque nominibus offendis, cum illorum omnium optima et usitatissima vocabula in latino habeamus? Latini enim nostri « paucorum potentiam » et « popularem statum » et « optimorum gubernationem » dixerunt. Utrum igitor hoc modo latine prestat dicere, an verba illa, ut iacent, in greco relinquere?

Que devrais-je dire alors des mots laissés en grec, lesquels sont si nombreux qu’il semble que la traduction soit, pour ainsi dire, en grec pour la moitié? Et pourtant rien ne se peut dire en grec qui ne le peut en langue latine! J’omets certains passages exotiques et abstrus que l’on ne peut, certes, traduire facilement, mais c’est un signe d’abyssale ignorance que de laisser en grec des mots pour lesquels il existe des correspondants. Pourquoi parler de « politie » [πολιτεία] si l’on a le mot « république » que l’on peut et doit utiliser? Pourquoi en mille endroits placer « oligarchie », « démocratie » et « aristocratie » offensant ainsi les oreilles des lecteurs avec des mots tout aussi peu d’usage qu’ils sont connus, tandis qu’il existe pour eux tous des mots excellents et for utilisés?* Les auteurs latins disaient, quant à eux, « pouvoir de la minorité », « état populaire » et « gouvernement des meilleurs ». Est-ce donc préférable de s’en remettre à l’usage ou bien aux néologismes?**[9]

Il y a deux notes en fin de livre pour ce paragraphe :

71 [*] Ce passage, surréaliste pour des lecteurs de notre époque, possède néanmoins un intérêt pour la traductologie en ce qu’il montre que Bruni dénie à la traduction le droit d’introduire des mots, des expressions et des métaphores nouvelles qui pourraient enrichir la langue d’arrivée.

72 [**] Sans forcer le texte, nous proposons ici une traduction par le sens afin d’assurer une certaine unité au discours de l’Arétin. Le texte latin dit littéralement : « Est-il donc préférable de dire ainsi, en latin, ou bien de laisser comme ils sont les mots grecs?[10]

Le Blanc choisit, pour la dernière partie, de transformer quelque peu le texte et le rend actuel, mais ce faisant, de manière un peu paradoxale, il doit employer le mot « néologisme » qui non seulement est lui-même un néologisme, mais aussi, littéralement, la composition de deux mots du grec ancien (νέος et λόγος). Il est utile de comparer ce paragraphe de Bruni avec d’autres traductions, par exemple en anglais et en portugais, où le choix du traducteur a été différent (je ne cite que la dernière partie, où les mots grecs sont employés) :

Why, tell me, do you leave politeia in Greek, when you can and ought to use the Latin words res public? Why obtrude in a thousand places the words democratia and oligarchia and aristocratia, and offend the ears of your readers with outlandish and unfamiliar terns when we have excellent and widely used terms for all of them in Latin? For we Latins say « the power of a few » (paucorum potentia) and « popular constitution » (popularis status) and « rule of the best » (optimorum gubernatio). Is it best to use Latin in this way, or to leave the words as they are in Greek?[11]

Por que, pois, me deixas em grego politeia, quando podes e deves dizer a palavra latina res publica? Por que tu me repetes em mil passagens oligarchia, democratia, aristocratia, e feres os ouvidos dos leitores com nomes dos mais desaconselhados e desconhecidos, quando temos em latim vocábulos muitíssimo excelentes e usados para todos eles? Pois nossos latinos disseram paucorum potentia [poder de poucos], e popularis status [estado popular], e optimorum gubernatio [governo dos nobres]. Por isso, é melhor falar deste modo em latim ou deixar aquelas palavras em grego como estão?[12]

Sans avoir besoin de connaître l’anglais ou le portugais, on peut facilement constater que les mots « grecs » ont été transcrits tels quels, tout comme les équivalents latins laissés dans le texte, mais avec une intervention marquée du traducteur : les mots latins sont entre parenthèses en anglais (« pouvoir du petit nombre », « constitution populaire » et « gouverne des meilleurs »); dans le portugais, ils sont dans le texte, mais une traduction est fournie entre crochets (« pouvoir du petit nombre », « État populaire » et « gouvernement des nobles »).

L’intervention du traducteur, quelle qu’elle soit, dans un cas comme dans l’autre, n’est pas superficielle et sans conséquence, elle a des implications, bien sûr esthétiques, mais aussi politiques et éthiques, dans le « dialogue » que le traducteur entretient à la fois avec l’auteur, mais aussi avec ses contemporains. Or, il ne s’agit pas ici de décider qui traduit le mieux ou qui ramène le mieux le lecteur de la traduction à l’auteur d’origine, et il est inutile de comparer les intentions de l’un ou de l’autre quant à une fidélité pour le passé historique. Il s’agit de prendre en compte le fait qu’une traduction de textes historiques implique toujours une « contemporanéisation » des textes. Dans cette transformation inévitable du texte, une double focale est nécessaire qui prend en compte l’adresse de l’auteur, mais aussi l’adresse du traducteur ou de la traductrice[13]. Une histoire de la traduction en « paysage » en parallèle à une histoire des portraits me semble être nécessaire pour compléter la réflexion déjà entreprise dans ce domaine en y ajoutant une « traduction de l’histoire ». À cet égard, la traductologie comme discipline a quelque chose à apporter à toutes les disciplines des humanités, dites « des sciences humaines et sociales ». Si l’institutionnalisation de l’« histoire de la traduction » n’est pas achevée, c’est peut-être parce qu’elle peut s’offrir aux chercheurs et chercheuses d’autres disciplines qui pourront y voir un intérêt dans leurs propres démarches.


 

Notes

[1] Informations disponibles sur la page personnelle de Jean Delisle (Université d’Ottawa).

[2] Jean Delisle et Judith Woodsworth, « avant-propos » à la deuxième édition, Les traducteurs dans l’histoire, Ottawa, Presses de l’Université d’Ottawa, 2007, p. xxi.

[3] Judith Woodsworth, « préface à la nouvelle édition », Les traducteurs dans l’histoire, troisième édition, Québec, Presses de l’Université Laval, 2014, p. xii.

[4] Jean Delisle et Judith Woodsworth, « avant-propos » à la deuxième édition, op. cit., p. xx-xxi.

[5] Pour ne donner qu’un exemple, dans un cours sur l’histoire de la traduction que j’ai donné à l’automne 2014, j’ai fait lire le premier chapitre de l’ouvrage sur les créateurs d’alphabets en deux parties, Wulfila (gotique), Mesrop Machtots (arménien) et Cyrille et Méthode (slavon) dans un premier temps pour une séance sur la traduction de la Bible au Moyen Âge, James Evans (syllabaire crie) dans un deuxième pour la traduction de la Bible dans la Modernité. Ce qu’omettait le livre, à mon avis, c’était de distinguer qu’avec les premiers, on a affaire à des traducteurs qui traduisent dans leur propre langue, alors qu’avec le dernier, il s’agit d’un travail de traduction en parallèle à l’évangélisation d’un peuple autochtone. La distinction me permettait de présenter une manière différente de conceptualiser l’usage qu’on a fait de la traduction du sacré. Encore une fois, ce travail de redécoupage est nécessaire si l’on veut pouvoir utiliser le livre en classe. La division des chapitres en sections assez uniformes permet de le faire plutôt facilement.

[6] Si l’histoire de la traduction peut constituer un lieu commun thématique, institutionnellement, les chercheurs et les chercheuses qui y participent ne sont, très souvent, pas affiliés à des départements de traductologie, mais plutôt à des départements de littératures « nationales » ou de littérature comparée, ou encore, dans le cas des traductions de textes religieux, à des départements d’études théologiques (chrétiennes ou coraniques). Si l’intérêt de la recherche historique peut porter sur la traduction, je ne connais pas, pour ma part, d’institution (département, association, groupe de recherche, etc.) vouée exclusivement à ce domaine.

[7] Sur cette distinction, et particulièrement sur le terme « forainisation », voir Simon Labrecque, « De la forainisation (à l’étrangéisation?) », Trahir, juillet 2014.

[8] Charles Le Blanc, introduction à Leonardo Bruni, De interpretatione recta / De la traduction parfaite, trad. Charles Le Blanc, Ottawa, Presses de l’Université d’Ottawa, 2008, p. 8-9. La référence au « complexe d’Hermès » provient de son livre Le complexe d’Hermès. Regards philosophiques sur la traduction, Ottawa, Presses de l’Université d’Ottawa, 2009.

[9] Leonardo Bruni, De interpretatione recta…, op. cit., §43, p. 118-119.

[10] Ibid., p. 132.

[11] Leonardo Bruni, « On the Correct Way to Translate », trad. James Hankins, The Humanism of Leonardo Bruni. Selected Texts, Gordon Griffiths, James Hankins et David Thompson (dir.), Binghamton, New York, Center for Medieval and Early Renaissance Studies, State University of New York at Binghamton, 1987, p. 228.

[12] Leonardo Bruni, « Da tradução correta », trad. Mauri Furlan, Scientia Traductionis, no 10, Pós-Gradução em Estudos da Tradução (PGET), Universidade Federal de Santa Catarina, 2011, p. 45.

[13] Avec mon collègue Simon Labrecque, à partir d’un débat classique en pensée politique entre le « textualisme » de l’école straussienne et le « contextualisme » de l’École de Cambridge, nous avons tenté de conceptualiser ce problème dans un texte publié dans le troisième numéro de la revue Le Cygne noir (printemps 2015).

Poster un commentaire

Classé dans René Lemieux

Treize thèses d’Irlande

Par Simon Labrecque, Montréal

En cette saison où les bibliothèques et les librairies regorgent de gens de passage à la recherche d’un ou de plusieurs « guides de voyages », je propose quelques énoncés sur un double territoire devenu destination touristique : l’Irlande et surtout l’Irlande du Nord.

I

Penser les Troubles, leurs conditions et leurs effets, leur intensification et leur apaisement, c’est penser un mode de composition, une manière de vivre – toujours déjà plurielle ou multiple – des legs coloniaux au plus près du cœur d’un empire que l’on croit généralement déchu.

II

La singulière manière de vivre les legs coloniaux qui s’est écrite dans et par les Troubles en Irlande du Nord des années 1960 aux années 1990 met en jeu des rapports particuliers à la violence, et plus précisément, à la violence armée, incarnée par des organisations policières, militaires et paramilitaires.

IRA Patrol

Patrouilleur de l’Irish Republican Army à Belfast en 1987.

III

Il découle de ces rapports particuliers et quotidiens à la violence armée d’État et de « la société civile » l’attribution d’un sens strict au concept de politisation, qui se distingue d’abord et avant tout de la militarisation, processus conçu comme forme de dépolitisation, comme passage d’une administration civile à une gestion militaire.

IV

La repolitisation de la vie quotidienne, entre autres suite à l’Accord du Vendredi saint, symbole du désarmement des forces paramilitaires (et ce, nonobstant les groupes dissidents), a favorisé dans le jeu électoral de style du parlementarisme britannique la représentation des partis extrêmes ou radicaux (ceux qui étaient les plus proches des paramilitaires), aux dépens des partis « modérés » qui ont refusé le recours aux armes et ont joué un rôle crucial dans la fin officielle des violences de type « communautaires » et étatiques.

V

Le rapport enkysté aux violences passées refait régulièrement surface en unes des journaux selon les développements dans plusieurs enquêtes judiciaires ou historiques sur les responsabilités partagées, sur qui a fait quoi, qui savait quoi, et qui n’a rien dit, sur les silences complices entre oubli salutaire et souvenance insistante.

VI

La polarisation « interne » de la société nord-irlandaise selon une ligne de partage « sectaire » ou « communautaire » (catholiques contre protestants) s’est accrue en raison des Troubles, du moins sous certains aspects qui ont trait à l’expérience vécue des membres de chaque communauté, ceux-ci restant, dans plusieurs quartiers « pauvres » en particulier, quotidiennement isolés les uns des autres.

Ireland_Travels-348326

« Peace Wall » à Derry/Londonderry, construit assez haut pour empêcher qu’on lance des objets d’un côté vers l’autre.

VII

Le regard touristique peut saisir une part de cette polarisation par l’observation des peace walls, de la fortification des postes de police et d’autres édifices de la Couronne, des célèbres murales qui sont devenues des attractions, des graffitis et de la prolifération persistante de drapeaux de toutes sortes, des Union Jack au drapeau de la République d’Irlande en passant par les insignes de divers groupes paramilitaires supposément inactifs maintenant.

3690273544_cbca9e2990_z

Drapeau des Ulster Freedom Fighters, faction armée de l’Uslter Defense Association, sur un lampadaire dans la ville de Bushmills, années 2010.

VIII

Dans les conversations accessibles aux oreilles touristiques se fait jour une insatisfaction générale face aux gouvernements dans leur ensemble, des mairies des villes à Downing Street, en passant par Stormont et Dublin, et face aux partis politiques, avec quelques nuances selon les dispositions, bien entendu.

IX

087653-426ed9b8-b941-11e3-a30e-7fa6d7d0bb68

Signalisation devenue classique d’un sniper at work de l’Armée républicaine irlandaise sur une route près d’Armagh.

Le développement de « l’industrie touristique » est présenté comme un facteur de croissance économique qui requiert, d’une part, de répéter la fin consommée des Troubles, et d’autre part, de procéder à une certaine commercialisation des traces historiques des Troubles, et donc de les conserver et de les représenter comme une particularité locale, voire comme un avantage comparatif face à d’autres régions ou destinations, y compris, face à la République, au sud, dont les « troubles » sont plus anciens, datant de la guerre civile d’indépendance au tournant des années 1920.

X

Le corps touristique visitant l’Irlande du Nord est sommé, en pratique, de clarifier ou de déterminer pour soi son rapport habitable avec l’héritage visitable des Troubles, héritage souvent troublant, si ce n’est qu’en raison du fait qu’on lui proposera différents tours ou différentes expositions à visiter, le plus souvent en échange d’un peu d’argent, pour un temps qui est par définition limité, une expérience temporaire offerte au corps de passage par ceux qui sont restés.

XI

L’inconfort en principe temporaire du corps touristique face aux traces ou aux survivances de la violence armée tout près du cœur de l’ancien empire, sur l’un des territoires où il règne encore en tant que tel, ou du moins en tant que royaume, est précisément ce qui est vendu, à la fois aux touristes, à qui l’on vend aussi la « nature » spectaculaire (parcs, montagnes, rivages océaniques), et aux gens de la place, à qui l’on promet une relève qui se fait toujours attendre.

XII

La persistance de ce qui est parfois appelé « inégalité sociale », ou la division entre riches et pauvres, qui est l’une des principales sources reconnues des Troubles, est en définitive ce avec quoi le corps touristique cherchera à composer un rapport qui se voudra plus ou moins véritablement éthique durant son séjour et, potentiellement, selon ses dispositions à la joie, à l’oubli, aux remords, aux regrets et à la réflexivité, après son retour d’Irlande, terre que ce corps a peut-être d’abord désiré arpenter en raison même de la singulière mêlée de « nature » et de « culture » qu’il semble receler.

XIII

Que l’Irlande soit une île n’empêchera pas le corps en revenant de chercher à établir des ponts, à s’y lier avec insistance, par exemple en se faisant songeur face aux cartes géologiques qui laissent imaginer une continuité atlantique entre les montagnes insulaires et les Appalaches qui participent ici à former la vallée du Saint-Laurent.

1 commentaire

Classé dans Simon Labrecque

Déclaration commune pour le droit de manifester à Québec

Nous invitons nos lecteurs et nos lectrices à lire la déclaration et à la signer.

cropped-site

Poster un commentaire

Classé dans Trahir

Je n’aime pas Hydro, m’aimez-vous quand même?

Par Dalie Giroux, philosophe en résidence au OFF.T.A. | texte publié une première fois sur le site du OFF.T.A.

Art

(1) Je trippe sur la méthode du théâtre documentaire proposée par Porte Parole et Annabel Soutar [dramaturge participant à la pièce « J’aime Hydro »]. Alléluia, alléluia, alléluia.

(2) Je suis ravie, réconfortée, inspirée de voir Christine Beaulieu [comédienne, enquêteuse pour la pièce « J’aime Hydro »] se lancer, forces vives, dans cette enquête démocratique-candide sur la politique d’Hydro-Québec.

(3) Dans « J’aime Hydro », l’art ne cède pas au politique. Lâchez pas la patate, c’est très fort.

Préjugés

(a) Je suis née à l’hôpital public, j’ai été éduquée par les enseignants de l’école publique, j’ai obtenu un doctorat d’une université publique, et je reçois depuis douze ans mon salaire d’une institution majoritairement financée par le trésor public. Je n’ai rien connu d’autre, jamais de ma vie.

(b) En avril 1980, j’avais six ans, et j’ai le souvenir, un matin de semaine (nous habitions avec mes parents l’appartement d’en haut), d’être dans la chambre à coucher de ma grand-mère, baignée par l’odeur des produits de beauté et entourée de ses trop nombreux gros meubles de bois cirés, et elle me pine un gros macaron du OUI mauve comme une gomme au savon sur mon chandail rayé, avant de m’envoyer à ma classe de maternelle. C’est pour expliquer mon éducation civique.

(c) J’ai grandi à Lévis, PQ, et dans le démoniaque comté de Bellechasse où j’ai appris à boire et à prendre de la drogue, mon père est un ouvrier de la construction qui parle très fort et qui change beaucoup d’idée, et j’ai mangé du poivre de Cayenne au sommet des Amériques à Québec en 2001.

Politique

etalon(sexe) Hugo Latulippe est bien impressionnant, on se sent bien insignifiante devant lui (Bacon, toute ça, le sérieux vs. le juste-pour-le-phonne), Hugo le théoricien de « l’État fort » au Québec (sans doute un bon père de famille); Nicolas-et-Alexis, Nicolas-et-Alexis, Nicolas-et-Alexis, mais Roy surtout – qui se colle sur les filles quand il leur parle, qui a une chemise de chasse (il est viril), qui est bien impressionnant, devant qui on se sent donc bien insignifiante, Roy à qui on a pogné la poche dans un film, et on se rejoue l’extrait (c’est un peu comme notre relation avec le capitalisme, il nous donne des fleurs, on lui pogne la poche), Roy à qui on ne refuse rien, Roy qui était là dans la salle, Roy-ci, Roy-ça (rien de personnel, on s’entend). Puis le gros Monsieur qui vient faire la leçon à Christine : « tu penses vraiment qu’ils sont incompétents, à Hydro-Québec? », ah oui, c’est vrai, on est tellement nounounes. Et il y a encore Jean Lesage, René Lévesque, Jacques Parizeau – nos grands-papas, nos bâtisseurs, nos visionnaires, ceux qui nous ont mis au monde (sans madames, comment ont-ils donc fait?). Nos pères et leurs drapeaux du Québec au-dessus des bécosses de chalet, nos pères, leur fierté, nos pères, leurs âmes indépendantistes. Ceux qui ont dit : « Maîtres chez nous ». « Maîtres », pour vrai? « Maîtres »? On veut-tu vraiment s’identifier à ça? Les maîtres et les esclaves? Bof – ma grand-mère serait pas contente, elle a été le principal agent de la reproduction du patriarcat dans ma famille – mais je le dit vraiment, vraiment : bof.

(race) « Nous », « Nous », « Nous », « On », « On », « On », « les Québécois », « les Québécois », « le Québec », « ce qui bouille au fond de nos gènes paternels », la croix blanche anglaise et la fleur de lys, la mélasse des caraïbes et le déjeuner œuf-bacon, « nos rivières vierges », le peuple de voyageurs, « l’empreinte ». Notre héritage est à tous égards colonial, à la croisée de deux empires dont les débris culturels s’empilent là où le fleuve se rétrécit, dans une confusion génético-politique typique de la violence de conquête. « Maîtres chez nous » : celui qui réclame le titre de maître était donc l’esclave. L’esclave de qui, demandera-t-on? Ben l’esclave des Anglais, l’esclave impérial, le nègre blanc (quand on dit « Anglais », amis, on veut dire l’empire, pas les personnes – c’est comme quand les Indiens parlent des Blancs). Juste une affaire. La solution de nos pères esclaves, c’est drôle, n’a pas été d’abolir l’esclavage, mais de remplacer le maître. Mais le remplaçant, il devient le maître de qui? On découvre, posant cette question, que la mise en place de notre politique de maîtrise, la conquête hydro-électrique de la baie James, correspond au moment historique où les Québécois ont remplacé les Anglais dans l’entreprise continentale de colonisation des peuples autochtones. « Maître chez nous », le Québec signe la Convention de la Baie-James, « nous » devenons « Hydro-Québec ». Maître de qui? Maître des Indiens, propriétaires des rivières, responsables de la violence impériale sur un territoire qui n’est pas le « Québec » sinon que dans la paperasse britannique, décideurs unilatéraux de la manière de vivre des autres. On veut-tu s’identifier à ça? Pour vrai? Pis quand la question autochtone se pose, on dit : « oui, oui, c’est certain, c’est important, on veut y aller, on aime les Indiens! ». Je trouve qu’il va falloir pis vite passer mentalement de la grammaire de la domination (« maître chez nous ») à quelque chose qu’on ne connaît pas encore qui s’appellerait l’indépendance, et ça va impliquer de commencer à se relaxer le papa pis le monsieur pis l’État fort pis le nous pis la leçon de sérieux, question de ne pas comme des caves aller dire aux Innus qui se font passer des lignes à haute tension dans la face que c’est « eux » Hydro-Québec.

ligne haute tension(classe) Faike. Il me semble que l’affaire qui marche pas dans « J’aime Hydro », si « J’aime Hydro » veut atteindre son objectif d’inclure tout le monde dans la conversation, si « J’aime Hydro » souhaite ne pas tomber dans le panneau bien réel de faire l’affaire de la stratégie de communication de la société d’État, si « J’aime Hydro » ne veut pas se retrouver le bec à l’eau si Hydro-Québec se fait vendre à des intérêts privés, si « J’aime Hydro » ne veut pas porter de manière naïve des biais de sexe, de race, de classe, si « J’aime Hydro » veut découvrir un « nous » plutôt que d’en infliger un, si « J’aime Hydro » veut éviter d’insulter les nations autochtones, si « J’aime Hydro » ne veut pas se leurrer en pensant que de se faire entendre par Hydro-Québec va changer quelque chose, l’affaire qui ne marche pas dans « J’aime Hydro », c’est d’aimer Hydro. On veut-tu pour vrai s’identifier à une compagnie d’électricité? On veut-tu s’identifier au fait de produire du power?

Je vous dit ça en vraie petite fille de Lucienne : Je me demande pour vrai pourquoi on voudrait être des maîtres, et si l’amour des maîtres va jamais vraiment nous mener quelque part. Je me demande pour vrai c’est quoi, l’indépendance.

L’ensemble des contributions de Dalie Giroux au OFF.T.A sont disponible en format pdf.

Poster un commentaire

Classé dans Dalie Giroux